Marche dans les Ténèbres

Prologue

« Sasuke a plongé dans l'obscurité... » Hyuuga Neji – ch. 193

Le jour ou il avait décidé de rejoindre le Son, Sasuke ne s'était certainement pas attendu à ça.

Sasuke était quelqu'un d'intelligent et de lucide la plupart du temps, et connaissant la réputation d'Orochimaru, il s'était préparé à être testé dès le premier jour.
Le Serpent lui demanderait sans doute d'abattre un prisonnier, peut être même un ninja de la Feuille, ou quelque chose du même acabit, histoire de prouver sa loyauté...
Cela ne posait pas de problème particulier à Sasuke. Les autres ninjas n'était rien pour lui, rien qu'un obstacle potentiel entre lui et Itachi. Et si éventuellement leur mort pouvait l'aider à devenir plus fort, à gagner sinon la confiance, du moins le crédit d'Orochimaru… hé bien il était déterminé à faire le nécessaire.
Ils n'étaient rien pour lui.

Et en fait, il ne s'était qu'a moitié trompé, et ce test là viendrait plus tard, plus durement qu'il ne s'y attendait. Mais pour le moment, rien de ce qu'il avait pu imaginer ne l'avait préparé à ça.

Il adressa à la jeune servante qui se tenait devant lui un regard sans équivoque, le même genre de regard que si elle lui avait présenté un tutu rose et une paire de ballerines au lieu de ça.
Ca étant l'uniforme du Son : le bandeau frontal bien entendu, la tunique beige-rosée, et surtout le noeud en guimauve qui servait de ceinture…
Orochimaru était peut être un putain de ninja de génie, mais au niveau du goût vestimentaire il ne valait pas mieux que Maïto Gaï.
Il n'espère quand même pas que je vais porter ça, n'est ce pas ?
« Sasuke-sama, s'il vous plait ? »
La servante n'avait visiblement décodé le regard 'C'est une plaisanterie, n'est ce pas ?', et à juger par son expression expectative, Orochimaru exigeait bel et bien qu'il mette la tunique rose… et le nœud…
Sasuke hésita un instant : c'était probablement un test d'une manière ou d'une autre. Plutôt d'une autre d'ailleurs… Le Serpent ne faisait jamais rien sans motif ultérieur qui se révélait souvent passablement tordu…
Mais au final ça ne changeait pas grand-chose : tant qu'il serait vivant et en état de tenir un kunaï, Sasuke Uchiha ne passerait pas une tunique tirant sur le rose, et certainement pas un espèce de nœud géant ayant l'air tout droit sortit d'une confiserie.

Et c'est exactement ce qu'il répondit à la servante, bien que de manière moins imagée mais tout aussi définitive. La jeune fille baissa les yeux d'un air effrayé.
« Mais, Orochimaru-sama… »
Sasuke songea une fraction de seconde à invoquer les Règles de Conduite du Clan Uchiha comme prétexte, avant d'abandonner l'idée. Le sous paragraphe six, alinéa b des Règles stipulaient clairement qu'un Uchiha ne portait pas de couleurs tirant sur le rose, ou tout autre teinte susceptible de jurer avec son Sharingan (ce qui aurait été, il faut bien l'avouer, le comble de l'humiliation…) Et, quelque soit son sexe ou son âge, un Uchiha ne portait en aucun cas de nœud. Que ce soit dans les cheveux, pour arrêter un bandage ou quoi que ce soit d'autre. En aucun cas.
Et si Itachi avait décidé d'humilier un peu plus le Clan en se baladant avec une cape ornée de petits nuages rouges (par tout les Dieux, des nuages !), grand bien lui fasse. Sasuke n'en resterait pas moins au bleu marine, noir, blanc, beige, et éventuellement gris. Point.
Et Itachi pouvait même se peindre les ongles en violet si ça lui chantait, et aller en enfer ensuite (de préférence avec un Chidori logé dans le corps), il était toujours hors de question que lui, Sasuke, enfile ne serait-ce que pour une seconde l'un des 'vêtements' proposés par le Serpent tant que ceux-ci seraient rose ou nœud-nœutés.

La servante du voir l'éclair dangereux dans les yeux du jeune homme, car elle battit en retraite, et revint finalement avec une tunique bleu nuit tellement foncée qu'elle tirait sur le noir et une longue ceinture beige.
Sasuke enfila la tenue, constatant avec soulagement que le col haut masquait le sceau maudit. Il récupéra également avec satisfaction sa pochette à kunaï et son étui à shuriken.
Puis, avec le sentiment diffus de franchir une frontière invisible, comme un point de non retour, il noua lentement le bandeau du Son.
Il avait quitté Konoha, mais son combat avec Naruto avait été quelque chose de personnel. Juste entre lui et l'Idiot.
Porter sur le front un symbole autre que celui de la Feuille rendait la chose terriblement concrète… définitive.

Il observa un long moment le jeune homme dans la glace, celui qui portait le signe d'un village ennemi.
Puis il se détourna, un indéfinissable goût amer dans la bouche.
C'était le Chemin qu'il avait choisit.