The Ion Arc

Auteur : Sunhawk

Traduction : antedaemonia

Attention chef d'œuvre ! Cette fic de Sunhawk est une pure merveille. C'est la raison pour laquelle je me lance dans cette traduction. Que ceux et celles qui attendent la suite de mes fics Harry Potter se rassurent. Je devrais updater Entre 4 Murs et Noel au Manoir dans très peu de jours !

Depuis que je l'ai lue, je compare toutes les fics Gundam Wings à The Ion Arc. Les chapitres sont incroyablement longs, et il y en a 13 pour l'instant. Mais la fic est toujours en cours, et si vous êtes comme moi happés par ce récit, vous deviendrez impatients d'avoir la suite ! (mais je préviens d'avance que les updates seront assez espacées, tous les 2 mois peut être)

Et comme dirait Sunhawk :"Feed-back is a dream I have…", autrement dit, les reviews sont les bienvenues ! Si vous voulez en envoyer directement à Sunhawk, envoyez lui vos messages en anglais (c'est elle qui me l'a demandé, car elle ne comprend pas un mot de français ! sunhawk16 arobas hotmailpoint com )

Avertissements : POV Duo, yaoi, 1x2, angst, langage cru, rating M


Chapitre un : Suppositions

Je m'accorde seulement 15 minutes sous la douche. C'est une règle stricte, auto imposée depuis l'époque où j'étais avec les Sweepers. 15 minutes et seulement de l'eau tiède. Quand vous avez des cheveux qui descendent jusqu'aux fesses, les gens ont tendance à remarquer chaque seconde que vous passez sous la douche. Ils se mettent dans la tête que ça doit vous prendre une éternité pour laver tous ces cheveux, et brusquement, chaque minute passée dans la salle de bain semble se multiplier dans leur esprit. Et ouais, ça veut dire que je dois sacrement me presser. C'est juste un de ces stéréotypes avec lesquels je dois me démerder depuis des années.

Je suppose que c'est la raison pour laquelle ça me hérisse le poil aussi facilement. Rien ne me rend plus dingue que de pouvoir prédire la bêtise.

C'est peut être aussi la raison pour laquelle je n'ai aucune tendresse au souvenir de la première fois où nous avons partagé un abri tous les cinq. En quelques jours, je me suis reçu une demi douzaine de ces putains d'accusations rebattues.

Je suis orphelin. J'ai grandi dans les rues et pour je ne sais quelle raison étrange, les gens supposent qu'à cause de cela, je vais bouffer tout ce qui passe à ma portée. Rien ne pourrait être plus loin de la vérité. Je suis habitué à être affamé d'une manière qui ne vient qu'avec l'expérience. Bien sûr, je peux avoir de l'appétit comme tout le monde, mais ma définition de la faim est bien différente de celle de la plupart des gens. La nourriture n'est rien d'autre qu'un carburant. Mon corps en a besoin. Le reste, je m'en fiche. Je ne suis pas vraiment difficile sur ce que j'avale. Enfant, j'ai appris à attraper, tuer, dépecer et cuire un rat. Vous voulez débattre de la différence entre une entrecôte et un filet ? Moi je m'en fous.

Mes deux plus grands fans dans la maison furent assez faciles à prédire. Heero et Wufei. Wufei est celui qui décida de devenir obsédé par ma consommation d'eau chaude, tandis que Heero choisit de me harceler sur mes habitudes alimentaires. Tous deux réagirent ainsi car ils ne faisaient pas attention à moi personnellement. Je le savais, et j'avais pensé que de comprendre cela le rendrait plus facile, mais au contraire, ça l'a rendu pire.

A la fin du second jour, j'étais prêt à exploser. Un autre truc qu'il faut savoir sur moi : j'ai une sorte de complexe du martyre. J'en suis tout à fait conscient, mais quand je suis au beau milieu d'un concours d'emmerdeurs, je pète un plomb. Je serais tout à fait capable de couper mon propre nez juste pour pouvoir me cracher à la gueule.

Le matin du troisième jour, je me suis réveillé avec l'état d'esprit 'allez vous faire mettre'. Ras le bol d'être traité comme un étranger, d'être accusé de trucs qui sont juste totalement faux.

Je me lève tôt. Vieille habitude de la rue ; tu as besoin d'être en mouvement avant les autres si tu espères manger le matin. Que ce soit pour mendier ou voler, le meilleur moment, c'est à l'aube quand les gens partent au boulot, avant que leur journée tourne mal, pendant qu'ils sont encore de bonne humeur.

Donc ce matin du troisième jour, je me suis levé tôt, j'ai attrapé une serviette dans la salle de bain et j'ai marché jusqu'à un petit ruisseau où j'ai exécuté l'action 'allez vous faire mettre' numéro un.

Je me suis déshabillé et immergé dans l'eau glacée, baigné et minutieusement lavé mes cheveux avec des poignées de sable bien propre ramassé au fond de l'eau. J'ai pensé que mes couilles allaient se rétracter jusque dans mon corps et ne jamais redescendre, mais quand j'ai eu fini, j'étais aussi propre qu'à la sortie d'une bonne douche chaude. Va te faire mettre, Wufei. Je m'en voudrais de toucher à tes précieuses réserves d'eau chaude.

Puis je suis parti vadrouiller dans les bois pour me trouver de quoi petit déjeuner. J'ai trouvé des noix et j'ai passé la demi heure suivante assis au soleil à laisser mes cheveux sécher pendant que je cassais les coquilles sur un rocher pour en sortir les noix. Va te faire mettre, Heero. Je ne toucherai pas à tes précieuses réserves de nourriture.

L'autre truc que les gens assument est que je suis paresseux. Ça provient de mon attitude décontractée, je suppose. Encore une fois, ce n'est basé sur aucune vérité ; tu apprends à faire ta part quand tu vis dans une bande, ou bien la bande ne te garde pas longtemps. Alors après avoir mangé, j'ai tressé ma chevelure encore humide et ai regagné la maison pour trouver quelques travaux domestiques qui avaient besoin d'être fait. La vaisselle du dîner de la veille était toujours en train de sécher sur l'évier, alors je l'ai rangée. Il y avait assez de truc dans le panier de linge sale pour faire une paire de machines, alors j'en ai lancé une.

Maintenant, il y a une chose qui est vraie, c'est que je hais le froid. Et c'est un truc qui provient de ma jeunesse aussi. Avoir froid me rappelle ces jours où on s'entassait ensemble avec les autres gosses dans n'importe quel abri qu'on pouvait trouver. Geler à mort n'est peut être pas le pire moyen dans l'univers de crever, mais avoir vu quelqu'un mourir comme ça laisse une impression durable sur un jeune esprit.

Cette maison possède une vaste cheminée, et on y faisait du feu presque chaque soir. M'allonger devant jusqu'à ce que je ressemble à un marshmallow grillé est l'un des rares luxes que je m'accorde en ce lieu avec tous les gars autour. Ca ne semblait pas les ennuyer ; je pense qu'ils appréciaient également le confort du feu ; même s'ils ne l'admettraient pas. Mais je m'étais bien assuré que personne d'autre n'aurait à fendre ou porter le bois.

Il était assez tard pour que je pense que personne ne serait encore au lit, c'est donc ce que je suis allé faire en suivant : aller dehors fendre du bois et remplir l'âtre.

Pendant que je travaillais, je pris conscience que le reste de la maison s'éveillait. Trowa était dans la cuisine, et à l'un de mes aller retour dans la maison avec une brassée de bois, je remarquais l'odeur des œufs fris.

Trowa est ok comme gars, tranquille. J'ai traversé la cuisine pour mettre le linge dans le séchoir et commencer une seconde lessive, et il m'a accueilli avec un tranquille,

'Bonjour.'

Je lui ai souri et lui ai répondu, 'jour Trowa.' J'ai jeté un coup d'œil à la table et ai remarqué qu'elle n'était pas encore mise pour le petit déjeuner, 'T'occupe pas de moi, j'ai déjà mangé.'

