Disclaimer :

Les personnages de Harry Potter ainsi que les « décors » sont la propriété exclusive de J.K. Rowling. Il n'y a aucune intention de contre-façon ou de violation de ses droits d'auteur. Cette histoire est écrite pour le plaisir de l'écriture et ne rapportera aucun centime à son auteur.

Avertissement - Fic de rating PG-13, en raison de relations homosexuelles entre Harry et Draco. Je n'irais pas jusqu'à R, car l'histoire ne s'y prête pas, en raison de son contexte et du faible nombre de chapitres. Le rating est aussi justifié en raison de quelques scènes à allusion violente.

Cette fic ne prend pas en compte les événements et révélations du tome 6.

Coucou ! Oui je sais c'est encore une nouvelle fic, mais celle-ci est déjà terminée, donc... vous êtes sûr d'avoir la fin dans un délai raisonnable... En fait, cette fic a été écrite pour un concours, dont voici le thème...

Le sujet : Le monde selon Voldemort

Le Seigneur des Ténèbres règne en maître sur le monde. Un nouvel ordre a été établit. Ses fidèles Mangemorts gouvernent sous sa tutelle, les Sangs-purs acquièrent dès la naissance des titres de noblesse qui leur donne tous les droits, notamment le droit de propriété et le droit de vie et de mort sur tout être vivant considéré comme inférieur par le gouvernement en place. Les Sang-mêlés sont méprisés, mais vivent toutefois dans une paix relative, bien qu'il n'aient pas le droit à l'éducation, ni à un niveau de vie décent. Les Sangs-de-bourbe sont réduits en esclavage et vendus comme du bétail. Enfin, les Moldus ont été regroupé dans des réserves de chasse, où les Sangs-purs viennent se distraire lorsque l'ennui les prends.

A partir de cette situation initiale, vous devez construire une fic en y introduisant obligatoirement un élément perturbateur, des péripéties, le dénouement de l'action et enfin une situation finale.

Le sujet n'était pas facile, non ?

UN SIMPLE PION

Nda - Aux échecs, quand un pion arrive à traverser tout l'échiquier et à atteindre la dernière ligne, il peut acquérir les pouvoirs de n'importe quelle pièce. Généralement, le joueur choisit les pouvoirs de la reine...

Prologue

C'était un jour de mai, l'un de ces jours où tout semblait sourire, où tous les espoirs étaient permis. Un jour où chaque chose se notait avec une précision stupéfiante dans la mémoire. Chaque détail ou mot soigneusement conservé, comme pour mieux se faire souffrir par la suite...

Harry vit sa baguette exploser, révélant la fragilité de cet instrument de pouvoir : il ne tenait plus dans sa main droite qu'une plume de phénix un peu noircie et des fibres de bois. La plume de phénix vola tranquillement à ses pieds, alors qu'autour de lui tout semblait s'être suspendu. Ses amis comme les Mangemorts regardaient la scène.

Une baguette jumelle de la sienne était appuyée à la base de cou. Et une voix susurra doucement, soyeuse et enjouée :

- Tu as perdu, petit pion !

Harry resta silencieux, cherchant avec désespoir ce qu'il pouvait encore faire. Mais ce court laps de temps avait suffi à signer son entière défaite : des Mangemorts l'avaient saisi, entravant le moindre de ses mouvements. Un mouvement lui apprit que certains des membres de l'Ordre du Phénix avaient réussi à fuir, profitant de ce que les Mangemorts s'étaient détournés d'eux. Au moins cela, ils ne souffriraient pas à cause de lui. Il serra les dents en voyant Albus, toujours inconscient dans un coin de la salle du Manoir de Voldemort.

Les Mangemorts fixaient avec avidité leur maître vénéré, tels des chiens attendant la curée. L'image frappa Harry : une meute, oui c'était tout à fait cela. Dans l'ordre et la sauvagerie de leurs actes.

Un homme se tenait à l'écart, plus loin, le fixant lui de ses yeux noirs, avec ce qui paraissait une certaine indifférence ou bien de la lassitude. Comme s'il n'avait jamais cru à cet espoir, comme si cela n'avait été qu'une vaine rêverie. Et le réveil était là, la réalité aussi. Evidemment Harry Potter avait perdu.

Tout cela Harry le nota en un bref coup d'oeil. Et il se sentit blessé, humilié par tout cela. Cela le touchait bien plus que l'explosion de sa baguette : il se demandait si au fond les gens avaient vraiment cru en lui. Ou s'il n'avait été qu'un vague espoir, bien joli mais sans réelle consistance.

