Disclamer: Ni les personnages de 'Lost', ni les paroles de la chanson de Michelle Branch 'Are you happy now?' ne m'appartiennent.

Chapitre 6 Boone Carlyle: Je ne vais pas craquer parce que je suis heureux maintenant

Now...don't just walk away, pretending everything's Ok and you don't care about me.

I know it's just no use when all your lies become your truths and I don't care.

"Boone!"

Le jeune homme se figea, le regard bleu acier et la mâchoire crispée. Elle n'allait jamais le lâcher. Mais de toute façon, même si elle le faisait, il n'était pas sûr qu'il pourrait s'en détacher. Poussant un soupir, il retrouva un peu de force mentale pour pouvoir l'affronter et se retourna vers elle.

"Qu'est ce qu'il y a Shannon?"

Sa belle-sœur se fraya un chemin entre les arbustes et le regard de Boone s'accrocha aux teintes lumineuses que le soleil jouait sur ses cheveux d'or, à son sourire fin, à ses courbes féminines dont il avait suivi la lente modification dans leur jeunesse pour finir sur ses longues jambes fuselés. Des jambes de danseuse, des jambes de séductrice, des jambes d'Eve.

"Qu'est ce que tu veux, Shan'?" répéta-t-il pour se forcer à réprimer le désir qu'elle faisait naître en lui chaque fois qu'elle paraissait dans les environs.

Il avait pensé qu'après ce qu'il s'était passé la veille de prendre l'avion, le fait d'avoir goûté au fruit défendu entraînerait que ce qu'il ressentait pour elle s'éteindrait. Mais il fallait se rendre à l'évidence: ce n'était pas simplement physique. Ce qu'il pensait être une banale attraction sexuelle entre deux personnes devant vivre sous le même toit pour raison familiale se révélait s'être transformé au fil des ans en un véritable amour passion, le genre de passion où l'un pleure et l'autre joue, le genre de passion dont aucun des protagonistes ne sortaient indemnes.

"Pourquoi tu m'évites? finit-elle par lui demander quand elle parvint en face de lui.

"Je ne t'évites pas. Je pars chasser.

"Avec ton nouveau petit copain, ouais je sais...

"Qu'est ce qui te gêne là-dedans? Ne me dis pas que ma présence te manque...

"Non, non. C'est juste que...

"Que tu ne supporte plus que je sois là à te suivre comme un petit chien.

"Bien sûr que non! s'offusqua-t-elle.

"Ose prétendre que tu n'en a jamais senti de la fierté.

"Boone, le calma-t-elle. Depuis que ce type a enlevé celle en cloque...

"Ne parle pas des gens comme ça.

"Pardon, la femme enceinte, rectifia-t-elle, rien n'est sûr ici et je m'inquiète sincèrement pour toi. Tu es sans cesse dans la jungle et qui sait quel genre de monstre elle abrite."

Le silence se fit entre eux et Bonne posa son regard acier sur elle, sondant ses intentions, méditant ses paroles alors que la jeune femme attendait un geste de réconfort de sa part, une parole rassurante, n'importe quoi. Finalement, les traits impénétrables de l'américain se détendirent et il lui déclara sur un ton doux d'apaisement:

"Ne t'inquiète pas, rien ne va m'arriver."

Se disant, il se retourna vers la ligne sombre et dense de la forêt, s'éloignant d'un pas nonchalant sous le regard angoissé de la jeune femme. Celle-ci eut un petit hoquet de surprise quand elle le vit se figer juste avant de pénétrer le cœur de la jungle. Tout en lui tournant le dos, il lui lança par dessus l'épaule, impitoyable:

"Mais que je suis bête! Ce n'est pas pour moi que tu t'inquiètes. Qui veillera sur toi si je disparaissais? Ne t'inquiète pas Shan', tu trouveras bien un autre pigeon."

Could you look me in the eye and tell me that you're happy now?

Would you tell me in the face or have I been erased?

Are you happy now? Are you happy now?

"Ouais, promis...je te rappelle après mon rendez-vous...je te le jure, Torrance...Commence pas ta crise...Torie...Ouais, c'est ça. Ciao."

