Ad Vitam Eternam

Ils ont l'habitude de dire qu'Orochimaru fait montre du talent d'un ninja de deux fois son âge, que c'est un génie comme on en a pas vu depuis des siècles.

Pourtant, ce jour là, lorsqu'ils l'ont ramené, il parait terriblement plus jeune que ses quinze ans, et son regard d'habitude perçant passe sur les ninjas dans la pièce comme s'il ne les voyait pas. Quelqu'un l'a débarrassé de son kimono souillé, et l'a à la place enroulé dans un yukata blanc trop grand pour lui.
Orochimaru n'est pas fluet pourtant. Sa musculature est longiligne et sèche, celle d'un vrai ninja, et non celle de l'érudit qui passe des heures en bibliothèque. Le yukata doit appartenir à un Akimichi, parce que le jeune homme paraît minuscule et fragile au milieu.
D'un côté le tissu de mauvaise qualité repose sur son épaule, mais de l'autre l'encolure à glissé, révélant une épaule et une moitié de torse qui sont presque aussi livides que le yukata. La peau à une teinte inquiétante, presque cireuse.
Mais c'est toujours moins inquiétant que les sécrétions noirâtres qui s'échappent de la bouche d'Orochimaru lorsqu'il tente de se relever, et qu'à la place il se retrouve plié en deux le front contre le sol.

L'anbu qui l'a déposé lui jette un regard en coin.
« Poison, » dit-il. « La coupure sur son torse, c'est parce qu'il a essayé d'évacuer le sang vicié avant qu'il n'atteigne le cœur. » Il y a dans sa voix quelque chose qui ressemble à du respect.
Il se détourne du jeune homme affalé sur le sol de l'infirmerie, et disparaît.

Malgré la quinte de toux et la nouvelle giclée de bile sombre qui vient maculer le devant du tissu blanc, Orochimaru s'est finalement redressé en s'agrippant à l'infirmière qui vient l'aider à se relever. Celle ci à un moment de recul très bref lorsque son regard rencontre celui exorbité du jeune homme. Ses traits sont tirés dans une expression qui oscille entre la stupéfaction et la certitude la plus profonde.
« Il me faut un drain, » ordonne t-il entre deux quintes. « Et Tsunade. Je ne peux pas mourir ici. »

C'est un patient, pourtant. Mais le ton de commandement, la note incrédule subjuguent la jeune femme, et elle obéit sans un mot après l'avoir assis dans le dernier fauteuil de libre. Tout autour les ninjas vont et viennent dans le chaos le plus organisé qu'on puisse imaginer, les infirmières débordées s'activent autour des blessés. S'il les suit des yeux, c'est sans doute plus au son qu'autre chose parce que son regard s'est de nouveau brouillé, mais lorsque Tsunade arrive, les pupilles reptiliennes se braquent sur elle et ne la lâchent plus.
« Poison, » articule t-il, et il attrape la main de Tsunade pour la plaquer contre son torse, sur l'infime estafilade qu'il a élargi au kunaï et qui dégouline dans le yukata.
Sa main aux longs doigts nerveux tremble autour du poignet de la jeune fille, et il est pris d'un nouveau spasme de toux.
« Peux pas… mourir. »
Tsunade à renoncé à jurer à haute voix à l'instant ou elle a sentit la main de son équipier trembler –ce doit être là fin du monde. C'est forcément la fin du monde,- mais à la place elle sert les dents.
« Bien sur que non. Tu sais ce qu'il a utilisé ? »
« Sais pas. Mort. L'ai tué avant de réaliser. Pas de cadavre… Je ne peux pas mourir ici ! »
La main autour du poignet s'est refermé dans une poigne de fer, et il a attiré Tsunade si brutalement vers lui qu'elle n'a pas pu résister. Ses pupilles sont dilatées –état de choc- et l'expression dans son regard est terrifiante d'intensité et presque démente.
Tsunade a vu beaucoup d'homme en train de mourir, mais aucun ne lui a fait aussi peur que l'impassible Orochimaru à cet instant précis.
« Pas grave, ça aurait pu être utile de savoir mais on va faire sans. » D'un geste sec elle dégage sa main, et la plaque juste au dessus de la plaie tailladée, tandis que de l'autre, la droite, elle ajuste le drain.

Orochimaru ne mourra pas tant qu'elle aura son mot à dire.

---

Orochimaru est allongé dans un lit d'hôpital, presque aussi pâle que les draps sous lui. Ses yeux sont fermés mais il ne dors pas. Tsunade vient de sortir. Ou plus exactement elle vient de chasser le Professeur et cet abrutit de Jiraya en déclarant s'une voix sans réplique qu'il a besoin de repos.
Mais ce n'est pas totalement vrai, le repos n'est pas ce dont il a besoin.
Il a failli mourir, hier. Lui. A cause d'un stupide jounin qui avait enduit le lame d'un kunaï de poison.
C'est tout simplement inacceptable.
Tout a failli être réduit à néant à cause d'un simple kunaï qui l'a frôlé de suffisamment près pour entamer la peau. Tout à failli disparaître. Il n'a du son salut qu'à Tsunade, qu'à l'anbu anonyme qui l'a ramené à temps.C'est inadmissible. Les autres peuvent mourir, il le sait, il le prouve tout les jours. Mais lui ? Non, impossible. Il ne peux pas mourir, pas tant qu'il n'a pas terminé.

Il y a une faille, réalise t-il. Il aura beau apprendre chaque jutsu qui lui tombe sous la main, engloutir toutes les livres, maîtriser tous les ninjutsus, ce ne sera pas encore suffisant. Toutes les techniques du monde ne peuvent pas le protéger contre un kunaï perdu, et toute la puissance accumulée est inutile contre ça..
Mais cela il ne peut l'accepter. C'est une conclusion inenvisageable.
Il ne mourra pas. Il ne peux pas mourir. Il doit y avoir un moyen, un justu, quelque chose… N'importe quoi.
Si le moyen n'existe pas décide t-il, alors il le créera.

Parce qu'Orochimaru ne mourra pas tant qu'il aura son mot à dire.

-

Reviews ?

A l'origine de ce drabble il y a un dessin dont je mettrait le lien sur ma page principale quand j'aurais eu le temps de le scanner. Un Orochimaru avec des traits qui portent encore trace de l'enfance, un regard flippant et un tissu tombant autour des épaules. Tout est venu de ça .

Note de l'auteur : Certains d'entres vous n'auront pas été sans remarquer que Rouge a disparru des drabbles... C'est parce qu'il a maintenant une suite, et qu'il est posté en temps que fic sous le titre de Clair-Obscur.