Titre : Revelations (Ion Arc 3) - part 1/3 The Ion Arc

Gundam Wings n'appartient ni à Sunhawk, qui a néanmoins écrit cette fabuleuse histoire, ni à moi, qui ne suis que l'humble traductrice. Hélas…

Avertissements : POV Duo, yaoi, angst, langage cru


Hello ! Je vais définitivement aller m'enterrer dans un trou, pour éviter les remarques sur le temps hallucinant qu'il m'a fallu pour updater. Aucune excuses, pas la moindre idée de comment le temps a filé aussi vite…

Mais sans vouloir faire de spoiler sur ce chapitre, je crois que vous serez toutes et tous heu-reux !! de ce qui se passe entre Heero et Duo Miaaaam !

Allez, bonne lecture, en espérant n'avoir perdu aucun fidèle pendant cette longue absence, et en souhaitant la bienvenue aux nouveaux/nouvelles !! Pour les reviews, je me contenteraide tous vous remercier !!

Petit résumé des derniers chapitres ? Hmm, pas facile ça :

Pour avoir peint une fresque dans la soute de son vaisseau, et l'avoir montré à Relena, qui déclare que la misère représentée dans la peinture n'existe pas, Duo, énervé, l'invite donc à venir faire un tour sur L2.

Lors du trajet, Duo se blesse au poignet en sauvant (encore ?) Relena, puis secourt ses amis Toria et Hayden dont le vaisseau explose peu après qu'ils aient été récupéré. Tout ce petit monde est donc en route vers L2.


Titre : Obligations (Ion Arc 5) part 6

Dernières lignes du chapitre précédent :

"Parce que j'ai perdu la partie de poker," me répondit-il mystérieusement.

"Oh mon Dieu," gémis-je, "et vous avez joué pour quoi ?"

"Toi," se marra t-il, et je jure devant Dieu que je faillis fuir à toute jambe.

"Quoi ?" glapis-je, mais il ne voulut pas m'en dire plus.

oOoOoOoOoOoOo

Nous retournâmes dans la cambuse, pour trouver Toria assise à table, avec une air incroyablement satisfait. Hayden reprit sa place près d'elle, tandis que je restai là, à les observer suspicieusement. "Bon, qu'est ce qui se passe, bordel ? Pourquoi tu as dis que vous aviez parié sur moi ?"

Toria laissa échapper un rire profond, pendant que je m'asseyais. Heero apparut à son tour, guidant le reste de nos invités dans la pièce soudain bondée. Relena… pardon, Lena, prit place, Heero et Chezarina se dirigeant eux vers le comptoir pour commencer le dîner.

"On avait parié le droit de te demander un service," me dit-elle.

"Quoi ?" fis-je, confus. "Vous savez bien que vous pouvez me demander n'importe…"

Elle me coupa d'un geste vague de la main. "On avait parié entre nous. Hayden ne voulait pas demander, je voulais."

Oh merde, ça présageait rien de bon. Derrière eux, je pouvais voir Heero et Chezarina, en train de préparer le repas, mais leur attention fermement dirigée vers notre conversation.

"Quelle service ?" réitérai-je platement. Haydan parut soudainement trouver que ses ongles étaient incroyablement intéressants, et se mit à les étudier avec fascination.

"Ecoute, 'tit pote," continua t-elle, "on est en quelque sorte dans une… tu me connais assez pour savoir que nos dernières économies étaient épuisées, sinon j'aurais jamais laissé tomber l'assurance."

"Toria…" la coupai-je en fronçant des sourcils. "Tu sais bien que tu peux m'emprunter jusqu'à mon dernier sou… mais j'aurai jamais assez pour vous repayer un nouveau vaisseau."

Elle soupira. "Je sais ça, Duo… mais j'ai un plan."

Pendant une fraction de seconde, mes yeux croisèrent ceux de Hayden, et ce que je vis me fit grogner. "Que dieu nous protège."

"Tu n'as même pas idée," marmonna t-il.

"Ça suffit, vous deux !" nous gronda t-elle à demi.

"Allez, crache le morceau, Toria," fis-je en soupirant.

"La compétition en G-zéro a lieu cette semaine. Je veux qu'on participe," laissa t-elle s'échapper à toute allure.

Un silence de pierre tomba dans la pièce, et tous les regards se fixèrent sur moi. "Quoi ?" mexclamai-je. "Putain, t'as perdu la boule, ou quoi ?"

"Allez, Duo !" plaida t-elle. "Vous deux, vous étiez tellement bons… vous avez fini sur le podium chaque année où vous avez participé ! Si on se plaçait second, ou même troisième, la récompense serait presque suffisante pour nous remettre sur pied. Et on pourrait emprunter le reste…"

"Victoria," dis-je platement, la forçant à fermer son clapet au milieu de sa phrase, "ça fait, quoi…" mes yeux dérivèrent vers Hayden, "plus d'un an ?" Il acquiesça. "On s'est pas entraîné… on a même pas de programme… et c'est dans deux jours…"

"Vous avez toujours l'enchaînement sur lequel vous bossiez pendant toute l'année avant qu'on se marie." Elle se pencha vers moi comme un putain d'oiseau de proie, et j'eus l'impression soudain d'être devenu super appétissant.

Je clignai des yeux comme un hibou. Repensant à cet enchaînement, et voyant Hayden, qui étudiait très sérieusement ses ongles, le visage bien rouge… Mon propre visage s'empourpra aussitôt aussi.

Le coude sur la table, j'appuyai mon menton dans ma paume. "Toria, demande moi mon vaisseau… bordel, demande moi mon enfant premier né… mais ne me…"

"Si je pouvais vendre le premier gosse que tu auras pour assez de fric pour racheter un vaisseau, crois moi qu'j'y penserais," argumenta t-elle, m'arrachant un rire fatigué.

Et puis alors, elle tricha.

"S'il te plait, Duo… Je ne sais pas quoi faire d'autre ?"

Je déteste quand elle fait ça. C'est détestable parce que je ne peux pas dire non à ses foutus 's'il te plait'. Et je déteste parce qu'elle le sait.

"Je vais y penser," grognai-je et je vis, à l'expression de son visage, qu'elle savait qu'elle m'avait eu. Rageusement, je récupérai le bloc à dessin et l'ouvris à la page où je m'étais arrêté la nuit précédente, pour recommencer à travailler sur Jefty. Toria ronronnait presque. "Et ne joue pas les couillus, spacer-girl."

"J'suis pas équipée pour," sourit-elle tendrement.

A ma gauche, Relena pouffa fortement, essayant de se retenir, puis, voyant qu'elle était sans le vouloir rentrée dans la conversation, elle continua et demanda. "De quelle compétition est ce que vous parlez ?"

"L'exposition en Gravité zéro", répondit Toria. "C'est un gros événement dans les Colonies. Un peu comme les Jeux Olympiques sur Terre. Tous les ans, c'est sur une colonie différente, et cette année, c'est justement sur L2 que ça se passe."

"Putain, quel bol j'ai," marmonnai-je, juste pour qu'elle sache que j'étais pas contente après elle. Elle se contenta de me sourire avant de se retourner vers Relena.

"Tu devrais y aller pendant que t'es sur L2… Lena." Toria sourit à la Princesse, et Relena ne vit absolument rien de l'étincelle de malice dans sa voix. "C'est un gros événement… faut pas le manquer."

"Oh ! Ça a l'air marrant !" s'extasia Relena, puis elle se retourna vers Chezarina, "Est-ce que ça t'ennuierait… Tante 'Zarina ?"

Le crayon, dans ma main, faillit se briser en deux, alors que l'une des rares excuses que j'avais pu trouver me glissait entre les doigts, avant même que j'ai vraiment décidé de l'utiliser ou non.

"Pourquoi pas," répondit Chezarina joyeusement, me donnant l'envie de lui balancer un truc à la gueule. Je levai les yeux et vis Toria me sourire sadiquement, tandis que Hayden semblait sympathiser avec moi.

"Abandonne, Duo" plaisanta t-il lorsqu'il me vit me renfrogner. "Ils sont plus forts et plus nombreux que toi."

"Je vois vraiment pas pourquoi tu te réjouis," claquai-je. "Ou bien t'as oublié les costumes qui vont avec cet enchaînement ?"

Je vis la couleur quitter son visage, et fus bien heureux de constater qu'en effet, il avait oublié ces foutus costumes. Et c'était bien agréable d'être celui qui se moque, pour une fois. "Oh, c'est plus aussi marrant, tout d'un coup, pas vrai ?" je ricanai. On était vraiment plus jeunes de quelques années, et bien moins sages que maintenant, quand on avait crée cette danse, et les costumes qui allaient avec.

"Et merde," murmura t-il.

Le sourire de Toria, quant à lui, ne s'en agrandit que d'avantage, et j'aurais pourtant pas cru ça possible. "Oh, ça c'est le meilleur morceau… voir deux beaux mâles tout harnachés de cuir."

Hayden et moi nous mîmes à grogner. Relena éclata de rire et osa proférer, "ça a l'air marrant !", même si elle se mit à rougir profusément en suivant.

Toria se pencha au dessus de la table, et donna un coup de poing léger sur l'épaule de la Princesse. "Attend juste de les voir. Miam !"

