Disclaimer : le personnage de Hurle et son château magique appartiennent à la talentueuse et merveilleuse Diana Wynne Jones.

Bonjour à tous !

Aujourd'hui, je suis retournée voir mon ancien lycée et mes anciens profs. Ca m'a rendue toute nostalgique… En revenant, j'ai écrit ce premier chapitre, que je dédie à un professeur sans qui je ne serais pas là aujourd'hui, ainsi qu'à tous ceux dont les yeux sont mon seul véritable miroir…

Bonne lecture à tous les rêveurs !

Réaliser ses rêves

Rêve numéro 1 : se rencontrer

Marina avait toujours su voir les couleurs des gens qui l'entouraient. Elle faisait ça depuis qu'elle était toute petite. Il lui semblait que les gens qu'elle rencontrait étaient enveloppés d'une aura colorée qu'elle était la seule à pouvoir percevoir.

Ce matin là, lorsque elle avait accueillie par le directeur du petit collège Shakespeare, le seul établissement dans ce coin brumeux et pluvieux du Pays de Galles, elle avait immédiatement reconnu en lui l'aura bleu roi d'un homme sympathique et travailleur. C'était un bon départ.

C'était son premier jour dans ce collège, où elle venait enseigner le français, sa langue maternelle. Bien sûr, ce nouveau poste la rendait terriblement anxieuse. Mais elle ressentait également un étrange pressentiment, comme si elle avait su inconsciemment que cette nouvelle expérience allait bouleverser sa vie.


Des taches de couleur. C'était tout ce que Marina voyait de sa classe. La trentaine d'élèves turbulents avait été remplacée par un véritable embrouillamini de couleurs : du rouge, du bleu, du vert, du rose, du jaune… Marina distinguait à peine les visages de ses jeunes étudiants. Ce tourbillon mouvant de couleurs et l'assourdissant capharnaüm qui l'accompagnait l'étourdissait la plongeait dans un état second. Elle se sentait un peu loin de sa classe, qui ne se souciait d'ailleurs guère d'elle. Il se passa quelques minutes avant qu'elle ne songe à sortir son sifflet de sa poche. Elle le porta à sa bouche et un long son strident en sortit.

Les élèves s'immobilisèrent. Certains se bouchèrent les oreilles, d'autres poussèrent des cris indignés.

" Bien, commença Marina. Maintenant que nous somme tous sur la même longueur, nous allons pouvoir commencer…"

Elle se présenta et ordonna à la classe de sortir son manuel de français et de l'ouvrir à la page 53.


Marina sortit épuisée de ses premières heures de cours. Lorsque tous les élèves eurent quitté la salle de classe, les uns satisfaits de leur nouvelle prof, d'autres perplexes au souvenir du sifflet, d'autres enfin visiblement mécontents devant la rédaction personnelle qu'elle leur avait demandée pour la semaine suivante, Marina s'assit devant son bureau, se prit la tête entre les mains et soupira profondément.

Le plus dur était fait, pensa-t-elle. Maintenant, il ne reste qu'à rencontrer les autres professeurs…


Il lui fallut un certain temps avant de retrouver la salle des profs. Son sens de l'orientation était des plus fragmentaires, et elle n'était guère observatrice. Toujours dans la lune, auraient dit ceux qui prétendaient la connaître. Ils avaient peut être raison, pensait Marina. Ou plus exactement, toujours dans ses rêves…

Elle demanda son chemin à un groupe de jeunes filles qui parurent surprises de la question. Elle n'y prêta pas attention et poursuivit dans la direction indiquée, jusqu'à atteindre la salle des profs.

Elle en poussa la porte. Celle-ci grinça bruyamment, lui rappelant le bruit strident de son sifflet. La plupart des autres professeurs ne firent pas attention à elle quand elle pénétra sur leur territoire. A nouveau, ce fut un tourbillon de couleurs, dont certaines n'étaient pas des plus sympathiques.

Quelques professeurs levèrent la tête, agacés par le bruit. D'autres échangèrent des commentaires discrets. Marina regretta de n'avoir pas mis son réveil suffisamment tôt pour se coiffer correctement. Comme toujours, elle avait été réveillée en sursaut au beau milieu d'un très beau rêve et elle n'attendait que la nuit pour s'y replonger avec délectation. Dormir, ou plus exactement rêver, était son activité favorite.

Elle se dirigea vers les casiers et trouva le sien. Elle tenta de l'ouvrir mais le cadenas resté obstinément bloqué.

Elle commençait sérieusement à s'impatienter lorsqu'une main donna un grand coup dans la porte métallique. La porte résonna en bruit sourd. Quelques têtes se tournèrent vers elle.

Marina fit tourner la clé dans le cadenas, qui céda aussitôt. Elle leva les yeux vers la propriétaire de la main miraculeuse.

C'était un jeune homme d'environ 25 ans, à la peau très clair, aux cheveux noirs mi-longs et aux yeux vert d'eau. L'aura qui l'entourait avait la même couleur que ses yeux et Marina pensa subitement qu'elle n'avait jamais vu une couleur aussi belle.

Elle se releva en souriant.

" J'avais ce casier quand je suis arrivé, dit le jeune homme, souriant lui aussi. Il coince tout le temps. Il faut savoir le prendre ! Je m'appelle Hubert, ajouta-t-il en tendant la main."

Marina avança la main et saisit celle d'Hubert. Il se produisit alors un évènement inattendu. Le visage d'Hubert s'effaça devant ses yeux et laissa place à celui d'un jeune homme qui avait la même allure, mais avec des cheveux blond très clair et un air beaucoup plus assuré. Son sourire n'avait pas l'allure timide de celui d'Hubert et arborait plutôt une expression séductrice.

Mais la vision s'estompa aussi vite qu'elle était apparue et le visage anxieux d'Hubert réapparut devant Marina. Il fronçait les sourcils.

J'ai déjà vu ce visage quelque part…pensa Marina.

"Est-ce que ça va ? demanda Hubert."

"Euh… Oui… répondit-elle en reprenant ses esprits. Je crois que je n'ai pas assez dormi cette nuit ! ajouta-t-elle, sur le ton de la plaisanterie"

"Je comprends, répondit Hubert avec un sourire complice."

Il y eut un silence.

"Et vous êtes… finit par reprendre Humbert."

"Oh ! Excusez-moi ! J'ai oublié de me présenter ! Je m'appelle Marina. Je viens d'arriver et…"

"Je vois, l'interrompit Hubert en se penchant vers elle. Pas très accueillants, n'est-ce pas ?"

Il lui fit un clin d'œil et le visage encadré de cheveux blonds réapparut. Marina sursauta. Hubert aussi. Avait-il remarqué quelque chose d'étrange lui aussi ?

Marina allait lui demander s'il n'avait pas un frère blond lorsque la cloche retentit pour les sauver de leur embarras. Ils se séparèrent brusquement, un peu mal l'aise, chacun devant retourner à sa salle de classe.

Lorsque Marina quitta le collège, en fin d'après midi, elle était bien décidée à se coucher plus tôt que d'habitude…