Titre anglais : The Depths of Winter

Titre français: Au Coeur De L'Hiver

Auteur : Cosmic (Bananacosmicgirl ici)

Traductrice : Jess HDH

Catégories : Post-Poudlard, Romance, Action/Aventure

Couple : HP/DM

Rating : M

Spoilers : Les cinq premiers tomes de HP

Etat actuel de la fic anglaise : Terminée. Elle compte 26 chapitres.

Où trouver la fic anglaise : Ici même, sur FFNet.

Résumé : Quatre ans après avoir quitté Poudlard, Harry vit seul dans le Monde Moldu. Il a tourné le dos au Monde Magique, jusqu'au jour où Draco Malfoy se fait renverser sous ses yeux par une voiture et se retrouve paralysé dans un fauteuil roulant.

Rythme des mises à jours de la version française: Un chapitre chaque samedi.

Disclaimer : Cette histoire est basée sur des personnages et des faits crées et appartenant à J.K. Rowling. Aucun argent n'en est retiré. L'histoire de cette fic appartient à son auteur, Cosmic, et la traduction à sa traductrice, Jess HDH.

Avertissement : Attention, ceci est un slash ! Homophobes, veuillez vous abstenir, merci.

Note de la traductrice : Bonjour à tous ! Me revoilà avec une nouvelle traduction (j'ai fini de traduire Espace-Temps Décalé, alors il faut bien que je m'occupe ). C'est la deuxième grosse fic de Cosmic, et elle a eu énormément de succès en anglais (plus de 1800 reviews), donc je souhaitais vous la faire partager ;). Le premier chapitre avait déjà été traduit il y a plus d'un an, mais la traductrice ayant abandonné, Cosmic m'a permis de reprendre la traduction. Evidemment, la traduction de ce chapitre est de moi-même . Sans surprise pour ceux et celles qui me connaissent, c'est un slash Harry/Draco, et je suis revenue à mes premières amours, à savoir le rating M lol. J'espère que vous serez nombreux à me suivre. N'hésitez pas à faire des commentaires, bons ou mauvais, ça m'encourage de savoir que vous êtes nombreux à me lire . Bonne lecture à tous !


CHAPITRE 1

Un voyage d'un bon millier de kilomètres

Il faisait un temps magnifique : le genre de temps où les oiseaux chantent, le ciel est bleu et les gens tout autour sourient.

Un homme aux cheveux noirs en bataille et aux yeux verts cachés derrière une paire de lunettes descendait la rue. Harry Evans, vingt-deux ans et étudiant à l'université, était très heureux. C'était mercredi après-midi, ce qui signifiait que la moitié de la semaine était passée, et comme il n'avait rien de prévu avec ses amis et qu'il avait fait ses devoirs, il allait pouvoir passer un peu de temps tranquille.

Mais avant cela, il devait aller à l'épicerie. Il lui fallait des pâtes, des pommes de terre, des légumes et peut-être un peu de poulet. Il verrait une fois dans le magasin. Il n'était pas du genre à noter sur une liste chaque chose qu'il lui fallait acheter ; il se contentait de les mémoriser. Par conséquent, il oubliait souvent quelque chose, mais il avait des voisins adorables. Ils n'avaient jamais pu lui dire non.

Tout cela serait arrivé, si un autre évènement n'avait pas eu lieu à la place.

Une voiture qui dévalait la rue ne remarqua pas – ou alors s'en fichait – que le feu était passé au rouge. Au contraire, elle s'engagea à toute allure dans l'intersection au moment même où les feux de l'autre croisement passaient au vert.

A cet instant précis, une moto s'engagea dans l'intersection.

L'accident était inévitable.

Harry vit au ralenti le motard être projeté sur un côté et s'écraser au sol, la moto sur lui. Le conducteur de la voiture freina à mort, mais ne put empêcher le véhicule de rouler sur l'homme à terre.

Le son du métal broyant du métal fut assourdissant.

Harry se mit à courir, ses jambes lui obéissant avant même que son cerveau ne leur en ait donné l'ordre. D'autres personnes se précipitèrent également sur les lieux, mais Harry arriva le premier. Le conducteur de la voiture sortait de son véhicule : c'était un jeune homme. Harry ne s'attarda pas à le regarder plus en détail ; s'il était debout et qu'il marchait, c'était qu'il allait bien. Il était bien plus inquiet au sujet du corps inerte du motard.

D'un mouvement qu'il espérait être à la fois doux et rapide, Harry et une autre personne qui était arrivée en courant enlevèrent la moto de l'homme. Harry entendit quelqu'un appeler une ambulance.