"Dans quelle catégorie est ce que vous vous inscrivez ?" demanda Heero d'une voix faussement calme, participant à la conversation pour la première fois.

"Danse free style," lui répondit Toria avec un peu trop d'allégresse dans le ton.

Heero arrêta ce qu'il faisait, et se retourna pour regarder notre groupe. "Je ne suis pas sûr qu'il soit physiquement apte…"

Toria perdit son sourire et fit face à Heero, avec un air revêche. "Je sais bien. Il va falloir qu'ils s'entraînent pour voir de quoi Duo est capable… Je ne vais pas lui demander de se blesser."

La température dans la pièce sembla monter en flèche soudainement, tandis que les deux se mesuraient du regard. Je dus faire un effort pour continuer à respirer.

"Il faut qu'il voit un médecin d'abord, et qu'il soit autorisé à entrer dans la compétition," statua Heero fermement.

"Evidemment," répondit Toria, d'une voix tout aussi ferme et résolue.

Dieu. J'avais l'impression d'être devenu un foutu bout d'os que se disputeraient deux chiens de rue. Je choisis donc de me concentrer sur mon croquis jusqu'à ce que le dîner soit prêt, puis je mangeai. Je serais incapable de vous dire ce qu'on mit dans mon assiette ce soir là, mais je suppose que je l'avalai, car personne ne vint me prendre la tête avec ça.

Durant le repas, les conversations continuèrent autour de moi, mais sans que j'y prête attention. Mes pensées étaient fixées sur ce stupide enchaînement, essayant de me souvenir des mouvements et me demandant si je pouvais encore le réussir après autant de temps. Je découvris que je m'en souvenais, du début à la fin, chaque mouvement de la chorégraphie, chaque saut et chaque élancement. On avait bossé sur ce programme pendant toute l'année entre la fin d'une expo, et le début de la suivante. Mais ensuite, on avait rencontré Toria, et Hayden n'avait plus eu autant d'intérêt à danser avec moi. Ça avait fini par être abandonné, et à l'époque, j'avais ressenti une pointe de déception, à l'idée de ne plus jamais faire de compétition. L'enchaînement était vraiment bon, et j'en avais été plutôt fier.

Je fus soudainement rappelé à la réalité quand quelqu'un prononça mon nom, et je relevai mes yeux de mon assiette pour découvrir que tout le monde dans la pièce m'observait, avec différents degrés d'amusement ou d'inquiétude.

"Quoi ?" marmonnai-je vivement.

"Je disais," fit Toria avec un air franchement amusé, "est ce que tu as l'intention de nous faire dormir dans la cambuse, moi et Hayden ?"

Merde. Je n'avais pas pensé à ça : s'être arrêté pour récupérer mon couple d'autostoppeur avait complètement foutu en l'air mon plan de vol. Le retard dû à l'arrêt, plus la perte de vitesse et le fait de devoir ré-accélérer maintenant, allait nous faire arriver sur L2 une demi journée plus tard. Ça voulait dire un autre cycle de nuit à bord. Et je devais les faire coucher quelque part. Putain.

Je déposai ma fourchette sur la table très doucement, et adressai à Heero un sourire tellement crispé que mon visage était sur le point de se craqueler. "On va vous installer dans ma cabine," leur dis-je. "Heero…je vais avoir besoin de ton aide pour déménager nos affaires."

Je me levai et quittai la pièce avant que quiconque ait le temps de parler. J'entendis Heero se lever pour me suivre, et Dieu merci, personne d'autre. Mes pas me menèrent tout droit vers la porte verrouillée de la cabine d'invités qui se trouvait à l'autre bout du couloir, plus loin et sur le mur opposé de celle où Relena et Chezarina étaient installées. C'est là que j'attendis qu'il me rejoigne.

"Duo…" me questionna t-il doucement, mais je l'ignorai.

"Personne ne rentre ici, à part toi et moi," lui annonçai-je d'une voix tellement rauque que je la reconnus à peine. "J'ai besoin que tu déménages nos affaires." Ma main, lorsqu'elle s'avança pour taper le code d'accès, tremblait comme une feuille, et Heero l'attrapa dans la sienne, la stabilisant pour moi.

"Duo… qu'est ce qui ne va pas ?" me demanda t-il encore.

Je le regardai, mais fus incapable de trouver quoi dire ; de savoir comment le prévenir. "Le… le mot de passe…" je m'arrêtai. Bordel, je pouvais pas lui avouer ce qu'était le mot de passe. Ma main glissa de la sienne et tapai le code : auraitduêtremoi, puis je sélectionnai le menu d'options pour le changer par la première chose qui me passa par la tête.

"Enfer," lui dis-je. "Le mot de passe, c'est enfer… et bienvenu dans le mien." C'était presque impossible pour moi de me tenir aussi près de cette foutue porte, alors qu'elle était déverrouillée. Déverrouillée pour la première fois depuis… plus de deux ans. Je le poussai et commençai à m'éloigner, me forçant juste à m'arrêter au bout de quelques pas. Je ne trouvai même pas le courage de me retourner pour lui parler. "Juste… essaye juste de ne pas regarder, ok ?" balbutiai-je, puis je m'enfuis vers le poste de pilotage. Et je fermai même la porte quand je fus enfin dedans.

J'attrapai Fuzzy-butt, mis en route ma musique, baissai les lumières, et m'effondrai dans mon fauteuil. Dieu… Ce sont toujours les petits détails qui vous achèvent, à la fin. Imbécile ; Comment ça avait pu m'échapper, ce qui allait arriver ? Evidemment, la perte de vitesse allait foutre en l'air mon plan de vol. Evidemment j'allais devoir trouver à tous mes invités une place pour dormir. Evidemment, j'allais être obligé d'ouvrir cette foutue dernière cabine.

Le souvenir de ce qui se trouvait à l'intérieur se tortilla dans mon crâne comme une sorte d'anguille visqueuse et illusoire que je n'avais aucune envie de regarder. J'avais condamné cette pièce avant même que la peinture n'ait séchée sur les murs. C'était une des premières choses que j'avais peinte à l'époque, alors que mon âme vomissait encore ses pires horreurs. Je l'avais peinte dans une frénésie de douleur, de culpabilité, et de solitude aussi. Et puis, chancelant, j'avais quitté cette pièce et verrouillé la porte derrière moi, me jurant d'y retourner et d'effacer tout ce qui se trouvait là, jusqu'à ce que les murs métalliques soient à nu. Je n'avais jamais trouvé la force d'y retourner.

Et je venais d'y envoyer Heero, seul. Sans vraiment le prévenir de ce qu'il allait voir. La culpabilité m'écrasa, et je cachai mon visage dans la fourrure de Fuzzy-butt, en murmurant, "Dieu, je suis tellement lâche."

C'était trop tard pour l'arrêter. Trop de temps avait passé, et j'étais sûr qu'il avait déjà déménagé toutes nos affaires, et que Toria et Hayden étaient déjà installés dans notre cabine. Heero avait eu assez de temps pour étudier chaque centimètre carré de cette pièce. Et je n'avais aucun doute qu'il allait le faire… de la même manière qu'on observe un accident de voiture sur l'autoroute : c'est toujours difficile de ne pas regarder. Et puis c'est dans sa nature. Il allait vouloir savoir… vouloir en observer chaque détail.

Quand la porte s'ouvre, vous êtes confronté avec la plus terrible des images, celle d'un bébé, nu et crucifié sur les murs extérieurs d'un bâtiment abandonné et muré. Il n'y a aucun doute sur le fait que ce bébé, c'est moi. De l'éclat violet des yeux qui transparaissent dans ce visage hurlant, à la masse de cheveux châtains sur son crâne. Il y a une femme qui s'éloigne dans la rue. Un marteau pend de ses doigts ; son dos est rigide, et une tresse de cheveux bruns se balance joyeusement dans son dos. Elle ne regarde pas en arrière. Et on ne peut pas voir son visage.

La pièce est comme une représentation dans le temps de ma vie. Si vous vous tournez d'un quart vers la droite, sur le mur suivant, vous pouvez voir la peste dans toute sa hideuse splendeur. Je suis plus âgé ; mes propres cheveux ont commencé à pousser, et Solo est là… agonisant dans mes bras. Il y a des enfants malades tout autour de nous ; Becca est là… déjà morte. Mon visage est pâle et choqué. Pas le chagrin écrasant auquel vous pourriez vous attendre, mais plutôt une incrédulité totale. J'avais pensé que Solo était immortel. J'avais cru qu'il serait là pour me protéger… pour toujours.

Distraitement, je frottai les lignes de cicatrices sur mon bras.

Encore un tour vers la droite, et vous êtes confrontés au massacre de l'Eglise Maxwell. Pas les ruines carbonisées qui sont dans la soute à cargaison. Dans cette vision ci, ça crame toujours ; les morts sont encore en train de mourir. Et je suis là, encore une fois… un peu plus vieux, les cheveux emprisonnés dans la tresse qui deviendra ma signature. Cette fois, c'est Sœur Hélène qui expire dans mes bras. Le désespoir sur mon visage est presque palpable. Il y a un camion dans le fond, avec un mobile suit volé caché sous une bâche à l'arrière. Durant toutes les années de guerre, je n'ai jamais dit à Trowa à quel point mon cœur saignait à chaque fois qu'il utilisait cette méthode pour dissimuler son Gundam. Je ne lui ai jamais révélé à quel point ça me brisait de voir cette machine sous cette putain de bâche.