Il a froncé les sourcils, semblant perplexe mais je m'en suis sorti sans autre commentaire. La lessive une fois lancée, je suis retourné fendre mon bois.

Je n'ai pas pu m'empêcher un sourire plein de regret ; j'aurais dû couper ce putain de bois avant de me laver. J'étais en train de gâcher tous mes efforts.

Fendre des bûches n'est pas quelque chose que je savais faire avant ce refuge, et j'ai honte d'avouer que la première fois que j'ai essayé, je me suis presque coupé le pied. C'est pas aussi facile qu'il y parait. Après trois jours d'entraînement, ça me prenait encore un peu de concentration pour être sûr que la hache coupe du bois, et pas des morceaux de corps. J'ai donc été un peu irrité quand Wufei a foncé par la porte arrière en me beuglant dessus au beau milieu d'un de mes coups de hache.

'Maxwell !' a-t-il hurlé, et il a dit plus, mais je n'ai pas vraiment suivi alors que je perdais presque le contrôle de la hache.

'Quoi ?' j'ai hurlé en retour quand la lame s'est arrêté et que j'ai été sûr que mon genoux était intact.

'Il n'y a plus d'eau chaude… encore !' affirma t-il, ses cheveux lâchés et répandant ce qui devait être de l'eau froide partout. 'Tes maudits cheveux…'

Je l'ai coupé, 'J'ai pas pris de douche aujourd'hui.' J'ai serré les dents et me suis retourné pour ramasser le bois, 'la machine à laver est en marche. Eteint la.'

Je pouvais le sentir me fixer longuement, mais je l'ai ignoré et quand je me suis retourné pour emporter le bois dans la maison, il était parti. Va te faire foutre, Wufei.

Le foyer de la cheminée était suffisamment rempli, alors j'ai décidé de m'arrêter de fendre des bûches tant que j'étais encore intact, et d'aller sortir les vêtements du séchoir.

Les autres étaient assis autour de la table du petit déjeuner et j'ai eu droit à un sourire de Quatre et à un regard furieux de Heero lorsque je suis entré dans la pièce.

'Bonjour, Duo.' Quatre m'a souri alors que je m'arrêtais pour me laver les mains avant de m'attaquer au linge propre.

'B'jour Qat.' Je lui ai souri d'une oreille à l'autre et il a rougi. Il est le seul avec lequel je me sens assez libre pour lui donner des surnoms. Je pense qu'il apprécie, mais pour je ne sais quelle raison cela semble l'embarrasser.

Je pensais pouvoir m'échapper dans le cellier sans plus que ça, mais le froncement sur le visage de Heero s'approfondit et il m'arrêta avant que je puisse m'y rendre.

'Les vivres sont limitées, nous ne pouvons pas permettre à qui que ce soit…'

Je me détournais de l'évier pour lui faire face. Ses regards sont… brûlants. Les miens ont une âme de glace. Il s'arrêta au milieu de sa phrase.

'Je n'ai pas touché tes vivres soigneusement comptées et inventoriées.' J'ai grondé.

Il croisa mon regard glacial mais ne recula pas, 'Trowa dit que tu as déjà mangé.' Dit-il d'un ton accusateur.

Ça me resta sur le cœur ; penser qu'ils parlaient derrière mon dos comme si je ne faisais pas parti de leur petit groupe, 'Je prends soin de moi tout seul. Je n'ai pas approché tes précieuses provisions.'

On se dévisagea un peu plus longtemps et quand il n'eut rien d'autre à dire, je me détournais pour aller finir la lessive. Va te faire foutre, Heero.

J'ai arrêté le séchoir avant la fin et j'ai pu étendre les chemises de Quatre avant qu'elles ne se froissent. J'ai résisté à la tentation de laisser les fringues de Heero et Wufei dans le tambour. Et j'ai même réussi à plier les débardeurs vert et noir avec le même détachement que les affaires de Trowa et Quatre.

La colère grondait en moi, et j'ai décidé sans penser que je ne toucherai plus une miette de leurs foutues provisions ; j'en avais rien à foutre de crever de faim. Ouaip… cracher à ma propre gueule autant que possible.

Ma limite a été de sortir leurs vêtements de la machine et de tout mettre dans un panier à linge sur la table de la cuisine. Qu'ils viennent eux même récupérer leurs foutus affaires.

J'ai vérifié et quelqu'un avait déjà fait la vaisselle du petit déj', alors je suis parti à la recherche de Quatre. C'était mon tour d'aller faire les courses.

J'ai entendu leurs voix en provenance du salon, et c'est le ton bas sur lequel ils parlaient qui m'a fait hésité au lieu d'entrer simplement.

'… des noix ? Pourquoi diable irait-il dans les bois chercher de la nourriture alors que nous avons…' disait Wufei, mais Quatre le coupa. Quelqu'un avait du remarquer le petit tas de coquilles brisées.

'Peut être à cause de la manière dont vous deux lui mettez tout sur le dos. Quel est votre problème ? Duo fait plus que sa propre part…'

'Il n'est pas professionnel.' J'ai entendu Heero grogner, 'il est indiscipliné et ne prête pas attention aux ordres.'

'Il…' Quatre hésita, 'a son propre style. Mais ça ne vous autorise pas d'être rude.'

'Il reconnaît lui-même être un voleur.' dit Wufei, et j'entendis du dédain dans sa voix.

'Oh et c'est tellement pire que d'être un assassin au sang froid.' Rétorqua Trowa d'un ton traînant, ce qui m'extirpa un large sourire. Ce gars est silencieux, mais ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas avoir une langue acérée quand il le décide.

Je pense que j'en avais entendu assez pour savoir l'essentiel de ce qui se passait. Je suis donc entré dans la pièce ; un sourire copyrighté sur le visage, et j'ai ignoré tout le monde à l'exception de Quatre.

'Tu es là, Qat !' j'ai lancé, rayonnant. 'Le linge propre est sur la table. T'as les clés de la bagnole ? Je suis prêt à aller faire le ravitaillement.'

Il a repêché les clés dans sa poche et j'ai détecté les froncements de sourcils qui se formaient sur au moins deux des visages dans la pièce. J'ai senti à nouveau que j'anticipais leur stupidité et j'ai senti la colère grandir en moi.

'Ouaip. Penser à acheter 60 cartons de glace et des cookies. Z'avez des préférences pour les parfums ?'

Wufei ouvrit la bouche puis la referma immédiatement. Je m'étais bien douté qu'il serait celui qui ferait cette supposition.

Je pouvais voir Heero à la périphérie de mon regard, sur le point de parler, alors j'ai continué sur ma lancée, 'Et qui a le dernier tee shirt 'Hello je suis un pilote de Gundam !'… Je n'arrive pas à le trouver.'

Il grogna et me fixa furieusement, 'Baka.' Il serra les dents et je lui souris largement. Deux sur deux. Un sans faute.

Je me tournais pour partir et ne pus m'empêcher de lâcher d'un ton désinvolte par-dessus mon épaule, 'j'essaierai d'être de retour avant la fin de la semaine !'

Je pensais avoir à peu près couvert le problème. Je me suis arrêté dans la cuisine et ai fait un inventaire rapide de ce qu'on avait et de ce dont on avait besoin, puis j'ai pris l'argent dans le bocal sur le rebord de la fenêtre.

C'était peut être pas une si mauvaise idée. Ça me ferait du bien de me barrer d'ici pour quelques heures.

J'en étais à maudire ma chance qui m'avait fichu dans cette situation, et commençais à espérer fervemment qu'une mission arriverait pour me sortir d'ici. Habituellement, je n'ai aucun problème à m'entendre avec les gens. Je pense que je suis un gars facile à vivre ; normalement, je mets les gens suffisamment à l'aise pour pouvoir créer un lien.

