Merci à ceux qui ont répondu à mon appel et m'ont fait part de leurs réactions. J'ai fait les RAR par mail, un peu vicieusement, sans dévoiler mes batteries.

Le Loup et l'Azur est la suite de Journaux Croisés ( à mon humble avis, cette fic ne peut pas être lue indépendamment).

C'est une nouvelle histoire, mais surtout pour une question de forme, car nos deux narrateurs abandonnent la rédaction de leurs journaux respectifs. Et là, je vous promets une véritable fin.

A l'origine, JXC et LAZ était un seul et même texte (et même un seul gros fichier Word, à la grande frayeur de Monsieur Guézanne.. il ne sait pas ce qu'il y a dedans, mais c'est lui qui s'occupe des sauvegardes avec son ingéniosité et son efficacité coutumières….) et donc, mon intention n'a jamais été de conclure sur une fin avortée. Mais je ne pouvais pas continuer sous la forme du double journal, puisque mes narrateurs ont, chacun de leur côté, abandonné la plume.

Il me fallait donc procéder à une coupure, d'où l'idée de cette fin … qui était simplement celle des journaux intimes, et non pas de l'histoire.. il y avait trop de pistes à continuer et, comme me l'écrivait Astorius, de promesses à tenir.

Donc, mes excuses à Fénice et Zazaone qui avaient sagement ( ?) pris acte de l'(in)achèvement de FXC et qui, j'espère, seront quand même intéressées par la suite… suite souhaitée, entre les lignes, par Fée Fléau, Saskia et Astorius.

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Mentions légales lié à la propriété intellectuelle et aux droits d'auteur.

J'utilise des personnages de Madame Rowling, des lieux et situations imaginés par elle, sur lesquels j'abandonne toutes prétentions que ce soit, y compris pécuniaires.

Le Loup et l'Azur continue bien sûr dans la veine UA à la puissance UA… l'action ne se déroule que partiellement à Hogwarts, le domaine d'action est plus vaste : de l'ouest à l'est de l'Europe, en passant par Paris, Glasgow et Londres , sans oublier les Cornouailles …

Et puis, à côté des personnages rowlingiens, d'autres, bon, je devrais dire des OC, mais je trouve que personnages fictionnels leur va mieux, et de ceux-là, je suis la mater certissima.

Les lecteurs de JXC en connaissent déjà certains, il y en aura d'autres, pas obligatoirement magiques et pas obligatoirement contemporains de l'histoire.

Très peu académique tout cela donc, mais mon ambition n'est pas de marcher sur les brisées de Dame Joan. J'espère simplement de pas me faire déréférencer et perdre de mon lectorat parce que j'aurais trop peu respecté les règles du jeu ! (En tout cas, ce premier chapitre est construit sur un événement du tome 3).

Cette fan-fiction est dédiée à Lénaléonyde qui m'a fait cadeau, il y a longtemps déjà, de son hugolienne épigraphe

L'azur du ciel sera l'apaisement des loups

La légende des siècles, l'Etoilé

Victor Hugo.

Et en hommage (un peu cruel) au loup dévoilé, ce premier chapitre est mis en ligne ce jour, 18 septembre, aux alentours de la pleine lune.

Bonne lecture !

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L'Azur – le loup dévoilé

Quelqu'un est derrière ma porte, je l'entends respirer, sur un rythme haché, douloureux, impatient également. Je me prends à espérer que c'est lui, qui vient me parler de lui et se révéler, enfin. Et m'aider à saisir, enfin, cette partie de moi qui m'échappe encore.

On frappe, je me précipite, ma main déjà sur la poignée, qui la tourne, précipitamment.

Ce n'est pas Remus.

C'est Severus.

Il a renoncé aux couleurs sombres, il est vêtu d'une grande tunique blanche, comme pour une célébration pacifique …

…ou un sacrifice.

A sa main gauche, il porte une bague, une fastueuse tourmaline , tantôt verte, tantôt noire, emprisonnée d'une lourde monture d'or.