Des mains enserrant ses poignets le ramenèrent face à sa mort. Il connaissait son visage depuis que Dumbledore lui avait révélé la prophétie. Il avait juste espéré que cela n'arriverait pas. Qu'il serait plus fort... Voeu fragile d'enfant.

Sa mort était bien laide d'ailleurs. Tom Jedusor avait les pupilles fendues, un visage d'une pâleur mortelle qui n'avait plus rien d'humain... Avec un rictus de plaisir qui pouvait passer pour un sourire.

- Petit pion qui pouvait me tuer, chuchota Tom.

Il ignorait toujours le contenu exact de la prophétie. Il ne l'avait toujours considéré que comme le pion de Dumbledore...

Harry restait silencieux : nulle bravade ne lui venait. Il avait tout à coup la conscience aiguë que le fil de sa vie pouvait se rompre. Bien plus que lors du combat car tout allait trop vite. Alors que maintenant le temps s'était arrêté comme pour assister à sa mort. Peut-être pour la déplorer.

Sa bouche était sèche, et il se sentait tout à coup comme un petit garçon ayant défié un terrible maître sorcier... Le silence autour de lui était si absolu qu'il entendait les battements frénétiques de son coeur.

- Alors tuez-moi, finit enfin par dire Harry.

Pur défi, mais un léger tremblement sur le « moi » en gâcha considérablement l'effet.

- Courageux et stupide, commenta simplement Voldemort amusé. Dis-moi... Que donnerais-tu pour vivre ?

Harry resta silencieux car quelle importance à cet instant il n'avait plus rien. Plus de futur. Même sa mort ne lui appartenait plus.

- Réponds , lui intima Voldemort dans un cri.

- Je n'ai rien, dit-il dans un murmure.

- Mais si, mais si..., susurra-t-il.

Des doigts fins et glacés glissèrent sur son visage encore jeune.

- Ta jeunesse, énuméra-t-il, ta faible volonté de me tuer, des amis qui se sont enfuis et t'ont laissés seuls... Peu de choses, certes mais... Tout cela est mien désormais. Car vois-tu je sais une chose. Il vaut mieux connaître son ennemi.

Il s'écarta pour tourner autour de lui, toujours fermement maintenu par les Mangemort. S'approcha à nouveau pour chuchoter, presque tendrement à l'oreille :

- Te tuerais-je qu'un autre, tôt ou tard, apparaîtra devant moi et me serait inconnu. Toi vivant, cela n'arrivera pas. Alors je vais te faire un cadeau. Un horrible cadeau , grinça-t-il, en lui faisant à nouveau face.

Ses lèvres se retroussèrent en un sourire effrayant. Harry les yeux perdus dans les siens sentit une vague de panique le saisir aux tripes.

- Tu vas vivre, pour voir le monde que tu chéris, tes amis que tu aimes, sombrer et devenir miens. Ta vie va s'enfuir. Tu seras le symbole vivant de ma victoire. Mort tu serais devenu martyr, tu me serviras bien mieux vivant , dit-il comme s'il prononçait une terrible sentence.

Harry avait l'impression que quelque chose arrivait... Des ténèbres ? Non pire que cela, il avait la soudaine et atroce certitude.

- Tu ne mourras pas, oh non ! Harry Potter, sais-tu pourquoi les sorciers ont besoin d'une baguette pour exercer leur pouvoir ? Sais-tu pourquoi, j'avais besoin de ton sang ? Sais-tu que tes amis feront tout pour que tu vives et que cela sera leur perte ? Je te lance un défi ! Chaque année à l'anniversaire de ta défaite, viens essayer de me tuer sur le lieu de notre premier combat, mais si tu perds, je prendrais l'un de tes amis en prix... N'oublie pas petit pion...!

Un rire terrible le frappa en même temps qu'une multitude de douleurs et de souvenirs qui n'étaient pas les siens. Il hurla et s'effondra à terre sur les dalles froides du Manoir. Et dans les affres de la douleur, il vécut impuissant au reste de la scène.

Le Seigneur des Ténèbres prit sa propre baguette et la brisa pour sceller le sortilège qu'il venait de lancer : désormais il n'en avait plus besoin. Son rire résonna longtemps en écho en Harry.

A moitié inconscient, il sentit qu'on le portait pour le jeter rudement dehors. Du sang s'écoulait de blessures qu'il ne souvenait pas avoir reçu. Son esprit s'abîma dans le néant. Il ne vit pas que ses amis vinrent le chercher malgré la crainte d'un piège. Il ne sut pas à quel point ils veillèrent sur lui.

C'était un joli jour de mai, un peu moins de trois mois avant que Harry Potter n'atteigne ses vingt ans. Un temps splendide et un temps heureux.