D'une certaine façon, quoi que je fasse avec ce groupe de gars, je semblais les irriter. Bon, en toute honnêteté, Trowa et Quatre ne semblaient pas avoir de problème avec moi, au moins ils étaient polis. Apparemment j'avais même gagné un peu de respect de la part de Trowa et je pense que Quatre aimait au moins à demi ma compagnie. C'était les deux autres ; les frères Grimm. Quoi que je fasse, je semblais leur porter sur le système. Avec Wufei… au début c'était presque drôle et je dois admettre que j'ai passé quelques temps à le tourmenter juste parce que c'était si facile. Mais Heero… celui là je l'avais dans la peau. Il y a quelque chose en lui… quelque chose derrière ces incroyables yeux bleus. Ouais, foutez vous de ma gueule ; j'ai été attiré par ce fils de pute à la seconde où nos yeux se sont croisés la première fois. Dégagez. Je suis bien conscient que c'est ridicule, mais l'endroit où mon cœur choisit de se fixer n'est pas une chose que je peux contrôler.

Alors chacun de ces 'bakas' me coupait comme un putain de poignard.

Il y a une douzaine de kilomètres jusqu'à la ville par la route. Si vous descendez à flan de montagne, il y en a à peine plus de trois. La voiture est un vieux tacot, d'un horrible vert fade, mais qui marche correctement. J'avais passé un peu de temps dessus quand nous étions rentrés en sa possession, alors elle ne consommait plus trop d'huile. C'est le genre de bagnole que le gars moyen de notre âge peut facilement posséder.

La route qui descend de la montagne est une saloperie qui enchaîne les virages, avec un vent du diable, avant d'arriver dans une petite ville au pied des hauteurs ; Foxdell je crois que ça s'appelle. Il y a un endroit à environ trois kilomètres de la maison où tu peux te garer sans être en danger ou te faire percuter par autre chose sur la route. Bon, pas qu'il y ait de raison pour qu'une autre caisse monte par ce chemin.

Je ralentis et me garais, sortis de la voiture et m'assis sur le capot un petit peu. Ça le ferait pas d'arriver au beau milieu de civils aussi tendu que je l'étais. Je me suis assis et j'ai écouté les oiseaux quelques minutes, un truc que je n'avais jamais entendu avant d'arriver sur Terre, et j'ai essayé de me sortir tout ça de l'esprit. Ça n'allait pas durer éternellement, j'avais été un agent solitaire avant d'arriver sur Terre, et ce 'partenariat' finirait probablement bientôt, me laissant retourner à mon statut d'agent solitaire. D'une certaine manière, ça ne me faisait pas me sentir mieux. Je suppose que mon problème vient de ce que, dans ma tête, j'avais visualisé ce que nous pourrions être. Nous étions cinq des plus uniques personnalités dans le système solaire. On aurait dû avoir plus en commun entre nous qu'avec n'importe quel être vivant. Ç'aurait été sympa de pouvoir parler à ces types, d'avoir un vrai partenariat où on prend soin les uns des autres. Je grognai doucement ; apparemment on n'en prenait pas le chemin.

'Arrête avec tes états d'âme, Maxwell.' Je marmonnais à moi-même, et je descendis du capot. Ça ne me ferait aucun bien ; j'étais si crispé que je me sentais vaguement nauséeux. Je ne devrais pas les laisser m'atteindre comme ça. Mais je dois admettre que la date n'aidait pas beaucoup en l'occurrence. Je ne voulais cependant pas y penser maintenant. Je remontais en voiture et terminais la route.

Y'a pas grand-chose à dire sur Foxdell ; il y a une sorte de superette, une maison d'hôte qui n'a pas dû voir un pensionnaire depuis des mois, une station essence, un petit resto familial, et peut être une douzaine de maisons. Je suppose qu'il doit y avoir une saison touristique dans la région mais qu'on était juste en dehors ; trop tard dans l'année.

Le réservoir était un peu court en essence, un truc qui va à l'encontre de ma prudente nature 'prêt à tout', alors mon premier arrêt a été pour la station service.

J'ai laissé échapper un sourire ; la pompe était si vieille qu'il n'y avait même pas un présentoir numérique. J'ai regardé un gars avec le nom 'Bill' épinglé sur sa poche de devant sortir de la station et je me suis demandé si ces gens savaient qu'il y avait une guerre en cours.

'S'lut !' j'ai lancé joyeusement à Bill.

'Qu'est ce j'peux faire pour vous ?' il m'a répondu en souriant et le blabla qui a suivi était vraiment le bienvenu.

'Le plein.' Je lui ai dit et j'ai ouvert le capot pour vérifier le niveau d'huile, même si je l'avais fait y'a pas deux jours.

Il a fait le tour de la voiture, a pris le tuyau de la pompe pour le coincer dans le réservoir et a lâché la détente avant de venir regarder sous le capot avec moi. J'ai remarqué que la pompe n'avait même pas été fermée. J'ai secoué la tête ; bon sang, j'aime les petites villes.

'Z'avez un chiffon ?' je lui ai demandé et il en a sorti de sa poche arrière et me l'a tendu en se penchant à nouveau pour regarder 'mon' moteur.

'M'rci bien !' j'ai lâché et je me suis occupé de regarder mon huile, souriant joyeusement quand le niveau s'est avéré être normal, 'Putain, on dirait bien que cette fuite est réglée finalement !'

Il s'est redressé immédiatement, 'z'avez eu des problèmes d'huile ?'

'Ouaip.' Je lui ai dit en remettant la jauge à sa place, 'C'te saloperie me consommait presque un quart de litre à la semaine.'

'Sans dec ?' Il souleva un sourcil.

'Vrai de vrai.' Je lui confirmais en lui rendant son chiffon, 'ça m'a pris du temps pour trouver ; une fissure sur le collecteur d'admission.'

Il a fait ce petit bruit que tu fais quand tu compatis.

Il a essuyé sa main sur sa jambe de pantalon et me l'a tendu, 'Je suis Bill.' Il m'a informé.

'Salut !' Je lui ai souri et j'ai pris la main qu'il m'offrait, 'Moi c'est Max.'

Dieu ; pourquoi ce n'est pas aussi facile avec ces foutus pilotes de Gundams stoïques et coincés du cul ?

J'ai rabaissé le capot et nous nous sommes appuyés contre la voiture pour parler un peu moteur. Il m'a ensuite posé les questions habituelles ; ce que je faisais dans les parages ? Si je comptais traîner dans le coin longtemps ? Le genre de question que les gens posent dans une conversation polie. Le genre de question qui donnerait à Heero l'envie de chercher un endroit pour cacher les corps.

Alors je lui ai parlé de cette partie de camping qu'on avait organisé avec quelques uns de mes 'amis' et qu'on serait là pour une paire de jours, à moins que le temps tourne à l'orage ou qu'on s'ennuie à mourir.

Il me donna les bons coins pour aller pêcher, et je lui demandais ce qu'il y avait de bon à manger au restaurant.

Lorsque le temps est venu de partir, il était prêt à m'inviter chez lui si je lui avais dit que je n'avais nulle part où dormir.

Pourquoi ça ne pouvait pas être aussi simple avec Heero ou Wufei ?

Quand je me suis dirigé vers le magasin d'alimentation, il sembla déserté au premier abord, mais quand j'entrai et qu'une petite cloche tinta au dessus de la porte, une voix de fille appela depuis l'arrière boutique.

'C'est toi, Bill ?'

J'ai pas pu m'empêcher de sourire à nouveau ; les petites villes.

'Uhmmm… non.' J'ai répondu, 'Désolé.'

La voix d'un total étranger fut suffisante pour sortir la jeune fille hors de son antre, essuyant ses mains sur une serviette.

Elle était plus petite que moi d'une bonne tête, et portait l'une de ces robes en coton que j'appelle 'robes de grand-mère', par-dessus un pullover à col roulé dont les manches étaient roulées jusqu'aux coudes. Elle devait avoir mon âge, mais je ne pus m'empêcher de la considérer comme une enfant. Elle me sourit quand elle me vit, penchant sa tête de côté pour me détailler, et poussa ses courts cheveux bruns de devant ses yeux.

