L'Initiation

Résumé : Réponse au Défi #Y3 - Ombre et Folie : « Un élève inattendu vient demander quelques cours supplémentaires à Snape par un beau soir de printemps… »

Couple : SSHP

Rating : R pour la suite

Auteur : Myschka

Disclaimer : Si je m'appelais JKR, je crois que je le saurais, et mon banquier aussi.

Avertissement : Ceci est un slash, à savoir une histoire décrivant des relations homosexuelles explicites. Homophobes, allez vous faire pendre ailleurs. D'autre part, cette fic comportera probablement du SM (relativement soft), aussi âmes sensibles et romantiques de tous poils, sachez à quoi vous attendre.

Note préliminaire : Ca fait quelques mois que je me suis mise à lire des fic Harry Potter. Déjà lectrice de manga yaoï, j'ai découvert avec beaucoup d'intérêt les slash, et j'ai décidé de franchir le pas cette semaine. Cette histoire est ma première fic, aussi je vous demanderai humblement votre indulgence, parce que je ne sais pas du tout où je mets les pieds…Bises à tout le monde.

Chapitre 1 : Prélude à une étrange collaboration

Ce fut par une splendide soirée d'avril 1998, que Severus Snape, Maître des Potions émérite, Directeur de la Maison des Serpentard et Cauchemar Incontesté des élèves de l'école de sorcellerie de Poudlard, fut brusquement arraché à sa vie tranquille (morne), et sereine (monotone).

A vrai dire, et bien qu'il ne l'eût jamais admis, même sous Doloris, Severus Snape s'ennuyait profondément. Et c'était peu de le dire.

Au cours de l'année précédente, Celui-Que-L'on-N'avait-Plus-Peur-De-Nommer, autrement appelé Tom Riddle, Voldemort ou le Seigneur des Ténèbres dans les milieux autorisés, avait été définitivement vaincu par le Survivant, Harry Potter lui-même. Voldemort avait attaqué le soir d'Halloween 1996, sachant que cette date avait un impact psychologique indéniable sur Harry, à cause de la mort de ses parents (et puis, il fallait avouer que Tom avait toujours eu la folie des grandeurs et un sens de l'humour très particulier), mais ce dernier l'avait tout de même défait, après une nuit sanglante et interminable qui pour une fois, ironiquement, n'avait jamais aussi bien porté son nom. Il fallait croire que l'obsession du Survivant à devenir plus fort et plus puissant juste après la disparition de Sirius Black, avait porté ses fruits. Bien évidemment, cela n'avait pas été tout seul, et bien sûr, il avait fallu de nombreux sacrifices pour y parvenir. De nombreux sorciers avaient perdu la vie, les morts étaient nombreux dans les deux camps, et Poudlard n'avait pas été épargné. Severus lui-même, en avait gardé, en plus de la fameuse Marque des Ténèbres, de nombreuses cicatrices, aussi bien physiques que morales. La reconstruction avait été douloureuse et rapide, la plupart des gens cherchant surtout à oublier de pleurer leurs morts dans une frénésie d'activité.

Malgré tout, les morts furent pleurés et enterrés, les héros célébrés de leur vivant ou non, et le deuil des années de terreur fut consommé. A présent, chacun s'efforçait de reprendre une vie normale, en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs à l'avenir. Et aujourd'hui, le monde sorcier vivait dans la paix, sans crainte du lendemain.

