Le p'tit mot d'Owlie:
Ce sera l'une des rares fois où je tiendrai un délai, je crois. Donc, comme promis, la seconde partie de la seconde partie du mois de June. Plus, je vous le rappelle, un petit bonus en fin de chapitre et l'intervention d'un des personnages du JTD.
Je n'ai malheureusement pas eu le temps de répondre à vos reviews (sauf peut-être aux deux premières) et je m'en excuse. Je le ferai dès que je le pourrais. D'autant plus que vos reviews m'ont énormément touché et que c'était très gentil de votre part de commenter alors qu'il n'y avait qu'un bout de fin.
Donc merci à Molly Stevenson, Alyly, Isfah, Melissa Saberhagen, clr12, Sunshnley, lily08, Loo' to Mars, Peperpott, Ilythie, Kitchun, Stou, Yumie, fleur-de-lys, choox, Loony (de nombreuses questions trouveront réponses ici), Minettine, ilai, Féf (400ème review!), Cybèle Adam, Anananne, Zlabya et Miaow.
Merci également à Blue Cinnamon, bêta du tonnerre.

Disclaimer:
L'univers est la propriété de JKR. Je n'ai fait qu'exploiter quelques détails et emprunter deux ou trois personnages.


June: L'orgueil du Lion (partie 2-b)

Le passage s'ouvrit et il m'incita d'un geste de la tête à passer la première. Après une légère hésitation, il m'emboîta le pas. Si la majorité des élèves étaient allés se coucher pour mettre au plus vite un terme à cette horrible journée, les petits groupes d'irréductibles s'arrêtèrent de parler en nous voyant entrer. Ce qui, évidemment, n'était pas du tout ce qu'il fallait à Olivier. Les mâchoires et les poings serrés, il me semblait pâlir à vue d'œil. Par bonheur, Sean et les autres se précipitèrent vers nous à l'instant où ils nous virent franchirent le portrait.

L'écossais échangea un regard triste avec son meilleur ami. Je pensai alors qu'il cherchait les mots pour exprimer sa culpabilité. Je me trompais et je n'avais pas idée à quel point. Il prit une inspiration profonde et se lança.

- June a dit que tu n'avais jamais aussi mal joué, déclara-t-il précipitamment.

- Quoi ? me suis-je indignée. Je n'ai pas…

Je renonçai à continuer. C'était la vérité, je l'avais dit. Tout le monde le savait. Et je l'avais aussi pensé. Olivier et moi fûmes les seuls que cette révélation n'amusa pas. Mon meilleur ami plissa les yeux.

- Ça ne m'étonne pas du tout, dit-il en détournant dédaigneusement la tête.

Je savais qu'il n'était pas vexé. Il fit néanmoins l'effort de le faire croire aux autres. Avant de suivre son capitaine d'un jour, Sean se donna la peine de m'adresser un clin d'œil et de murmurer un « tu as une tête affreuse ». Il faudra un jour que je lui apprenne à ne pas régler ses problèmes en en créant à d'autres.

Installés près de la cheminée, partageant quelques fauteuils, nous les avons écoutés nous raconter leurs recherches. En compagnie de MacGonagall, Andy semblait avoir découvert des endroits encore inconnus du château, plus qu'intéressants. Percy, lui, avait eu quelques problèmes avec le sortilège de positionnement qu'il avait lancé. Une fois tout le monde prévenu du retour de Dubois (Nick nous fut d'une aide précieuse), Olivier se sentit obligé de remercier tout le monde.

- C'est normal, fit Andy depuis l'accoudoir du fauteuil qu'elle partageait avec lui. Tu en ferais autant pour nous… N'est-ce pas ?

Sous la menace, Olivier fut obligé d'acquiescer. Il peut vraiment être très bon comédien.

- S'il y a autre chose qu'on peut faire, n'hésite pas, ajouta Dorys d'une gentillesse toute aussi suspecte.

Il n'y avait pas grand-chose à faire en fait. Si Dubois l'exprima par un soupir résigné, Sean eut lui une idée.

- A vrai dire, il y a bien quelque chose, avoua-t-il à voix basse.

Quand il tourna les yeux vers moi, je sus immédiatement ce qu'il s'apprêtait à demander. Et je n'avais pas l'intention de danser ! Un deuil n'avait rien à voir avec un orgueil blessé. Un éclat de rire sonore m'échappa. Réaction qui fut loin d'être partagée.

- Tu n'es pas sérieux là ? Tu penses sincèrement que je vais me ridiculiser pour soulager ta peine ?

Question purement rhétorique. Effectivement, il le pensait.

- Tu n'as pas idée, répliqua-t-il avec un regard suppliant.

Consternée, je tentai de chercher du soutien du côté d'Olivier. Celui-ci se fendit d'un sourire sournois. Evidemment, même en disant la vérité, il n'allait pas me laisser critiquer sa manière de jouer impunément.

- Ou alors, va te laver, suggéra ce dernier d'un air innocent.

Il redevenait enfin lui-même et, bien entendu, j'en faisais les frais. Une fois le désastre réparé à l'aide d'un peu d'eau (dire que des gens m'avaient vu ainsi), je passai par mon dortoir et m'emparai de l'objet désiré. Les garçons ayant mis à profit ces instants pour s'esquiver et aller se coucher, je dus m'engager dans les escaliers à leur poursuite. Par chance, je rattrapai Olivier sur son palier.

- On ne dit même plus bonne nuit, ai-je grogné.

- On s'est dit que tu en aurais sûrement pour un moment, répondit-il amusé.

- Tiens, c'est pour toi ! ai-je soupiré en lui tendant la chose que je dissimulais dans mon dos. J'ai pensé que ça pourrait t'aider à mieux dormir.

Un de mes ours en peluche dans les mains, il haussa l'un de ses sourcils.

- C'est vrai : tu es une fille ! Enfin, j'aurais quand même préféré que tu me prêtes l'autre, signala-t-il en me montrant l'écusson de Flaquemare cousu sur le ventre de la peluche.

- June est une jeune fille respectable qui n'a rien à faire dans le dortoir des garçons. Désolée, tu auras à te contenter d'Olivier !

Voyant qu'il rechignait encore, je le lui pris des mains.

- Je peux aussi le garder ! ai-je grogné.

Il reprit l'ourson et le mit hors de ma portée.

- Non, ça ira, soupira-t-il. Au point où j'en suis, autant tout essayer !

Je ne sais pas ce qui m'a poussée à lui demander ça.

- Si tu veux, les filles et moi, on peut rester cette nuit, ai-je proposé.

Olivier ouvrit la bouche pour parler mais Matthew passant la tête par l'encadrement de la porte le fit à sa place.

- Oui ! Volontiers !

Réponse spontanée qui lui valut un coup de peluche de la part d'Olivier.

- Ne t'inquiète pas, fit mon meilleur ami rassurant. Ça va aller… Et j'ai Olivier avec moi maintenant !

A peine quelques marches descendues, je reconnus sans peine la voix de l'écossais.

- Une petite seconde… Elle a dit quoi là ?

oOoOo

Après une journée comme celle-là, je n'eus pas à chercher longtemps le sommeil, sombrant rapidement pour une nuit réparatrice et sans rêve. Ce qui m'arrangea puisqu'ainsi, je n'eus aucun détail à donner à Dorys et Andy, une fois notre dortoir rejoint. Je n'avais pas envie de raconter ce qui venait de se passer. Je savais ce qu'elles me diraient et il n'y aurait assurément, dans leurs paroles, rien d'encourageant. Ce soir, les choses s'étaient encore un peu plus compliquées. Et demain viendrait bien assez vite pour me confronter à ce que j'avais fait.

Nous redoutions tous un peu ce lendemain et nous en fîmes autant pour les jours suivants. Malgré leurs angoisses, Olivier et Sean parvinrent à faire face au reste de l'école et, à part les Serpentards, personne ne se risqua à faire une quelconque remarque. La clémence fut même pousser à son comble quand MacGonagall, ayant eu vent de la fugue de mon meilleur ami et de son heure de retour (la Grosse Dame n'est qu'une traîtresse, je ne l'oublierai jamais), ne lui en tint pas rigueur, gardant pour elle toute remarque et allant même jusqu'à s'inquiéter de sa petite santé. Délicat de sa part, n'est-ce pas ? Seulement, elle n'a pas eu la même attention à mon égard. Moi, je n'avais pas d'excuses. J'avais contourné le couvre-feu et était rentrée moi aussi très tard. Quelqu'un devait donc payer.

Certes, j'ai apprécié qu'elle ne me donne pas de colles. Mais était-il vraiment nécessaire de me demander de nettoyer sa classe le jour où elle nous faisait tester un sort que nous pourrions peut-être apprendre en 6ème année ? Je suis persuadée que j'ai encore des aiguilles de cactus plantées un peu partout dans le corps.

Cela avait eu le mérite de faire rire Olivier. Mon meilleur ami avait besoin d'être constamment distrait. C'était une chose à laquelle je m'employais volontiers et pour laquelle je n'avais finalement, par chance (et surtout par malchance), pas vraiment à me forcer. Le sentant constamment sur un fil, je passai mes journées à ses côtés. Rapidement, Benton me supplia de ne plus le materner de la sorte. Je lui fis bien évidemment remarquer qu'elle était encore pire que moi (elle les a même laissés copier l'un de ses devoirs… Certes, les BUSE étaient passés, mais elle l'a écouté parler de Quidditch lors de la fin de la Ligue). Si elle rechigna à reconnaître ce point, elle dut cependant admettre une chose : c'était Olivier qui cherchait à rester à mes côtés.

Fatalement, constamment accompagnée de Dubois, j'avais peu de temps pour l'Irlandais. Après ce que j'avais fait, j'avais pourtant tout intérêt à me faire pardonner. Je ne pouvais pas vraiment mettre mot sur ce qui s'était passé. Une dispute ? Un accrochage ? Une divergence de point de vue ? Toujours est-il que cet incident était arrivé en public et que, finalement plus que le fait que ce soit produit à propos d'Olivier, c'était là que le bât blessait.

Propre et repassée avec soin, sa cape avait été le prétexte parfait pour retourner lui parler et tenter de m'expliquer. Maintenant que le stress était retombé, je prenais conscience de ce que cette attention avait dû lui coûter. Et au maigre sourire qu'il m'adressa lorsqu'il me vit arriver ce jour-là, je compris que j'étais encore loin du compte.

- Ça va ? ai-je demandé en quittant le mur contre lequel je m'étais adossée en attendant qu'il sorte de cours.

Il parut véritablement surpris de me voir ici et après avoir échangé quelques mots avec ses amis, il leur fit signe de nous laisser. Constatant qu'il répondait sans grande conviction au baiser que je lui avais donné, je compris que c'était encore loin d'être gagné.

- Merci, ai-je fait en lui tendant sa cape. Sans toi, je crois que je me serais noyée.

Ma plaisanterie ne sembla pas l'amuser. Autant aller droit au but.

- Je voulais m'excuser pour l'autre jour, ai-je fait en baissant légèrement la tête pour cacher mon malaise. Je crois que… j'ai un peu perdu pied.

Dean me regarda fixement, sans ciller, ne montrant aucune réaction. Il ne paraissait visiblement pas prêt à m'aider et à me guider. Il avait l'intention de me laisser me débrouiller. Et vu mon habilité en la matière, rien de bon ne pouvait arriver.

- Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, ai-je marmonné. Je n'ai pas réfléchi en fait. J'ai agi sur un coup de tête. Mes tripes ont parlé pour moi. Enfin, je crois… ai-je ajouté avec un maigre sourire.

- Alors… Ça sortait du fond du cœur, c'est ça ? demanda-t-il les sourcils froncés.

Quand je disais que je n'étais pas douée pour ça, je ne plaisantais pas. Ahurie, je m'empressai de le corriger.

- Non ! Non, ce n'est pas ça…

Désemparée, je cherchai l'inspiration tout autour de moi. Il existait bien d'autres mots pour expliquer ce que j'avais fait. Hélas, ils semblaient être hors de ma connaissance et de ma portée. Comment lui dire que je n'avais pas voulu le repousser comme ça ? Tout le temps que dura ma réflexion (et j'ai longuement cherché, sois-en assuré), Dean ne détourna pas ses yeux de moi. Si au départ son regard était froid et implacable, il finit par se radoucir. Il soupira et esquissa un faible sourire. Ma peine avait dû être purgée. Passant son bras par-dessus mon épaule, il m'attira vers lui et posa ses lèvres sur ma tempe.

- Je te préfère sans maquillage, tu sais ? souffla-t-il amusé.

Il y avait une chose que je n'ai pas remarqué de suite, trop obsédée par mes propres problème, et que seuls les évènements qui suivirent me permirent de remarquer. Lui-même était occupé et préoccupé. Plus que je ne l'avais pu imaginer.

Nous trouvions à peine le temps d'échanger un baiser. Je ne pouvais pas nier que cette situation m'arrangeait. Avec Olivier et tout ce que j'avais fait, il fallait que je prenne le temps pour faire le point. Chose que je n'ai pas pu faire finalement. Dean occupé, même si cela me paraissait étrange, je ne ressentais plus autant la culpabilité de l'abandonner. Paradoxalement, le savoir pris ailleurs me faisait ressentir plus que jamais l'envie d'être avec lui. Dean me manquait. Je n'avais pas encore eu l'occasion de véritablement le remercier pour l'autre jour (une explication sensée me semblait être le moyen parfait), même si cela avait dû lui coûter. Dans les rares moments que nous avons passés ensemble, je n'y suis pas parvenue. L'habitude jouait peut-être. Son pardon me semblait déjà acquis. Ou peut-être qu'à trop donner de réconfort, j'avais fini par en avoir moi aussi besoin.

Les jours passaient et alors qu'Olivier reprenait du poil de la bête, Dean, lui, paraissait de plus en plus soucieux et souffrant. Quand je le voyais durant les repas, assis deux tables plus loin, face à moi, je lui trouvais l'air toujours plus pâle et fatigué. Inquiète, j'ai fini par le lui demander. Enfin, par le lui mimer. J'eus pour toute réponse un haussement d'épaule. Il porta la main à sa poitrine et articula « cœur ». Je gonflai mes joues et fis mine d'avoir un haut le cœur. Il se mit à rire, fit non de la tête, avant de se rabattre sur un petit pain qu'il rompit en deux. Un peu jeune pour avoir une attaque cardiaque, je ne voyais pas vraiment ce dont il pouvait souffrir.

- Qu'est ce qu'il y a ? me demanda Olivier à ma gauche en me voyant perturbée.

- Dean a mal au cœur, enfin, je crois, ai-je expliqué les sourcils froncés.

- Il a du manger un truc pas frais, ça arrive ! soupira Dubois en se tordant la tête pour tenter d'apercevoir Flaherty.

Peine perdu puisque Percy s'assit alors en face de moi, rompant le contact visuel avec mon petit ami. J'aurais pu lui demander de se décaler s'il n'avait pas eu l'air aussi désespéré.

- Est-ce que l'un de vous peut m'expliquer pourquoi Fred et George se baladent actuellement dans l'école avec sous le bras une lunette de WC ?

Le mystère de la lunette nous occupa durant une partie de l'après-midi, nous fournissant une belle occupation pour le cours d'histoire de la magie, et m'ôta pour le reste de l'après-midi de la tête ce souci.

Pourtant, dans les jours qui suivirent et au regard de ce qui s'est passé par la suite, je sais que, quelque part et à un moment, quelque chose m'a échappé.

oOo

La lucidité n'est pas mon amie. Pas plus que la clairvoyance. Je pense que le jour où la distribution de ces qualités a eu lieu, de toutes évidences, « June Tierney » ne devait pas être sur la liste. Autant dire que je n'avais rien à faire en Divinations.

Ce manque de bon sens (parce qu'hélas, c'est pour cela que ça passe) consterne mes amies et mes parents et réjouie en revanche Sean et Olivier. J'ai tendance à ne pas voir venir les choses qui me concernent. Ce qui me met en général dans des positions plus que délicates.

C'est idiot au fond. J'ai pu prévoir le divorce de mes parents, je peux sentir le cœur de Dorys doucement changer, je peine encore à décoder l'esprit d'Olivier mais les années me font progresser.

Les choses qui me concernent restent cependant un mystère. Je n'ai pas vu que Dean était intéressé par moi. Je suis passée à côté. Je n'ai pas vu tous les signes qu'il m'a envoyés. Même quand ils ont changé. Je n'ai pas non plus senti ce qui allait se passer.

Et au moment où je m'en suis aperçue, il était déjà bien trop tard.

Le soir même, je partis retrouver Dean (laissant Olivier au soin de Dorothy, Andy ayant pressenti le coup) après les cours et non dont la cour (comme je l'avais compris). Pour ma défense, lire sur les lèvres n'est pas la première de mes compétences. Désormais, je le sais. D'un autre côté, essaye donc de le faire dans une salle bondée avec deux personnes te parlant en même temps. Essaye et tu verras à quel point la différence entre « la cour » et « les cours » peut être mince.

Je finis cependant par apercevoir, au détour d'un couloir du département d'Enchantement, la silhouette de Dean. Si le lieu ne me surprit pas puisque c'était ici qu'avait eu lieu son dernier cours de la journée, je dois reconnaître qu'il soit en compagnie (en cette compagnie) était pour le moins inattendue. Dean semblait avoir une discussion houleuse avec Amy, sa meilleure amie (cela fait toujours autant rire Hataway). Qu'ils discutent, je suppose que c'était normal. Qu'ils le fassent alors que nous avions rendez-vous (et j'étais en retard puisque j'avais attendu un bon moment dans la cour), cela m'a quelque part gênée.

Au moins autant que le fait que ce soit elle qui soit la première à s'apercevoir de ma présence. A la façon dont elle mit aussitôt fin à la discussion, j'eus la désagréable sensation d'avoir interrompu quelque chose. Et cela ne pouvait pas être bon.

- Je vous laisse, dit-elle après s'être raclée la gorge. Vous avez certainement des tas de choses à vous dire. Dean, on se voit ce soir ?

Il hocha faiblement de la tête.

- Il est à toi ! ajouta-t-elle avec un sourire en me passant à côté. Bonne soirée.

Surprise, je fus incapable de lui retourner la politesse et me contentai de l'observer s'éloigner d'un pas guilleret. Amy ne m'avait jamais vraiment appréciée. Pour être tout à fait honnête, c'était réciproque. Nous n'avions pas réellement eu l'occasion de parler. D'un accord tacite, nous avions décidé de nous ignorer. Ce changement d'attitude était assez soudain mais elle avait sûrement dû passer une excellente journée. Pour ma part, je m'étais faite reprendre par le professeur Chourave (sous prétexte que, même s'il reste moins d'une semaine, l'année n'était pas terminée. J'avais de l'engrais dans ma chaussure. Devine un peu la faute à qui ! Et ce n'est pas ma faute si à ce moment là, je n'écoutais pas ce qu'elle disait !)

- Elle est de bonne humeur, dis-moi ! ai-je signalé un sourcil haussé.

- Faut croire, soupira Dean les mains dans ses poches.

Je me hissai sur la pointe des pieds pour le saluer comme il se devait.

- De quoi vous parliez ? ai-je demandé curieuse.

Dean laissa filer un petit rire avant de répondre tout naturellement.

- De nous…

Je n'ai pas vraiment compris pourquoi une décharge me parcourut désagréablement le dos d'une épaule à l'autre. La fatigue devait certainement jouer. Pas plus tard qu'une heure auparavant, au moins deux personnes avaient mis mon irritabilité sur le compte de l'imminence de ma « mauvaise période du mois », remarque totalement fausse et on ne pouvait plus sexiste.

