Auteur : Isylde

Inspiration : Lost

Titre : F.A.T.E

Chapitre : Quelques abeilles…

Longueur : 2463 mots

Date : 24/07/05

Résumé : Toutefois, pendant qu'ils attendaient que ce beau miel tombe du ciel, ils étaient là, à se morfondre de n'avoir rien de sucré à se mettre sous la dent.

C'était sans doute le problème le plus épineux auquel les rescapés avaient dû faire face jusqu'à maintenant, et c'était le cas de le dire.

Mais bon, que ne ferait-on pas pour du miel ? Cela faisait maintenant un mois qu'ils n'avaient pas eu droit à quelque chose de sucré hormis des fruits, et puis, un peu de diversité alimentaire ne faisait pas de mal. Locke avait déjà repéré l'endroit avant même de trouver les sources les approvisionnant en eau. Devant l'ampleur de la tâche, il délégua le rôle d'apiculteur novice à tous les autres, ceux qui voulaient réellement agrémenter leur quotidien de quelque chose de délicat. Presque du luxe.

Lorsque Claire, Charlie, Jack, Sayid, Kate, Sawyer, Jin, Michael, Walt, Boone, Shannon, Hurley et le chien Vincent arrivèrent devant l'immense arbousier de plus de vingt mètres, ils se rendirent compte que le prix à payer pour le fameux miel serait amer pour l'un d'entre eux. Ils savaient que Locke regardait la scène de loin, se taisant délibérément sur les techniques d'apiculture pour voir comment ils s'en sortaient sans ses précieux conseils. Et au vu de leur maladresse et de leur peu de culture, c'était pas gagné. A la cime du fier tronc à moitié desséché se trouvait une belle ruche, carcasse vrombissante d'on ne sait quoi d'organique.

« Bon ! » s'exclama Jack avec un semblant d'entrain. « Qui veut grimper à l'arbre pour récupérer notre dû ? »

Silence assourdissant. Walt caressait innocemment son chien tout en observant son père d'un air déçu. Celui-ci se contenta de marmonner en usant d'une bien improbable allergie aux piqûres d'abeilles.

« Michael ? » proposa Jack.

« Ah non ! Et pourquoi tu n'y vas pas, toi ? » demanda ce dernier en bougonnant.

« Ouais, c'est vrai ça ! » continua Walt. « Pourquoi c'est toujours mon père qui s'y colle ? On devrait tirer à la courte paille. »

« C'est déloyal, la courte paille, quand même. » déclara Boone. « Sinon, on peut tirer au sort, carrément. Ou faire un vote. »

« Vive la démocratie… » ricana Sawyer. « Et pourquoi on ferait pas un pierre papier ciseaux pendant que vous y êtes ! C'est quoi ces techniques de gamin attardé ? Je croyais être tombé sur des gens matures, moi… »

« Ne critique pas ce dont tu es le parfait exemple, Sawyer. » ironisa Kate.

« Si t'es si intelligente que ça, ma belle, tu n'as qu'à y aller, toi, chercher ton miel ! » répliqua-t-il d'un ton sec.

« On va pas commencer à se disputer pour du miel. Le tout est que quelqu'un se sacrifie pour la cause commune. » expliqua Shannon. « Et puis, celui qui ira chercher la ruche aura une plus grande part, forcément. »

« Ben tiens, Shannon, merci de te porter volontaire. » plaisanta Boone.

« Hors de question que je monte là-haut. » dit-elle d'un ton ferme et résolu. « J'ai vraiment autre chose à faire que de foutre ma garde robe en l'air. »

« Elle est belle, votre soi-disant communauté démocratique… » marmonna Michael.

Encore un de ces longs silences que les survivants n'appréciaient pas forcément. Toutefois, pendant qu'ils attendaient que ce beau miel tombe du ciel, ils étaient là, à se morfondre de n'avoir rien de sucré à se mettre sous la dent.