'Non.' Me confirma t-elle, 'Vous n'êtes pas Bill.'

Je lui souris en retour, 'Pas la dernière fois que j'ai vérifié.'

Elle pouffa de rire et son nez se retroussa, et elle me fit penser à un chiot. Dieu, elle semblait si jeune.

'Nouveau en ville ou vous ne faites que passer ?' Me demanda t-elle, en terminant avec la serviette et la balançant sur son épaule.

'Juste un touriste.' Je lui répondis et je me retournai pour prendre un des paniers à course.

'Trop dommage.' Laissa t-elle échapper, et je me tournai pour la trouver me sourire ouvertement.

Ok ; peut être pas si jeune que ça.

'Je suis Paige.' Elle ignora mon moment de réévaluation étonnée.

'Max.' Je lui dis.

Elle me détailla à nouveau un instant, puis fit un mouvement de main général en direction du magasin, 'Allez y et faites vos courses.' Me dit-elle, 'Et braillez quand vous avez fini ; Je serai dans la pièce d'à côté.'

Elle quitta le magasin et me laissa seul errer dans les allées. Je secouais ma tête ; cet endroit était vraiment curieux. Je dus résister à l'envie d'aller lui demander si elle avait déjà entendu parler d'un truc appelé un 'mobile suit'.

Je choisis soigneusement parmi ce qui était offert sur les étagères, essayant d'imaginer chaque produit passant l'inspection de Heero. Rien qui ne se périme trop vite. Produits secs, boites de conserve. Avec une attention particulière pour leur apport nutritionnel. Je ne comprendrai jamais pourquoi on ne se contentait pas de rations militaires et se débarrassait une fois pour toute de cette corvée.

Je pris de la farine et de la farine de mais, du riz et de la farine d'avoine. Des œufs car j'avais remarqué que Trowa les utilisait beaucoup dans les trucs qu'il cuisinait. Du sel parce que je savais qu'on était presque à court.

Je fis attention au prix, prenant plusieurs produits et comparant leur volume, faisant les calculs dans ma tête pour savoir où est ce que j'aurais le plus pour un dollar. C'est un autre des mythes sur Duo Maxwell qui me porte sur les nerfs ; pourquoi diable croyez vous que quelqu'un qui a grandi sans avoir de quoi manger pendant parfois des jours, serait frivole avec son argent ? Laissez moi respirer un peu ; s'il y en a un dans notre petit groupe qui aurait pu avoir une prédisposition à payer trop pour les courses, ce serait Quatre. Je serais prêt à parier qu'avant la guerre, il n'avait jamais vu l'intérieur d'un magasin d'alimentation. C'est la raison pour laquelle les gens comme les Winner ont des domestiques.

J'avais eu à peine le temps de poser mes achats sur le comptoir, que j'étais devenu amer à nouveau, et mon état d'esprit me fit soupirer. J'aurais dû savoir qu'aujourd'hui plus que tout autre jour, ça se passerait comme ça.

Un bruit métallique retentissant s'éleva de l'arrière salle, et je m'accroupis sans réfléchir.

'Maudite vieillerie !' gronda Paige. Je me remis debout et entrai dans l'arrière boutique, trop curieux pour résister.

J'y parvins juste à temps.

'Stop !' criai-je, et je pense que je lui fis la peur de sa vie, mais elle se figea juste à temps pour ne pas mettre la clé à écrou qu'elle tenait dans un très mauvais endroit.

Je traversai la petite pièce de rangement pleine à craquer, et tirai d'un coup sec sur le cordon d'alimentation, 'Est-ce que personne ne t'a jamais appris à couper le courant avant de démonter un appareil ?' je lui dis d'un ton traînant.

Ses yeux s'agrandirent et je fus un peu surpris de voir qu'elle comprenait ce qu'elle avait presque fait, « OhMonDieu !' soupira t-elle, 'j'ai oublié que je l'avais rebranché pour le tester !'

Elle se laissa tomber sur le sol, d'une manière assez peu féminine, et cligna des yeux dans ma direction.

'Mon Dieu, tu viens juste de me sauver la vie.'

J'eus envie de rigoler ; la dernière jeune fille dont j'avais sauvé la peau n'avait pas pris les choses aussi bien.

'Qu'est ce que tu tentais de faire ?' dis-je pour changer de sujet.

Elle mordit sa lèvre inférieure et souffla pour dégager les mèches de devant ses yeux, 'j'essayais de faire remarcher cette maudite machinerie démoniaque avant que nous perdions 300 dollars de nourriture congelée.'

Je tournais un œil critique en direction du matériel offensant, ça ne semblait pas si compliqué, 'J'peux jeter un coup d'œil ?'

'Si tu connais quoi que ce soit à propos des blocs réfrigérants,' répondit-elle en me tendant la clé à écrou, 'alors vas-y.'

Je pris l'énorme congélateur et le poussais loin du mur avant de prendre l'outil qu'elle me tendait.

Elle me fit un large sourire, 'Oh très bien… vas-y ; tricheur.'

Je lui rendis son sourire et me penchais pour travailler, 'Rien de mieux qu'un peu de force brutale.'

Elle gloussa, 'J'aime les brutes.'

Je redressais vivement la tête pour la regarder et ne pus dire si elle flirtait ou taquinait, ou quoi que ce soit d'autre. Je rougis, et je crus qu'elle allait s'effondrer de rire sur le sol.

'Fais gaffe à toi,' je tentais de la fusiller du regard, 'je pourrais être un tueur à la hache errant.'

Son visage passa par toute une série d'expressions jusqu'à ce que je lui rigole au nez, et elle gloussa de plus belle.

'Lampe torche ?' je demandais, et elle se releva du sol pour aller en chercher une.

Cela me prit une grosse demi heure et elle resta perchée sur une caisse à jacasser pendant que je travaillais. Elle avait un esprit vif sous ses dehors amusants, et elle rit même à certaines de mes blagues. Je me retrouvais à plutôt apprécier le moment. Avoir juste une conversation normale et agréable sans personne pour m'emmerder à propos de quelque chose que je n'aurais pas fait.

On découvrit qu'on appréciait tous deux le même genre de musique, bien qu'elle n'ait aucune idée de ce qu'était un dulcimer à marteaux et que je n'ai jamais entendu parler de Emerson, Lake and Palmer. Elle travaillait ici dans le magasin de son oncle jusqu'à ce que l'école reprenne, et partirait pour l'université d'ici une quinzaine de jours. Elle voulait passer un diplôme d'art, mais son père insistait pour qu'elle fasse un double cursus, pour qu'elle puisse trouver un 'vrai' boulot après ses études.

Mon personnage 'Max' avait toujours été préparé à l'avance avec un passé assez complet, et je racontais donc facilement comment moi et quelques potes avions pris la tangente pour une petite partie de camping, avant d'avoir à retourner à l'école. Je lui expliquais que nous économisions tous notre argent, et que l'an prochain, nous irions en Europe pour traverser la Grande Bretagne à pied.

Elle m'interrogea sur mes cheveux, et je lui racontais ma blague sur les rock stars.

Je l'interrogeai sur sa robe de grand-mère, et elle me raconta sa blague sur la lessive.

Puis je rebranchais le congélateur, le mis en route, et fus récompenser par le son du compresseur.

Elle poussa des cris aigus, sauta quasiment de la caisse où elle était assise, et se jeta à mon cou.

'Paige.' Lui dis-je en me dégageant, 'Ce n'était vraiment pas grand-chose.'

Elle recula au premier signe de gêne de ma part, et je décidais qu'elle faisait juste parti de ces gens qui vous étreignent pour un rien.

'Est-ce que tu blagues ?' glapit-elle, 'Tu viens juste d'économiser au magasin la perte de plus de 300 dollars de marchandises ! Sans compter le prix du réparateur qu'il aurait fallu faire venir ici !'

