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Draco's Deturn

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Auteur: Leviathoune

Genre: Aventure / Drama / Romance, Drarry, M, Fic à chapitre, POV de Dray.

Résumé: Drago est un Mangemort depuis plus de deux ans, durant lesquels le Maître a pris un malin plaisir à l'envoyer seul dans des missions quasiment irréalisables, traitement qui a beaucoup changé le Serpentard que l'on connaissait. La nouvelle mission qui l'attend risque, peut-être, de faire resurgir son caractère d'autrefois.


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ATTENTION aux SPOILERS ! Cette fic prend en comptes le TOME SIX !

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Draco's Deturn: Chapitre 1, missions...


Je suis fatigué...

Il me faut ma potion.

Ma dernière année à Poudlard était, finalement, plutôt sereine comparé à ce que j'endure depuis maintenant dix-huit mois. J'étais le plus jeune des Mangemorts. Ce n'est plus le cas, à présent : depuis que l'on m'a marqué du sceau de la servilité, bien du temps s'est écoulé, et bien d'autres jeunes sorciers ont été enrôlés, plus ou moins de force.

Pour être exact, cela fait à peine plus de deux ans que je porte la Marque des Ténèbres dans ma chair, deux ans qu'elle me torture, qu'elle me brûle, qu'elle me vrille et me ballote dans le semblant de vie qu'est devenue la mienne.

Je suis devenu l'esclave d'un maître qui ne m'aime pas.

Qu'il est risible de penser cela, puisqu'Il n'aime personne : son but n'est-il pas de mettre la Terre à feu et à sang ? Il y parvient plutôt bien pour le moment...

Je suis devenu l'esclave d'un maître qui n'aime pas.

Il lui arrive de garder un favori pendant un bon moment ; presque toujours, le pauvre gars finit proprement et simplement sous son Avada Kedavra. Je ne m'estime pas chanceux pour autant compte tenu de ce que j'endure.

Je ne vois pas franchement d'heureuse échappatoire dans toute cette histoire... pour qui que ce soit.

Quand j'y pense... j'ai su autrefois ce qu'était être un favori, je le suis resté un certain temps...

…jusqu'à ce que mon père ne soit arrêté au Ministère de la Magie et jeté en prison. C'est depuis cette rupture que j'ai été projeté, bien malgré moi, dans cet univers de combat perpétuel, d'extrême anxiété et de fatigue sans bornes.

Le temps me file entre les doigts comme du sable... je n'ai plus conscience de rien. Mes pensées ne cessent d'être floues. Est-ce « avant » qui était un rêve, est-ce « maintenant » qui est un cauchemar ? Où est la réalité ? Je me demande si j'ai seulement pu contenir ces deux personnes. Tout m'échappe, je ne sais plus où j'en suis, je ne sais plus vraiment qui je suis.

Au début... j'en voulais à tout le monde. J'en voulais à Potter, me disant que c'était de sa faute si mon père était en prison et si ma vie était devenue ce qu'elle était. J'en voulais à Dumbledore pour m'avoir laissé continuer jusqu'à ce qu'il soit bien trop tard pour faire marche arrière. J'en voulais à Rogue qui ne cessait jamais de vouloir m'aider sans pour autant me sortir de là. J'en voulais au Ministère et à leur incompétence crasse. J'en voulais à moi-même, qui n'osais même pas mettre fin à mes jours.

A présent, je n'ai plus la force d'en vouloir à qui que ce soit. Je ne sais même plus d'où je tire encore l'énergie pour avancer, la force pour accomplir tout ce que j'accomplis pour cette cause qui n'est pas la mienne.

Le Doc dit que c'est à cause de toutes ces drogues que j'avale.

A chaque fois que je me retrouve dans sa noire infirmerie, il m'ausculte, il me soigne avec une inquiétude croissante sur le visage. Je ne sais pas pourquoi il s'inquiète ainsi pour moi, ne suis-je pas un Mangemort ? Et lui, n'est-il pas notre prisonnier ? Nous ne pouvons pas mettre ce gars sous Imperium - ses capacités de Médicomage en pâtiraient - alors sa famille est ici, quelque part dans la forteresse. Il ne peut voir les siens que le soir venu, une fois tout le monde correctement soigné. Si jamais il ne réussit pas à sauver l'un d'entre nous, c'est sa famille qui prend et on lui a déjà enlevé un fils parce qu'il n'a pas réussit à soigner Greyback, perte irréparable pour notre camp. Quand ce sont de simples hommes qui meurent, sa femme et ses filles se font alors violer et torturer.