L'homme à terre ne bougea pas. Harry se pencha vers lui et, tout en essayant de le toucher le moins possible, tenta de déterminer quelles étaient ses blessures. Il détacha le casque et essaya de l'enlever, mais Harry vit qu'il ne pourrait pas l'ôter sans bouger le blessé, si bien qu'il le laissa où il était et à la place chercha son pouls à la base de son cou. Quand il eut cherché pendant plusieurs secondes et qu'il ne le trouva pas, il prit une décision rapide et enleva complètement le casque.

Sans prendre le temps de jeter un coup d'œil au visage du motard, il se pencha et lui fit du bouche-à-bouche. L'homme qui l'avait aidé à enlever la moto l'assista en appuyant à intervalles réguliers sur la poitrine, tandis que Harry soufflait de l'air dans la bouche du blessé.

Soudain, Harry sentit que l'homme laissait échapper un petit hoquet quand il se mit à nouveau à respirer par lui-même. Au même moment, il entendit puis vit une ambulance arriver sur les lieux de l'accident. Il baissa les yeux vers l'homme dont il venait de sauver la vie.

Sa bouche béa et ses yeux s'écarquillèrent quand il vit qui était l'homme inconscient. Des souvenirs l'assaillirent, des souvenirs à propos d'une école et d'une vie qui appartenaient au passé.

C'était Draco Malfoy.

&&&&&&&&&&

Il se demanderait plus tard pourquoi il avait tenu à accompagner l'ambulance alors que celle-ci roulait à grande vitesse en direction de l'hôpital. Il n'obtiendrait jamais de meilleure réponse que celle-ci, à savoir que ça lui avait paru la bonne chose à faire sur le moment.

Il était assis à l'avant du véhicule, la tête tournée vers l'arrière pour regarder les auxiliaires médicaux lutter pour maintenir Malfoy en vie. Celui-ci était dans un sale état : ses cheveux blonds, caractéristiques de la famille Malfoy, étaient tâchés de sang. Les médecins ne lui parlèrent pas ; ils n'avaient pas le temps. Ils lui posèrent simplement des questions, toutes concernant Malfoy. Son nom, son groupe sanguin, ses antécédents médicaux, ses éventuelles allergies...Harry ne put répondre qu'à la première. Il se dit que ce ne serait pas très approprié de dire aux médecins moldus que Malfoy s'était blessé quelques fois en jouant au Qui—

Il stoppa sa pensée avant qu'elle n'aille plus loin, refusant de subir un autre assaut de souvenirs qu'il avait mis sous clé il y avait bien longtemps.

Quand ils arrivèrent à l'hôpital moldu, qui était en ébullition, Harry fut à nouveau laissé pour compte tandis que Malfoy était transporté dans la section chirurgie. Une infirmière le conduisit dans la salle d'attente où il s'assit. La même infirmière lui montra où était la machine à café et lui dit que la police allait très certainement le contacter pour lui poser des questions sur l'accident. Et ce fut bien ce qui arriva. Une heure après son arrivée à l'hôpital. Toujours légèrement sous le choc, Harry répondit mécaniquement aux questions à propos de ce qu'il s'était passé et assura que l'autre conducteur était sans aucun doute responsable de l'accident. Puis il donna son adresse et son numéro de téléphone à la police, afin qu'ils puissent le joindre en cas de besoin. Sur ce, ils lui souhaitèrent une bonne fin de journée. Harry leur rendit la pareille avant de se rasseoir, et le monde autour de lui disparut tandis qu'il se plongeait dans ses pensées.

Harry se dirigea vers la machine à café, voulant à tout prix quelque chose de connu, même si c'était simplement une boisson.

Quatre heures plus tôt, il était à l'université, heureux que la semaine soit à moitié passée : il ne restait que jeudi et vendredi avant le week-end. Il attendait avec impatience le week-end tranquille qu'il allait passer chez lui, où il pourrait continuer d'écrire son nouveau roman. Il en avait déjà écrit une centaine de pages, mais n'était toutefois pas satisfait du résultat. Si cela ne s'améliorait pas d'ici les cinquante prochaines pages, il laisserait tomber et recommencerait. Sa muse n'avait pas l'air d'être de la partie depuis quelques jours, contrairement à l'époque où il écrivait son premier roman—

A nouveau, il stoppa ces pensées avant qu'elles n'aillent plus loin.

Et à présent il était assis dans la salle d'attente de l'hôpital, dans l'attente d'un mot des médecins ou des infirmières, pour savoir si Draco Malfoy, sa Némésis de l'école, s'en sortirait après un si horrible accident de moto. Il se demanda si ça lui ferait quelque chose s'il ne s'en sortait pas. Ca faisait presque cinq ans que Harry n'avait pas vu le dernier des Malfoy. Cinq ans, ça faisait beaucoup de temps pour réfléchir, surtout quand il n'avait presque fait que réfléchir pendant la première année après son départ de Poudlard.

