Notes :

Les personnages et le contexte de ce récit appartiennent à JK Rowling. Je ne touche aucun revenu de cette histoire, écrite simplement pour mon propre plaisir et, je l'espère, pour celui de mes lecteurs.

Ceci est un recueil de quatre OS, consacrés à chacun des quatre Maraudeurs. Le présent récit, Dans l'ombre d'un loup, est consacré à Remus. Le prochain, qui sera publié dans dix à quinze jours, et qui s'intitule Innocence? Connais pas sera consacré à Sirius.

Ce recueil est intégralement dédié à mon amie Loulou.

Je remercie chaleureusement ceux qui ont lu le début de ce texte sur mon LJ, et plus particulièrement miss Andromède pour l'avoir lu en entier avant sa publication. À noter que je lui dois également le titre de mon histoire, alors rendons à César, ce qui appartient à César. Merci, chère.

Bonne lecture à vous tous.

Remus : dans l'ombre d'un loup :

Ils étaient quatre, un peu comme les trois mousquetaires. Il y avait James et ses cheveux en pétard, qui n'aimait que le Quidditch et faire l'imbécile avec Sirius. Il y avait Sirius, trop grand pour ses douze ans, qui avait déjà des convictions, et qui aimait faire l'imbécile avec James. Il y avait Peter, petit et timide, qui aimait manger, dormir, et regarder James et Sirius faire les imbéciles. Et puis il y avait Remus, toujours pâle et amaigri, qui adorait le chocolat, et qui avait un secret.

Ils étaient quatre, ils étaient copains comme cochons, ils étaient les Maraudeurs. Et accessoirement, ils finissaient leur première année d'études à l'école de sorcellerie Poudlard.

Tous différents, mais toujours inséparables.

Sauf que le secret de Remus formait une barrière entre ce dernier et les trois autres. Remus avait dit à ses trois amis que sa mère avait des ennuis de santé, qu'elle allait régulièrement à l'hôpital Sainte Mangouste, et qu'il devait aller la voir une fois par mois. Peter le croyait. Sirius haussait les épaules devant ce qui lui apparaissait comme une fatalité. Et James cherchait la petite bête : quelque chose lui semblait sonner faux dans ces explications.

Les choses semblèrent aller de soi les premiers temps. Remus s'absentait effectivement une fois par mois. Ou plus exactement toutes les quatre semaines, avec la régularité d'une horloge. Et lorsqu'il revenait, il semblait très malade. Il était amaigri, et il dormait beaucoup. Peter ne semblait rien remarquer. Sirius pensait qu'il avait tendance à somatiser la maladie de sa mère. Et James cherchait toujours la petite bête.

Jusqu'à ce qu'il la trouve, au bout de six mois.

James avait remarqué que Remus s'absentait à chaque pleine lune. Il se renseigna donc, tout d'abord à l'insu de Sirius et Peter, sur l'influence du satellite sur les comportements humains. Et rapidement, au détour d'un livre de la bibliothèque, il tomba sur ce terme effrayant.

Lycanthropie.

James s'en ouvrit à Sirius. Ce dernier commença par lui dire qu'il se trompait. Peut-être la mère de Remus était-elle effectivement malade. Peut-être même était-ce elle qui était un loup-garou…

— Mais non, abruti, dit alors James à son meilleur ami. Si la mère de Remus est un loup-garou, il ne peut pas aller la voir à la pleine lune… Elle le tuerait.

— Ouais, t'as raison, répliqua Sirius, un peu effrayé.

Ils gardèrent cette découverte pour eux pendant un moment, refusant tout d'abord d'en parler à Peter qui avait peur de tout. Ils en parlaient juste un peu de temps en temps. Mais à la longue, les secrets deviennent lourds à porter…

Un jour, profitant du fait que Remus soit parti rendre un livre à la bibliothèque, James et Sirius mirent Peter au courant. Comme ils s'y étaient attendus, un long frisson traversa le petit corps replet de leur ami, qui s'écria tout haut :

— Quoi ? Remus est un loup-garou ?

— Chut, imbécile, murmura précipitamment Sirius. Y a un type en Transylvanie qui a dû t'entendre…

Le sarcasme fit rougir Peter, qui n'ajouta rien. Il participa à peine à la conversation entre les deux autres garçons, qui se demandaient s'ils devaient révéler ou non à Remus qu'ils avaient découvert ce qu'il cachait.