Mes doigts se referment sur la petite croix qui pend autour de mon cou.

Encore un quart de tour, et nous voici confrontés avec l'épouvantable image de moi, à genoux sur le sol, mon visage déformé par l'agonie, mes mains tendues devant mes yeux effarés… la peau carbonisée laissant apparaître des os noircis. Les autres pilotes sont tous là… en cercle autour de moi, leurs dos soigneusement tournés. Et leurs visages absolument impassibles. Cette représentation d'eux 4 est vraiment injuste… mais c'est ce que mes pinceaux, ma peinture, et mon esprit, ont peint sur ce mur.

Et puis si vous levez la tête, surplombant tout ça, il y a les restes éparpillés de Wing, au milieu d'un cratère fumant, sur le plafond. Heero est allongé à côté, brisé et ensanglanté… ses yeux fixant directement celui qui oserait s'allonger sur le lit dans cette chambre. Des yeux fixes… vides et sans vie.

Je suppose que ce portrait là non plus n'est pas très juste… Après quelques mois, Heero avait fini par réapparaître, vivant, après tout. Mais j'avais cru qu'il était mort… pendant longtemps, je l'avais cru mort. Après la bataille dans laquelle il avait si facilement pressé le bouton d'autodestruction, j'avais continué à vivre et à faire ce qui était exigé de moi. Je m'étais battu, battu encore et toujours plus. Et puis j'avais du aller me planquer avec Quatre. Et lorsque les combats s'étaient espacés un peu, la première fois que j'avais ralenti un peu et que je m'étais autorisé à ressentir… alors j'avais moi aussi essayé de pousser mon petit bouton d'autodestruction. Si Quatre n'avait pas été là, je suis à peu près sûr que je serais mort dans un coma éthylique. Je ne crois même pas que je l'avais fait volontairement ; j'essayais juste de tuer la douleur avec l'alcool. J'avais juste failli tuer cette douleur de manière permanente.

Quand j'avais peint cette pièce, ça c'était passé dans une sorte de transe confuse de moments forcenés. Je peignais, puis à bout de force, je m'arrêtais pour manger et dormir, avant de revenir pour peindre encore plus. Je m'en souviens à peine. Je me rappelle juste m'être arrêté un jour, en sachant que c'était fini. Je me rappelle avoir pris du recul, avoir regardé autour de moi, et avoir ressenti l'impression que quelqu'un m'avait éventré, et avait répandu mes entrailles sur les murs. Je m'étais effondré sur le sol de cette pièce, et j'avais chialé comme jamais auparavant. Puis, trébuchant, j'avais quitté cette pièce, en avais verrouillé la porte, et j'avais vomi tripes et boyaux dans le couloir avant d'aller au lit pour dormir 20 heures d'affilées. Je n'avais jamais rouvert la porte depuis. Heero avait même probablement dû trouver des draps pour l'un des deux lits.

Je restai pelotonné dans ma chaise de pilote, dans mon cockpit rouge sang, à câliner mon copilote en peluche, et faillis me mettre à rire. J'étais réfugié dans une pièce qui avait la couleur de mon propre sang séché, entouré de photos de moi et de mes camarades en plein milieu d'une guerre. Des photos de nous prisonniers… de nous bataillant et tuant… des photos de nous, maudits par les colonies que nous tentions de défendre. Et je trouvais ça réconfortant. J"crois bien qu'il y avait un bon nombre de chauve souris en liberté dans le vieux clocher qu'était ma tête.

En marmonnant insultes sur insultes, je jetai ce stupide ours en peluche dans le siège de copilote, et me mit sur pied. Des heures avaient passé, et il fallait que j'arrête de me planquer ici. Mais une fois debout, je me retrouvai face à la porte, et incapable de bouger. Je m'effondrai à nouveau en recommençant à jurer, ma main frottant mes yeux fatigués. Par l'enfer… je n'avais qu'à passer la nuit dans ce putain de poste de pilotage.

Derrière moi, j'entendis la porte s'ouvrir et je fermai les yeux, incapable d'en supporter d'avantage. Je discernai le bruit d'un pas hésitant, une pause, puis un autre pas.

"Duo ?" appela doucement Heero mais sa voix… ça aurait pu être celle de quelqu'un d'autre, tant la souffrance l'avait altéré.

J'ouvris les yeux et me tournai pour le regarder en soupirant. "Je suis tellement désolé…"

Je rajoutai, "j'aurais pas dû t'envoyer là dedans. J'aurais dû…"

Aurait du avoir le courage d'aller là dedans moi même.

Aurait du penser à une autre solution.

Aurait du repeindre par-dessus depuis des années.

Aurait du être celui qui meure.

Pendant un étrange et silencieux moment, aucun d'entre nous ne sembla savoir quoi dire. Puis, mon attention se focalisa sur lui d'un peu plus près, et ma propre souffrance fut oubliée.

Ses yeux… Dieu, ses yeux étaient rouges, et boursouflés, et… hantés.

"Oh, Heero…" murmurai-je. "Oh Seigneur Dieu… je suis tellement désolé."

Je me levai, et on se précipita l'un vers l'autre, j'eus juste le temps de sortir mon poignet de l'écharpe qui le tenait, et je l'attrapai fermement dans mes bras quand il fut près de moi.

"Duo…" murmura t-il contre mon épaule, "Est-ce que…? Qu'est ce… ?" Les mots semblaient lui manquer, comme s'il s'étranglait. "Parle moi. S'il te plait parle moi," me supplia t-il finalement, abandonnant ses questions entièrement.

"C'est vieux, Heero…" le rassurai-je, passant les doigts de ma main indemne dans ses cheveux, faisant attention au manque de sensibilité dans mes doigts. "C'est… de juste après la guerre. J'aurais du m'en débarrasser y'a des années, au lieu de juste enfermer tout ça."

Il s'éloigna un peu et attrapa ma main, retirant le gant et le jetant sur le côté, passant ses doigts sur les cicatrices de mes brûlures. "On ne t'a pas tourné le dos… on ne t'a pas abandonné… on tenait à toi…" Sa voix reflétait son angoisse et son incompréhension."

"Ce n'est pas toujours la réalité qui ressort quand je peins," lui révélai-je tristement, attrapant ses mains pour faire cesser ce contact que je ne pouvais sentir qu'à moitié. "Parfois, ce sont juste… mes peurs… les choses qui m'embrouillaient. Ce que je ne pouvais pas comprendre."

Il porta ma main à ses lèvres et chuchota, contre ma paume, "on avait mal pour toi… on avait tous mal pour toi."

"Je sais, mon amour," le réassurai-je. "C'est vieux tout ça… ça ne veut plus rien dire… Oublie ça."

Il ferma les yeux et poussa sa joue dans ma paume. "Ne me ment pas," souffla t-il.

"Heero…" je me renfrognai, mais il m'interrompit.

"Ça veut dire… beaucoup. N'essaie pas de me dire le contraire." Ses yeux se rouvrirent et se fixèrent dans les miens. Moi, je détournai le regard.

"La plupart du temps, je n'sais pas la moitié de ce que ça veut dire," balbutiai-je avant même de réaliser ce qui sortait de ma bouche.

Il attrapa mon visage dans ses mains, et me força à croiser son regard. "Duo… plus de cachotterie. J'ai besoin que tu me parles. J'ai besoin que tu me fasses confiance… que tu me laisses être à tes côtés."

Ça devenait trop ; cette course effrénée pour sauver Hayden et Toria ; supporter le stupide petit jeu de 'faire semblant' de Relena ; combattre mes crises d'angoisse ; avoir l'impression que mon corps me trahissait ; ouvrir cette pièce ; digérer l'idée de suivre le plan complètement fou de Toria… et Heero… essayer de ne pas inquiéter Heero… rester fort sous le poids constant de son regard. Je commençai à m'effriter.

"Je suis désolé, Heero," soupirai-je. "Je sais que je n'assure pas franchement… mais putain, je suis tellement fatigué…"

L'inquiétude vint troubler ses yeux bleus sombres, et il laissa ses doigts glisser sur mes joues avant de m'attraper par les épaules. "Duo, chéri, il faut que tu te reposes. Il est tard. Tout le monde est parti se coucher, et il faut qu'on…"

"Heero…" glapis-je, "S'il te plait… je peux pas entrer là. Ne me demande pas ça."

"Chut." Il soupira et me tint serré dans ses bras, comme s'il craignait que je m'enfuie. Quoique je vois pas trop où j'aurais pu m'enfuir. "Je me suis occupé de tout… j'ai démonté le panneau électrique et j'ai fait sauter le disjoncteur. Les lumières ne peuvent plus s'allumer dans cette pièce. Tu me comprends ? Tu ne pourras pas voir ce qui est sur les murs… je te le jure."

Je clignai des paupières, pendant que mes genoux se transformaient en gelée sous le coup de… Dieu, je sais pas trop, sous le coup d'une overdose émotionnelle ?

"Je… j'vais dormir ici," haletai-je, me demandant soudain à quel moment j'avais commencé à paniquer comme ça.

