Bon, voilà un petit chapitre nouveau pour vous ! Merci aux anges qui m'ont offert encore deux reviews et si gentilles en plus ! J'ai internet seulement pour quelques jours, donc au maximum je pourrai vous rajouter seulement le chapitre 6, mais normalement en septembre (début) il devrait y avoir deux nouveaux chapitres, les titres sont sauf changement :

Chapitre 7 : Port Royal

Chapitre 8 : Les fantômes reviennent ?

Voilà j'espère que tout ça vous plaira ! Bonne lecture !

Chapitre 5 : un caractère de pirate…

Cet inattendu coup de théâtre interrompit cette désagréable conversation. Les pirates, pris d'une forte excitation et d'une envie de butin tout aussi forte, se précipitèrent à leurs tâches avant même que Jack ne lance les ordres.

-Armez les canons ! Sortez vos armes ! A la poursuite !

Il dit doucement à l'oreille de Debra :

-Nous parlerons une autre fois.

Cette phrase avait un quelque chose de menaçant qui déplut fortement à la jeune fille, mais elle décida d'aller dans sa cabine prendre ses armes.

Elle s'empara de son sabre scintillant, d'une courte dague qu'elle accrocha à la ceinture et d'un pistolet en nacre bien chargé.

Elle sentait en elle cet énigmatique sentiment qui la saisissait toujours, avant un abordage.

Une envie de tuer, de piller, et de ne jamais s'arrêter.

Ses yeux bleus avaient quelque chose de vitreux, et son teint habituellement si pâle commença à rougir légèrement. Ses mains affilées se tortillaient entre elles, impatientes.

Il y avait vraiment quelque chose de dangereux voire même de fanatique en elle. Elle avait gagné le respect des pirates par les mille batailles où elle s'était toujours distinguée pour son courage impitoyable.

Elle était adossée à la rambarde, comme à son habitude, et suivait avec excitation croissante les manœuvres. Le navire belge n'était pas très loin, ni très rapide. La Perle Noire, implacable, semblait voler sur les ondes et rattraper inéluctablement le galion marchand.

Adrian, de son côté, regardait le navire adversaire impassiblement. Il se souvenait des abordages faits par son père, de cette même excitation, et de ces butins somptueux. Mais l'envie d'en rire, de défier la mort, de démontrer sa bravoure l'avait quitté. Ces souvenirs le minaient, et il revoyait encore l'assaut de Reyes, la Justicière qui sombrait dans les eaux, et sa mère, si belle, dont le sourire s'était évanoui à jamais… Il ne l'oublierait jamais, cette expression de désespoir qui peignait le visage de Raquel Baranovsky.

Il revint brusquement à la réalité. Il lança un regard à Debra et vit son état presque fiévreux. Debra… si belle et si douce, et puis soudain si dure. Pourrait-il un jour la connaître vraiment ?

Jack avait une bouteille de rhum à la main. Il se désintéressait totalement du galion belge, sachant que la besogne serait vite réglée. Il repensait à la conversation avec sa fille. Elle ne se rendait pas compte, têtue comme elle était, qu'il voulait la protéger de la vérité. Et qu'il voulait surtout se protéger lui-même. Oublier. Oublier ce cauchemar qu'il avait vécu…

Deux heures s'égrenèrent lentement avant que la Perle Noire ne rejoigne le petit galion belge. Mercedes, tel était son nom, sûrement donné en honneur de la fille du capitaine ou du second.

Le pont était couvert de visages étonnés, apeurés. C'était leur premier voyage aux Caraïbes. Ils avaient entendu parler des pirates, certes, mais avec l'éloignement toutes ces histoires semblaient des contes lointains. Les quelques hommes armés étaient entassés sur le pont, alors que les voyageurs étaient renfermés dans leurs cabines.

