Coquille vide

Rating : M (anciennement R)

Pairing : SS/HP

Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages

Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.

Note de l'auteur : Désolée pour ma longue absence mais pour ceux qui s'inquiètent, j'ai bien l'intention de continuer mes deux autres fics, juste un peu de patience. Celle-ci est différente des miennes habituelles car écrite dans un moment de profond cafard et ça se ressent nettement (c'est un euphémisme) dans l'histoire. D'ailleurs il est rare que j'écrive à la première personne mais vu que j'écrivais pour me défouler... (ou plutôt me morfondre encore plus) Les chapitres seront également assez courts mais j'espère ainsi que l'histoire sera updatée plus souvent. Donc merci à Sab et Alex pour leurs réactions un brin enthousiastes (lol) et bonne lecture à tous.

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Chapitre 1

Je ne sais pas quand ça a commencé mais avant que j'en prenne réellement conscience, c'était déjà trop tard. Mes yeux semblent désormais animés d'une volonté propre, condamnés à ne plus le quitter et seul mon long passé d'espion me permet de ne pas me faire remarquer. C'est rapidement devenu une habitude, un réflexe. Une pulsion...

A chaque repas, chaque cours, chaque instant en sa présence, c'est la même chose. Il suffit qu'il apparaisse dans mon champ de vision et tout le reste devient flou. Et à chaque fois, ce vide. C'est comme si en l'observant, je devenais totalement anesthésié. Je ne ressens rien. Pas la moindre haine, pas la moindre palpitation, rien. A part peut-être une espèce de fascination morbide, il me laisse totalement indifférent. C'en est presque effrayant.

Pourtant...

Pourtant, je suis le seul à avoir remarqué. Même ses amis les plus proches ne voient rien. Il faut dire qu'il est devenu un excellent acteur. A le voir ainsi, discutant avec ses camarades et riant des plaisanteries stupides des adolescents de cet âge, il semble normal, insouciant, heureux.

Mais dès que les regards se détournent de lui, alors... plus rien. Ce gosse ne dégage plus rien. Comme une coquille vide, un pantin sans âme, un simple reflet de ce qu'il était avant. Aucune étincelle dans ses yeux, aucune émotion sur son visage, un mort-vivant dans le sens littéral du terme.

Depuis combien de temps n'est-il plus que l'ombre de lui-même ?

Sûrement depuis sa sixième année, depuis la mort de Black. Une blessure de trop pour un enfant qui en avait connu bien assez. Quoique... Même en ce temps-là, il dégageait bien plus de vie qu'aujourd'hui. Albus m'a dit un jour que ce qui avait permis à ce môme de vaincre le Seigneur des Ténèbres était son courage et son humanité. Je pense qu'il avait tort. Visiblement, c'était plutôt la vengeance et la culpabilité.

Car depuis la chute de mon ancien maître, voyez ce qu'il est devenu. Voyez ce que nous sommes devenus.

Ce qui tend à prouver que nous sommes assez semblables. C'était Voldemort qui nous permettait de tenir, de vivre et maintenant... Notre héros national sombre ou a déjà sombré depuis longtemps et moi... Moi, je ne ressens plus rien. C'est tout de même ironique, vous ne trouvez pas ?

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Un toussotement sur ma droite me fait reprendre pied dans la réalité. Dumbledore... Il sait. Et il sait que je sais. Pendant un court instant, son regard azur ne pétille plus derrière ses verres en demi-lune et cette vision aurait pu me faire peur s'il m'était encore possible de ressentir une quelconque émotion. Au lieu de ça, je me contente de le fixer avec indifférence.

J'adore cet homme. Honnêtement, c'est le type le plus exaspérant qui existe sur Terre mais contre toute logique, j'ai une certaine affection pour lui. Evidemment, il doit être le seul à en être conscient. Je n'ai jamais montré de signe qui lui aurait permis de réaliser ce que je ressentais mais il n'en a pas besoin.

D'ailleurs, j'ai essayé pendant des années de comprendre son secret d'omniscience mais en vain. Il s'agit d'Albus Dumbledore, et généralement ça suffit à tout expliquer.

« Severus. Vous ne refuseriez pas de tenir compagnie à un humble vieillard ce soir pour une tasse de thé, n'est-ce pas ? »

Il sourit mais son regard est aussi sérieux qu'en période de guerre. Et fatigué, d'une certaine façon... Ça me fait presque un choc de réaliser que pour la première fois depuis que je le cotoie, il me paraît faire son âge. Un vieillard... Naïvement, il m'était toujours apparu comme immortel, éternel. J'avais toujours pensé partir avant lui mais aujourd'hui je commence à en douter.

Pourtant, bien qu'un peu troublé, je ne réagis pas vraiment. Une boule d'angoisse bloquée en travers de ma gorge, je me contente d'hocher sèchement la tête et de détourner mon regard pour le laisser se poser sur... Potter, évidemment. Potter qui me fixe également mais ses prunelles vertes paraissent tellement vides que je pense qu'il ne me voit pas vraiment.