Et Severus Snape s'ennuyait. Non pas qu'il regrettât les temps sombres où Voldemort faisait régner la peur dans le cœur de tous, bien sûr que non. Seulement, lui qui n'avait pas de famille à aimer, pas d'amis à chérir ou à consoler, et plus aucune activité lui permettant de se remettre constamment en question - au hasard, espion pour l'Ordre du Phénix , donc lui, Severus Snape, se sentait totalement et irrémédiablement inutile. Sa vocation d'enseignant, si elle avait jamais existé, s'était fait la malle depuis longtemps, et il avait de plus en plus de peine à trouver un intérêt à apprendre à des hordes d'adolescents obtus les complexités fascinantes de l'Art subtil des Potions, bien que certains étudiants sortent tout de même du lot, comme Draco Malfoy, ou même - mais là non plus, il ne l'avouerait même pas sous la torture - cette Mademoiselle-Je-Sais-Tout d'Hermione Granger. Pire encore, terroriser les pauvres élèves des autres Maisons ne l'amusait même plus. A vrai dire, il se demandait pourquoi il persistait dans son numéro de Professeur Sadique et Implacable, si ce n'est par habitude, et il fallait bien le reconnaître, un goût certain pour la misanthropie. Il avait même renoncé à poser sa candidature pour le poste de Professeur de Défense contre les Forces du Mal, sachant qu'il lui serait encore et toujours refusé. Si ce n'était la crainte de s'auto-Avada-Kedavriser par ennui, il aurait bien songé à prendre sa retraite. Ca, et le fait qu'Albus Dumbledore ne l'aurait jamais laissé partir, prétextant - avec raison , qu'il était probablement l'un des meilleurs dans son domaine, sans compter son âge ridiculement jeune pour se résoudre à vivre en ermite. Il avait bien essayé le sexe, histoire de tromper un peu sa solitude, mais les amants qui entraient dans son lit ne dépassaient jamais le stade de la première nuit. Trop fades, trop stupides, trop, trop, trop...Il ne savait même pas quoi, à vrai dire. Pour résumer, à 36 ans, Severus Snape, Maître des Potions émérite, Directeur de la Maison des Serpentards, nouvellement promu Ordre de Merlin (1ère Classe) et Cauchemar Incontesté des élèves de Poudlard, était en train de sombrer dans la dépression la plus profonde, et commençait à se résigner à terminer sa vie seul dans ses cachots à se fossiliser d'ennui.

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De son côté, Harry Potter, pas encore 18 ans, Héros du monde sorcier, Celui-Qui-Avait-Survécu-On-Ne-Sait-Plus-Combien-De-Fois, Idole Incontestée et Fantasme Sexuel Indétrônable de toute la population sorcière femelle ou mâle gay entre 15 et 45 ans, était en proie aux questions existentielles des garçons de son âge, à savoir : vais-je obtenir assez d'ASPIC pour réussir mes examens, que vais-je faire une fois sorti de Poudlard, vais-je réussir à attraper le Vif d'Or au prochain match, en ai-je une plus longue que celle de Malfoy, bref, vous voyez le genre. Il faut dire que Harry, après la mort du Seigneur des Ténèbres, avait tout mis en oeuvre pour devenir enfin l'adolescent normal qu'il n'avait jamais pu être. Bien sûr, c'était une douce utopie, car sa célébrité lui collerait toujours à la peau, et le moindre de ses gestes était encore disséqué par son Fan-Club et étalé dans la Gazette du Sorcier. Et Harry avait du une fois de plus affronter les feux des projecteurs, alors qu'il ne rêvait que de retourner à l'anonymat. Inutile de dire que les premiers temps, le Survivant avait assez mal vécu la chose. Mais, sa maturité précocement acquise dans la guerre contre Voldemort, lui avait fait comprendre que les choses ne changeraient pas de sitôt, et il avait fini par accepter de se tenir encore un peu dans la lumière, tout en gardant sa modestie légendaire, ce qui bien entendu, avait encore un peu plus accru, si c'était possible, l'adoration dont il était l'objet. Cela lui avait permis, entre autres, de conserver une certaine sérénité lorsque la nouvelle de son homosexualité avait fait la Une des journaux sorciers. De toute façon, ses amis et une grande partie des gens qu'il connaissait étaient déjà au courant : avant de vaincre Voldemort, il avait si peu d'espoir de rester en vie qu'il ne s'était pas embarrassé de ce que les gens pourraient penser de lui, et était resté fidèle à lui-même, honnête dans tout ce qu'il faisait. Il avait de plus pensé, à tort, il ne s'en aperçut que trop vite, que cela refroidirait un peu l'ardeur de ses admiratrices. Mais il semblait que personne ne pouvait détester Harry Potter, pas même Draco Malfoy, qui sans être devenu un véritable ami et tout en restant son plus grand rival, était toutefois passé du statut d'ennemi juré à celui de bon camarade. Comme quoi, la guerre a parfois son utilité.