Debra les dévisageait un à un. Ses futures victimes… Avant même que Jack ne crie « à l'abordage », son grappin était déjà dans les airs. Elle fondit sur le navire, avec l'apparence d'un ange aux douces boucles blondes, mais la détermination et la cruauté d'un démon. Tous la regardèrent, étonnés par cette apparition allégorique mais pas pour autant moins dangereuse. Elle ne leur laissa aucun instant. Une colère immense débordait en elle, une rage après cette maudite conversation avec Jack, une colère froide, sans pitié, implacable. Elle tuait, tuait, massacrait, paraît puis revenait à l'assault.

Elle voyait la présence des autres pirates près d'elle, mais indistinctement, comme si ces silhouettes n'étaient que des ombres.

Elle ne vit pas les mains en l'air, en geste de soumission, des attaqués. Elle n'entendit pas le cessez-le-feu de Jack. Elle continuait à tuer imperturbable, telle une machine. Elle était dans un autre monde, avec ses yeux d'ordinaire si limpides qui semblaient refléter la mer noire et mouvementée, infinie, cruelle.

Elle sentit soudain une emprise d'acier saisir son épaule. Elle se retourna, agacée, tout en tentant de se dégager, et découvrit le visage en colère d'Adrian. Dire qu'elle avait enfreint le code était un très léger euphémisme. Malgré elle, elle s'était tâchée du crime le plus ignoble, la lâcheté. Elle avait tué ces êtres alors qu'ils s'étaient rendus, impuissants. Elle voyait comme dans un rêve les visages désapprobateurs des pirates. Elle voyait Anamaria, qui semblait lui crier « pourquoi ? ». Elle tenta une nouvelle fois de se dégager, mais elle ne réussit pas à se libérer de la forte emprise d'Adrian.

-Pourquoi tu fais ça, hein ? Tu t'es mis aussi avec Jack ? Vous êtes donc tous contre moi ?

-Debra, arrête de dire des idioties. Tu as enfreint le code, tu as enfreint l'honneur, tu t'es comportée comme une gamine, et tu a désobéi aux ordres. Tu sais bien que Jack ne peut pas le tolérer.

-Et alors ? Qu'est-ce que ça peut TE faire ?

-Debra, tu étais hors contrôle, tu étais en train de tuer des innocents. Je ne peux pas te laisser faire une chose pareille.

La jeune femme était trop furieuse pour observer le regard d'Adrian, mais elle y aurait vu bien plus que des reproches. Il était rempli de pitié, et d'une grande tristesse.

Debra réussit finalement à se libérer du bras d'Adrian et lui cracha dessus, tout en prononçant avec mépris ces paroles :

-Merci de m'avoir humiliée ainsi devant tout l'équipage. Allez au diable, tous, et toi d'abord !

Il eut la forte envie de la gifler mais il se retint. Il ne voulait pas faire les mêmes erreurs qu'elle. Debra se dirigeait d'un pas enragé vers sa cabine, où elle s'enferma à double tour. Pendant ce temps, Jack donnait des ordres à Anamaria, qui, depuis les innombrables années passées sur la Perle, avait atteint le vénérable rôle de second. Il est vrai que l'équipage de Jack était un peu différent de la norme, étant donné qu'il n'y avait pas une, mais bien deux femmes à bord, et dans des rôles important.

-Ana, occupe-toi du pillage et de ces gens, s'il te plaît. Laisse-leur des chaloupes et brûle le navire après. Et vous, bande de pouilleux, arrêtez de regarder et mettez-vous au travail !

Après avoir délégué ces opérations, il aborda Adrian qui regardait la mer d'un regard vide.

-Tu ne vas pas me dire qu'elle a réussi à te déstabiliser ?

-Elle m'a dit que je l'avais humiliée devant tout l'équipage, et en fin de compte elle a raison…

-Balivernes ! La gravité de ses actes est énorme ! Si ce n'était pas ma fille, et si elle n'était pas sur mon navire, selon le code, elle aurait déjà été abandonnée à la mer ou au mieux fouettée à sang devant tout l'équipage… Insubordination, lâcheté… pour moi c'est presque plus grave que la désertion. Et en plus, c'est ma fille qui fait ça.

-Jack…

-Oui ?

-Ce n'est pas par hasard votre conversation qui l'a mise dans un tel état ?