Je lui souris, 'Eh bien, je n'avais rien de mieux à faire.'

Cela me fit pourtant penser à l'heure, et je réalisais que j'avais intérêt à ramener mes fesses à la maison avant que les gars décident que j'avais été capturé et viennent me tuer pour m'empêcher de parler.

Elle sembla elle-même réaliser soudainement le temps que ça avait pris, et me traîna plus ou moins jusqu'au comptoir pour encaisser mes achats, 'Je suis tellement désolée !' Elle jeta un coup d'œil à la montagne de provision qui attendaient et leva un sourcil, 'Berk, c'est ça ce que vous mangez, les gars ?'

Je ris, 'Eh bien… Aucun d'entre nous n'est ce qu'on pourrait appeler un gourmet.'

'C'est ça !' s'exclama t-elle soudain, et elle attrapa mon bras pour me ramener dans la réserve, 'Je dois t'offrir quelque chose pour la peine que tu t'es donnée !'

J'eus un moment, sacrément effrayant et surréel, avant qu'elle ne lâche mon bras et s'arrête pour ouvrir le congélateur que je venais de réparer.

'Tout ça aurait été gâché si tu n'avais pas pris le temps de le faire remarcher ; ça prend deux jours pour faire venir le réparateur ici. Alors prend tout ce que tu veux.'

Elle me regardait avec espoir, et j'ouvris la bouche pour protester, puis la fermais. Ce n'était pas une si mauvaise idée : peut être que ramener quelque chose de spécial pour le dîner de ce soir aiderait à adoucir les choses avec les gars. Je jetais un coup d'œil dans le compartiment, puis je regardais Paige.

'T'es sûre ?' je m'enquérais et elle me répondit par un signe de tête enthousiaste.

Je regardais à nouveau. Je pensais à chacun des gars et fis une soigneuse sélection.

'C'est tout ?' demanda-t-elle avec surprise, et cela me fit rigoler.

'Eh bien…' J'hésitais, 'Je pensais que quelques légumes frais iraient bien avec.'

Elle les prit dans la réserve ; les plus frais du magasin.

On regagna le comptoir du magasin, et sur l'inspiration du moment, je chopais une bouteille de soda du rayon réfrigéré. Une toute petite gâterie, bon sang ; ç'avait été une longue journée.

Elle encaissa mes achats, et lorsque je lui dis de compter le soda à part, elle se contenta de sourire, de me faire un clin d'œil, puis le fourra dans un sac.

Je soupirai et essayai d'objecter, mais elle se contenta d'un signe de main, 'À la manière dont je vois les choses, je te dois toujours quelque chose comme 270 billets.'

Elle m'aida à porter les sacs jusqu'à la voiture et nous nous dimes au revoir par-dessus le capot.

Je regagnais le refuge en me sentant un peu mieux ; je pensais m'être bien débrouillé avec les courses et j'avais même réussi à gagner un très bon repas gratos. Tout ce que cela avait pris, c'était un peu de mon temps libre et l'effort d'utiliser mes capacités en mécanique. Il n'était même pas si tard que ça ; je serais de retour deux bonnes heures avant que Trowa ne commence à préparer le repas. Peut être que le dîner servirait à alléger un peu les choses ; peut être que je pourrais passer la soirée en plaisante compagnie. Capable de m'y plonger suffisamment pour que le jour actuel arrête de me poursuivre.

Je me garais dans la cour de bien meilleure humeur, chantonnant doucement et j'emportais à l'intérieur un premier lot de sacs. Je pris les denrées périssables en premier. Je vis Heero dans les escaliers lorsque je passai la porte d'entrée ; il me jetait déjà un regard furieux. Je fis un pari sur les premiers mots qui allaient sortir de sa bouche, et comme attendu, il demanda, 'Qu'est ce qui a pris tant de temps ?'

'Rencontré de vieux amis et on est allé en boite de nuit' je lui dis d'un ton traînant, et j'aurais pu me foutre des coups de pieds au cul. Voila le cercle vicieux que nous partagions, lui et moi. Je peux prédire la plupart des mots dont il me fera grâce et ça me rend dingue. Etre capable de prédire ce qu'il va sortir avant même qu'il ne le dise me rend défensif et ma grande gueule démarre au quart de tour. Cela, apparemment, le rend dingue à son tour et il devient juste plus maussade.

Je soupirai, ma bonne humeur bien dégonflée, et me dirigeai vers la cuisine. Quatre était là avec Trowa et je tentai d'oublier Heero.

Quatre me prit les sacs des mains et commença à les vider, et je me tournai pour aller chercher le reste des provisions.

Derrière moi, il y eu un bruit étrange et je vis Wufei qui entrait par la porte arrière.

'Maxwell !' dit-il d'un ton sec, 'Imbécile ! Rien de ces machins ne se conservera !'

J'ouvris la bouche pour me défendre, mais Heero apparut dans l'encadrement de la porte de la cuisine, et j'eus soudain 4 paires d'yeux braqués sur moi. Les derniers vestiges de ma bonne humeur s'envolèrent. Que diable avais-je pensé ? Une soirée convenable avec ce groupe de types ? Putain, ils me détestaient tous ; ce n'était même pas la peine d'essayer.

Je ne pris pas la peine de parler, je me contenter de les regarder dans les yeux, l'un après l'autre, puis je retournai à la voiture. J'attrapai le reste des sacs et les transportai à la cuisine, où je les laissai tomber sur la table.

Ils étaient encore tous là, sortant les steaks et les légumes des sacs avec des expressions vaguement horrifiées. Wufei parlait, mais je n'entendis même pas ce qu'il disait. J'étais tellement furieux que j'étais à un doigt de passer en plein mode bataille. Ma voix, quand j'ouvris la bouche, me sembla glaciale, même à moi.

'Voilà les provisions. Voici le ticket de caisse. Là, c'est la monnaie. Et ça, c'est les clés de la voiture.' J'alignai chaque item sur la table alors que je les mentionnai. Je mis le dîner de ce soir en une pile séparée, récupérant ma bouteille de soda au passage. 'La caissière du magasin d'alimentation m'a offert ça pour avoir réparé son congélateur. C'est pour le dîner de ce soir. Amusez vous bien.' Dans mon imagination, la température descendit si radicalement que du givre se forma sur les fenêtres.

Je tournai tranquillement les talons et sortis de la maison. Je ne claquai même pas leur putain de porte. J'espérai qu'ils allaient tous s'étouffer.

Vous pourriez tous vraiment, vraiment, penser qu'un gars dont la vie est de tuer, qui se surnomme lui-même le Dieu de la Mort dans la bataille, qui a perdu chaque âme vivante qui ait jamais eu une putain d'importance pour lui… ne serait pas si facile à blesser.

Je traversai la cour, jetant un coup d'œil au soleil une fois pour m'orienter, avant de m'enfoncer parmi les arbres pour retourner vers la ville. Qu'ils aillent se faire foutre. Bill et Paige étaient sacrément plus faciles à supporter. A vol d'oiseau, il y avait à peine 3 kilomètres, et le trajet me servirait à refroidir ma colère. Je n'étais pas stupide au point de prendre l'unique voiture pour des raisons personnelles. Je dévalai la colline, la colère bouillonnant en moi, jusqu'à ce que je glisse, tombe, et me brise presque ma putain de jambe. Je me suis alors arrêté et j'ai trouvé un rocher pour m'asseoir avec ma tête entre mes mains, et mon bon dieu de cœur écorché coincé dans la gorge. Pourquoi diable est ce que je les laissais me faire mal comme ça ?