Une fois encore, il stoppa ces douloureux souvenirs de l'école qu'il avait aimée avant qu'ils ne continuent à le faire souffrir. Il avait travaillé trop dur pour mettre ces sentiments de côté pour qu'ils remontent si brutalement à la surface une fois de plus. Il ne voulait pas penser à—

« M. Evans ? »

Harry leva les yeux pour découvrir un médecin devant lui. Elle avait une trentaine d'années, un air doux et fatigué sur le visage. Des cheveux blonds cendrés cascadaient sur ses épaules. Elle était toute menue.

« Oui ? »

Elle tendit la main. « Je suis le docteur Salus. C'est moi qui ai opéré M. Malfoy. »

« Harry » fit-il. « Harry Evans ». Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent légèrement en reconnaissant le nom, avant de redevenir totalement professionnelle. Harry se sentit un peu mal à l'aise d'être là, à faire des présentations formelles, alors qu'ils allaient bientôt parler de la vie d'une autre personne.

« Nous avons fini d'opérer votre ami » lui annonça-t-elle, et Harry trouva ça bizarre d'appeler Malfoy un 'ami'.

« Est-il— ? »

« Il est toujours en vie, oui » dit le médecin. « Mais j'ai bien peur qu'il n'aille pas bien du tout ». Quand elle vit que Harry la regardait simplement d'un air interrogateur, elle continua « Son bras gauche est fracturé à deux endroits, et sa jambe à quatre. Il a de nombreuses contusions, mais a réussi à éviter les côtes cassées. Cependant, deux d'entres elles sont fêlées. Et...sa colonne vertébrale a aussi été touchée. »

Le front de Harry se plissa. « Quoi ? ». Il savait ce que cela signifiait, mais il fallait qu'il l'entende de la bouche du médecin pour pouvoir le croire.

« La colonne vertébrale de M. Malfoy est cassée » expliqua-t-elle. « Il sera très probablement paralysé depuis la taille jusqu'aux pieds. »

Harry la regarda, hébété. Il ne pouvait rien faire de mieux pour l'instant. « Il – quoi ? » demanda-t-il, stupéfait.

« Sa colonne vertébrale a été touchée durant l'accident » répéta-t-elle une troisième fois. « Nous ne savons pas encore à quel point cela a atteint le blessé, ni si ça sera permanent ; nous ne pourrons nous prononcer que lorsque nous aurons les résultats du scanner. Il faudra également que nous lui fassions passer des examens une fois qu'il sera réveillé. »

« Il n'est pas encore réveillé alors ? » demanda Harry, d'une voix qui lui sembla lointaine. Son esprit était en ébullition : ce n'était pas censé se passer comme ça. Malfoy était censé aller bien ; ça avait toujours été le cas après les accidents et les bagarres qu'ils avaient déclenchés. Il n'était pas censé être—

« Non, il dort. Je doute qu'il se réveille aujourd'hui. Vous devriez plutôt revenir demain ». Elle lui fit un sourire plein de gentillesse. « Je suis désolée de ne pas apporter de meilleures nouvelles. »

Harry secoua lentement la tête. « Ne – ne vous en faites pas ». Une pensée lui vint. « Je – je lui ai fait du bouche-à-bouche. Ai-je— »

« Non, M. Evans » répondit le docteur Salus. « Vous n'êtes pas responsable de ce qui lui arrive. Sa colonne vertébrale s'est cassée sur le coup, pas quand vous l'avez ramené à la vie. Vous n'avez pas empiré les choses. En fait », ajouta-t-elle avec un maigre sourire, « je crois bien que vous lui avez sauvé la vie. »

« Vous lui avez sauvé la vie. »

Les paroles résonnèrent dans l'esprit de Harry ; il les avait déjà entendues. Il ne répondit pas au médecin ; il resta là, debout, parfaitement immobile, la phrase tintant à ses oreilles encore et encore. Ces mots se mêlèrent bientôt à ses précédentes pensées : ce n'était pas censé se passer comme ça.

Le biper du docteur Salus sonna. « Excusez-moi » fit-elle. « Il faut que j'y aille. Bonne nuit. »

« Bonne nuit » marmonna-t-il en guise de réponse. Elle le quitta et il resta debout dans la salle d'attente, des gens grouillant autour de lui, se sentant profondément seul.