Il me plaqua doucement contre lui. "Je serai avec toi. Tu ne peux pas dormir ici ; tu as besoin de te reposer vraiment. J'ai apporté la trousse de secours, et on peut utiliser les calmants, si c'est nécessaire. Tout va bien aller…"

Je fermai les yeux, et renonçai à me battre. Il me fit sortir du poste de pilotage, et me fit parcourir le couloir. Je le laissai me mener à l'aveuglette, incapable d'ouvrir les yeux. Lui, il me garda enroulé dans ses bras, nous faisant avancer à coup de mots doux et rassurants. Je tentai en vain de me persuader qu'on allait vers ma cabine… vers mon confortable petit coin d'espace. Il s'arrêta devant la porte, et je fus soulager de l'entendre taper le mot de passe pour déverrouiller ; il m'avait pris au sérieux quand je lui avait dit que personne ne devait entrer dans cette pièce.

Une fois à l'intérieur, je l'entendis re-verrouiller derrière nous, et un frisson étrange parcourut ma colonne vertébrale. Je crevais d'envie de sortir de là. Il me poussa vers le lit, et je le laissai me déshabiller, désirant plus que tout prolonger le contact de ses mains. Il me laissa en caleçon, et m'encouragea gentiment, "Allez, mon amour, ouvre tes yeux. Tu dois te prouver à toi-même que tout va bien."

J'avais vraiment l'impression d'être un putain d'abruti ; tout faible et tremblant à cause de quelques stupides peintures. Peut être que j'aurais mieux réagi une semaine avant, ou bien une semaine après, mais ces derniers jours avaient en quelque sorte empilé des tonnes de pierre sur mes épaules. Ouvrir cette pièce avait juste été une pierre de trop.

J'ouvris les paupières, juste assez pour constater que la chambre, comme promis, était dans l'obscurité. Une faible lumière montait du panneau de contrôle qui surplombait le lit, et de celui qui était près de la porte. Suffisamment de lumière pour distinguer des formes sombres et des silhouettes, mais pas assez pour donner de la couleur à quoi que ce soit, gardant ainsi les murs obscurs.

"Heero… je suis tellement désolé," lui redis-je, mort de honte. "Je sais pas ce qui se passe avec moi aujourd'hui, mais je suis pas capable de trouver mes marques."

Il renifla doucement et recula d'un pas pour se déshabiller. "Tu ne sais peut être pas pourquoi… mais moi je sais." Réduit à porter seulement un caleçon et son débardeur, il hésita. "Quel côté du lit tu veux ?"

Je clignai des yeux, incapable de distinguer son visage. Je savais bien ce que j'aurais du répondre ; ce que mon devoir commandait… J'étais le Capitaine de ce vaisseau ; le pilote. J'aurais dû être le plus proche de la porte. Mais… Heero était mon second… pas vrai ? Est ce que je ne pouvais pas, juste pour quelques heures, lui laisser le contrôle, et lui faire confiance pour tout garder en ordre ?

Je ne répondis pas, mais pris place au fond du lit, faisant de la place pour lui devant. Juste avant qu'il ne me rejoigne, le redressement sec de ses épaules me montra qu'il avait compris. On bougea un peu maladroitement pendant quelques minutes, pendant qu'on essayait de mettre mon bras dans une position confortable. Au bout d'un moment, je laissai tomber et le fit glisser sous mon oreiller : j'avais trop besoin de lui faire face, d'avoir ses bras autour de moi.

"Je suis là," chuchota t-il en m'attirant contre lui. "Je ne vais pas te laisser seul dans cette pièce."

Ce fut un tel soulagement d'entendre ça… un soulagement de ne pas avoir à lui extorquer cette promesse. Je posai ma tête contre lui, en tentai d'oublier la douleur sourde dans mon bras. Et le fourmillement incessant, désagréable, de ces images autour de moi.

"Duo," il embrassa le sommet de mon crâne tendrement. "Oublie cette chambre pour un instant. Tu m'as promis de me dire ce qui s'est passé entre toi et les Brannigans. Hayden semblait… presque t'effrayer, cet après midi. Bon sang, qu'est ce qu'il s'est passé ?"

Je soupirai, le coeur serré au souvenir de l'incident. "Bordel," murmurai-je. J'aurais bien aimé qu'il laisse tomber cette affaire. "Hayden et moi, on est devenu pote y'a longtemps, juste après la guerre," je commence. "On… a failli monter notre affaire ensemble. On l'aurait probablement fait s'il avait pas rencontré Toria."

Ses doigts traçaient des motifs tranquilles dans mon dos.

"Avant le repas… Toria le taquinait… Elle…" Je déglutis, une boule dans la gorge, et continuai, "elle a clairement attiré son attention sur le fait que je… préfère les hommes."

"Il ne savait pas ?" me demanda t-il doucement, mais ça m'apparut comme un reproche, et je me retrouvai tout de suite sur la défensive.

"Le sujet ne s'est jamais présenté, ok ?" grognai-je. "A l'époque, je cherchais pas exactement à ravoir le cœur bri…" je m'interrompis, le mouvement dans mon dos faisant de même. Dans l'obscurité, je clignai des paupières ; parfois, j'en oublie presque que ce Heero ci et le Heero d'autrefois sont la même personne. Et je voulais pas vraiment rentrer dans ce débat maintenant.

"Ça l'a surpris," je décidai de continuer l'histoire, ignorant ce faux pas comme s'il ne s'était jamais produit. "J'ai vu cette… expression presque horrifiée sur son visage. Tu pouvais voir qu'il était en train de réévaluer toute notre amitié."

Ça prit un moment, mais sa main reprit ses caresses dans mon dos. "Je suis désolé," chuchota–il, et je choisis d'interpréter ce commentaire comme de la sympathie envers ma situation avec Hayden.

"Il semblerait qu'il s'y soit fait," dis-je, "ou en tous cas, Toria l'a forcé à s'y faire… elle était furieuse à mort."

Ça le fit rire doucement. "Je crois que si elle le voulait, elle pourrait faire changer d'avis un rhinocéros en train de charger."

Je gloussai et remuai un peu contre lui, tentant en vain de soulager la tension dans mon bras.

"Alors comme ça tu…" relança t-il après un instant de silence, "tu fais de la danse free style en Gravité zéro ?"

Je reniflai. "Oh… j'ai donc encore quelques secrets ?"

Il tourna la tête pour que ses lèvres effleurent mon front. "C'est pas quelque chose dont tu avais parlé."

Ça me fit sourire pleinement. "Bien," le taquinai-je, "c'est bon de savoir que t'es pas complètement omniscient, bordel. Est-ce que ça te surprend ?"

Il garda le silence une minute. "Oui et non," finit-il par dire. "C'est pas un truc que j'aurais deviné… mais en y réfléchissant, tu as toujours été tellement gracieux en chute libre."

Le sang me monta aux joues, et ça me fit soupirer contre moi-même ; fier comme une foutue collégienne au moindre mot d'encouragement… Pathétique.

"On est rentré en compétition deux années de suite, et on s'est placé troisième et second. Ma moitié de fric du prix, c'est ce qui m'a permis de me lancer dans le bizness de la récup'," lui expliquai-je en ignorant ma gêne.

"Duo, mon amour," reprit-il une minute après, sa voix laissant transparaître son inquiétude, "est ce que tu es sûr que tu te sens d'attaque pour un truc pareil ?"

J'exhalai lourdement. "Je sais pas," admis-je. "Ça fait tellement longtemps." Je tournai la tête pour essayer de le regarder, mais seul m'apparut l'éclat intense de ses yeux dans la pénombre. "Je dois essayer… tu le sais, pas vrai ?"

Ce fut à son tour de soupirer, et la main dans mon dos s'arrêta à nouveau, et me poussa plus près de lui. "Je sais. Mais je ne veux pas…" il hésita et sa voix perdit un peu du ton exigeant qu'elle avait. "Je suis inquiet à l'idée que tu te blesses. Tu as tellement bataillé pour en arriver là où tu es… je ne…"

Je penchai la tête pour l'embrasser. "Je comprends," je rassurai-je. "Mais je ne peux pas leur tourner le dos quand ils ont besoin de moi… Ils ont tout perdu. Si je peux aider, alors je dois essayer."

On resta dans le noir un moment après ça, juste à se tenir l'un contre l'autre, et mon esprit me ramena aux événements de la journée. Un ricanement m'échappa.

"Quoi ?" murmura t-il.

"Est ce que tu réalises que Hayden et Toria savent exactement qui est Relena ?"

Son rire fut soudain, et complètement sincère. "Tu blagues ? Tu veux dire par là… ?"

Je ris avec lui. "Ouaip. La seule bouffonne dans cette petite comédie, c'est… Relena elle-même."

Il secoua la tête. "Je suppose que je devrais lui dire," soupira t-il après y avoir réfléchi une seconde.

"Moi, je laisserais faire," lui répondis-je fermement. "En plus, je crois que je préfère Lena à Relena. Elle est pas aussi coincée."

Il hésita. "Je ne veux pas qu'elle se rende ridicule comme ça." J'entendis le grondement dans sa voix.

"Ecoute Heero," fis-je, "C'est elle qui a commencé. Je lui en au parlé quand je lui ai demandé de venir dans la cabine avec moi. Elle m'a dit que c'était le seul moyen pour que les gens agissent 'naturellement' autour d'elle. Personne n'essaie de la faire passer pour une idiote."