-Oui, sûrement. Mais ce n'est pas ça le problème. Il suffit d'une étincelle et voici que la bombe explose. Je comptais faire d'elle le capitaine de la Perle, mais si elle fait des choses comme ça, elle finira bien vite sa carrière de pirate.

Adrian le regarda avec étonnement. Il n'aurait jamais pensé qui Jack puisse déléguer son navire à quelqu'un d'autre, fût-ce même sa fille.

-De quoi parliez-vous avant ? Est-ce que ça me regardait ?

-Au principe, oui. Mais ce n'est pas à cause de toi que la situation a dégénéré. Elle me parlait de Gemma, et j'ai perdu le contrôle.

-Je comprends.

Jack ramassa une bouteille de rhum qui traînait et en avala une longue gorgée. Il semblait dépassé par les événements.

-Que comptes-tu faire maintenant ?

-Je ne sais pas. Il est inutile que j'aille lui parler maintenant, elle risquerait même d'empirer sa situation. Il y a des moments où elle est comme ça. Enfin… tu as eu le mérite de la mettre de bonne humeur, c'est déjà quelque chose. Mais j'arrête de te retenir, il y a ta part de butin là-dedans, profites-en.

-Je n'ai plus le cœur à faire ça depuis que mes parents sont morts.

-Alors fais ce que tu veux. Je rentre dans ma cabine un moment. J'ai besoin de me reposer.

Sinonyme de « j'ai besoin de boire », pensa Adrian. Effectivement, boire semblait la meilleure chose à faire, mais il ne le voulait pas non plus. Il se sentait encore coupable. Il avait peut-être été trop brusque avec Debra, devant tous les hommes qui plus est. Qu'avait dit Jack ? A-t'elle déjà réussi à te déstabiliser ? Oui, en effet. Il lui semblait avoir été manipulé, mais il ne pouvait combattre contre le sentiment de pitié qui prenait le dessus en lui. Il décida de frapper à la cabine de Debra.

-Jack, vas-t'en, je ne veux pas t'entendre !

-Debra, c'est moi… ouvre, s'il te plaît.

-Toi ! Comment oses-tu te présenter ici ?

La voix de la jeune pirate était étouffée par l'épaisse porte mais toujours assez claire.

-Debra, ouvre, je ne le dirais pas deux fois.

La voix impérieuse d'Adrian avait un effet presque magnétique. Debra se leva de son lit à contrecœur et alla ouvrir.

-Qu'est-ce que tu veux, m'humilier une autre fois ?

-Debra, s'il te plaît. Essaye de te rendre compte de ce que tu as fait... ton père est furieux contre toi, et il a bien raison. Selon le code, tu devrais subir un lourd châtiment, voire même être maronnée ! Tu réalises ?

-Qu'il le fasse… je ne crains rien. Ce n'est pas la fille de Jack Sparrow qui va se suicider sur une île déserte, ni elle qui pleurera sous les coups de fouet. J'ai mon orgueil, Adrian, et quoiqu'il arrive je le garderai.

Il ne put qu'admirer le courage de ses paroles. Il l'observait avec intensité, et voyait que quelque chose clochait en elle. Elle lui semblait faible, encore plus pâle, presque blême. Elle se tenait le bras d'une main.

-Qu'est-ce qu'il y a, Debbie, tu t'es blessée ?

Son ton s'était adouci, mais elle ne sembla pas apprécier.

-C'est bon, Adrian, je ne suis pas une enfant de trois…

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Ses pupilles étaient de plus en plus dilatées, fiévreuses. Avec un cri rauque, elle s'écroula comme une plume dans les bras du pirate. Voyant qu'elle ne se réveillait pas, il la déposa tendrement sur le lit et vit le sang qui s'échappait à flots de la blessure qu'elle avait cherché de couvrir. A l'aide de son couteau, il déchira la manche de la robe pour libérer la plaie et vit qu'elle était profonde. Debra avait dû être atteinte durant la bataille, et, prise par l'adrénaline, ne s'en était pas aperçue. Adrian se précipita dehors pour appeler Jack et le médecin de bord. Celui-ci était un homme de grande taille et remarquablement fort, qui n'inspirait pas vraiment de confiance, mais qui accomplissait son rôle assez correctement. Il examina le bras de Debra avec un œil qui se voulait d'expert et décréta son verdict.