Parce qu'ils étaient supposés être mes amis. Parce qu'ils étaient supposés être comme moi. Parce que j'avais été assez stupide pour m'exciter quand j'avais découvert qu'ils existaient ; j'avais pensé que j'avais finalement trouvé des personnes qui pourraient comprendre ce que je ressentais. Comment je souffrais. Combien j'étais fatigué de tout ça. J'avais pensé qu'ils seraient aussi fatigués et seuls et souffrants que je l'étais. J'avais envisagé quelque chose…

Mais j'avais eu tort ; Ils étaient peut être 4 des plus talentueux et des plus brillants… comme de bien entendu. Mais ils faisaient les mêmes suppositions stupides sur moi que les autres faisaient. Ils étaient peut être des pilotes de Gundam, avec tout ce que cela nécessite d'intelligence et de compétence, mais ils ne pouvaient pas voir au travers de mon masque d'avantage que n'importe qui d'autre. Ne pouvaient pas voir au-delà de ce que j'avais été pour voir ce que j'étais devenu.

Solo aurait bien ri de moi , 'Tu pleurniches sur ton sort, rat-boy.' Il se s'rait bien moqué. S'il n'était pas mort…

Je me souvins de la bouteille de soda fourré dans la poche de ma veste et la sortis. Faisant sauter le bouchon, je levai la bouteille en un salut au ciel et murmurai, 'À la mort des sentiments.' Et avalai une longue gorgée.

Mon propre mélodrame me fit rire, et je redescendis de mon rocher en secouant tristement ma tête, puis repris ma descente de la montagne. Je m'étais suffisamment calmé pour que je puisse le faire sans me briser la nuque.

J'arrivai en ville à peu près au même moment qu'à la fin de ma bouteille de soda et me dirigeai tout droit vers la station service, apercevant Bill dans l'atelier avec une bagnole sur le tarmac.

Je jetai la bouteille vide dans la bouteille la plus proche et lui fis un signe de la main quand le bruit lui fit relever la tête.

'Hé, Max !' brailla t-il, et il vint à ma rencontre, essuyant ses mains sur un chiffon.

'Sur quoi tu bosses ?' je demandai et je le laissai m'emmener dans le garage.

Mon intention étant de tuer le temps en ville pour le reste de la journée, ce serait pas plus mal de rester ici plutôt que de déambuler sans but en ville, en suppliant de parfaits étrangers de me parler. Au moins Bill et moi, nous nous étions présentés officiellement.

Il se trouva qu'il essayait de retirer le moteur de la Chevrolet qu'il avait mise dans l'atelier, et il fut ravi quand je lui offrais mon aide. C'est un boulot qu'il est bien plus facile de faire à deux.

On passa donc les deux heures suivantes à lutter contre cette bagnole, et à se brailler dessus mutuellement par-dessus la musique qui beuglait dans la radio.

C'était tellement ridicule que je ne pus m'empêcher d'en sourire. Bientôt, mes bras et mes mains furent couverts d'une demi douzaine de coupures et mes articulations étaient écorchées, j'avais de la graisse partout, et je me retrouvais à passer un bien meilleur moment que toute cette maudite semaine dans le refuge.

Bill ne serait probablement jamais capable de faire de l'algèbre avancée ou de devenir une pointure scientifique, mais c'était un gars bien. Nous passâmes notre temps à parler musique et sport, école et voiture. Des trucs de mecs, quoi. C'était agréable. Quand le bloc moteur fut finalement suspendu au palan au milieu de l'atelier, il me tapa dans le dos et l'état dans lequel nous étions, pleins de graisse, nous fit bien rire tous les deux.

'Si tu veux,' me dit-il en s'excusant, 'Il y a une vieille cabine de douche là derrière. Le propriétaire précédent vivait dans l'appartement au dessus du garage, et sa femme ne le laissait jamais rentrer dans la maison tant qu'il n'était pas propre.'

Cela m'arracha un grand sourire, 'Oh mon Dieu… de l'eau chaude pour de vrai ?'

Il rit, 'Exactement. Vous campez 'à la dure', pas vrai ?'

Je rougis un peu, réalisant que j'avais dû me comporter comme s'il m'offrait le Saint Graal, et je baissai la tête, 'Ouais… camper dans les grands espaces et se baigner dans des putains de ruisseaux.'

Il ricana, 'En voilà un qui déteste les douches froides.'

'Plus que tout au monde, à part une lobotomie frontale.' Je grognai, et il me conduisit à l'arrière sans plus de cérémonie.

Ce n'était rien de plus qu'un carré d'un mètre de côté, un bloc aux parois métalliques, ouvert aux 4 vents, mais qui ressemblait au paradis.

Bill m'indiqua une bouteille de shampoing cabossée et une pile de serviettes propres, 'Ne t'en fait pas pour l'eau chaude ; ce truc est relié à un réservoir de la taille de Detroit.'

Il retourna à l'intérieur et j'ouvris l'eau, me déshabillant rapidement et me glissant sous le jet. Dieu ; c'était le rêve. J'augmentai la température jusqu'à ce que la vapeur tourbillonne autour de moi et que ma peau prenne une couleur rosée. Pendant quelques minutes, je restai juste sous le jet en laissant l'eau dégouliner sur moi, fermant les yeux et souriant comme un idiot dans la lumière déclinante de ce début de soirée.

Avec un soupir de regret, j'ouvris les yeux et entrepris de me laver. Je défis ma natte et lavai rapidement mes cheveux, puis m'employai à détacher la graisse et la sueur avec le pain de savon que j'avais trouvé sur le porte savon. Dame Opportunité ne frappe pas souvent à ma porte, si bien que j'en profitai un peu et me permis 5 minutes supplémentaires sous la douche. Il faisait déjà sombre lorsque j'en eu fini, et être dehors, cul nu, même dans l'espace fermé d'un bloc d'un mètre 50 de haut, me donnait la sensation d'être observé. Je me séchai et m'habillai rapidement et revins à l'intérieur où Bill attendait en feuilletant un magazine. Il me lança le bouquin et alla prendre son tour.

Il prit autant de temps que moi, mais revint avec l'avantage de vêtements propres.

Maintenant qu'il faisait nuit, la sensation de se tenir debout dans l'atelier bien éclairé avec les portes grandes ouvertes, me laissait avec ce sentiment dérangeant d'être 'exposé', et je lui demandai si le magasin d'alimentation était encore ouvert.

Il regarda sa montre et fronça les sourcils, 'Paige devrait être ici maintenant ; elle ferme à 6 heures.' Remarqua t-il, et un gloussement familier nous parvint de l'extérieur.

'Je suis là depuis dix minutes.' Paige rit et entra dans le garage.

'Alors qu'est ce que tu fichais ?' lui demanda Bill avec un sourire confus.

'Je profitai pleinement du spectacle de deux beaux mecs se douchant.' Répondit-elle crûment, et je ne suis pas sûr de savoir lequel de nous deux allait s'étrangler à mort le premier.

'Paige !' glapit mon compagnon mécanicien, son visage prenant une belle teinte violette, 'Arrête ça !'

Je n'avais aucune idée du genre de relation que ces deux là pouvaient entretenir. Mais je décidai que la drague de Paige devait être plutôt sans conséquence pour qu'elle le fasse avec deux gars en même temps. Par ailleurs, elle n'aurait rien pu voir de l'endroit où elle se tenait.

'Ecoute,' je lui demandai, autant pour changer le sujet qu'autre chose, 'Est-ce que tu verrais un inconvénient à rouvrir le magasin une minute pour que je puisse prendre de quoi manger ?'

Son expression redevint très sérieuse et elle fronça les sourcils, 'Qu'est devenu le grand dîner que tu avais prévu ?'

Je baissai la tête piteusement ; j'avais espéré qu'elle aurait oublié ça, 'Mes potes l'ont pris et sont allés pêcher…'

'Sans toi ?' Son indignation pour moi fut immédiate.

'Oh, ça va.' Je la réassurai rapidement, 'Je ne pêche pas. C'était prévu. J'ai juste oublié que c'était ce soir.'

Son visage redevint amical, 'C'est nul !' s'exclama t-elle, 'Ils n'auraient pas dû planifier quelque chose que tout le groupe n'aime pas faire !'

