Titre : tant pis si c'est un feu de paille
Auteur : ylg
Base : X
Personnages/Couple : Mōno Saya/Magami Tōru
Gradation : PG / K-plus
Disclaimer : propriété des CLAMP, je ne me fais pas de sous avec.

19 juillet 2008 – Journée internationale du Femslash
Thème : feu de camp
Nombre de mots : un peu plus de 1000

Je n'ai pas eu le temps de faire betalire cette fic avant de la publier pour le Grand Jour du Femslash, aussi une aide pour corriger la concordance des temps sur le flash-back serait grandement appréciée.

oOo

Les enfants sont couchés, enfin. Et Kyôgo, appelé ce jour-là pour un rite funéraire bien loin du temple, ne rentrera pas avant le lendemain. Saya et Tōru ont la nuit devant elles si elles le souhaitent.
Ce soir pourtant, non, ça n'est pas ce qu'elles souhaitent. Il y a des voeux qu'elles ont prononcés qu'elles ne souhaitent pas rompre. Il y a leurs enfants qui dorment à côté qui leur rappellent toutes leurs responsabilités, et l'âge qu'elles ont atteint.
« Je suis une respectable mère de famille, maintenant, murmure Saya à part elle. Et presque vieille.
- Respectable, oui, vieille sûrement pas ! Tu es encore jeune.
- J'ai déjà un fils à l'école primaire. Et les enfants grandissent si vite, j'ai l'impression qu'hier encore...
- Tu t'es mariée tellement jeune.
- J'ai épousé ton destin... »

Saya savoure la phrase qu'elle vient de prononcer. Elle a attendu des années pour faire cet aveu.

Dehors, au-dessus des jardins de Togakushi, les étoiles brillent. La Petite Ourse et ses sept Sceaux qui ne demandent qu'à être brisés attire leur regard.

« As-tu vu ? Quand nous avons quitté la plage, ces jeunes qui allumaient un feu de camp... »

Elles sont désormais toutes les deux des mères de famille respectables, Tōru aussi, pas juste Saya, des mères de famille qui prennent soin de leurs petits, qui ne les laissent ni rester éveillés tard le soir ni jouer avec le feu. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Oh oui, elles se souviennent...

Dix ans auparavant. Elles étaient en denrière année au lycée, à la fin de l'hiver. Les concours d'entrée à l'université étaient finis, l'année scolaire touchait à sa fin, les lycéens n'attendaient plus que leurs résultats. Le boute-en-train de la classe -son nom échappe à leur souvenir, ce soir- avait, de but en blanc lors d'un intercours, suggéré un dernier voyage scolaire, avant que tous s'en aillent suivre chacun leur chemin et se perdent de vue.

L'idée en elle-même a plu au reste de la classe, même si l'annonce de la destination qu'il avait en tête a soulevé des rires : la plage ! en cette saison ? Hey, tout le monde n'a pas les moyens de se payer un voyage à Hawaii ou même Okinawa, tu sais !
Mais non, il maintenait son idée : la plage, pas loin, et oui, malgré l'hiver finissant. C'était d'après lui le moment idéal : pas de vacanciers, peut-être juste quelques mordus de cerf-volant, et des pêcheurs. La mer rien qu'à eux. Ils auraient tout le temps d'y retourner l'été suivant en temps qu'étudiants -pour ceux qui iraient à l'université, s'entend- ouaux vacances qu'ils voudront ou pourront en tant que jeunes actifs, mais ce qu'ils avaient là, c'était une occasion absolument unique de faire un dernier grand truc spécial en temps que lycéens. Et qui d'autre pourrait se vanter d'avoir fait un tel voyage, par la suite, hm ?

Tous n'ont pas accepté, mais une grande partie de la classe a trouvé que c'était une bonne idée. Et ceux qui se sont retrouvé là ne le regrettent pas. Effectivement, la mer en hiver, la plage déserte, c'est quelque chose à voir.
Le soir, les garçons ont bâti un feu de camp, autour duquel de petits groupes se sont pressés. Autour de Saya et Tōru, ça discute avenir.

- Tu fais quoi, toi, après le lycée ? - Telles études, tel boulot, tel plan de carrière.

Le regard plongé dans le feu, elles entendaient le bourdonnement des discussions de leurs camarades sans vraiment écouter ce qu'ils disaient. Cela ne les concernait pas. Jusqu'à ce que quelqu'un tire la manche de Saya pour la faire participer. Piégée, elle rentra dans le jeu et répondit sans se démonter à la question :

« Moi ? Je vais me marier.
- Saya, femme au foyer !
- Et tu vas épouser qui ?
- Un prêtre.
- Whoa. Rien que ça ? »

Tōru se sent trahie. Elle ignorait celà !
Suffoquée, quand l'agitation créée autour de Saya retombe et s'exporte vers une autre de leurs camarades, elle siffle entre ses dents,
« J'ignorais que tu voyais un garçon.
- Mais, je n'en vois pas.
- Tes parents ont arrangé ce mariage, alors ? »
Elle en aurait pitié, si c'était le cas. Mais Saya avait l'air curieusement heureuse de ce plan.
« Oh, non plus. C'est moi seule. »

Saya essaie de prendre cela avec légèreté, comme si ça n'était pas important. Le choix de l'homme, pour elle, ne l'est pas. Mais elle voit bien que l'acte de mariage l'est grandement pour Tōru. Elle trouve cela injustifiable.
Un instant, Saya est sur le point de tout lui raconter : Il faut juste que j'habite dans unc ertain temple. À cause d'une épée. Parce que je ne veux pas que tu meures.
En fait, c'est toi que je voudrais épouser, mais ça n'est pas possible. Parce que tu es déjà liée au destin de la Terre. Tout ce que je peux faire, c'est épouser ton destin.
Mais tu sais, ça me rend heureuse de faire ça pour toi. Bien sûr, j'aurais voulu être ta femme, vivre avec toi, mais même si je restais à tes côté c'est toi qui partirais bientôt. À toi aussi il faudra un mari, ou au moins un homme, pour que tu donnes naissance à Kamui.
Alors... je vais partir la première.

Seulement, si elle lui dit cela, elle va lui faire encore plus de mal au lieu de la consoler, comme le voudrait. Elle se tait et serre la main de son amie en silence, fort et longtemps.
Quand elle sait que Tōru est prête à l'écouter de nouveau, elle reprend, dans un murmure
« Nous avons encore du temps, devant nous. Avant cela. Profitons-en. »

De retour au présent, Saya s'en veut. Elle aurait voulu pouvoir être entièrement honnète avec Tōru, ne pas avoir à la trahir ainsi. Elles n'avaient malheureusement pas le choix là-dedans, ni l'une ni l'autre.
Quand elle appuie sa tête contre l'épaule de Tōru et qu'en retour, Tōl'enlaec tendrement, elle sait que ça n'a plus d'importance maintenant. Un peu plus ou un peu moins de temps pour le lui dire n'aurait sans doute pas changé grand' chose.

Du temps à ce moment, il ne leur restait que quelques semaines avant que Saya n'achève de trahir son amie en allant effectivement épouser son prête et son temple. Du temps ce soir-là... il leur reste encore quelques années. Mais avec toutes celles qui ont passé depuis leurs derniers instants de liberté, cela lui semble désormais bien peu. Trop peu. Quantité de lien les entravent, désormai, qu'elles ne peuvent plus rompre ni même ignorer.
Rien qu'une seule nuit ensemble, serait déjà trop demander au Destin. Du temps heureux ensemble, il ne leur reste guère, mais elles en profiteront bien plus fort, d'une manière ou d'une autre.