« Oh, professeur Dazurs, quel enthousiasme pour ouvrir une simple porte ! J'étais donc attendu ? Pour un peu, vous m'auriez jeté vos bras au cou. »

Je pressens le danger, une lueur froide et folle dans ses pupilles dilatées, comme si, pour une fois, elles ne se contenaient plus. Mon instinct me dit de lui claquer la porte au nez, maintenant et à jamais. Il va détruire quelque chose – c'est cela l'éclat qui anime ses yeux, à tel point qu'ils sont presque aussi clairs que sa tunique.

Mais il devine mon geste, avance son pied, afin de bloquer le panneau, puis il me bouscule brutalement, et entre chez moi, me tirant par le bras à sa suite, et claquant rudement la porte derrière nous. Il relâche son emprise, nous nous faisons face. Je me mets à trembler, de froid, de peur.

« Eh bien, voilà, c'est votre jour. Votre jour à tous deux. Je vous l'avais promis, je vous le révèle aujourd'hui, son secret, sa vérité, qu'il a réussit à vous cacher, pendant tout ce temps »

il émet un petit ricanement, qui lui découvre les dents, plus que ne le font ses paroles.

« Avec la complicité de Dumbledore, et grâce à votre bêtise, aussi, je dois bien en convenir. Je regrette de devoir constater que, sur certains points, professeur Dazurs, vous êtes d'une incomparable idiotie. »

Je voudrais lui hurler de parler, immédiatement, s'il avait une lame dans sa main, et qu'il la fasse voltiger à hauteur de ma gorge, j'aurais moins peur de lui. Mais je suis incapable d'émettre un quelconque son, le seul bruit que je pourrais faire en ce moment, c'est celui de moi, m'effondrant pitoyablement sur le sol. Mais il n'y a pas de pitié pour moi de la part de Severus Snape.

« Alors, voilà, c'était si simple finalement, ce que vous preniez pour une grandiose énigme romantique, j'ai bien peur que la vérité soit in fine plus prosaïque, simplement immonde, simplement mons-tru-euse. Ahaah, vous en êtes-vous rendu compte, vous avez battu des paupières trois fois,

mons un battement,

tru un deuxième battement,

euse, un troisième et dernier.

C'est finalement comme si je venais de vous gifler trois fois de suite. Sans me faire mal aux mains. »

Il se met à rire, un rire tonitruant qui écrase ce que je pouvais encore lui opposer, le rire qui s'épanouit et résonne dans le camp des vainqueurs.

Il reprend son souffle, se concentre pour le coup de grâce. Son regard flamboie, mais je n'ai jamais eu si froid. Il déploie ses mains à hauteur de son torse, tel un officiant.

« C'est un loup-garou.

Je viens de l'annoncer – officiellement – aux élèves et aux professeurs qui hm ne le savaient pas encore. Il était logique que cette situation ne se perpétuât pas plus longtemps, que ce monstre, ce demi-humain ne mît pas davantage en danger les élèves et les professeurs d'Hogwarts. Et comme vous n'étiez pas là et, eu égard aux liens hm intimes, dois-je dire cela ? non, pas intimes, vous n'en étiez pas encore là, n'est-ce pas ? donc des liens d'amitié, c'est cela, amitié, qui vous unissaient, vous unissaient, nous parlons à l'imparfait n'est-ce pas ? qu'il fallait que je vous prévienne en privé – ceci ne concerne que nous, vous et moi.

Alors où est-il maintenant, lui, le prince pas si charmant que cela, non ? celui qui devait me casser la gueule à chaque fois que je dirais la moindre chose sur vous ? Parti, enfui, comme un foutu lâche – il m'agrippe par les épaules, et me secoue, il me transfère la violence de ses paroles, pour que ni mon corps, ni mon esprit ne soit épargnés.