Cela me fit rire ; un jour, celle là allait se transformer en mère hyper protective, 'Vraiment ça va. J'ai juste complètement perdu trace de la date.' Ce mensonge ironique me fit presque tressaillir.

Son visage s'éclaira, et elle prit chacun de nous par un bras, 'Eh bien, puisque tu n'as rien de prévu, tu peux venir dîner avec nous ! On comptait justement aller au resto de Johnson !'

Je reculai, 'Uhmmm… Paige…' Je rougis, calculant rapidement dans ma tête combien d'argent personnel j'avais sur moi, 'Je ne peux pas me permettre…'

Elle grogna, 'Ne sois pas ridicule ; je te dois toujours… voyons voir… deux cent…'

Bill intercala une question à ce moment à propos des 270 dollars, ce qui permit à Paige de relater toute l'histoire du 'il m'a sauvé la vie !', et avant que je ne sache vraiment ce qui arrivait, j'étais assis entre eux deux à une table de restaurant à manger une pizza.

A les écouter échanger des plaisanteries, je parvins à la conclusion qu'ils étaient plus comme frère et sœur que comme petits copains. Ils avaient grandi ensemble dans cette petite ville, les deux seuls enfants de cet âge, et avaient été en quelque sorte forcé à apprendre à s'entendre.

Je m'abreuvai des histoires de leur enfance et de leur vie avec leurs familles. Paige avait un frère aîné qui devait finir l'université l'an prochain. Bill avait une sœur plus jeune qui était toujours au primaire. Je pris plaisir à leur compagnie et nous rîmes ensemble, parlant jusqu'à ce que monsieur Johnson nous informe qu'il allait fermer.

En quittant le restaurant, Bill nous dit au revoir, me remerciant pour mon aide avec la voiture, et retourna vers le garage pour fermer et retourner chez lui.

Ma route, apparemment, coïncidait avec celle de Paige, parce qu'elle marcha avec moi jusqu'à la lisière de la ville.

'Merci pour le repas.' Je lui dis, et puis je souris, 'deux fois !'

Elle se renfrogna, 'Trop dommage que tu n'aies pas pu profiter du premier.'

Je grognai.

'Max ?' Elle me jeta un coup d'œil et j'eus soudain un frisson glacé dans le creux de l'estomac.

'Ouais ?' je demandais, mais je savais que je ne voulais vraiment pas entendre sa question.

Elle s'arrêta au milieu de la rue et se retourna pour me dévisager avec ses mains plantées sur ses hanches, 'Eh bien, cela semblait… enthousiaste.'

Je ricanai, 'Désolé.'

'Est-ce que tu m'apprécies ?' sortit-elle soudainement.

'Quoi ?' je glapis, pris par surprise par sa brusquerie plus que par sa question. C'est un peu ce que j'avais craint.

Elle pencha la tête sur le côté et me regarda à nouveau, 'Tu n'es pas là pour longtemps,' m'informa t-elle, 'et je n'ai pas le temps de tourner autour du pot. Tu m'apprécies ou non ?'

Je rejetai ma tête en arrière et ris à gorge déployée, et ne pus que lui répondre avec la même franchise. ' Beauté… si tu étais un garçon, je t'aurais sauté dessus en un quart de seconde.'

J'attendis le vacarme. Le glapissement étranglé, mais tout ce que j'obtins fut un soupir résigné, 'Bon Dieu, les mecs mignons sont toujours gays !' gronda t-elle dans sa barbe, et cela nous fit ricaner tous les deux.

'Je suis désolé.' Lui dis-je sincèrement, 'Je t'aime bien… je te trouve drôle et gentille et honnête. Mais…'

'Mais… pas comme ça.' Elle m'adressa un sourire curieux.

'Non. Pas comme ça.' Je confirmai.

Elle refit ce truc en soufflant pour écarter les mèches de ses yeux, 'Eh ben merde.'

Nous reprîmes notre marche et nos chemins se séparèrent peu de temps après. J'attendis d'avoir passer le premier virage sur la route avant de me ruer dans les sous bois et de commencer à regrimper cette montagne.

Il y avait une lune dans le ciel, Dieu merci, ou bien j'aurais probablement été obligé de coller à la route et de me taper les 12 putains de kilomètres. Mais même ainsi, ça n'allait pas être marrant.

Je fis la route, prudent et automatiquement silencieux, et j'en vins même à souhaiter de pouvoir faire demi tour et retourner en ville. Chaque pas que je faisais en direction du refuge ajoutait un fardeau à mes épaules, jusqu'à ce que je sente que j'étais prêt à courber sous ce poids.

J'écoutai les sons tranquilles de la forêt et sentis cette dépression amère s'infiltrer pour venir me remplir. A mi chemin dans la montagne, je décidai que dès que cette mission serait terminée, je refuserais de travailler à nouveau avec mes 'partenaires'. Shinigami n'avait besoin d'aucune putain d'aide. J'avais travaillé tout seul tout ce temps ; ce serait mieux de retravailler seul à nouveau.

Je m'arrêtai à l'approche du ruisseau où je m'étais baigné ce matin, et m'assis sur le rocher où j'avais mangé mon petit déjeuner. Il y a une autre chose dont je devais m'occuper avant de regagner la maison.

'Finalement décidé d'arrêter de m'ignorer ?' Le souffle du vent, comme un soupir, m'apporta les mots de mon fantôme par delà les années.

'Ouais, Solo… j'aurais dû savoir que tu ne me laisserais pas en paix, cette nuit moins que tout autre.' Je soupirai ; Si je fermais les yeux, je pouvais Presque l'apercevoir devant moi. Debout, avec cette crinière de cheveux blonds encadrant son visage, et cet éternel bandeau bleu les retenant hors de ses yeux.

'Un gars mérite un peu de respect le jour où il s'est levé et est mort.' Il me sourit largement.

'Désolé.' Je murmurai et je résistai à l'impulsion de le toucher. Je sais bien qu'il n'était pas vraiment là.

Il grogna et me lança un sourire taquin, 'T'en a pris du temps pour venir me parler.'

'Eu un peu de mal avec ça, cette année.' Je lui dis, et je tournai mon visage vers la lune.

'Ça va, rat-boy ?' Dans ma tête, il se tourna pour regarder la lune avec moi.

'Ça… ira' Je soupirai et ne pu m'empêcher de sourire, 'Merci d'en avoir assez à foutre pour demander.'

Il se contenta de pencher la tête sur le côté.

'Alors…' je demandai doucement, 'Combien de temps encore à attendre ?'

Il ne répondit pas pendant une bonne minute, et je sus qu'il était… ce qu'il aurait été en train de lutter pour me dire, 'Est-ce qu'on pourrait pas juste parler ?' demanda t-il finalement.

'Ben comme je suis juste en train de me parler à moi-même… non ; ça semble vraiment trop… bizarre.'

Il renifla alors, 'Vraiment aucun putain d'respect. Chais pas, moi… peut être encore 5 minutes ?'

'On pourrait penser que tu s'rais capable de déterminer l'heure de ta propre mort avec un peu plus de précision.' Je lui balançais.

'A prendre ou à laisser, rat-boy.' Grogna t-il et je dus me souvenir de garder les yeux fermés pour ne pas le perdre de vue.

Je tendis la main pour relever mon pantalon et désengager mon couteau de chasse de son étui.

'Tu me manques vraiment, King-rat.' Je lui murmurai.

Ses yeux auraient suivi le couteau comme je le déposai sur mes genoux pour relever ma manche.

Il gronda doucement, 'Je déteste vraiment cette partie là,' me dit-il, 'On peut pas juste laisser tomber ça, gamin ?'

'Non.' Je lui dis, 'Une autre année est passée.'

'C'était pas ta putain d'faute.' Me dit-il et il bougea pour se tourner, 'Tu as sauvé les autres… rien qu'tu pouvais faire pour moi.'

