Kunoïchi

Tu avais toujours su qu'un jour ou l'autre ce type d'assignement serait inévitable, et tu t'y étais préparée. Après tout tu es une kunoïchi, probablement la meilleure de ton niveau, et tes capacités te rendaient indispensable pour cette mission spécifique.
Tu t'y étais plus ou moins préparée, et c'est pour cela que tu t'es contentée d'acquiescer, et de t'incliner une fois que Tsunade-sama a eu fini d'expliquer les paramètres.
C'était bien la première fois que tu te retrouvais seule dans le bureau de l'Hokage, sans ton équipe, et dès tu as reçu la convocation, tu as tout de suite senti qu'il se passerait quelque chose.

C'est Shizune qui t'a aidé à te transformer, à créer le personnage.
Des lentilles vertes, magnifiques -un peu comme les yeux de Sakura-, un maquillage élaboré qui te donnait une bouche de fraise pour éviter tout risque de reconnaissance, et enfin les trois épaisseurs du kimono finement brodé. Dans n'importe quelle autre circonstance tu aurais été folle de joie de pouvoir porter une pareille merveille, mais l'appréhension t'a un peu gâché le plaisir…
Quand tu t'es regardé dans la glace tu as eu du mal à te reconnaître.
C'est elle aussi qui t'a aidé à limer les cals dus au maniement des armes, jusqu'à ce que tes mains soient aussi douces que celles de n'importe quelle civile.
C'est elle qui t'a donné les conseils de sa voix calme, et a déposé les comprimés dans le creux de ta paume en te rappelant les prendre au tout début de la mission. Lorsqu'elle t'as demandé si ça irait tu as souri, sorti une réplique bravache dont tu serais bien en peine de te souvenir a présent, et répondu que oui.

Étrangement, ça n'a pas été bien difficile de berner les garçons.
Si Shikamaru a remarqué qu'il y avait quelque chose de faux dans ton rire, quelque chose de forcé dans la manière dont tu les as invectivés ce soir-là au restaurant –la soirée était prévue depuis des semaines, et tu n'aurais pas voulu les inquiéter en décommandant à la dernière minute- , il a sans doute trouvé bien trop galère de creuser le sujet. Tu as bien sentit le regard en coin de Choji se poser sur toi, mais tu as donné un coup de poing sur la table, et commencé à vilipender ton ex le plus récent :
S'ils ont vu que quelque chose n'allait pas, ils l'ont mis sur le compte d'un « truc de fille », comme l'appelle si inélégamment Shikamaru .
Tu te demandes ce qu'ils auraient fait s'ils avaient su. Ils auraient essayé de t'arrêter peut-être ? T'auraient supplié de refuser la mission, auraient essayé de te convaincre que tu n'étais pas obligée d'y aller ?
Une partie de toi l'espère, mais l'autre sait qu'ils sont des ninjas comme toi, et que de toute manière tu avais déjà pris ta décision, que rien de ce qu'ils auraient pu dire n'aurait fait fléchir ta détermination a agir en kunoïchi jusqu'au bout.
Ils en auraient été malade probablement, mais ils ne t'auraient pas empêché d'y aller.
Mais de toute manière, tu n'as pas vraiment eu une seule seconde l'intention de les mettre au courant. C'est quelque chose qu'ils n'avaient -et n'ont toujours pas- besoin de savoir.

La mission s'est bien passée finalement, exactement comme planifiée. Ton sourire éclipsait celui des autres filles, et tous les hommes à la réception ne regardaient que toi.
Le plus difficile en fait a été de te forcer à toujours marcher à petits pas, perchée sur tes getas inconfortables. Tu bougeais avec une lenteur affectée, sensuelle, tout en pestant intérieurement contre le kimono qui entravait tes mouvements. Si tu avais eu besoin de te battre, il aurait fallu que tu déchires les précieuses soieries au moins jusqu'à mi-cuisse, et c'est sans parler des manches immenses qui seraient retombées sur tes poignets si tu avais eu à utiliser un kunaï…
Mais de toute manière les ninjas chargés de la sécurité veillaient, et tu n'aurais pas pu avoir d'armes sur toi, pas le moindre cure-ongle. Cela a contribué de manière significative au nœud persistant qui s'est installé dans ton estomac a la seconde même où tu as franchi le porche imposant du domaine –ou du moins c'est ce dont tu t'es efforcé de te convaincre pendant tout ce temps.
La vérité est que tu crevais de peur.
Tu as flirté et ri, caché ton visage derrière ton éventail avec une pudeur consommée, utilisé toutes tes armes de séduction. Le lièvre n'a pas été très difficile à lever.

Tu l'as suivi dans sa chambre, et fait ce qui devait être fait.
Shizune t'avait conseillé de te détendre au maximum, de relaxer tes muscles ; c'est ce que tu as fait.
Mais même comme ça ça a fait mal, au moment où il t'a pénétré. Tu ne savais pas très bien à quoi t'attendre et cette douleur était étrange. Pas comme la souffrance provoquée par une blessure ou un kunaï dans le ventre, mais une certaine peine malgré tout, et en même temps ce n'était pas entièrement désagréable.
Après tu ne te souviens pas très bien, c'est flou. Un mélange de cris, et de sueur, et ses mains sur ton corps.
C'était… douloureux au début. Mais aujourd'hui tu sais que ça aurait peu être bien pire. Au final c'était… plutôt bien.

