Rattraper le temps perdu.

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Disclaimer: malheureusement, je ne possède aucun des personnages ni quoi que ce soit d'autre lié à Harry Potter (-soupirs-). C'est encore une de mes stupides histoires Rogue/Lupin.

NdA: n'est-ce pas amusant ? J'avais dit qu'il n'y aurait pas du tout d'update avant mars, et bien sûr, j'update quelques jours plus tard. Quoi qu'il en soit, j'aurai explosé si je n'avais pas écrit quelque chose. Ne pas écrire, c'est comme ne plus respirer. J'espère que vous aimerez.

NdT: voici le dernier chapitre de cette histoire. Merci d'avoir suivi jusque là, et merci aussi à l'auteur pour m'avoir permis de traduire cette fic.

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Chapitre 5.

Les premiers jours de Remus à la maison avec moi se déroulèrent sans rien à signaler. Etant à présent constamment en ma présence, il avait de plus en plus de phases de lucidité durant la journée. Parfois elles ne duraient que quelques minutes, quelques fois une heure ou deux. J'avais obtenu un fauteuil roulant pour lui, et je passais avec lui autant de temps que possible puisque c'est ce qui semblait le plus faciliter sa guérison.

Puisque personne ne savait ce dont il se rappelait de sa vie, les guérisseurs m'avaient ordonné de ne rien lui dire, mais plutôt d'attendre et de voir si sa mémoire revenait d'elle-même. Ils craignaient que d'être forcé de se souvenir puisse retarder sa lente guérison voire même causer de sévères rechutes, parce qu'il n'était pas encore prêt pour les choses qu'il entendrait.

Durant ces jours-là, il ne me parla pas, et même si je fus un peu déçu, je ne m'attendais pas réellement à ce qu'il le fît. Je ne le pousserais pas si il ne se sentait pas prêt. Le principal était qu'il se sente en sécurité avec moi, et ça semblait être le cas puisque même si ses cauchemars ne diminuaient pas, il ne luttait plus contre le sommeil, sachant que je serais là pour le réconforter.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis que je l'avais ramené à la maison lorsqu'il me parla. Il faisait nuit, et j'avais été tiré du sommeil par Remus, réveillé en sursaut par un cauchemar, hurlant. Après être parvenu à le calmer, j'avais allumé quelques bougies, parce qu'il était lucide et avait secoué la tête lorsque je lui avais demandé si il voulait se rendormir. J'étais assis au lit, le tenant dans mes bras, quand son murmure rompit le silence.

-Un l-loup…il y a t-toujours…un loup dans mes rêves. Des gens mourants. E-et…t-tant…de sang ». Il leva les yeux vers moi, les joues encore humides des larmes qu'il avait versées. « Ce sont m-mes…mes souvenirs…n'est-ce pas ?

C'était difficile de le comprendre car son épuisement et sa peur à peine maîtrisée aggravait son élocution, et il me fallut quelques instants pour réaliser ce qu'il venait de dire. Et comment devais-je réagir ? Je ne pouvais certainement pas lui dire ce qui s'était passé, mais je ne pouvais pas lui mentir non plus.

-Oui, ce sont tes souvenirs », répondis-je enfin honnêtement. « Mais je ne peux rien t'en dire. Les guérisseurs disent que tu dois te rappeler par toi-même.

Pendant quelques secondes, Remus me regarda tristement, puis il baissa à nouveau les yeux. »Je ne veux pas…me rappeler. De rien ». Il ne prononça plus un mot, mais me laissa au contraire le bercer, comme lors de tant d'autres nuits à venir.

Ses paroles, bien que je comprenne ses sentiments, m'avaient blessé. Bien entendu c'était irrationnel, parce que je savais qu'il ne voulait pas se rappeler de son passé à cause de la peine que ses souvenirs lui causeraient, malgré tout je ne pouvais réprimer complètement une pointe de douleur, de rejet même. Elle touchait à un sujet auquel j'avais préféré éviter de penser aussi peu que possible depuis qu'il était revenu à la maison avec moi : ses sentiments pour moi. Il semblait m'être très attaché, mais je ne pouvais probablement pas m'attendre à ce qu'il se souvienne qu'il m'avait aimé autrefois. Ca aurait été trop lui demander. La question pour laquelle, si il n'éprouvait pas de sentiments particuliers pour moi, il ne répondait positivement qu'à moi était une de celles auxquelles j'essayais de ne pas penser. Ca n'aurait fait que nourrir de feux espoirs, et je ne voulais pas être injuste envers Remus en étant déçu si mes attentes ne trouvaient pas de réponse un jour.