« Vous lui avez sauvé la vie. »

&&&&&&&&&&

Incapable de dormir, Harry arriva tôt à l'hôpital le lendemain matin. C'était la mi-janvier, si bien que le soleil s'était à peine levé quand Harry arriva aux Soins Intensifs de l'hôpital moldu où Malfoy avait été emmené. Il ne savait pas exactement pourquoi il était revenu, mais une partie de lui lui disait qu'il était temps d'enterrer la hache de guerre avec son ennemi. Ca aurait dû être fait depuis bien longtemps, mais ils n'en avaient jamais eu l'opportunité. Du moins, c'était la raison qu'invoquait Harry en lui-même tandis qu'il gravissait les escaliers qui menait à l'entrée de l'hôpital.

Harry s'était demandé où était passé Malfoy durant ces cinq dernières années. Il ne s'était même pas manifesté quand ses parents avaient été condamnés à perpétuité à Azkaban, la prison du Monde Magique. Bien entendu, Azkaban faisait partie des choses auxquelles Harry refusait de penser, si bien qu'il verrouilla ces pensées avant qu'elles ne puissent davantage se développer.

Harry se dirigea vers l'accueil. « Bonjour » fit-il avec un sourire aussi grand que possible. « Je viens voir Draco Malfoy. »

L'infirmière, qui était en train de compléter des documents, leva les yeux. « Attendez une minute » fit-elle, et elle se tourna vers son ordinateur. Puis elle se retourna lentement, le regarda avec de grands yeux, puis se retourna à nouveau vers son ordinateur. « Juste une seconde » fit-elle encore. Mais cette fois, elle bafouillait presque et une légère rougeur s'étendait sur ses joues.

Harry continua de sourire et de hocher la tête. Il était habitué à ce traitement, même si ça lui donnait toujours un peu l'impression d'être un idiot. Il était beau garçon – enfin, d'après les autres – et sa photo s'était retrouvée quelques fois dans le journal. Les gens aimaient les célébrités.

« Il est dans la chambre 256 » annonça-t-elle moins d'une minute plus tard. « Mais nos heures de visite ne sont pas avant— »

« Je ferai vite, promis » fit Harry en lui décochant un autre sourire.

« Oh » dit-elle en rougissant un peu. « D'accord. C'est un peu plus loin dans le couloir, sur votre gauche. Mais veillez à ne pas le déranger. Il a subi un grave traumatisme. »

« Je sais et je n'en ferai rien » assura Harry, puis il partit, l'infirmière le suivant toujours d'un regard un peu alangui.

Les couloirs étaient remplis de matériel et de lits épars, mais il n'y avait personne. Il dépassa une infirmière ou deux, et un médecin lui dit bonjour, mais le reste du temps qu'il lui fallut pour arriver à destination, il le passa seul.

248, 250, 252...Voilà, c'était la chambre qu'il cherchait. Des fenêtres donnaient sur le couloir, mais les rideaux étaient tirés, si bien que Harry ne put voir l'intérieur de la chambre. Les battements de son cœur s'accélèrent inexplicablement quand il leva la main pour ouvrir la porte. Il se demanda à quoi il s'attendait, puis il baissa la poignée et la porte s'ouvrit sans un bruit, et il n'eut plus à se demander quoi que ce soit.

Là, au milieu d'une petite pièce qui avait des fenêtres de chaque côté – une que Harry avait vue du couloir et l'autre qui donnait sur la rue plus bas et le ciel rouge – reposait Draco Malfoy.

« Vous lui avez sauvé la vie. »

Le côté gauche de son visage était recouvert de gaze blanche, la peau en dessous étant violacée et d'un teint maladif. Des bandages cachaient différentes parties de son corps, et son bras et sa jambe gauches étaient plâtrés. Le visage de Malfoy semblait plus pâle que dans le souvenir de Harry, mais ça pouvait simplement être sa mémoire défaillante qui lui jouait un tour, ou peut-être la luminosité de la pièce. Une sorte de structure était autour de Malfoy, reliée au blond à différents endroits. Harry supposa que c'était pour empêcher Malfoy de bouger, ce qui aggraverait encore l'état de sa colonne vertébrale.

Le corps de Malfoy était également relié à tout un arsenal de machines pour mesurer son pouls, sa tension artérielle et tout un tas d'autres choses que Harry ignorait. Elles remplissaient la chambre de bip bip qui passèrent bientôt au second plan dans l'esprit de Harry, rassurants de par leur régularité.

Il ignora combien de temps il resta là, à regarder la silhouette du jeune homme qui autrefois avait été sa Némésis de l'école. Le Draco Malfoy que Harry avait sous les yeux ne ressemblait en rien au petit con gâté, grand, fier et agaçant à n'en plus finir, qui avait cassé les pieds à Harry pendant six ans et demi.

Bien entendu, ce n'était peut-être pas tout à fait vrai, car Harry avait, après tout, également embêté Malfoy. Donc le blond n'était pas totalement à blâmer, bien que Harry eût trouvé ça plus juste. Il sourit presque tandis que des souvenirs lui revenaient, mais se rappela ensuite qu'il ne voulait pas penser à ces choses, et il ferma rapidement la porte qui menait à cette partie de son esprit.