Il n'a vraiment pas la belle vie, le Doc, et, finalement, je crois qu'il est inquiet pour moi parce que j'ai le même âge que son fils mort ici, et que si je suis encore vivant, dans toute cette merde, c'est, comme lui, pour protéger ceux que j'aime.

Tout le monde le sait, le Maître me l'a trop souvent rappelé en public lorsque j'essayais encore de lui tenir tête.

Lui tenir tête...

Une fois de plus, c'était avant... quand j'étais encore fier.

A cette époque, je me prenais beaucoup de Doloris – non pas que je ne m'en prenne plus mais les Impardonnables n'ont plus la même saveur à présent.

Maintenant, je n'éprouve plus ni colère, ni déshonneur, mais je ne suis pas pour autant devenu dévoué comme certains : je pense que cela doit être naturel - ou on a la foi, ou on ne l'a pas.

Lorsque je reçois un Doloris, j'ai mal, bien sûr, mais je crois que mon cerveau souffre d'un léger dysfonctionnement à force - ou alors ce sont mes nerfs qui ne sont plus aussi sensibles.

Quoi qu'il en soit, lorsque je reçois un Doloris, c'est comme si je regardais quelqu'un d'autre que moi souffrir, je n'éprouve plus vraiment les mêmes sensations qu'autrefois, je suis comme… détaché de moi.

Je ne suis plus moi...

J'ai juste besoin après la petite séance de torture de me prendre une plus forte dose pour tenir debout, et elles augmentent de mois en mois. Je n'ai pas l'impression d'être un drogué. Si j'arrêtais d'en prendre, je ne crois pas que je me battrais de toutes mes forces pour avoir ma dose comme ceux qui sont en manque. Je crois tout simplement que ma fatigue me rattraperait et que je crèverais... tout simplement...

Le Doc sait cela, c'est pour cela qu'il me donne mes rations sans chercher à me raisonner.

Quand le Maître m'appelle, Rogue est bien souvent à ses côtés.

Lui aussi, à chaque fois il m'observe, il me détaille. Je ne sais pas ce qu'il voit, je ne sais pas ce qu'il pense mais je sais qu'il tente chaque fois de lire dans mes pensées. A force de pratiquer, la Legilimancie n'a plus aucun secret pour moi, même mon Seigneur ne peut lire dans mon esprit. C'est étrange comme mes facultés magiques, elles, ne faiblissent pas. Au contraire, elles augmenteraient plutôt. Je peux, à présent, recréer de fausses pensées, des illusions dans ma tête. Je ne sais pas si le Maître croit à toute cette adoration et aux visions de dévotion que j'interpose entre eux et moi, pour les leurrer, pour me protéger… mais puisque je ne suis pas encore mort, c'est que ça doit fonctionner.

Le Maître et Rogue n'auront que mon apparence à se mettre sous la dent.

Mon apparence...

Je ne sais même plus à quoi je ressemble à présent.

Avant, je me regardais encore dans les miroirs, et l'image renvoyée était vite devenue méconnaissable. Avant, j'avais encore la force d'enrager en considérant mes joues se creuser, mes cernes se violacer, mes cheveux filasses, mes côtes se détacher sous ma peau trop fine, et toujours les coups, les bleus et les plaies sur mon corps émacié. Avant, j'avais la force de me détester. Aujourd'hui, peu m'importe la Marque des Ténèbres sur mon bras, je ne la trouve même plus si laide.

Mes cheveux longs m'ont lassé. Ils se coinçaient parfois sous mon masque lorsque les combats devenaient trop agités et ça m'agaçait sérieusement ; sachant que la forteresse du Seigneur des Ténèbres n'est pas non plus le lieu idéal pour trouver des shampooings et des onguents parfumés - c'est à peine si on y a de l'eau chaude plus d'une demi seconde... Les douches communes ne sont pas non plus un lieu où l'on s'attarderait à se pomponner tranquillement grâce à la magie. J'ose à peine me chauffer l'eau et me créer du savon, avant de filer en quatrième vitesse. Heureusement, les autres Mangemorts sont eux aussi trop exténués pour penser à agir en tortionnaires au sein même de la forteresse, tous ont bien assez de labeur à l'extérieur. Je pourrais de toute me façon me défendre contre eux, mais leurs regards et leurs sous-entendus m'insupportent déjà bien assez.

Ma chevelure est donc coupée court depuis des mois, j'ai renoncé à l'une de mes plus grande fierté avec une facilité qui m'a déconcerté moi-même.

Et la forteresse...

Je ne sais même pas où elle se trouve. On y est, tout simplement. Il n'y a pas de fenêtres et il doit encore moins y avoir de porte sur l'extérieur. Je soupçonne même qu'elle siège sous la terre, quelque part dans le grand Nord.

