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Disclaimer : Tout est à JKR, lieux, personnages -sauf certains que vous reconnaîtrez aisément- créatures, etc je ne tire aucun bénéfice de cette histoire, si ce n'est celui du plaisir que je prends à écrire et faire partager ce que j'écris… Bonne lecture.


Epilogue

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Ron tira sur son col une fois de plus. Jamais il n'avait autant détesté figurer en fin de liste. Attendre qu'on l'appelât sous ce soleil quasi estival le rendait presque nerveux. Il sourit à Hermione, qui remontait vers les bancs des Gryffondor, le visage épanoui et le pas décidé. Elle reprit sa place entre lui et Harry, qui ne semblait pas très à l'aise non plus. Elle remit en place le col malmené de la robe de Ron.

- Cesse donc de tirer là-dessus, Ron ! chuchota-t-elle tandis que Neville se levait à l'appel de son nom. Tu es parfait ! Au fait, où est ton badge ?

Ron plongea la main dans sa poche droite. Puis dans la gauche. Il revint dans la droite, avec fébrilité.

- Je l'ai oublié... murmura-t-il angoissé.

Hermione poussa un soupir et tendit son diplôme enrubanné aux couleurs de Poudlard à Harry, au moment où Ron sortait son badge de sa poche. Elle le lui prit des mains et le lui accrocha à la poitrine.

- Calme-toi, Ron... On ne va pas te demander de repasser tes Aspic... Un petit mot de félicitation de Dumbledore, tu devrais être en mesure de supporter ça... toi qui as repoussé l'assaut d'une troupe entière de mangemorts...

Ron appuya sa main sur son genou, pour le faire cesser de trembler.

- Je préfèrerais ça... marmonna-t-il.

- Voyons, Ron, se moqua Hermione. Ce n'est pas pire que lorsque tout le monde a le regard fixé sur toi quand tu joues au Quidditch !

Ron ne répondit pas que c'était pire, parce que la voix enjouée de Dumbledore rappelait Neville, tout rose d'émotion, qui avait oublié son parchemin. Son oncle descendit lui porter le rouleau et le jeune homme remonta l'allée sous les rires, en saluant ses camarades de son diplôme. Il croisa Malone et lui serra la main avant de retourner s'asseoir sur le banc des Septième Année de sa Maison. Il salua Luna de l'autre côté de l'allée, et se tourna vers les rangs du public où il chercha sa grand-mère. Il lui fit un signe avant de se pencher vers Ron.

- Ça va bientôt être le tour d'Harry... chuchota-t-il à l'oreille du Préfet. Tout est prêt ? Tu es sûr qu'il ne se doute de rien ?

- Oui ! Oui ! fit Ron nerveusement. Ma baguette ! Qu'est-ce que j'ai fait de ma baguette... ?

Harry se pencha par devant Hermione.

- Tu te sens bien, Ron ?

- Très bien ! répondit Neville.

- Il est juste un peu nerveux, dit Hermione en ramenant une fois de plus le col de la robe de Ron à sa place.

- Il n'y a vraiment pas de quoi, fit Harry en se redressant.

Il applaudit Macmillan qui revenait sous les acclamations de ses camarades de Poufsouffle et des autres Maisons. Nott se leva à l'appel de son nom, et les applaudissements cessèrent. Le Serpentard rejoignit l'estrade dans le silence. Comme à tous ceux qui s'étaient déjà succédés devant lui, Dumbledore adressa quelques mots de félicitations et tendit le diplôme à Algie Londubat qui s'empressa de le remettre au jeune homme, avec un large sourire et une poignée de main. Il revint dans les rangs de Serpentard, accompagné par des applaudissements polis. Seuls Gregory Goyle et Vincent Crabbe manifestaient leur enthousiasme un peu plus bruyamment que leurs camarades.

- C'est désolant, murmura Hermione dans un soupir.

- Pourquoi ? demanda Harry. Il a droit à sa minute de reconnaissance, lui aussi...

- Justement... répliqua Hermione. Tu trouves que la reconnaissance qu'on lui témoigne est à la hauteur de son action ? Ce n'est vraiment pas juste, Harry... Tout le monde le snobe, même les Serpentard. A part Crabbe et Goyle, personne ne veut être l'ami de Théodore Nott. Si Ellie ne le fréquentait pas, on ne lui adresserait pas la parole.

- Tu exagères, Hermione... grommela Neville.

- Même pas... Il n'a pas eu la vie facile chez les Préfets non plus... Demande à Ron...

- Oui, Chérie... répondit Ron.

Il n'avait aucune idée de la question à laquelle il venait de répondre. Il essayait d'empêcher le col de sa robe de l'étrangler. Sur l'estrade, Padma Patil laissait la place à Parvati... Combien encore d'élèves devaient se succéder devant les professeurs ? Neville lui donna un coup de coude.

- C'est bientôt à Harry...

- Oui, Chérie... répondit Ron.

- Ron ! s'écria Hermione à voix basse.

Neville se mordit les joues. Harry pouffa. Un fou rire menaçait d'éclater sur le banc des Septième Année de Gryffondor.

§

Ron tira sur son col une fois de plus et le professeur McGonagall appela :

- Harry Potter !

Aussitôt, de la rangée des Gryffondor s'éleva une vibrante ovation que McGonagall fit taire avec force « Hum ! Hum ! » offusqués. Harry fit signe à ses camarades de se calmer. Il se dépêcha d'atteindre l'estrade, prêt à remercier Dumbledore pour ses félicitations, attraper son diplôme des mains de sa directrice de Maison, et filer à sa place avant que ses condisciples n'eussent le temps de mettre à exécution la surprise qu'ils avaient mis au point. Quelle qu'elle fût.

§

Il avait fini par s'habituer aux regards insistants – il gardait en mémoire le retour à Poudlard après les vacances de Noël et son arrivée sur la voie 9 ¾. Pour la première fois de son histoire, le Poudlard Express était parti avec plusieurs minutes de retard. Et il se souvenait encore du trajet... Ç'avait été un véritable défilé dans son compartiment. Il n'avait eu un peu de paix, ce soir-là, qu'après le repas, quand tous eurent fini de compter les places vides aux quatre tables des Maisons.

Ensuite, il y avait eu le lit de Seamus resté vide dans le dortoir – il ne s'y était pas fait encore. Et sa voix qui ne résonnait plus dans la salle commune. Et tant de choses encore dont il n'aurait jamais pensé qu'elles lui manqueraient. Comme les gloussements de Lavande et Parvati, brusquement assagies. Les doutes de certains de ses camarades qui s'étaient tus. Les interpellations moqueuses de Bobbins dans la salle des Quatre Maisons. Le harcèlement des frères Crivey, plus soudés que jamais, mais plus calmes aussi. Les disputes à rallonge de Ron et Hermione. Les sarcasmes de Malefoy. Et –il avait un peu honte de le dire- cette sensation de danger permanent qui s'estompait lentement mais sûrement.

§

Dumbledore n'en dit pas plus qu'aux autres élèves, mais dans ses yeux brillait une lueur qui fit baisser les siens à Harry. Le jeune homme prit son diplôme des mains de McGonagall.

- Félicitations, Harry, murmura la vieille dame d'une voix émue. Vous auriez fait un Auror fabuleux...

- Merci, Madame, répondit Harry.

Il se mordit les lèvres. Puis il se tourna vers ses camarades et les salua de son parchemin. Il descendit de l'estrade avec un sentiment étrange au cœur. C'était fini. Le lendemain les portes de l'école se fermeraient une dernière fois derrière lui. Et lorsqu'elles se rouvriraient, il ne serait plus là. Et le monde tournerait sans lui, du moins, le petit monde de Poudlard.

Après tout, il avait fallu un moment à Ron et Hermione avant de retourner dans le laboratoire, mais ils y étaient revenus en fin de compte. Ils avaient attendu de longues semaines la première sortie à Pré-au-Lard et elle avait finalement eu lieu – un souvenir inoubliable. C'était pour la St Valentin. Durant toute la semaine précédant la sortie, Ron avait frôlé l'explosion, un peu comme depuis qu'ils avaient pris place sur le banc un peu plus d'une heure plus tôt – Et Malone avait motivé tout le monde pour que reprît le championnat de Quidditch, même s'il restait à terre désormais. Et il avait convaincu Viktor – le professeur Krum !- d'être l'entraîneur des Dragons. Ni Harry, ni Ron, ni Charlie, ni même Hermione n'avaient pourtant réussi à lui faire abandonner l'idée de renoncer au Quidditch après ses blessures aux mains. Et Dean s'était décidé à combler le vide sur le mur en face de son lit par un portrait de Seamus à la taille d'un poster géant. Et Ellie avait fini par retrouver sa broche. Elle la portait d'ailleurs, accrochée à son chapeau, un peu noircie et cabossée – il ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas voulu la faire arranger. Il ne suffisait pourtant que d'un coup de baguette magique, et elle aurait repris son éclat initial.

Il avançait dans l'allée, les yeux fixés sur le sourire d'Ellen, quand une première explosion crépita dans son dos. Il se retourna vivement, la baguette au poing. Les Poufsouffle et les Serdaigle étaient debout de chaque côté de l'allée, leur baguette levée, d'où sortait une pluie d'étincelles. Un peu interloqué, Harry se força à sourire à Macmillan qui criait « Vive Potter ! » Il reprit son chemin, un peu crispé, cherchant parmi les Gryffondor lequel de ces traîtres avait monté ce traquenard. Il remarqua cependant que les gerbes d'étoiles multicolores étaient moins fournies du côté Serpentard, ainsi que le sourire goguenard de Théodore Nott qui se contentait d'applaudir à son passage. Harry adressa un regard furibond à Jezebel Dawson, dont la banderole faisait clignoter les lettres de son nom.

Il reprit sa place à côté d'Hermione, alors que Minerva McGonagall réclamait le silence afin d'accueillir le professeur Flitwick qui sollicitait sur l'estrade la présence de Garrett Sanders.

- Qui est responsable de ça ! grogna Harry à Hermione.

- Je leur ai pourtant dit que ce n'était pas une bonne idée, je te l'assure... soupira cette dernière.

- C'est un coup de la bande à Neville ? demanda Harry.

- Entre autres...

- Ellie ?

- Mmm

- Ginny ?

- ...

- Tu es Préfète-en-chef, Hermione ! Pourquoi ne les en as-tu pas empêchés ?

Hermione tourna un regard ironique vers lui.

- Et que crois-tu que j'ai fait ? Ça, ce n'était qu'un compromis !

Harry ferma les yeux. Il l'avait échappé belle... Il se retourna vers Colin Crivey, derrière lui, qui lui tapait sur l'épaule, un large sourire aux lèvres. Ginny était assise à côté de lui, elle lui fit un petit signe de la main.

- Tu me paieras ça, Ginny... menaça Harry tandis que Dean se préparait à se glisser dans l'allée à l'appel de son nom.

Ron déboutonna son col, que Hermione referma aussitôt. Plus qu'un nom encore et ce serait lui qu'on appellerait.

- Respire, mon Coeur... l'encourageait Hermione. Tout va bien se passer.

- Les jumeaux sont là ? demanda Ron d'une voix étranglée.

- Au premier rang, juste à côté de Maman... précisa Ginny. Ils sont venus spécialement pour toi, Ronnie...

Harry et Hermione se retournèrent en même temps.

- Ginny !

- Je suis mort ! murmura Ron.

Et de rubicond, il passa au livide, presque aussi vert qu'au temps des dragées Arc-en-Ciel. Il sentit la main d'Hermione se refermer sur la sienne, et les bruits s'estompèrent. Son cœur battait dans sa gorge. Il entendit la voix de McGonagall, mais il ne comprit pas les mots qu'elle prononçait. Il sentit les lèvres d'Hermione sur sa joue.

- Ron... C'est à toi...

Tous les visages se tournaient vers lui. Neville le poussa dans l'allée. Il marcha vers l'estrade. Dumbledore parlait, mais il ne savait ce que le directeur racontait. Ensuite ce fut McGonagall qui lui dit quelque chose. Il hocha la tête tandis qu'elle lui mettait dans les mains son rouleau de parchemin. Il remonta l'allée dans un rêve. La voix de Malone lui parvenait. Et celle de Dawson le fit sortir de l'étrange brouillard qui l'entourait. Il aperçut, au premier rang du public, sa mère qui essuyait ses yeux, et son père qui lui faisait un petit signe de la main. Et les jumeaux, qui scandaient son nom sur le même air que Jezebel.

Ils n'oseront pas... Ils n'oseront pas... se répétait-il alors qu'il n'en finissait pas de remonter jusqu'à sa place.