Excédé, Boone raccrocha son portable et poussa un fort soupir afin de se calmer comme dans l'unique cours de yoga qu'il avait pris. Mais ça ne marcha pas vraiment et pour apaiser le sang enflammé qui coulait dans ses veines, il lança son téléphone dernier cri sur un mur de briques contre lequel il se brisa en milles morceaux. Les touristes qui passaient par là lui jetèrent un regard intrigué et il ravala sa rage en remettant son costume en ordre. Après tout, il n'allait pas risquer de mettre en péril son rendez-vous d'affaires pour des broutilles qu'une gourde aura insuffler dans sa tête. Se redonnant une contenance, il traversa les Champs Elysées pour pénétrer dans le restaurant haut de gamme qui donnait sur la plus célèbre avenue du monde. Il se présenta à l'hôtesse qui l'amena à la table où son rendez-vous l'attendait depuis quelques minutes déjà. Le voyant s'approcher, l'homme d'âge mûr se leva et serra dans ses bras le nouvel arrivant.

"Boone! Comment vas-tu?

"Bien, Guillaume. Désolé pour le retard mais...

"N'en dis pas plus. Je connais les embouteillages de la capitale."

Le jeune homme lui lança un rapide coup d'œil et le laissa croire ce qu'il voulait bien croire. Guillaume Mouchez était leur fournisseur de dentelle française et un vieil ami du père à Shannon. Le français s'assit et lui fit signe de faire de même.

"Comment va ta mère?

"Elle se porte comme un charme, répondit le jeune homme en prenant siège.

"C'est bien qu'elle parvienne à s'en sortir après l'accident.

"Ouais, répliqua Boone, toujours mal à l'aise à ce sujet. Mais ce n'est pas pour ma mère qu'on dîne dans le restaurant le plus coûteux de Paris.

"Tu as raison. Parlons affaires: 100 000 dollars.

"Tu crois que tu n'abuses pas un peu, Guillaume?

"Pourtant elle les vaut! Oserais tu affirmer le contraire?

"Bien sûr que non, mais je te rappelle tes obligations.

"Lesquelles?

"Celles que tu as passé il y a près de, laisse moi réfléchir, près de 25 ans maintenant!

"Seraient ce des menaces?

"Bien sûr que non! Mais tu as un bon avocat, je suppose?

"Excellent. Je t'accorde 80 000.

"60 000, je n'irai pas plus haut.

"Adjugé."

Guillaume lui prodigua un sourire satisfait et le jeune américain sortit son carnet de chèques qu'il signa puis arracha avec une rage contenue. Il le tendit ensuite envers le cinquantenaire qui avança la main pour le prendre. Toutefois, Boone le ramena vers lui et lui demanda pour être certain des modalités de l'échange:

"Tu as bien compris le marché? Ce chèque et tu t'engages à ne plus jamais approcher de Shannon.

"C'est le marché, Boone. Elle est dans un petit appartement à Saint Germain."

Le jeune homme acquiesça et laissa tomber le chèque avec dédain avant de sortir du restaurant pour aller récupérer sa sœur.

You...take all there was to take and left me with an empty place.

And you don't care about it, yeah; and I'm giving up this game;

And I leaving you with all the blame because I don't care.

La lumière du feu la rendait encore plus belle que la lumière du soleil mais maintenant c'était fini. Il était guéri. Depuis qu'il l'avait vu couverte de sang, le crâne explosé, les membres désarticulés, il ne ressentait plus rien. Comme si cette vision lui avait permis de se détacher de ce qui avait été son obsession depuis son adolescence. Et la voir rire et embrasser cet irakien ne lui faisait plus rien. Il l'avait pourtant prévenu, il lui avait bien dit qu'elle allait le faire souffrir et il le sentait encore mais c'était trop tard. Sayid était tombé dans les filets de cette sangsue. Tant pis pour lui. Il entendit un craquement sur sa gauche mais ne se retourna pas pour autant, continuant de fixer le petit couple se susurrant des mots doux devant le foyer crépitant.

"Ca va?"

La voix douce de Locke transperça le silence de la nuit et il l'entendit jouer avec l'une de ses lames aiguisées. Cependant, il ne détacha pas pour autant son regard de Shannon et lui répondit, la voix indéchiffrable:

"Ca va."

Le chasseur sembla se contenter de cette réponse et s'éloigna, jetant un dernier coup d'œil sur Boone. Ce dernier sentit son regard perplexe couler sur son attitude mais il n'allait rien montrer. Il n'avait plus rien à montrer puisque plus aucun sentiment ne l'habitait. Elle avait déjà récupérer quelqu'un pour veiller sur elle quand il ne serait plus là. Ca ne pouvait signifier qu'une chose: au moment où sa dernière heure approcherait, il pourrait partir libre, enfin.

Could you look me in the eye and tell me that you're happy now?

Would you tell me in the face or have I been erased?

Are you happy now? Are you happy now? Are you happy now?