« Procédons par élimination. » proposa Sayid.

Là, l'entente était générale. Après tout, pourquoi ne pas choisir ceux qui ne dépendaient de personne, ceux qui n'avaient absolument rien à charge ? Malgré tout cela, les survivants se regardaient avec suspicion, préparant parfois scrupuleusement un alibi ou une raison pouvant les démobiliser d'une éventuelle fonction d'apiculteur.

« Commençons par Jack. C'est le médecin, et ses qualités nous sont indispensables. S'il lui arrive quelque chose, nous serions incapables de lui venir en aide. »

Jack - sa barbe de trois jours lui donnant un air tout à fait viril – bomba légèrement le torse et croisa ses bras à la défensive, voulant paraître de marbre malgré son importance au sein de la communauté.

« …Nous avons ensuite Michael, mais il a son fils à charge et Walt, de toute façon, est trop jeune pour s'aventurer à proximité d'une ruche. »

« Walt, merci d'exister. » marmonna Michael.

« Ha, ha, très drôle papa. » grimaça le petit garçon.

« …Poursuivons avec Claire. Impossible. C'est une toute jeune mère mais elle est la seule à pouvoir assumer Aaron. Si jamais elle se blesse en se grimpant à l'arbre, nous ne saurions pas comment élever son enfant. » continua Sayid avec méthode.

Claire soupira. Elle n'aimait pas se sentir faible et encore moins inférieure à l'homme en raison de son état de jeune maman. Mais bon, il fallait avant tout qu'elle pense à son fils, avant de penser au bien-être de la communauté. Malgré le fait que le bébé était en sécurité au côté de Sun, elle ne pouvait pas s'empêcher de songer à Ethan et aux gens qui vagabondaient dans la forêt. Ils lui voulaient du mal et n'hésiteraient pas à s'en prendre à son enfant pour obtenir certaines choses d'elle.

« Jin… » hésita Sayid. « Bon, passons, il y a la barrière de la langue, Shannon, je passe les détails à la fois culturels et vestimentaires, Hurley, sans vouloir te vexer, l'arbousier est un arbre plutôt fragile pour ton poids…Que nous reste-t-il ? »

« Merci de ta sollicitude et de ta délicatesse, Sayid. » soupira Hurley.

« Je n'y peux rien, c'est mathématique. » argumenta ce dernier. « Quelqu'un peut-il me dire la liste des potentiels volontaires ? »

« Kate, Sawyer, toi, Boone...et moi. » énuméra Charlie avec un sourire un peu niais.

Tous les regards se tournèrent vers le jeune homme. Un sourire machiavélique aux lèvres, Sawyer se contenta de hausser les épaules d'un air désolé en imitant le signe du couperet sur sa gorge, comme pour effrayer Charlie. Celui-ci se contenta de déglutir avec difficulté. Pourtant, il se résigna, songeant peut être que Claire aimerait bien avoir du miel avant ce soir. Mais ce fut les épaules courbées qu'il s'approcha de Sayid en levant sa main.

« Moi. » souffla-t-il d'une voix un peu rauque, et visiblement de mauvaise humeur, empoignant deux branches basses de l'arbre avant de commencer cet alpinisme végétal et improvisé.

« Merci de ton volontariat à la fois spontané et enthousiaste, Charlie. » déclara Sayid en le voyant monter progressivement vers la cime de l'arbousier.

« Sois prudent, Charlie. » conseilla Claire d'un ton un peu irrégulier, comme prise par une soudaine inquiétude.

« Mamour Charliiiiie… » couina Sawyer d'une voix féminine. « Surtout sois prudeeeeent, mon chériiii ! »

« Sawyer, ferme-la, sinon tu vas manger de la purée de bananes pour le restant de ton existence. » menaça le jeune homme.