Le blond en question émit tout à coup un léger soupir de douleur.

Une panique soudaine s'empara de Harry, mais il découvrit que ses membres ne répondaient plus. Au lieu de sortir de là en courant, ce qui avait été la première impulsion de Harry, il resta figé sur place tandis que Malfoy revenait à lui sous ses yeux.

Il battit des paupières alors que Harry se rappelait soudainement à qui il avait affaire.

Draco Malfoy.

Sa Némésis de l'école, qui avait détesté Hermione pour ne pas être une sang pure et méprisé Ron pour être pauvre.

Malfoy cligna des yeux dans sa direction, les orbes gris essayant d'y voir clair. Il plissa les yeux en voyant Harry, tentant de faire fonctionner sa vue à nouveau correctement, l'esprit confus. Harry voyait et lisait son expression perplexe comme dans un livre ouvert, ce qui là encore différait beaucoup de l'ancien Malfoy.

« Je vous connais ? » demanda-t-il, voulant apparemment pencher légèrement la tête sur le côté, mais incapable de le faire à cause de la structure qui le maintenait en place. Sa voix était râpeuse, comme quelqu'un qui ne s'en serait pas servi depuis un moment. Il avait également l'air fatigué.

Harry sourit, et il sentit à quel point son sourire paraissait forcé et peu naturel. « Ouais, Malfoy » fit-il.

La bouche de Malfoy béa. « Potter ? ». Sa voix était mêlée de stupéfaction et de mépris.

Harry haussa les épaules. « C'est Evans maintenant, mais ouais, c'est bien moi. »

« Sans la cicatrice et avec de nouvelles lunettes. Merveilleux. Qu'est-ce que tu fous ici ? »

A en juger au ton de Malfoy, il aurait très bien pu être en train de parler de la pluie et du beau temps.

« Je – hum » fit Harry, et il maudit son manque d'éloquence. Tant qu'il était seul avec son carnet et un stylo, il pouvait 'faire des choses avec les mots que je n'avais jamais vues auparavant' – chose que l'agent de Harry, Mme Pally Devan, lui avait dite une fois. Toutefois, face à l'ancien ennemi de son adolescence, il n'était manifestement qu'un empoté.

« Alors ? Crache le morceau. »

Quand il vit que Malfoy était toujours incapable d'être sec, Harry se rendit soudainement compte qu'il devait être encore sous l'emprise de puissants sédatifs. Il ne pouvait probablement pas s'exprimer sur un ton désagréable pour l'instant. Si quelqu'un avait dit à Harry quand il était à l'école qu'un jour viendrait où Draco Malfoy serait incapable d'employer un ton désagréable, il lui aurait dit d'aller directement à Ste Man—

Une fois encore, il coupa court à ces pensées.

« Tu as eu un accident » réussit finalement à répondre Harry. « J'étais là. J'ai comme qui dirait...accompagné l'ambulance...à l'hôpital ». Il marmonna les derniers mots, ce qui rendit son discours proche de l'incohérence.

Le front de Malfoy se plissa légèrement. « J'étais sur ma moto » fit-il, le pli s'intensifiant. Il leva la tête, bien que son mouvement soit bref, gêné par la structure qui l'entourait. « Alors tu es venu jubiler. »

« Je – quoi ? Non, pas du tout. Tu as eu un accident et je – je voulais juste voir si tu allais bien » termina Harry sans conviction. La vérité était qu'il n'avait toujours pas trouvé la raison pour laquelle il était revenu aujourd'hui.

« Tu voulais 'voir si j'allais bien' ? ». Cette fois, Malfoy réussit à parler d'un ton âpre, même si Harry crut également déceler une pointe de fatigue. « Ton ennemi. Tu voulais voir si j'allais bien. Je suppose que tu comprends pourquoi j'ai un peu...de mal à y croire. »

Harry lança un regard noir au blond. « Comme tu veux. Je m'en fiche. »

« Ah, voila quelque chose que je reconnais. Tu – t'en – fiches ». Le regard acier de Malfoy rencontra celui de Harry. « Alors maintenant que ça c'est réglé, dehors. »

« Quoi ? » fit Harry, stupéfait, son agacement disparaissant immédiatement.

« Tu m'as parfaitement entendu. Tu es venu, tu as vu que je vais 'bien', et maintenant tu fous le camp d'ici ». Le regard de Malfoy était dur, sa mâchoire, serrée. « Pars. »

Harry eut un léger soupir. « Malfoy, je— »

« Dehors ! ». Malfoy ne réussit pas véritablement à crier, mais sa voix était sans aucun doute plus forte.