Je n'aime pas rester ici.

Je partage une chambre avec deux autres Mangemorts d'à peu prés mon âge, on les appelle les ritals parce qu'ils sont italiens. Pourquoi ont-ils choisi de quitter leur terre de soleil pour la grisaille de l'Angleterre en pleine guerre ? Ils doivent avoir sans doute un bon nombre de cases en moins - comme la majorités des Mangemorts, de toute façon. Je ne comprends pas un mot de ce qu'ils disent et leur anglais est très sommaire, en gros ils saisissent les ordres et les exécutent. Ils sont parfaits, finalement.

Leurs missions diffèrent complètement des miennes.

Déjà, eux, ils n'agissent jamais seuls mais avec des dizaines d'autre Mangemorts dans le même genre. Ils persécutent et répandent la terreur, voilà tout.

Tandis que mes missions sont toujours importantes.

Le Maître les choisit avec délectation, j'imagine. J'agis toujours seul, pourtant cela ne me déplairait pas d'avoir de l'aide parfois. Je sais qu'Il souhaite me voir détruit, crevé.

Ma seconde mission importante consistait à mettre Jonathan Derrinder sous Imperium. Ce type est ministre des Transports Magiques et acteur très influent du haut cercle politique qui compose notre principal obstacle. Evidemment, il est sans cesse entouré de dizaines d'Aurors qui assurent sa garde jour et nuit.

Autant chercher une baguette dans les rameaux d'un saule cogneur - quoi que ç'eût certainement été moins périlleux.

J'ai passé des semaines entières à filer ce mec de loin, apprenant par cœur tous ses déplacements, cherchant la moindre faille dans son emploi du temps, et ne trouvant aucune ouverture. Le Maître me motivait à coup de Doloris et de menaces à l'encontre de ma mère - comme si je n'étais pas au courant...

J'ai alors cherché ailleurs, tenaillé par une nouvelle idée. Si je tenais entre mes mains un être cher à cet homme, alors peut-être pourrais-je le faire chanter et l'avoir lui…

Mais les Aurors avaient l'air d'avoir tout prévu : toute la famille de Derrinder, de l'arrière-grand-tante au bon vieux clébard, était placée sous haute surveillance.

Je remarquai finalement que Derrinder envoyait du courrier en cachette. J'interceptai aussitôt le hibou et c'est alors que la situation se débloqua pour moi. La lettre s'adressait à sa maîtresse, elle l'enjoignait à rester bien cachée, à ne pas tenter de folies en partant pour Paris ou pour la moindre grande ville, et expliquait qu'il ne pourrait pas venir la voir de sitôt à cause de ses responsabilités et de la surveillance trop rapprochée des Aurors.

Merlin ! Je louai l'infidélité et l'inconscience de cet homme. Après y avoir installé un traceur, j'ai replacé la lettre dans l'enveloppe et l'ai redonné au hibou, puis suivi l'oiseau et son précieux courrier sur mon balai à très haute altitude à travers une France verte et parsemée de troupeaux, m'enfonçant de plus en plus dans des terres dont je n'apercevais que des petits rectangles de différents tons.

L'oiseau livra ce jour-là plus qu'un courrier : une sentence. La femme eut à peine le temps d'ouvrir l'enveloppe que je lui fondai dessus.

Ce que j'effectuai les jours suivant ne fut pas une partie de plaisir, bien que nettement moins fatiguant que le contrôle permanent des allées et venues d'une horde d'Aurors surentraînés au Ministère même.

J'assommai d'abord la cause de sa perte, puis je l'attachai et la privai de nourriture pendant quelque temps. La seule boisson que je lui autorisais était de l'eau additionnée d'un peu de Veritaserum. Lorsque je l'eus jugée suffisamment faible, je commençai à lui poser des questions sur Derrinder et, au début, elle résistait. Après quelques séances de Doloris et quelques périodes de jeûne, elle commença à …coopérer : chaque jour je lui posais des questions, et chaque jour sa résistance diminuait. Chaque fois qu'elle répondait, elle avait le droit de se nourrir - juste assez pour rester affamée jusqu'au lendemain.

Au terme de deux longues semaines, j'en savais assez sur l'homme et j'ai enfin placé la femme sous Imperium, la rendant nettement plus docile. Je pus lui ordonner d'écrire des lettres à son amant, des lettres délicates et touchantes, qui maniaient à la perfection la frustration, la peur et la souffrance, et auxquelles Derrinder n'était pas indifférent ; moins d'un mois plus tard, j'appris avec la plus grande satisfaction l'annonce de sa venue. Il assurait qu'il allait semer les Aurors et venir par Portoloin quand le moment se présenterait, et qu'elle devait se tenir prête à tout moment du jour ou de la nuit. J'aurais pu la supprimer à ce moment-là… je ne l'ai pas fait.