Le dernier jour de paix.

Car le lendemain, la damnation du monde commença...

Chapitre 1 – Le Roi

Cela faisait deux ans que Tom Jedusor avait vaincu Potter. Deux ans qu'il était tout puissant et que tous pliaient devant lui. Le monde lui-même s'était agenouillé devant lui, s'offrant dans sa défaite totale. Bien sûr il avait fallu un peu de temps avant que chaque nation moldue n'accepte sa défaite, mais... cela avait été amusant de les soumettre, les uns après les autres. Oui très amusant. Mais aujourd'hui... Plus rien ne paraissait pouvoir trouver grâce à ses yeux.

Le Seigneur des Ténèbres regardait d'un air ennuyé ses fidèles Mangemorts torturer un moldu. Un sort de silence étouffait ses hurlements de douleur. Du sang coulait lentement des blessures faites avec art par ses implacables bourreaux, et tâchait goutte à goutte le sol de marbre blanc. De leurs baguettes quelques Mangemorts cisaillaient chaque parcelle de peau de leur victime, presque par ennui. Car les journées s'écoulaient semblables.

Un bref murmure, un geste à peine esquissé et Voldemort mit fin à la vie de l'homme. Avec autant d'indifférence que s'il avait soufflé la flamme d'une bougie.

- Nettoie, sang-de-bourbe , dit-il d'un ton sec à une esclave.

La jeune femme se hâta d'obéir. Elle ne savait que trop bien que sa vie ne tenait qu'à un fil, et que sa mort pouvait être extrêmement longue et douloureuse... Un collier métallique l'empêchait d'utiliser toute magie, ses pouvoirs étant vampirisés par l'objet. Elle savait aussi qu'à sa mort, le Seigneur des Ténèbres ferait don de ce collier chargé de pouvoir à l'un de ses fidèles Mangemorts ou alors l'un des nobles Sang-pur... Il n'y avait rien qu'elle puisse faire. Rien du tout. Et sans la moindre expression elle lava le sang qui s'incrustait dans le sol très blanc. Tout en maudissant intérieurement le nom mille fois haï de Harry Potter... le Vaincu.

Les Mangemorts, leur jouet mort, regardèrent leur maître. Seuls quelques d'entre eux étaient présent parmi les quinze que comportait leur groupe. Quinze désormais car certains avaient péri deux ans auparavant : Rabastan Lestrange le frère de Bellatrix, Nott, et Crabbe senior. Trois avaient fait leur entrée : les fils de Crabbe et Goyle, de même que celui de Lucius Malfoy... Quinze Mangemorts. Ils avaient été nombreux après sa victoire à vouloir eux aussi faire partie de ce prestigieux groupe, mais le Seigneur des Ténèbres avait refusé. Il avait seulement accordé aux Sang-pur des titres de noblesse et divers domaines, ainsi que le droit de vie, de mort et de propriété sur les moldus. Les Sang-mêlé avaient été mis à l'écart, méprisés et sans aucun droit à l'éducation... Seuls ses fidèles Mangemorts avaient le pouvoir... Et puisque leur pouvoir devenait sien, il avait le pouvoir absolu. Douce ivresse.

- Bellatrix ma douce, commença Tom, tout est bien calme.

- Vous semblez le regretter Maître, dit la jeune femme aux longs cheveux noirs.

Ses yeux noirs acérés notaient tout, et elle était très attentive à l'humeur de son maître vénéré. Car elle était celle en qui il avait une confiance totale et elle le servait avec un dévouement confinant au fanatisme le plus absolu...

- Voulez-vous que j'organise une chasse aux moldus , suggéra-t-elle.

Le Seigneur des Ténèbres ne répondit pas, se levant lentement.

- Non ma douce... Ce que j'aimerais, tu le sais !

Sa voix avait claqué sur ces derniers mots.

- Maître..., murmura Bellatrix dans une vaine tentative pour s'expliquer.

- La bibliothèque de Poudlard..., la coupa-t-il. Les rescapés de l'Ordre du Phénix... Potter... Cela... traîne !

La jeune femme se mordit les lèvres. Son Maître venait de mettre le doigt sur son seul échec en deux ans. Elle tourna nerveusement les bracelets de pouvoir à son poignet : colliers d'esclave, devenus par un habile sortilège sources d'un pouvoir immense. Mais comme les autres Mangemorts, elle devait toujours utiliser sa baguette.

- Je n'ai pas trouvé qui était leur gardien du secret, dit-elle enfin mortifiée par son échec.