Je fus très fier de moi, quand je parvins à éviter d'ajouter qu'elle arrivait très bien à passer pour une idiote toute seule.

"Je suppose," grogna t-il, mais il laissa tomber l'affaire, et nous retombâmes dans un de ces étranges silences.

"Toria est assez… directe, non ?" reprit Heero soudainement.

Un gloussement m'échappa. "Tu as remarqué ?"

Je le sentis sourire légèrement. "Quand je déménageai nos affaires… elle est venue ; elle voulait savoir où tu étais."

"Argh," grognai-je. Ça voulait dire que la prochaine fois qu'elle me verrait, elle allait me sauter dessus, à vouloir savoir à tous prix ce qui n'allait pas. "Qu'est ce… qu'est ce que tu lui as dit ?"

Il soupira lourdement, et je fus heureux de ne pas avoir été témoin de cette conversation. "Je lui ai dit que tu te reposais." Au ton désolé de sa voix, je n'eus aucun mal à deviner qu'elle n'avait pas lâché l'affaire.

"Je suppose que vous avez eu une sorte d'engueulade ?" continuai-je en souriant contre son épaule.

"Ouais, on peut dire ça," mais son sourire était guindé. "Elle voulait savoir ce que je t'avais fait."

"Quoi ?" demandai-je, confus.

"Elle m'a dit que tu n'agissais pas normalement… elle voulait savoir pourquoi tu étais habillé comme ça, et pourquoi tu n'avais pas mis de musique."

J'entendis dans sa voix qu'il cherchait la confirmation qu'elle lui avait dit la vérité, que ces actions étaient inhabituelles pour moi. Je soupirai. "Heero… d'habitude, je voyage seul. Je mets en permanence de la musique, quand je suis seul… mais c'est la moindre des politesses, quand tu as des invités, d'ajuster les choses pour leur confort."

"Les vêtements ?" répliqua t-il, et moi je notai mentalement que la prochaine fois que je verrais Toria Brannigan, je pourrais lui suggérer de s'occuper de ses putains d'affaires.

"Ouais, peut être que je m'habille autrement d'habitude, mais je me vois mal me balader dans mon vaisseau en sous vêtements, avec Relena et Chezarina à bord !" grondai-je.

"Et d'habitude tu pilotes en gravité zéro ?" enchaîna t-il, me faisant me demander de quoi exactement ils avaient parlé tous les deux.

"C'est pas ma faute, là… Je suis censé ne pas utiliser trop de basse gravité pendant les prochains mois." Je me sentais sur la défensive, sans trop savoir pourquoi ; je n'avais rien fait de mal. Peut être que ça faisait écho à mes réflexions de tout à l'heure, selon lesquelles je n'étais pas vraiment moi-même quand j'étais avec Relena. C'est comme si Heero et Toria avaient comploté pour lire dans mes putains de pensées.

Il ne dit rien, mais s'éloigna de moi. Pendant un instant étrange, j'eus l'impression qu'il était fâché contre moi, avant de comprendre qu'il était en train de mettre ma musique. Il l'isola pour que ça joue uniquement sur les enceintes de notre cabine, et mis le son assez bas. Ce fut un choc de réaliser à quel point c'était apaisant.

"Malgré ce que tu penses," me murmura t-il en se réinstallant contre moi, "je ne peux pas lire tes pensées. Tu dois me dire ce que tu veux."

Nos yeux s'étaient ajustés lentement à la quasi obscurité, et je pus distinguer qu'il fronçait un peu les sourcils. "Duo… tu ne dois pas être très à l'aise…"

Je laissai échapper un soupir. "Je sais. Je suppose que je vais devoir dormir sur le côté extérieur."

Il ne bougea pas immédiatement, mais sembla plutôt soupeser la situation. "Pas nécessairement," finit-il par dire en se redressant, libérant les couvertures de leur attache Velcro anti-gravité, "On n'est pas en gravité zéro," continua t-il avec un sourire, "Y'a pas besoin que les choses soient attachées."

Je ris avec lui, et on se repositionna pour que nos têtes soient au pied du lit. Je pus ainsi m'allonger sur mon côté gauche, pour que mon bras repose à plat sur le lit, et lui s'installa en cuillère derrière moi, mais toujours du côté extérieur du lit.

"Mieux comme ça ?" demanda t-il quand on fut installé à nouveau.

"Hmmm," acquiesçai-je en me tortillant jusqu'à ce que je sois aussi près de lui que possible.

Il passa ses doigts dans mes cheveux paisiblement et murmura, "Tu as besoin de te reposer… dors, mon amour."

Je n'en avais pas vraiment envie. Etre allongé, là, à discuter avec lui, avait été… agréable. Je ne voulais pas que ça s'arrête. Je m'étais senti… plus proche de lui aujourd'hui que ça n'était jamais arrivé. Et c'était bizarre. Je ne sais pas trop d'où ça venait. On s'était pourtant disputé assez. Peut être que ça avait commencé avec l'étrange révélation de ce matin, quand j'avais repensé à la frayeur dans ses yeux, quand il m'avait vu être blessé dans cet accident avec la porte de la soute. Peut être que c'était la manière dont ses mains avaient tremblé pendant qu'il m'extirpait du scaphandre. Je ne suis pas sûr… mais je n'étais vraiment pas prêt à m'endormir tout de suite. Je me sentais mieux ; plus solide, même si ma tête était encore remplie de pensées et d'idées à moitié formées… et mes émotions étaient encore à fleur de peau.

"Heero… ?" chuchotai-je, le tremblement dans ma voix me prenant au dépourvu. Il ne répondit pas, mais se redressa sur un coude et tourna mon visage pour croiser mon regard. Il me dévisagea, longuement et fixement, faisant battre mon cœur à cent à l'heure. Il se pencha avec une atroce lenteur et effleura mes lèvres avec les siennes, s'éloignant ensuite pour me regarder à nouveau. Je redressai la tête, demandant un autre baiser, plus profond, et il me l'offrit. Ses lèvres sont incroyablement douces, et si chaudes. Je fermai les yeux et me perdis dans ce baiser… laissant ce sentiment électrisant m'emporter.

Sa main vint prendre en coupe mon visage, et tandis que nos langues se rencontraient et dansaient un délicat ballet, je pris conscience de sa paume qui glissait le long de mon torse. Ses doigts tracèrent une ligne de feu qui propagea des frissons jusqu'au centre de ma poitrine, et au travers de mon ventre frémissant, ne s'arrêtant que lorsqu'ils rencontrèrent avec hésitation la ceinture de mon caleçon.

Incapable de parler, j'arquai mon dos pour toute réponse, l'aidant à m'ôter l'encombrant vêtement. Il brisa notre baiser et se redressa soudainement devant moi, retirant ses propres vêtements avec une hâte désespérée. Je pouvais le distinguer au dessus de moi, découpé en silhouette contre les lumières des panneaux de commande, son corps ressemblant à une putain de sculpture parfaite. A ce moment, je voulais ces foutus lumières ; je voulais le voir lui… lui tout entier, excité et me désirant. Je voulais voir ses pupilles dilatées par la passion.

Il revint en position, me surplombant, ses bras tendus le gardant à quelques centimètres au dessus de moi.

"Duo ?" gémit-il, me demandant confirmation, me demandant la permission.

"S'il te plait…" murmurai-je d'une voix serrée, sans vraiment savoir ce que je sollicitais. "S'il te plait… s'il te plait…" mais c'était tout ce que je pouvais dire. Je l'agrippai et l'attirai à moi. La sensation soudaine nous fit tous les deux haleter.

"Oh Dieu… Duo," gronda t-il avant de reprendre mes lèvres, un besoin désespéré le consumant.

Mon corps s'arqua de lui même contre le sien. Son poids me pressant contre la couchette était intoxicant ; ça me remplit d'étranges passions et de désirs brûlants. Mes bras s'enroulèrent autour de lui, et je l'obligeai à se presser plus fort contre moi. Ses lèvres étaient chaudes et exigeantes ; j'eux l'impression qu'il allait me dévorer.

Nos corps étaient moulés l'un contre l'autre, et du feu courait dans mes veines à cause de son contact… à cause de la sensation de sa peau. La simple idée qu'on était là, ensemble pour la première fois, était submergeante. Ça allait arriver… Je voulais que ça arrive. J'avais besoin que ça arrive.

Je pouvais tout ressentir comme si mes sens étaient passés à la vitesse supérieure. Ses genoux étaient de chaque côté des miens, et je pouvais sentir les convulsions subtiles dans les muscles de ses cuisses, lorsqu'il bougeait au dessus de moi. Son torse était collé au mien, et ses mamelons frottaient contre ma peau quand il remuait. Et son ventre tendu, je pouvais le sentir aussi, tout comme ses doigts qui m'agrippaient, ou encore les muscles de son dos, qui se tordaient et se contractaient sous mes bras. Mon poignet était oublié depuis longtemps… La chambre dans laquelle on se trouvait était oubliée… Avec qui nous voyagions et où nous allions… était oublié aussi. Il ne me restait que l'ici et le maintenant.

Et puis il pressa ses hanches contre les miennes, et le peu de conscience qui me restait s'évapora face à cette nouvelle sensation. L'évidence, totale et complète, de son excitation, se frotta contre la mienne, et j'en oubliai comment respirer. La férocité de son désir… de son amour pour moi, me secoua jusqu'à la moelle.