Jonathan Derrinder arriva enfin quelques jours plus tard après une attente exténuante, au beau milieu de la nuit. Il n'eut rien le temps de voir venir que je l'avais déjà capturé. Il me fallait peaufiner encore ce que je connaissais de lui : j'obtins tout ce que je voulais en le menaçant de tuer sa maîtresse sous ses yeux et je dus pour cela la malmener encore un peu, de façon très théâtrale - je lui ordonnais de se taillader le bras de plus en plus fort. Elle en était à une douzaine de coupures lorsque Derrinder a enfin cédé.

Je savais enfin tout ce que j'avais à savoir pour lancer un bon Imperium que personne ne remarquerait tant je m'étais appliqué, pas même ses plus proches.

En moins de trois mois, j'avais rempli ma mission avec un succès irréfutable.

A seize ans j'avais trouvé le moyen de faire entrer les Mangemorts au cœur de Poudlard. A dix-sept, j'avais mis sous Imperium l'un des politiciens les plus influents et protégés de toute la Grande-Bretagne, soit, surtout, un homme qui pouvait allègrement nous fournir en moyens de transports. La conquête du monde n'en était devenue que plus facile : les nouvelles recrues affluaient de la terre entière. Et enfin, Derrinder restait notre plus sûr moyen de pénétrer le Second Ministère – de façon implicite, par le biais de la politique, ou d'un côté plus martial, si l'on voulait engager le combat.

Beaucoup me jalousaient, me croyant le favori du Seigneur des Ténèbres. Il n'en était rien, pourtant.

Après cette mission, on m'a laissé à croupir comme un rat dans la forteresse durant des mois entier.

Mes seuls faibles divertissements : les entraînements avec les autres Mangemorts.

Durant cette période, je développai énormément mon répertoire de magie noire, mais le plus intéressant fut certainement de devenir Animagus. Par la suite, cette capacité m'a grandement aidé. Je crois que je n'aurais pas survécu à ma troisième mission importante sans de régulières transformations en animal. Il faut dire que la forme convenait à merveille ! C'était à se demander si mon subconscient avait anticipé les événements.

Au début de l'hiver, le Maître fit brûler de nouveau son empreinte sur mon bras. Cela n'était plus arrivé depuis si longtemps que je me rappelle en avoir hurlé de surprise et de douleur dans mon lit. Les ritals en on glapit des insultes en italien dans leur sommeil tandis que je m'habillais en quatrième vitesse et que je transplanais aussitôt devant Lui.

Rogue se tenait là, comme toujours, à me toiser, à me détailler, à me scruter, de la tête au fond de l'âme. Je jouai le jeu, je posai mes remparts, si instinctifs que je commençais presque à les penser.

Mon Maître m'énonça d'une voix rauque et diablement satisfaite - presque trépignante - les nouveaux tenants de la mission qu'il exigeait me voir remplir.

Il voulait que je parvienne à mettre de notre côté les Goules et les Vampires – finalement, toutes les Créatures de l'Ombre réfugiées dans les plaines et les forêts d'Europe de l'Est.

Rien que ça...

Je devais encore agir seul, et jamais mission ne me parut plus exubérante que celle-là. Le « positif » de cette mission, c'est que j'avais carte blanche : tout mon temps pour l'exécuter, et pas d'obligation de retours réguliers à la forteresse pour dresser mes rapports.

Pendant des mois entiers, j'ai voyagé à travers l'Europe, la plupart du temps de nuit - pour rencontrer plus de vampires, forcément -, apprenant le jour, sans cesse et sans relâche, les langues des pays que je traversais. Il ne me restait que peu de temps pour me reposer, sans parler de l'hiver acéré et de ses tempêtes glacées qui faisaient rage dans les montagnes.

Parti de Prague avec un Portoloin, je suis d'abord passé par la forêt de Bohème, mais je n'en espérais pas grand-chose. J'ai longé le Danube pendant longtemps, puis escaladé l'extrémité de la chaîne des Alpes, pour arriver à Budapest. Petit à petit, les vampires que je rencontrais me guidaient à travers les immenses plaines hongroises. Certains m'accompagnaient.

J'ai gravi les Carpates, en Transylvanie, et c'est presque à la naissance du Danube que j'ai découvert ce que je cherchais.