– Dans quelle tanière puante est-il aller cacher sa honte et … et son amour, car il vous aime, il vous a aimé presque depuis le premier jour ! Le saviez-vous ? Ou votre bêtise vous aura-t-elle empêcher de sentir ce dégueulasse fleuve d'amour qu'il déversait sur vous ? Mais que vous l'ayez su ou pas, quelle importance, comment pourriez-vous maintenant aimer un monstre ? Vous n'avez plus qu'à l'oublier, et à la rentré prochaine, Hogwarts devra se trouver un nouveau professeur de DCFM, et cette fois-ci, cette fois-ci, j'ose espérer que cet entêté de Dumbledore aura enfin compris la leçon et fera le bon choix. »

Etrange que je me souvienne si fidèlement ce qu'il me déclara, parce qu'il me semblait, au moment où il était devant moi, que son espèce d'infâme péroraison glissait sur moi, une sorte de logorrhée visqueuse qui ne pouvait plus m'atteindre.

La seule chose qui m'avait touchée, comme un coup de poing entre les deux yeux, c'était le secret de Remus, révélé, à moi, par un autre que lui, c'est-à-dire de la manière la plus affreuse qui se puisse imaginer.

Parce qu'il n'était pas là pour le partager avec moi, pour s'en décharger sur moi. Snape me l'avait collé brutalement dans les bras, et Dieu, que ce mot était lourd loup-garou, et je titubais sous son poids, ce poids affligeant dont Remus était pourtant toujours chargé – son absence faisait que nous ne pouvions pas en prendre chacun notre part. Remus n'était pas là pour voir que je faisais face.

Tout cela entre les deux yeux, en plein cerveau : Remus Lupin est un loup-garou, qui se transforme à chaque pleine lune et qui souffre irrémédiablement d'être un monstre une nuit par mois. Et de sa souffrance, je n'ai pas su trouver la cause… En puis en dessous, le cœur, occupé à autre chose, à une autre révélation, moi, Isolfe Dazurs, vient enfin de me rendre compte que j' aime Remus Lupin, irrévocablement, sans savoir depuis quand.

Ce que je pressentais il y a quelques jours est enfin arrivé, ce que je sentais en moi, je l'ai enfin libéré, ce que je me cachais, je l'ai accepté,

je l'aime, je l'aime, je l'aime, alléluia,

mais Snape est maintenant devant moi, et si je me trahis, il essaiera de me le faire rentrer dans la gorge, à grands coups qu'il est prêt à m'assener.

Donc, je dois le lui dissimuler à lui, debout, exultant devant moi.

« Où est-il ? Est-il … mort ? (Ce mot comme un blasphème).

- Mort, non ! quelle idée ! et pourtant ce serait une solution finale. Non, il s'est contenté de s'enfuir, simplement, lâchement, trop lâche pour se tuer, j'imagine. »

Une onde vient de passer sur son visage, il me relâche, je ne suis pas surprise de constater que je tiens debout, une force inédite est en train de grandir en moi, une énergie batailleuse qui se rappelle à moi.

« Et puis, il doit encore espérer que vous lui trouverez une solution !

– Une solution ?

– Oui, au fait d'être un loup-garou ! C'est ce qu'il a toujours espéré de vous. Ahaha, une solution, c'est vraiment trop drôle, la fin de sa malédiction, ahaha, comme s'il pouvait y avoir une…solution ! Un truc, - il claque des doigts - qui lui permette de redevenir un homme normal, dans tous les sens, oui les sens du terme. Aimer une femme, lui faire l'amour, lui faire des enfants. Car vous savez, n'est-ce pas, Isolfe, que les loups-garous, ne peuvent pas se reproduire. »

Le rire tire ses traits vers le registre du comique grotesque. Il est hideux, mais tout cela m'est indifférent. Je viens de me souvenir d'une chose, une minuscule réminiscence qui dormait au fond de moi. Je la sens qui s'agite de dedans de moi, contente que je m'occupe enfin d'elle, mais un peu mutine aussi, elle ne va pas se laisser attraper aussi facilement, elle va faire – gentiment – payer le fait de l'avoir trop longtemps oubliée.