Tous trois retournèrent au dortoir. Remus les rejoignit un peu plus tard, un nouveau livre sous le bras.

— Salut les gars, fit-il.

Les autres l'observèrent alors, encore préoccupés par leur récente discussion. Remus se rendit compte que quelque chose n'allait pas.

— Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?

Il sembla prendre peur. Il posa le livre sur son lit, et il quitta la pièce en coup de vent.

Et ses trois amis décidèrent qu'il fallait faire quelque chose.

oOØOo

La pleine lune de mai arriva, et comme tous les mois, Remus quitta ses amis en leur disant : "à dans deux jours, les mecs !" Il faisait mine d'être enjoué, mais la méfiance suintait de toute part de sa petite personne. Le comportement des trois autres à son endroit le déstabilisait. Les regards entendus qu'ils échangeaient entre eux lui causaient du souci. S'ils avaient tout découvert, ils le laisseraient tomber, forcément. Il était un monstre, après tout… Il descendit discrètement à l'infirmerie, comme il en avait l'habitude. Sauf que cette fois-là, la tristesse et la peur de perdre ses amis prenait le pas sur sa honte de mentir.

oOØOo

Deux jours plus tard, Sirius se présenta à l'infirmerie, une entaille sanglante sur la joue. Il avait "malencontreusement" provoqué Severus Rogue, un garçon de Serpentard qui était son ennemi déclaré comme celui de James. Madame Pomfresh, qui exerçait le métier d'infirmière, poussa les hauts cris en le voyant :

— Sirius Black, qu'est-ce que vous avez encore fait ?

— Mais, Madame…

Tout en fournissant à la brave femme moult explications plus ou moins bancales, Sirius sondait l'infirmerie du regard. Il remarqua rapidement un lit entouré de rideaux opaques et fermés.

— Qui c'est, dans ce lit, demanda-t-il innocemment.

— Un élève de troisième année qui a la rubéole, répondit Madame Pomfresh d'un ton sec. Ne vous approchez pas de ce lit à cause de la contagion.

— Que tu dis, pensa Sirius dans son for intérieur.

— Asseyez-vous, et mettez ce morceau de coton sur votre plaie, reprit l'infirmière. Je vais vous chercher une potion pour la refermer.

Docilement, Sirius s'assit au bord du lit le plus proche, et appuya une boule d'ouate de bonne taille sur sa joue. Il avait un peu mal, mais ça faisait partie de son plan.

Dès que Madame Pomfresh eut le dos tourné, il se leva, et s'approcha sans bruit du lit mystérieux. Il écarta les rideaux, et vit derrière ce à quoi il s'attendait.

Remus avait l'air tout petit, roulé en boule au creux des couvertures. Il dormait à poings fermés. Une de ses mains reposait sur l'oreiller, et Sirius fut effrayé de voir cette main couverte de pansements. Il regarda un moment son ami plongé dans un sommeil réparateur, et il dit tout bas :

— Remus, je ne sais pas si tu m'entends. Ce soir, tu viendras nous retrouver de soi-disant voyage auprès de ta mère qui est malade pour de faux. Nous, on sait maintenant que tu nous as menti. Et on s'en fout. Loup-garou ou pas, tu es notre ami. Et on restera toujours avec toi. C'est promis.

Il referma les rideaux, et retourna s'asseoir sagement. Il laissa l'infirmière soigner sa joue sans dire un mot. Il ne pensait qu'au soir qui allait venir. Quand lui, James et Peter allaient assurer Remus de leur amitié indéfectible, lycanthropie ou pas.

oOØOo

Pour les petits gamins de onze à douze ans, les immenses lits à baldaquin sont comme des tentes ou des cabanes. James, Sirius, Remus et Peter avaient l'habitude de se cacher à quatre sur un des lits, tous rideaux fermés, pour discuter entre eux. C'est ce qu'ils firent ce soir-là. Ou plus précisément, les trois autres s'incrustèrent sur le lit de Remus alors que celui-ci était déjà couché.

Il regarda alternativement ses trois amis. Que lui voulaient-ils donc ? Il eut peur. S'ils venaient lui dire qu'ils avaient découvert son secret et qu'ils ne voulaient plus lui parler à cause de sa nature ? Il frissonna à cette idée.

— Remus, tout va bien, demanda James d'un air inquiet.

— Euh, ça va, répondit-il d'un air évasif. Et vous ? Qu'est-ce que vous fabriquez sur mon lit ?