Ils osèrent pourtant. Alors que Ron se trouvait à mi chemin de sa rangée, ils se levèrent et lancèrent des feux d'artifice qui explosèrent au-dessus de sa tête. Il se hâta d'essayer de cacher sa haute taille qui dépassait largement ses camarades.

- Je les hais ! dit-il.

- Bienvenue au club ! nargua Harry.

- Ils veulent simplement te témoigner leur admiration... se moqua Ginny. Ce n'est pas ce que tu as toujours voulu, Ronnie... Qu'on te reconnaisse enfin ?

Elle entoura le cou de son frère de ses deux bras et s'appuya sur son dos.

- Ronnie... Est-ce que je t'ai déjà dit combien je suis fière de toi... ?

- Jamais... grogna Ron.

- C'est bien ce que je me disais...

§

Ron dégagea les bras de sa sœur de son cou et desserra son col, que Hermione s'empressa de reboutonner aussitôt.

- Ce n'est pas fini, Ron...

Ginny se pencha à nouveau vers son frère.

- Tu ne vas pas le tourmenter pour ça ! C'est le tour de Zabini ! Qu'est-ce qu'on s'en fiche de suivre le protocole pour ce type ! Regardez ! Personne ne fait attention à lui.

Ils levèrent tous la tête vers l'allée et Blaise Zabini. Le Serpentard se hâtait vers sa place en bout de banc, sous les murmures soulagés des jeunes gens qui songeaient qu'ils pourraient enfin se dégourdir les jambes et rejoindre leurs parents dans le public.

- Je me moque bien de Zabini ! répliqua Hermione tout en ajustant la tenue de Ron. Vous oubliez l'inauguration de la stèle !

Il y eut un silence, puis Ginny demanda à voix basse.

- Vous savez à quoi elle va ressembler ?

- Une stèle commémorative, c'est une stèle commémorative... fit Ron, mal à l'aise. C'est du marbre dans lequel on a gravé des noms, et c'est tout...

Il ouvrit son col d'un geste maladroit et s'adressa à Hermione.

- Et puis, c'est pas moi qui dois être la vedette, c'est toi et Goldstein. Goldstein est toujours impeccable et toi, tu es parfaite, c'est le principal. Personne ne fera attention à mon col de robe, et même si c'était le cas, on dirait : Quelle tenue, ce Weasley !... et pas : Quelle tenue, ce Weasley, c'est sûrement la faute d'Hermione Granger ! Et quelle idée aussi de célébrer cette cérémonie en plein après midi ! Et fallait-il que ça se passe aujourd'hui... Avait-on besoin de nous ramener à des mois en arrière ?

- Chuuutttt ! fit Hermione.

Elle prit sa main et la serra dans la sienne, repoussant Ginny à sa place derrière elle.

- Et pourquoi est-ce Goldstein qui découvrira la stèle ? reprit Ron. Il n'était même pas là quand l'école a été attaquée. Ce devrait Harry qui lève cette toile.

Il désigna le drap qui dissimulait la forme oblongue, de la taille d'un homme, près de l'estrade et devant laquelle tous les élèves de Septième Année étaient passés pour aller chercher leur diplôme.

- J'ai eu ma part de gloire, merci ! répondit Harry. Je laisse cet honneur à Goldstein. Il le mérite : Il a été la première victime effective de la bataille de Poudlard. Avec Hermione qui, de tous les survivants de ce combat, a le plus souffert, il représente tous les élèves. Il est normal que ce soit les Préfets-en-Chef qui découvrent ce monument à la mémoire de leurs camarades.

Ron baissa la tête.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je...

Il leva les yeux vers Hermione et conclut :

- Je crois que je ferais mieux de me taire...

Elle l'embrassa discrètement alors qu'elle se levait pour rejoindre Anthony Goldstein qui l'attendait dans l'allée. Et tandis que les Préfets-en-Chef se dirigeaient vers l'estrade, le professeur Dumbledore s'approcha de l'assistance.

- Jeunes gens, vous me permettrez de bousculer un peu le protocole prévu, mais, si je reconnais à vos Préfets-en-Chef la légitimité de vous représenter, je suis certain qu'ils accepteront de partager cette prérogative avec deux autres de leurs camarades. Approchez, Gryffondor et Serdaigle. Et accueillez Serpentard et Poufsouffle auprès de vous. Monsieur Nott, avancez-vous, je vous prie. Et vous, Miss Abbot, venez aussi.

Nott se leva le premier, et s'il éprouvait de la surprise, il n'en laissa rien paraître. Hannah, elle, ne cacha pas son émotion et Ernie dut la pousser dans l'allée. Dumbledore, heureusement pour elle, rappelait l'attention de chacun sur lui.

- Jeunes gens, chers collègues, parents et chers amis, je ne reviendrai pas sur les évènements de cet hiver. Nous ne savons que trop bien ce qui s'est passé ici. Et nous savons aussi que nombres d'entre nous ont perdu la vie pour nous permettre de pouvoir continuer la mission que les Fondateurs ont donnée à cette école. Certains d'entre nous vont quitter définitivement Poudlard. Je sais ce qu'ils ressentent. Un grand soulagement, la joie d'avoir terminé leurs études, un peu de tristesse également de quitter ces lieux qui les ont vus grandir et changer. De l'appréhension de se retrouver dans un monde à reconstruire, et l'excitation légitime de ceux qui se sentent prêts à conquérir le monde... pacifiquement bien sûr ! Il ne serait pas juste de leur faire porter le poids de l'absence, ni celui de la peine. Comme il serait injuste de vouloir prétendre que rien n'est arrivé, et d'effacer les noms de ceux qui ne sont plus là. C'est pourquoi les Professeurs, le Ministère et moi-même, avons décidé d'élever au milieu de notre parc, une stèle à la mémoire de ceux qui sont tombés ici pour défendre Poudlard. Pour leur rendre hommage, certes, pour qu'ils ne soient jamais oubliés, mais aussi pour que restent dans les mémoires les raisons de leur sacrifice. Nous pourrons ainsi terminer cette année, peut-être pas sereinement, mais assurés que nos amis ne sont pas tombés en vain.

Il invita du geste les quatre jeunes gens à saisir l'une des deux cordelettes qui pendaient de chaque côté de la stèle. Hannah prit la corde que lui tendait Anthony. Théodore Nott referma sa main au-dessus de celle d'Hermione. Elle lui adressa un sourire complice. Il ne put cacher celui qu'il voulait ironique, mais où transparaissait malgré tout une certaine satisfaction.

- Jeunes gens des Quatre Maisons... demanda Dumbledore.

Les quatre Préfets tirèrent sur les cordes et le drap tomba au pied du monument dans un silence impressionnant. Une pierre apparut aux yeux de tous. On aurait dit un rocher surgi du sol. Une inscription gravée, que suivait une liste de noms, ornait seule la pierre lisse.

§

- Aussi longtemps que nous vivrons, ils vivront, reprit Dumbledore. Ensuite, ils feront de l'ombre à ceux qui se promèneront dans le parc. Ils offriront un lieu de repos à ceux qui s'appuieront à cette pierre les jours de révision. Et d'autres graveront peut-être leurs noms au bas de la roche, comme le font les amoureux. C'est le vœu que je forme aujourd'hui. Que dans mille ans encore, des générations de jeunes sorciers et de jeunes sorcières viennent s'appuyer sur cette pierre où les noms seront presque effacés. Cela n'aura plus d'importance. Ce pourquoi nous nous sommes battu, et pourquoi ils sont tombés, aura survécu. Je vous remercie tous de m'avoir écouté. Je remercie les parents qui ont accepté de se déplacer en ces circonstances particulières. Les Elfes de Poudlard ont préparé un goûté et des rafraîchissements sur le perron. Je vous invite à les partager avec nous.

Sur l'estrade, Algie Londubat proposa son bras à Minerva McGonagall et ils descendirent ensemble vers les bancs des Gryffondor et des Serpentard pour autoriser les élèves à quitter leur place. Madame Chourave, qui avait fait des efforts d'élégance pour l'occasion, ainsi que le professeur Flitwick, très distingué, firent de même pour les Poufsouffle et les Serdaigle.

Ron se hâta de rejoindre Hermione restée près de la stèle. Harry attendit Ellie, puis Neville les entraîna vers le monument devant lequel la plupart des élèves, ainsi que quelques parents se pressaient. Dean y était déjà, entouré de Lavande et des sœurs Patil. Une femme se trouvait près d'eux. Elancée, blonde, la quarantaine, elle tamponnait ses yeux rougis avec un mouchoir taché de mascara, alors que Padma lisait à voix basse :

- Vienne le temps des combats
Que vous le vouliez ou non.
Du courage il en faudra
Pour affronter ce qui s'annonce.
Il faudra être plus habile,
User des ruses de l'ennemi.
La loyauté se paiera
Au prix du sang et de la vie.
Qui sera assez fou ou assez sage
Pour donner sans retour.
L'ombre pour prix de son courage
L'oubli pour prix de son amour.
Pour que le cercle soit refermé
Et que Poudlard continue
A dispenser la connaissance.
In Memoriam : Ackerley Stewart, Serdaigle...

§

Un coup de coude de Dean la fit taire. La femme renifla et s'essuya les yeux.

- Ha ! Harry... fit Dean apparemment soulagé de la diversion qu'était l'arrivée de ses camarades. Neville, Harry... vous connaissez Madame Finnigan ?

Neville secoua la tête, il tendit la main vers la femme.

- Ravi de vous rencontrer, Madame. Seamus parlait souvent de vous...

La mère de Seamus lui rendit son sourire, un peu crispée.

- Neville Londubat, n'est-ce pas... Seamus m'a aussi parlé de vous.

Harry avança d'un pas et tendit sa main lui aussi.

- Harry Potter, Madame.

- Ho, je sais qui vous êtes...

Elle essuya ses yeux, en essayant de ne pas enlever davantage de maquillage.

Puis elle se décida à serrer la main dont Harry commençait à ne savoir que faire.

- Excusez-moi, dit-elle avant de se détourner rapidement pour cacher ses yeux pleins de larmes.

Elle s'éloigna à grands pas vers le château, en faisant signe à Dean que tout allait bien.

Harry se tourna vers la pierre. Il relut le texte gravé, sans vraiment le voir. Puis son regard s'attarda sur les noms classés par ordre alphabétique, en particulier sur celui de Finnigan Seamus, Gryffondor.

Le doigt d'Ellen glissa le long de la pierre, soulignant les noms des Serpentard.

- Ils ont même mis les noms des anciens Salamandres qui sont morts lors des combats, fit-elle remarquer.

- Oui... constata Ron. Et regardez ! Il y a la liste des membres de la Brigade Anonyme, avec leur ancienne Maison. Ils n'ont pas oublié Rusard. Et les professeurs : Firenze ! Rogue ! Et Remus ! Je n'en crois pas mes yeux ! Remus Lupin, professeur de Défense Contre les Forces du Mal... je me demande comment Dumbledore a bien pu expliquer ça !

- Cela te dérange ? demanda Ellie.

- Non au contraire ! répondit Ron. Par contre, ce qui me dérange, c'est de trouver des Salamandres dans la liste...

- Ils sont morts pour défendre Poudlard, Ron, intervint Hermione. Je ne vois pas quel mal il y a à trouver leur nom sur ce monument...

- C'est juste, admit Ron. Mais je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que parmi eux se cache quand même celui qui a libéré Dolohov, ce qui a failli coûter la vie à Viktor... Alors le voir honoré comme les autres... J'ai du mal...

- Moi aussi, avoua Ellie.

- Qu'est-ce que ça peut faire ? fit Harry un peu abrupt. Un de plus ou un de moins sur la liste, ça ne changera pas grand chose.

§

Il entraîna ses amis un peu plus loin pour laisser la place à ceux qui voulaient s'approcher de la stèle.

- Serais-tu devenu fataliste, Potter ? se moqua Nott.

- Non... répondit Harry. Mais on ne peut pas grand-chose là-dessus... Nous savons que dans quelques mois, nous croiserons dans la rue certains des Salamandres qui seront sortis d'Azkaban et nous aurons du mal à admettre qu'ils puissent se promener librement, même sans baguette, alors que nos amis... Autant s'y habituer tout de suite.

Il finissait sa phrase qu'un flash éblouit le groupe tout entier.

- Colin ! pesta Harry.

- Hé ! Crivey ! Je vais te faire avaler ton appareil ! menaça Ellie les mains sur les yeux.

- Désolé, Ellie ! répondit Colin Crivey tandis que la jeune fille sortait de sa poche une paire de lunettes de soleil. Je peux prendre une autre photo de vous ?

- Non ! fit Ellen.

- Tu n'en as pas assez, Colin ?