Il n'y eut aucune grâce, aucune douceur dans notre acte d'amour. Ce fut pur et primal, désespéré et forcené ; on se perdit dans le mouvement de l'un contre l'autre. Ses mains semblaient couler autour de moi comme une eau brûlante, et j'aurais tellement voulu moi aussi le caresser de mes mains. Mais j'étais terrifié à l'idée de lui faire mal accidentellement, avec mes putains de doigts presque insensibles. Alors j'agrippai les draps dans mes poings à la place, une douleur lancinante élançant mon bras gauche… mais j'en avais rien à foutre.

Sa main, sans trop savoir comment, trouva son chemin sous moi, et s'installa au creux de mes reins, me guidant ; m'aidant à changer mes mouvements frénétiques en un rythme. Un rythme qu'il ponctua de ses gémissements et des appels implorants de mon nom.

On se retrouva tous deux humides de sueur en quelques minutes, tous deux affamés et exigeants, recherchant désespérément une libération, une réponse à l'envie ardente qui habitaient nos corps.

Ça ne prit pas longtemps. Ce fut même finit en un temps assez court pour être embarrassant. Soudain, il cria, et la sensation de sa semence, chaude et épaisse, déversée entre nous, fut suffisante pour me faire me cambrer contre lui, ma tête rejetée en arrière en un cri silencieux, alors que j'éjaculai en même temps que lui.

On s'effondra ensemble, et je jure que pendant un moment, je n'aurais pas pu bouger même si les putains d'alarmes du vaisseau s'étaient mises à brailler. Il y avait juste le son de nos respirations laborieuses, et le battement sourd de mon cœur dans mes propres oreilles. Plusieurs minutes passèrent avant que je ne réalise que des larmes coulaient sur mon visage. Je ne fis aucun bruit. Ce fut plus long encore avant que Heero ne se tourne pour m'embrasser doucement, et ne goûte le sel sur mes lèvres.

"Duo ?" murmura t-il, esquissant un geste pour se redresser, "Oh dieu… je t'ai fait du mal…"

"Non," lui répondis-je en lâchant les draps pour enrouler mes bras fermement autour de lui. "Reste… S'il te plait… Je vais bien."

Il arrêta d'essayer de se lever, mais je pouvais sentir qu'il était prudent pour ne pas m'écraser sous son poids. Il se pencha pour déposer des baisers légers sur tout mon visage. "Qu'est ce qui ne va pas, mon amour ?"

"Rien," fis-je en souriant doucement. "Je suis désolé… j'arrive pas à m'arrêter."

Ses baisers dérivèrent gentiment vers mes joues. "N'essaie pas… laisse tout ça sortir. Tout va bien… je suis là."

J'exhalai, et j'eus l'impression que quelque chose sortait de moi avec mon souffle. "Je t'aime…' chuchotai-je, "tellement que ça fait mal parfois."

Il me recueillit dans ses bras. Jamais dans ma vie je ne m'étais senti autant en sécurité, et protégé… autant aimé.

"Duo." Il soupira, sa voix à peine un murmure dans mon oreille. "Mon Duo… Est-ce que tu comprends à quel point tu m'es précieux ?"

Ça me fit frissonner. "Je… je crois que je commence à comprendre."

Il continua à m'embrasser tendrement, faisant pleuvoir ses baisers sur tout mon visage… sur ma gorge exposée.

"Heero ?" demandai-je au bout d'un moment, au travers de mes stupides larmes.

"Hmmm ?" Il s'écarta juste assez pour pouvoir me sourire chaudement.

"Pourquoi maintenant ?" questionnai-je à brûle pourpoint, et je sentis mon visage s'enflammer. "Je veux dire… j'avais offert avant…"

Son sourire devint tendre. "C'est la première fois que tu t'offres à moi en le voulant vraiment."

J'ouvris la bouche pour objecter, mais en y réfléchissant bien, je vis la vérité là dedans. Avant ce voyage, je n'étais pas prêt, j'avais trop peur. Je me sentais encore tellement incertain à propos de… certaines choses, et ridiculement inexpérimenté par rapport à lui. Ça me donnait presque envie de rire en y pensant… Et me voici, Duo Maxwell, rat des rues de son état, et pourtant j'avais la sensation d'être une timide jeune mariée le soir de sa nuit de noce. Je serais pourtant prêt à parier que j'avais vu et entendu plus de chose dans ma courte vie qu'il n'en avait jamais imaginé, mais…

Ok… je suppose que je n'ai qu'à l'avouer. Pendant la guerre, j'étais tombé amoureux de Heero Yuy. Tombé fou amoureux, avait été clairement rejeté, et m'étais retiré pour lécher mes blessures. J'avais monté plus de défenses autour de moi qu'une prison de haute sécurité. C'était donc ce soir ma première et unique expérience sexuelle. Sauf si vous comptez Jensen, et moi je ne le compte pas. Et arrêtez donc de rigoler.

Je le gardai sur moi, et il finit par arrêter de se débattre, abandonnant et se relaxant contre moi. Au bout d'un moment, mes larmes séchèrent.

"Si tu ne me laisses pas me lever et nous nettoyer," plaisanta t-il quand il me sentit plus calme, "on va finir par être collé ensemble."

"Et quelle merde ce serait à expliquer," rigolai-je avec lui en le lâchant enfin.

Il s'écarta, et j'étouffai un halètement quand la perte de sa présence rassurante me donna une impression de vide. Mais il avait raison ; on était méchamment collants, et il nous fallut finalement faire un séjour ensemble à la salle de bain. Il fit bien attention à bien fermer la porte avant d'allumer les lumières.

Pendant qu'on était là, il insista pour que je prenne quelques cachets contre la douleur, et je n'argumentai même pas. Mon poignet me tuait. Propres et vêtus de nouveaux caleçons, on retourna au lit dans le noir, et tomba dedans à la renverse. Je me sentais complètement épuisé, et prêt à m'endormir, même ici, dans la chambre de l'enfer.

"Merci," chuchotai-je en somnolent lorsqu'on fut réinstallé.

"Pour quoi ?" demanda t-il, apparemment amusé.

"Ch'sais pas…" je baillai, et m'enfouis au creux de son bras. "Pour supporter tout mon foutoir ?"

Il grogna doucement, mais ne parla pas, et je me sentis dériver. "Tu sais, Yuy" repris-je sur une pensée soudaine, "c'était une première fois assez pathétique."

Ça le fit éclater de rire. "Plutôt, oui ? Quoi… cinq minutes tu crois ?"

Je réprimai le gloussement qui me monta aux lèvres. "Si longtemps ?"

Il se pencha pour m'embrasser tendrement sur la tempe, et souffla d'une voix rauque, "on fera mieux la prochaine fois."

J'avais l'intention de lui répondre, mais je crois que je m'endormis avant. Et oui, je fis des rêves bizarres. Plusieurs fois, je fus presque tiré de mon sommeil, mes mains voulant se tendre pour réconforter un enfant pleurant, que je n'arrivais pas à trouver. Je tentai quand même de ne pas réveiller Heero, mais à plusieurs reprises, je le sentis caresser mes sourcils du bout de ses doigts, et ses mots apaisants me replongèrent dans le sommeil. Ce fut une longue putain de nuit.

Il avait pensé à sortir nos fringues la veille, alors quand on se réveilla le matin, on s'habilla rapidement dans l'obscurité. Je fuis la chambre comme si tous les diables de l'enfer étaient à mes fesses.

On était qu'à quelques heures de L2, et j'utilisai ça comme excuse pour engloutir mon petit déj', puis disparaître dans le poste de pilotage. Je ne poussai pas au point de fermer la porte cette fois, même si ça me traversa l'esprit. Je m'attendais à moitié à ce que Toria me tombe dessus, mais Heero dut jouer les trublions, parce qu'elle n'arriva jamais à obtenir des réponses à ses questions.

Pendant les heures qui suivirent, je fus occupé à contacter les autorités portuaires de L2, relatant l'accident et justifiant par là même l'anéantissement de mon plan de vol, et la nécessité d'un nouvel horaire. On me donna immédiatement accès aux docks, sous le couvert des lois d'urgence qui donnaient priorité à tous les vaisseaux impliqués dans une opération de secours, quelle qu'elle soit. Je pris aussi quelques minutes pour faire la demande de deux packs de survie 'sainte merde', fournis aux sinistrés par la Guilde locale des Spacers, et prêts à être livrés à notre pont de débarquement. Je commandai aussi quelques vêtements de rechange pour Hayden et Toria, à mes frais, et je payai le supplément demandé pour qu'ils nous soient expédiés. Ça devait nous attendre aussi quand on débarquerait. La Guilde des Spacers avait pour habitude de fournir aux victimes de désastres spatiaux, des kits de 'première nécessité', et bien que les rations alimentaires et les affaires de toilette soient utiles, les vêtements fournis, eux, ressemblaient vraiment à des fripes d'occasion. Il était hors de question que mes amis en soient réduits à ça. Je leur aurais bien prêté mes propres fringues, s'il y avait eu la moindre chance que ça puisse convenir à l'un d'entre eux.