Ils échangèrent tous les trois un regard, puis Sirius prit la parole :

— Remus, est-ce que tu nous considères comme tes amis ?

— Bien sûr !

— Alors pourquoi tu as peur qu'on te laisse tomber ?

Remus rougit.

— Qu'est-ce qui vous fait dire ça, demanda-t-il d'une toute petite voix.

— Ça se voit sur ta figure…

Sous le regard désolé de ses trois amis, Remus enfouit son visage dans ses mains.

— Si vous saviez, souffla-t-il. Si vous saviez… vous me laisseriez tomber. Forcément.

James se pencha sur lui, et lui posa une main sur l'épaule.

— Chut… On sait. On sait, et on s'en fout. Tu es notre ami, et on restera toujours avec toi, quoi qu'il arrive.

Remus releva la tête :

— Vous savez que… vous avez…

— On sait que tu es un loup-garou, dit Sirius d'un ton grave. Et ça n'a pas d'importance.

Jamais il n'aurait cru que les choses puissent se passer ainsi. Que les trois personnes qu'il appréciait le plus à part ses parents ne le rejettent pas après avoir découvert sa nature… C'était presque incroyable ! Il releva la tête, et regarda les autres :

— C'est vrai ? Pour vous, ça ne compte pas que je sois… que je sois…

— T'es pas un monstre, dit Peter, ouvrant la bouche pour la première fois. Tu es notre copain. C'est tout.

Remus sourit.

— Merci, les gars.

Et il raconta alors ce qui lui était arrivé quand il était petit.

— J'avais sept ans, dit-il. C'était en été. Je m'étais éloigné un peu de la maison, et c'est là que… il était caché dans un fourré, tout près de chez moi. Il s'est jeté sur moi, et je me suis évanoui. Et quand je me suis réveillé… Il y avait ma mère… et elle pleurait. Je n'ai pas compris d'abord, j'étais tout petit. Et puis un mois après, il y a eu ma première métamorphose… J'ai cru que j'allais mourir. Ça fait tellement mal de se transformer en loup… Mes parents ont essayé toutes sortes de choses pour me guérir, mais on ne peut rien faire. J'ai vu un tas de guérisseurs, on m'a fait boire un tas de potions, mais ça ne donnait rien… Et c'est comme ça, je me transforme à chaque pleine lune… et ça va être comme ça toute ma vie…

— Remus… dit Sirius en posant une main sur l'épaule de son ami.

— Mais j'ai de la chance. Ma famille n'aurait jamais cru que je puisse aller à Poudlard à cause de ce que je suis… Mais on m'a accepté.

— Ouais, Poudlard t'a accepté, dit James. Et nous, on t'a accepté aussi, et on restera avec toi malgré tout.

Remus ne répondit pas. Il laissa passer un silence, regardant alternativement ses trois amis. Puis il ajouta :

— Mon père m'a dit qu'il connaissait le loup qui m'a mordu. Mais il n'a pas voulu me dire qui c'était. Il m'a dit qu'il m'expliquerait tout quand j'aurai quinze ans.

— J'espère, dit alors Sirius, que tu nous répéteras son nom, parce qu'on ira lui casser la gueule.

— Dis pas de bêtises, fit Remus. C'est même pas la peine de lui casser la gueule. Si ça se trouve, c'est qu'un pauvre type.

Sirius haussa les épaules.

Ils parlèrent encore, de lycanthropie et d'autres choses. Puis James, Sirius et Peter descendirent du lit de Remus, et ils se couchèrent chacun de leur côté, après avoir une fois de plus assuré leur ami de leur soutien.

Remus se glissa sous les couvertures, et enfouit son visage dans son oreiller. Il avait souvent eu peur. Il avait souvent pleuré. Il avait souvent eu envie de crier à l'injustice, à cause de ce qui lui était arrivé, et des conséquences que ça aurait pu avoir. Mais l'amitié des trois garçons qu'il avait rencontrés avait été plus forte que tout. Plus forte que les préjugés, que la fatalité. Remus était heureux. Pour la première fois depuis très, très longtemps, il sourit avec son âme. Parce qu'il avait quand même de la chance, d'avoir ces trois poteaux. Le destin, en les mettant sur son chemin, lui avait fait un beau cadeau.

Remus remercia Merlin. Puis il poussa un profond soupir, et il s'endormit.