Harry n'insista pas davantage ; il tourna les talons et partit.

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Il passa l'après-midi à errer dans la ville. Il n'avait pu se résoudre à aller en cours. Il aurait dû, mais il était parfaitement impossible qu'il reste assis à écouter des cours assommants alors que son monde venait encore une fois d'être chamboulé. Le retour involontaire de Malfoy dans sa vie avait ravivé des souvenirs d'une vie qu'il aurait préféré complètement oublier. Il ne voulait pas se souvenir. Il avait tourné le dos au Monde Magique pour une raison, une bonne raison, et qu'on le lui rappelle avec autant de force—

Il repoussa ces pensées, en essayant de se dire que personne ne lui avait rappelé quoi que ce soit, enfin pas vraiment. Il pouvait toujours se contenter de tourner le dos à Malfoy, à cette vie.

Harry entra dans son bar préféré, l'Expresso House, et commanda un café au lait. Réalisant qu'il n'avait pas mangé de la journée – il avait complètement oublié son petit-déjeuner, et son repas de midi avait consisté en une pomme -, il acheta également un petit pain au lait avec du beurre et du fromage. L'esprit toujours envahi par de multiples pensées bouillonnantes, il paya à la caissière et alla s'asseoir à une table près d'une fenêtre. Le soleil de fin d'après-midi colorait le ciel d'un ton orange vif, mais Harry le remarqua à peine.

« Vous lui avez sauvé la vie. »

Parmi toutes les pensées qui emplissaient son esprit, cette phrase se détachait clairement. Deux voix répétaient les mêmes mots : l'une était celle du médecin, l'autre était...une voix du passé, une voix qu'il ferait mieux d'oublier. Il ne voulait pas se souvenir ; ça ne ferait que lui rappeler son échec.

Alors il resta assis à regarder le coucher de soleil jusqu'à ce qu'il fasse nuit, quand la caissière vint lui dire qu'ils fermaient pour la soirée. La fille maigre, de dix-huit ans environ, attendit à côté de lui jusqu'à ce qu'il enfile sa veste.

« Désolé » marmonna-t-il quand il remarqua que le reste du bar était vide.

« Ce n'est rien ». La fille lui fit un sourire aimable. Elle était en train de ramasser sa tasse et son assiette quand elle se tourna vers lui et demanda « Vous n'avez pas apprécié votre café, monsieur ? »

« Comment ? » demanda Harry, distrait.

« Votre tasse est encore pleine » expliqua-t-elle d'une voix aimable. Elle semblait curieuse.

« Je – je crois que je n'avais pas envie de café en fait. »

Elle se contenta de lui sourire. « Bonne nuit, monsieur » le salua-t-elle tandis qu'il ouvrait la porte pour partir.

« Bonne – bonne nuit » répondit Harry.

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Le matin suivant, Harry alla en cours. Il avait déjà séché tous les cours de la veille ; il ne pouvait pas se permettre d'en rater davantage. Quand son dernier cours se termina à quinze heures, il remercia la divinité, quelle qu'elle soit, qui avait la charge du monde, pour avoir fait en sorte que ce jour soit un vendredi. Ses professeurs lui avaient posé plusieurs fois des questions pendant les cours, mais il n'avait même pas été capable d'en répondre à une seule, tant son esprit était ailleurs.

Même s'il essayait de toutes ses forces de repousser les pensées, elles continuaient à envahir son esprit. En fait, plus il tentait de les écarter, plus le poids des souvenirs qui déferlaient sur lui était lourd. Comme un raz de marée, elles ne faisaient que grossir de plus en plus, détruisant tous les murs qu'il avait soigneusement érigés autour de lui.

« Harry ! ». Suite à ce cri, Harry s'arrêta en chemin pour voir qui requerrait son attention. Il se retourna et se retrouva face à face avec une jeune femme aux longs cheveux bruns.

« Salut Myra » fit Harry, essayant d'être enthousiaste. Cependant, la vue de son amie n'empêcha pas cette pensée d'entrer dans son esprit :

Ils sont tous morts...

Myra le regardait, les sourcils froncés. « Tu n'as pas l'air heureux » fit-elle.

« C'est juste que...il s'est passé quelque chose l'autre jour » dit Harry. « C'est juste – je ne— »

« Tu ne veux pas en parler ? » termina Myra pour lui, un sourcil haussé.

Harry la regarda, impuissant, se demandant comment elle réagirait s'il lui racontait tout sur le monde auquel il avait autrefois appartenu. La partie logique de son cerveau lui répondit qu'elle serait effrayée, révoltée par quelque chose d'aussi...anormal. Une voix résonna à ses oreilles : celle d'Oncle Vernon, lui disant qu'il était un monstre. Il rencontra les yeux noisette de Myra. « Désolé » fit-il, sa voix pas plus forte qu'un simple murmure. « Je ne peux pas. »

Il fit mine de se retourner, mais Myra le retint par la manche. Mesurant quelques bons centimètres de moins que lui, elle dut lever les yeux vers lui. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma avec une expression pensive.