Avec le recul, les quelques mois suivants furent une période étrange, pleine d'émotions contradictoires : d'un côté, il y avait la joie d'avoir Remus avec moi à la maison, de le voir lucide de plus en plus souvent, de chaque mot qu'il prononçait, de chaque heure qu'il passait à dormir en paix près de moi. Il se remettait très lentement mais régulièrement, et il reprenait même le poids qu'il avait perdu avant. Bien qu'il eût des difficultés à déglutir et qu'il ne fut plus en mesure de manger que de la nourriture hachée, et bien qu'il ne serait plus jamais capable de tenir à nouveau une cuiller, il était maintenant plus facile de le nourrir durant ses fréquentes périodes de lucidité que d'avoir à amadouer une personne insensible pour la pousser à ouvrir la bouche à chaque cuiller.

D'un autre côté, pourtant, il y avait les cauchemars constants, même si il semblait y faire face mieux qu'avant. Il y avait le problème de trouver des sujets de conversation avec lui puisque nos anciennes vies ou tout ce qui y avait trait était tabou. Il y avait toujours le souci de ce qui se passerait si il venait à tant se remettre qu'il en retrouve ses souvenirs. Je n'avais aucune idée de la façon dont ça l'affecterait, mais cette pensée me troublait beaucoup, considérant qu'il se trouvait dans cet état uniquement parce que ses souvenirs avaient été trop difficiles à supporter.

Et puis il y avait Harry. Nous poursuivions notre rythme de visites hebdomadaire. Remus m'avait assuré que ça ne le dérangeait pas qu'il soit à la maison du moment que personne n'essayait de le voir. Il avait toujours peur de la présence d'autres personnes, et bien que Harry acceptât la situation et ne se plaignit jamais, je pouvais voir combien c'était difficile pour lui de savoir son parrain si proche physiquement et pourtant si loin de lui –même encore plus maintenant qu'avant, parce que nous ne savions pas si il sortirait de la léthargie à la seconde suivante et que c'était trop risqué pour que Harry lui rende visite.

Je ne sais pas comment je serais parvenu à faire face à ça si j'avais été à sa place, et son respect et son espoir muet en faisait, aussi étrange que cela puisse paraître, une des personnes que je respectais le plus.

Ceci étant, je devais suffisamment lutter contre mes propres espérances inassouvies, et après chacune des visites de Harry, je me sentais passablement ingrat : j'avais eu bien plus que lui, et pourtant ce n'était pas suffisant.

Ce fut début mars, quelques jours seulement avant l'anniversaire de Remus, qu'une fois encore je fus récompensé par un bienfait non mérité. C'était samedi après-midi, et j'étais assis sur le sofa en train de lire. Un feu crépitait dans la cheminée, vu qu'il faisait encore froid dehors, et j'avais installé Remus près de moi, une couverture laineuse drapée autour de lui. Il était appuyé contre moi, fixant les flammes de ses yeux vides.

J'ai dit que j'étais en train de lire mais pour être honnête, je ne faisais que regarder dans la même direction que Remus, ne prêtant aucune attention aux lettres de la page qui était ouverte devant moi depuis une bonne demi-heure. D'avoir Remus si près de moi, le sentir dans mes bras, je ne pouvais m'empêcher de ruminer, en colère contre moi-même pour mon incapacité à me résigner à accepter la situation. Alors qu'il était resté complètement passif face aux autres, et alors même qu'il m'avait reconnu mais pas encore parlé, l'idée de ne plus être aimé de lui ne m'avait pas autant troublé qu'elle le faisait à présent. J'aurais dû être plus heureux, maintenant que tout avait changé pour le mieux. Au lieu de ça, je me sentais plus mal. Etait-ce dans notre nature humaine de toujours vouloir plus, plus que ce qu'on nous accorde ?

-S-severus…T-tu as l'air…triste ». La voix douce de Remus interrompit le cours de mes pensées, et je me tournai vers lui, surpris. Depuis combien de temps était-il conscient et me regardait-il ?