La dernière heure, je la passais en contact avec la station, puisqu'on était maintenant assez proche pour ça, et je me connectai au site internet de cette foutue expo en Gravité Zéro. C'est un peu embarrassant à admettre, mais j'espérais à moitié qu'il soit déjà trop tard pour s'inscrire. Mais, petit veinard que je suis, les inscriptions étaient encore ouvertes pour 8 bonnes heures, et je me retrouvai à devoir prendre une décision. Au final, je réalisai qu'il n'y avait pas vraiment de décision à faire ; c'était comme j'avais dit à Heero… il faillait que j'essaie. Je nous inscris donc. Branningan et Maxwell, en selle à nouveau. Ô joie. J'me demande où j'avais bien pu rangé nos foutus costumes ?

20 minutes avant, je pris l'intercom et appelai mon petit troupeau à rejoindre la bergerie. "C'est l'heure de mettre vos ceintures, les enfants," les appelai-je joyeusement, et quelques minutes plus tard, leurs voix s'approchèrent du poste de pilotage.

"…vraiment un trou perdu… mais il y a quand même quelques places que tu devrais voir," j'entendis Toria dire, ce qui me fit presque rigoler. Victoria Brannigan, guide touristique de L2. L'idée que Relena Peacecraft pourrait visiter certains des coins que Toria aimait fréquenter était complètement surréelle. Actuellement… en y réfléchissant mieux… c'était même carrément effrayant.

Heero entra et s'installa dans le siège du co-pilote, et nous partageâmes ce… regard. Je sentis le rouge me monter aux joues, comme si le monde entier, en nous voyant, pouvait deviner ce que nous avions fait la nuit dernière. Heero me sourit et me fit un clin d'œil.

Je retournai à mon job, l'oreille attentive aux sons de Relena, Chezarina et Hayden attachant leur ceinture dans les sièges rétractables. Je n'en avais que 3, alors Toria, parce qu'elle était la plus expérimentée, alla s'ancrer à l'un des anneaux de maintien et se prépara à passer l'atterrissage debout. Pas de risque, à moins qu'on ait un accident.

L'interphone bipa, et j'obtins mon autorisation finale, ainsi que le numéro de la cale assignée à mon vaisseau. Je commençai mon approche, donnant au technicien anonyme du port ma confirmation.

"On ne va pas encore avoir à écouter cette agaçante musique, n'est ce pas ?" questionna Relena soudainement, ce qui me donna l'envie furieuse de lui passer en boucle un truc outrageant, du genre 'Rhinotillexomania'. Je me tournai pour lui sourire.

"Pas ici, non," expliquai-je. "Je ne me pose pas ici assez souvent pour avoir développé des… contacts."

Le regard qu'elle me retourna était confus. "Mais… je croyais que c'était chez vous, ici ?"

Je me retournai vers mon tableau de bord pour cacher mon irritation. Est-ce que cette foutue bonne femme n'avait pas écouté un mot de ce que je lui avait dit ? "Vous êtes assise chez moi en ce moment. Je viens de L2… ça ne veut pas dire que j'y vis. Et ça ne veut certainement pas dire que je dois l'aimer."

Oooups. Voilà qui avait été assez amer.

"Ce n'est pas aussi terrible qu'avant," nous interrompit Toria gentiment, et je réalisai qu'elle au moins, avait discerné mon agacement.

"Tu aimes cet endroit uniquement parce que c'est là que tes années à pourchasser d'innocents spacers ont enfin connues leur complétion," rétorquai-je, à moitié attentif.

"Tu me pourchassais ?" demanda Hayden, faussement stupéfait, et les deux partirent dans leur délire. Je les bénis intérieurement pour avoir détourné la conversation de ma personne. Puis je fermai mes oreilles à leurs conversations à tous.

Se poser sur une station est vachement plus facile que d'atterrir sur une planète. Tu te mets à la même vitesse, tu vises la porte, qu'y a-t-il de plus simple ? Nous fûmes à l'intérieur pile poil à l'horaire désigné, et eûmes juste à attendre que le pont de débarquement se pressurise, avant de pouvoir quitter le vaisseau et vaquer à nos occupations du jour. Ça me laissait environ une demi heure pour décider comment j'allais faire tout ça. J'étais venu ici pour montrer à Relena le site du massacre de l'Eglise Maxwell, et lui faire visiter le nouvel orphelinat qui avait été construit en hommage, à moins de trois rues du Mémorial. J'avais juste voulu marcher avec elle dans le voisinage, pour lui montrer comment vivaient les gens qui n'avaient pas la chance de grandir avec des parents, et de l'argent, de la gloire ou du pouvoir.

Mais il me restait moins de 24 heures avant l'Exposition ; il me fallait trouver du temps avec Hayden, pour nous refamiliariser avec notre enchaînement. Il fallait qu'on puisse le répéter, car nous n'avions pas dansé ensemble depuis un sacré moment. Je n'étais même pas sûr d'avoir assez d'énergie pour réussir ça. Il fallait que je puisse m'entraîner dans une baie gravitationnelle de taille olympique, pour voir si j'étais capable de tenir le coup.

Et puis il fallait que je m'occupe de mon vaisseau, refaire le plein et le ravitaillement. Avec mon nouveau plan de vol, on devait repartir vers la Terre le surlendemain.

Je retombai dans mon siège en poussant un soupir lourd, et mes doigts vinrent masser mes tempes douloureuses. Bordel de merde, comment j'allais réussir tout ça ? Je pouvais pas me dédoubler, et il n'y avait pas assez d'heures dans une journée. Je n'allais pas y arriver. Putain, même Superman n'y aurait pas réussi.

Je me rendis soudain compte que la cabine était devenue silencieuse, et je levais la tête pour découvrir que tout le monde me regardait. Et merde ; est ce qu'ils avaient jamais vu un pauvre ferrailleur débordé, et à bout de ressource ?

Ok. Il me restait une demi heure avant qu'on puisse quitter le vaisseau. Je pouvais déjà avancer les préparations pour le lancement de lundi, les tâches urgentes, et finir tout ça tard ce soir après que je me sois occupé du reste. Si on partait tout de suite, je pouvais amener Relena à l'orphelinat et au Mémorial ce matin, et puis cet après midi, je pouvais emmener Hayden pour louer une baie gravitationnelle.

Je me frottai la nuque et me retournai vers mes claviers. Une chose à la fois… Je me connectai au net de la station, mais une main chaude s'abattit sur la mienne.

"Duo," dit Heero, une petite réprimande dans le ton, "tu es encore en train de le faire."

Je clignai des yeux, confus, "Quoi ?"

"Tu n'es pas tout seul," continua t-il gentiment. "Tu n'as pas à tout faire toi-même."

Je me sentis rougir. "Heero…" commençai-je, mais Toria vint en renfort.

"Chezarina, Relena et moi, on va sortir ensemble aujourd'hui pour faire… des trucs de filles." Elle me fit un grand sourire, et je me tournai vers les "filles", pour découvrir sur le visage gêné de Relena la confirmation qu'en effet, le pot au rose concernant son identité était découvert.

"Comment… ?" commençai-je mais le rire ravi de Toria me coupa.

"Tu es parti te coucher trop tôt la nuit dernière." Son sourire affecté me fit comprendre qu'elle n'avait pas avalé cette histoire de fatigue hier soir, mais était prête temporairement à faire comme si.

Mes yeux passèrent de l'un à l'autre, et j'eus soudain l'impression d'être le gars qui est rentré dans une salle de cinéma en plein milieu d'un film compliqué. Sans pop corn.

"Je t'emmène voir un médecin", m'informa Heero fermement. "Puis je reviendrai ici pour organiser notre voyage de retour.

Je restai bouche bée pendant un moment ; j'avais complètement zappé la visite chez le médecin. Merde. Encore un truc de plus à faire.

"Si le docteur dit que c'est ok", temporisa Heero, "alors toi et Hayden, vous pourrez continuer en allant vous inscrire pour l'Exposition."

J'ouvris la bouche pour lui dire qu'on était déjà inscrit, puis je me ravisai. Le bip m'informant d'un nouveau message me donna d'ailleurs l'opportunité de ne pas répondre. Mes doigts bougèrent automatiquement pour accepter le message, et une voix inconnue et monotone, m'informa que mes paquets étaient arrivés, et m'attendraient au bureau d'accueil. Je remerciai la femme et fermai la connexion.

"Quels paquets ?" voulut savoir Heero, qui était toujours debout à côté de moi.

"J'ai commandé des trucs pour Hayden et Toria," lui dis-je sans y penser, alors que j'essayai encore de me mettre dans la tête que c'était ok de laisser quelqu'un d'autre prendre en charge une partie de mes devoirs.

"Tu quoi ?" s'exclama Toria derrière moi, et je grinçai des dents. Ouuups encore. Je suppose que j'aurais dû livrer cette information un peu plus doucement. Je pris une lente respiration, et retournai mon fauteuil pour lui faire face. Elle et Hayden ne portaient qu'un maillot et un short gris, la 'combinaison de bord' que la plupart d'entre nous portaient dans nos vaisseaux.

"Quoi, vous aviez l'intention de vous balader sur L2 en sous vêtements ?" me moquai-je, et je fus récompensé quand je vis ses joues prendre une teinte un peu rose, alors je continuai. "Je sais pas si tu as déjà remarqué avant, mais vous faites tous les deux 10 ou 15 centimètres de plus que moi… Ce que je possède vous arriverait à peine aux genoux. Vous aviez besoin de fringues… j'ai commandé des fringues."