Dean scruta mon visage à l'affût d'une réaction. Il disait donc cela pour me provoquer. Si je ne compris pas pourquoi il le fit, je me suis efforcée de ne rien laisser paraître.

« Nous » ? Elle et lui ? Dans ce cas, pourquoi « nous » ? Ou alors lui et moi ? A ce moment là, pourquoi en parler avec elle ? Bon, ok, c'était sa meilleure amie. Ce n'était pas quelque chose que je pouvais faire (avec Olivier, Merlin m'en garde). C'était peut-être une chose que les gens normaux faisaient. Dans ce cas, pourquoi parler de nous ? Est-ce que « nous » avions un problème ? Question de pure rhétorique. Tout l'intérêt était finalement de savoir de quel problème ils avaient pu parler.

Quelque soit l'option à choisir, elle me mettait hors de moi. Ayant fait un sermon et une scène à sa dernière crise de jalousie, je ne devais absolument rien laisser paraître. La plaisanterie était finalement l'option la plus séduisante.

- Nous ? ai-je répété d'un ton que j'espérais rendre moqueur. Mais quel nous ?

Dean, les mains toujours dans les poches, quitta le mur contre lequel il s'était adossé.

- Me ferais-tu l'honneur d'être jalouse ? demanda-t-il un sourcil haussé.

- Pas du tout… C'est juste que ta réponse… prête à confusion, ai-je bafouillé les joues rougissantes.

- Tu me rassures, soupira-t-il exagérément soulagé. Si tu l'avais été pour ça, qu'est-ce que ça aurait pu être pour…

Là, j'ai commencé à comprendre que quelque chose allait mal se passer. Quelqu'un de plus lucide l'aurait sûrement compris avant. Toi-même, Journal, tu dois avoir senti ce qui était en train de se dérouler. Mais moi, non… Je n'ai pas compris. Je l'ai donc subi.

Il existait mille façons de parvenir à ce que Dean cherchait à provoquer et seulement une pour l'éviter. Malheureusement, mon petit ami semblait déjà avoir choisi laquelle nous allions emprunter.

Son petit jeu était loin de me plaire. Il laissa sa phrase en suspens et avança de quelques pas vers moi.

- Pour quoi ? ai-je demandé froidement.

Il haussa de nouveau doucement les épaules.

- Je me demandais… tenta-t-il hésitant. En fait, je me demandais…

- Quoi ? ai-je fait en me maîtrisant.

- Je me demandais ce que tu ressentirais si je te disais que quand je suis avec toi, c'est à elle que je pense.

- A elle ? ai-je répété dans un sifflement.

- A elle ou à une autre, répondit-il d'un air dégagé. Hein ? Jinxie, qu'est-ce que ça te ferait ? Quand je prends tes mains… Quand je te regarde… Quand je te serre contre moi… Quand je t'embrasse…

- C'est à elle que tu penses ? ai-je fait d'une voix plus tremblante que je ne l'aurais voulu avant de me prendre. Enfin, à elle ou à une autre, c'est ça ?

Avec un sourire, il s'approcha de moi et m'attrapa le menton. Là, j'avoue que je ne savais plus quoi penser. Seul le contact de ses lèvres me permit de me ressaisir.

- Il y a une autre fille, c'est ça ? ai-je demandé en le repoussant.

Surpris, il écarquilla les yeux avant de se mettre à rire.

- Ça te va bien de dire ça… répliqua-t-il d'un ton mauvais.

Dean avait choisi un chemin long et sinueux. Je décidai alors de prendre une ligne droite.

- Ok, à quoi tu joues ? ai-je demandé les sourcils froncés.

Il marqua une légère pause et enfouit à nouveau ses mains dans ses poches.

- A rien, soupira-t-il en haussant une fois de plus les épaules. C'était une… blague, juste pour savoir comment tu réagirais !

La colère et une soudaine angoisse (mon intuition féminine commençait à peine à se réveiller) me serrèrent progressivement la gorge. C'est une chose de sentir un évènement arriver (même si ce n'est que lorsqu'il est sur le point de se produire). Le vivre est totalement différent. Mon pouls s'était accéléré et je m'étais mise à transpirer.

- Dean, je ne comprends pas, ai-je dit désappointée. Que je réagirais à quoi ?

- Laisse tomber, marmonna-t-il avant de se tourner vers l'autre bout du couloir.

J'ai toujours entendu dire que les filles étaient des êtres compliquées et difficiles à suivre. Mais les irlandais ne valaient pas vraiment mieux à ce sujet. Est-ce que j'avais fait ou dit quelque chose de mal ? Je n'en avais pas l'impression. J'avais certes des torts. Beaucoup. Mais rien qui ne nécessite à mon goût ce genre de procédés. Ces changements d'humeur me paraissaient totalement injustifiés. Tentant vainement de rassembler mes pensées, je me suis pincée l'arête du nez. Pourquoi tout était toujours aussi compliqué ? Entre ce que je ressentais, ce que je voulais, ce que je craignais, j'étais totalement perdue.

Même le dos tourné, Dean était morose, je le sentais. Je fis donc l'effort d'avancer vers lui pour le réconforter.

- Hé, ai-je fait doucement en essayant de retrouver le sourire.

Surpris, il se tourna vers moi.

- On arrête les devinettes et tu me dis ce qui se passe, ok ?

Dans un geste que je voulais affectueux et rassurant, j'ai pris ses mains dans les miennes. Il déglutit avant de levers les yeux vers moi. Lentement, il retira ses mains avant d'à nouveau me tourner le dos. Quelque chose en moi acheva de se briser. Etrangement, je l'ai réellement senti exploser comme ça, au beau milieu de ma poitrine, dardant tout ce qui se trouvait alentours de milliers d'éclats coupants.

Je voyais désormais où la voie que Dean avait choisi nous menait. Il était en train de me quitter.

Il venait de me repousser. Sous le choc, j'ai mis de longue seconde à le réaliser. La tête me tourna un instant, mon visage me parut brûlant. Mon estomac manqua de justesse de se vider.

Techniquement, ce geste n'était rien. Enfin, presque rien. Mais il avait plus de portée que je n'aurais pu l'imaginer. Dean était en train de me faire du mal. Et il le savait. A la souffrance est venue se mêler une colère sournoise. Je n'allais pas le laisser faire. Un sursaut d'orgueil me permit de me maîtriser. Je croisai mes bras sur ma poitrine et pris une profonde inspiration.

- Alors ? ai-je demandé d'une voix que j'essayai de rendre la plus neutre possible.

Il me fit de nouveau lentement face, un sourire faux aux lèvres. Je ne pus empêcher mes mâchoires de se serrer.

- June, est-ce que je peux te poser une question ? fit-il doucement.

Par un signe de la tête, je l'encourageai à poursuivre. Il vint se planter devant moi.

- Est-ce que tu m'aimes ?

J'ai aussitôt dit adieu à mes pâles tentatives de froideur. Les bons vieux réflexes reprirent le dessus. Mes joues s'embrasèrent et mes yeux se rivèrent à mes pieds. C'en était presque Pavlovien. Pour ma défense, je ne m'attendais pas à ce que le garçon en train de me laisser tomber me pose ce genre de questions. Pas sur ce ton en tous cas. J'ignore quelle scène de mauvais roman de gare nous étions en train de jouer.

Dean pencha la tête pour essayer de capter à nouveau mon regard.

- Mmh ? me pressa-t-il curieux. Alors ?

- Je… ai-je bafouillé. Enfin, je… euh. Oui, je crois.

La situation était compliquée mais je crois que c'était vrai. A sa réaction, je compris que ce n'était pas du tout la réponse qu'il attendait. Il me fixa un instant, agité par le doute, avant de se reprendre.

- Tu crois ? répéta-t-il étonné avant de lâcher un reniflement amusé. Ok, tu ne me laisses pas le choix dans ce cas. On va essayer autrement.

Intriguée, je levai les yeux vers lui. Son sourire s'était anormalement figé. Comme s'il luttait pour le préserver. Quand je parlais de mon manque de lucidité, je ne plaisantais pas. Une personne normalement constituée aurait senti quel sujet il allait aborder, comment il ferait tout exploser. Moi pas… Sinon, j'aurais tout fait pour l'éviter.

Si j'avais été une gazelle, on pourrait dire qu'à cet instant, je venais d'échapper aux griffes d'un lion pour me jeter dans la gueule d'un hippopotame.

- Et lui ?

Les souvenirs de ce qui se passa par la suite sont plutôt flous. La tête ne cessa pas de me tourner. Il me semble qu'un léger rire m'a échappé. Ben voyons… C'est comme se débattre pour éviter la noyade, comme si une main sortie de nulle part venait de me repousser vers le fond. J'étais prête à sombrer, à me refermer. Ma fierté m'ordonnait à présent de lutter. A quoi est-ce qu'il jouait ? Dean n'était pas comme ça. Le Dean que je connaissais n'était pas si mauvais.

- Qu'est-ce que tu as ? ai-je fini par demander.

- Est-ce que tu l'aimes ? se contenta-t-il de répéter.

Lui ? C'était bien la question à mille gallions. A ma colère est venue se mêler un sentiment étrange de culpabilité. J'ignore pourquoi mais je m'en voulais. J'avais tout fait rater et je venais de comprendre qu'il me le ferait payer.

- Moi, je t'aime June, dit-il lentement.

S'il était sincère, il m'était également difficile de croire qu'il ne faisait pas ça par pur plaisir de me torturer.

- Je t'aime, répéta-t-il tristement. Trop pour ne pas regretter ce que je suis en train de faire mais pas assez pour accepter de te partager.

Il s'interrompit quelques instants, attendant visiblement que je réagisse. Je ne lui fis pas ce plaisir.

- Je suis quelqu'un de patient, finit-il par ajouter. Je comprends que tu ne te sentes pas prête et je suis prêt à t'attendre le temps qu'il faudra. Mais en échange, ajouta-t-il plus sombrement, j'ai besoin de savoir maintenant que ce sera moi et que tu es prête à l'oublier… Merde, s'emporta-t-il soudainement. Tierney, qu'est-ce qu'il te faut de plus ?

C'est alors que j'ai compris ce qui se passait. Dean était en train de me quitter. Ce n'était au fond pas un choix qu'il me proposait. Il l'avait décidé bien avant ce soir. Il savait que je n'accepterais jamais ce qu'il me proposerait. Je n'étais pas parfaite, j'en étais pleinement consciente. Mais ma loyauté était une des rares choses qu'on ne pouvait me retirer. Lui-même l'avait constaté.

Dean était en train de me quitter. Et pour ça, il avait choisi de se servir d'Olivier.

C'était ainsi que j'interprétais tout cela. Et je continue aujourd'hui encore à le faire.

- Alors, c'est ça le deal ? ai-je demandé glaciale. Toi ou lui ?

Dean secoua la tête désabusé.

- Tu ne réponds pas à ma question, soupira-t-il.

- Et je ne le ferai pas ! me suis-je indignée.

- Est-ce que tu l'aimes plus que moi ?

Je me détournai, écœurée par ce qu'il nous infligeait. Il avait de la chance que je ne lui rie pas au nez. Nous venions de dépasser le niveau du roman de gare, c'était désormais digne d'Entre amour et amitié. Je ne pensais pas qu'on osait encore dire ce genre de choses en vrai.

Dean connaissait la réponse. Il n'aurait pas tant douté autrement. Seulement, il ne l'entendit pas de cette oreille.

- June ! fit-il en m'attrapant par le bras. Est-ce que je passe avant Olivier ?

Dire ce prénom fut une erreur. Cela ne nous laissait aucune chance de nous rattraper. Formuler la chose de cette façon fut la seconde erreur qu'il commit à cet instant-là. J'étais prête à assumer ma part d'erreurs, ma responsabilité. Présenter les choses comme ça me permettait de me dédouaner. De ne pas lui répondre et de tout éviter. Je n'ai pas hésité.

- Tu n'as pas le droit de me faire ça ! ai-je grogné en me retirant de son emprise. Tu n'as pas le droit de me demander de choisir.

Il ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa, prenant un instant pour réfléchir et se calmer. Nous savions tous les deux que, finalement, il ne me le demandait pas.

- C'est pour ça que je ne le fais pas, soupira-t-il. Tu as toujours choisi.

- Tu es ridicule ! ai-je sifflé.

- En attendant, je regarde la vérité en face.

Non seulement il me plaquait, mais en plus, j'allais avoir droit à une leçon de morale sur les bienfaits de l'honnêteté ? Ça n'avait que trop duré.

- La vérité ? me suis-je écriée. Parfait ! Alors, on en reste là, c'est ça ?

Dean marqua un temps d'arrêt. S'il avait pensé que ses provocations me jetteraient dans ses bras, il s'était trompé.

- J'en ai bien l'impression, répondit-il froidement.

Quelques secondes me furent nécessaires pour reprendre mon souffle. Mon cœur battait plus fort que jamais, avant d'avoir un raté.

Cette fois, c'était terminé. Je fis de nouveau appel à mon orgueil et à ma colère pour ne pas craquer et refouler les larmes qui menaçaient de m'échapper.

- Je suppose que je dois te rendre ça, ai-je fait en portant mes mains au fermoir de la chaîne qu'il m'avait donnée retenant mon anneau.

- Garde-la, répliqua-t-il sèchement. Ce truc n'a plus aucune valeur pour moi.

Il n'était pas obligé de faire ça. De laisser entendre que j'avais tout souillé. Ce coup-là me fut plus dur à encaisser.

- On ne restera pas non plus amis je suppose…

- Pour être honnête, je préfèrerai éviter de te revoir.

Un ricanement moqueur m'échappa. Ne plus se voir à Poudlard allait être compliqué. L'envie de l'embrasser, là à cet instant, alors que plus que jamais je le haïssais, vint se mêler à celle que j'avais de le frapper. C'était étrange, voir même idiot, mais le désir a refait surface, certainement pour la dernière fois. Parce que c'était impossible et interdit désormais. Je devais le détester.

Et au fond, je savais que je ne pouvais pas être la seule à souffrir de tout ça. Je ne devais pas être la seule à souffrir de tout ça.

- Le pire, ai-je murmuré, c'est que je commençais vraiment à…

- Pitié June ! s'emporta-t-il. Tu ne m'as jamais aimé. Tu as parfaitement fait semblant, je le reconnais. Tu étais simplement avec moi pour ne pas être seule. Y avait pas d'amour là dedans.

- Mmh… Et j'ai vraiment bien fait, tu ne crois pas ?

Il serra aussitôt les mâchoires. Je restai surprise par ma propre méchanceté. Cela m'était sorti totalement naturellement. J'avais eu envie de le blesser. C'était peu de choses, mais j'eus au moins cette satisfaction là. Nous sommes restés ainsi, l'un face à l'autre, à nous observer, à tenter de savoir lequel était le plus blessé par ce qui se passait.

- Ça fait mal, pas vrai ? fit-il en s'efforçant de sourire.

- Mais c'est fait pour, non ?

Je n'ai pas attendu sa réponse et l'ai planté là. Tout avait été dit. Il ne chercha pas à me retenir. Il n'avait rien à ajouter. Nous n'avions plus rien à voir ensemble, parfait.

Le bout du couloir atteint, j'ai senti les premières larmes m'échapper. Pourquoi est-ce que je pleurais ? Je n'en avais aucune idée. Pour l'instant, seule la colère m'animait. Je ne savais pas contre qui, contre quoi elle était tournée mais elle me possédait totalement, me faisant pleurer et tituber.

Je rejoignis la Salle Commune par des chemins détournés et pris soin de sécher mes larmes avant d'atteindre le portrait. Je ne voulais pas de réflexion de la Grosse Dame. Tout ce que je désirais, c'était de me réfugier dans mon lit et oublier ce que j'avais fait et ce qui venait de se passer. Passant l'ouverture, je baissai légèrement la tête pour que mes cheveux dissimulent mes yeux rougis et me décidai à longer le plus possible le mur. Je ne voulais ni voir, ni croiser personne. Manque de bol, Dubois était là. Du coin de l'œil, je le vis installé sur le canapé, un livre à la main. Evidemment, ce fut l'une des rares occasions dans sa vie où lui fit preuve d'attention. En une fraction de seconde, il leva les yeux vers moi.

- Hé ! Tierney ! s'écria-t-il avec un sourire.

Mes larmes montèrent aussitôt. Je ne voulais pas le voir… Pas lui. Pas maintenant. Je fis mine de ne pas l'avoir entendu et accélérai le pas.

- Tierney ! répéta-t-il en se relevant. Hé June ! Qu'est-ce que tu…

Les escaliers étaient désormais tout proches. Je me dépêchai de les atteindre avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Une fois là-bas, il ne pourrait pas me suivre. De là où il était, c'était impossible. Comme toujours, je sous-estimais Olivier. Il a ni plus ni moins littéralement enjambé le canapé pour me couper la route et je sentis une main se refermer sur mon poignet alors que j'avais atteint la troisième marche.

- Juni ! grogna-t-il entre ses dents d'une voix où l'inquiétude perçait. Qu'est-ce qu'il y a ?

Je ne parvins pas à redevenir maîtresse de ma voix. N'obtenant pas de réponse, il tira sur mon poignet pour me faire pivoter vers lui. Je priai pour que l'obscurité des escaliers dissimule mes joues trempées par les larmes et mes yeux rougis. Peine perdue, il eut un mouvement de recul en me voyant.

- Tu pleures ? demanda-t-il faiblement. Mais… Qui est-ce qui t'a fait ça ?

J'envisageai un moment de mentir avant de me résigner. Il finirait tôt ou tard par le savoir. Autant que l'humiliation soit dès à présent complète.

- Juni, dis moi…

- C'est… Dean, ai-je avoué dans un murmure.

Le visage de mon meilleur ami se ferma aussitôt. Il relâcha enfin mon poignet pour serrer ses poings.

- Il t'a mise enceinte, c'est ça ? Putain, je vais le buter, s'écria-t-il en tournant les talons. Cette fois, je vais le tuer…

Ahurie, je mis quelques secondes à réagir mais parvins malgré tout à le rattraper avant qu'il ne franchisse le portrait. Je l'agrippai aussitôt par le bras.

- Arrête ! l'ai-je supplié alors qu'il se débattait. Je ne suis pas enceinte, Olivier ! Arrête-toi !

Quelques secondes lui furent nécessaires pour qu'il entende et intègre ce que je venais de lui expliquer.

- C'est vrai ? demanda-t-il les sourcils froncés.

- Evidemment ! Lui et moi n'avons même pas…

Je laissai ma phrase en suspens et me tint l'arrête du nez d'une main. Qu'est-ce qu'il me faisait encore raconter ?

- Il m'a plaquée ! ai-je finalement avoué voyant qu'il allait insister.

Il se fendit d'un retentissant « Oh » de soulagement mais eu tout de même la présence d'esprit de le transformer rapidement en « Oh » de compassion. Me voir à nouveau pleurer a dû l'aider. Il plaça une main dans mon dos et me fit avancer jusqu'au canapé.

- Je suis désolé pour toi…

- Ne le sois pas, ai-je reniflé. Tout est de ma faute finalement.

- De ta faute ? s'indigna-t-il. Ce mec était la pire des…

- Olivier ! l'ai interrompu. S'il te plaît… Je le déteste suffisamment comme ça à présent.

Il m'adressa un sourire triste.