J'empoignai la lourde lame comme si c'était un crayon, et l'amenai jusqu'à la face interne de mon bras, 'Je t'ai laissé mourir, Solo.'

'Et main'nant, tu vas t'faire une autre putain de marque… une autre année… une autre cicatrice.' Sa voix était tendue.

'Je n'oublierai pas.' lui promis-je à nouveau, comme je l'avais fait chaque année depuis la nuit où il était mort. La lame glissa sur ma peau et laissa la coupure. Rien d'énorme, ni de spectaculaire… juste assez profond pour que cela laisse une fine cicatrice blanche. Il y en avait neuf maintenant, bien en rang le long de mon avant bras. Je gardai le dos tourné à lui jusqu'à ce que je puisse fermer mes yeux à nouveau.

'C'est fait.' Je soupirai, 'Tu peux te retourner maintenant.'

'Tu n'as pas oublié.' Me dit-il, et sa voix, déjà, était en train de s'évanouir.

'Tu sais…' je lui dis soudain, pris d'inspiration, 'Duo n'a vraiment que neuf ans… Il n'était pas né avant que tu ne meurs.'

'Ben ça fait d'ce jour ton anniversaire, je suppose.' Il me sourit avant de disparaître.

Ce fut mon tour de grogner. J'ouvris les yeux sur une clairière vide.

'Dieu, tu me manques, mon vieil ami.' Je murmurai à l'espace vide devant moi, et je ne pus m'empêcher de tendre la main vers l'endroit où il ne s'était jamais tenu. Je fermai les yeux une seconde, espérant qu'il reviendrait et que je pourrais toucher sa main. J'avais tant besoin que quelqu'un me touche. Mais il ne le faisait pas… il ne le faisait jamais, 'A l'année prochaine.'

Je nettoyai ma lame et la rangeai, et restai assis juste une minute, à cligner des yeux devant la lune. Elle devait être plus brillante que je ne le pensais, parce que mes yeux étaient tout embués.

Mais alors j'eus le sentiment soudain d'être observé. Je me figeai, chacun de mes sens soudainement en alerte. Ce point entre mes omoplates me hurlait de courir, mais quelque chose dans cette présence semblait familière, et je surpris finalement une odeur dans la brise.

'Sort de là, Heero.' Je grognai et je ne pris même pas la peine de me tourner vers lui. Je n'étais pas sûr à cent pour cent de l'endroit exact où il se trouvait.

Cela lui prit un moment pour décider, pensant peut être que j'allais juste à la pêche aux informations et que je n'étais pas sûr qu'il était là, mais finalement, il bougea. Je ne l'entendis toujours pas, mais saisis un mouvement à la périphérie de ma vision. Je me tournai alors vers lui.

'Qu'est ce que tu veux ?' demandai-je, et ma voix avait pris une intonation glaciale. Je souhaitai soudain que cette glace puisse aussi envahir mon cœur.

Il ne parla pas immédiatement, mais s'approcha un peu plus, s'arrêtant face à moi, 'Qu'est ce que tu fais là dehors ?' demanda t-il, et sa voix à lui était… étrange.

'Nous ne sommes pas en mission, actuellement. Ce que je fais de mon temps libre ne regarde que moi.' J'aurais vraiment voulu savoir depuis combien de temps exactement il m'observait, et ce qu'il avait vu. Je me sentais mal à l'aise, et toutes les défenses que je possédais étaient passées en mode 'va te faire foutre'.

Il digéra mes paroles, ce qui me rendit encore plus perplexe ; je m'étais attendu à une attaque verbale instantanée.

'Qu'est ce que tu veux ?' je répétai quand il ne se décida pas à parler immédiatement.

'Je…' Il hésita, et pendant un bref, insaisissable instant, je vis un soupçon de confusion dans ses yeux. Mais je sus soudainement ce qu'il faisait ici.

'Tu m'as suivi parce que tu ne me faisais pas confiance pour ne pas compromettre la mission.' Je dis platement, et je sus quand je le vis flancher que j'avais tapé en plein dans le mille.

'Tu…' Il semblait encore se débattre pour ne pas laisser cela tourner en un match de hurlements, '…étais agité quand tu as quitté la maison.'

Cela me fit rire à voix haute. 'Agité,' je répétai, en me détournant de l'expression maussade de son visage, 'Agité,' je redis encore en ricanant un peu plus.

'Je ne suis pas certain que tu sois en condition…' commença t-il, et je me levai de mon rocher, furieux, brusquement baigné d'amertume.

'Tu m'as surpris un mauvais jour, monsieur l'Enculé-Pour-Qui-Tout-Doit-Toujours-Etre-Parfait Yuy.' Je grondai, et je sus qu'il m'avait alors poussé trop loin, et qu'il était trop tard pour essayer de m'enfoncer un bâillon dans la bouche. 'C'est l'anniversaire de la mort du seul ami que j'ai jamais eu. Je passe un peu de temps seul avec son fantôme chaque année à cette date. Et je ne me souviens pas t'avoir invité à cette réunion. Je n'ai rien fait… putain vraiment rien, pour te compromettre, toi ou les autres. Je suis malade de te voir t'acharner contre moi, vérifiant chacun de mes mouvements et questionnant chacune de mes décisions. Je ne t'ai donné aucune raison de douter de mes capacités et je veux savoir quel est ton putain de problème avec moi !'

Je haletai. Je lui faisais face. J'étais vraiment fâché et à peu près sûr que j'allais mourir.

Il resta debout une bonne minute, à me dévisager. Je supposai qu'il allait me défoncer la gueule à la seconde suivante. Pourtant je ne cédai pas de terrain, non pas que je pensais avoir la moindre chance contre lui, mais parce que je ne recule jamais devant quelque chose que j'ai provoqué.

'Je… m'excuse.' Dit-il doucement, et je suis à peu près certain que ma mâchoire se déboîta quand ma bouche s'ouvrit en grand sous le coup de la surprise. Je tentai de dire quelque chose, mais rien ne sortit. Il prit avantage de mon silence.

'Nous avons… discuté l'incident des courses, et tu as raison ; nous ne t'avons donné aucune chance de t'expliquer avant de sauter aux conclusions.'

Je fus celui qui fut finalement forcé de baisser les yeux, 'Euh, bien… Uhmmm,' dis-je intelligemment, 'Je…uhhh… accepté.' Je réussis finalement à bredouiller.

Il est possible qu'un petit bruit amusé ait passé ses lèvres, mais je ne pourrais pas le jurer. Mon monde venait un nouvelle fois de basculer hors de son axe. Heero Yuy, me présentant ses excuses ? J'aurais voulu lui demander de répéter… juste pour être sûr. Ça devait être un jumeau non démoniaque. Au prochain coup, il allait me demander si j'allais bien…

'Nous… avons attendu pour dîner.' Il dit ça très tranquillement, et je pense que je m'étranglai.

Je tournoyai pour lui faire face, et je dus me retenir de l'accuser d'être un imposteur.

'Quoi ?' demandai-je stupidement.

L'irritation revint légèrement sur son visage, et il dit, 'ça ne semblait pas très… juste de manger sans toi ce que tu nous avais fourni.' Finit-il par lâcher, et je dus accepter que c'était bien Heero que j'avais en face de moi.

'Je suppose qu'on devrait retourner à la maison, alors.' Dis-je tranquillement.

On fit demi tour et on reprit le chemin côte à côte, et je choisis de ne plus parler, juste pour ne pas briser le charme.

Le chemin était encore diablement long pour devenir de bons potes, mais c'était quand même bien mieux que ce matin.

Tout ce que je pouvais espérer était que le sort tiendrait.

A suivre…


Voilà, j'ai traduit un premier chapitre... Ma première traduction, je suis émue ! Mais bon sang, j'adore cette histoire. Et la suite va être de mieux en mieux, croyez moi ! Cette fic est exceptionnelle.

Encouragez moi pour la suite, envoyez moi des reviews !