Personne, sauf Severus Snape. Et cela, ce mépris irraisonné, était actuellement le plus grand problème d'Harry Potter. Car Harry, qui rappelons-le, était en proie aux affres de l'adolescence, et se posait donc tout un tas de questions sur son avenir après Poudlard, avait au moins résolu le problème de la profession qu'il voulait exercer. Cela, et ce malgré la mort de Tom Riddle, n'avait pas changé depuis sa cinquième année. De nombreux Mangemorts restaient encore en liberté, et même si aucun successeur ne semblait vouloir prendre la suite de Voldemort, les criminels existeraient toujours. Ainsi Harry souhaitait-il toujours devenir Auror. Il avait bien songé à devenir, dans un avenir plus ou moins lointain, professeur de DCFM ou joueur professionnel de Quidditch, mais il doutait encore, avec sa modestie habituelle, d'être réellement à la hauteur avant de longues années.

Or donc, il fallait qu'il obtienne suffisamment d'ASPIC, avec la mention Optimal dans le plus de matières possibles. Et Potions était l'une d'elle. Ce qui, tout le monde l'aura compris, était pour le moins compromis lorsqu'on était pas assez bon pour intégrer le très sélectif cours de Potions Avancées, et à peine assez pour avoir obtenu un Effort Exceptionnel à ses BUSE, sans compter le fait que Snape ne l'avait jamais favorisé dans ses cours, et ceci était un doux euphémisme. Il avait bien pensé à demander de l'aide à Hermione, mais cette dernière, déjà très prise par les nombreux cours dans lesquels elle avait été admise (dont celui de Potions Avancées), s'occupait déjà de remonter le niveau, à peine meilleur que celui d'Harry, de son petit ami Ron Weasley. Bien que son meilleur ami rêvât lui aussi d'entrer dans la Ligue professionnelle de Quidditch, il n'avait rien contre le fait de suivre le Survivant dans ses études d'Auror, bien au contraire. Et cela, Harry ne le comprenait que fort bien, aussi n'osa-t-il pas s'immiscer entre ses deux amis, qui de plus n'avaient guère le temps de se voir seuls, avec le stress des révisions.

Harry, qui n'avait jamais été très soucieux de faire les choses en temps et en heure, et surtout pas ses devoirs, se retrouvait donc au mois d'avril, à trois mois des examens de fin d'année, en bien fâcheuse position. Il se résolut donc à demander de l'aide à son éternel rival, la mort dans l'âme. Qui, lorsque Harry vint le retrouver à la fin du déjeuner, le regarda un long moment, d'un air étonné, avant de lui éclater de rire au nez.

"Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, Malfoy", grommela Harry d'un air vexé.

"Vraiment ?", répliqua Draco d'un ton traînant. "Saint Potter qui vient me demander de l'aide, à moi, son plus grand rival, est déjà du plus haut comique, tu le reconnaîtras...Mais qu'en plus, tu me demandes de l'aide en Potions, avoue que c'est risible, Potty. Tu penses vraiment que moi, Draco Malfoy, je peux t'aider à rattraper ton retard incommensurable et réussir à faire entrer quelque chose dans ta tête vide ?"

"Malfoy...", gronda Harry, furieux.

"Sérieusement, Potter, sans atteindre la nullité abyssale de Londubat, reconnais au moins que tes résultats en Potions sont plutôt médiocres...Et bien que l'idée que tu puisses me devoir quelque chose en te rendant service me mette particulièrement en joie, je crains hélas de ne pas avoir le niveau suffisant pour t'aider."

"Tu plaisantes ? Ca me fait mal de l'admettre, mais tu es le meilleur élève en Potions de tout Poudlard. Même Hermione n'arrive pas à te battre. Alors explique-moi en quoi ton PUTAIN de niveau n'est pas suffisant ?"

"Langage, Potter.", l'interrompit Draco avec un sourire amusé. "Je n'ai jamais ne serait-ce que sous entendu que j'étais mauvais. Je dis simplement que je n'ai pas la patience de Granger, et même, j'admets honnêtement ne pas être suffisamment pédagogue pour imaginer pouvoir t'enseigner quoi que ce soit. Surtout à toi, avec ta caboche dure comme du bois."