- Je vais faire un superbe album de cette journée mémorable ! s'écria Colin avec enthousiasme. Et j'ai l'occasion de vendre mes meilleures photos !

- A qui ? se moqua Ron. Au Chicaneur ?

- Ce que tu es bête, Ronald ! Non ! Bien sûr ! A cette femme, là-bas. C'est une journaliste de la Gazette.

Il se tourna et désigna une femme qui descendait vers la stèle, en compagnie d'une Jezebel Dawson pérorant autour d'elle.

- Il est hors de question que tu vendes une seule photo de moi à cette femme ! eut tout juste le temps de lancer Harry à voix basse tandis que retentissait la voix haut perchée de Rita Skeeter.

- Harry Potter ! Très cher ! Ravie de vous rencontrer à nouveau...

Elle tendit la main au jeune homme qui laissa à Ron le soin de grommeler tout le bien qu'il ne pensait pas d'elle. Elle ne s'en formalisa pas pour autant, et adressa un sourire à Théodore Nott.

- Vous ne me présentez pas vos amis, Harry ?

- Ce ne serait pas un service à leur rendre, répondit ce dernier.

- Quel ingrat vous faites, reprit la journaliste, son regard insistant sur Ellie.

Harry leva les yeux au ciel.

- Vous avez tous entendu parler de Rita Skeeter... présenta-t-il. Rita Skeeter, Neville Londubat.

Rita hocha la tête d'un air intéressé.

- Théodore Nott...

Elle leva un sourcil, de plus en plus fascinée.

- Et Ellie McGregor...

- McGregor ? réagit Rita Skeeter. Des Haras McGregor ?

Son regard avide allait d'Harry à Ellie et son sourire s'élargissait. Elle ne s'intéressait manifestement pas à Dean Thomas et aux jeunes filles qui l'accompagnaient.

Ellie baissa ses lunettes de soleil pour jeter un regard peu amène, mais néanmoins larmoyant, sur la journaliste.

- Oooooooooh que c'est charmant ! fit celle-ci en sortant sa plume à papote. La nouvelle petite amie du Survivant cache derrière des lunettes noires son chagrin de voir finir cette année. Sans doute la décision de notre héros de rejoindre l'équipe de Quidditch des Pies de Montrose est-elle à l'origine de ses larmes. Les admiratrices ne manqueront pas désormais au jeune homme... et nous savons tous que la célébrité fait souvent tourner les têtes...

- Hé ! commença Ron.

Le pied d'Hermione qui écrasait le sien le persuada de garder pour lui ce qui lui venait à l'esprit.

- Quidditch ? fit-il à la place.

- Montrose ? En Ecosse ! s'écria Ellie.

- Et tes études d'Auror ? demanda Neville.

Nott ne cachait pas que la situation l'amusait.

- Ooooooooooh ! refit Rita. On fait des cachotteries à ses amis ! J'ai gâché la surprise, peut-être... Gideon Glouster est un indiscret... Mais il est vrai que je sais faire parler même les muets...

Elle se mit à glousser avant de se tourner vers Nott.

- Nott... fit-elle avec un peu plus de mordant. Théodore Nott... Ce nom ne m'est pas inconnu.

- C'était celui de mon père, répondit le jeune homme qui perdit son sourire. Je doute cependant que vos lecteurs soient intéressés par le fils d'un mangemort, décédé lors d'une attaque manquée menée par un Lucius Malefoy en disgrâce.

- Non, en effet... minauda Rita en toisant le Serpentard. Mais sans doute seront-ils intéressés par le fait que le fils d'un mangemort notoire reçoive les félicitations de Dumbledore.

- Il a félicité tous ceux qui ont eu leurs ASPIC... répliqua Nott.

- Ha oui... les ASPIC... marmonna Rita Skeeter sans détacher son regard de celui de Nott. Mais je suppose que cela aurait fait mauvais effet de refuser son diplôme à ceux qui ont si brillamment défendu son école...

Ron fit un pas en avant et cette fois Hermione ne put le retenir. Il ne s'aperçut pas qu'elle n'avait pas cherché à l'empêcher de quoi que ce fût.

- Hé ! s'écria-t-il. Je ne vous laisserai pas insinuer que nous ne méritons pas notre diplôme ! Nous avons reçu des récompenses, il y a plusieurs mois de cela, pour notre participation à la bataille de Poudlard. Elles sont toutes dans la salle des Trophées de l'école. On a eu nos ASPIC parce qu'on les a mérités ! Et personne ne dira le contraire !

Un coup sur son épaule le fit taire.

- Tu te sens bien, Hermione ? fit-il abasourdi.

- Parfaitement... j'ai cru que tu avais une bestiole sur l'épaule. Tu sais, une araignée... ou une mouche... non, c'était un scarabée plutôt.

Elle sourit à Rita Skeeter qui sembla perdre un peu de son assurance.

- Pardonnez-moi, Madame Skeeter, j'ai été grossière. Je vous ai interrompue...

- Nullement...Mais je constate que vous avez récupéré de vos épreuves, Miss Granger. Si j'en crois les descriptions qu'on a faites de vous lors de la bataille de Poudlard, les guérisseurs ont fait du bon travail... C'est dommage qu'ils n'aient pas aussi bien réussi sur vos cheveux...

- Hé ! fit Ron. Laissez ses cheveux tranquilles !

- Laisse donc, Ron... répondit Hermione avec coup d'œil ironique sur Jezebel Dawson. Je doute que les lecteurs s'intéressent davantage à mes cheveux qu'à nos notes aux examens.

Le regard de Ron suivit celui d'Hermione et se posa sur sa camarade de Deuxième Année. Il fronça les sourcils et Dawson se hâta de prendre la parole pour changer de sujet.

- Vous savez ce que Madame Skeeter vient de m'apprendre ! s'exclama-t-elle.

Le silence goguenard de ses condisciples l'incita à poursuivre sur un ton quelque peu froissé :

- Elle a assisté à toutes les audiences de tous les procès, précisa-t-elle. Et à tous les verdicts, aussi. Et hier soir, celui concernant Ida Norton est tombé.

Elle se tut, certaine de l'intérêt de tous ses aînés.

- Et ? ne put s'empêcher de demander Ron. Elle va croupir à Azkaban ?

- Non.

Il y eut un silence incrédule et tous les regards se posèrent sur Rita Skeeter qui venait de répondre. Puis :

- Comment ça : non ?

- Pourquoi ?

- Cette sale petite espionne de...

- Ron !

- C'est une saleté d'espionne ! Et c'est à cause d'elle que Malefoy a pu te torturer comme il l'a fait !

- Je ne veux plus qu'on parle de ça !

- Et qu'est-ce qui va arriver à Ida Norton ? demanda Nott calmement.

- Il n'y a aucune preuve formelle que la famille Norton ait participé à des actions illicites. Il n'y a pas non plus de preuves que cette jeune personne faisait passer des messages, que vos affirmations. Les seules preuves qui existent concernent l'attaque contre Hermione Granger et le fait qu'Ida Norton voulait prévenir des mangemorts du lieu où les élèves avaient trouvé refuge.

- Et ce n'est pas suffisant ? railla Ellie.

- Suffisant pour la condamner à quelques mois à Azkaban, bien qu'elle soit mineure, au vu de la gravité des faits qui lui sont reprochés, admit Rita. Elle a donc purgé sa peine à ce jour. Naturellement, son renvoi de Poudlard est confirmé. Sa baguette est confisquée.

- Et elle s'en tire ! conclut Jezebel Dawson en tapant du pied sur la pelouse. Comme toutes les Salamandres !

- Les Salamandres, comme tu dis, intervint Nott un peu pincé, ont participé à la défense de Poudlard, tout de même !

- Je ne parle pas de ceux là ! tempêta Dawson tandis que la plume à Papotes de Skeeter s'affolait sur son calepin. Qu'on leur ait rendu leur baguette et levé la punition de Halloween pour eux ne me gêne pas ! Par contre, j'ai du mal à admettre qu'on puisse mettre dans le même sac ceux qui ont quitté Poudlard avant les affrontements et ceux qui ont d'abord levé leur baguette contre leurs camarades de Serpentard avant de changer d'avis.

- Il fallait bien trouver un compromis, soupira Neville. Ceux qui n'ont pas voulu prendre parti –et c'était leur droit- continuent à être punis pour ce qu'ils ont fait à Halloween. Quant aux autres, il a été décidé que leur participation même tardive à la défense de Poudlard annulait leur première erreur de jugement, mais n'effaçait pas la dette qu'ils ont contractée envers l'école à Halloween. Pour ce qui est de ceux qui se sont entêtés à poursuivre sur le chemin de l'erreur, le tribunal a tranché : non seulement ils sont renvoyés de Poudlard, et leur baguette ont été brisées, mais ils ont été condamnés à différentes peines de prison. Ils devront vivre toute leur vie avec ça. Et je doute qu'il se trouve un autre Dumbledore pour leur offrir un travail, comme il l'a fait à Hagrid.

- On croirait entendre parler ton oncle ! grommela Dawson.

Neville sourit.

- Hé bien... Il dit souvent des choses sensées, quand il ne raconte pas toutes sortes d'anecdotes embarrassantes sur ma petite enfance...

Ron lui donna un coup de coude en désignant Rita Skeeter.

- Fais attention à ce que tu dis devant cette femme, Neville, avertit-il.

Neville se mit à rire en même temps qu'Ellie.

- Pourquoi ? dit cette dernière. Cela fait bien un quart d'heure que Dawson est avec elle : il ne doit plus y avoir grand-chose qu'elle ne sache pas sur chacun des élèves de cette école... Et des professeurs... ajouta-t-elle avec un clin d'œil à Ron, alors que Ginny s'avançait vers eux en compagnie de Viktor Krum.

Les yeux de Rita Skeeter s'allumèrent d'une lueur gourmande.

- Mais n'est-ce pas Viktor Krum que je vois arriver avec une charmante jeune fille à ses côtés...

- C'est le Professeur Krum ! corrigea Ron. Et la charmante jeune fille à ses côtés, c'est ma sœur... Alors faite attention à ce que vous racontez !

- Oui... Oui... fit Rita Skeeter en se tournant vers Hermione. Professeur de Défense Contre les Forces du Mal, à ce que j'ai entendu dire. Cela n'a pas été trop difficile d'avoir son petit ami comme professeur ? Ou devrai-je dire ex-petit ami... ?

Ron fixa Jezebel Dawson avec férocité et le sourire de Rita s'élargit, rendant plus minces encore ses lèvres fines. Elle n'attendit pas la réponse d'Hermione.

- Mais cela a du être plus difficile encore pour celui qui l'a remplacé, non ?

Nott toussota dans son poing, s'attirant l'intérêt de la journaliste.

- Sans compter qu'avoir un ancien champion de Quidditch pour professeur dans une matière aussi importante, cela n'a pas du être très pratique tous les jours...

- Hé bien... commença Nott, un peu pris de court. Je dois dire que je n'ai jamais prisé le Quidditch... l'engouement pour ce jeu – que d'aucuns appellent sport afin de lui donner sans doute une légitimité douteuse- me semble fort surfait. Cependant, il faut bien avouer que le professeur Krum ne manquait pas de pratique en ce qui concerne les Forces du Mal...

Ron plissa les paupières. Rita Skeeter ne lui laissa pas le temps d'intervenir.

- Vraiment ? fit-elle. Je suppose que vous faites allusion à son appartenance aux troupes de mangemort d'Europe de l'Est...

- Ce n'est pas un secret, admit Nott. Toutefois, je dois ajouter qu'il semble que la lutte contre les forces du mal et le Quidditch soient intimement liés... quand on songe que c'est une partie de Quidditch qui a permis, entre autres choses je vous l'accorde, de contenir l'assaut des mangemorts sur Poudlard. Et puis...

Il jeta un petit coup d'œil rapide sur Harry qui se mordait les lèvres, hésita, puis ramena son attention sur Rita Skeeter :

- C'est encore une feinte de Potter qui a permis de gagner le match sur le fil...

- Vous parlez de quoi ? demanda la voix rieuse de Ginny.

- De la manière dont Potter a battu le Seigneur des Ténèbres... répondit Rita Skeeter. Car il est une question que se pose tout le monde. Comment un jeune homme dont les résultats scolaires sont relativement médiocres dans l'ensemble a-t-il pu vaincre celui qui possédait tant de pouvoirs maléfiques et puissants ?

- Je ne me doutais pas que tout le monde avait accès au dossier scolaire de Harry, se moqua Hermione tandis qu'Harry pâlissait un peu et que Ron bouillait de rage.

- Cela prouve qu'être le premier de la classe ne conduit pas forcément à un avenir brillant... continua Ellie. Je ne parle pas pour toi, Granger, naturellement.