Il s'est laissé rouler d'au-dessus de toi sur le futon, et s'est rapidement endormi. Toi tu as rassemblé les différentes pièces froissées de ton kimono, et es retournée t'allonger auprès de lui, en attendant le bon moment, quand le domaine serait plongé dans l'obscurité. Tu as replié tes jambes souillées contre toi, en position foetale, et tu as attendu.
Quand l'heure est venue, tu as passé ton kimono, et t'es recouché contre son dos, sans le réveiller. Tes mains tremblaient un peu quand tu as formé les signes.

Il était endormi, et occuper son esprit n'a pas posé le moindre problème. Tu l'as levé, méthodiquement tu lui as fait passer le coûteux yukata brun et les sandales, tu as vérifié dans la glace qu'il était présentable. Puis, avec un dernier regard pour ton propre corps immobile sur le futon, tu es sortie pour tuer.
Les gardes que tu as croisé dans les couloirs t'on reconnu, et salué avec déférence et un brin de surprise, mais aucun n'a posé de question. Tu as monté deux étages et parcouru la longue galerie intérieur qui surplombe le jardin. Tu as été obligé de parlementer un instant avec le garde de faction devant la porte du maître, mais il t'a finalement laissé entrer. Après tout n'étais-tu pas le bras droit du Daiymo ?

L'homme t'as accueilli avec un regard interrogatif, et tu as improvisé quelque chose sur une nouvelle urgente en te rapprochant de lui. Quand il a été a porté tu as tendu les mains de l'homme avec lequel tu venais de coucher, et tu l'as attrapé a la gorge.
Le temps que les gardes réalisent que quelque chose n'allait pas et pénètrent dans la pièce, il était mort.
Un cri d'alarme a retenti, et tu as bousculé l'un des gardes dans une futile tentative de fuite. Tu as subtilisé un sabre et tué l'un d'eux tandis que les renforts. Tu as paré un peu, feinté, jusqu'au moment où ils ont vraiment été dans le combat, ne tentant plus d'arrêter l'assassin mais de l'éliminer.
Tu as vu le mouvement, le kunaï dirigé sur ta sa gorge, et tu t'es retiré, juste à temps alors que l'acier pénétrait la chaire tendre.
La suite tu ne l'as pas vue, mais tu la connais par cœur : il a dû crier, essayer de protester pour faire comprendre que ce n'était pas lui, mais trop tard, parce que pour le peu de temps qui lui restait à vivre le sang dans sa gorge l'avait probablement rendu incompréhensible.
Si le garde a bien frappé il n'a pas dû souffrir longtemps te dis tu parfois.
Mais au fond ça n'a pas vraiment d'importance.

Tu as repris connaissance dans la chambre deux étages plus bas, vaguement nauséeuse. Tu pouvais entendre les cris des gardes et les bruits de course, l'agitation frénétique.
Personne n'a fait attention à une prostituée au pas un peu vacillant qui quittait le domaine.

Quand tu es rentrée chez toi après avoir été débriefé par Hokage-sama et Shizune, tu as souri à ta mère, engueulé ton père parce qu'il avait encore laissé la lunette des toilettes relevée, et tu es monté t'enfermer à double tour dans ta chambre. Tu ne pouvais pas répondre maintenant au sourire de ta mère, tu te serais effondré, et si elle t'avait demandé ce qui s'était passé tu n'aurais pas eu la force de lui mentir.
Finalement tu es sorti par la fenêtre, et tu t'es introduit chez ta meilleure amie vers deux heures du matin.
Sakura n'a pas posé de questions. Elle s'est contenté de te tenir très fort, et d'écouter pendant que tu racontais… Ni elle ni toi n'aviez imaginé que ta première fois serait comme ça… Ensuite vous avez parlé longtemps, pleuré aussi, et elle t'a murmuré des mots de réconfort, et t'a bercé jusqu'à ce que tu t'endormes.

Le lendemain tu as rejoint les garçons comme si de rien était, mais au lieu de râler après Choji et ses chips, tu t'es mise sur la pointe des pieds –il est devenu vraiment grand-, tu as passé tes bras autours de son cou, l'a embrassé sur la joue et a fermé les yeux en t'appuyant contre lui.
Et au lieu de crier après Shika parce qu'il était en retard tu l'as pris dans tes bras, et l'a serré fort.

Ensuite tu as ignoré leurs regards interloqués, et tu as repris ta vie comme s'il ne s'était rien passé.
Parce que tu es une kunoïchi, et que tu as juste fait ce que n'importe quel autre ninja aurait fait.
Tu es une kunoïchi, et tu as rempli ta mission.

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Je sais, je sais, j'aurais du écrire la suite de Konoha Gaiden plutôt...

Mais bon .

Spécialement dédicacé à tout ceux qui pensent qu'Ino est vaine et inutile. (Tinton, si tu passes par là...)

Reviews please les gens ?
Et je prend toujours les suggestions de drabbles si vous voulez que je vous écrive quelque chose ;)