Des rires émergeaient à présent de cet horizon de feuilles, et le jeune britannique n'avait sans aucun doute pas de raison de s'inquiéter. Après tout, il était facile de grimper aux arbres, le danger venait plutôt des abeilles qui se faisaient, au fil de sa montée, de plus en plus nombreuses et de plus en plus agressives. Avec précaution, il s'agrippa de tout son poids à une sorte de tige qui avait l'air solide au premier abord, mais Charlie perdit son équilibre et se blessa le bas du dos avec une pointe émergeant des branches.

Un grognement s'échappa de ses lèvres gercées tandis qu'il reprenait lentement ses esprits. Il le sentait, cette douleur lancinante était synonyme de plaie profonde et sanguinolente. Quelques gouttes de sang tombèrent à même le sol et Claire blêmit.

« Il est blessé… » constata-t-elle en pâlissant.

« S'il n'est pas vacciné contre le tétanos, il n'a aucune chance de s'en sortir. » déclara Sawyer, une expression imperturbable et on ne peut plus sérieuse sur son visage.

« Charlie, ça va ? » s'écria Jack.

« Je vais bien, je vais bien !» souffla une voix étouffée derrière la masse des feuilles. « Je vais mourir, je vais mourir… » gémit-il à moitié en se relevant avec difficulté.

« Charlie, tu es vacciné contre le tétanos ? » demanda Michael.

« Le tétaquoi ? » questionna ce dernier en haletant.

« Heu, non, rien. » marmonna-t-il. « On est dans la merde s'il se casse la gueule. »

« C'est plutôt lui qui sera dans la merde. » répliqua Sawyer. « Une chute de vingt mètres ne fait pas du bien à tout le monde…et puis on n'est pas à un tétraplégique près, de toute façon. »

Il s'accrocha de toutes ses forces aux plus hautes branches de l'arbousier, les plus fragiles, et enfin se retrouva nez à nez avec la ruche. De charmantes abeilles lui voletaient autour comme une volée de vautours autour d'une carcasse en état de décomposition, et il ne pouvait pas approcher sa main sans se faire piquer.

« Dites, les gars, comment on fait pour calmer des abeilles ? » demanda-t-il d'une voix tremblante.

« Sachant que le quotient intellectuel d'une abeille est quasiment nul, le stress leur est inconnu. Mais si tu veux un antidépresseur, genre Prozac, y a pas de problème, ça t'évitera de sniffer autre chose ! » s'écria Sawyer, visiblement agacé de la lenteur des procédures.

« Bloody Yanks ! » marmonna le jeune homme.

Charlie approcha donc une main peu rassurée en direction de la chose organique qui servait d'abri pour les abeilles, mais cela provoqua leur agressivité immédiate et inconditionnelle. Tandis qu'il se faisait littéralement laminer par ces insectes stupides, ses gestes se firent plus brusques ce qui contribua à l'énervement précoce de la nuée vrombissante l'attaquant. Il perdit lamentablement l'équilibre et entraîna la ruche dans sa chute, tentant d'amortir la douloureuse échéance en s'accrochant désespérément aux branches.

Une peur panique s'empara de tous les rescapés alors qu'ils virent la ruche tomber lourdement au sol, quelque abeilles voletant misérablement autour dans un espoir de ranimer les autres. Apparemment, presque aucune membre de la volée n'avait survécu à la chute. Mais enfin, ces abeilles avaient des ailes et n'étaient pas si bêtes que ça.

Charlie émergea des feuilles, le pied coincé dans une branche et retomba lourdement au sol, son humble postérieur meurtri par sa maladresse. Claire s'agenouilla à ses côtés et, inquiète de la santé – surtout mentale – de son ami, elle caressa sa tempe avec douceur en auscultant ses yeux un peu absents, perdus dans la rêverie de son traumatisme crânien.