Tout au long de mon périple, j'avais rencontré beaucoup de vampires et sans vraiment s'en rendre compte, ils m'avaient entraîné vers l'une de leur ville. Une sorte de vaste cité indéfinie où se mêlaient différentes architectures, d'influences médiévale, gothique mais aussi très moderne. Contrairement aux sorciers, les vampires se mêlent beaucoup aux Moldus, et des tours étincelantes de verre et de métal s'érigeaient entre les sapins noirs recouverts de neige. Les étoiles argentées et les pics enneigés se réfléchissaient sur leurs surfaces miroitantes, offrant aux regards inconscients la vision céleste d'une attirante damnation – dangereux emblème de la pensée vampire, sorte de mise en garde contre la cruauté sous leur masque gracile.

La première fois que j'y pénétrai, de nombreux vampires ainsi que d'autres créatures fourmillaient dans les rues baignées par la lumière nocturne. J'y étais entré relativement facilement : outre le fait que quelques-uns de ces êtres m'accompagnaient depuis un certain temps, je me comportais exactement comme il le fallait, je parlais leur langage. Seul ombre au tableau, tous pouvaient sentir que j'étais humain, que du sang chaud coulait dans mes veines ; et plus d'une fois je dus me défendre pour éviter des coups de crocs intempestifs. Si eux ne ressentaient pas le froid, moi, par contre, j'étais tellement gelé que j'employais ma magie presque continuellement pour me réchauffer. Quand je me sentais trop fatigué - ou que je voulais fuir en douce - je prenais ma forme Animagus : un renard polaire minuscule. Combien de nuits ai-je passées, roulé en boule dans un tunnel de neige que j'avais creusé sous les branches protectrices d'un sapin ? Je ne saurais le dire. Parfois je ne redevenais même plus humain, je restais un animal parfaitement adapté à mon milieu. J'ai aussi plus d'une fois souillé la neige de rouge en chassant des lapins aussi blancs que moi.

Sous la forme d'un renard, je pouvais aussi parfaitement filer les vampires qui paraissaient les plus influents, chercher ceux qui tiraient les ficelles dans cette cité. Mes nuits rimaient avec débauche parmi eux sous ma forme humaine ou j'assistais à des fêtes grandioses dans les tours de verre près de paysages magnifiques. Le jour, alors que tout était calme en surface et que le soleil brillait, je furetais partout sous ma forme animagus pour trouver les entrés et les passages pour rejoindre les caveaux les plus important.

Petit à petit, je me rapprochais de mon but, je parlais avec les vampires de la haute sphère.

Je savais maintenant à qui je devais m'adresser : un certain dénommé Dürer Van Dnister.

Je me rappelle encore parfaitement le jour de ma première rencontre avec ce vampire.

Sa beauté me cloua sur place. Je ne suis pourtant pas du genre à se stupéfaire du physique de quelqu'un, surtout lorsqu'il est beau. En général, les vampires sont tous superbes, c'est une caractéristique chez eux ; ils n'aiment pas faire d'un humain l'un d'entre eux s'il n'est pas attirant au départ ; ensuite, un étonnant pouvoir se déclenche en eux, et ces êtres se changent en miracles d'irréalité par une sorte de magie gracieuse, intense, envoûtante.

Lui, Dürer, était la plus belle créature que je n'avait jamais vu. La perfection incarnée. Chacun de ses mouvements me plongeait dans un rêve. Grand et mince, il semblait plus âgé que moi d'à peine quelques années. Ses cheveux comme de la soie noire ruisselaient sur ses épaules. Ses yeux bleus étaient comme deux lacs de montagne, qui en avaient capturé la pureté et la fraîcheur. Je ne savais rien de son âge réel - juste qu'il était l'un des premiers vampires.

J'ai essayé de me reprendre mais j'étais en position extrêmement délicate. Le charme de ce vampire agissait sur moi alors que justement je ne devais pas le fuir mais le convaincre. Mes pensées étaient sans cesse embrouillées, confuses, je ne me rappelle que peu des événements passés durant les semaines à ses côtés.

Finalement, je ne devais pas m'être autant enlaidi que je le pensais, puisqu'il aimait bien m'avoir à ses côtés. Je devais être une sorte de jouet pour lui, un animal de compagnie ; il se montrait bienveillant envers moi, et il m'appelait мой котëнок прелéстный, mon chaton mignon.

…Avant... je me demande comment le moi d'avant aurait réagi à cet homme.

Je l'aurai probablement admiré tout en déchaînant ma colère d'enfant contre lui. A présent que j'étais déjà esclave, jouer la poupée, la bouillotte, à cet homme froid comme un mort, pour servir les desseins du Seigneur des Ténèbres, ne me rebutait pas plus que le reste.