Elle resta debout à me regarder pendant une bonne minute, et puis soudain, elle fit demi tour et sortit en trombe vers la cambuse.

Un son inarticulé, mélange de frustration et de confusion, monta de ma gorge, et je me tournai vers Hayden. "Quoi encore, bordel ?" demandai-je, et je fus déboussolé par le petit sourire étrange qu'il m'adressa. Une seconde après, un mouvement de son doigt m'indiqua qu'il voulait que je me lève, et Heero se poussa pour me laisser la place.

"Hayden ?" demandai-je, un peu hésitant, et son sourire ne fit que s'élargir. Il avança, plaça une de ses énormes mains au milieu de mon dos, et me poussa gentiment vers la porte.

"Je suppose qu'elle est dans la cambuse. Il va falloir que tu ailles lui parler."

Je résistai à la pression dans mon dos, jetai un coup d'œil autour de moi, mais ne vis aucune aide venant des autres. "Mais c'est ta femme…" commençai-je, mais il se pencha et me dit doucement.

"Mais c'est à cause de toi qu'elle pleure… alors c'est toi qui doit accepter d'avoir de la morve sur ton tee-shirt." La pression dans mon dos devint une poussée.

"Nani !" m'exclamai-je, puis je soupirai en signe de défaite. Vu comment les choses se présentaient… ça n'allait pas être une bonne journée.

Elle était en effet dans la cambuse, et bordel, elle était bien en larmes. Le gars connaissait sa femme plutôt bien.

Elle était assise sur une des chaises, vers le fond de la pièce, avec sa tête enfouie dans ses bras croisés, et à la manière dont ses épaules tremblaient, je pouvais dire qu'elle était en train de chialer comme un môme.

Putain. La vision d'une femme comme Victoria Grace Brannigan, stable, compétente, capable-de-boire-à-la-sortie-du-tonneau, solide comme une roc, mais en train de verser toutes les larmes de son corps, était… effrayante. Je pris place sur le bord de la table, juste à côté d'elle.

"Uhmmm…" commençai-je finalement, "je suis pas trop sûr de savoir ce que j'ai fait de mal… mais je suis vraiment, vraiment désolé."

Elle leva son visage et frotta ses yeux, assez inefficacement d'ailleurs, puis me foudroya du regard. "Tu es insupportablement prévenant et si foutument adorable, que ça me donne envie de te tuer," grogna t-elle en me foutant une claque retentissante sur le genoux. "Bordel, tu es le meilleur copain dont on pourrait rêver, et je sais vraiment pas ce qu'on deviendrait sans toi." Elle me frappa encore, puis se jeta sur mes genoux, où elle recommença à pleurer comme si elle avait le cœur brisé.

Il me fallut quelques confuses secondes avant que mon cerveau ne recommence à fonctionner, et que je n'enroule mes bras autour d'elle pour la tenir.

"Je suis vraiment désolé…" la consolai-je. "Je ferai de mon mieux pour être un vrai connard à partir de maintenant. C'est promis."

Elle pouffa de rire contre ma cuisse. "Oh, va falloir que tu sois un enfoiré de première pour compenser tous ces trucs sympas."

"Je vais être un monstre," jurai-je, "un bâtard absolu."

Elle releva la tête et me regarda, clignant des yeux pour faire disparaître les larmes, et son sourire s'effaça. "Merci, Duo Maxwell," chuchota t-elle.

"Oh mais de rien." Je lui souris, mais vis une ombre passer dans son regard.

"Duo…" elle fronça les sourcils, "j'aurais pas dû te pousser pour que tu acceptes l'expo. Je n'avais pas réalisé…"

"Commence pas avec moi," l'interrompis-je en utilisant le dos de mes doigts pour essuyer ses dernières larmes. "Je vais bien."

L'un de ses sourcils s'arqua. "Et c'est sans doute la raison pour laquelle il a fallu que tu fasses une sieste hier, en plein demi-cycle ?"

Je me contentai de sourire et de hausser les épaules. "Et alors, je ferai une autre sieste demain après la compétition."

"Je veux pas que tu te rendes malade à cause de ça." Elle me foudroya du regard, puis reposa sa tête sur ma jambe. "Tu es plus important pour nous que ce putain de fric du Prix."

"Toria, ma douce," je soupirai, "qu'est ce qui pourrait arriver au pire ? Que j'ai un malaise, qu'on foire l'enchaînement, et qu'on perde ? Et alors ? Au moins on aura essayé."

Elle ne réagit pas, alors je saisis l'opportunité de changer de sujet. "Et sinon, comment, exactement avez-vous 'découvert' le secret de Relena ?"

Elle bougea et enroula un de ses bras autour de mes genoux, laissant sa tête reposer dessus. "Hayden et moi, on a parlé la nuit dernière. On a réalisé tout ce que tu avais sur les épaules, et on a pensé qu'on devait te forcer à laisser quelqu'un t'aider.

Je la foudroyai du regard, mais elle ne le vit pas.

"On a décidé que je pouvais prendre la responsabilité d'occuper tes… invitées, pendant que tu t'entraînerais avec Hayden." Elle soupira, ses doigts tirant inconsciemment sur la couture de mon jeans. "On s'est dit qu'on ferait aussi bien de révéler à Relena qu'on savait qui elle était."

Je reniflai. "Et la révélation s'est passé comment ?"

Elle se marra. "Elle est devenue plus rouge que ce que j'avais jamais vu… hormis cette teinte magnifique que tu arborais hier quand Heero a dit qu'il passait l'examen pour devenir ton amant." Je sentis mon visage s'enflammer complètement malgré moi, et elle me jeta un coup d'œil furtif. "Ouaip… cette couleur là."

Je lui donnai une claque légère à l'arrière du crâne. "Reviens à ton histoire, spacer-girl," grondai-je.

"J'ai dû lui expliquer qu'elle avait l'un des visages les plus reconnaissables de tout le système solaire." Elle secoua la tête, pas franchement évident à faire puisqu'elle l'avait toujours sur mes genoux. "Je jure devant dieu… pour une fille aussi intelligente, cette gamine peut être tellement naïve."

Je réprimai un ricanement, et finit par soupirer. "Je crois bien que c'est un peu ça qui nous a foutu dans cette situation en premier lieu."

Toria rit encore. "Je pense que Chezarina était vraiment contente que tout devienne clair… J'crois qu'elle se donnait des ulcères, à essayer de garder tous ces secrets !"

Ça me fit rire. "J'avais noté qu'elle était vraiment calme."

Un étrange silence passa. "P'tit pote ?" me dit-elle doucement.

"Ouais ?" fit-je pour l'encourager, me demandant pour quelle raison elle était redevenue toute sérieuse.

"Heero…" continua t-elle, ses doigts jouant toujours avec le bord de la couture de mon jeans. "Il est… bien pour toi ? Tu es heureux ?"

Je lui souris. "Il est… très bien pour moi."

"Je me sens coupable parfois", me confessa t-elle à voix basse, "comme si je t'avais volé Hayden."

Je grognai. "Je croyais qu'on avait établi qu'il n'était pas du tout mon type ?"

Elle releva la tête juste assez longtemps pour froncer les sourcils. "Pas comme ça, crétin. Mais je ne suis pas stupide… vous deux, vous auriez probablement fini par monter un bizness ensemble… tu n'aurais pas été tout seul tout ce temps."

Je pouffai et frottai l'articulation d'un de mes doigts contre le sommet de sa tête. "Tu as une boule de cristal, maintenant ?"

Elle s'assit finalement, abandonnant mes genoux. "Je m'inquiète pour toi… des boulots que tu prends. Et tout seul en plus. Les choses ne se seraient pas passées comme ça si tu avais eu un partenaire."

"Eh bien maintenant, j'en ai un," lui souris-je. "Et celui là vient avec des bénéfices que n'aurait pas eu le précédent."

Elle rejeta sa tête en arrière et rit avec délice. Heureusement, le son clair d'un carillon nous informa qu'on pouvait finalement quitter le vaisseau, et permit de mettre fin à notre conversation.

"Tu vas mieux maintenant, spacer-girl ?" lui demandai-je chaleureusement, et elle acquiesça. "Bon, alors sortons d'ici."

"Après toi, Capitaine."

Je sautai de la table. "Tu as mis de la morve sur mon pantalon."

"Non, j'ai pas mis de morve sur ton pantalon."

"Oh, alors comment expliques tu l'état de mes fringues ?"

"Peut être que Heero pourrait expliquer l'état de tes fringues."

"Toria !"

Elle n'en rigola que d'avantage.


Yeah !! Et avec un peu de chance, la prochaine update sera en décembre (et pas à Pâques !!)

Toutes mes excuses pour ce retard énoooorme !! Tout est complètement de la faute de mes patrons (j'ai des horaires impossibles et un boulot monstre), mais aussi à cause d'un jeu internet qui s'appelle Travian, et auquel j'ai commencé à jouer en juin.

Je vous invite d'ailleurs toutes et tous à aller vous inscrire sur le serveur 9, dans le secteur Nord-Est (c'est là que je joue) :

www.travian.fr/?ucfr92234