Je suis tellement concentrée pour essayer de retrouver ce dont il pourrait bien s'agir, que mon cerveau a pris toute la place dans mon corps, il faut que je le déplie car dans un de ses recoins se trouve ce que je cherche. Voyons, si je procède par association : loup-garou, Remus, louve romaine, évidemment, mais le Remus antique est mort, le mien est vivant, même s'il s'est réfugié loin de moi, ses yeux doux, ô, comment ai-je pu ne pas comprendre ? donc Remus loup, loup, c'est le mot clef, on m'a parlé d'un loup il y a longtemps, j'étais enfant, le Petit Chaperon Rouge, non, c'est plus proche, plus personnel.

Je sens soudain la main de Snape sur mon bras, je l'entends me demander si je vais bien. Il était donc resté là, je ne m'en étais pas aperçue.

Je repousse violemment cette main importune qui est venue casser le fil de mon raisonnement, et maintenant je hurle, d'une voix que je ne suis jamais entendue, aigue et claironnante, et en même temps, je lui assène de grands coups sur le torse , et je l'oblige à reculer vers la porte.

« Partez, foutez le camp, disparaissez, laissez moi, tout ceci n'appartient plus qu'à moi. »

Il m'obéit, puisque finalement je me suis montrée capable de plus de violence que lui – violence contre violence, est-ce si simple que cela ? Avant de me quitter, il m'oblige à le regarder, ses yeux sont redevenus noirs, il me crache presque au visage

« OUBLIEZ LE, et pensez à vous. Je lui ai déjà dit une fois, vous ne pouvez rien pour lui. »

Je ne sais pas si c'est une ultime vengeance ou un adieu, et je n'ai pas besoin de le savoir. Tout va se jouer entre Remus et moi. Je sais que je vais devoir être forte pour atteindre mon but.

Pas de temps à perdre, je reprends, j'étais enfant, non plus tard, je ne sais plus, on m'a révélé quelque chose, qui me concernait, et qui concernait mon avenir.

Je suis fatiguée tout d'un coup, je m'assois, ici, non plutôt dehors, ah oui je me souviens, il fait un temps magnifique, quel absurde ironie, le bleu du ciel pourrait m'inonder de bonheur, et à la place l'urgence et la violence. Non, pas dehors, pas de réconfort pour moi, pour cette idiote de moi qui a compris trop tard.

Pourquoi n'a-t-il rien voulu me dire, il ne m'a jamais fait confiance, je n'aurais pas fui, il m'aurait enfin et directement mise en face de mon destin.

Destin, oui voilà c'est une prédiction qui m'a été faite, qui me parlait de loup et d'homme, il y avait plusieurs loups, deux, oui je vois les mots de cet oracle qui avancent vers moi, qui se dévoilent enfin : je vais pouvoir les saisir et les comprendre.

Est-ce de cette compréhension que parlait mon rêve de l'hiver dernier, à l'époque où je ne voyais, ni ne comprenais encore rien ? Il y avait deux hommes dans ce rêve, deux hommes dans la prédiction ? Mes tempes palpitent comme des affolées, j'entends le sang qui se cherche en moi.

Quand je ferme les yeux, mes paupières sont comme une nappe rouge.

Je suis arrivée dans ma chambre, je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir bougé. Je fais l'obscurité dans la pièce, que le bleu stupide reste à l'extérieur, je dois me plonger dans la sombreur de la mémoire.

Deux loups, deux hommes, et il manque encore quelqu'un, le pivot de la prédiction, le pivot de ma vie, mon bien-aimé. Oh le mot vient de me porter un coup tendre, à l'exact milieu de moi, la ligne de tous les dévoilements. Mon bien-aimé, mon amour enfin révélé, comme une épiphanie.

Mais alors, Remus jouerait un double rôle, puisqu'il est un loup-garou, il est un des hommes et un des loups. Il me reste donc à trouver un autre loup, un autre homme.

Toute la connaissance du monde est devant moi, telle une montagne encore infranchissable. Et cet amas contient la solution, et je ne sais pas par quel bout l'attaquer. Je me sens effroyablement minuscule, petite cervelle de petit oiseau. Oh, ma tête, ne me lâche pas, tu es la seule solution.

Il fait aussi noir devant que derrière mes paupières. Yeux ouverts, yeux fermés, aucune différence, sauf que les yeux fermés me rassurent, le noir enclos au dedans de moi est chaleureux, familier, et me rapproche de ce que je cherche, alors que celui du dehors est glacé et hostile.