- S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi, n'hésite pas.

- Est-ce que tu pourrais remonter le temps de six mois pour moi ? ai-je fini par demander.

- J'avais pourtant dit à MacGonagall que ce genre de choses devrait être au programme cette année, plaisanta-t-il. Désolé…

Je tentai un sourire. Malheureusement, ma mâchoire se crispa et un nouveau sanglot m'échappa. Gênée d'ainsi craquer devant lui, je baissai à nouveau la tête.

- Non, Juni… Ne pleure pas ! me demanda-t-il suppliant.

J'aurais vraiment aimé y parvenir. Mais c'était plus fort que moi. Il tendit la main dans ma direction. Je sais que pour lui, ça partait d'une bonne intention, que c'était peut-être sa façon de m'apporter du réconfort. Mais pourquoi avoir choisi ce geste-là ? Il attrapa les cheveux tombés en cascade devant mon visage et vint les ranger derrière mon oreille.

Dean avait l'habitude de faire ça. Je ne le supporterai plus désormais. Surtout venant d'Olivier.

- Arrête ! me suis-je écriée en sautant sur mes pieds.

Stupéfait, il me dévisagea. Tremblant comme une feuille, je m'efforçai de soutenir son regard.

- Mais… Qu'est-ce qu'il t'a fait ? demanda-t-il désemparé.

Je fis un pas en arrière. Qu'est-ce que j'avais encore fait ?

- Excuse-moi, ai-je répondu en reculant pas à pas. Je suis fatiguée, je crois. Je vais aller prendre une douche, ça me remettra les idées en place. En attendant, tu n'as qu'à aller dîner, ok ?

Je n'attendis pas son consentement et le laissai protester sur son canapé pour me précipiter vers les escaliers. Une fois dans le dortoir, je me laissai tomber sur mon matelas. Une angoisse soudaine me força à me relever. Si je ne bougeais pas maintenant, je ne le ferais pas après. Plutôt que de passer la soirée à faire les cent pas, je décidai d'aller me doucher, comme expliqué à Olivier. Il était peut-être temps que je commence à dire la vérité.

Enfin.

oOo

L'eau de la douche était brûlante, juste assez pour que cela ne soit pas agréable. Tapant à intervalle régulier ma peau, la chute des gouttes finit par me détendre et je lâchai les sanglots que par gêne, j'avais jusque-là refoulés. Pourquoi pleurer ? J'avais simplement dans l'idée que cela finirait par me soulager. Le faire pour Dean m'écœurait. J'avais fait ce qu'il fallait. J'avais choisi Olivier. Enfin, si le choix m'avait été imposé, je l'aurais choisi. Alors pourquoi me mettre dans cet état-là ? J'avais fait ce qu'il fallait, ce que je voulais. Pourtant, ma colère légitime s'était transformée en culpabilité. Le simple fait d'imaginer que Dean ne serait plus là, que je n'aurais plus droit à ses caresses, à ses baisers, me remuait. Et puis, il y avait la manière dont il l'avait fait. Ce garçon était censé m'aimer. Il n'y avait pas d'amour dans les mots qu'il avait prononcé, pas plus que dans l'intonation qu'il avait choisie. Il m'avait simplement jeté et ri au nez. Je n'étais plus rien pour lui. Et quand cela vient d'une personne qui, habituellement, te trouve formidable, c'est plutôt dur à encaisser.

Je ne pouvais m'empêcher de repenser à ce qu'il avait dit. Il avait raison. Tout était de ma faute. Depuis le début, je savais que le jeu était pipé. Malgré cela, je l'avais laissé s'engager. Il disait qu'il m'aimait. C'est vrai, qu'est-ce qu'il me fallait de plus ? Ce ne sont pas des choses qui m'arrivent souvent. Il disait qu'il me trouvait jolie. Cela ne l'avait pas empêché de me laisser. Parce ce que ce choix qu'il voulait me faire faire, lui aussi l'avait fait. C'était ça le plus gênant. Ne pas être assez bien pour le garder. Se dire que finalement, il s'était trompé. Que je n'en valais pas la peine.

Au plus le temps passait, au plus mon esprit divaguait. Pas en ma faveur, malheureusement.

Je repensai à tout ce que nous avions vécu, à ses baisers, à ses caresses, à ses mains sur moi… Je finis par frissonner. Je ne voulais plus de ça. Je ne voulais plus lui faire l'honneur de le regretter. Bêtement, je me suis frottée la peau au savon à m'en faire rougir. Andy y aurait vu toute une symbolique. Je voulais surtout chasser l'impression de le sentir contre moi. Certains parlent de membre fantôme lors d'amputation. Pour moi, c'était pareil. Il était à mes côtés sans vraiment y être. Il y a peu de temps, ressentir cela sous ma douche aurait pu me faire rougir et sourire.

Quand l'eau commença à refroidir, je me résignai à envisager de sortir mais restai encore tremblante un moment dans la cabine. La peau de mes doigts et de mes pieds était totalement fripée. Une immense fatigue s'empara de moi. Enfilant mon pyjama, je me plaçai dans mon lit et tirai les rideaux. Les filles comprendraient. Allongée sur le côté, roulée en boule, je serrai June contre moi. Finalement, je n'aurais pas besoin de parler de Dean à ma mère. Je me rendis compte alors que c'était une gêne que j'aurais au fond volontiers affrontée.

Andy et Dorys finirent par monter, leurs voix réduites à de simples murmures. Si je ne compris pas ce qu'elles dirent, le ton sur lequel elles le firent me laissa penser qu'un désaccord les animait. Elles ne s'attardèrent pas et au son de leurs pas dans les escaliers, je devinai qu'elles rejoignaient la salle de bain. Le silence retomba dans la chambre et fut finalement brisé quelques instants après. Je reconnus la sonnerie de l'escalier. Un garçon devait être en train d'essayer de monter. Ce n'était pas rare. Ils finissaient en général par rapidement abandonner. Ce ne fut étrangement pas le cas cette fois-ci. Des cris et des rires me parvinrent de la Salle Commune. Plus encore quand la porte du dortoir s'ouvrit et que quelqu'un y entra.

- Tierney ?

Je ne connaissais pas cette voix. Ce fut certainement la seule raison qui me poussa à me lever. Passant la tête par le rideau, je vis qu'il s'agissait d'une des petites de 2ème années, une petite métisse aux longs cheveux tressés.

- June Tierney ? répéta-t-elle.

Je hochai la tête.

- Olivier Dubois voudrait te voir, expliqua-t-elle en me désignant la porte de la main d'où une nouvelle salve de rires nous parvint.

- C'est lui qui essaie de monter ? ai-je demandé ahurie.

Elle m'adressa un regard consterné.

- Il m'a dit de te dire que si tu ne descendais pas, ce serait à lui de monter, quitte à y passer la nuit.

- Qu'il y passe la nuit dans ce cas-là ! ai-je soupiré, prête à me recoucher.

Elle se mordilla la lèvre inférieure, visiblement embarrassée.

- Tu sais, il est déjà tard et certaines filles aimeraient aller se coucher…

Je jetai un rapide coup d'œil au réveil sur la table de chevet d'Andy. Evidemment, il avait choisi son moment. A moins de vouloir une émeute (quand ce genre de choses arrivait à d'autres, j'étais la première à appeler à l'insurrection), j'étais obligée de céder. Je remerciai la jeune fille et lui conseillai d'attendre un peu avant d'essayer de monter à son propre dortoir. Après avoir enfilé un gilet et m'être assurée que l'escalier était libre, je me suis laissée glisser sur le toboggan. Au dernier virage, ma tête heurta quelque chose de dur et ma vue se voila un instant.

- Nom de… ! ai-je grogné en me tenant la tête à deux mains et les fesses sur le tapis.

Quelques rires retentirent à nouveau.

- Oh, Tierney, je suis désolé !

Evidemment, il avait fallu que je rentre dans Olivier, plus précisément dans son genou. Il répondit à mon regard mauvais par un sourire coupable et me tendit la main pour m'aider à me relever.

- Qu'est-ce que tu me veux, Olivier ? ai-je marmonné en me remettant sur les pieds.

- Je voulais voir si ça allait, tu n'es pas venue dîner.

- Ça va, ai-je menti. Sois rassuré, je n'avais tout simplement pas faim.

- Tu sais… Tout à l'heure, je n'ai pas compris ce qu'il s'était passé… marmonna-t-il embarrassé. Tu m'as fait un peu peur, je dois l'avouer.

Il avait l'air vraiment inquiet. Au cri que j'avais poussé quand il m'avait touché, je le comprenais.

- Je suis désolée, ai-je répondu en baissant les yeux. Mais ne t'inquiète pas, ça va mieux !

Mon sourire forcé ne trompa personne.

- Tu veux en parler ? Andy m'a formellement interdit de le faire mais bon, je ne vais pas commencer à l'écouter aujourd'hui, pas vrai ?

- Olivier, je…

- S'il te plaît Juni, fit-il doucement mais fermement. C'est à moi d'insister aujourd'hui.

J'avais envie de refuser. Je mourrai d'envie de le faire et de retourner me morfondre dans mon lit. Mais je ne pouvais pas faire ça à mon meilleur ami. Presque une semaine auparavant, je l'avais pourchassé pour pouvoir l'aider. Il se sentirait obligé d'en faire de même, je le savais. Et quelque part, ne pas savoir jusqu'où il pouvait aller m'inquiétait. Finalement, je ne perdais rien à accepter. Depuis ma douche, les larmes semblaient s'être taries. Sentant que je commençais à changer d'avis, il me guida jusqu'au canapé de la Salle Commune où nous nous assîmes chacun à une extrémité. Un silence s'installa alors. J'espérai sincèrement qu'il n'attende pas que je sois la première à le rompre.

- Ça va ? demanda-t-il après s'être raclé la gorge.

Incapable de verbaliser (et surtout incapable de savoir comment je me sentais), je me contentai d'hausser les épaules.

- Je… Je me doute que ça doit être difficile pour toi ce soir. Andy m'a assuré que tu avais besoin de temps et que je devais éviter de tenter de te consoler ce soir mais…

- Elle a vraiment fait ça ? l'ai-je coupé, étonnée.

Olivier se fendit d'un sourire.

- Selon elle, je parle toujours au mauvais moment et jamais avec les bons mots. Donc, tu es prévenue…

Je hochai la tête distraitement. Il pouvait même être redoutable quand il le voulait (et même sans le vouloir en fait).

- Enfin, maintenant, je peux te le dire. Je détestais ce mec. Super louche si tu veux mon avis. Il passait son temps à te…

- Olivier, je n'ai pas franchement envie de parler de… de lui, l'ai-je coupé brutalement.

Il parut un instant surpris avant d'esquisser un sourire.

- Finalement, Benton avait peut-être raison, soupira-t-il tristement.

J'ai aussitôt regretté mon ton cassant. Ce n'était pas ce que je voulais. J'appréciais réellement ce que faisait Olivier. Mais il était encore un peu trop tôt pour moi.

- Tant pis, s'écria-t-il en reprenant son air enjoué. Oh, au fait ! J'ai un petit quelque chose pour toi.

Il tendit la main sous le canapé et en ressortit l'ourson que je lui avais confié.

- Olivier a très envie d'aller s'encanailler dans le dortoir des filles, avoua-t-il sur le ton de la confidence.

Un sourire faible m'échappa et je serrai l'ourson contre mon ventre. Un parfum que je connaissais bien me chatouilla les narines. Olivier sentait Olivier. L'ourson sentait son parfum. Il avait finalement dormi avec. C'était étrange. Alors que j'avais délibérément mis une barrière entre nous (comment faire autrement après ce que Dean m'avait dit), je me surprise à inhaler son odeur et à m'en sentir apaisée. Ce qui ne fit que relancer un peu plus ma culpabilité.

- J'ai également réussi à chiper ça, claironna-t-il fièrement en me tendant ce qui ressemblait à une tablette de chocolat.

- De chez Honeydukes, ai-je murmuré. Mon péché mignon… Merci.

Pour la première fois de la soirée, je commençai à ressentir une sensation de faim. Je défis alors l'emballage et plantai mes dents dans les premiers carrés. On dit que le chocolat a des vertus apaisantes et revigorantes. J'ignore si c'était cela ou le sucre irrigant soudainement mon cerveau, mais je trouvai la force de plaisanter.

- Tu es au courant que j'essaie de perdre du poids ? ai-je demandé les sourcils froncés.

Il m'observa un instant, les yeux écarquillés.

- Pitié, arrête ! protesta-t-il. Je te trouve parfaite comme ça !

En temps normal, je n'aurais pas manqué de lui rappeler qu'il avait été le premier à me faire cette remarque quelques mois auparavant. Devant mon air sceptique, il s'est senti obligé de continuer.

- Tout ce que je sais, soupira-t-il, c'est que tu as besoin de te remonter le moral. Et pour ça, il n'y a rien de mieux que le chocolat parce que…

Il s'éclaircit la gorge, prit une profonde inspiration et se mit à chanter le slogan des chocobarres Honeyduke.

« Quand t'as pas le moral
Ou un p'tit coup d'cafard
Y a rien de plus normal
Que d'croquer une chocobarre !
»

La dernière note, qu'aucun garçon normalement constitué ne devrait tenter d'atteindre, m'arracha une grimace de douleur et je dus donner à mon meilleur ami un coup d'Olivier pour qu'il se taise.

- Et après, ai-je grogné, on dit que c'est moi qui chante mal.

Après avoir reposé l'ourson sur mes jambes en tailleur, je tendis la tablette de chocolat à Dubois.

- Contrairement à toi, signala-t-il en redressant fièrement le menton, je m'abstiens de chanter, moi !

Mon air outré le fit éclater de rire.

- Veinarde, souffla-t-il en s'enfonçant un peu plus dans les coussins. Deux Olivier pour le prix d'un et une tablette de chocolat. Tierney, franchement, qu'est-ce qu'il te faut de plus ?

J'ai tenté d'esquisser un sourire sans y parvenir. Les larmes sont venues les premières. Dean et la façon dont il avait prononcé ces mots s'imposèrent immédiatement dans mon esprit. Deux heures après, c'était Olivier qui les prononçait. Le genre d'ironie dont je me passerais volontiers. Sans savoir pourquoi, je me suis aussitôt détestée.

- Oh non, fit Dubois d'une voix douce en s'approchant de moi. Juni, je déteste voir tes yeux qui transpirent…

- Mes yeux ne transpirent pas Olivier, ai-je rectifié froidement. Je suis une fille, je pleure.

- Alors, ne pleure pas, reprit-il sans se laisser abattre. Je ne supporte pas de te voir comme ça. Je me sens bête quand tu pleures.

Sa main amorça un mouvement dans ma direction. A mi chemin de mon genou, il sembla hésiter et finit par se raviser. Quelque part, je le comprenais. Il n'y avait qu'à voir la façon dont j'avais réagi la dernière fois qu'il s'était permis à un geste tendre et rassurant envers moi. Mais là, j'aurais vraiment apprécié. Sans mot dire, je le vis serrer le poing et reposer sa main sur le coussin qu'elle avait quitté.

- Du coup, je vais certainement faire des tas de trucs débiles et si tu continues à pleurer malgré ça, je me sentirai vraiment comme le roi des crétins.

Un sanglot dans la gorge, j'ai relevé la tête vers lui. Il avait repris Olivier sur ses genoux et me tendait à nouveau un morceau de chocolat, tout en tâchant de rendre son sourire aussi amical que possible. C'est idiot mais cette simple vision suffit à m'apaiser. Mon cœur passait d'une tristesse absolue à un état de réconfort avancé à la simple vue de ce nigaud, d'un ourson et d'un morceau de cacao. On dit souvent que les gens recherchent l'impossible pour leur bonheur. Apparemment, ce n'était pas mon cas. Ce soir-là, il me fallait simplement mon meilleur ami, une peluche à serrer contre moi et une sucrerie. C'est avec un sourire faible et trempé de larmes, mais qui avait le mérite d'exister, que j'ai saisi la friandise qu'il me tendait. Comment faisait-il pour avoir cet effet, ce pouvoir-là sur moi ? Comment pouvait-il agir en véritable baume sur mes plaies ?

Pourquoi suffisait-il d'un mot de lui pour faire voler en éclats tout ce que Dean avait pu construire ?

Ces questions m'ont longuement hantée dans le silence qu'Olivier nous accorda. Il se contenta alors d'être là. C'était certainement ce qu'il fallait.

Montant se coucher, Sean me gratifia d'une tape sur la tête, sa manière à lui de me souhaiter bonne nuit. Cette interruption de notre méditation permit à Dubois de reprendre la parole, désormais certain que je m'étais calmée.

- De toutes façons, je savais que ça ne durerait pas ! affirma-t-il en secouant la tête.

J'ai haussé un sourcil malgré moi.

- Un irlandais qui déteste le Quidditch, cracha-t-il écœuré. N'importe quoi ! La prochaine fois, qu'est-ce que tu me dénicheras, hein ? Un Serpentard ?

Vexée, je n'hésitai pas à le violenter.

- Aïe, je plaisantais, signala-t-il avec un sourire. Enfin, à moitié. Flaherty n'était pas assez bien pour toi !

- Qui le sera alors ? ai-je soupiré.

- Oh, je t'en prie Juni ! Ce type était un crétin fini…

- Mais il m'aimait. C'était le premier à me l'avoir dit. Et ça, ça ne m'arrive pas souvent.

- Pas de ça avec moi ! déclara-t-il d'une voix ferme. Un de perdu, dix de retrouvés !

- J'en veux pas dix, ai-je soupiré en remontant les genoux contre mon poitrine. Je n'en veux même plus du tout !

- Tu comptes te mettre aux filles ? ricana-t-il avant d'aussitôt se reprendre devant mon air consterné. Désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher.

- De toute façon, à part lui, je me demande bien qui pourrait s'intéresser sérieusement à moi…

- Il t'a lavé le cerveau ou quoi ? s'indigna-t-il en s'approchant de moi. Juni, des tas de garçons adoreraient être avec toi !

- Ah oui, ai-je dit d'un ton mauvais. Et dis moi qui !

Il bégaya un instant avant de se lancer.

- Hé bien, euh… Euh… Percy ! Oui, Percy t'aime beaucoup et je suis sûr qu'il apprécierait énormément que vous…

Si je ne l'avais pas interrompu avant, c'est uniquement parce la stupeur m'en avait empêchée.

- Percy ? me suis-je écriée. Percy, c'est tout ce que tu as trouvé ?

Sur le point d'éclater de rire, il eut la présence d'esprit de se reprendre.

- C'est moche ce que tu dis, Tierney, tu sais ? Ok, ça va… Y en a d'autres. Comme Sean par exemple !

- Sean et Percy ? Selon toi, c'est tout ce à quoi je peux avoir droit ?

Olivier prit un air exagérément horrifié.

- Ce sera déformé, amplifié et répété ! répliqua-t-il amusé.

Je détournai la tête, boudeuse. J'adorais Percy et Sean mais pas à ce point là. Et je savais aussi qu'il disait ça dans l'unique but de me rassurer.

- Je t'assure qu'il y en a plein d'autres, reprit mon meilleur ami, et au sein même de cette maison. Tu en veux la preuve ?

Non, je n'en voulais pas la preuve. Mais Olivier, pris par sa démonstration, n'écouta pas mes protestations et se retourna.

- Regarde… Ah ! Matthew !

Le pauvre MacKinnon leva la tête de la bande dessinée qu'il lisait près de la fenêtre pour nous observer.