Harry eut soudain l'air à la fois très fatigué et complètement désespéré. Sa carrière d'Auror tombait à l'eau avant même d'avoir commencé, et Malfoy se foutait ouvertement de sa gueule. Ce dernier remarqua la détresse de son camarade, et se surprenant lui-même, lui fit un sourire compatissant. Bien qu'Harry soit un foutu stupide Griffondor, il devait avouer qu'il l'aimait bien, et aussi étrange que cela puisse paraître, il n'avait pas envie que le Survivant gâche ses chances de faire ce qu'il voulait dans la vie à cause d'une seule matière. Après tout, si Potter n'excellait pas dans ce qu'il faisait, il n'était plus un rival valable, et la victoire sans péril ne l'intéressait pas. C'est pourquoi il lui donna le conseil le plus saugrenu et le plus improbable que Harry ait jamais entendu.

"Pourquoi ne demanderais-tu pas à Snape de te donner des cours particuliers ? Après tout, mon parrain est reconnu pour être l'un des meilleurs de sa profession, et sans doute le meilleur de Grande-Bretagne."

"Au risque de briser un mythe, Malfoy, dois-je te rappeler que tu parles du Cauchemar Incontesté des élèves de Poudlard, et accessoirement, de l'homme qui me déteste le plus au monde ? A moins, bien sûr, que dans le foutu monde de Draco Malfoy, cette information ne soit pas encore arrivée ?"

"Langage, Potter", répliqua Draco agacé. "L'ironie est MON domaine, et tu ne m'arrives pas à la cheville alors n'essaie même pas. C'est la seule solution que j'ai trouvée à ton problème, et tu ne trouveras pas meilleur expert en Potions que Snape. Et, bon sang, c'est un professeur, je doute qu'il veuille voir échouer un de ses élèves aux ASPIC, même si celui-ci est un stupide Griffondor insupportable."

"Je ne suis pas un stupide Griffondor insupportable. Je suis LE stupide Griffondor le plus insupportable aux yeux de Snape, celui qu'il hait plus que tous les Griffondors réunis, même si depuis la fin de la guerre il se contente simplement d'ignorer mon existence."

"Et alors ? Mon vieux Potty, tu as battu le Seigneur des Ténèbres il y a un an et demi, et tu veux me faire croire que c'est un prof qui va te faire peur ? Qu'est ce que tu risques ? Au pire, il refuse, et tu as toujours le recours de faire intercéder Dumby en ta faveur. Au mieux, il accepte, voyant là l'occasion rêvée de t'humilier un peu plus. Sincèrement, si tu n'arrives pas à suivre des cours supplémentaires avec lui, j'accepte de rouler une pelle magistrale à Pansy Parkinson devant toute l'école. C'est te dire si je suis sûr de moi."

Malgré lui, Harry pouffa. L'idée de Malfoy embrassant à pleine bouche le bouledogue dans la Grande Salle avant de courir aux toilettes pour se brosser les dents était suffisamment plaisante pour qu'il prenne le risque de se faire rembarrer par le terrible Maître des Potions. Il décida donc d'aller voir Snape dès ce soir après le dîner.

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Severus Snape était assis à son bureau, tentant tant bien que mal de s'intéresser au ramassis de bêtises qu'il lisait dans les copies des cinquième année de Pouffsouffle. Ou plutôt, en réalité, il usait abondamment et machinalement de l'encre rouge sans vraiment se soucier de qu'il avait sous les yeux, lorsqu'un bruit inhabituel vint perturber la monotonie de sa soirée. Il lui fallu une demi-seconde d'hébétude avant de se rendre compte que quelqu'un frappait timidement à sa porte. Et une demi-seconde supplémentaire pour deviner que ce n'était ni un professeur, ni le Directeur. Il soupira, agacé. Qu'est-ce qu'un foutu étudiant pouvait bien lui vouloir à cette heure de la journée ? Il fut tenté de ne pas répondre, mais les coups reprirent, plus insistants.

"Entrez", articula-t-il d'une voix à faire passer la banquise pour une station balnéaire méditerranéenne. Avant de ramasser sa mâchoire qui s'écrasa sur la table sous le choc.

Un violent frisson le parcourut. Pourquoi Diable Harry Potter, son cauchemar personnel des sept dernières années, poussait-il maladroitement la porte de SON bureau ? Un rictus méprisant étira les lèvres minces du Maître des Potions.

"Monsieur Potter", susurra-t-il d'une voix onctueuse. "Que me vaut l'horreur d'une visite vespérale de notre Héros National ?"