Il y avait autre chose aussi, quelque chose qui devait être échangé. Mais qui donc a bien pu me parler de tout cela, mon père, je crois, oui, voilà, je le revoie, jour d'été, soleil, nous nous installons à l'ombre du camélia, dans le jardin. Il me parle d'une femme, au drôle de nom …. ah, j'y suis, j'ai failli crier de frayeur, la chose à échanger, c'était, non, c'est, du sang.

Du sang entre eux

J'ouvre enfin les yeux, je me précipite à mon bureau, je note ce premier fragment, enfin extirpé de moi, en espérant que les autres vont suivre.

Du sang entre eux

Je retourne m'allonger sur mon lit, puis je m'y recroqueville, comme je le faisais enfant, pour me réchauffer et me rassurer. Je ferme fort mes yeux, retour dans le jardin de Saint-Odon, Papa en face de moi, j'ai sans doute un peu peur de ce qu'il va m'annoncer, mes frères ne sont pas là, Maman oui, mais elle reste invisible. Il fait chaud, même à l'ombre du camélia. Mais j'ai beau tendre l'oreille, je n'entends que les bruits de l'été, un oiseau qui chante depuis le jardin des voisins, des abeilles qui vont de corolles en corolles, plus loin, le bruit rassurant de la mer. Mais aucune voix pour faire entendre ce que je cherche.

Je dois m'endormir, d'un sommeil de plomb – aucun rêve n'est venu m'aider.

Du sang entre eux.

Qui a pu dire cela ? Ce n'est évidemment pas Papa qui avait inventé cette histoire, c'est donc quelqu'un d'autre, la femme au nom bizarre. Pourquoi bizarre ? Une étrangère ? Un nom vif et abrupt, comme un grand large.

Un nom d'île. Un nom de phare. Ile phare. Phare île ?

Je suis douloureusement exaltée par cette descente dans mon passé. Devrais-je parler à voix haute afin de mieux faire surgir ce qui est encore celé ? Ou au contraire, dois-je m'enfermer dans le silence, faire taire ma voix d'adulte pour redevenir la fillette à qui tout ceci avait été confié ? Mais était-ce si peu important, que si peu de traces soient restées en moi ? Ces mots ont pourtant dû griffer, si légèrement soit-il, ma mémoire, pour y laisser leur empreinte.

On frappe à ma porte, je pense fugitivement à Snape, et je laisse tomber cette idée insignifiante.

Je crie – J'arrive, et je me dirige vers la porte. C'est Minerva, son visage est blanc et dur, je suis choquée, et seulement après, je comprends. Instinctivement, je recule d'un pas. Je viens de me rendre compte qu'il va falloir faire face à cette révélation, officiellement. Je commence à comprendre quelles conséquences cette nouvelle va avoir à Hogwarts – pour les autres.

Pas plus que moi, elle ne sait quoi dire, alors je commence par le commencement.

« Minerva, je vous en prie, entrez. »

Elle m'obéit, mais reste indécise au milieu de mon salon, glissant ses mains sous ses bras, comme pour se réchauffer.

« Asseyez-vous ». Je la prends par le coude et la guide vers un fauteuil et je l'oblige à s'y assoeir. Puis je m'installe, assise sur mes talons, devant elle.

« Que s'est-il passé, Minerva ? Snape est venu tout à l'heure, donc je sais… mon Dieu, je sais pour Remus, qu'il est un loup-garou. »

Elle porte ses deux mains à sa bouche, ses traits s'adoucissent et se brouillent sous mes yeux. Est-ce elle ou moi ? Laquelle de nous a commencé à pleurer ? Je touche mes yeux, ils sont secs. Donc, c'est elle. Sensible à son chagrin, mon cœur se serre. Elle ne songe même pas à essuyer ses larmes, qui coulent sur sa bouche, elle doit sentir le goût du sel maintenant.