« Je suis là » fit-elle. « Si tu as besoin de moi, je suis là. »

Il tenta de sourire, mais il eut l'impression d'échouer lamentablement. « Merci » dit-il, et il la quitta, tandis qu'elle le regardait toujours.

Cet après-midi là, Harry resta assis chez lui à ruminer. Il ne savait pas quoi faire ; il voulait repousser les souvenirs et ne plus jamais avoir affaire à eux, mais quoiqu'il regarde, tout semblait être relié au passé d'une manière ou d'une autre, malgré ses efforts pour renouveler complètement ses affaires quand il avait abandonné son passé derrière lui.

Ou plutôt, reconnut-il en lui-même, quand il avait fui son passé. Il ne l'avait jamais vraiment abandonné.

Finalement, comme il commençait à s'énerver contre lui-même, il se leva et enfila à nouveau son manteau. Ayant un besoin urgent de faire quelque chose, il prit ses clés et quitta son appartement. Descendant presque en courant les marches, il quitta la bâtisse en un rien de temps. Le trottoir était, comme d'habitude, plein de monde, depuis qu'il vivait dans un quartier animé du Londres Moldu. Ils ne firent pas attention à lui, alors qu'il marchait à grand pas dans la rue, sa destination clairement en tête : l'hôpital, et plus précisément, les Soins Intensifs.

L'hôpital bourdonnait d'activité, tout comme la dernière fois que Harry était venu. Des infirmières et des médecins, tous vêtus des couleurs habituelles : vert et blanc ; des patients sur des lits, certains inconscients, d'autres pleurant ; et des parents et amis, tous anxieux et fatigués. Harry n'entrait dans aucune de ces catégories : il n'était pas un membre du personnel médical, il n'était pas un patient – heureusement – et il ne se considérait ni comme un ami, ni comme un parent de Malfoy.

« Euh, bonjour » fit-il à l'infirmier à l'accueil. « Je suis venu voir Draco Malfoy. »

« Un parent ? » s'enquit l'homme, clairement stressé.

« Un ami » répondit Harry, malgré ses récentes pensées.

« Il a été déplacé au troisième étage, chambre 317 » fit l'homme. « Les horaires de visite se terminent à dix-sept heures. Suivant ? »

Harry fut poussé de côté. Il ne s'en formalisa pas ; il traversa le couloir en direction des escaliers. En arrivant au troisième étage légèrement essoufflé, il se jura de recommencer à faire de l'exercice. Tout ce qu'il faisait ces temps-ci, c'était les allers-retours à l'université.

Il se rendit compte à quel point ses pensées étaient déplacées quand il se rappela à qui il venait rendre visite et pourquoi.

Le troisième étage était beaucoup plus calme que le premier. Harry réalisa bientôt que c'était la section réservée aux maladies et aux blessures de longue durée. La section était calme, mais ce n'était pas un calme inquiétant. La section faisait tout pour que les patients se sentent comme chez eux : photos, tableaux, et dessins sur les murs, une grande pièce avec des canapés, une télé, une chaîne hi fi, et un assortiment de vidéos et de cd. Un homme d'une quarantaine d'années, assis dans un fauteuil roulant, regardait la télé avec intérêt, et ne leva pas les yeux quand Harry passa devant lui.

Les chambres de cet étage avaient également des fenêtres qui donnaient sur le couloir, mais la plupart des stores étaient baissés. Harry comprenait ce besoin d'avoir un minimum d'intimité. Il savait qu'il ne pouvait pas y avoir beaucoup d'intimité quand une personne avait besoin d'aide pour aller et revenir des toilettes, et même parfois pour faire l'affaire en elle-même.

La chambre 317 était presque au bout du couloir. Harry passa devant une salle où deux infirmières sirotaient une tasse de thé en discutant à voix basse.

Il s'arrêta devant la chambre 317 et prit une profonde inspiration. Les stores étaient baissés là aussi ; Harry n'en fut pas surpris. Malfoy avait toujours exigé qu'on respecte son intimité. Harry remarqua que sa main tremblait quand il la leva pour frapper à la porte. Des papillons voletaient – non, des éléphants trépignaient – nerveusement dans son estomac. Il ne savait pas pourquoi il était nerveux : c'était Malfoy, sa Némésis de l'école, vraiment pas une personne dont il se souciait et il n'y avait aucune raison d'être effrayé.