- Qui , cria brusquement Voldemort. Mais qui cela peut-il être puisque je détiens toujours ce vieux fou de Dumbledore , explosa-t-il avec un bref geste à une ombre immobile dans un coin de la salle.

A ses colères toujours terribles et soudaines se mêlaient désormais des émanations à l'état brut de ses pouvoirs : les vitres de la salle explosèrent en un accord discordant et une pluie de verre s'abattit sur les personnes présentes. D'un mot Voldemort leur rendit leur aspect antérieur, avant de fixer à nouveau sa fidèle Bellatrix.

- Ils ne sont guère nombreux, subodora la sorcière. Je ne vois que le demi-humain, ce Lupin, comme gardien du secret, avança-t-elle. Mais personne ne l'a vu depuis des mois...

- Un loup-garou, gardien du secret ? Un être impossible à contrôler trois jours par mois , ricana Voldemort. Non... Tu te trompes sûrement, mais...

Il s'approcha et lui releva le menton d'un geste doux de la main, plongeant son regard reptilien dans le sien :

- Trouve l'Ordre du Phénix, trouve la bibliothèque et mon pion ou ma douce, je crois bien que tu me décevras..., chuchota-t-il d'une voix soyeuse.

Mais aucun de ces mots acérés n'était doux : tous étaient menaçants.

- Oui Maître.

Elle quitta la salle, en colère. Elle haïssait ses échecs. Et plus que tout, elle détestait décevoir son Maître. Elle résolut de suivre une idée dont elle n'avait jamais démordue avec le temps : elle restait persuadée que Severus était un traître. En le suivant, peut-être aurait-elle un indice pour le mener aux vermisseaux qui échappaient à son Maître ?

Et la cour personnelle de Lord Voldemort, souverain de ce monde, reprit ses macabres occupations. Un cri s'échappa avant qu'un nouveau sort de silence ne soit jeté sur une nouvelle victime...

OOOOooooOOOOoooo

Draco Malfoy ouvrit la porte de la bibliothèque. Il savait déjà ce qu'il y trouverait. Il y était souvent entré ces deux dernières années... Pour lui hurler sa rage, sa colère. Pour le secouer aussi. Mais tout cela en vain...

Et quand il entra, la pièce était plongée comme toujours dans une pénombre peu agréable. Draco s'avança, se souvenant comme à chaque fois, quel défi cela avait été de ramener la bibliothèque entière de Poudlard après la défaite de celui qui y vivait désormais... La pièce avait été magiquement agrandie pour accueillir les milliers d'ouvrages. Dans l'air flottait une odeur de poussière à laquelle se mêlait, encore très légère, une senteur persistante de moisissure. Draco eut un sourire fugitif : Severus pestait à chaque qu'il entrait, se plaignant qu'on s'occupait bien mal des ouvrages de sa propre bibliothèque. Il avait prétendu devant le Seigneur des Ténèbres qu'on lui avait volé ses livres et au fond... il n'avait guère menti puisque c'était Hermione qui l'avait forcé : elle l'avait accompagné chez lui et Draco n'avait jamais su exactement comment, elle l'avait convaincu de les laisser emmener tous ses précieux ouvrages.

Elle avait fait preuve de clairvoyance, car peu de temps après, le Seigneur des Ténèbres avait demandé à Severus certains de ses ouvrages rarissimes... qui avait en toute honnêteté avoué s'être fait dépouillé, sans doute par l'Ordre du Phénix. Ordre moribond mais toujours vivant. Et quand le Seigneur avait eu connaissance du vol de la bibliothèque de Poudlard, il avait été... furieux. Son pouvoir avait détruit une aile entière de son Manoir...

Draco connaissait les méandres des allées de cette bibliothèque et surtout... Il savait où il se trouvait. Il s'arrêta pour l'observer.

Harry Potter fixait les flammes de la cheminée. Comme toujours, son regard était éteint, comme s'il ne pouvait qu'ignorer ce qui l'entourait. Le visage pour le moment dénué de toute expression, il se penchait vers les flammes, presque voûté. Comme s'il était trop âgé. Draco remarqua que l'elfe de maison qui s'occupait de lui était là, discrète dans un coin sombre.

Le jeune sorcier nota les quelques mèches blanches dans les cheveux du Vaincu. Plus nombreuses au fur et à mesure des mois... depuis ce fameux combat qu'il avait perdu.

- Potter, dit-il seulement.

Sa voix n'était plus ni lente ni moqueuse. Les épreuves l'avaient durci, et sa voix possédait désormais une tonalité froide. Presque dangereuse... Harry ne le regarda même pas, ne sursauta pas. Il était là devant lui, mais son esprit avait fui...Draco fit quelques pas et s'assit en face de lui.