« C'est affreux, j'aurais dû penser, quand je l'ai vu disparaître, après sa … sa fichue déclaration, qu'il allait se précipiter pour vous le jeter au visage. Et Dumbledore et moi qui nous réjouissions – elle s'interrompt soudain, comme si elle se voulait d'avoir employé un tel mot - enfin, que vous ne soyez pas là, car beaucoup ont dû penser à vous à ce moment précis, et nous nous disions que nous allions vous prévenir … moins brutalement. Mais voilà, il a été plus rapide que nous, et je n'aurais jamais pensé qu'il oserait agir de telle façon. Après ce qu'Albus a fait pour lui, cette chance inouïe qu'il lui a donnée, il l' a sauvé de ses démons, voyez-vous, enfin c'est ce que je croyais, mais il devait en rester au fond de lui, pour commettre cette abomination. Il l'a toujours détesté, depuis le temps où ils étaient étudiants ensemble, pour d'obscures raisons, mais tout n'est-il pas obscur pour Severus ? Et il n'a sans doute jamais pardonné à Albus de ne pas lui avoir donné le poste, il pensait si fort qu'il le méritait et il lui échappait une fois encore, et cette fois-ci pour être confié à cet homme qu'il détestait.

– Minerva, dites-moi, vous saviez pour Remus ?

– Oui, bien sûr.

– Et qui d'autre ? – Albus, bien sûr. Et Snape.

– Et vous… vous l'avez toujours considéré comme … un homme avant tout ? dites-moi, je vous en prie. »

Elle fait un geste vers moi, un geste de consolation – elle attire ma tête sur ses genoux, et y pose une main.

« Oh, bien sûr, comment aurai-je pu le traiter comme un animal, pour une seule nuit par moi ? Alors qu'il a toujours tout fait pour ne pas mettre les autres en péril et tout supporter seul. Et puis seul un homme pouvait tomber amoureux de vous, Isolfe, pas un loup.

J'étais tellement déconcertée quand je m'en suis aperçue, je ne savais pas ce que cela pouvait donner, vous ne faisiez pas que l'attirer, physiquement, vous voyez, ce qui aurait pu permettre une histoire … sans lendemain entre vous…ne vous offusquez pas de ce que je raconte, je vous livre les pensées qui me venaient alors, au fur et à mesure que je le voyais s'attacher à vous, de plus en plus fortement, mais lui, il voulait autre chose, et il ne pouvait qu'en souffrir, parce que lui, vous, moi savons que c'est impossible. Saviez-vous qu'il vous aimait autant ? Je … je n'en ai jamais été certaine et je me disais, finalement, que cela serait mieux ainsi , il n'aurait pas été le premier à aimer dans le vide. Puis-je vous interroger sur vos sentiments pour lui, Isolfe, sans vous blesser ? Parce que si vous n'éprouvez que des sentiments amicaux pour lui, alors il faudrait qu'il le sache … je pense que cela pourrait être une sorte de libération pour lui.

– Et si je fais plus qu'éprouver de l'amitié pour lui, que me conseillez-vous de faire ? »

J'ai relevé la tête, un peu rudement, chassant sa main sur le côté. Elle a l'air effrayé par la question que je viens de lui poser. Le professeur Mac Gonagall prise en flagrant délit de non savoir ? Puis elle reprend à l'essentiel, la question à laquelle je n'ai pas répondu

« Vous l'aimez ? malgré ce que vous venez d'apprendre ? »

Je fais un signe de tête, un assentiment. Est-elle soulagée ? Je n'arrive pas à le déterminer, mais un insaisissable frisson vient de parcourir son visage.

« Alors, ne l'abandonnez pas. Je suis persuadée que vous trouverez, tous les deux, un moyen de vivre avec … avec cela. »

Je lui fais signe de ne pas m'en dire plus. J'ai une autre piste à explorer avant d'envisager celle qu'elle me propose – je suis sûre qu'elle allait me parler de protection, de magie, d'adoption. Et puis, n'est-ce pas lui qui m'a abandonnée ?

« Savez-vous où il est ? Quand est-il parti ? Est-ce qu'il … a entendu Snape jeter son secret en pâture à tous les autres ?