- Olivier, arrête ! ai-je grogné.

D'un geste de la main (qui faillit m'atteindre en plein tête), il me demanda de me taire.

- Franchement, dit-il à son camarade de dortoir. Qu'est-ce que tu penses de Tierney ?

Mon visage s'embrasa aussitôt et voir les yeux de Matthew s'écarquiller ne m'aida pas à me reprendre.

- Pardon ? s'écria-t-il un sourire aux lèvres.

- Est-ce que toi et Tierney, reprit Dubois calmement, ça pourrait être envisageabl…

Le coussin que je lui écrasai dans la figure le fit taire. Malheureusement un peu tard.

- Excuse-le ! Il raconte n'importe quoi, ai-je bafouillé gênée.

Matthew referma son livre et se leva.

- T'inquiète ! soupira-t-il avec lassitude. Avec le temps, j'ai pris l'habitude de ses bizarreries. Enfin, au point où il en est, tu ne devrais peut-être pas trop priver son cerveau d'oxygène. C'est dur à croire mais ça risque de s'aggraver…

D'un simple sourire, il me souhaita bonne nuit. Olivier se débattait comme un beau diable, me mettant ses mains dans la figure. Quand je finis par retirer l'oreiller, je le découvris, ravi.

- Tu es déjà violente avec moi, c'est que tu vas mieux !

Il disait vrai. Cela m'embêtait un peu mais c'était la vérité. Relâchant ma prise, je me laissai retomber de mon côté du canapé.

- Tu sais quoi, c'est nul tout ça…

- M'en parle pas, répondit-il sombrement avant d'ajouter d'un air badin. Je peux danser pour toi, si tu veux !

- Merci, je vais assez mal comme ça.

Loin de se vexer, il poussa un soupir amusé.

- Et pour ce soir… Je ne sais pas mais si… Si ça peut t'aider, tu peux venir au dortoir si tu veux. Les gars seront ok et Percy comprendra. Enfin, si je ne lui dis pas avec quel dégoût tu as rejeté sa potentielle candidature…

- C'est gentil, mais ça ira. En revanche, pour l'instant, je veux bien qu'on reste… encore un peu ici.

J'ignorais alors quelle heure il était. Aucun d'entre nous ne reprit la parole. Nous nous contentions de ruminer nos pensées. La Salle Commune finit par se vider totalement. Pour ma part, je n'avais pas sommeil. Ce ne fut que de voir Olivier commencer à piquer du nez qui me convainquit de rejoindre mon propre dortoir.

- Toujours la première à craquer, fillette ! se moqua-t-il après l'avoir réveillé et expliqué que je montais.

Je fis mine de ne pas relever et l'observai rejoindre ses escaliers, bâillant et titubant.

oOo

Pour ma part, je n'eus pas la chance de trouver le sommeil ce soir-là. Je me moquais complètement de revivre ces instants en rêve. Vraiment. Je voulais dormir et parvenir à ne plus penser. Je n'y suis pas arrivée. Allongée sur mon lit, les yeux rivés à mon calendrier (passé un moment, même mon Mister June ne suffit plus à me changer les idées), j'ai regardé les minutes lentement s'écouler, me demandant sans cesse à quel moment tout avait raté, quelles occasions j'avais eues de mettre un terme à tout ça, les troubles que j'avais pu causer. Parfois, cela me faisait encore pleurer. Des ces moments-là, je serrai fort June et Olivier dans mes bras et je me répétai que tout était la faute de Flaherty. Ce qui n'était évidemment pas vrai mais je parvenais parfaitement à m'en accommoder.

La lumière que je devinais de plus en plus forte à travers mes rideaux m'indiqua que la nuit prenait fin. Et je n'avais pas dormi. Je n'osai même pas penser à la journée qui suivrait. 5h48, c'est la dernière chose dont je me suis rappelée. L'instant d'après, Andy avait tiré les rideaux de mon lit et me secouait l'épaule.

- June, fit-elle doucement. Tu dois te lever maintenant.

- Mmh, marmonnai-je en guise de réponse en me retournant. Laisse-moi !

- Je voudrais bien mais il ne reste que dix minutes avant le début du cours de Botanique. Tu sais que Chourave peut être pointilleuse quand elle s'y met.

J'ouvris péniblement les yeux et jetai un coup d'œil à ma montre posée sur ma table de nuit. Andy avait raison. Me tournant sur le dos, je laissai échapper un faible soupir.

- J'irai pas en cours, ai-je expliqué.

- Quoi ?

Elle avait parfaitement entendu. Je ne me donnai pas la peine de répéter. D'ailleurs, elle n'a pas attendu que je répète pour se tourner vers Dorys à quelques pas de là.

- Tierney, ne fais pas ça ! déclara l'irlandaise. Tôt ou tard, tu devras le voir et…

- Ça n'a rien à voir avec Dean ! ai-je protesté. Je… Je ne me sens simplement pas capable d'aller en cours.

J'étais épuisée, elles devaient bien le voir. Je voulais simplement me rendormir. Malheureusement, mon explication fut loin de convaincre les filles.

- Tu veux qu'on parle de ce qui s'est passé ? demanda Andy d'une voix douce.

- Y a rien à dire, ai-je répliqué. Dean m'a laissée. Fin de l'histoire.

- Pourquoi ? Vous étiez bien, non ? Il t'aimait ! Et toi, tu l'aimais, n'est-ce pas ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions à ce qu'il paraît. Malgré mon manque chronique de lucidité, je me doutais que cela ne pourrait pas bien se terminer.

- C'est ce que j'avais fini par croire, ai-je marmonné.

- Alors qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Ma meilleure amie ne pensait pas mal faire, je le savais. Mais ce qu'elle me demandait ne faisait que remettre du sel sur ma plaie.

- J'ai choisi Olivier, ai-je avoué dans un souffle.

Benton esquissa un sourire qui se figea lorsque Dorys se précipita vers moi.

- Dis-moi que j'ai mal entendu et que tu n'as pas fait ça ? Tu n'as pas laissé Dean pour lui ? June ! Nom de… C'est pas vrai ! Flaherty était parfait pour toi ! Il t'aime, il te couvre d'attentions, il est droit, intelligent et mignon !

Son air ulcéré m'a profondément agacée. Je n'avais ni besoin, ni envie d'être sermonnée.

- Je sais tout ça ! ai-je protesté.

- Alors pourquoi tu as fait ça ? Pour Olivier ?

J'aurais pu dire que je n'avais rien fait. Que finalement, je n'avais pas vraiment eu le choix. J'avais cependant dans l'idée que ça n'aurait rien arrangé. Alors, je décicai de ne rien ajouter.

- Tu l'aimes ? reprit-elle froidement. Dubois, j'entends.

Où était passée l'époque bénie où je pouvais dire sans peine ce que j'aimais et ce que je n'aimais pas ?

- J'imagine qu'on peut dire ça…

- Tu imagines ? fit-elle d'une voix étranglée (je crus à un instant que la stupeur allait vraiment l'étouffer). Moi, je pense que tu t'es servie du premier prétexte venu pour te séparer de Flaherty. Parce que tu as peur de lui et de ce qu'il ressent pour toi. Sauf que tu n'as pas le courage de le lui avouer et même de te l'avouer. Du coup, tu te réfugies derrière la seule personne au monde avec qui il ne se passera jamais rien et qui ne te repoussera pas, comme Flaherty a finalement eu raison de le faire.

- Quoi ? Mais pas du tout, je…

- Oh, tu aimes vraiment Dubois alors ? fit-elle d'un air mauvais.

Mes yeux se mirent à nouveau à me brûler. Je détournai la tête pendant qu'Andy la réprimandait. Cela ne suffit pas à calmer Dorys

- Tu as envie de coucher avec lui ?

- Mais je…

- Tu as peut-être envie de le voir tout nu ?

- Dorys ! s'écria Andy furieuse.

Elle l'ignora et garda ses yeux braqués sur moi.

- Est-ce que tu as seulement envie de l'embrasser ?

Ça oui, j'en avais envie.

- Tu ne peux pas comprendre, ai-je marmonné.

- C'est certain ! Comment je pourrais comprendre que tu aies préféré un raté, un imbécile lourd au possible, qui se croit drôle, persuadé d'être le génie de la création et de faire craquer toutes les filles et qui, malgré le fait que vous n'ayez absolument rien en commun s'entê…

Elle s'interrompit aussitôt et prit quelques secondes pour reprendre sa respiration. Je ne m'y laissais pas tromper et je ne pus empêcher mes sourcils de se froncer.

- Tu parles de qui là ?

Levant le menton, elle tourna les talons et alla chercher son sac.

- Sors d'ici ! Va voir Flaherty. Jette-toi à son cou, excuse-toi, embrasse-le, fais ce que tu veux mais récupère-le ! C'est ce qui peut t'arriver de mieux, crois moi, dit-elle sombrement.

- Je ne peux pas…

Elle se pencha alors pour ramasser quelque chose au pied de mon lit.

- Dans ce cas, j'espère pour toi qu'on peut réellement tomber amoureuse de deux personnes. Parce que quand je vois l'état dans lequel tu es, je doute sincèrement que tu aies fait le bon choix.

Je baissai la tête et ne la relevai qu'en sentant un nouveau poids sur mon matelas.

- S'il te plaît, Tierney ! ajouta-t-elle en se dirigeant vers la porte. Lis ce bouquin !

Mes yeux glissèrent sur la couverture écornée sur lequel une écriture stylisée dessinait le titre « Entre amour et amitié ».

- Cleath !

Je fus la première surprise d'avoir ainsi crié. Dorys s'arrêta sur le pas de la porte.

- C'est lui qui m'a demandé de faire ça, ai-je expliqué sans même la regarder.

Elle ne se prit pas la peine de se tourner vers moi.

- Dans ce cas, il est aussi bête que toi.

Le claquement de la porte me fit sursauter. Je sentis une larme glisser sur ma joue et s'écraser sur mon drap. Seule la main d'Andy venue se poser sur une des miennes me fit lever les yeux.

- Pardonne-la, soupira ma meilleure amie. Tu sais, tu fais parfois des choses qu'elle ne comprend pas…

Si c'était son excuse, nous n'avions vraiment plus rien à faire ensemble.

- Je n'ai pas besoin de ce genre de réactions pour me sentir mal ! ai-je protesté.

- Elle se calmera, m'assura Andy confiante. Et elle comprendra.

Je doutai sincèrement que cela puisse arriver.

- Alors, ça y est ? reprit Andy avec un sourire. Tu as choisi ce benêt d'Olivier ? Tu souffriras, c'est sûr… Mais maintenant, tu es fixée, n'est-ce pas ?

Je hochai faiblement la tête. Cela s'était produit plus bizarrement que je n'aurais pu l'imaginer mais au fond, c'était vrai. Andy me laissa me reposer, me promettant de couvrir mes arrières auprès des autres. Lorsqu'elle quitta la pièce, je sombrai aussitôt dans une épuisante somnolence.

Sur les coups de midi, elle revint m'apporter la Gazette du jour et de quoi grignoter (sandwich et pomme). Je le vis en me réveillant et en découvrant le tout sur ma table de chevet. Je ne pus toucher à la nourriture mais me saisis volontiers du quotidien sorcier. Faire les mots-croisés me vida l'esprit et lorsque je me rendormis, ce fut plus apaisée.

Andy m'appela en fin de journée pour que je vienne dîner. Une fois de plus, je refusai, prétextant un manque d'appétit. Si elle s'inquiéta que je n'aie pas touché son plateau de midi, je la rassurai en affirmant que j'avais mangé du chocolat. Dorys semblait être toujours aussi vexée. Elle ne m'adressa pas une seule fois la parole durant le temps qu'elle passa dans la même pièce que moi.

Je ne quittai le dortoir ce soir qu'à cause d'Olivier qui, persuadé que j'étais mourante, menaçait tout le monde de passer la nuit à essayer de monter. Partie à l'origine pour quelques instants dans l'unique but de le rassurer, je passai dans la Salle Commune à ses côtés une bonne partie de la nuit. Il me gava littéralement de chocolat, persuadé que, sans ça, je me laisserais mourir de faim, et me donna des nouvelles de la journée. Etonnant de voir que mes absences étaient ainsi tolérées. Comme je l'ai fait remarquer à Olivier, c'était la première fois dans mon cas et contrairement à lui, les professeurs n'avaient pas de raison de vouloir à tout prix savoir où je me trouvais.

Ce petit manège dura deux jours entiers. A l'aube du troisième jour, ce furent de fortes nausées qui me tirèrent du lit. Profitant d'une de ses heures de cours libres, Dorothy (que je soupçonnais d'avoir été envoyée par Benton) parvint à me convaincre de descendre à l'infirmerie. Pomfresh m'y accueillit sans me poser de questions, me désigna un lit et vint y fixer un paravent avant de remercier Dorothy.

- Alors, Miss Tierney ? demanda-t-elle une fois qu'elle se fut occupée des plaies d'une deuxième année. Qu'est-ce qui vous arrive ?

- Je me sens mal, ai-je marmonné en me tenant le ventre. Je n'arrête pas de vomir.

- Vous avez mangé quelque chose de spécial ces derniers temps ?

- Euh… Du chocolat ? ai-je grimacé (plus à cause de ma bêtise que de ma douleur).

- Oui et quoi d'autres ?

- Rien que du chocolat.

Elle haussa un sourcil, ne fit aucun autre commentaire et alla chercher une potion à son bureau.

- Tenez. Buvez ça !

- Qu'est-ce que c'est ? ai-je demandé intriguée par la couleur verdâtre.

- De la soupe, expliqua-t-elle en prenant une chaise et se s'asseyant à mon chevet. Contrairement à ce que vous semblez croire, on ne se nourrit pas uniquement de chocolat. Ceci étant, j'imagine que vous le savez déjà. Aussi suis-je tentée de vous demandez pourquoi vous semblez l'avoir oublié…

L'idée de lui expliquer qu'on m'y avait forcé était plus que séduisante. Ce n'était d'ailleurs pas si loin de la vérité. Cependant, cela appelait d'autres questions auxquelles je ne désirais pas répondre. Je gardai le silence et portai le bol à mes lèvres.

- Chagrin d'amour ? finit par demander l'infirmière avec un sourire.

Je faillis m'étrangler mais réussis à poser le récipient avant de le renverser.

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? me suis-je indignée, sans besoin de feindre d'être vexée.

- De nombreuses demoiselles, et parfois quelques messieurs, atterrissent ici avec les mêmes symptômes que vous. Yeux cernés et rougis, fatigue, tristesse et mélancolie, parfois même de la colère. Je dois cependant reconnaître ne jamais les avoir vus combinés avec une crise de foie…

Je tentai un sourire mais ne parvins qu'à esquisser une grimace. Pour sûr, les autres filles n'avaient pas d'amis voulant les gaver comme les miens.

- Et qu'est-ce qu'ils leur arrivent en général ? ai-je demandé.

- Après une bonne nuit passée à l'infirmerie, elles finissent toutes par aller mieux…

- Vraiment ?

- C'est une maladie dont on finit par guérir. Même si on se persuade du contraire. Comme les crises de foie… soupira-t-elle en se levant.

Elle approcha ensuite un bac de mon lit, pressentant que la soupe ne passerait pas.

oOo

Dorothy avait sans doute dû faire passer la nouvelle. Les voix de Percy et Pénélope, faisant une halte durant leur patrouille, ainsi que celles de Sean et d'Andy résonnèrent à un moment donné dans l'infirmerie. Mme Pomfresh fut intraitable. Pas de visites en dehors des heures prévues à cet effet. Quelque part, je l'en remerciai. Je ne voulais pas qu'on me voit comme ça. C'est idiot, je me doutais que je n'avais pas dû être belle à voir non plus dans les jours qui avaient précédés. Mais là, j'avais pris conscience de l'état dans lequel je me trouvais et je ne supportais plus d'être autant affectée. La seule personne qui osa réitérer ses demandes fut Olivier. Si, de derrière mon paravent, cela m'amusa, ce ne fut pas le cas de notre infirmière.

- Mr Dubois, je vous ai déjà dit que les visites pour votre amie n'étaient pas encore autorisées.

- Oh, mais je sais, répondit Dubois innocemment. Je ne fais qu'accompagner un camarade dans le besoin.

- Votre grandeur d'âme vous honore, fit notre infirmière glaciale. C'est le sixième que vous « accompagnez »… Encore un et je vous soupçonnerai de les blesser vous-même !

Dubois avait rouspété mais était finalement parti. Vu son insistance, je fus surprise qu'à l'heure finalement permise, il n'accompagne pas Andy. Benton m'apporta de quoi travailler pour me changer les idées. Toute distraction étant bonne à prendre, je ne fis pas la fine bouche et ne me fendis d'aucun commentaire. D'autant plus qu'à ma grande surprise, Dorys était là et que ses excuses furent le plus beau divertissement que j'aurais pu espérer.

- Je suis désolée, marmonna-t-elle. Je voulais que tu saches que je comprends et que je respecte ton choix.

Je ne pus m'empêcher de trouver cela suspect. Dorys Cleath n'était pas du genre à changer d'avis. Quelque chose avait forcément dû se passer.

- Je vais mourir, c'est ça ? ai-je fait alarmée.

Andy éclata de rire.

- De quoi ? répliqua l'irlandaise. D'une indigestion ?

Je lui adressai un regard noir. Ce n'était pas parce qu'elle s'était rangée de mon côté que j'allais tout de suite accepter de nouveau ses sarcasmes.

- Pourquoi tu as changé d'avis alors ? ai-je demandé.

- Je n'ai pas changé d'avis, rectifia-t-elle vexée. Je désapprouve ton choix. Disons pour faire court, continua-t-elle après avoir échangé un bref regard avec Benton, que je me suis rendue compte que Flaherty n'était peut-être pas aussi parfait que je ne le pensais. Et que pas parfait pour pas parfait, tu peux aussi bien…

Elle laissa sa phrase en suspens. La finir était hors de sa portée. Je hochai la tête et esquissai un sourire. L'idée d'avoir une irlandaise moralisatrice en train de me juger jusqu'à la fin de ma scolarité était loin de me plaire.

- Olivier est un sombre crétin qui ne comprendra jamais tout ce que tu as fait pour lui, ajouta-t-elle l'air pincé. Mais si tu l'as choisi… c'est comme ça !

Le crétin en question passa me rendre visite une fois son entraînement terminé (il tenait à profiter du stade jusqu'au dernier moment). Après cette journée et tout ce qu'il lui avait fait, Mme Pomfresh eut du mal à croire qu'il puisse s'être lui aussi blessé. Il n'était pas rare qu'Olivier s'offre ainsi des séances de frappe-Cognard pour décompresser. Il n'était pas rare non plus que dans ces dites-séances, il finisse par se blesser. Si les raisons de sa colère m'intriguaient, le fait qu'il puisse encore être aussi renfrogné après s'être défoulé suscita un peu plus ma curiosité.

- Il s'est passé quelque chose de grave ? ai-je demandé inquiète.

- Non, je suis juste un peu fatigué… répondit-il, haussant les épaules.

Etant donné qu'il était resté assis à mon chevet sans piper mot durant plusieurs longues minutes, j'avais du mal à croire qu'il puisse dire la vérité.

- Olivier ? ai-je insisté.

- C'est rien, je… Laisse tomber… Au fait, fit-il en changeant totalement de sujet, je suis désolé.

Mon meilleur ami me connaissait bien. Sa diversion fit mouche et détourna ma curiosité.

- Désolé de quoi ? me suis-je étonnée.