Une petite voix dans sa tête lui rappela que la dernière fois que Harry avait vu Malfoy, ce dernier lui avait crié de sortir.

Il se rendit compte que personne n'avait répondu à son coup à la porte. Décidant de prendre le risque, se disant que Malfoy ne pouvait pas réellement lui faire quelque chose – rien de pire que crier de toutes façons -, il baissa la poignée et ouvrit la porte.

Malfoy dormait. Des voix émanaient de la chambre, mais Harry réalisa vite que c'était la télé qui diffusait une stupide émission de télé réalité, et non quelqu'un qui était venu rendre visite au patient blond allongé sur le lit. Osant pénétrer plus avant dans la chambre, Harry observa la silhouette de Malfoy. Il était pâle, trop pâle pour être en bonne santé. Les bleus visibles du côté de la gaze sur le visage de Malfoy avaient très légèrement diminué niveau couleur, mais contrastaient encore vilainement avec sa peau. Comme on pouvait s'y attendre, la structure était toujours en place autour de la tête et du haut du corps de Malfoy, pour l'empêcher de bouger. Les couvertures étaient tirées jusqu'à sa taille, son bras gauche plâtré reposant sur son ventre.

Se rapprochant du lit, Harry tendit la main vers la télécommande, pour éteindre la télé.

Harry retrouva soudain son poignet emprisonné dans la main de Malfoy, et des yeux emplis de rage s'ouvrirent pour se poser sur lui.

« Ne t'ai-je pas dit de me laisser tranquille ? » dit-il d'une voix basse et mordante.

Harry croisa son regard sans broncher. « Non, la dernière fois, tu m'as simplement dit de partir » rétorqua-t-il, sachant que le ton de sa voix allait rendre Malfoy dingue.

« Alors je te le dis à nouveau, de— »

« Malfoy, arrête » fit Harry avec lassitude. « On n'est pas à – on n'est plus à l'école, je vis dans le Monde Moldu et tu es dans un hôpital moldu, paralysé à partir de la taille. Ma présence ici devrait être le cadet de tes soucis. »

Malfoy ouvrit et ferma rapidement la bouche plusieurs fois. Harry savoura ce moment où il laissa Malfoy sans voix. Il se rendit compte tout à coup que, depuis qu'il avait décidé de venir à l'hôpital voir Malfoy, ses pensées ne l'avaient plus assailli comme elles le faisaient auparavant. Craignant de perdre cette capacité à réfréner les pensées non désirées, Harry retourna son attention vers le blond. Le jeune homme semblait une fois de plus furieux.

« Je ne sais pas comment tu as découvert l'étendue de mes blessures » fit-il, regagnant son sang froid et son ton glacial. « Mais crois-moi quand je te dis que je ne voulais pas que tu le saches. Maintenant pars avant que j'appelle l'infirmière. »

Harry leva les yeux au ciel et dégagea son poignet de l'étreinte de Malfoy. Ce faisant, il nota l'éclair de douleur et le léger tressaillement, et il se rappela qu'il devait être prudent avec le blond. Même si Malfoy ne voulait pas se l'avouer, il avait été gravement blessé dans l'accident. Une partie de Harry se demanda pourquoi il s'en souciait ; Harry répondit à cette partie que peu importait la personne qu'il avait devant lui ; il n'allait pas davantage faire souffrir cette personne après un tel accident.

Il éteignit l'agaçante télé. Même avec le dos tourné, il savait que Malfoy suivait chacun de ses mouvements.

« Quelqu'un d'autre sait que tu es ici ? » finit-il par demander en se retournant vers Malfoy.

Malfoy semblait se demander s'il devait répondre ou non, et quand trente secondes furent passées, Harry s'exclama « Oh, allez, Malfoy ! C'est vraiment si terrible que ça que je sois ici ? Que je sois au courant ? »

Les yeux de Malfoy brillèrent d'une haine qui lui était familière plusieurs années auparavant. « Dehors » siffla-t-il.

« C'est tout ce que tu sais dire ? » fit Harry, sentant la moutarde lui monter au nez. « 'Dehors' ? Tu n'as pas changé un peu ? Tu es toujours ce petit con pourri gâté que j'ai connu il y a longtemps ? »

Malfoy voulut bouger, et sa colère ne fit que s'accroître quand il vit que la structure qui l'entourait l'en empêchait. Le fait que ladite structure était ce qui le gardait en vie en ce moment même était sans importance ; il ne désirait rien de plus que se lever et frapper Harry ; celui-ci le voyait, c'était clairement inscrit sur son visage.

« Dehors ! » cria à nouveau Malfoy. « Dehors, dehors, dehors ! »

Le visage sombre, Harry tourna les talons et quitta la chambre, la porte se refermant silencieusement derrière lui.

A suivre...