Le dit Potter semblait excessivement mal à l'aise, et se balançait d'un pied sur l'autre, visiblement plus très sûr de ce qu'il était venu faire ici. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux, les ébouriffant encore plus, si cela était possible, et se mit à mordiller inconsciemment sa lèvre inférieure, à tel point que Severus se demanda, vaguement intrigué, combien de temps il lui faudrait pour la mettre en sang. Finalement, Harry se décida à ouvrir la bouche.

"Voilà. Monsieur...Professeur...Vous savez sans doute que les ASPIC approchent...et que...qu'après Poudlard, j'aimerais...enfin, je souhaiterais...devenir Auror...je veux dire, si j'en ai la possibilité...

"J'entends bien Monsieur Potter", coupa sèchement Snape. "Ce que j'aimerais savoir, c'est en quoi votre avenir après que vous ayez quitté cette école me concerne en quoi que ce soit."

"Monsieur", reprit doucement Harry, l'air complètement paniqué, " Justement, j'étais venu...Bref, je dois obtenir un O à mon ASPIC de Potion pour prétendre suivre des études supérieures dans ce domaine, et je sais que mon niveau est loin d'être suffisant..."

"Je ne vous le fais pas dire", l'interrompit une fois de plus Snape, qui retenait à grand peine un sourire mauvais. "Votre niveau est exécrable, je me demande d'ailleurs comment vous êtes parvenu à obtenir un E à vos BUSE. Et c'est à ce moment de l'année que vous songez à vous en préoccuper ?"

"Je...je sais, Monsieur. C'est...c'est pour ça que je suis venu vous voir. Je voudrais...enfin, j'aimerais...enfin, je me demandais si...sivousn'accepteriezpasdemedonnerdescoursparticulierspourremontermonniveaus'ilvousplaît ?", bafouilla Harry, au bord de la crise de nerfs.

Snape le regarda, abasourdi. Que venait de lui demander l'Effroyable Sale Gosse ?

"Pouvez-vous répéter, Monsieur Potter ? Je crains que mon grand âge n'ait eu raison de mon audition, et je ne parle pas le Potterien, à mon grand dam."

"Je...je me demandais si...si vous accepteriez de me donner des cours particuliers pour remonter mon niveau. S'il vous plait. Monsieur." répéta Harry d'une petite voix misérable.

L'Enfant Chéri du monde sorcier s'était à présent absorbé dans la contemplation de ses chaussures, qui semblaient être devenues la chose la plus intéressante du monde, et attendait la réponse de son professeur. Celui-ci sembla mettre tellement de temps à répondre qu'Harry avait l'impression qu'il pourrait se liquéfier sur place avant que le Maître des Potions ne daigne ouvrir la bouche. Severus Snape finit cependant par parler.

"Et, par quel prodigieux hasard avez-vous pu penser, Monsieur Potter, si toutefois cette périlleuse activité vous est familière, que j'accepterais de perdre mon temps avec vous, alors que vous êtes incapable de suivre correctement un de mes cours ? Rendez-vous à l'évidence, vous êtes un cas désespéré. Soyez réaliste, et trouvez un emploi dans le seul domaine où vous êtes un peu doué, en dehors de votre prodigieuse capacité à vous attirer des ennuis, à savoir le Quidditch."

C'était profondément injuste, Snape le savait. Il s'était depuis longtemps fait à l'idée que Harry méritait l'adoration de ses congénères. Le jeune homme était doué, dans un nombre impressionnant de domaines, pas seulement le Quidditch. Il avait depuis longtemps intégré le fait que Harry n'était pas simplement la réincarnation de James Potter, et qu'il était loin d'être le sale mioche pourri gâté qu'il s'était imaginé. Et, s'il était totalement honnête envers lui-même, Severus aurait reconnu que les difficultés de Potter en Potions venaient aussi du fait que lui, Cauchemar Incontesté des élèves, prenait un malin plaisir à s'acharner sur le fils de son ancien ennemi. Même Draco Malfoy n'aurait pas été aussi bon, s'il l'avait traité comme il avait traité Potter durant toutes ces années. Malgré tout, il restait tout de même un foutu stupide Griffondor, irréfléchi, fonçant tête baissée sans penser aux conséquences de ses actes la plupart du temps, courageux et loyal jusqu'à l'écœurement, prodigieusement irrespectueux des règlements, et avec un foutu caractère, en plus. Bref, très, très, très irritant, et très, très, très fatigant. En conséquence, donner des cours particuliers à cet insupportable gamin contrariait grandement les projets de Severus de se transformer lentement mais sûrement en statue de glace jusqu'à ce que mort s'ensuive.