- De toutes façons, on s'en fiche ! s'écria Colin Crivey. L'important c'est qu'il ait réussi, non ?

- Je n'ai pas l'intention de réussir, j'ai l'intention d'être heureux...

La voix de Dean passa presque inaperçue dans le concert de protestations. Le jeune homme s'éloigna à quelques pas, vers la stèle, avant de se détourner une fois de plus. Harry le suivit discrètement, heureux d'échapper aux questions indiscrètes de Rita Skeeter, qui s'attaquait à Viktor avec une gourmandise non dissimulée.

§

- Ça va ? demanda maladroitement Harry à Dean.

Dean haussa les épaules.

- Tu crois vraiment qu'on pourra être heureux après ça ? questionna-t-il à son tour. Je croyais qu'on oublierait, mais je me trompais.

- Tu comptais oublier Seamus ? Oublier presque sept ans d'amitié et de bons moments ?

- Non, bien sûr que non... C'est impossible, d'ailleurs. Je ne le voudrais pas.

- Et qu'est-ce que tu veux ?

Dean ne répondit pas tout de suite. Il haussa à nouveau une épaule, puis l'autre. Il sourit, comme pour lui-même.

- Je ne sais... Etre un homme heureux, peut-être...

- Oui... c'est ce que je répondrais aussi, si on me posait la question, approuva Harry.

- C'est pour ça que tu as choisi de devenir joueur de Quidditch ?

Harry fit une moue approbatrice :

- A présent que ma réputation de chasseur de mages-noirs-qui-veulent-devenir-maître-du-monde est assurée... Et puis on ne pourra pas m'accuser de bénéficier de passe-droits quand je serai dans les airs. Seul mon talent et mon travail m'ouvriront les portes de la gloire...

Dean secoua la tête :

- C'est vraiment ce que tu cherches ?

- Non... mais quitte à être célèbre autant que ce soit pour quelque chose dont je peux réellement m'attribuer le mérite. Et puis, c'est ce que j'aime. Plus que retourner aux études pendant encore trois ans.

- Ça n'empêchera pas les jaloux de prétendre qu'on t'a engagé sur ton nom.

- Je m'y attends. Et je sais que j'ai encore des progrès à faire pour arriver au niveau des meilleures équipes. Mais je sais que je peux le faire. S'il y a une chose pour laquelle je suis doué, c'est pour attraper le Vif, m'a dit Algie Londubat un jour. Et de tout ce qu'il a pu me dire, c'est bien la seule chose avec laquelle je suis d'accord à cent pour cent. Et toi ? Ça marche, tes projets de portraitiste ?

- Gerry Dennis m'a présenté au propriétaire de la boutique du Chemin de Traverse pendant les dernières vacances. Il veut bien me prendre pour apprenti.

- Tu vas bientôt devenir un peinte célèbre...

- Mmoui... Dean Thomas, le Gainsborough Sorcier... Ce serait chouette sur une carte de visite, n'est-ce pas ?

- En attendant, tu peux toujours venir habiter chez moi, à Londres. Je serai parti à l'automne, mais Ron et Neville occuperont la maison. Si tu ne crains pas qu'Hermione ne vous mène la vie dure...

- Merci, Harry. Mais la mère de Seamus m'a proposé de m'héberger le temps que je trouve un appartement. Elle a réellement insisté. Je crois que je vais accepter, au moins pour quelques mois. Mais je te rendrai visite, tu peux y compter.

- Comme tu veux, Dean. Tu seras le bienvenu. Tu n'as pas oublié qu'on se retrouvait tous après-demain soir chez moi...

- Je ne manquerai ça pour rien au monde...

Ils restèrent silencieux un moment, sans qu'aucun des deux jeunes hommes ne voulut quitter la place le premier, jusqu'à ce que Parvati vînt prévenir Harry que cet étourdi de Colin était en train de raconter à Rita Skeeter qu'il possédait une photo compromettante du Survivant et d'Ellie McGregor dans les vestiaires de Quidditch.

Harry ne prit que le temps de remercier sa camarade, il fila vers le groupe pour se rendre compte de l'étendue des dégâts. Toutefois, les projets de Viktor Krum semblaient avoir supplanté les oaristys d'Harry Potter dans la hiérarchie des intérêts de Rita Skeeter. Le jeune Bulgare ne voulut confirmer que son départ de Poudlard, et démentit toute velléité d'abandon du Quidditch. Il se refusa à tout commentaire sur un éventuel retour en Bulgarie, où les adeptes du Maître des Ténèbres détenaient encore les rênes du pouvoir.

- On dit que l'annonce de la mort de Celui-qui-a-été-vaincu a poussé à la révolte ceux qui résistaient encore en Europe de l'Est, insista Rita Skeeter. Est-il vrai que votre tête est toujours mise à prix dans votre pays ? Quand je dis mise à prix, c'est une façon de parler, naturellement... Plus personne ne paiera pour votre mort, mais on imagine aisément que vos anciens amis de Durmstrang auront à cœur de vous faire payer votre traîtrise. Sans compter les opposants au régime de la terreur qui voient toujours en vous un ennemi à leur cause.

- Vous êtes mieux renseignée que moi, répondit Viktor assez froidement.

- Il est vrai que vous vous cachez derrière les murs de cette école depuis des mois, comment sauriez-vous ce qui se passe en Europe de l'Est ? gloussa la journaliste.

- Hé ! fit Ron rouge de colère. Il ne se cache pas !

- Non, il est en convalescence ! se fâcha également Ginny.

- Et professeur de Défense Contre les Forces du Mal ! renchérit Neville.

- Et entraîneur de Quidditch, accessoirement, ajouta Nott, avec un sourire.

- Et s'il voulait retourner dans son pays, Dumbledore se porterait garant pour lui ! ajouta Colin avec assurance.

- Oui mais ça n'empêcherait pas ces abrutis d'encagoulés d'en vouloir à sa peau, fit remarquer Ellie.

Viktor leva la main pour faire taire tout le monde.

- Merci, mes amis, mais le sort d'un ancien joueur de Quidditch exilé n'intéresse sûrement pas grand monde...

- Ne croyez pas cela, très cher... Je suis certaine que le monde entier serait curieux de savoir ce qui vous a fait entrer au service des adeptes du Maître des Ténèbres avant de changer d'avis. Avez-vous l'Impérium comme excuse, vous aussi ?

- Non, dit Viktor. Je n'ai pas d'excuse. Mes amis s'enrôlaient dans l'armée des mangemorts. Ceux qui refusaient de suivre le courant étaient éliminés. On m'a fait comprendre que ma famille avait tout à gagner de mon adhésion aux idées du moment. J'ai obéi, voilà tout.

Rita Skeeter lui sourit :

- Il semblerait que votre sacrifice n'ait pas servi à grand-chose concernant vos parents. Votre père a été tué peu après votre arrivée à Durmstrang, n'est-ce pas. Et votre mère est morte juste avant la fin de la guerre. Je suppose que le chagrin de n'avoir aucune nouvelle de son fils a été pour beaucoup dans son trépas.

- J'ignore tout des circonstances de sa mort, répondit Viktor un peu pâle. Et si vous voulez dire que je suis responsable de cela aussi...

- Oh ! bien sûr que non ! fit mine de s'offusquer Rita Skeeter. Personne ne souhaite la mort de ses parents. Mais il arrive qu'on se retrouve responsable de toute une série de morts parce qu'on n'a pas mesuré la portée de nos actes... Qu'en pensez-vous, monsieur Potter ?

Harry serra un peu les dents. Il vit le visage rubicond de Ron et se hâta de répondre avant que son ami n'explosât.

- J'en pense que tout le monde a à se reprocher des actes irréfléchis...

Hermione l'interrompit :

- Tu te trompes, Harry. Je suis persuadée que Madame Skeeter a toujours parfaitement mesuré la portée de ses actes et de ses paroles... devrais-je dire « écrits » ?

Rita Skeeter plissa ses paupières maquillées.

- Tu t'imagines que tu es plus intelligente que tout le monde, ma petite, grinça la femme.

- Elle l'est ! affirma Ron, avec autant de grondement dans la voix que Rita Skeeter.

Hermione se mit à rire.

- Ce n'est pas tout d'être intelligent ! Ce qui est important, c'est ce qu'on en fait.

- C'est ce que dit mon oncle, renchérit Neville.

- Votre oncle ? s'intéressa Rita.

- Ou plutôt mon grand oncle, corrigea Neville avec un petit sourire. Le professeur Londubat... Vous avez du le voir durant les audiences. Il représentait les élèves de Poudlard accusés d'être des mangemorts.

- Celui qu'Amélia Bones a surnommé l'avocat du diable ? Je croyais qu'il était Commandeur et qu'il faisait partie du corps des Aurors d'Elite...

- C'est bien lui... reconnut Neville.

- Il est donc professeur à Poudlard...

- Directeur de la Maison de Serpentard, ajouta Ellie McGregor sur un ton un peu pincé.

- C'est donc un ancien Serpentard...

- Ah ! non ! Un pur Gryffondor ! s'exclama Ron en riant.

- Quel curieux homme, murmura Rita Skeeter.

L'ensemble des jeunes gens hocha la tête, avec un sourire qui prouvait qu'ils ne donnaient pas à ces mots le même sens que la journaliste.

- Je suppose qu'il est aussi un grand ami de Dumbledore, tout comme la Secrétaire Déléguée à l'Education... renifla Rita Skeeter. Parce que je doute qu'une autre qu'Amélia Bones aurait apprécié qu'un professeur de Poudlard défende comme il l'a fait ceux qui ont participé à l'attaque de l'école. Après tout, il me semble que sa nièce est une élève de Poudlard et je doute qu'elle ait apprécié les risques que ces jeunes gens lui auront fait courir... D'ailleurs, je suppose que c'est au nom de leur vieille amitié qu'elle n'a pas relevé Dumbledore de ses fonctions après les déplorables évènements de Yule.

- Pourquoi l'aurait-elle fait ? s'étonna Harry alors qu'il sentait monter à son nez le picotement familier de la colère.

- Parce qu'il est responsable de tout ce qui a pu arriver ce jour-là. Toutes les morts de cette nuit auraient pu être évitées s'il avait fait preuve du plus élémentaire bon sens. Il suffisait de fermer l'école quelques jours avant les vacances... je ne crois pas que les élèves se seraient plaints de quelques jours de vacances de plus...

- Nous avons eu quelques jours de vacances en plus... rappela Harry, ironique.

- Vous pouvez rire, très cher ! Vous lui avez sauvé la mise, à votre vénéré directeur.

- Je crois surtout qu'il nous l'a sauvée à tous, fit Colin Crivey avec évidence. Non ? ajouta-t-il comme tous le regardaient sans rien dire.

Rita Skeeter pinça les lèvres.

- Sans doute... Mais ce n'était qu'un sursis pour Dumbledore.

- Que voulez-vous dire ? demanda Ron.

Hermione l'empêcha d'avancer vers Rita d'un geste de la main sur son épaule.

- Voyons, Trésor... N'as-tu pas entendu Dumbledore le préciser lui-même dans son discours inaugural. Certains d'entre nous vont quitter définitivement Poudlard... par certains d'entre vous...

- Mais... fit Ginny. Ils ne peuvent pas renvoyer Dumbledore !

- Il n'est pas renvoyé, corrigea Hermione. Il s'en va de son plein gré.

- Oh ! bien sûr ! fit Rita Skeeter, à peine sarcastique. Sa vieille amie Amélia lui a laissé l'occasion de partir avec les honneurs...

- Il ne vous est pas venu à l'esprit qu'il souhaitait simplement prendre sa retraite ? demanda Théodore Nott avec désinvolture. Il en a largement l'âge. Et son protégé n'aura plus besoin de lui à présent...

Harry lui rendit le sourire moqueur que Nott lui adressait.

- Il lui reste le Magenmagot, fit Ellie.

- Pffft ! fit Ron. De toutes façons, il s'en fiche, pouvu...

- Qu'on ne retire pas sa carte des Chocogrenouilles ! se mit à rire l'ensemble des jeunes gens sous l'œil un peu réticent de Rita Skeeter.

- Il semble que la mise à l'écart du Directeur révéré de Poudlard ne cause pas grand émoi parmi ses élèves, reprit-elle sur le ton de la dictée. Sa réputation serait-elle usurpée et aurait-on exagéré l'attachement que ces derniers pouvaient avoir pour lui ?