Je ne sais plus si ce qu'il me faisait me procurait réellement du plaisir. Je gelais tellement dans ses bras, dans ses caves molletonnées sous la montagne. Son aura m'envahissait comme une drogue qui me plongeait dans un état second.

Je sais, en tout cas, que j'ai beaucoup joui et perdu du sang dans ses bras. Je me rappelle avoir eu peur chaque jour, chaque nuit, qu'il fasse de moi un vampire - il disait qu'il m'aimait bien, que j'étais beau, il me demandait si je voulais d'une vie éternelle.

Moi, je n'en voulais pas : je ne voulais pas d'une vie encore plus maudite et gelée que celle que j'endurais déjà. La mort m'apparaissait comme une porte de sortie réconfortante, et la vieillesse ne me faisait pas peur, puisque j'étais persuadé de ne pas me faire de vieux os.

Je ne refusais pas comme ça bien sûr : je minaudais en lui demandant s'il m'aimerait toujours autant si mes veines se tarissaient et se glaçaient. Il riait et ne parlait plus de cela. Il me disait que mon sang avait trop un arrière-goût de potion pour qu'il le regrette à ce point, pourtant il n'a jamais tenté de faire de moi un être de la nuit. Il me questionnait de temps en temps sur la marque des Ténèbres, il en avait à peine entendu parler par le passé et il était totalement ignorant de la résurrection du Seigneur des Ténèbres. Il s'en moquait royalement et il riait de moi lorsque je parlais de lui avec autant de dévotion et moi, j'étais sidéré d'autant de désinvolture. C'était la première fois que je parlais réellement de ma mission et voilà comment j'étais accueilli, par des rires délicats.

Dürer m'a juré qu'il parlerait à ses hommes et aux autres cités de la requête de mon Maître, mais que seuls les volontaires partiraient, et que ni moi, ni mon Maître, ne pourraient exiger plus.

Après presque un an loin de mon pays natal, je suis revenu en Angleterre.

La fin de l'été ne m'avait jamais parue aussi délicieusement chaude, trop chaude... beaucoup trop...

Il paraît que j'ai fait un malaise à l'un de nos QG de Londres et que des Mangemorts m'ont emmené à la forteresse où le Doc - il est encore vivant - m'a soigné jour et nuit.

Lorsque je me réveillai, il s'adressa à moi avec un air inquiet, et je n'ai tout d'abord rien compris à ce qu'il me disait.

Il me fallut encore quelques jours de repos avant que je reprenne l'habitude de parler anglais correctement sans mélanger toutes les langues que j'avais appris.

Le Doc m'apprit que j'avais déliré dans mes accès de fièvre en débitant tout un tas de choses dans une langue slave qu'il ne connaissait pas. Il m'a dit également que j'étais à moitié exsangue lorsqu'on m'avait emmené dans son infirmerie, et que les marques dans mon cou ne lui laissaient aucun doute quant à ce qu'il m'était arrivé, mais que je pouvais me rassurer, j'étais encore un être vivant à sang chaud.

Il paraîtrait qu'être mordu trop régulièrement par un vampire provoquerait une certaine dépendance, je n'en savais rien. Trop peu de gens ont volontairement servi de garde-manger à des vampires pour témoigner de cela.

Le Doc m'a aussi dit que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était au courant de ma présence et qu'Il attendait mon rapport aussitôt que je serais sur pied.

Rogue est aussi venu me rendre visite. Il m'a assuré que mon père était toujours à Azkaban, que ma mère allait parfaitement bien, puis m'a raconté où en était la guerre ici.

Apparemment, le Maître avait réussi à asseoir sa domination sur l'Angleterre. Il avait, à force de tensions et d'insécurité, incité les Moldus à se déclarer la guerre. Des attentats et des soi-disant catastrophes naturelles avaient lieu partout dans le monde, surtout en Europe et en Amérique du Nord - ils seraient entrés activement en opposition au Seigneur des Ténèbres.

Les morts se compteraient par centaine de milliers.

Cela me laisse plutôt indifférent... tant que ma mère est en bonne santé.

Rogue me détaille ; je le sens qui perce et cherche dans mon esprit, mais je me sens trop faible pour créer de belles images - je préfère m'économiser pour mon entrevue avec le Maître qui ne saurait plus tarder.

Cependant, étrangement, il me complimente sur ma pratique de l'Occlumancie qui n'a jamais été aussi bonne ?… Je saisis enfin : les mois entiers passés aux côtés des vampires, qui lisent naturellement dans les esprits, m'ont rendu encore plus résistant mentalement que je ne l'étais déjà. Je ne comprends pas comment je puis ainsi osciller entre cette immense apathie physique et une fermeté mentale inaltérable. Impénétrables voies de l'esprit.