– Non, je ne sais pas où il est parti, peut-être en Roumanie, il y a passé beaucoup d'années, peut-être y a-il conservé des … des contacts.

C'était ce matin. Snape avait profité de ce que tous les élèves étaient réunis dans le grand hall pour la proclamation des résultats, et la remise des diplômes pour les septièmes années, pour cette occasion, vous savez, ils sont convoqués deux heures à l'avance, donc Severus a hm intercepté Remus et lui a expliqué ce qu'il allait faire. Quelle cruauté de sa part : il lui a demandé s'il voulait assister à sa mise à mort, ce sont les termes qu'il a employés, je le sais, parce que Remus l'a raconté à Albus ensuite, et j'étais là aussi. Remus a préféré passer pour un lâche, encore un terme de Snape vous vous en doutez bien »

Elle vient de claquer l'accoudoir du fauteuil du plat de la main, comme une gifle adressée à distance à ce salaud.

« Oui, plutôt passer pour un lâche, que de risquer de déclencher un mouvement de panique parmi les élèves et … les professeurs, en se laissant voir sous sa nouvelle … identité. Donc, il s'est tenu en retrait, pendant que Snape se livrait à son odieux numéro, et il a pu constater leur réaction à tous, horrifiée, scandalisée. Albus et moi arrivions juste à ce moment-là. Enfin, j'ai entendu que certains étudiants ont essayé de défendre Lupin, croyez-moi que je me souviendrais de leur nom ! et ensuite Remus a demandé à nous parler, à Albus et moi. Dans son bureau, j'imagine qu'il ne se sentait déjà plus digne d'être reçu dans le bureau d'Albus. Quelle affreuse idée, mais nous n'avons pas su l'en détourner.

Il nous a expliqué qu'il pourrait ainsi commencer sur le champ à emballer ses affaires. Il a griffonné une lettre de démission, l'a fourrée dans les mains d'Albus, a demandé qu'on lui paie ce qu'Hogwarts lui devait, je pense qu'Albus a dû arrondir largement le compte. Ensuite, il nous a expliqué qu'il ne pouvait pas rester une heure de plus à Hogwarts, sous peine d'attirer de graves ennuis à l'équipe dirigeante, et de nuire à la réputation de l'école. Il a ordonné à Albus de le charger un maximum, de dire qu'il ne savait rien de sa … condition, qu'il lui avait fait confiance et qu'Hogwarts avait été trahi. Il lui a simplement demandé de signaler qu'il avait été bon professeur, Albus a parlé d'excellence, mais Lupin l'a regardé comme s'il ne comprenait plus ce que ce mot voulait dire.

« Comment était-il ? désespéré ? résolu ? hésitant ?

– Absolument résolu et totalement verrouillé, comme … comme il était quand il est arrivé ici, les premiers jours, en plein danger. Il n' a hésité que sur une chose…

- Ah, laquelle, dites-moi Minerva ? »

Je lui agrippe furieusement le bras, je dois savoir s'il a dit quelque chose sur moi !

« Et bien, il rangeait ses vêtements dans sa malle, enfin il les jetait violemment, les uns sur les autres … »

Mon Dieu, le tabard bleu, j'espère qu'il l'a pris, ce vêtement couleur de nuit non partagée, à qui je lui avais dit d'inventer une histoire !

« Ne restait plus alors dans son placard qu'un grand manteau, il faisait comme s'il ne le voyait pas, il a refermé la porte, et puis il l'a ouverte à nouveau, il a pris le manteau, a … a enfoui sa tête à l'intérieur, et ensuite il l'a plié soigneusement et déposé dans la malle. »

Je lâche le bras de Minerva, je soupire de soulagement – je me dis que le tabard, d'une manière ou d'une autre, le protégera… et le dissuadera de m'oublier.

« C'est vous qui lui aviez donné, n'est-ce pas ?

– Oui.

– Ensuite il a parlé de vous, pour dire qu'il devait partir sans vous revoir. »

Iroise

Iroise

Iroise Kéréon.

Je crie Iroise Kéréon, j'exulte, j'ai retrouvé le nom étrange.