- Nullement ! la coupa Hermione, en s'adressant sur le même ton à la plume à papote qui grattait le parchemin sans discontinuer. Mais plus encore qu'à un homme, c'est à leur école que les élèves sont attachés. Ils l'ont prouvé cet hiver en la défendant contre ceux qui voulaient voir détruit tout ce qu'elle représente. Le professeur Dumbledore sait bien que nous sommes tous appelés à quitter la scène un jour. Il laisse Poudlard entre de bonnes mains. La rentrée prochaine verra de nouvelles mutations : de nouveaux professeurs, de nouveaux directeurs de Maisons, une nouvelle organisation, de nouvelles alliances... une implication nouvelle de tous les élèves. Poudlard change et c'est normal. Il faut s'adapter si on veut survivre.

- Et le professeur Dumbledore sait qu'il fait partie du passé, ajouta Harry. Il me l'a souvent dit. Je ne voulais pas l'entendre à l'époque, mais je crois que je comprends ce qu'il voulait dire à présent quand il prétendait qu'il fallait savoir renoncer à certaines choses pour les voir évoluer et évoluer soi-même.

Ellie McGregor se rapprocha de lui.

- Tant que tu ne renonces pas à moi...

Il se mit à rire et posa son bras autour de ses épaules.

- De toutes façons, conclut Neville, je doute fort que Dumbledore se laisse mettre à l'écart, s'il ne l'a pas décidé de lui-même.

Il donna un coup de tête en direction du perron où le Directeur paraissait en grande conversation tout à fait amicale avec Amélia Bones et Rory McGregor.

- Ils n'ont pas l'air très fâchés, en effet, commenta Nott.

- Qui sont les jeunes gens en compagnie de Madame Bones ? demanda Rita Skeeter.

- Susan, sa nièce, s'empressa de répondre Jezebel Dawson. Et Justin Finch-Fletchey le fiancé de Susan.

- Finch-Fletchey... Finch-Fletchey... chercha Rita. Un jeune sorcier issu d'une famille de la bonne société moldue... Ho oui ! je me souviens maintenant. Ces fiançailles ont fait grand bruit cet automne.

- Vraiment ? s'étonna Ron.

- Dans les sphères de la bonne société sorcière, oui... poursuivit la journaliste qui ne quittait pas des yeux Amélia Bones sur le perron. Il faut dire qu'à l'époque, les adeptes de Vous-savez-qui étaient encore nombreux à œuvrer sous cape. Cela a failli coûter à Madame Bones sa place de Secrétaire Déléguée à l'Education... Un moldu dans les affaires de l'Education, vous imaginez ce que cela aurait donné !

- Qu'est-ce que cela aurait donné ? demanda Colin un peu sèchement.

- Justin est un sorcier ! appuya Ron.

- Et qu'est-ce qui a donné l'avantage à Madame Bones ? questionna Nott.

- Je suppose que Dumbledore a joué de son crédit auprès du Ministre de la Magie, si vous voyez ce que je veux dire, insinua Rita Skeeter.

Et avant que Harry eût le temps de s'insurger contre cette calomnie flagrante, Ellie éclata de rire.

- Oui ! Sûrement ! C'est pourquoi elle s'empresse de le remercier en le mettant au chômage !

Rita Skeeter fixa son regard sur elle.

- Miss McGregor... je suppose que votre père voit d'un très bon œil votre relation avec Harry Potter. Cela doit être bon pour les affaires d'avoir un héros dans la famille.

Harry manqua s'étouffer, à la fois par un fou rire en songeant à sa propre famille qui se serait passé de l'avoir pour héros, et parce que prétendre qu'il faisait partie de la famille McGregor était tout de même bien prématuré. Ellie, cependant, ne se troubla pas pour répondre.

- Les affaires de mon père n'ont nullement besoin d'un quelconque héros pour se porter le mieux du monde. De plus, mon père ne se mêle pas de ma vie privée. Je dois dire cependant que ma mère est très impressionnée. Je crois qu'elle est littéralement sous le charme. Et mes cousines de France ont hâte de rejoindre l'Ecosse pour les vacances. Elles meurent d'envie d'être présentées au célèbre Harry Potter, tueur de Mages Noirs, et Sauveur du Monde...

- Ellie ! gronda Harry, gêné.

- Hé bien... railla Rita Skeeter. Votre agenda de l'été va être très chargé, très cher. Tout le monde va vouloir s'arracher votre présence...

- J'ai déjà des projets ! répondit Harry. Et je ne donne pas d'interviewes ! s'emporta-t-il, comme Rita s'avançait vers lui.

Elle se désintéressa d'ailleurs presque aussitôt de lui car un homme saluait Dumbledore et Amélia Bones.

- Ah ! Ça par exemple ! s'exclama-t-elle. N'est-ce pas Barnabas Wisdom, le chef du service de Pathologie des Sortilèges de Ste Mangouste...

- En effet, acquiesça Hermione. C'est bien lui. Un homme charmant. Le professeur Dumbledore me l'a présenté à son arrivée à Poudlard à midi...

- Que vient-il faire ici ? s'interrogea Rita.

- Il est membre du Conseil d'Administration, ne le savez-vous pas ? se moqua légèrement Hermione.

- Oui... oui... Bien sûr que je le sais... répondit Rita Skeeter un peu brusquement. C'est juste que je ne pensais pas le voir ici après sa mise en cause dans les affaires d'enlèvement à Ste Mangouste...

- Heu... fit Neville, sarcastique. C'est lui qui a été enlevé et séquestré, Madame Skeeter.

- Mmmoui... C'est ce qu'il a raconté à la Commission d'Enquête. Mais il semble qu'il n'ait pas beaucoup souffert de son prétendu enlèvement par les mangermorts.

- Ils avaient besoin de lui, insista Neville. Ils n'avaient pas intérêt à lui faire de mal.

- Surtout s'il n'a pas montré grande résistance... insista aussi la journaliste qui fixait le guérisseur de Ste Mangouste de ses petits yeux calculateurs.

Neville s'énerva un peu :

- C'est un guérisseur après tout. Il a prêté serment de soigner ceux qui nécessitent des soins. Mon oncle m'a dit qu'il était enfermé avec des blessés dans les sous-sols d'une ancienne fabrique de balais. Il s'est rendu compte que la marque sur le poignet de ses patients avait disparu et il a cherché à fuir quand il a compris que ceux qui étaient partis la veille ne reviendraient pas.

Rita Skeeter l'interrompit d'un sourire froid :

- Vous avez sans doute raison, Monsieur Londubat : Barnabas Wisdom a la chance d'être un guérisseur réputé. On pardonne plus facilement à ceux dont on a besoin. Le vieil Ollivander aussi a bénéficié d'un non-lieu. Au grand dam des autres fabricants de baguettes, il faut bien le dire.

- C'est le meilleur, soupira Ron.

Il serrait sa baguette dans sa poche et échangea un regard avec Hermione qui haussa les épaules.

- La Commission d'Enquête a blanchi tous ceux qui avaient du quitter leur emploi pour se cacher des mangemorts, reprit Neville. Les témoignages de Fred et George Weasley, responsables de la Brigade Anonyme, ont innocenté tous ceux qui les avaient rejoints.

- Ça , c'est vite dit ! grimaça Ginny.

- Toujours pas de bonnes nouvelles pour Gerry ? demanda Ellie.

- Oh... ça va... fit Ginny. La Commission d'Enquête l'a innocenté, mais le Ministère traîne les pieds pour le réintégrer.

- Comment cela se fait-il ? s'inquiéta Neville. Terry Higgs n'a pas attendu pour retrouver son poste à Ste Mangouste. Il faisait partie lui aussi de ceux qui ont du se cacher peu avant les vacances de Noël et il est passé en Commission. Je croyais que Dumbledore avait témoigné pour Gerry.

- Il l'a fait ! soupira Ginny. Mais il semble que le Ministère a davantage besoin de guérisseurs que d'assistants Langues de Plomb.

- Ça va s'arranger, assura Hermione.

- J'en suis sûre, approuva Ginny avec un sourire. Il aurait aimé se trouver là cet après midi, mais il garde la boutique des jumeaux. Il travaille pour eux en attendant de retrouver son poste.

- Il sera là après-demain soir ? demanda Harry.

Ginny hocha la tête.

Un silence suivit qui mit tout le monde mal à l'aise. Sur le perron, Dumbledore et Rory McGregor se séparaient d'Amélia Bones et Barnabas Wisdom.

- Ils viennent par ici, constata Nott avec un coup d'œil ironique à Harry.

- En effet...

Rita Skeeter rangea sa plume. Elle fit un sourire pincé à l'assistance.

- Jeunes gens, je vous souhaite bonne chance... Monsieur Potter, nous nous reverrons...

- Je ne pense pas, non...

Elle lui sourit plus largement.

- Et plus tôt que vous que vous ne le croyez, ajouta-t-elle. Miss Dawson... vous voulez bien me servir de guide je vous prie ?

§

Elle s'éloigna comme Dumbledore et Rory McGregor s'arrêtaient au bas des marches pour saluer les Weasley. Colin prit une dernière photo du groupe avant de se sauver à leur suite. Il rappela aux Préfets qu'il les attendait sur les marches de l'escalier un peu plus tard, et aux Gryffondor qu'ils avaient rendez-vous dans leur salle commune avant de descendre pour le bal donné en l'honneur des lauréats. Lavande partit avec lui, afin de rejoindre les Patil et Dean.

Théodore Nott s'apprêtait à prendre congé lui aussi quand Dumbledore et Rory McGregor s'avancèrent jusqu'aux jeunes gens.

- Monsieur Nott ! l'interpella le directeur. Ne vous sauvez pas, je vous prie. Je suis certain que Monsieur McGregor serait heureux qu'on lui présente les camarades de sa fille. Rory, vous connaissez Harry Potter, bien sûr.

Rory McGregor salua d'un signe de tête et Harry lâcha la main d'Ellie.

- Ainsi que Ronald et Ginny Weasley, et Hermione Granger, il me semble.

- Bonjour, Monsieur McGregor, sourit Hermione en lui tendant la main. Comment allez-vous ?

- Voici, Neville Londubat. Vous avez au moins entendu parler de lui, je présume.

Monsieur McGregor serra la main de Neville et se tourna vers Théodore Nott.

- Monsieur Nott, donc... dit-il sans se départir de son air sérieux. J'ai longuement entendu parler de vous.

Nott jeta un regard incertain vers Ellie. Il se contenta de serrer la main que le père de sa camarade lui tendait.

- Ainsi vous êtes des amis d'Ellen...

Nott eut un sourire un peu crispé :

- Ami... C'est beaucoup dire, Monsieur. Mais j'ai l'honneur de faire partie du cercle restreint de ses relations...

Ellie lui adressa une grimace tandis que son père approuvait d'un sourire.

- Ellen a toujours été très sélective. Et je dois dire que, si ses critères parfois me semblent un peu étranges, elle se trompe rarement sur les gens.

Ginny toussota, alors que Harry sentait le rouge monter à ses joues et que Ron baissait la tête sans savoir comment il devait prendre cette réflexion.

- Tu m'as toujours dit qu'il ne fallait juger les gens ni sur leur mine ni sur leur nom, papa, intervint Ellie.

- Et Quentin ajoutait : ni sur la couleur de leur Maison ! admit Rory McGregor.

Il revint vers Nott.

- Le professeur Dumbledore me disait que vous étiez un brillant élève, avec de grandes qualités de discrétion et des connaissances en magie noire également.

Nott ne put retenir un instant de crispation.

- Théodore a obtenu son diplôme avec des notes optimales en Sortilège, renchérit Dumbledore. Le professeur Flitwick vous confirmera que sa science des contresorts dépasse de loin celle d'un élève de Septième Année. Vous connaissez, Gervase Vector, Rory, vous savez combien il est exigeant avec ses étudiants. Il ne tarit pas d'éloges sur notre jeune ami. Quant à ses connaissances en magie noire, elles seraient fort utiles dans le cadre d'un emploi de conjureur de sorts.

Nott leva un regard étonné vers Dumbledore.

- Ce jeune homme a peut-être d'autres projets, professeur... fit McGregor avec un sourire en coin.

Il interrogea Nott d'un signe de tête.

- Heu... répondit Nott. Je comptais proposer mes services au Ministère ou à Gringotts... Mais je dois dire que porter le nom de Nott et les couleurs de Serpentard n'est pas l'idéal en ce moment. Tout le monde n'a pas la largeur d'esprit de votre fille, Monsieur... ou de ses amis, ajouta-t-il sans sourire sur un regard aux Gryffondor.

- On m'a dit que vous étiez une personne assez fière, Monsieur Nott, reprit McGregor. C'est une chose que j'approuve. Mais votre fierté vous empêcherait-elle de vous trouver mardi prochain à seize heures dans le hall de Gringott's ?

Théodore Nott pâlit quelque peu.