Brusquement, je m'attrape le bras – une douleur brûlante me vrille – je peux à peine respirer...

Grimaçant lui aussi, Rogue m'indique qu'il est l'heure d'y aller, pourtant je ne me sens pas tout à fait prêt. Il m'aide à me relever et me fait transplaner dans la salle immense où Il siège toujours tel un empereur effroyable.

Rogue me relâche et je n'ai pas besoin de beaucoup d'efforts pour m'écrouler à genoux. Je rampe vers Lui en susurrant des lamentations d'adoration démesurées et gâteuses. Je saisis le pan de sa robe pour l'embrasser et je serre mes doigts sur l'étoffe comme un chien fou de joie de revoir son Maître qui l'effraye. Maître qui esquisse un petit geste agacé de la main et je me sens repoussé par une claque d'aura magique gigantesque. Je me redresse et me remets sur les genoux, pantelant et tremblant comme une feuille. Je ne Le vénère peut-être pas vraiment, mais sa force est toujours aussi incroyablement grisante.

« Relève-toi, Drago. » m'ordonne-t-il et je m'exécute. « Cela fait bien longtemps que tu es loin de moi, enfant. Presque une année... Dis-moi… As-tu traîné en chemin ? »

C'est quand Il a la voix douce et chaude comme maintenant qu'il faut se préparer au pire.

Je murmure, simulant la peur. « Non, Seigneur. Je ne pensais qu'à vous obéir durant tout ce temps. J'aurai voulu rentrer à vos côtés bien plus tôt. »

« Il m'apparaît que tu as... finalement... réussi ta mission. La lettre que tu portais avec toi laisse sous-entendre qu'une poignée de vampires ne tarderont pas à répandre le sang en Angleterre sous ma bannière. »

« C'est... exact, Maître. Un Seigneur vampire m'a assuré qu'il y aurait beaucoup de volontaires, avides de se déchaîner en toute impunité sur une population aux abois. »

« Bien... Bien, très bien. »

Cela n'était vraiment pas bon. Son ton était trop mielleux, je ne suis pas l'un de ses favoris. Il me déteste, il voudrait me voir crever, je sens que...

Je sens que mon corps s'écroule par terre, je sens que je me tords, que je me crispe, je me mords la langue, et le goût du sang envahit ma bouche.

Le Doloris a cessé, je crois... Je me redresse essoufflé, je me remets à genoux en baissant les yeux.

Je souffle : « Pardonnez-moi, Maître. »

« Dans cette lettre, ton Seigneur vampire écrit que tu étais un délicieux présent et qu'il accordait toute son... amitié… à un Maître recrutant d'aussi... jolis... chatons. »

Un second Doloris fuse et si cette fois je ne tombe par au sol, je me retiens à la pierre, tremblant de tous mes membres, les deux mains en avant pour ne pas m'écrouler.

Quelques instants plus tard, le sortilège cesse à peine qu'une main blanche et osseuse se glisse sur ma joue alors que je tente maladroitement de me relever, avant de brutalement m'empoigner par les cheveux.

Je n'avais même pas remarqué qu'ils avaient repoussés ceux-là.

Et mon Maître me soulève du sol comme si je ne pesais rien - ce qui ne doit pas être loin d'être le cas. La pointe de mes pieds effleure à peine le sol et mon visage avance à quelques centimètres du sien.

« Est-ce que tu as aimé te faire sucer le sang par ce vampire, enfant ? »

Son souffle me brûle, ses yeux sont incandescents. Je le trouve fascinant mais je me force à afficher des pensées terrifiées très claires dans mon esprit.

« Non, Maître. C'était simplement le seul moyen d'avoir la confiance du seigneur vampire. »

« Alors tu l'as fait... »

Je sens une autre main se glisser sur ma gorge et serrer.

« Oui... » J'étouffe. « C'était le seul moyen... On ne peut pas... mettre un vampire sous Imperium... » Je suffoque. « On ne peut pas le faire chanter... ni l'obliger à quoi que ce soit... Ils sont bien… trop... libres... »

Au moment ou je pensais m'évanouir, le Maître m'a relâché et je me suis affaissé comme une poupée de chiffon à ses pieds.

Je me redresse en l'implorant de me pardonner, je m'agrippe à sa robe, je gémis.

« Qu'aurais-je dû faire, Maître ? Qu'aurais-je dû faire ? »

Il se penche sur moi, je sens sa main qui me caresse encore les cheveux : cette fois-ci, je ne me force pas à frissonner.

J'ai peur...