- Pour le chocolat, marmonna-t-il. Je ne pensais pas que cela te rendrait malade.

- Tu sais, je ne suis pas très fière d'être dans cet état.

- Pourquoi ? demanda-t-il surpris.

- Il n'y a rien de très glorieux à vomir toute la journée, ai-je signalé.

Il laissa échapper un sourire d'excuse.

- Et puis… ai-je avoué. J'aurais voulu mieux pouvoir gérer ça.

- Juni ! protesta-t-il en se laissant glisser sur la chaise à mon chevet. Ne dis pas ça ! Surtout pas ! Ce n'est pas ta faute ! Ce type est un bel… Je te jure, tu n'as pas idée.

La force avec laquelle il l'affirma m'interpella. Olivier n'avait jamais apprécié Dean. Mais jamais il ne l'avait clamé avec autant de conviction.

- Peut-être mais je ne suis pas non plus toute blanche dans l'histoire, ai-je répondu distraitement.

- Toi, tu nous fais un beau syndrome d'Helsinki !

- Stockholm, ai-je rectifié.

- C'est pareil… Ne passe pas ton temps à culpabiliser pour le flûtiste. Il n'en vaut pas la peine, je te le promets.

Devant son air si assuré, je ne pus que le lui promettre. Il hocha la tête d'un air satisfait et s'installa plus confortablement les mains derrière la tête et les pieds sur mon lit.

- Tu es certaine que ce n'est pas le syndrome d'Helsinki ?

oOo

La nuit à l'infirmerie ne m'avait pas porté conseils mais de la tranquillité. Je soupçonne toujours Pomfresh d'avoir mis quelques gouttes de Philtre de Paix dans mon potage. Lorsqu'elle me demanda si je voulais rester, je déclinai l'offre. Comme je l'avais dit à mon meilleur ami, je détestais être dans cet état-là. Il ne tenait qu'à moi de changer, je venais de le réaliser. Et puis mon hibou me manquait. Ma vie d'avant me manquait. Ces dernières semaines, sans le vouloir, je n'avais quasiment pas vu Flaherty. Alors en le voulant, je devais pouvoir parvenir à un « pas du tout le voir ». C'est avec cet espoir et le cœur battant que je quittai l'infirmerie, un mot d'excuse dûment signé. Mes belles résolutions me semblèrent bien faibles lorsque le Hall fut finalement atteint.

Longeant les sabliers, je me suis approchée de l'entrée de la Grande Salle d'où provenait le brouhaha des discussions. Au moment où je m'apprêtais à en franchir le seuil, deux Serpentards en sortirent. Ils m'observèrent surpris (ce qui, vu l'angle d'approche que j'avais eu de la porte, était assez légitime) puis s'éloignèrent en chuchotant. Rien de très surprenant finalement pour des Serpentards. D'autres élèves sortirent à leur suite, élèves d'autres maisons, qui eurent exactement le même comportement. Ce qui, en revanche, était déjà nettement plus louche.

Au moment de me lancer à mon tour, j'eus la bêtise de me figer sur le seuil pour entrapercevoir où mes amis s'étaient installés. Se faisant, je me suis exposée au regard de tous. Mais vraiment de tous… J'ai même la certitude que les hiboux dans les combes m'observaient. D'accord, Dean et moi avions rompu et c'est vrai qu'il était de bonne guerre que l'école cancane à ce sujet. Mais certains avaient l'air horrifié, comme si j'avais été Tu-Sais-Qui réincarné. Une aide inespérée venue de la maison Poufsouffle me tira de ce pas délicat, en la personne de ce cher bon vieux préfet Patch. Debout à une dizaine de mètres de la porte, discutant avec un groupe de personnes de sa maison, il cessa en me voyant toute conversation et se tourna vers moi, les bras ouvertes, les lèvres tendues.

Instinctivement, je fis un pas en arrière, geste qui fut aussitôt traduit par le jeune indien comme une tentative de fuite et qui le poussa à se mettre en mouvement.

- June, ne te sauve pas ! dit-il alors que j'avais enclenché la marche arrière.

- Je ne me sauve pas, ai-je répondu, remarquant qu'il accélérait l'allure. Alors, toi, arrête d'avancer !

Mon dos toucha alors la paroi de pierre froide, me signifiant désormais que toute fuite me serait impossible. Acculée, j'étais condamnée à le regarder approcher, les lèvres toujours dehors.

- Patch ! Non ! ai-je protesté en détournant la tête et en tendant les bras pour le repousser.

Contre toute attente, il s'arrêta et se contenta de me sourire.

- Je suis content de te voir, je commençai sérieusement à m'inquiéter… Et tu m'as manqué.

La douceur de sa voix me surprit et mes yeux se rouvrirent aussitôt. Je baissai alors ma garde et mes bras par la même occasion. Grossière erreur puisque le préfet n'attendait que ça et me sauta dessus pour me prendre dans ses bras.

- Qu'est-ce que c'est que ces histoires ? s'écria-t-il en me secouant comme un cocotier. On ne vient plus en cours ? On ne descend même plus prendre ses repas ? On fait même un petit séjour à l'infirmerie ? Et après, on espère que ce bon vieux Patch ne dira rien ? Hein ?

- Patch… Tu m'étouffes, ai-je suffoqué.

- Ce sera ton châtiment pour la peine ! se moqua-t-il.

Il resserra un peu plus son étreinte, me perforant définitivement le foie à l'aide de mes côtes et me souleva du sol, m'entraînant dans un demi-tour aérien. Après quoi, il consentit à relâcher la pression.

- Comment tu te sens ? demanda-t-il les sourcils froncés.

Son air inquiet éclipsa toute ma colère et me toucha plus que je ne l'imaginais. Ne pouvant être honnête, le sarcasme fut la seule manière de me sortir de là.

- A part ma nouvelle hémorragie interne, tout baigne…

Il me relâcha totalement mais conserva mes mains dans les siennes.

- Tu ne veux pas venir faire un tour avec moi ? me demanda-t-il précipitamment. Je voudrais qu'on discute un peu…

Une alarme se déclencha aussitôt dans ma tête. « Discuter un peu » ces derniers temps n'avait rien apporté de bon, encore moins avec un Poufsouffle. Patch était en plus un ami de Dean, j'avais toutes les raisons de croire que nous ne parlerions pas de Quidditch.

- Une autre fois, ai-je répondu en me dégageant et en reculant vers la Grande Salle. Je meurs de faim là…

Il me rattrapa et vint se planter devant moi.

- Maintenant, s'il te plait ! fit-il suppliant. On ira te chercher à manger aux cuisines s'il le faut mais avant ça, viens avec moi.

Agacée, j'allais me débattre quand mes yeux furent attirés par une scène étrange par-dessus son épaule. Mon regard passa alors de Patch à la Grande Salle puis de la Grande Salle à Patch. Celui-ci était navré. Il devait voir à ma tête ce qui venait de se passer. Parce que je m'étais sentie pâlir et faiblir. Parce que ses efforts avaient été vains et que j'avais finalement vu ce dont il avait tenté de me préserver.

J'ouvris la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit. Patch en profita pour reprendre ma main et m'entraîner derrière lui. Encore sous le choc, je n'ai pas cherché à protester. Mes larmes naissantes m'empêchèrent de voir exactement où mon ami préfet me conduisait.

Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu qu'il sorte à ce moment là ? Je me doutais que le revoir serait difficile. Il n'a pas tout de suite remarqué ma présence. Mais quand il a levé les yeux vers moi… Ils étaient tellement indifférents. Comment en quelques jours ces yeux que j'adorais et qui parvenaient à me dire tant de choses avaient-ils pu être réduits au silence ? Et pourquoi est-ce que cela me dérangeait ? Repensant à la situation dans laquelle il se trouvait, j'ai essuyé mes larmes d'un geste rageur de la main. Comment avait-il pu ?

Patch s'arrêta brusquement au beau milieu d'un couloir. Après un rapide coup d'œil jeté à travers la fenêtre la plus proche, je déduisis que nous nous trouvions au deuxième étage, couloir de DCFM. Patch est plus malin qu'on ne le croit. C'était l'endroit rêvé pour discuter en paix puisque personne ne viendrait s'y aventurer. Au pire, placés comme nous l'étions, nous pourrions cesser à temps notre conversation en cas d'intrusion.

Il se tourna vers moi et réussit à entrapercevoir mes yeux rougis avant que je n'ai eu le temps de me détourner.

- June, dit-il doucement. Je suis désolé.

- De quoi ? ai-je fait amère. Ce n'est pas ta faute. Je savais parfaitement que je risquais de croiser l'autre en allant prendre mon petit-déjeuner. Oh, bien sûr, le voir dans cette position, ai-je continué la voix vibrante d'une colère mal contenue, m'a un peu étonnée…

- A ce propos, justement, me coupa-t-il calmement. C'est de ça dont je voulais te parler, quelqu'un devait t'avertir. Je ne voudrais pas que tu le juges…

- Que je le juge ? me suis-je écriée. Mais je n'ai absolument aucune raison de le juger. Non, c'est vrai ! Dean a été le petit ami parfait durant cinq mois, il m'aimait. Moi, je n'ai pas été capable de… Je n'ai pas pu… Il m'a laissée tomber et il a eu raison. Je suis tout à fait d'accord et sur ça, je ne le juge pas.

- Tu sais, il…

- Je ne lui demandais pas de rester seul à vie, Patch ! ai-je explosé. Mais trois jours… Tu réalises ? Il disait qu'il m'aimait. Et il lui a fallu trois jours pour qu'il m'oublie ? Trois jours pour qu'il retrouve le sourire ? Trois jours pour qu'il retrouve quelqu'un ? Qu'il la regarde et qu'il l'embrasse comme… Trois jours.

Ma voix mourut alors. Je me suis sentie vide et humiliée. Le voir au bras d'une autre m'avait faite comprendre que tous ses mots doux, ses gestes tendres n'étaient finalement que du vent. Que ce qui depuis cinq mois m'avaient rendue unique n'était pas fondé. La voir dans ses bras m'avait fait réalisé que c'était terminé, que le point de non-retour avait été dépassé.

Oui, j'étais en colère ! Oui, je lui en voulais ! Evidemment, je le jugeais ! Sentant mon agacement, Patch jugea bon de temporiser.

- Tu as le droit de lui en vouloir mais…

- Non, je ne devrais pas, ai-je soupiré en levant les yeux vers lui. Je n'ai rien fait pour le garder. Et tant mieux pour lui s'il parvient à tout oublier. Mais trois jours ? Pourquoi aller aussi vite ?

Patch poussa un profond soupir et ouvrit la fenêtre dans un grand grincement.

- Il le fait parce qu'il est malheureux, déclara-t-il en s'appuyant à la margelle.

Je l'observai de longues secondes, le temps de réaliser qu'il ne se moquait pas de moi.

- Pardon ? ai-je fait abasourdie. Il est malheureux ? C'est marrant, à le voir sourire comme ça, j'en aurais pas mis ma main dans la gueule du dragon.

- Et pourtant, il l'est… Beaucoup plus qu'il ne le pense. Tu ne l'as pas vu, June ! s'empressa-t-il d'ajouter coupant court à mes protestations. Tu ne l'as pas vu ces derniers temps, tu ne l'as pas non plus vu le soir où vous avez rompu… Tu ne sais pas à quoi il pensait à cet instant là. Tu n'es pas non plus là pour le voir quand elle n'est pas avec lui, quand on lui parle de toi, quand il pense à toi… Parce que ça lui arrive encore.

Une boule se forma aussitôt dans le fond de ma gorge, m'empêchant de déglutir. Pour cacher mon trouble, je pris la même position que Patch. Les coudes sur la margelle, je laissai mon regard vagabonder sur le lac.

- Il t'aimait, reprit Patch. Il t'aime encore, j'en suis persuadé. N'en doute pas ! Tu le rendais dingue. Et honnêtement, je ne comprenais pas pourquoi !

Son sarcasme parvint à m'arracher l'ombre d'un sourire, ce qu'il recherchait. Il reprit donc d'un air plus enjoué.

- Il avait sans arrêt cet air niais et il se sentait obligé de toujours me parler de toi, de ce dont vous discutiez, de ce que vous faisiez. Pour tout te dire, je commençais à te détester. Dean était agaçant à souhait mais il était heureux. Alors par expansion, cela rendait les autres un peu plus joyeux. Et puis au fil des semaines, il a fini par changer. Il pensait sincèrement s'y faire. La jalousie l'a emporté.

- La jalousie ? ai-je répété.

- Olivier, soupira Patch tristement. Qui d'autre veux-tu que ce soit ?

Tout devait donc toujours s'y rapporter ? Etait-ce un point inéluctable de toutes les discussions ?

- Mais, ai-je bafouillé, Olivier est mon meilleur ami et je…

- Oui, je sais, me coupa Patch avec un sourire. Lui aussi le savait. Mais votre amitié est tellement omniprésente qu'il s'est senti menacé. Avec le Quidditch et les révisions, tu passais beaucoup de temps avec Dubois et Dean avait du mal à l'accepter.

- Pourquoi est-ce qu'il… Je veux dire, dit comme ça, j'aurais compris. J'ai rejeté en bloc chacune de ses crises. On aurait peut-être pu en parler au bon moment.

- June, est-ce que tu as seulement conscience que ton visage s'illumine quand on te parle d'Olivier ? me demanda Patch avec un sourire. Qu'est ce que Dean et Mélanie peuvent faire contre ça ? A part « criser » ?

Mes joues s'empourprèrent malgré moi. Etait-ce vraiment ce à quoi Dean avait été confronté ? Je m'en suis sentie minable. Pourquoi ne m'en étais-je pas aperçue ? J'avais ri de sa jalousie. J'imaginais que c'était dans sa nature. Je ne pensais pas lui donner autant de raisons de nourrir cela. Il avait donc toujours su.

- Il vous a vus, expliqua Patch sombrement. Je crois que c'est là qu'il a réalisé, quand il vous a vus.

J'ai observé Patch intriguée.

- Excuse moi mais là… Vu quoi ?

- Le jour du match… Enfin, le soir du match, se reprit-il. Tu as repoussé Dean pour Olivier.

- Et alors ? me suis-je défendue. Notre plus grosse défaite depuis quatre cents ans, j'avais de quoi être inquiète !

- Tu étais autre qu'inquiète, tu étais bouleversée ! Quand tu es partie, Dean a explosé. Une fois calmé, il est parti à ta poursuite, pour te consoler, peut-être s'excuser, je suppose. Il n'a rien dit à personne pour la suite. Quand il est rentré, il nous a simplement dit qu'il vous avait vu. Pas trouvé, June. Vus…

- Mais vu quoi ? me suis-je écriée. Il ne s'est rien passé ! Olivier était mal en point, je me suis contentée de le consoler ? Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ?

Mon brusque emportement laissa Patch surpris et il se contenta en réponse de hausser les épaules pour signifier son ignorance. J'ai aussitôt repensé à ce soir-là. Oui, j'avais pris Olivier dans mes bras. Mais vu les circonstances, qu'est-ce qu'il y avait de choquant à cela ? Oui, j'avais eu envie de l'embrasser. Mais je ne l'avais pas fait ! Oui, j'avais réalisé que je ne pourrais pas le faire passer après. Mais comment Dean en étant aussi loin aurait pu déceler cela alors qu'Olivier à moins de trente centimètres était totalement passé à côté ? Il faisait noir et il pleuvait !

- Je ne comprends pas, ai-je murmuré.

- Moi non plus, reprit Patch sombrement. Depuis ce soir là, il se prépare à votre séparation. Cela l'a rendu malade.

Voilà donc ce qui l'avait tant rongé. Moi et mon manque de lucidité étions passés totalement à côté. Finalement, il l'avait déjà décidé. Ce choix, il l'avait bel et bien fait.

- La suite, soupira le préfet, tu la connais. Je ne connais pas encore parfaitement Flaherty mais c'est un gars qui a besoin de tourner très vite la page. C'est peut-être dur à entendre mais au départ, c'est ce qu'il a fait avec toi.

J'ai détourné le visage, sachant où il allait en venir.

- Ce n'est pas un comportement que j'approuve mais il avait besoin d'avoir une autre fille en tête. C'est pour ça qu'il est avec elle…

- Avec sa meilleure amie ? ai-je craché amère.

- Ironique, n'est-ce pas ? fit Patch ne pouvant retenir un sourire. Quoi que les gens disent, quoi qu'il montre, il est malheureux, June. Et il pense encore à toi.

Dean malheureux. Son air peiné, nos disputes et prises de becs dès que l'on parlait d'Olivier, la tristesse dans son regard que parfois je surprenais. J'étais passée totalement à côté. Je n'avais pas voulu ça. Que Patch me donne l'autre version de l'histoire ne m'aida pas.

- Tu sais à quoi il pensait le soir où vous vous êtes séparés ? me demanda Patch doucement. Il s'est rendu compte que c'est dans les bras d'Olivier que tu allais trouver refuge et réconfort. Et ça l'a achevé. Alors peut-être qu'aujourd'hui, c'est sa manière de se venger.

- Je ne savais pas, ai-je dit faiblement. Je ne pensais pas que ça prendrait autant de… Patch, je t'assure, je ne voulais pas lui faire du mal. C'est involontaire. Je te jure, je ne voulais pas.

Patch éclata de rire et me prit à nouveau dans ses bras.

- Toi, le jour où tu voudras faire du mal à quelqu'un d'autre qu'une personne détestant Flaquemare, je veux bien aller pincer les fesses du professeur Chourave !

Sa plaisanterie m'arracha un éclat de rire qui se fondit en un sanglot.

- Qu'il te rende la pareille aujourd'hui, c'est nul. Je le reconnais. Mais quoi que les gens disent, et crois moi, ils en diront, n'oublie pas qu'il est malheureux et que c'est tout ce qu'il a pour le cacher.

- Je préférai quand même quand je le détestai, ai-je reniflé.

- Désolé, dis-toi que c'est mieux comme ça… Et puis, tu ne l'aimais pas vraiment, n'est ce pas ?

Un faible « non » m'échappa alors que les larmes s'étaient remises à couler.

- Alors vous avez fait le bon choix !

Je retirai ma tête de son épaule pour me livrer à l'aveu.

- Pourquoi j'ai aussi mal dans ce cas-là ?

Patch parut surpris avant d'essuyer avec un pan de sa robe mes yeux et de toucher du doigt l'anneau que je portais encore autour du cou.

- Parce que tu l'aimais sûrement un peu plus que tu ne le pensais. Ça passera… On a toujours l'impression du contraire mais le temps fait son affaire.

- Tu crois ?

- J'espère ! s'écria-t-il, faussement désespéré. Parce que là, je ne vois pas vraiment ce que je peux faire de plus pour te consoler. A part peut-être un autre petit bisou…

Il avança la tête vers moi, les lèvres tendues. Je n'eus aucun mal à esquiver.

- Merci, Patch, ai-je déclaré en lui repoussant du plat de la main la tête en arrière.

- De rien, je suis là pour ça ! plaisanta-t-il. S'il y a autre chose que je puisse faire pour toi ?

J'allais répondre mais mon estomac le fit pour moi. Il esquissa un sourire et me fit signe de le suivre.