- Je ne le pense pas, Monsieur...

- Dans ce cas, vous m'y trouverez. A seize heures précises. J'ai rendez-vous avec Ragnok. Ne soyez pas en retard, les gobelins sont des gens très pointilleux et exigeants.

Nott remercia d'un signe de tête.

- J'y serai. C'est fort aimable à vous, Monsieur, de me recommander...

- Ragnok me doit quelques services, et il espère me voir revenir au comité de gestion conjoint de la banque. Il acceptera de vous recevoir et de vous écouter par égards pour moi, Monsieur Nott. Mais si vous lui déplaisez, il ne vous l'enverra pas dire. Il déteste l'obséquiosité. L'ambition ne le gêne pas, pour autant que celui qui en fait preuve ait les moyens de ses prétentions. L'intérêt de Gringott's est tout ce qu'il vise, souvenez-vous en.

Théodore hocha la tête.

- Je ferai de mon mieux pour suivre vos conseils. Merci, Monsieur.

Son regard s'attarda vers Dumbledore qui se contenta d'un clignement de paupières avant d'enchaîner avec enthousiasme sur des félicitations qu'il réitéra à Ron et Neville pour l'obtention des ASPIC nécessaires à l'inscription au concours d'Auror du mois de septembre suivant.

- Auror ? s'étonna Ellie. Je croyais que tu voulais devenir apothicaire...

Neville rougit un peu.

- Oui... Je sais... Mais... finalement, ce n'est pas si mal de mener l'enquête... Si j'arrive à devenir Auror, je pourrais également exercer mes talents d'apothicaire. Et si ça ne marche pas, je pourrais toujours revenir sur ma décision. Les sélections pour entrer à Ste Mangouste ont lieu en octobre, j'ai le temps de voir.

- Ce serait bien que tu réussisses l'entrée chez les Aurors, soupira Ron. Puisque Harry me lâche...

- Ce serait bien que tu réussisses toi-même ton entrée chez les Aurors ! nargua Ginny.

Tout le monde se mit à rire, sauf Ron qui fit une grimace à sa sœur. Heureusement, Dumbledore détourna l'attention de chacun vers Harry.

- Il est vrai qu'Harry a choisi une autre carrière ! s'exclama-t-il avec entrain. Minerva m'a appris que tu avais signé avec les Pies de Montrose.

- Ce n'est pas officiel encore, Monsieur, répondit Harry en rougissant. Mais la semaine prochaine, à cette heure, ce sera fait.

- Les Pies de Montrose... répéta Rory McGregor. Je m'étais laissé dire que vous hésitiez entre le Club de Flaquemare et les Frelons de Wimbourne...

- J'ai été contacté par eux également, admit Harry.

- Ce sont de meilleures équipes que celle des Pies... Ils ont eu leur heure de gloire et personne ne peut leur disputer le titre d'équipe au plus grand nombre de victoires, mais depuis une vingtaine d'années on peut dire qu'ils brillent par leur absence dans le haut du classement de la Ligue. Je le dis d'autant plus volontiers que j'ai longtemps été l'un de leur plus fervents supporters...

Harry sourit. Imaginer le père d'Ellie en fervent supporter de quoi que fût était assez drôle. Davantage que de réaliser que Rory McGregor s'intéressait dans l'ombre à ses projets de carrière.

- En effet, mais...

Il réfléchit quelques secondes avant de reprendre.

- Je suis peut-être un héros pour certaines personnes, mais d'autres m'attendent au tournant. A présent que la page Voldemort est tournée, il me faut faire mes preuves ailleurs. Les Pies ne sont pas une mauvaise équipe. Un attrapeur habile peut se faire un nom chez eux, plus facilement que dans une autre équipe avec de brillants joueurs.

- Je savais bien que tu cherchais la gloire ! se moqua Ellie.

- Fallait choisir les Canons de Chudley, dans ce cas ! renchérit Ginny. Tout le mérite des victoires te serait revenu !

- Ce n'est pas tant la gloire que je cherche, mais montrer que si on m'a choisi pour mon nom, c'est à mon seul talent que je dois le poste que j'occupe.

- Vous aurez sans doute à le prouver à vos propres coéquipiers... fit remarquer Rory McGregor.

- Je m'y attends. Mais j'ai l'habitude, Monsieur.

- Vous m'avez l'air de savoir ce que vous voulez...

- Disons qu'à force de faire le tri dans tout ce qu'on ne veut pas, on finit par savoir ce qu'on veut. Je sais que je ne pourrai éviter certaines choses. Autant les tourner à mon avantage.

- Mais cela n'explique pas pourquoi les Pies de Montrose ?

- Hé bien... mettons que je n'aime pas les victoires trop faciles... Et puis, je crois que l'Ecosse me manquerait...

- Oh ! fit Nott avec un sourire malicieux. Tu veux dire que ton choix a été dicté par des raisons sentimentales ?

- Mélanger les sentiments et les affaires n'est pas forcément une bonne chose, prévint McGregor.

Harry haussa une épaule sur un regard narquois à Nott.

- C'est juste, mais cela ne m'a pas trop mal réussi jusqu'à présent, de suivre mon cœur dans les choix importants de ma vie.

Il ne put s'empêcher de lever les yeux vers Dumbledore qui lui sourit. Ron toussota dans son poing.

- Tu es sûr que personne ne t'a incité à rester en Ecosse ? demanda-t-il.

- Hé ! Weasley ! fit Ellie. Aie le courage de tes opinions ! Si tu penses que c'est moi qui aie obligé Harry à choisir Montrose plutôt qu'un autre club, tu te trompes ! Je ne savais même pas qu'il avait préféré le Quidditch aux Aurors.

- Je voulais que le professeur McGonagall soit la première à en être informée. Elle s'est donnée beaucoup de mal pour me permettre de prétendre à devenir Auror. Je ne voulais pas qu'elle soit déçue en l'apprenant par un autre que moi.

- Minerva n'est aucunement désappointée par ton choix, Harry, voulut le rassurer Dumbledore.

- Je le sais, lui sourit Harry. Elle aurait simplement espéré me voir choisir une équipe plus... efficace.

- Les Pies le seront dès la saison prochaine ! assura Neville avec conviction. Ils gagneront la coupe de la Ligue comme les Phénix de Poudlard ont gagné le championnat. Même si c'était un championnat un peu... heu... particulier.

- Merci de ta confiance, Neville. Je sais que tu seras le premier de mes supporters.

- Ha non ! s'exclamèrent ensemble Ellie, Ron et Ginny. Le premier supporter, c'est moi !

Rory McGregor se tourna vers Viktor Krum, un peu à l'écart.

- Qu'en pensez-vous, Monsieur Krum ? Quel conseil donneriez-vous à notre ami Potter ? Vous avez été dans son cas. Le plus jeune attrapeur qui ait évolué en équipe nationale, n'est-ce pas ? Vous étiez encore à l'école quand vous jouiez dans l'équipe de Bulgarie.

- Je jouais dans l'équipe première de Durmstrang, en effet... répondit Viktor, un peu stupéfait qu'un homme tel que Rory McGregor s'intéressât à lui. C'est comme cela que j'ai été sélectionné dans l'équipe nationale. J'ai bénéficié d'un régime un peu spécial grâce au directeur de l'école qui me permettait de quitter Durmstrang pour m'entraîner ainsi que lors des matchs internationaux. C'était bien. Même si parfois les autres joueurs me faisaient sentir que je n'étais pas tout à fait de leur monde. Il y a des jalousies qu'on suscite sans le vouloir, ni même le savoir. Et même au sein de sa propre équipe, alors qu'on fait de son mieux pour trouver sa place sans déranger personne.

- Ha ! soupira Dumbledore. J'ai toujours dit que la vie était une partie de Quidditch. Il y a des bons et des mauvais joueurs ; on essaie de marquer des buts et d'autres essaient de nous en empêcher ; on poursuit des rêves, et parfois on attrape le Vif... En essayant d'éviter les cognards de la vie.

- J'ignorais que vous étiez poète, professeur Dumbledore... fit remarquer McGregor, avec le même petit sourire en coin que sa fille.

- Ce n'est pas de moi, Rory... du moins en ce qui concerne les cognards.

- D'un amateur de Quidditch, pour le moins, alors... ne voulut pas être en reste le père d'Ellie.

- D'un bâtisseur de Forteresse, Rory... d'un bâtisseur, répondit Dumbledore. Et vous savez quelle admiration j'ai pour ceux qui bâtissent, et plus encore pour ceux qui reconstruisent.

§

Il laissa glisser le regard sur les jeunes gens, s'attardant sur Ellie et un peu plus sur Viktor, puis le reposa sur Harry.

- A propos de reconstruire, Harry... As-tu des nouvelles de ta tante ?

- Elle va bien. Elle a retrouvé sa maison et ses habitudes. Elle a arraché à sa belle-sœur ses droits sur l'entreprise de son défunt mari et casé son fils, ce qui n'était pas une mince affaire.

- Il a des droits sur l'affaire de son père, lui aussi... dit Dumbledore. Naturellement ce ne serait pas un service à leur rendre, ni au garçon ni à l'affaire...

- Marge a finalement conclu comme vous, Monsieur, reprit Harry. Et puis, Duddley est son seul neveu. Il héritera aussi de son chenil. Elle a décidé de faire quelque chose de cet abruti. Elle l'a mis à l'usine. Il monte des perceuses toute la journée. Et il prend des cours du soir pour rattraper son retard scolaire. Et quand sa tante aura décidé qu'il ne coulera pas la boutique rien qu'en s'asseyant dans le fauteuil directorial, elle envisagera de lui enseigner les rudiments du management d'entreprise. Il a bien essayé de se révolter contre ces mesures, mais sa tante a été intraitable.

- C'est une bonne chose pour lui... approuva Dumbledore.

Il se tourna vers Krum :

- Et vous, Viktor, vos préparatifs avancent-ils comme vous le souhaitez ? Êtes-vous prêt pour ce qui vous attend ?

- Je ne le crois pas, Professeur... Mais je sais à présent que quoi qu'il arrive, je serai capable de le surmonter. C'est l'avantage quand on a touché le fond : on ne peut tomber plus bas. Je ne peux rentrer encore librement dans mon pays, mais je m'en rapproche. Charlie Weasley sera avec moi en Roumanie. Je ne serai pas seul. J'espère pouvoir retrouver la confiance de mes compatriotes comme vous m'avez gardé la vôtre.

- Charlie ne laissera personne te faire de mal, assura Ron. Et le premier qui douterait de toi, il saura vite lui dire sa façon de penser.

Il leva les poings, qu'Hermione lui fit baisser aussitôt.

- Je suppose que les membres de l'Ordre du Phénix vont se rendre en Europe de l'Est pour aider à la reconstruction des pays touchés par la folie des mangemorts, dit-elle.

Dumbledore hocha la tête.

- Nous avons appris que certains mangemorts disparus après la bataille de Poudlard ont été vus sur le Continent. Ils vont chercher à se réfugier là où ils pensent encore trouver des adeptes. Le Ministère envoie des Aurors pour assurer leur capture.

- En fait, devina Ginny, Charlie ne retourne pas auprès de ses dragons, il va servir de relais pour les Aurors auprès des résistants, c'est cela ? Et Tonks l'accompagne non seulement en tant qu'Auror, mais aussi en tant que membre de l'Ordre.

- Et surtout parce qu'elle ne l'aurait pas laissé repartir sans elle, affirma Ron. Maman non plus n'est pas ravie de ce départ. Mais je ne sais pas si c'est parce que Charlie repart, ou parce que Tonks part avec lui.

Hermione lui donna un coup de coude :

- Ron !

Dumbledore se mit à rire. Il montra le chemin du retour à Rory McGregor.

- Ellie, interpella celui-ci avant de quitter les jeunes gens, je sais que la compagnie de tes amis t'est plus agréable que celle de tes vieux parents, mais ta mère a quelque chose pour toi. Tâche de la voir en privé avant que nous partions.

Viktor Krum prit congé également et suivit Dumbledore et McGregor. Neville décida dans un soupir qu'il était temps pour lui de rejoindre sa grand-mère.

- Tu viens après demain ? insista Ginny auprès du jeune homme.

- Naturellement ! fit mine de s'offusquer Neville.

- Luna sera là ? demanda Harry.

Neville secoua la tête, un peu désappointé.

- Non, annonça-t-il. Elle s'en va dès le lendemain matin de très bonne heure pour la Suède...

- Les Ronflaks Cornus... laissa échapper Hermione.

- Oui ! soupira Neville.

- Je pensais que les évènements de cet hiver avaient creusé un gouffre dans les finances du Chicaneur ! dit Ron.