-Ce n'est pas grand chose. Il faudra juste un ou deux points.

Il s'en occupa avec le plus grand sang-froid. Il désinfecta la plaie et la referma savamment. Pendant toute l'opération, Debra n'avait pas ouvert un œil. Elle dormit toute la journée, avec Adrian qui la veillait sans cesse, et ne se réveilla qu'à nuit tombée.

-Adrian… où suis-je ?

Les souvenirs de l'abordage lui revinrent brutalement. Elle se redressa d'un coup, se demandant pourquoi elle était alitée, puis elle vit le bandeau autour de son bras et se rappela la discussion inachevée avec Adrian.

-Adri…

Sa voix n'était qu'un faible murmure, mais ses joues avaient repris un peu de couleur.

-Pardonne-moi. Je ne voulais pas faire ce que j'ai fait… c'était juste une stupide impulsion. Je suis désolée.

Elle repensa à la violence de ses gestes et à sa cruauté et une larme perla à son œil.

-Ce n'est rien, mon ange. Tu n'étais pas en toi, ça arrive.

-Jack… est-ce qu'il est encore furieux contre moi ?

-Il était ici il y a quelques minutes. Tu veux que j'aille l'appeler ?

-Non… reste. Je… voulais te dire… merci.

Il sourit et prit ses mains dans les siennes, avec tendresse.

-Debra… je t'aime. Je te connais depuis si peu, mais je suis fou de toi.

-Adrian, écoute… Tu ne peux même pas imaginer comme je tiens à toi, mais j'ai si peur… tu sais comme moi que sur ce navire on peut mourir demain, d'un jour à l'autre, à cause des maladies, de la nourriture, des combats… on a vécu tous les deux la mort d'un être cher qui nous a été retiré par le monde où nous vivons, je… je ne pourrais pas supporter de te perdre.

Ce discours était d'un réalisme assez étonnant pour une jeune femme de son âge qui semblait ne rien craindre… elle était troublée par cette vulnérabilité si immense qui caractérisait les pirates… et une sorte de mécanisme d'auto-préservation ne voulait pas qu'elle souffre à nouveau.

-Il ne faut pas se dire ces choses. Regarde ton père… combien de fois a t'il échappé à la mort en toutes ces années ? C'est notre vie, Debra. Si tu ne la veux pas tu peux toujours vivre à Port-Royal ou à Panama ou n'importe où sous une cage invisible mais encore plus étouffante.

-Tu… tu peux appeler Jack, s'il te plaît ?

Debra ne se sentait pas en mesure d'affronter la conversation, elle était terriblement faible…

-Hey, trésor, tu sais que tu devrais être maronnée ?

Jack semblait avoir retrouvé toute sa bonne humeur et sa jovialité habituelles. Un petit sourire triste illumina le visage de sa fille.

-Jack, je suis désolée… vraiment. Mais il ne faut pas que tu me privilégie parce que je suis ta fille… si tu dois faire quelque chose, fais-le… je trouverai bien un moyen de m'en tirer… il ne fallait pas que j'oublie qu'on est sur une frégate… pirate.

-Est-ce que tu as déjà vu quelqu'un se faire maronner sur mon navire, Deb ? Il y en a pas besoin… il ne faut pas toujours être cruels comme l'Olonnois pour se faire respecter de l'équipage. Ne t'inquiète pas… la seule chose que je te demande en échange est de ne pas revenir sur notre discussion… il est inutile de ressasser le passé.

Ni un oui ni un non ne sortit de la bouche de Debra. Elle ne voulait pas tirer la corde.

-Je… je vais dormir. Merci d'être venu, Jack.

-Oh… mais c'est le devoir d'un capitaine de contrôler son équipage. Remets-toi en forme, mon trésor.

Debra dormait déjà.