- La cuisine, c'est par là…

oOo

Le ventre plein, la situation ne me paraissait pas vraiment meilleure. Mais au moins, mon estomac me fit la faveur de conserver ce que j'avais pu avaler. Commençant tous les deux notre journée par un double cours de Potion, nous prîmes ensemble la route des cachots. Le bruit des discussions diminua pour finalement s'arrêter lorsque nous sommes arrivés. C'est avec un intérêt avide et gêné que les autres m'ont dévisagée. Je n'étais plus la fille que Flaherty avait quittée, j'étais celle qu'il avait laissé tomber pour une autre. Leur curiosité satisfaite, ils me tournèrent le dos et se remirent à parler. Je n'étais plus leur centre d'intérêt. D'un mouvement de la tête, Patch me fit signe d'avancer.

- Oh, June, murmura Andy horrifiée. Je suis désolée…

- Ce mec est vraiment un bel enfoiré, si tu veux mon avis, renchérit Dorys écœurée.

Je remerciai les filles d'un sourire. Au moins désormais, je savais ce qui avait provoqué le ralliement soudain de l'irlandaise à ma cause. J'ouvris la bouche pour parler mais un coup reçu dans le creux du genou me fit taire et manqua de me faire tomber.

- Fini de sécher les cours, Tierney ! ricana Olivier, l'auteur de cette stupide blague, en me tendant mes affaires. Les vacances ne sont pas pour tout de suite, désolé !

J'allais protester quand le même coup mal placé m'empêcha de le faire. Prête à en découdre, je fis volte-face pour me retrouver face à un Hataway hilare.

- Rogue va te désartibuler, signala-t-il. Il est d'une humeur de chien en ce moment. Tout ça à cause d'un regrettable incident de l'autre jour. Rien de grave, tu nous connais ! On ne t'a pas raconté ? demanda-t-il devant mon air amusé.

Je fis non de la tête et le suivit en compagnie d'Olivier, laissant Andy et Dorys en tête de rang, pour pouvoir discuter.

Les filles sont formidables, je les savais prêtes à me soutenir, à m'écouter et me conseiller (avec plus ou moins de violence). Mais il y avait des choses que seuls les garçons pouvaient apporter. Comme pour une fois, faire comme si rien ne s'était passé.

oOoOo

Les jours qui suivirent furent assez compliqués. Par bonheur, ils annonçaient également la fin de l'année. Et pour la première fois depuis mon entrée à Poudlard, je n'étais pas mécontente de la voir arriver. Mes amis et camarades ont été extras avec moi. Et s'ils ne m'avaient pas soutenue, j'aurais cédé aux pulsions meurtrières qui montaient en moi dès que je voyais Dean et Amy. Donc autant dire tout le temps.

Par un étrange phénomène, que je mettrai sur le compte d'une quelconque anomalie tellurique, je ne voyais qu'eux. Partout où j'allais, j'étais certaine de les trouver. Dans la cour, dans le parc (comme Andy me l'a expliqué, Dean et moi avions forcément fini par aimer les mêmes endroits), dans la Grande Salle, dans la Bibliothèque (qui irait à la Bibliothèque trois jours avant la fin de l'année ? Pour ma défense, j'y étais allée justement pour ne pas les voir). Même à l'infirmerie lorsque j'ai accompagné Dubois voir son Attrapeur enfin de retour dans ce monde. A chaque action que j'entreprenais une fois sortie de ma Salle Commune, je les voyais.

Et quand ce n'était pas eux, les autres élèves s'y mettaient. Comme si le fait de m'être faite larguer pour une autre laissait penser que j'allais fondre en larmes à tout instant. Ils se trompaient. Je ne pleurais plus désormais. Je pestais, je râlais, je déprimais parfois. Mais plus aucune larme ne m'échappait. Heureusement d'ailleurs, j'aurais fini par me dessécher autrement.

Ne supportant d'entendre Andy me demander comment ça allait, de me surveiller comme une bombe sur le point d'exploser et d'entendre Dubois râler contre Flaherty, j'ai fini par m'accorder quelques instants d'isolement par journée. Le couloir de DCFM était pour ça tout indiqué. En plus de donner une vue magnifique sur le lac, il n'était plus du tout fréquenté. Je passai souvent de longs moments là, accoudée à une fenêtre à écouter et regarder les autres s'amuser. Et puis là, je pouvais enfin repenser à cette année. Quand le bourdon revenait, c'était vers le Quidditch que se dirigeaient mes pensées.

La veille du dernier jour, je fus arrêtée par Nick Quasi Sans Tête sur le chemin de mon poste d'observation. « Arrêtée » n'est pas vraiment le terme exact. Traversant l'ectoplasme, je ne pus retenir un cri de dégoût, ce qui le fit s'arrêter. Plutôt que de filer comme il le faisait habituellement dans ces cas-là, il revint sur ses pas (enfin, façon de parler).

- Miss Tierney, s'écria-t-il d'une voix qui, s'il n'avait pas été mort, m'aurait presque paru essoufflée.

- Qu'est-ce qui vous arrive, Sir Nicholas ? ai-je demandé encore frissonnante.

Il regarda autour de lui, visiblement hésitant.

- Dans le parc, fit-il par soupirer.

- Pardon ?

- Arrêtez-les, fit Nick en se rapprochant du mur. Je… Je dois aller prévenir les enseignants.

Il disparut avant que je n'ai eu le temps de demander des précisions. Arrêter qui ? Des gens que je connaissais ? Ou alors est-ce qu'il me l'avait demandé parce que j'étais la première personne qu'il avait croisée ? Ma curiosité a fini par l'emporter. J'ignorais quel enseignant il allait mettre au courant, aussi me suis-je dépêchée. S'il s'agissait effectivement de quelqu'un que je connaissais, il y avait fort à parier qu'il irait voir MacGonagall. A vol de fantôme, son bureau n'était pas si loin. En revanche, le chemin pour le parc était rallongé. Cela valait donc la peine d'essayer.

Je partis en courant, bousculant quelques élèves au passage, dévalai les escaliers pour finir avec un beau dérapage sur le perron. Essoufflée, les poings sur les hanches, je scrutai le parc du regard, prenant soin cependant d'éviter les endroits où Dean aurait pu être susceptible de se trouver. J'eus beau chercher, nulle part je ne vis comportement qui aurait pu être offensant. Nick devait déjà avoir croisé un préfet ou un professeur. Il fallait que je me dépêche. J'éliminai la cabane d'Hagrid, supposant que le garde-chasse serait intervenu en cas de problèmes. Il ne restait plus que le chemin du stade. Au détour d'un bosquet, je découvris une silhouette bien connue, face à Tête de Furet et un groupe de Serpentards.

- Dorys ? me suis-je écriée avant de me rendre à ses côtés.

Elle ne me répondit pas, ni ne se retourna, préférant garder ses yeux haineux rivés sur Walken. Tête de Furet n'avait jamais été sympa avec moi. Mais sa haine véritable, c'était à Dorys qu'elle la réservait. Il existait entre ces deux là quelque chose dont j'ignorais tout. Mais à les voir comme ça, j'eus dans l'idée que ce quelque chose allait rapidement dégénérer.

Walken tourna le visage dans ma direction et se fendit d'un grand sourire.

- Ouh, la cavalerie arrive ! ricana-t-elle. C'est tout ce que tu as de mieux pour t'épauler, Cleath ? Tierney et son cœur brisé ?

Si je ne m'étais pas retenue, c'est autre chose que j'aurais volontiers brisé. A elle et ses petits copains en train de ricaner. J'allais répondre (d'une réplique hautement spirituelle qui allait rester gravée dans les annales de Poudlard… Non, en fait, j'allais lui faire un geste obscène.) quand Dorys me devança.

- Fous-lui la paix ! gronda-t-elle menaçante.

Son grognement était flippant. Vraiment. Même moi qui étais à côté, j'en avais presque envie de reculer. Cette colère froide inspirait le respect. Elle amusa les Serpentards.

- Quoi ? Elle aussi, tu as l'intention de la protéger ? Si ça, ce n'est pas fabuleux, s'émerveilla Walken. C'est donc ça la noblesse de Gryffondor ? Secourir tous les canards boiteux de votre maison ? Pitoyable.

En entrant à Poudlard, j'avais, comme qui dirait, épousé une maison et ses habitants. Sean, lui, préférait à juste titre parler de clan. C'est pour cette raison que nous étions tous si sensible à notre réputation. Dorys, elle, n'était pas comme ça. Et quelque part, je l'admirais pour cela. Aussi je n'ai pas tout de suite réalisé ce qui se passait.

Elle venait d'être blessée. Qu'avait donc pu faire la Serpentard pour la chauffer à blanc et l'atteindre avec ce genre de débilités ? Moi, je n'écoute plus depuis longtemps ce que ceux de la maison du Serpent peuvent déblatérer à notre sujet. Cleath me faisait à cet instant penser aux 1ère années, à ceux qui foncent dans le tas à la première provocation.

- Entre Potter qui se met hors jeu avant le match, Dubois qui a été une vraie larve l'autre jour… D'ailleurs, chez nous, on en rit toujours ! A votre place, on l'aurait achevé. Il faisait vraiment pitié celui-là. Flint a toujours dit que ce gars était un abruti. Avec son joli cul, je voulais bien lui accorder le bénéfice du doute, mais là…

Elle était allée trop loin. J'ai pourtant l'habitude d'entendre des horreurs pour traîner avec quelqu'un comme Sean Hataway. Mais là, elle m'a réellement choquée.

- Si tu veux qu'on parle de pitié, on a qu'à évoquer la manière dont vous avez gagné la Coupe. Par défaut, je connais plus glorieux…

Walken se moquait du Quidditch. Ce n'était pas elle que j'avais visé. J'adressai mon plus grand sourire aux deux Batteurs. L'adrénaline dans ces cas-là avait le don de me faire dire des trucs crétins et dangereux. Face-de-Furet haussa un sourcil avant de reprendre d'une voix doucereuse.

- Le plus pitoyable restera quand même ce crétin d'Hataway. Beau spectacle qu'il nous a offert ce jour-là ! Cela fera plaisir à sa famille. Mon père connaît le sien, ils vont bien en rire… Enfin, son père certainement moins. D'un côté, j'en viendrai presque à apprécier qu'on n'ait pas tous les Sangs-Pur à nos côtés !

Dorys serra les mâchoires et fit un pas en avant. Je me mis devant elle et l'attrapai par le bras. Cleath se fichait totalement des ces histoires de sang. Tout le monde ici s'en moquait. A part quelques intégristes et abrutis à courts d'insultes et d'arguments, personne n'en parlait jamais. C'était autre chose qui avait mis Dorys hors d'elle. Et puisque les élèves, attirés par le raffut avait commencé à nous encercler, je devais la calmer.

- Ne fais pas ça ! ai-je murmuré. Si tu y vas, j'y vais. Mais ne leur fais pas cette joie. Les profs vont arriver. Dorys, on part demain et cette fille est débile, tu le sais !

Elle sembla un instant hésiter puis finit par se calmer.

- Oh, c'est mignon, fit la Serpentard. Elle a écouté sa gentille copine Tierney. Cleath, sur ce coup-là, tu me déçois. Tu…

- Tu n'as pas autre chose à faire ? l'ai-je coupé sèchement. On peut aller voir Hagrid, je suis sûre qu'il aura quelques bestioles à peine nées à te laisser noyer ! Ça t'intéresse ?

- Non, fit-elle d'une voix badine. Je crois que je préfèrerai encore passer un moment seule avec ton ex.

Un frémissement parcourut l'assemblée. Pensait-elle me provoquer ? Pensaient-ils tous que ça marcherait ? C'était raté.

- J'espère que tu as pris un ticket dans ce cas… ai-je ricané.

J'imagine que j'avais fait quelques progrès ces derniers jours. Pour une fois, ma plaisanterie m'a sincèrement amusée. Et à en juger par le regard que me lança Dorys, je n'étais pas la seule à m'en étonner. Sentant la situation lui échapper, Walken se fit un devoir de reprendre le pouvoir.

- Au fait, Tierney, dis-nous tout ! fit-elle d'une voix forte, histoire de m'embarrasser. S'il t'a quittée, c'est parce que vous l'avez fait, non ?

- Fait quoi ?

- Je t'en prie, fit-elle d'un air entendu. Vous êtes ensemble depuis des mois et il te quitte du jour au lendemain pour une autre, plus mûre. C'est qu'il a eu ce qu'il voulait, non ?

Là, elle avait gagné, je lui en voulais ! Mes oreilles se sont mises à bourdonner, m'empêchant à la fois d'entendre les murmures des spectateurs et les conseils que Dorys me donnaient (et si je ne m'abuse, il s'agissait bien d'un « arrache-lui les yeux »).

- Ou alors, tu le faisais tellement mal qu'il n'a pas supporté ? ajouta-t-elle avant d'éclater de rire.

Mes joues s'empourprèrent malgré moi. Alors, c'était à ça que les gens pensaient ? Je savais que ma rupture et le fait de m'être fait remplacer aussi rapidement avaient alimenté les ragots. J'ignorais cependant que ma vie sexuelle puisse en faire partie.

- Alors ? Qu'est-ce que ça fait de ne plus lui faire "d'effet" ?

Quelques rires gras fusèrent.

- Quelque chose que tu ne saurais jamais puisque toi, ai-je répondu refusant de lui faire le plaisir de me déstabiliser. Si je ne me trompe, la seule personne à qui tu fasses de l'effet n'a strictement rien d'humain… Oui, les ragots aussi vont vite sur ce qui peut se passer en cours de Soins…

J'eus le plaisir de voir quelques Serpentards pouffer dans le dos de leur camarade et Walken se mettre à rougir. La surprise et la presque admiration que je décelai dans le regard de Dorys m'arrachèrent un sourire. Je la pris alors par le bras, décidé à la sortir de là.

- Attends un peu ! fit Walken d'une voix rendue tremblante par la colère. Tu as vraiment l'intention de te barrer comme ça ? Qu'est-ce qui t'arrive Cleath ? Oh, tu as encore tes petits copains à consoler, n'est-ce pas ? T'as raison, il paraît qu'Hataway n'a toujours pas fini de pleurer. A son âge, appeler encore sa mère… Une vraie lavette. Enfin, tu sais ce que j'en pense, pas vrai ? On en a déjà discuté. Il va falloir que je me force un peu au final mais ne doute pas que…

J'ai été surprise, je n'ai rien pu faire. Dorys m'a échappé à l'instant où elle s'est jetée sur Walken. C'est le genre de moment qu'on vit au ralenti. Je me souviens avoir tendu la main pour essayer de la rattraper, d'avoir crié dans le vide. Les encouragements et les grognements de Walken ont couvert ma voix. Dorys et Tête de Furet ont roulé au sol. Derrick, Bole et moi avons échangé un regard. Nous savions pertinemment que nous irions dans la mêlée. Mais pas pour les mêmes raisons. Avant que je n'ai pu faire quoi que ce soit, quelqu'un me percuta violemment l'épaule pour pouvoir passer, je fis un pas de côté pour éviter cette ombre quand de l'autre côté, on me bouscula. Sean et Olivier venaient d'arriver. Et sans réfléchir, sans hésiter, sans demander ce qui se passait, ils y sont allés. Droit dans le tas. La stupeur me laissa immobile quelques instants. Les cris des élèves regroupés me ramenèrent sur terre.

Le spectacle était affligeant. Dorys et Tête de Furet roulaient à terre, échangeant baffes, morsures et coups de poings. La tête de Sean avait disparu sous l'aisselle de Bole mais il parvint à se dégager de sa prise d'un coup de genou stratégiquement placé. Olivier, lui, était assis sur le ventre de Derrick qu'il bombardait de coup de poing.

Je ne pouvais pas les laisser comme ça. On ne pouvait pas laisser Gryffondor finir l'année comme ça. L'humiliation était déjà assez grande. Il fallait à tout prix que cela cesse avant l'arrivée d'un professeur (je ne donnais pas cher de la peau du préfet qui oserait s'interposer). Pas pris en faute, nous pourrions toujours inventer une excuse. Je fis un pas vers la mêlée. Voyant Olivier en train d'à nouveau lever le poing, je sus par où commencer. Je me suis précipitée vers lui et l'ai attrapé par le bras.

- Merde Dubois, arrête ! l'ai-je supplié. S'il te plaît, arrête ça !

Dans un état second, il ne m'écouta pas et ne me reconnut pas. A cet instant, je n'étais qu'une intruse en train de le gêner. Je fus la première surprise par la violence avec laquelle il se dégagea. Son poing vint heurter ma pommette et le choc me fit un instant tituber. L'obscurité m'enveloppa. Peu à peu des taches colorées remplacèrent le voile noir et je pus à nouveau discerner ce qui m'entourait. J'étais assise dans l'herbe, soutenue par ce qui me sembla être un petit garçon.

- Ça va ? demanda-t-il inquiet.

Je secouai la tête pour faire à nouveau le point. Tout le côté gauche de mon visage pulsait encore. A deux mètres… Le coup d'Olivier m'avait envoyé à deux mètres de là. Rien n'avait changé. Sauf que nous nous faisions désormais massacrer.

- Mais faites quelque chose ! ai-je hurlé à l'attention de spectateurs médusés par le spectacle.

Personne ne bougea. Je ne me remis sur pied qu'à la seconde tentative, aidé en cela par le petit Serdaigle, que j'estimais être en 2ème année. Une douleur sourde me brûlait l'orbite gauche. Je n'avais plus qu'un moyen de les séparer. Je portai la main à ma poche et en sortis ma baguette. Un sort d'entrave suffirait. Un petit « tss tss tss » me stoppa net. L'une des Serpentards pas encore engagée dans la bataille venait de m'imiter mais pointa sa baguette dans ma direction.

- Ne sois pas stupide, il faut les séparer, me suis-je indignée.

Elle fit non de la tête. Cela lui allait bien de dire ça, ce n'était pas ses amis qui se prenaient une déculottée.

- Accio baguet… commença-t-elle.

- Protego !

Ma baguette vibra entre mes doigts mais ne s'échappa pas.

- Silencio, ai-je ajouté.

Pas découragée, la Serpentard jeta sa baguette au sol et se rua sur moi. Je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir.

- Impedimenta !

Le sort d'entrave était censé la ralentir, la stopper. C'était un sort inoffensif. Pour une raison que j'ignore, elle fit un bond d'un mètre avant de retomber lourdement sur le sol. Abasourdie par ce que je venais de faire (comme pour mon Stranguloticide en fait), je jetai un regard effrayé à ma baguette. D'un petit « pop », elle me sauta des mains. Le temps de me tourner, je vis les professeurs Chourave et Rogue fondre sur nous.

- Qu'est-ce que vous avez fait ? me demanda Chourave que la colère avait rendu écarlate.

- Mais euh… rien !

- Tierney !

C'était difficile à croire mais techniquement, je n'avais rien fait. Dire que j'avais été un peu trop enthousiaste ne convenait pas exactement mais je n'avais pas fait exprès.

- Je lui ai simplement lancé un sort d'entrave !

Au regard que les deux enseignants me lancèrent, je sus qu'ils ne m'avaient pas cru.

- Nous verrons ça ! marmonna Rogue en me montrant ma baguette avant d'aller avec sa collègue séparer les belligérants à grands renforts de sorts.