-Ne t'inquiète pas pour moi. J'étais juste en train…de penser.

-A quoi ?

Que devais-je dire ? Je ne pouvais lui parler de rien. Une question, cependant, n'avait cessé de hanter mon esprit.

-Je me demandais pourquoi tu m'avais reconnu moi, parmi tout le monde. Pourquoi tu te sentais à l'aise avec moi et personne d'autre. Je me demandais en quoi j'étais différent des autres pour toi.

Il me regarda pensivement pendant quelques instants avant de baisser les yeux. Il mit quelques secondes à répondre.

-Je suis désolé, Remus. Je ne voulais pas être indiscret. J'aurais dû savoir que tu ne voulais pas en parler.

-N-non…Je veux te le…dire. C'est s-seulement q-que…ça prend du temps d'ordonner mes pensées. C'est fatiguant.

J'eus honte en l'entendant. Quelques mois seulement avaient passé depuis que Remus avait parlé pour la première fois, et bien qu'il se fût amélioré ces dernières semaines, répondant souvent lorsque je lui posais des questions à propos de ce qu'il souhaitait manger ou si il voulait que je lui fasse la lecture, je ne pouvais m'attendre à ce qu'il me parle normalement. Il était encore mentalement absent plus de la moitié du temps où il était réveillé. Je restai donc silencieux, attendant qu'il soit prêt.

-J-je n-ne sais pas…p-par où…c-commencer. C'est…dur », dit-il enfin.

-Et si tu commençais en essayant d'expliquer comment c'était quand tu n'étais pas…avec moi. Lorsque tu étais absent. Comment était-ce avant que tu me reconnaisses ?

Il hésita pendant un moment.

-Sans danger. C'é-était…sans danger. Et calme. Pas de d-douleur. Quelques fois i-il y avait…des voixElles étaient loin. J-je ne c-comprenais pas ce qu-qu'elles disaient. Et le c-contact, parfois ». Un frisson me parcourut les bras. « Ca me faisait…peur.

Il avait fermé les yeux et la douleur se lisait sur son visage. Il ne devait pas se rappeler de ce qui s'était passé, mais les sentiments de torture et d'angoisse étaient restés ancrés en lui. Je resserrai mon étreinte, me demandant si c'était une bonne idée d'entamer cette conversation.

-Tu n'as pas à m'en parler si ça te fait mal. Ce serait peut-être mieux si tu ne le faisais pas.

Il secoua la tête, qui reposait sur mon épaule, puis il prit une profonde inspiration.

-Je ne pouvais pas m-m'en éloigner assez. J'ai e-essayé, mais…ça n'a pas marché. E-et puis il y a eu…une a-autre voix ». Il avait parlé lentement et d'un air douloureux, mais maintenant sa voix était devenue plus douce, apaisée. « C'était…d-différent. Je n-ne saavais pas pourquoi, mais elle…semblait…m'appeler, même si…j-je ne…comprenais pas les mots. Et puis il y a eu le contact, en même temps que la voix. Ca n-ne faisait pas mal, ça ne me faisait pas peur.

Un petit sourire courut sur ss lèvres, et il avait toujours les yeux fermés.

-Je…je ne me souvenais plus que quelque chose…comme ça…existait. C'était…magnifique.

Je souris à mon tour. Alors mes efforts n'avaient pas été vains. Il m'avait entendu lui parler, m'avait senti le toucher, même si il avait été incapable de le monter.

-J'ai commencé…à l'attendre, à v-vouloir qu'elle vienne. Parce que même si c'était…sans danger, je me sentais aussi…solitaire. Il faisait froid…et sombre. Cette voix et ce contact…m'ont aidé à me sentir mieux. J'en avais besoin.

Il tressaillit légèrement, et je le sentis plus proche dans mes bras, ses épaules tendues comme si il songeait à quelque chose de déplaisant.

-Puis ils ne vinrent plus.

Il était en train de parler des trois semaines que j'avais passées en Roumanie, je le savais, mais j'ignorais qu'en penser. Le jeune guérisseur avait-il eu raison, finalement ? Etait-ce de ma faute si Remus avait failli mourir ?

-Ca fait mal.