"Non! Je veux aller en première classe!" s'emporta Shannon en laissant tomber ses bagages devant le stewart désarçonné et en croisant les bras, prenant la moue boudeuse d'une enfant.

Boone poussa un soupir exaspéré et fit marche arrière vers sa sœur pour la prendre par le bras afin de l'amener vers leur place désignée par le billet.

"Arrête ton scandale et viens!" Grommela-t-il entre les dents.

Depuis leur réveil, il n'était pas vraiment enclin à lui passer le moindre petit caprice et il n'allait pas la laisser ennuyer ce pauvre homme qui se contentait de bien faire son boulot.

"Non, il est hors de question que je laisse passer ça! Vous, vous savez qui je suis?

"Non, mademoiselle, répliqua le stewart, ne se laissant pas démonter.

"Je suis Shannon Rutherford et lui, Boone Carlyle, nous sommes à la tête du leader mondial de l'industrie du mariage.

"Parfait, mais vous pourriez être la reine d'Angleterre, si vous n'avez qu'un billet classe affaire, c'est en classe affaire que vous passerez le voyage. Maintenant, vos siège se trouvent par là et je vous demanderez de les regagner. Nous allons bientôt décoller."

Boone ne put empêcher un sourire fleurir sur ses lèvres en voyant la tête que faisait la jeune femme de voir ses désirs contrariés. Se reprenant tout en savourant intérieurement sa vengeance, il l'attrapa par le bras et l'amena vers la classe affaire.

"Allez, Shan' ne fais pas ta mauvais tête. Je te laisse la place près du hublot."

La jeune femme lui jeta un regard noir et s'assit de mauvais grâce dans les fauteuils désuets. Elle rongea son frein tandis qu'il plaçait leurs bagages au-dessus d'eux, son visage se refermant en sentant le parfum de la jeune femme qui l'enivrait, de la jeune femme avec qui il avait passé la nuit concrétisant un rêve décennal, de la jeune femme qui avait proposé de faire comme si rien ne s'était passé le matin même. Il remarqua dans sa vision périphérique qu'elle s'était mise à fouiller frénétiquement son sac, la panique la faisant suffoquer et trembler. Le regard vide et le geste posé, il sortit un aérosol de son sac et le lui tendit sans daigner poser les yeux sur elle. Il l'entendit soupirer d'aise et sentit son regard empli de reconnaissance couler sur lui mais il prit le parti de l'ignorer. S'il considérait qu'elle était morte, peut être qu'il aurait moins mal...

Do you really have everything you want?

You can't ever give something you ain't got; you can't run away from yourself.

Could you look me in the eye and tell me that you're happy now?

Would you tell me in the face or have I been erased?

Are you happy now? Are you happy now? Are you happy now?

Les larmes lui montaient aux yeux alors que son corps entier vibrait sous la souffrance qui se répercutait en lui. Ca ne finira donc jamais? Il savait que Jack était avec lui et qu'il tentait par tous les moyens de l'aider à s'en sortir mais il n'y avait plus rien à faire. Comme la majorité des passagers du vol, le crash l'avais tué. Simplement, il avait mis plus de temps à mourir. Il lutta pour ouvrir ses yeux afin de les planter dans ceux attentifs et angoissé du médecin. Il eut des soubresauts faisant refluer un goût de sang dans la bouche et chuchota à l'égard de Jack:

"Sh...Shan...

"On ne sait pas où elle est, répondit le médecin, ayant visiblement compris de quoi il voulait parler. J'ai envoyé Hurley mais apparemment, elle est partie avec Sayid quelque part."

S'il n'était pas si mal en point, Boone aurait sans doute sourit en pensant au fait que sa chère et tendre sœur s'offrait du bon temps pendant que lui se mourrait dans d'atroces souffrances. Et puis, peut être était-ce mieux ainsi. Tant mieux si elle n'était pas là alors que l'haleine glacée de la mort soufflait sur lui, si elle n'était pas là pour lui tenir la main et le rassurer. Non à la place il récoltait un médecin dont il pouvait ressentir l'angoisse et la tristesse à sa mort mais il en avait vu d'autres. C'était bien mieux ainsi. Désormais, il était complètement détaché d'elle et tant pis s'il ne se satisfaisait pas de la douleur qu'elle aurait ressenti en le voyant s'éteindre lentement. Il pourrait partir en paix, faire comme si elle n'avait jamais existé et en être débarrassé pour toujours. Un ultime soubresaut le saisit et son regard vide se perdit dans l'infini.

Would you look me in the eye? Could you look me in the eye?

I've had all that I can take. I'm not about to break because I'm happy now.