- La Gazette a vendu pas mal d'exemplaires avec les articles de Rita Skeeter sur les procès. Pour remercier le Chicaneur d'avoir prêté ses rotatives et ses locaux cet automne, elle finance l'expédition.

- C'est vraiment généreux ! s'exclama Ron.

- Tu parles ! se moqua Ellie. La Gazette balance quelques milliers de gallions et elle a une paix royale ! Le Chicaneur ne lui fera aucune concurrence ! qu'il trouve ses Ronflaks ou qu'il ne les trouve pas ! En attendant, toutes les nouvelles tombent dans son escarcelles durant au moins deux mois !

Neville hocha la tête d'un air désolé. Il leva les bras et les laissa retomber en soupirant encore. Il reprit son chemin vers le château. Nott proposa de l'accompagner.

§

Harry les laissa faire quelques pas, puis il les rattrapa :

- Nott, attends...

Nott s'arrêta. Neville préféra s'éloigner de quelques pas.

- On se retrouve tous après demain, chez moi... dit Harry. Tu seras le bienvenu.

Un instant sans réaction, Théodore Nott secoua la tête.

- Je ne suis pas de tes amis, Potter.

- Je le sais, répondit Harry. Mais on n'est pas obligés d'être ennemis pour autant.

- Je n'ai rien contre toi, admit Nott. Mais nous ne serons jamais du même bord.

Harry remonta ses lunettes sur son nez.

- La trêve est finie, alors ?

Nott se mit à rire, discrètement.

- Il n'y a jamais eu de guerre entre nous. Notre alliance a pris fin, c'est tout. Qui sait, peut-être aurons-nous l'occasion de nous battre encore côte à côte ?

Harry eut une grimace dubitative qui fit sourire Théodore Nott.

- Qu'est-ce que tu vas faire à présent ? demanda Harry.

- La même chose que toi, Potter... Profiter de la protection que m'offre Rory McGregor pour me refaire un nom. Tout reconstruire en somme.

- J'ai entendu dire que le Ministère t'avait rendu les biens qui avaient été confisqués à ton père lors de son arrestation.

- Tu es bien informé... Mais j'ai mis en vente la maison. Je n'y retournerai pas. Je n'y ai pas de bons souvenirs. J'espère en tirer assez pour me permettre de m'installer ailleurs que chez la veuve de mon oncle. Les biens d'un ancien mangemort ne font pas recette en ce moment. Mais je ne me plains pas, Potter. J'ai tout de même plus de chance que ton ami Bulgare. Ou même que ce pauvre Crabbe... Ce n'était déjà pas une lumière, mais la nuit de Yule a eu raison des dernières chandelles. Je me demande ce que Malefoy avait en tête en lui envoyant ce sortilège d'émousse-méninges... Il est vrai que Drago a toujours eu un sens de l'humour déplorable.

Harry approuva d'un haussement des sourcils.

- Je crois que le professeur Londubat l'a recommandé auprès de l'une de ses connaissances...

- En effet, reconnut Nott. Une fabrique de balais... il y a de l'avenir dans la branche depuis la destruction des ateliers cet hiver. Il y a casé Archer et Crabbe. Archer comme enchanteur et Crabbe comme veilleur de nuit.

- C'est ce que j'ai entendu dire. Justin aussi a été engagé comme enchanteur dans le même atelier.

- Je croyais qu'il avait hérité des affaires de ses parents moldus...

- Il semblerait que ce ne soit pas une situation assez respectable pour entrer dans la famille Bones...

- Le mariage est toujours d'actualité ?

- Il semblerait aussi... Et qu'en est-il de Goyle ?

- Une équipe de Quidditch veut le recruter comme batteur... mais j'avoue que j'ai oublié laquelle... Ce serait drôle, Potter, que vous vous retrouviez tous les deux à jouer dans l'équipe nationale.

- Si c'était une des conditions pour que je fasse partie de l'équipe d'Angleterre, je signe des deux mains, Nott...

Nott se remit à rire.

- Tu es un drôle de type, Potter...

- Je sais... Pour après demain, si tu changes d'avis, tu n'auras qu'à te rendre au 12 square Grimmaurd à Londres. Ne sonne pas, la porte sera ouverte. Donne ton nom à l'Elfe qui te recevra si je ne suis pas dans le hall.

- Je ne changerai pas d'avis, Potter. Mais merci quand même.

Il hésita à repartir. Harry balançait lui aussi. Ils tendirent la main en même temps.

- Bonne chance, Potter.

- A toi aussi, Nott.

Ils se serrèrent la main rapidement et Nott rattrapa Neville qui l'attendait.

§

Ron s'avança vers Harry.

- Tu l'as invité ? demanda-t-il.

- Il a refusé, répondit Harry.

- C'était couru, fit Ginny sur un haussement d'épaules.

- Pourquoi ? s'étonna Harry.

- Tu croyais qu'il suffirait qu'il porte un badge de Préfet pour retrouver l'estime des autres Serpentard ?

- Il s'en fiche ! s'exclama Ron.

- C'est ce que tu crois, mon cœur... soupira Hermione en tentant de reboutonner le col de la robe de Ron.

Il la repoussa.

- Laisse ce col tranquille ! grommela-t-il. La cérémonie est terminée ! J'ai droit à un peu de répit avant les grimaces de ce soir !

- Je suis tout à fait d'accord avec toi, Ron, mais je doute que ta mère partage nos avis.

- Je m'en fiche ! grogna Ron.

Mais il laissa Hermione refermer son col alors que Molly et Arthur s'avançaient lentement vers eux, main dans la main.

- C'est le moment, Ronnie ! fit Ginny. Ils ont l'air d'humeur romantique. Profites-en pour leur parler de tes vacances en France avec Hermione.

- Vous partez en France ? s'étonna Ellie. Vous allez où ?

- Dans la famille de Fleur. Elle nous a invités, répondit Hermione.

- Dans un chalet perdu en pleine montagne... dans une ancienne station de ski, charmante au demeurant, tombée en désuétude, précisa Ginny avec l'accent précieux de sa future belle-sœur.

Harry retint un rire.

- Je croyais que tu n'aimais pas la montagne, dit-il à Hermione.

- Ce sont les sports d'hiver que je n'aime pas, riposta Hermione. Et au mois de juillet on ne peut décemment pas parler de sports d'hiver, Harry...

- C'est totalement indécent, même ! renchérit Ellie. Je ne veux même pas imaginer. Et vous partez quand ?

- Après le mariage de Bill et Fleur.

- Avec eux ?

- Ça va pas ta tête ? Hagrid nous prête la moto d'Harry... Heu... Si Harry est d'accord...

- Tu crois que c'est prudent ? Tu te souviens de ce qui est arrivé la dernière fois où tu as voulu conduire une machine moldue trafiquée ?

§

Ron n'eut pas le temps de répondre, non seulement ses parents se rapprochaient inexorablement, mais les jumeaux les talonnaient.

- Pas un mot ! intima-t-il sur un ton féroce.

Cependant, George, essoufflé, rejoignait Arthur et Molly.

- Papa ! Qu'est-ce que tu as fait de ton miroir ? Charlie essaie de te joindre depuis une demi-heure ! Percy a appelé...

Un cri de Molly lui coupa la parole.

- Arthur ! Le bébé ! Il faut partir immédiatement ! Pénélope va avoir besoin de moi !

George sortit son miroir. Fred se précipita pour regarder dans la glace par-dessus l'épaule de son frère.

- Trop tard ! s'écria-t-il.

Molly manqua d'air.

- Le bébé est là ! annonça George.

- Déjà ? fit Ginny. Par Merlin ! Aussi à cheval sur l'horaire que son père !

- C'est une fille ! poursuivit Fred. Mathilda ! Mathilda Weasley !

- Et elle est rousse ! s'écria George dans un geste de victoire. Bill me doit trois gallions !

- Est-ce que Pénélope va bien ? demanda Arthur. Dit à Charlie qu'on arrive... dès qu'on aura réanimé votre mère !

Il se précipita vers sa femme qui s'écroula sur son épaule en sanglotant. George rangea son miroir et Fred vint embrasser sa mère.

- Remets-toi, grand-mère ! C'est pas si grave. Et avec l'épidémie de mariage qui frappe la famille, ce n'est que le premier d'une longue série !

Molly essuya ses yeux et moucha son nez dans le mouchoir d'Arthur.

- Tu ferais mieux de t'assagir, Freddie, conseilla-t-elle. Pour te trouver une petite amie et suivre l'exemple de tes frères.

Fred éclata de rire.

- Merci bien ! Je suis la honte de la famille et j'en suis fier !

- Dites à Percy et Pénélope combien nous sommes heureux pour eux, intervint Hermione.

- Et embrassez le bébé pour moi ! ajouta Ginny.

- Maman, Hermione et moi nous partons en France pour les vacances, dit Ron.

Molly prit une grande inspiration, épongea ses yeux encore une fois, et soupira.

- Tu as un concours à préparer, Ron.

- J'y veillerai, Molly... assura Hermione.

- Je le sais, ma chérie... répondit Molly en lui tapotant la joue. Allons-y, Arthur, ma petite fille nous attend... Prenons congé auprès du professeur Dumbledore et hâtons-nous de sortir de l'enceinte.

- Tu es sûre que tu es en état de transplaner, ma chérie ? s'inquiéta Arthur.

- Je vais parfaitement bien, s'exclama Molly avant d'éclater en sanglots.

Elle repartit vers le perron, suivie par un Arthur un peu anxieux.

- Je n'ai jamais vue maman plus émue ! dit Fred avec un sérieux qui étonna tout le monde.

- Sauf le jour où Ron a obtenu son badge de préfet, dit Ginny.

- Attends qu'elle réalise ce que son Ronnie Chéri vient de lui dire, termina George. Au fait, c'était bien joué, Ron. Tu fais des progrès.

Fred passa à côté de son frère et mit son bras autour de son cou :

- Notre influence bénéfique commence à se faire sentir... Profiter d'un moment de vulnérabilité de maman pour lui soutirer l'autorisation d'emmener ta Harpie en lune de miel, c'était très fort.

Ron débarrassa son épaule du bras de son frère :

- Je n'ai rien soutiré à maman, et surtout pas une autorisation. De plus, on ne part pas en lune de miel.

- Non, c'est juste un voyage d'étude, gloussa Ginny.

- Avec Hermione, pourrait-il en être autrement... ? fit mine de soupirer Fred.

Ron mit son bras autour des épaules d'Hermione pour l'attirer à lui.

- Premièrement, Hermione n'est pas une Harpie, ni un Graphorn, ni quoi que ce soit d'autre... Deuxièmement, même si cela était, ce serait ma Harpie, mon Graphorn ou mon quoi que ce soit d'autre. Troisièmement, tout le monde sait que si j'ai eu mes ASPIC c'est grâce à elle, alors ce n'est pas la peine de revenir là-dessus – et tu ferais bien de te faire tout petit sur ce coup-là, Harry, parce que tu n'es pas loin derrière moi- Et si j'ai mon concours pour être Auror, ce sera aussi grâce à elle, parce que je sais qu'elle ne va pas me lâcher jusqu'à ce que je sache par cœur chaque mot de ce fichu programme. Et ça me va parfaitement. Quatrièmement, vous n'êtes que des jaloux.

Il prit un baiser sur les lèvres d'Hermione et conclut :

- Et voilà ! Je me fiche de tout ce que vous pourrez dire ! Tu viens, Hony... Ce doit être l'heure de la promenade de Pattenrond. Et il faut que je mette la main sur Colin et son appareil photo. Je veux une photo de nous deux, pour mettre sur mon bureau au Ministère, quand je serai Auror

Il défia ses frères du regard, sourit à Ginny et fit un signe d'au revoir à Harry et Ellie, qui cachaient mal leur fou rire. Il prit la main d'Hermione et commença à quitter la compagnie.

- Au fait, Harry, fit-il sur un ton anodin. Tu l'as avertie ?

- De quoi devrait-il m'avertir ? éclata de rire Ellie.

- Au sujet des douze enfants que tu comptes lui faire un jour ?

- Quoi ? firent George et Fred dans un superbe ensemble.

Ginny manqua s'étouffer de rire.

- Mais quels douze enfants ? demanda Ellie, son fou rire un peu calmé.

- Laisse tomber ! grogna Harry.

- On veut savoir ! s'écrièrent les jumeaux.

Ginny leur fit signe de la suivre :

- Je vais vous raconter, promit-elle. Mais avant parlons de la commission que vous me devez sur les ventes de vos articles de Farces et Attrapes ! Vous avez un arriéré d'impayés depuis le mois de novembre dernier...

- Non ! pas possible ! s'exclama Fred.