- Toujours pareil, hein ! Tu n'es toujours pas là..., fit-il amer.

Une amertume qui revenait souvent. Il releva sa manche, contemplant la marque haïe convoitée par tous aujourd'hui. Le pouvoir faisait toujours envie...

- J'ai fait tout ça pour rien au fond. Le monde vacille et s'éteint peu à peu. Et toi tu fixes les flammes. Toute la souffrance que j'ai subi, mon avilissement... Tu ne voies même pas que je suis là !

Draco cracha ces derniers mots. Harry frémit, mais Draco savait que ce n'était pas à cause de lui. Celui qui fut appelé le Survivant attendit un moment puis se leva et alla prendre un livre. Comme toujours alors, il avait le front crispé, comme si chaque geste, chaque acte nécessitait une intense concentration de sa part.

- Ah oui, bien sûr tu lis. Enormément. Je me demande quand tu auras fini de lire tous les vieux ouvrages de Poudlard et ceux de Severus. Puisque tu ne parles plus, personne ne sait ce que tu cherches...

Harry laissa tout à coup tomber le livre pour s'effondrer au sol, des larmes silencieuses coulant sur son visage, des sanglots sans bruit le déchirant, avant que de hurler finalement de douleur. Comme si celle-ci devenait à chaque fois trop forte pour être contenu. Des blessures apparurent comme par magie sur son corps. Comme s'il était la proie invisible de forces dévastatrices qui le meurtrissait sans pitié, sans jamais le tuer, car après coup, la magie défaisait ce qu'elle avait fait. Le guérissant après l'avoir torturé.

Draco s'était levé d'un bond pour aller près de lui et le prendre dans ses bras. Pour le bercer puisqu'il ne pouvait rien faire d'autre.

Combien de fois l'avait-il fait ? Combien de fois l'avaient-ils tous fait ?

La chaleur de son corps contre lui témoignait qu'une vie logeait bien là dans ce corps éteint... Draco entendit une brève explosion et sut que l'elfe de maison était parti chercher de quoi le soigner... Vraiment seul, il contempla le visage crispé de douleur du jeune homme. D'une main tremblante, il lui effleura les cheveux en une caresse d'apaisement, car c'était tout ce qu'il pouvait faire... Draco laissa son esprit revenir à la première fois qu'il avait vu Potter dans cet état... Il l'avait regardé se tordre dans une souffrance inhumaine et incompréhensible pour lui, au sol sans bouger. Et puis ce silence, cette douleur...

Draco avait eu l'impression d'être frappé de plein de fouet : il voyait quelqu'un souffrir, sans savoir pourquoi. Il était impuissant et aurait aussi aimé être indifférent, mais... Cela non plus, il ne savait pas pourquoi.

Peu à peu au fil des semaines, ils avaient tous fini par comprendre que Potter souffrait toujours ce combat perdu. Dans son esprit et dans sa chair. Plus encore quand ils avaient compris que Potter était toujours relié au Seigneur des Ténèbres... D'une façon atroce pour lui car rien, ni potion ni sortilège ne paraissaient soulager ses souffrances...

La porte de la bibliothèque s'ouvrit et des pas tranquilles troublèrent le calme relatif de la bibliothèque. Fumseck, le phénix de Dumbledore, vint alors se percher sur l'épaule de Draco, avant, comme à chaque crise, de guérir plus rapidement Harry par le pouvoir de ses larmes. Draco ne cessa pas ses caresses, car même si les blessures se refermaient tellement vite, la douleur étreignait toujours Harry... C'était un paradoxe que nul ne comprenait vraiment.

Les pas se rapprochaient de ces deux hommes enlacés dans une parodie d'étreinte, avant que leur auteur ne s'arrête près d'eux. Draco releva la tête vers l'arrivant dont la présence le ramenait ici dans ce présent où il berçait un jeune homme de presque vingt-deux ans et n'en avait pas honte.

Severus Snape s'approcha de l'endroit où Draco serrait Potter contre lui. Ses yeux noirs toisèrent les yeux gris du jeune Mangemort.

Severus ouvrit la bouche puis préféra se taire. Il s'assit dans un fauteuil et avisa un échiquier à la partie inachevée. Remus venait souvent pour tenir compagnie à Harry. Et il jouait seul aux échecs. Severus pensait souvent que l'Ordre basculait peu à peu dans la folie qu'amène le désespoir le plus total... L'Ordre du Phénix ne renaîtrait sans doute jamais de ses cendres. Sur l'échiquier abandonné par Remus, un petit pion blanc, sans doute égaré dans les lignes ennemis, arrivait à la dernière case de l'échiquier. Deviendrait-il roi ?