« Charlie ! » s'exclama Jack. « Ça va ? »

Le médecin observa attentivement son crâne puis ses yeux avant de se rendre compte que tout était normal. Le jeune homme était à peine sonné de sa chute, encore un peu ébranlé dans sa lucidité. C'était étonnant, considérant qu'une chute de vingt-cinq mètres pouvait faire beaucoup plus de dégâts.

« Dites ! » prévint Sawyer. « Au lieu de vous inquiéter pour la santé du junky-boy, vous devriez peut être vous occuper du 'petit' problème qui occupe notre espace de survie direct… »

« Qu'est que tu veux dire ? » demanda Jack.

« Je veux dire que les abeilles sont pas contentes et que nous sommes dans leur ligne de mire. » répliqua ce dernier en voyant que le vrombissement émergeant de la ruche s'accentuait.

Une abeille semblait flotter juste au-dessus de sa ruche. Un silence perceptible s'empara de tous les membres du groupes, et leurs yeux étaient rivés sur la masse vibrante des insectes qui se préparait à l'attaque.

« Je crois que maintenant, on peut courir. » déclara Sawyer d'une voix étonnamment calme.

« Oh non, pas encore… » murmura Jack, songeant à la mésaventure de cette ruche souterraine sur laquelle s'était attardée Charlie.

Incroyable et indescriptible, telle était la pagaille qui s'ensuivit tandis que des abeilles volaient dans tous les sens. Les survivants s'enfuirent de tous les côtés de la jungle, retirant leurs t-shirts et leurs débardeurs sous le coup de la douleur. Remis de ses émotions, Charlie prit Claire par la main et tous les deux se précipitèrent en direction de la vallée, le jeune homme enlevant précipitamment son t-shirt et Claire son débardeur.

Après quelques minutes de course effrénée dans la jungle, ils se retrouvèrent sur le terrain de golf improvisé, encore essoufflés et le visage et le corps parsemé de petites piqûres toutes plus douloureuses les unes que les autres. Cependant, malgré l'absurdité de leur situation, ils éclatèrent de rire. A leurs côtés se trouvait un Sawyer amer et fourbu, un rictus plutôt sournois aux lèvres, à moitié accroupi près du trou numéro un.

« Hé, Sawyer ! Je savais bien que ce n'allait pas marcher ! » interpella Charlie. « Et je suis vacciné contre le tétamachin. »

« Tétanos, ignare. » répliqua Sawyer.

« Pareil. » rétorqua le jeune britannique.

Claire et Charlie récupèrent un peu de boue sur les versants du terrain de golf et en appliquèrent sur les piqûres. Sans antibiotiques, sans pommade calmante, la seule solution était d'isoler les plaies du climat tropical le temps qu'elles guérissent. Et la jeune fille se souvenait des séances de badigeonnage de crème solaire quand elle était petite. Sawyer refusait, par fierté, d'en mettre sur ses piqûres, de peur de perdre sa sacro-sainte virilité.

« Hé, Charlie, tu aurais pu m'attendre pour te déshabiller devant la mamacita. » déclara-t-il avec ironie. « Je n'ai rien contre les partouzes. »

« Désolé. » rétorqua Charlie d'un ton froid. « Je ne fais pas les homosexuels. »

Elle ne put s'empêcher de pouffer de rire face à cette réplique bien placée. Froissé, Sawyer grommela quelques injures entre ses dents et partit en direction du campement.

« Et le miel ? »

« Tu sais, entre une centaine de piqûres et un peu de sucre, le choix est vite fait. J'espère simplement que Locke aura eu le temps de récupérer la ruche. »

« Parce que toute cette histoire n'était qu'une diversion ? » questionna Claire, faussement indignée. « C'était bien la peine de… »

« Mais au moins, tu auras du miel ce soir, non ? Ce ne sont pas quelques abeilles qui vont m'empêcher de te rendre heureuse. »

« Comme c'est adorable. » ironisa Claire. « Est-ce que tu serais en train de me courtiser, Charlie Pace ? »

« Always, my lady, always. » répliqua ce dernier.

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