C'était profondément injuste, et Harry le savait. C'est pourquoi son sang ne fit qu'un tour, et c'est pourquoi il eut cette réaction. Harry planta donc son regard vert dans les yeux d'un noir d'encre de Snape et lui répliqua, sa voix tremblant d'une rage froide :

"Professeur Snape. Inutile de me jeter ma nullité à la figure, n'imaginez pas que je n'ai pas compris depuis le temps quel mépris vous me portiez. Je suis peut-être stupide, mais pas au point de ne pas remarquer les efforts désespérés que vous faites depuis sept ans pour bien me faire comprendre à quel point vous me détestez. Inutile non plus que je vous fasse remarquer que je ne suis pas mon père, je crois que c'est peine perdue. Mais laissez-moi vous dire une chose, Professeur. Je crains hélas que vous n'ayez pas le choix quant au fait de me donner des leçons supplémentaires. Si vous refusez, j'ai plusieurs options pour vous forcer à accepter, toutes plus désagréables les unes que les autres, autant pour vous que pour moi. Mais je n'hésiterais pas à le faire, parce que j'ai décidé que pour une fois dans ma vie, j'allais faire ce que JE veux, et non pas suivre un destin dicté par une stupide prophétie, ou encore obéir aux ordres du Directeur ou du Ministère..."

"Vraiment.", coupa Snape, glacial. "Si ce n'est pas trop vous demander, que comptez-vous faire pour me forcer à accepter ?

"Mais, Professeur, c'est d'une simplicité enfantine", répliqua calmement Harry. "Bien que cela me répugne, je pourrais tout à fait demander à Dumbledore de vous obliger à me donner ces leçons, voire même obtenir une dérogation du Ministre lui-même. Et que pourrait-on refuser à Celui-Qui-A-Vaincu-Voldemort, n'est-ce pas ? Et quand bien même, je pourrais tout à fait envisager la possibilité de repasser mon année, encore et encore, jusqu'à ce que je réussisse cet examen. Imaginez cette éventualité, Professeur, devoir me subir encore une, deux, voire trois années supplémentaires, parce que je suis trop têtu pour renoncer, et parce que je REFUSE de gâcher mon avenir à cause d'une seule matière...Sans parler du fait qu'il serait très mal vu qu'un de vos élèves échoue uniquement à cause du ressentiment que vous lui portez, et que vous ne lui avez pas donné la possibilité, comme tout enseignant qui se respecte, de s'améliorer dans une matière importante pour son avenir. Vous le savez, Professeur, je suis un foutu Griffondor entêté...Alors, quand dois-je venir pour la première leçon ?"

Severus Snape pensa à ce moment-là, alors qu'il contemplait Harry avec un mélange de fureur et d'admiration, que le Sale Môme aurait tout à fait pu suivre ses études dans sa Maison. Car c'était bien avec une froide volonté et un petit sourire typiquement Serpentariens que Harry Potter attendait sa réponse. Le Maître des Potions soupira imperceptiblement.

"Très bien, Monsieur Potter. Lundi, 20 heures, dans mon bureau. Vu le retard que vous avez accumulé, vous viendrez tous les jours, sauf entraînement de Quidditch. Je ne voudrais pas qu'on m'accuse de vouloir faire perdre volontairement des points à votre Maison, n'est-ce pas ?", termina-t-il avec un rictus amer.

Harry le gratifia alors du plus éclatant des sourires. Et la vision du jeune homme, éclairé par des derniers rayons du soleil qui filtraient à travers le soupirail du bureau, forma une boule compacte et brûlante dans l'estomac de Severus, sans qu'il sût – sans qu'il voulût – expliquer pourquoi.

Ce fut donc par une splendide soirée d'avril 1998 que la vie de Severus Snape, Maître des Potions émérite, Ordre de Merlin (1ère Classe), et Cauchemar Incontesté des élèves de Poudlard, fut bouleversée dans sa monotonie par une tornade échevelée nommée Harry Potter.

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Voilà, c'était le premier chapitre de ma première fic, la suite viendra bientôt. Je suis un peu anxieuse de savoir ce que vous allez en penser, alors postez-moi une petite review, ça fait toujours plaisir. Bises à tout le monde.