Je ne comprends pas...

Je crois qu'il va me tuer...

Je me tortille de douleur à ses pieds et mes mains restent crispées sur l'étoffe de sa robe lorsque m'atteint un troisième Doloris. Celui-ci dure plus longtemps que les deux autres et la douleur se fait ressentir là où je me réfugie habituellement. Lorsque mon corps n'a plus rien à donner, c'est mon âme et mon cœur qui prennent.

Je l'entends me parler, mais je ne peux dans mon état saisir que des bribes de phrases.

« ... enfant... tu ne mourras pas... pas aujourd'hui... nouvelle mission... rien que pour toi... tu serais le seul... petit dragon... cela m'étonnerait que ton cul te serve à quelque chose... pas cette fois-ci... tu devras te servir de ton intelligence de Malfoy... quoique, sait-on jamais... peut-être que Potter aimerait se faire… son vieil ennemi d'école… »

« Maître ! » entends-je Rogue crier. « Vous le tuez. »

Le Doloris continue encore alors que le rire dément du Seigneur des Ténèbres résonne à mes oreilles.

Je me sens partir… Je sombre dans un gouffre d'eau sombre et glacée. J'y suis bien, mais on me secoue et me réveille à coup d'Enervatum.

Mon souffle s'écourte, siffle, mon corps entier me fait souffrir, malgré tous mes efforts, impossible de me redresser.

C'est alors qu'un mot me revient à l'esprit sans qu'au début je ne comprenne réellement.

Je murmure : « Potter ? »

Potter ? Le Potter ? Le Survivant ? Il est toujours vivant ? Il inquiète le Lord Noir ? Ma mission serait en rapport avec lui parce que j'étais son ennemi à l'école ? En quoi consiste-t-elle exactement ?

Une foule de questions se bouscule dans mon esprit alors que j'entends encore mon Maître rire comme un forcené. Rogue m'aide a me relever et me soutient.

« Sens-tu, Severus, comme son esprit tout à coup fourmille ? » ricane-t-Il.

« Je le sens. » dit Rogue en me secouant un peu.

J'essaye de retrouver mes esprits, de faire le vide calmement, mais j'ai trop mal et, surtout, je veux en savoir plus. Alors, ne pouvant plus vraiment parler, je fixe mes pensées sur ma demande.

Le Lord Noir s'esclaffe encore et m'explique enfin ce qu'il attend de moi.

« Trouve où se cache Potter et ramène-le moi ici. Cette histoire n'a que trop duré alors, cette fois-ci, je n'attendrais pas une année. Trouve-le vite, Drago. »

Je m'incline aussi bas que les bras de Rogue qui me soutiennent me le permettent et je dis : « Bien, mon Maître. »

Je crois qu'ensuite je suis à nouveau retombé évanoui. Rogue a dû transplaner à l'infirmerie - jamais je n'y étais retourné si vite.

Le lendemain, lorsque je me suis rendu dans mon ancienne cellule, les italiens n'y étaient plus – morts, probablement.

Jamais je ne me suis endormi si vite entre ces murs que cette nuit-là... enfin seul.

Je rêvais de lui...

Harry Potter...

Dans mon rêve, il n'avait pas changé d'un iota. Il était toujours le même garçon échevelé avec ses loupes toutes rondes et ses yeux verts arrogants. Il volait devant moi à la poursuite d'un vif d'or.

Moi, je n'arrivais à rien.

J'étouffais de rage, je cherchais à aller plus vite mais quelque chose me retenait, me rattrapait.

Je me suis retrouvé entouré de noirceur, mon balai avait disparu et je marchais, à présent.

Je ne savais plus où j'allais.

J'étais perdu – à vrai dire, il n'y avait même plus de chemin du tout.

C'était simplement la noirceur...

Soudain, je vis une petite lumière dans le lointain...

Alors...

Je me suis dirigé vers elle...


A suivre...

Note de l'auteur :
Voilà le premier chapitre de ma nouvelle fanfiction que j'ai imaginé juste après la lecture du tome 6. Compte tenu de ce qui arrive à la fin, je ne pouvais que faire une Darkfic. J'espère, toutefois, que j'ai écrit une histoire intéressante et originale qui vous plaît bien et aussi que vous me réclamerez la suite avec impatience en me laissant quelques critiques

Bisous à tous !

Levia

Ps: Merci beaucoup àJilian ( GTO que j'aime et que j'adore ).

Pps: Merci également à Mel'Amarain qui m'a aidé à intégrer du vrai et joli slave dans cette fic. мой котëнок прелéстный se prononce moï kationok preliestniï et cela veut dire mon mignon chaton