Néanmoins, pendant un infime instant, il m'a semblé... Non plus rien. Il détourne les yeux et sourit à ses amis de cet air insouciant qui me fascine. Comment réussit-il à passer aussi facilement d'un extrême à l'autre ? Un moment respirant le bonheur, et aussitôt plus rien. Moi-même, si je n'avais pas remarqué par hasard ses phases de vide intégral, je ne m'en serais jamais douté.

Pourtant, ce que j'ai vu un peu plus tôt dans son regard... C'était furtif mais ça m'a semblé tellement réel. De la terreur, du désespoir, de l'angoisse... Voilà ce qui semble le hanter et qu'il cache si bien au fond de lui, à tel point que même ses plus proches amis ne remarquent rien. S'il n'y avait pas eu notre passé commun assez tumultueux, j'aurais pu croire à un message qu'il m'aurait inconsciemment envoyé, un appel au secours.

Mais que ce soit le cas ou non, ça ne me concerne pas. Même cette sombre palette d'émotions au fond de cet océan couleur poison n'a eu aucun effet sur moi. A peine de la curiosité. Je me demande bien ce qui a pu me rendre aussi insensible pour que le sort de ce gosse me laisse à ce point indifférent. L'idée de lui venir en aide ne me traverse même pas l'esprit, je me contente de continuer à l'observer, de loin, silencieux. Un simple spectateur.

Désolé Potter mais j'ai réglé ma dette il y a longtemps. Cette fois-ci, vous devrez vous en sortir tout seul.

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« Entrez Severus », je l'entend m'appeler avant même d'avoir frappé à la porte.

Autrefois, je me serais dit un truc du genre : '' Je jure qu'un jour je parviendrai à prendre cet homme par surprise ''. Aujourd'hui, ça ne me semble plus vraiment important. En fait, rien ne me semble important désormais.

Je rentre calmement dans le bureau d'Albus et m'assied en silence dans le fauteuil qu'il me désigne.

« Alors mon ami, comment s'est passé votre journée ? », me demande-t-il joyeusement après un instant de silence. « Thé, café ? » Il me fixe, semblant attendre ma réponse alors que je sais qu'il tente simplement de lire en moi. Mais il est hors de question que je lui facilite la tâche alors je garde consciencieusement mon masque impassible. En fait, depuis quelques temps c'est devenu plus facile puisque ce masque est presque inutile.

« Journée normale. Café noir sans sucre, merci. », je lui répond par monosyllabe, comme d'habitude. Pourtant, ça semble le déstabiliser ce soir et j'hausse un sourcil devant la tristesse qui emplit soudain son regard. Un instant, je me demande vers qui est orientée cette peine : Potter ou moi ? J'imagine que la réponse est nous deux, vraisemblablement.

Pourtant, je ne mérite pas une telle réaction. Personnellement, je ne suis pas triste de l'état dans lequel je me trouve aujourd'hui. Je peux même affirmer que je me sens mieux désormais : pas de remords, pas de culpabilité, pas de haine, pas de violence. La société m'a pardonné, je me suis pardonné, la guerre est terminée, mon rôle est terminé, mon ardoise est effacée, mon passé est comme effacé. Une nouvelle vie, la liberté, tous les compteurs à zéro.

L'unique problème étant qu'ils sont visiblement décidés à rester à zéro. Si on peut considérer ça comme un problème bien sûr, ce qui n'est pas mon cas. Mais Albus, St Albus, ne semble pas de cet avis. Je n'ai jamais compris pourquoi il avait toujours tellement envie d'aider les autres. Toujours plein de bonnes intentions mais parfois, si maladroit. Certains le perçoient comme un manipulateur et d'une certaine façon je ne peux qu'agréer. Mais c'est simplement parce qu'il est persuadé que sa vision des choses est la meilleure pour tous. Il ne prend pas toujours en compte les opinions ou les envies des autres mais comment lui en vouloir...

« Mon garçon, je sui- »

« Je vais bien Albus alors venez en au fait »

J'ai préféré le couper avant qu'il n'entame une conversation qui ne nous mènera nulle part et qu'il persiste à rejouer sans arrêt. Il hésite et me jauge du regard, espérant sûrement un geste encourageant de ma part. Je ne lui en fais aucun et me contente de le fixer, imperturbable. Puis il prend une profonde inspiration, comme pour se donner du courage et se lance dans un de ces discours sans fin qui commence toujours par :

« C'est à propos d'Harry... »

Soupirant intérieurement d'un ennui profond, je sirote mon café en écoutant poliment. Aucune ruse dumbledorienne ne sera efficace aujourd'hui. Le sort de Potter ne me regarde plus et je n'ai aucune intention de m'en mêler. Je ne lui dois plus rien, autant à lui qu'à Albus. En fait, je ne dois plus rien à personne. Je suis libre. Sans attache. Et à cette pensée, je ne peux que retenir un ricanement amer au fond de ma gorge, portant silencieusement un toast aux morts qui me maintenaient en vie jusqu'ici.

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A suivre...