La réaction de Rogue et de Chourave n'était rien comparée à celle de MacGonagall lorsqu'enfin informée, elle nous rejoignit. Les badauds écartés, nos professeurs nous avaient fait asseoir, prenant bien soin de nous séparer. En proie avec un léger mal de tête (plus facial que cérébral), j'avais un peu de mal à prêter attention à ce qu'ils nous reprochaient. (sauvageons… bla bla bla… indignes de notre école… bla bla bla… punition… bla bla bla). La lutte avait été acharnée, comme le prouvait nos piteux états. Cela saignait, ça commençait à enfler chez les Serpentards. Tout comme les Gryffondors… Le pull de Dorys était à moitié déchiré et elle avait des traces de griffures sur la joue. Sean, lui, ne portait aucune séquelle visible mais grimaçait à chaque inspiration qu'il prenait. A par sa lèvre fendillée et gonflée, Olivier, à mes côtés, semblaient s'en être plutôt bien sorti. Il portait sur Rogue en train de nous faire la morale un regard noir et menaçant. Le mien glissa sur ses poings qu'il ne pouvait s'empêcher de serrer et de desserrer.

Ses phalanges étaient en sang. Je préférai ne pas penser à l'état de la personne sur laquelle il s'était déchaîné. Cette blessure-là pouvait en dire long. Pour un joueur de Quidditch, rien n'est plus important que ses mains. Il y faisait toujours très attention.

- Fais-moi voir, ai-je murmuré en attrapant son poignet le plus proche.

Sans un regard pour moi, il manifesta son mécontentement par un marmonnement puis se laissa faire, trop occupé à maudire des yeux les Serpentards.

- Laisse June, finit-il par grogner alors que je vérifiais que rien ne soit cassé.

Je ne prêtai aucune attention à ses protestations. Il n'y avait guère mis d'intention, trop captivé par MacGonagall qui avait pris le relais de Rogue. Par de légères pressions du pouce, je tentai d'évaluer les dégâts. Une grimace lui échappa lorsque je touchai un point sensible. Il s'est alors enfin tourné vers moi et s'est emporté, agacé.

- Je t'ai dit que…

Puis sans que je comprenne pourquoi, il s'est arrêté. Ses sourcils se sont froncés légèrement puis il m'a dévisagée, un peu paniqué.

- Qui t'a fait ça ? demanda-t-il d'une voix grave et grondante.

- Fait quoi ? ai-je répondu surprise.

Il posa alors une main sur ma joue gauche et y a lentement frotté son pouce. Voyant que je ne comprenais pas, Olivier me montra alors son doigt. Il était couvert de sang.

- Ça, répéta-t-il en me mettant sous les yeux le liquide carmin.

J'ai baissé les yeux et ai remarqué qu'il y avait une tache de sang frais sur ma chemise. J'ai lentement porté une main tremblante à ma joue. Du bout des doigts, j'ai senti qu'un liquide chaud la couvrait. Une vive sensation de brûlure me traversa alors que j'essayais de trouver d'où ce sang venait. J'ignorais comment cela s'était produit mais ma pommette avait littéralement explosé. Voilà pourquoi il me regardait de cette façon. Si cela était impressionnant à voir, je ne ressentais absolument rien. Enfin, façon de parler.

- Juni, chuchota-t-l en épongeant le sang de ma joue avec un morceau de sa cape. Dis-moi simplement qui

J'y ai réfléchi un instant. Connaissant Dubois, c'était certainement pour me venger. Intention que j'appréciais mais que je ne pouvais pas cautionner. D'autant plus que trouver l'auteur de ceci ne fut pas compliqué. Je n'avais pris qu'un seul coup.

- Aïe ! ai-je protesté alors qu'il m'attrapa par le menton pour m'empêcher de bouger. C'est rien ! Laisse tomber.

- Juni ! me gronda-t-il en tentant le coup du regard autoritaire. S'il te plaît !

Me demandait-il d'avouer ou de ne pas bouger ? Aucune idée. En tous cas, sous ses yeux là, l'aveu ne tarda pas.

- C'est… c'est toi, ai-je finalement soupiré.

- Quoi ? s'indigna-t-il surpris. Jamais je n'aurais…

Il laissa sa phrase en suspens, soudainement rattrapé par des bribes de ce qui venait de se passer. Il m'observa avec des yeux horrifiés.

- Oh, Merlin… Juni, pardonne-moi, balbutia-t-il. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je suis désolé ! Comment j'ai pu… faire une chose pareille ?

- Olivier, je…

- Je suis un monstre, continua-t-il sans m'écouter. J'ai… j'ai frappé une fille. Je t'ai frappée toi ! Tu es bien la dernière personne à qui je voudrais faire ça !

Gentil de sa part. Sincèrement, j'ai apprécié.

- Dubois, tu…

- C'est horrible ! Je comprends que tu m'en veuilles à mort, je t'ai défigurée après tout ! Et là, tu te vides de ton sang et moi, tout ce que je trouve à faire c'est…

Puisqu'il frôlait l'hystérie et qu'il ne voulait pas se taire, j'ai été obligée de lui saisir les joues d'une main. La bouche en cul de poule, il réussit tout de même à continuer.

- Frabbe-moi si du beux, je le béride.

Une fois qu'il fut calmé, je le relâchai. Après lui avoir répété trois fois que je ne voulais pas lui rendre son coup, il a fallu que je l'empêche de toucher ma blessure à vif.

- Passe-moi plutôt quelque chose pour éponger tout ça, ai-je dit en lui attrapant les deux mains pour les bloquer.

Il a pris mon désir brûlant de vouloir stopper l'hémorragie pour de l'agacement et de la rancœur et à donc en conséquence sorti son air de chien battu le plus attendrissant possible.

- Tu m'en veux, pas vrai ? me demanda-t-il d'une voix triste mais sincère.

Je me suis demandée si je pourrais sincèrement un jour réussir à vraiment lui en vouloir.

- Bien sûr que non ! ai-je répondu avec un sourire.

- Alors, laisse-moi faire, s'il te plaît ! déclara-t-il en portant la main à son bras.

Avant que je n'aie pu faire ou dire quoi que ce soit, il avait arraché la manche de sa chemise.

- Olivier !

- Quoi ? fit-il surpris. Oh, de toute façon, elle ne m'allait plus.

Il la roula ensuite en boule et s'en servit pour tamponner ma blessure. Je suis restée bête devant le soin et l'attention qu'il mettait à la tâche, dans l'unique but de ne pas me faire mal. J'aurais même pu énormément apprécier si Rogue ne s'était mis à crier.

- Dubois et Tierney ! Comme les autres, à l'infirmerie !

Olivier s'est arrêté et légèrement grimacé avant de m'aider à me relever. Pourquoi maintenant ? J'allais récupérer ma baguette quand Rogue me prit de court et s'en saisit, avec celles de tous les combattants.

- Attendons que le Directeur ait statué sur votre cas, avant cela !

oOo

- Dites, vous avez entendu des rumeurs récemment sur moi ?

Malgré mon air badin et désintéressé, ma question sembla les prendre au dépourvu et surpris, ils me dévisagèrent un instant. Isolés dans l'un des coins de l'infirmerie, Pomfresh venait de nettoyer nos plaies et de prodiguer les premiers soins. J'avais attendu qu'elle aille s'occuper des Serpentard que, par principe de précaution on avait placé à l'autre bout de la salle, pour leur poser la question que me taraudait.

- Pourquoi ? demanda Sean, allongé sur le lit en face de moi.

Touché aux côtés, il avait été le seul autorisé à se coucher. Dorys, Olivier et moi partagions le même matelas.

- Je ne sais pas, c'est juste une question que je me pose… Il y a eu des bruits sur Dean et moi ?

L'espace d'un instant, je sentis un léger malaise. C'était donc bien ce que je craignais. Ces histoires de réputation et d'insinuation avaient donc un sens.

- C'est à cause de ce que t'a dit Walken, n'est-ce pas ? demanda Dorys gênée.

- Disons qu'elle a éclairé d'une nouvelle lumière un certain nombre de phénomènes.

- Tu sais, il ne faut pas que tu y prêtes attention. Dean et toi étiez très proches et il vous est arrivé en public d'être très affectueux. Alors pour les gens qui n'ont rien d'autre à faire…

Elle laissa sa phrase en suspens.

- Et puis tu connais les mecs, ajouta Sean. Toujours à vouloir se vanter… Quitte à inventer.

- Ah, parce qu'il parlait de moi ? me suis-je écriée. C'est encore pire !

Finalement, c'était sûrement là sa manière de se venger.

- Euh… fit Sean échangeant un regard horrifié avec les autres. Non, c'est pas ce que je voulais dire. Personne ne prend ça au sérieux, reprit-il devant mon air peiné.

Je ne l'ai pas cru mais ai fait l'effort de sourire à l'Ecossais avant de me tourner vers Olivier.

- Est-ce que tu as vu quelqu'un se balader avec un cocard récemment ? Je veux dire, ailleurs que dans cette salle…

- Non, ai-je répondu surprise.

- Alors, c'est qu'aucune rumeur n'est parvenue jusqu'à moi !

Sa réponse me fit sourire et me rassura. J'étais sur le point de demander des détails quand le rideau de séparation s'écarta vivement, nous faisant tous tressaillir, pour faire place à une MacGonagall aux narines frétillantes.

- Je suis scandalisée et choquée par votre comportement, s'écria-t-elle. Que les élèves de ma maison osent se donner en spectacle ainsi, se conduire comme des animaux, c'est inacceptable. Quand je voudrais votre avis, je vous le demanderai Mr Dubois ! s'écria-t-elle froidement, coupant court aux protestations de mon meilleur ami.

Elle marqua une pause pour nous foudroyer du regard.

- Estimez-vous heureux que nous n'ayons pas retiré de points à Gryffondor suite à ça ! L'incident sera noté dans votre dossier scolaire et nulle clémence ne vous sera accordé au prochain faux pas. Vous serez en retenue, demain pendant le dernier repas.

Ça encore, ça n'était pas une réelle punition. Voyant nos airs plus que soulagés, elle se reprit aussitôt.

- Et Mme Pomfresh a reçu l'ordre de ne pas dissimuler vos blessures. Vous expliquerez donc vous-même à vos parents la manière dont vous vous comportez ici !

Ça, c'était déjà nettement moins marrant. Ma mère n'allait jamais vouloir comprendre. Elle ne croirait surtout jamais que je suis totalement innocente.

- Je vous ai à l'œil tous les trois, ajouta-t-elle avant de se tourner vers moi.

Je ne pus m'empêcher d'avoir un mouvement de recul sur son regard inquisiteur.

- D'après les témoignages spontanés de certains de vos camarades, il a été établi que vous n'avez pas pris part à la rixe, Miss Tierney.

Oui, je n'étais qu'un énorme dommage collatéral. Supposant à raison que cela ne l'amuserait pas, je me suis abstenue de le signaler.

- Ainsi, vous pouvez assister au banquet de demain. Cependant, pour m'assurer que vous ne soyez plus tentée de lancer un quelconque sort sur l'un des êtres vivants du château, je conserverai votre baguette magique dans mon bureau. Est-ce clair ?

Je suppose que je l'avais mérité. Même pour quelqu'un de totalement innocent.

- Bien, fit MacGonagall avec un soupir. Pourrais-je à présent savoir ce qu'il est passé ? Et ne venez pas me dire que ce sont eux qui ont commencé !

Olivier, Sean et moi dûmes alors refermer nos bouches.

- Miss Cleath, je vous écoute. Cela ne vous ressemble pas. Que s'est-il passé ?

Ce « vous » ne me plaisait pas. Apparemment, si cela avait était l'un de nous, elle n'aurait pas plus que ça été étonnée ? Dorys ne répondit pas et garda la tête baissée.

- Je vois, fit MacGonagall avant d'à nouveau se tourner vers moi. Miss Tierney ?

C'était moche de sa part. Elle savait que moi, je ne pourrais pas me taire. D'autant plus qu'elle avait réussi à m'avoir en contact visuel direct.

- Hé bien, en fait… ai-je bafouillé. C'est à cause de…

A cause de Sean. En tous cas, c'est ce que j'avais cru comprendre. C'est à cause d'Hataway que Dorys avait craqué. Mais je ne pouvais pas le révéler. Pas devant lui et Olivier en tous cas. J'adressai un regard furtif à Cleath. Celle-ci s'était redressée, visiblement pas rassurée d'avoir son destin entre mes mains, et me lança un regard implorant. Il faut dire que je tenais l'occasion d'enfin me venger.

- A cause de Gryffondor, ai-je fini par déclarer.

MacGonagall haussa un sourcil, visiblement peu convaincue.

- A cause de Gryffondor ? répéta-t-elle sceptique.

Pour toute personne connaissant un tant soit peu Dorys, cette réponse était totalement ridicule. Pourtant, quelque part, c'était le cas. Je haussai les épaules d'un air fataliste avant de soupirer.

- L'orgueil du lion…

oOo

Evidemment, pour MacGonagall, cela ne justifiait pas le geste. Elle ne leva pas la punition.

Dans les heures qui suivirent et le lendemain, je découvris que les élèves, une fois lassés par le retour de Potter Notre Sauveur, avaient une excellente raison désormais de me dévisager. Je portais le plus gros cocard qu'il n'ait jamais existé. Pour tout te dire, de tous ceux qui avaient combattu, j'étais la plus atteinte. Alors que je n'avais rien fait. Voilà ce qu'on gagne à aider son prochain !

Constatant l'ampleur des dégâts le matin devant ma glace et voyant que cela ne faisait qu'empirer au cours de la matinée, je mis à profit le temps de la récréation pour aller supplier Pomfresh de faire quelque chose. Elle refusa. Certes, je n'avais rien fait mais on m'avait tout de même confisqué ma baguette. Pour elle, c'était un signe de culpabilité. Je dus donc me résigner.

- Tes parents vont me tuer, murmura Olivier horrifié lorsque je lui annonçai la nouvelle au pied des escaliers où il m'attendait.

- Ce n'est pas ta faute, ai-je soupiré, lasse de devoir lui répéter pour la millième fois la même chose. Tu ne l'as pas fait sciemment. Je n'aurais qu'à leur dire que j'ai rencontré une porte.

- Ils te croiront ? demanda-t-il un sourcil haussé.

A mon grand désespoir, je réalisais qu'il y avait de fortes chances pour que cela arrive. Je pris une inspiration pour parler, mais ce constat fait, n'en vis plus l'intérêt. Ma déception fit éclater Olivier de rire, rire qui fut reprit par un groupe d'élèves passant à côté.

- Ils n'ont jamais vu quelqu'un avec un cocard ? me suis-je plainte, surprenant leurs regards.

- Ils n'ont jamais dû voir de filles avec un cocard, rectifia Dubois avec un sourire embarrassé.

- Génial ! ai-je grogné. Sexy, n'est-ce pas ?

Il parut un instant réfléchir.

- J'ai peut-être une solution pour toi, déclara-t-il avec un petit sourire.

- Non, Dubois, je refuse que tu te hasardes à ensorceler mon visage. Je te le répète pour la dernière fois.

- J'avais compris, marmonna-t-il. Mais je pensais plutôt à autre chose.

Il tendit la main vers mon visage et d'un geste, m'improvisa une frange qu'il rabattit sur la partie tuméfiée de mon visage.

- Hé voilà ! fit-il d'un air satisfait une fois son œuvre terminée. Pratique, sophistiquée… et plutôt pas mal, je dois l'avouer !

- Tu tiens là une reconversion, me suis-je moquée. C'est bien gentil tout ça, mais moi, je n'y vois absolument rien.

- Nous non plus d'ailleurs, claironna-t-il ravi.

Son sourire sincèrement soulagé ne me surprit pas. Depuis cet incident, la culpabilité rongeait mon meilleur ami. J'avais comme dans l'idée qu'elle ne disparaîtrait que lorsque mes bleus en feraient tout autant.

- Quoi ? ai-je demandé constatant qu'il me regardait fixement.

- En fait, tu ressembles à…

- Je préfère ne pas savoir, l'ai-je interrompu.

- Je te jure que c'est gentil, affirma-t-il en posant une main sur son cœur.

- Je préfère ne pas prendre le risque quand même.

J'allais éclater de rire devant son air vexé quand ce que je vis par-dessus son épaule m'en dissuada. Dean arrivait, une Amy roucoulante suspendue à son bras. Je ne pouvais pas l'éviter cette fois, nous allions nous croiser. Instinctivement, je baissai la tête pour me cacher. Les cheveux que Dubois avaient tant eu de mal à arranger retombèrent en cascade devant mon visage.

- T'as tout cassé, grogna-t-il.

Il m'attrapa par le menton et me força à lui faire face.

- C'est Flaherty, c'est ça ?

La voix d'Olivier, même réduite à un murmure, me fit sursauter. Je levais les yeux vers lui et le découvris sincèrement inquiet. Je répondis à sa question d'un hochement de tête.

- Alors, il est temps que je t'offre ça, déclara-t-il.

Il prit ma main et y déposa l'objet sorti de sa cape. Je clignai des yeux à plusieurs reprises, histoire de m'assurer qu'il s'agissait bien de ce à quoi je pensais.

- Un bout de bois ? C'est… original ? ai-je répondu, désappointée.

- C'est un bâton, corrigea mon meilleur ami. Pour le mauvais œil… Comme ça, la prochaine fois que tu le croises, tu pourras le crever.

Je levai les yeux au ciel et ne pus m'empêcher de sourire. C'était une idée stupide, tout à fait son genre, mais elle m'a touchée et amusée.

- Et je te promets que si tu veux le lancer sur l'autre, je ne le prendrai pas mal, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Sa proposition me fit éclater de rire. Le bâton en main, l'idée était plus que tentante. Je réalisai alors que Dean était désormais à côté. A bout portant, la tentation n'était que plus grande. Si Amy nous ignora superbement, continuant à jacasser, Dean n'en fit pas autant. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée. Toujours est-il que nos regards se sont croisés, pour la première fois depuis un moment, et que je n'ai pas pu m'en décrocher. Et je ne fus pas la seule. Ce ne fut que lorsqu'un mouvement de ma tête fut nécessaire pour continuer que je pus m'en détacher. Me sentant coupable, je baissai à nouveau la tête, réduisant ainsi à néant pour la seconde fois le travail capillaire d'Olivier. A ma grande surprise, il ne réagit pas. Pour la bonne et simple raison qu'il ne me regardait pas. Il observait Dean et Amy monter les escaliers.

- C'est marrant, le flûtiste n'a pas l'air content, fit-il avec un grand sourire et en leur adressant un coucou amical de la main. Allez abruti… Casse-toi !

Il poussa un soupir avant de se fendre d'un sourire naturel cette fois.

- A cette distance, je pourrais encore l'atteindre si tu me le demandais.

oOo

La fin de journée fut morose. Comme à chaque fin d'année depuis des années désormais. Pas parce que nous allions devoir quitter Poudlard pour l'été. Non, ça, c'était tragique, mais secondaire. Nous allions surtout devoir supporter les chants et les rires des Serpentards durant toute une soirée. Et en plus, il allait falloir manger. Sean, Dorys et Olivier nous quittèrent pour leur retenue presqu'avec le sourire.

- Il faut se dire que l'on a l'habitude, soupira Percy alors que nous prenions place autour de notre table.

- Personnellement, ai-je signalé, je ne m'y habituerai jamais. C'est comme…

- Nos défaites en Quidditch ? me coupa Andy d'un air innocent.

Mon gémissement les fit éclater de rire.

- Merci de ne pas remuer le couteau dans la plaie, ai-je grogné.

- Pour une fois que Dubois n'est pas là, fit-elle avec un sourire, il faut bien que j'en profite un peu.

Donc, elle épargnait Olivier, mais moi, cela ne lui posait aucun problème ?

- Au fait, vous savez ce qu'ils vont faire ce soir ? demanda Percy.