La douleur qui déchirait Harry se calma peu à peu. La crise passait, avec une lenteur désespérante. Severus leur jeta un coup d'oeil avant de dire enfin :

- Il tue encore quelqu'un. Il s'ennuie...

Draco hocha la tête :

- Oui, cela ou n'importe quel autre sortilège...

Ils avaient fini par faire le lien entre les crises de Harry et les actions du Seigneur du Ténèbres. Lien maudit.

- Il ne redeviendra jamais lui-même, murmura Draco sans cesse de l'étreindre, toujours à terre.

Ses propres mots le crucifiaient. Car il avouait ainsi abandonner tout espoir. Faisant de son acte un acte de désespoir.

Severus hocha la tête, passa une main sur son visage comme chasser sa fatigue.

- Le monde sombre, murmura-t-il, épuisé. Je ne suis pas sûr que désormais il soit possible de le retenir. Peut-être est-il trop tard...

- Peut-être, peut-être pas... On ne le saura qu'en essayant, murmura le sorcier blond.

Draco se releva, aidant Harry à faire de même, puis il l'aida à s'asseoir. Il s'accroupit alors devant lui pour chercher son regard. D'un vert sans vie. Draco soupira.

- Tu veux vraiment essayer , demanda Severus.

- Oui, fut la réponse.

Si simple, presque évidente... Draco sortit de sa poche la plume du phénix qu'il avait retrouvé un mois plus tôt. Il avait attendu que le Seigneur des Ténèbres fasse la réflexion comme quoi il la cherchait. Que son trophée avait disparu... Draco en avait conclu qu'il l'avait oublié, et s'était décidé à subtiliser la plume.

Il la contempla, repensant à la conversation avec Hermione Granger des mois plus tôt.

« Si tu peux, trouve-la, lui avait-elle demandé. Trouve la plume qui était dans la baguette de Harry.

- Je ne comprends pas. Fumseck est ici, il suffit de lui prendre une plume et...

- Si les choses étaient si simples, je l'aurais déjà fait..., l'avait-elle interrompu. Ecoute Draco, pendant près de neuf ans Harry a utilisé sa baguette, il l'a porté sur lui en permanence. Avec la plume qu'elle contenait, qui par conséquent a été imprégnée de sa magie. Je sais que c'est risqué pour toi, mais c'est la seule solution que j'ai trouvé pour essayer de le sortir de là...

- Et qu'est-ce que tu veux d'autre , avait ironisé Draco.

- Du sang de Voldemort, avait-elle répliqué sérieusement. J'ai fait de nombreuses recherches, et si je veux tenter de rompre le lien entre Voldemort et lui, il me faut de son sang. De la même façon qu'il a eu besoin du sang de Harry pour renaître.

- Tu es folle , s'était moqué Draco.

Elle l'avait regardé posément, avant de dire :

- Non je veux le sauver, il est notre seul espoir. Et si tu ne pensais pas comme moi, tu ne serais pas ici avec moi à cet instant !

Elle avait crié ces derniers mots et ses yeux étaient devenus brillants de larmes contenues.

- C'est évident que je ne suis pas ici parce que j'y suis bien, avait répliqué Draco avec une certaine insolence.

Histoire de chasser l'émotion que ces mots avaient suscités en lui.

- Je suis prête à faire le pari qu'il n'y a aucun lieu où tu te trouves bien, avait-elle relevée.

La justesse de sa remarque l'avait touché et il était resté silencieux. Elle avait poursuivi :

- Bien sûr, tu ne nous aimes pas mais... et lui Draco ?

Il avait détourné les yeux un instant, avant d'affronter la jeune femme :

- Ne te méprends pas, je n'aime tout simplement pas ce monde.

- Et c'est pour cela que tu le tiens dans tes bras à chaque crise !

- Tout le monde le fait.

- Pas comme toi Draco, pas comme toi...

Et elle s'était tu et avait quitté la pièce. Il avait couru et l'avait rattrapé pour dire ce qui lui brûlait les lèvres depuis des mois. Ces mots longtemps retenus car ce n'était pas à lui de les révéler à la jeune femme. Mais avec ce qu'elle venait de lui demander, il n'avait plus guère le choix...

- Hermione...

C'était la première fois qu'il l'avait appelée par son prénom... Elle l'avait regardé avec étonnement.

- Il faut que tu saches... Le Seigneur des Ténèbres... Il a...

Il avait soupiré, c'était si difficile à dire... Si pénible de lui révéler la vanité de ses espoirs.

- Il a crée une chaîne, à travers les Mangemorts.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Nous sommes son pouvoir, il le puise en nous et nous sommes...