- En fait, depuis janvier, Ginny... Parce qu'en décembre, nous n'avons pas vendu grand-chose à Poudlard...

- Sans doute, mais vous vous êtes rattrapé depuis... Alors, je veux mon argent ! Gerry et moi avons des projets et il nous faut de l'argent. Vu que vous lui payez un salaire de misère, vous avez les moyens de payer mes services au taux convenu.

- C'est quoi, ces projets avec Dennis ? demanda Fred.

- Ça ne vous regarde pas !

- Tu sais, Ginny, on ne se promène pas avec une somme comme celle que tu nous demandes sur nous ! prévint George.

- Quelle somme ?

La voix des Weasley s'éloignait. Un juron de Fred fit sourire Ellie.

- A ce point ! s'exclama Fred. On peut négocier un échelonnement des paiements ? L'année a été dure pour tout le monde, Ginny.

- Hé ! Pas à moi, Fred ! répliqua Ginny. Vous ne voudriez pas escroquer votre sœur ? Je suis sûre que Bill et Charlie n'apprécieraient pas...

- Paie-la, George.

- J'ai pas cette somme sur moi !

- T'as intérêt à l'avoir après demain ! Sinon je dis à Ron que c'est vous qui avez envoyé de sa part cette carte de St Valentin à Jezebel Dawson.

§

- Les Weasley... fit Harry à Ellie dans un sourire indulgent.

- Ce n'est jamais bon d'être en affaire avec sa propre famille, admit Ellie.

Elle prit la main qu'il lui tendait et ils marchèrent un instant sur les rives du lac, en silence.

- Tu ne dois pas aller voir ta mère ? demanda Harry au bout d'un moment.

- J'ai le temps. Et puis, je sais ce qu'elle me veut.

Harry hocha la tête. Ils s'appuyèrent contre le tronc d'un arbre.

- Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda-t-il au bout d'un moment.

- Comment sais-tu que je ris ?

- Je le vois dans tes yeux.

Ellie éclata de rire.

- Comment pourrais-tu voir mes yeux ? Je porte des lunettes noires !

- Je le sais, c'est tout. Je sais quand tu es triste. Je sais quand tu te moques de moi. Et je sais quand tu souris, même si tu ne le montres pas. Et je n'ai même pas besoin de légilimancer pour ça...

Ellie ôta ses lunettes de soleil et les rangea dans la poche de sa robe. Elle garda la main à l'intérieur, comme si elle hésitait à l'en sortir.

- Tu meurs d'envie de savoir ce que ma mère me veut, n'est-ce pas... Cela n'a aucun rapport avec toi. Elle t'aime bien. Elle te trouve charmant et bien élevé. Quant à mon père... tu l'as entendu : il adore les Pies de Montrose !

Elle se rapprocha de lui, écarta les mèches brunes sur son front, passa les doigts sur la cicatrice.

- Et puis, ce qui importe c'est ce que moi je pense de toi, non ?

Elle l'embrassa. Il y eut un déclic et un flash dont Ellie n'eut conscience qu'à travers ses paupières fermées.

- Colin ! gronda Harry.

Ils tournèrent la tête et se trouvèrent face à Dennis Crivey, un large sourire sur le visage et un appareil photo qui devait dater des débuts de la photographie entre les mains.

- Ah ! par Merlin ! s'écria Ellie. Il est armé, lui aussi ! Qui a eu l'idée de lui donner un appareil à celui-ci aussi !

- C'est mon cadeau d'anniversaire ! Il est chouette, hein ! fit Dennis avec enthousiasme. Je vous ai eu ! Une fois de plus !

- Elle n'a pas intérêt à faire le tour de l'école celle-là... menaça Ellie.

- Ni le tour de la presse ! ajouta Harry que la présence de Rita Skeeter dans les parages ne rassurait pas du tout.

- Elle aurait parfaitement illustré l'article sur vos fiançailles, pourtant ! Et moi j'aurais pu la vendre très cher...

- Quelles fiançailles ? s'énerva Harry.

- A qui voulais-tu la vendre ? demanda Ellie.

- A la blonde, là-bas... Celle qui se balade avec Dawson comme crampon. Elle a demandé à ton père ce qu'il pensait des fiançailles de sa riche héritière de fille avec un orphelin d'origine douteuse qui essayait de se faire un nom dans le Quidditch !

- Ah la garce ! marmonna Harry. C'est sans doute pour ça que ta mère veut te voir...

Ellie leva la main pour le faire taire.

- Je t'ai dit que je savais ce que ma mère me voulait ! Et qu'a répondu mon père ? demanda-t-elle à Dennis.

- Que les raisons de l'orphelinage de Harry Potter n'avaient rien de douteuses et que sa fille n'hériterait de rien qu'elle n'aurait mérité. Quant aux fiançailles, la date n'en était pas encore fixée, mais cela ne devait en rien bloquer son agenda, vu qu'elle ne serait pas invitée à la réception. Si vous vous fiancez, vous m'inviterez ? Je vous ferai le reportage photos gratuitement.

Harry secoua la tête.

- Dennis ! Bon ! Tu me la gardes celle-là !

- Elle n'a pas intérêt non plus à faire le tour des vestiaires du stade de Montrose ! avertit Ellie.

- Non ! se défendit Harry. Celle-là, je vais réellement l'envoyer à Dudley.

Il retint Dennis qui s'éloignait en riant.

- Attends, puisque tu tiens absolument à faire marcher ce truc, je prends commande.

Dennis se hâta de revenir sur ses pas tout en armant son appareil.

Harry entoura Ellie de ses bras et elle le prit dans les siens.

- Je vais encore avoir les yeux qui pleurent...

- Ça ne fait rien... Tu n'as qu'à me regarder moi au lieu de l'objectif...

L'éclair de magnésium crépita et Dennis s'exclama :

- Et voilà ! Je te fais passer ça après demain ?

- En deux exemplaires ! précisa Ellie.

Elle se tourna vers Harry :

- Tu vas l'envoyer à Dudley celle-ci aussi ? demanda-t-elle, goguenarde.

Harry secoua la tête.

- Non, celle-là, je vais la garder pour quand tu seras loin de moi...

- Il y en aura d'autres d'ici là...

- Mais je tiens à celle-ci, répondit Harry en la ramenant près de l'arbre.

Il essuya les cils d'Ellie.

- J'ai chaque fois l'impression que c'est à cause de moi que tu pleures... dit-il avec un sourire gêné.

- Tu es bête...

- Tu es sûre que ta mère ne veut pas te voir à cause de Skeeter ?

- Oui !

Elle soupira.

- Elle veut me donner un collier. Un collier que portent toutes les filles de la famille Stewart depuis des générations le jour où elles font leur entrée dans le monde.

- Quoi ?

- Le jour où on les présente officiellement à la bonne société sorcière de Londres... précisa Ellie. C'est un magnifique collier d'émeraudes. Je devais le porter le soir de mon dix-septième anniversaire, mais les festivités prévues ont été annulées, comme tu le sais. Elle veut que je le porte ce soir et comme il est parfaitement assorti à ma robe...

- Aux couleurs de Serpentard, dit Harry avec un sourire un peu embarrassé. Tu vas être magnifique.

- Ce n'est pas ce que tu allais dire. Tu allais dire que si j'avais porté ta broche, j'aurais été exactement aux couleurs de Serpentard.

- Depuis quand es tu légilimancienne ?

- Je n'ai pas besoin de légilimancie... Tu n'arrêtes pas de regarder la broche sur mon chapeau. Harry baissa les yeux.

- Tu ne veux pas la réparer et tu n'en veux pas d'autre... Ce serait si facile de lui rendre son aspect originel...

- Et faire comme si rien n'était arrivé ?

Ellie secoua la tête.

- Non, ce qui est passé est passé ; la broche restera ainsi. Elle n'en a que plus de valeur pour moi.

Harry haussa les épaules.

- Si cela te convient... C'est juste que... Enfin ! soupira-t-il avec embarras. Ce n'est pas important. Tu vas l'avoir ton bal de Yule, avec ou sans broche. Et je danserai avec toi jusqu'à l'aube.

- Je n'en doute pas. Je t'ai bien attendu jusqu'à l'aube, moi !

Il la prit dans ses bras et la serra très fort contre lui.

- Je n'arrive toujours pas à croire que c'est fini... Je n'arrive pas à croire que je vais quitter Poudlard pour toujours... Je n'arrive toujours pas à croire... j'ai peur de faire un rêve et de me réveiller dans le placard sous l'escalier.

- Harry, c'est ridicule ! Tu ne rentrerais même plus dans ce stupide débarras !

- Je sais ! soupira Harry. Je l'ai ouvert quand je suis retourné à Privet Drive pendant les dernières vacances avec Dobby pour tout remettre en ordre avant leur retour. Je me suis cogné au linteau. Fallait-il que je sois petit pour vivre là-dedans !

- Non ! C'est parce que tu vivais là-dedans que tu étais petit ! Et je ne veux plus que tu penses au passé !

Elle plongea la main au fond de la poche de sa robe.

- J'ai un cadeau pour toi.

Elle en ressortit lentement la boule à neige qu'il lui avait donné des mois plus tôt. Il la regarda par-dessus ses lunettes, d'un air dubitatif :

- Tu as réussi à nous faire entrer dedans ? demanda-t-il avec une légère hésitation.

Elle se mit à rire.

- Non ! Regarde bien !

Il fallut un instant à Harry avant qu'il se rendît compte que la neige ne cessait de tomber sans qu'on remuât la boule.

- Tu l'as enchanté pour qu'il neige éternellement ! s'exclama-t-il. Si tu la montres à Fred et George, ils en feront commerce !

- Non, non ! fit Ellie. Ce n'est pas une boule à neige ordinaire, même enchantée...

Elle se rapprocha et tint le globe entre eux.

- C'est une boule de cristal...

- Pour lire l'avenir ? Comme celle de Trelawney ?

- Mieux que Trelawney... Regarde encore... Par la fenêtre... Qu'est-ce que tu vois ?

Harry fronça les sourcils, comme pour essayer de voir au travers des fenêtres de la maisonnette.

- Ils sont encore là ?

- Devant le feu de cheminée... approuva Ellie.

- C'est l'avenir que tu vois pour eux ? Passer éternellement leur temps devant la cheminée dans un hiver sans fin ?

- L'hiver, murmura Ellie. Et le printemps...

- Ils sont toujours là ? demanda Harry.

Ellie ne répondit pas alors que les flocons de neige se transformaient peu à peu en blancs pétales de fleurs qui tournoyaient autour de la maison.

Il resta muet de stupeur.

- Et l'été... chuchota la voix d'Ellie afin que des étoiles filantes remplacent les fleurs.

- Et l'automne...

Harry vit chaque étoile se changer en feuille flamboyante.

- C'est magnifique, Ellie... murmura-t-il à son tour.

- Chut... fit Ellie. Ils sont encore là ?

- Oui... dit Harry, la gorge nouée.

- Ils attendent qu'il neige ?

- Oui...

- Encore un autre hiver ?

La neige se remit à tomber. Harry hocha la tête.

- Et un autre printemps ?

- Et l'été, dit Harry.

§

Les étoiles filantes emplissaient le ciel transparent de la sphère qu'Ellie tenait dans le creux de sa main.

- Tu as toujours la bruyère que je t'avais donnée ? chuchota Harry comme s'il craignait de briser le silence qui les entourait.

Elle hocha la tête.

- Les deux brins...

Elle lui mit la boule à neige éclairée d'étoiles filantes entre les mains.

- Tu penseras à moi tout au long de cette année où nous serons séparés...

Ce n'était ni une question ni une affirmation. Harry ne répondit pas.

Comment pourrait-il en être autrement ? Elle était la pierre philosophale qui transformait l'ordinaire en merveilleux, le commun en précieux. Elle était l'alchimiste qui transmutait le végétal en esprit, le métal en essence, la parole en magie, le rêve en réalité.

- Encore ailleurs, Potter ? demanda Ellie.

Les sarcasmes en mots d'amour.

- Que faut-il que je fasse pour te garder auprès de moi ?

La fin de la nuit en aube nouvelle.

Elle caressa son visage et son front.

-Harry, je t'aime tant...

Et une cicatrice en une porte ouverte sur la vie.

§
§
§

FIN


Voici la fin d'une aventure... J'espère qu'elle vous a plu.
Bien sûr, peut-être auriez-vous aimé en savoir davantage...
Mais, il faut savoir finir le livre et rendre leur liberté à tous ces personnages, comme le dit si bien Alixe,afin qu'ils vivent encore dans l'imagination du lecteur. Ce serait, pour moi, la plus belle chose qui arriverait à cette histoire.
Merci d'avoir été fidèles aux Secrets.