- Aucune idée, on sait juste que cela durera une bonne partie de la nuit. Voir même plus…

- Ils échappent à ça, c'est déjà ça, soupira Matthew.

Les bruits de conversations cessèrent soudainement et les têtes se tournèrent vers la porte de la Grande Salle.

- Qu'est-ce qui se passe ? ai-je demandé à Andy qui s'était dressée sur ses genoux pour pouvoir y voir.

- Potter, répondit-elle simplement en s'asseyant.

Un grognement m'échappa ce qui fit sourire ma meilleure amie et n'échappa pas à Percy. Finalement, j'étais bien contente que Dubois ne soit pas là. Je pouvais manifester mon mécontentement en toute impunité.

- Tu ne lui as toujours pas pardonné ? demanda Percy avec un sourire.

- Cette humiliation-là ? me suis-je écriée. Ça ne risque pas !

- Il avait pourtant d'excellentes raisons, signala Andy.

- Comme quoi ? Sauver le monde ? me suis-je moquée. La belle affaire !

Percy me dévisagea, littéralement horrifié.

- Je plaisante, Perce ! ai-je soupiré. Enfin pas tout à fait. J'ai besoin de temps pour digérer ça.

Six minutes et quarante deux secondes.

C'est le temps qu'il m'a fallu pour pardonner à Potter. Parce qu'en six minutes et quarante deux secondes, nous étions passés de Gryffondors blessés et déprimés à lions hurlants et rugissants à deux doigts de monter sur la table (chose que nous avons réservée à notre Salle Commune). Percy fut d'ailleurs le premier à perdre sa dignité en hurlant à qui voulait l'entendre (m'est avis que c'était surtout à Pénélope) que le nouveau Garry Kasparov sorcier était son frère cadet.

La fête qui suivit à la Tour fut mémorable. Car non préparée. La joie soudaine était encore plus forte, doublée par le plaisir sadique d'imaginer les Serpentards à cet instant. Pendant une seconde, j'eus une pensée émue pour Dorys, Sean et Olivier qui, du coup, rataient tout cela. La seconde d'après, je retirai ma Bièrraubeurre fraîche de ma pommette tuméfiée et trinquai avec les autres à la santé de Gryffondor.

A une heure passée, il ne restait plus grand monde dans la Salle Commune. Percy avait fini par convaincre ses frères d'aller se coucher (l'arrivée d'une MacGonagall en chemise et bonnet de nuit l'avait en cela beaucoup aidé). Les 7ème années étaient eux sortis pour leur dernière virée nocturne dans le château. Nos punis n'étaient toujours pas rentrés. Epuisée, Andy suggéra que l'on monte se coucher. Selon elle, Dorys nous réveillerait en arrivant. D'abord d'accord avec elle, j'enfilai mon pyjama avant de changer d'avis.

- Je voudrais le leur annoncer, ai-je expliqué alors qu'elle se glissait entre ses draps.

- Oh, je vois… fit-elle avant d'ajouter, les sourcils froncés. Rassure-moi, tu n'attends pas que je te tienne compagnie, n'est-ce pas ?

- Non, repose-toi ! l'ai-je rassuré avec un sourire. Je vais bouquiner en attendant. Il paraît qu'il faut absolument que je lise ce livre ! ai-je ajouté en exhibant Entre amour et amitié.

- June, tu n'es pas obligée.

- Je sais. Mais je n'ai rien de mieux à faire…

J'ignorai son « à part dormir ? » et lui souhaitai bonne nuit avant de redescendre et prendre possession du canapé.

Je compris ce que Dorys avait voulu dire. Et je la soupçonnai même d'être dotée d'un pouvoir de prémonition. Les hésitations, la jalousie, les disputes et même une rupture. C'est à peu près tout ce à quoi j'avais eu droit cette année. J'interrompis ma lecture un instant peu après le chapitre 40 sur les suites de la rupture. Tout était encore frais en moi et sur l'instant, je n'eus pas envie de tout de suite continuer et de revoir son ex sortir avec une autre. Allongée sur le canapé, le livre sur le ventre, je laissai mes yeux errer au plafond. Il y avait une chose que Pretty Witch m'avait apprise et que Candy venait de me confirmer. Les sentiments des adolescents sont purs, c'est pour ça qu'ils ont tant de violence. Les miens ne l'étaient pas. Finalement, ils ne l'avaient jamais été. J'avais toujours eu en moi cette duplicité. J'avais toujours su que je n'irais pas loin avec Flaherty. Finalement, je savais aussi que je finirais par choisir Olivier. Ce qui me parut être l'instant d'après, on me secoua l'épaule. J'éprouvai alors de grandes difficultés à sortir de mes pensées. Ouvrant un œil puis l'autre, je me trouvai nez à nez avec Olivier, au sens figuré de la chose.

- Salut, chuchota-t-il.

- 'lut, ai-je marmonné.

Réalisant alors que quelque chose n'était pas normal (non seulement, il n'aurait pas dû être là, mais encore moins aussi près), je me levai d'un bond, le faisant au passage basculer en arrière.

- Qu'est ce qui… me suis-je écriée affolée.

- Calme-toi, Juni ! répondit-il doucement en venant s'asseoir sur le peu de place qu'il restait sur le canapé. Tu es dans la Salle Commune et je viens de te réveiller.

Je m'étais endormie ? C'était donc pour ça que mes yeux avaient très envie de se refermer. Je me laissai alors retomber sur le divan que je venais de quitter.

- Quelle heure est-il ?

- Presque 6h du matin, soupira Dubois en se massant la nuque. Vu que dans moins de deux heures, on va devoir prendre notre petit-déjeuner, la nuit va être courte.

- Tu viens d'arriver ? ai-je fait étonnée.

Il hocha la tête.

- Ce qu'on m'a demandé de faire a duré plus longtemps que prévu, expliqua-t-il avant d'ajouter. Et ça n'avait évidemment aucun intérêt.

- Et les autres ?

- Je suis le dernier.

Tournant la tête, je les découvris en train de s'affairer près de la cheminée. Quelle idiote… J'avais été incapable de veiller.

- Vous avez fait une sacrée fiesta à ce que je vois ! fit Dubois en jetant un regard amusé aux débris de la fête que nous avions improvisée (bouteilles vides et meubles renversés).

- Oh, fis-je déçue. Tu es au courant ?

- Andy nous l'a dit, m'expliqua-t-il avec un sourire. Elle voulait que ce soit toi qui nous l'annonces mais on n'a pas eu le cœur à te réveiller tout de suite.

Je laissai échapper un soupir, je voulais tellement voir leur tête en l'apprenant. Pressentant qu'il allait se moquer de moi, je levai les yeux vers mon meilleur ami. Loin de ricaner, celui-ci m'observait. Attendri.

- Quoi ? ai-je demandé méfiante.

- Sean a raison… fit-il d'une voix douce. Tu ferais un petit chat très mignon.

Fronçant les sourcils, je me suis demandée un instant si ce n'était pas l'un de ses rêves où l'on est persuadé d'être éveillé.

- Pardon ?

Pour toute réponse, Olivier se leva et se pencha vers moi avant d'appuyer son index sur mon nez.

- Tu devrais le savoir, soupira-t-il fataliste. On ne s'endort pas ici sans le payer.

Il me montra son doigt. De l'encre. Evidemment. Je me redressai aussitôt.

- Hataway !

Dans mon malheur, j'eus tout de même un peu de chance puisque Sean, dans un éclair de lucidité, a pensé cette fois à ne pas utiliser d'encre indélébile. Cocardée et maquillée en chat, je ne pense vraiment pas que ma mère aurait apprécié. Le temps d'aller me débarbouiller et de me saisir de « l'objet », je les retrouvai tous autour de la cheminée dans laquelle venait de naître une jolie petite flambée.

C'était une tradition que nous avons adoptée, héritée de la mère de l'écossais. A chaque fin d'année, nous offrons aux dieux purificateurs ce qui constitue notre plus grand regret. En gros, on jette aux flammes un objet que l'on veut voir disparaître ou oublier.

- Bon, qui commence ? demanda Dubois en se relevant de l'âtre devant lequel il s'était agenouillé.

- Je pense que toi et moi devrions passer en dernier, signala Andy en désignant les deux tas de feuilles placés sur la table basse.

Olivier et elle avaient décidé de sacrifier cette nuit-là leur planning de révision et le plan de l'équipe de Quidditch, ce qui, ajouté, avait la taille d'une belle encyclopédie.

- Ouais, j'ai eu du mal à allumer le feu, admit Olivier. Il est peut-être un peu tôt pour l'étouffer…

En temps normal, je me chargeai de la flambée. Mais privée de baguette magique, c'était une prérogative que j'avais dû abandonner.

- Bon, ok, je me lance, soupira Sean en avançant vers la cheminée. Ô dieux vengeurs et purificateurs, j'offre pour apaiser votre faim et votre courroux ce qui cette année…

Il marqua une pause avant d'ajouter.

- … constitue une preuve dont je souhaite à tout prix me débarrasser, ajouta-t-il en jetant le parchemin au feu.

- Qu'est ce que c'était ? ai-je demandé lorsqu'il recula légèrement pour observer le morceau de papier se consumer.

- Un pari, avoua Sean avec un sourire.

- Et il consistait en quoi ? demanda Andy.

La règle était qu'on avait le droit de ne pas répondre. Mais Sean n'était pas le genre de garçons à avoir des secrets.

- J'ai parié que je devais embrasser quelqu'un cette année, déclara-t-il simplement.

- Et tu l'as fait ? ai-je demandé amusée avant d'ajouter d'un air suppliant. Qui ? Dis nous qui !

Il échangea un regard avec Olivier et tous deux se mirent à ricaner.

- Secret, déclara-t-il avec un clin d'œil.

- Est-ce qu'au moins, c'était une fille ? fit Dorys.

- D'un, ça ne te regarde pas. De deux, ce n'était pas spécifié dans les termes du contrat, rétorqua Sean, vexé.

Pour éviter que leur dispute ne dégénère, nous avons demandé à Dorys de procéder à sa crémation. Comme chaque année, elle jeta au feu une petite enveloppe. Et comme chaque année, elle ne répondit pas aux questions que nous lui avons posées. Par la suite, une fois les garçons partis, je parvins à lui arracher ce que contenait l'enveloppe cette année. Une pensée…

Comme dirait Hataway, autant dire qu'elle n'avait rien regretté cette année.

Mon tour arriva alors. Dans le plus grand silence, je me suis approchée du petit feu et après une seconde d'hésitation y ai jeté mon petit objet. Jamais depuis que mes parents m'avaient annoncé leur divorce, ce geste n'avait eu autant de symbolique. Cette année-là, j'avais offert aux flammes les premières lettres qu'ils m'avaient écrites. Séparément.

Nous avons regardé sans mot dire les flammes lécher puis embraser la rose aux pétales dorées que j'avais reçu pour mon anniversaire et qui en brûlant, dégagea une douce odeur de pêche. Mon parfum préféré.

oOo

Finir notre nuit nous parut totalement ridicule. Quand Andy et Olivier eurent terminés (mon meilleur ami tenant à commenter chaque ligne qu'il avait pu écrire), il nous restait moins d'une heure avant que les réveils ne sonnent. Dormir si peu n'aurait servi à rien. A la place de ça, nous sommes allés faire nos valises. Une fois la mienne bouclée, je m'emparai de Entre Amour et Amitié, décidée désormais à en venir à bout. Ma rose brûlée, c'était une page qui s'était tournée.

Candy n'a pas choisi son meilleur ami. En découvrant ses raisons, j'ai compris son choix. J'ai compris ce que Dorys avait voulu me dire. Ce que Dean avait espéré me faire comprendre. Il serait toujours là pour elle, peu importait la personne avec qui elle était. Et c'était ça qu'elle voulait, l'avoir à ses côtés. Elle s'est battue pour récupérer son petit ami et a réussi. Elle vit désormais heureuse après avoir clarifié ses sentiments pour les deux hommes de sa vie. Je pense que son meilleur ami l'aimait aussi. Ou alors, c'est ce que je veux croire. Toujours est-il qu'elle ne l'a pas choisi.

Quelle idiote, cette Candy.

oOoOo

Bilan :
Pour tout t'avouer, à l'heure où j'écris ces lignes, je ne me sens pas d'humeur à compiler. Il s'est passé tant de choses ce mois-ci que je n'ai pas envie de m'y replonger. Des gens se sont disputés, des coups se sont échangés, un Strangulot est même mort… J'ai eu le cœur brisé, la pommette éclatée et les BUSE m'ont faite perdre au moins dix années de vie.
J'ai deux mois pour m'en remettre et tout oublier. Autant commencer dès aujourd'hui.

Et pour finir, le classement de fin de saison du Championnat :

1er : Montrose Magpies
2ème : Appelby Arrows
3ème : Caerphilly Catapults (enfer, ils sont qualifiés pour la Coupe d'Europe)

7ème : Flaquemare (un sursaut d'orgueil).

oOoOo

C'est encore moi.

Je pensais pouvoir te laisser en paix Journal, avec la fin de l'année, mais il te reste encore quelques pages blanches. Et après tant de temps passé ensemble, je trouve qu'il serait dommage de les laisser ainsi. Je crois que j'ai pris goût à cette forme de thérapie. Et puis honnêtement, je n'ai rien de mieux à faire pour l'instant.

Les secousses du Poudlard Express me font trembloter, d'où l'écriture plutôt incertaine. Andy est partie à la recherche du chariot à friandises, Sean et Dorys sont partis se balader, chacun de leur côté. Je partage actuellement mon compartiment avec Percy et Pénélope. Mais ils ont l'air d'avoir des choses bien plus importantes à faire que de discuter avec moi.

Le rideau de la porte fermé, ils sursautent au moindre bruit dans le couloir, retiennent leur respiration et recommencent à se bécoter. C'est très mignon. Et super marrant à voir durant cinq minutes. Après, ça lasse. Je crois que Penny s'est retirée. Dans le sens où elle a repris son « je t'aime » et tout ce qui l'accompagnait. Elle avait peur de l'effrayer. Percy, lui, avait peur de lui répondre. Je ne suis pas certaine que cela fasse plaisir à notre préfet mais tous deux font comme si de rien n'était.

C'est dingue ce qui arrive par manque de lucidité, tu en conviendras, n'est-ce pas ?

Mes deux préfets occupés, il resterait bien Olivier. Mais il s'est endormi. Après avoir bravachement assuré au petit déjeuner qu'il se sentait en pleine forme, il n'a pas mis plus de quinze minutes à sombrer à cause des ronronnements du train. Depuis, il a pris ses aises et s'est littéralement allongé sur la banquette (ce qui a dû encourager le mouvement de désertion du compartiment). Je suis la dernière à faire de la résistance. Un peu malgré moi. Personnellement, j'irai bien faire mes adieux à notre (très mignon) préfet en 7ème année. Mais à la dernière secousse du train, Olivier s'est mis à remuer et a posé sa tête sur ma cuisse.

Il est adorable comme ça.

Peut-être que je commence enfin à digérer tout ce qui a pu se passer cette année et que les particules qui me troublaient l'esprit sont en train de lentement décanter. J'ai le cœur qui s'emballe quand je le vois comme ça et je ne peux pas m'empêcher de soupirer.

En fait, j'oscille entre l'envie de passer ma main dans ses cheveux et celle de lui jeter un maléfice. Certes, nous ne sommes pas dans notre Salle Commune. Mais cela devrait compter ! C'est quand même en public (restreint et peu attentif, c'est vrai). Et puis, j'ai la baguette qui me démange. MacGonagall n'a accepté de me la rendre que ce matin et je n'aurais plus le droit de pratiquer la magie pendant deux mois. Ce serait un superbe baroud d'honneur, n'est-ce pas ? En plus, il me coupe la circulation du sang, j'ai des fourmis dans la cuisse maintenant. Autant bouger !

J'ai du mal à croire que cette année soit terminée. Le déjà et l'enfin se mélangent subtilement pour moi. Finalement, les prédictions d'Andy se sont réalisées. Une aventure, des déceptions, des fractures, une rupture, une révélation… Et encore, il ne s'agit que des choses dont je suis au courant ! (j'ai renoncé à essayer de savoir ce que les autres en pensaient). Je suis même intimement persuadée qu'il en restera encore pour ces vacances et la rentrée.

Je pourrais presque faire un livre de tout ça. Et je l'appellerai : June Tierney à l'école de sorciers.

Ça en jette, pas vrai ?

Olivier bouge à nouveau dans son sommeil. Il doit être en train de rêver. Je ne sais pas de quoi mais il s'est accroché à ma cuisse comme à une bouée de sauvetage. Il est vraiment mignon. Ça y est, je me sens craquer…

Ma main glisse vers ma baguette magique que je garde toujours à portée…


(Un des personnages s'avance pour prendre la parole)

Heu... Salut. Moi, c'est Sean. Sean Hataway. Mais vous pouvez m'appeler "la petite merveille d'Ecosse".

Normalement, c'est Tierney qui aurait dû venir vous parler. Mais vu qu'elle a le coeur brisé, c'est plutôt... compliqué. Et puis bon, je lui ai dessiné un visage de chat sur la tête, alors mademoiselle boude et a décidé que je devais être puni.

D'où ma présence ici. Vous y croyez?

(s'approche encore et prend un ton secret)

Vous avez bien raison. En fait, et je prends un grand risque en vous le révélant, Owlie n'assume pas. Son retard, sa fin de chapitre, les nouvelles à venir. Du coup, elle m'envoie moi.

L'atout de charme.

C'est de suite plus crédible, non?

Non?

Ok, je le reconnais, Olivier était pris. Patch absent. C'était moi ou Percy.

Et Merlin merci pour mon amour propre, elle n'a pas choisi Percy.

Donc voilà, je suis là à user de mon charme pour vous aider à... entendre la nouvelle.

La fic pourrait très bien se terminer ici. Une suite pourrait très bien être écrite. Cela dépendra de beaucoup de choses. Mais pas de vous, lecteurs, malheureusement. Owlie est une grande fifille maintenant qui a presque un travail et qui... soyons honnête, peine à écrire. Donc... Tout est incertain.

Et c'est là où mon charme est censé jouer. Restons po-si-tif! Dans l'éventualité qu'il y ait une suite, le chapitre suivant arrivera on ne sait pas quand.

Oui, c'est habituel et ça ne constitue, à mon goût, pas une nouvelle. Le chapitre n'est pas écrit. Il a un titre néamoins: "Famille, je vous hais".

Vu que le délai sera affreusement long, j'ai pour mission de vous donner envie de rester. Disons que Dubois et Tierney vont se retrouver à faire le tour des musées, que les résultats des BUSE tomberont... et que vous saurez tout du secret de la petit baguette magique d'Olivier.

Bref, cette sixième année s'annonce intéressante. Après tout, Tierney a encore six mois de malédiction à tirer.

Je parie que vous voulez tous savoir quel secret cache le nouveau professeur de DCFM, si Olivier va enfin remporter la Coupe et qui se cache dans la Chambre des Secrets...

(a l'air supris)

Quoi? Vous le savez déjà?

Dans ce cas, vous aimeriez certainement savoir comment la rentrée va se passer, si Dean et June vont réussir à cohabiter, qui décrochera son permis de transplaner, qui sera à l'origine du malentendu qui mettra peut-être fin à notre belle amitié et enfin...

... qu'est-ce qui se passera si, un jour, par un malheureux hasard, des yeux innocents venaient à découvrir le journal de June Tierney.

Alléchés?

Et encore, je n'ai même pas évoqué tout ce qui allait m'arriver.