Que c'était difficile... Il avait fermé les yeux un instant pour les rouvrir et fixer Hermione :

- Si on lui lance un sort pour le tuer, ou encore si on lui donne un poison ou même s'il fait une chute mortelle, avait-il lentement commencé, c'est l'un de membres de la chaîne qui mourra. Tant que nous sommes... TOUS vivants, il est impossible de le tuer, dit-il finalement. Et il a sa disposition toute notre énergie magique.

Hermione avait pâli. Avant d'avoir une réaction surprenante.

Elle l'avait pris pour le serrer contre elle, avant de murmurer :

- Dis-moi ce que tu choisis...

- Une vie agréable bien qu'étant esclave et un monde perdu, ou ma mort et un monde à reconstruire, avait-il récapitulé avec ironie encore pour se protéger des émotions qui lui nouaient la gorge.

Elle avait hoché la tête.

- Je ne sais pas, avait-il enfin avoué. Je ne sais pas du tout.

Il l'avait serré fort contre lui, en un vain réconfort auquel il n'avait nul droit... Avant de repartir sans un mot. »

- J'ai choisi. Severus..., ajouta Draco sans finir.

- Je vous laisse, comprit aussitôt l'ancien maître des potions. Et je les tiendrai à l'écart d'ici le temps qu'il te faudra.

- Merci, dit Draco presque distraitement, ses yeux fouillant à nouveau ceux de Harry.

Severus, expert dans le sortilège du legilimens, n'avait pu voir ce qui était arrivé à l'esprit de Harry. Quelque chose l'entourait, l'isolait. Etait-ce le choc de la perte de sa baguette ? Etait-ce le sort jeté par Voldemort ? Etait-ce le lien entre eux ?

La porte se referma doucement sur eux. L'elfe de maison n'était pas revenue et c'était tant mieux.

Draco au fur et à mesure de ses quelques recherches avait découvert l'existence de la magie du sang, celle dont s'était servie la mère de Potter. Il y avait aussi celle utilisée avec les baguettes. Mais Draco avait découvert que les baguettes n'avaient pas toujours été employées : avant les sorciers disposaient de leur pouvoirs sans aucun objet. Mais le prix était que les pouvoirs magiques étaient indisciplinés et incontrôlables... S'en servir n'allait pas sans risques.

Il avait remarqué que toutes les recherches de Potter s'orientaient sur les pouvoirs. Comme si, bien que perdu dans un lieu où nul ne pouvait l'atteindre, il se battait encore. Sans lâcher prise, encore et encore.

Draco contempla la plume se demandant ce qu'il faisait là. A part qu'il n'aimait pas ce monde atroce...

Il passa la plume usée sur les lèvres de Harry. Qui leva une main pour la lui prendre. Draco crut sans être certain voir un éclat dans son regard comme si le Potter qu'il avait connu était là, bien là. Mais enfermé par quelque chose.

Draco avait bien réfléchi : il allait utiliser la magie du sang. Son sang puisqu'il était impossible d'obtenir celui du Seigneur des Ténèbres... Il ne l'avait pas dit à Hermione, préférant essayer seul. Il lui avait demandé le livre indiquant ce qu'il devait faire, en lui jurant de lui rendre, puisqu'elle seule voulait prendre ce risque. Il avait menti, évidement... Il sortit une petite dague et releva sa chemise pour faire une discrète blessure près de l'aine.

Il imbiba la plume de phénix de son sang, avant de murmurer quelques mots et d'achever par un mouvement de baguette de jeter le sortilège.

La plume se ficha dans la poitrine de Harry. Ses yeux s'ouvrirent en grand, et de l'énergie vitale de Draco s'écoula vers lui.

Draco serra les dents. Il allait sentir qu'il se passait quelque chose. Peut-être ne pourrait-il plus revenir. Il allait mourir par sa marque sans doute... Il découvrait que cela n'avait pas tant d'importance, au fond...

Ses yeux se fermèrent, un noir l'envahit, l'entraînant dans les brumes de l'inconscience. Une seule certitude : la magie du sang ne marchait qu'avec de l'amour. Ou la haine la plus noire. C'était ce que le livre avait révélé. Oui, certes Hermione aimait Harry comme un frère, mais lui... C'était pour cela qu'il espérait ne pas se tromper en se disant qu'il était le seul à pouvoir faire cela. Il espérait seulement que son énergie vitale le réveillerait enfin.