Quelquefois, les plus petites choses ont le plus grand impact. Je ne sais pas ce que j'aurais donné à ce moment-là pour pouvoir changer ce qui était arrivé. D'éviter que Remus ait à dire ces mots, de lui épargner ce qu'ils signifiaient.

-J'ai attendu, mais je…je ne pouvais pas…il faisait froid…et j'étais seul. Je ne pouvais pas rester seul…pas après les avoir eus. J-j'en avais…besoin ». Je pouvais sentir ses mains trembler plus que d'habitude, et il y avait des larmes dans sa voix lente et indistincte. »J'en avais besoin.

-Je suis désolé, Remus », marmonnai-je, commençant à passer ma main dans es cheveux grisonnants. « Je suis tellement désolé.

Il me laissa le calmer pendant un moment, puis il soupira.

-Mais tu…tu es revenu. Et tu ne pouvais pas…savoir.

C'était vrai, mais pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir coupable. Si seulement je n'avais pas contraint Remus à traverser ces épreuves ! N'avait-il pas déjà assez souffert ? A ce moment-là, je dus admettre que je n'avais pas voulu croire le jeune guérisseur en partie parce que ça aurait signifié que moi, bien que de façon involontaire, j'avais causé du chagrin à Remus, que j'avais à nouveau blessé l'homme que j'aimais.

-Après ça, ils m'ont attiré…encore plus fort. Ils me disaient de…leur faire confiance, de venir avec eux. Je ne savais pas…quoi faire. J-j'avais peur. Mais à la fin, j'ai eu…besoin de les suivre, même si c'était…très d-difficile. E-et quand je t-t'ai vu… », il leva les yeux vers moi et sourit, » j'ai su que je ne devais pas voir peur. Je savais que…que je te connaissais. Que tu…ne me ferais pas de mal.

Il y avait tant de confiance lorsqu'il prononça ces mots, et je me sentais comme un hypocrite. J'avais presque causé sa mort, je l'avais toujours rejeté, rejeté son amour. Je l'avais blessé plus que toute autre personne –en dehors de ceux qui l'avaient torturé.

-Remus, je…

-N-non, attends ! », me coupa-t-il. »Je n'ai pas encore…répondu à ta question.

-Quelle question ?

-Pourquoi tu es différent des autres…pour moi ». Il sourit une nouvelle fois, mais ce coup-ci, c'était de manière incertaine et le sourire s'évanouit rapidement. »C'est p-parce que…j-je t'aime, Severus.

Il avait prononcé la dernière phrase d'une voix si basse que pendant un moment, je crus que j'avais mal entendu. Il avait sûrement dit quelque chose d'autre, et j'avais certainement interprété ses paroles indistinctes de la façon dont je le souhaitais tant. Mais un regard dans sa direction suffit à me faire comprendre que j'avais bien entendu. Il avait baissé les yeux et se mordait nerveusement la lèvre, attendant que je réponde. Je pouvais voir la couverture trembler là où se trouvaient ses mains, posées sur ses genoux.

-Remus… ». Je lui pris la joue et le poussai à me regarder à nouveau. Il ne prononça pas un mot, mais ce n'était pas nécessaire. Ses yeux me suppliaient de lui dire ce qu'il avait tant besoin d'entendre, et jamais auparavant je n'avais accédé aussi volontiers à une demande, bien que je manquai de souffle pour prononcer les mots que je voulais dire depuis si longtemps.

-Je t'aime aussi.

Ses yeux s'éclairèrent et lentement, très lentement, il sortit une main de sous la couverture et vint la poser sur ma joue, puis il se pencha et m'embrassa.

Je ne peux pas expliquer ce que c'était de sentir ses lèvres douces contre les miennes, de savoir que c'était réel, après avoir renié mes sentiments pendant si longtemps, ne les réalisant que lorsque c'était apparemment trop tard. Mais maintenant nous étions là, ensemble. Si je devais le décrire en une phrase, je dirais : c'est comme guérir.

Quand le baiser prit fin, Remus posa à nouveau sa tête sur mon épaule en souriant doucement. Nous ne prononçâmes pas un mot pendant un moment, et c'était de toute façon inutile. A présent nous avions tout le temps dont nous avions besoin. A travers les fenêtres nous pouvions voir la nuit tomber lentement, un feu craquait dans la cheminée et pour une fois, tout était normal.