OOOOooooOOOOoooo

Severus referma doucement la porte de la bibliothèque. Il s'était retenu de dire à Draco quelle erreur il faisait. Vouloir aimer était une erreur dans ce monde, encore plus quand on était un Mangemort. Il n'avait rien dit, car... D'une part parce que lui-même l'avait commise cette erreur, et d'autre part... D'autre part, parce qu'il ne pouvait le regretter.

Il soupira. En aidant Potter, c'était comme si Draco avait scellé leur destin à tous. Le monde valait-il la peine qu'ils meurent ? Il eut un sourire froid. Peu lui importait le monde au fond... Jamais il ne lui serait venu à l'idée d'aller le disputer au Seigneur des Ténèbres. Et peu de temps auparavant, il en aurait pensé pareil de sa vie...

Plus maintenant.

Il y avait une paire d'yeux marrons qui lui réchauffait le coeur. Ce coeur qu'il était persuadé de ne plus avoir. Une langue acérée qui l'empêchait - mais parfois seulement - d'avoir le dernier mot. Un esprit si intelligent et vif que jamais il ne pouvait se lasser de parler avec elle. Un corps si doux... Il arrêta là ses pensées, et bénit son don d'Occlumens. Si fort qu'il n'avait jamais pu lire en lui.

Si puissant qu'il pouvait céder à la tentation de l'aimer, de l'étreindre. De se coucher en espérant qu'il n'y ait plus jamais d'aube. De s'abandonner dans ses bras confiants...

Et ce bonheur l'effrayait car il ne pouvait durer.

Severus Snape le savait bien, il en était toujours ainsi.

OOOOooooOOOOoooo

Draco se réveilla lentement, son coeur battant sourdement à ses oreilles. Il se sentait bizarre, un peu nauséeux. Il se rappela peu à peu ce qu'il avait fait... Tout était calme. Une bûche craqua dans la cheminée. Il ouvrit lentement les yeux.

- Tu es fou Malfoy, dit une voix près de lui.

Une voix qu'il n'avait pas entendu depuis une éternité.

- Tu es guéri, croassa Draco.

Sa gorge sèche le blessait. La lueur des flammes lui permettait de voir que le jeune sorcier, qui était resté coupé du monde pendant des mois, l'observait. Qu'il était là. Qu'il le regardait, enfin...

- Non, pas exactement. C'est toujours là, expliqua Harry, laconique.

- Quoi ?

- Le sort qu'il m'a jeté, précisa Harry.

Sans comprendre, Draco se releva lentement du canapé où il était allongé. Un léger vertige le saisit, son coeur battant toujours fort. Puis une faiblesse persistante s'installa. Il ramena ses cheveux en arrière pour les empêcher de tomber dans ses yeux.

Une migraine commença à marteler ses tempes en un doux solo. Pour le moment.

Harry le fixait, avec ses yeux verts à nouveau vivants. Pourtant quelque chose restait différent... Harry semblait plus dur que dans son souvenir. Ou étaient-ce les mèches blanches ? Ses pensées étaient encore confuses...

- Combien de temps suis-je resté ainsi , demanda enfin Harry.

- Presque deux ans.

- Deux ans ? Et que s'est-il passé pendant tout ce temps ?

- Le monde lui appartient, dit-il sans avoir préciser de qui il s'agissait. Il l'a modelé suivant ses désirs. Avec le lot prévisible d'esclaves, de tortures et autres joyeusetés, expliqua Draco avec amertume.

Et beaucoup de lassitude. Il avait découvert qu'on pouvait s'habituer aux horreurs, aux atrocités. Il avait découvert que cela n'allait pas sans prix très lourd : la paix de l'âme et le dégoût de soi-même. Certains pouvaient se complaire dans cette situation, y trouver plaisir même, mais pas lui. Pas avec les cauchemars qui ne le laissaient plus en paix.

- Parce que j'ai échoué, murmura Harry très sombre. Parce que ma baguette n'est plus.

La plume de phénix utilisée par Draco était devenue noire, prête à s'effriter. Harry la contempla entre ses mains.

- Nous avons réussi à te trouver une autre baguette au cas où..., promit Draco.

Inutile de dire que c'était celle d'Albus. Que c'était la seule dont ils disposaient.

Harry resta silencieux. Mais tous deux le savaient : il ne pourrait utiliser qu'une baguette qui serait sienne. Draco s'était raccroché à cet espoir. A lui. Mais à présent, il doutait que ce jeune homme aux mèches blanches puisse faire la différence. Ses paupières s'alourdirent.

Draco Malfoy s'endormit épuisé.

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Mmh, suite aux mails que je viens de recevoir, il semblerait que le site interdise désormais aux auteurs de répondre aux reviews de leur lecteurs... comme je tiens énormément à vous répondre, je le ferais quand même !

Bisous à tous !