-Carson ?

Silence.

-Carson vous êtes là ?

Personne ne répondit à la question de Sheppard. Lui et McKay avait déjà vérifié l'infirmerie, le mess et la salle de contrôle. Rodney était même allé jeter un coup d'œil au bureau d'Elisabeth.

Pas d'Ecossais.

John avait proposé d'essayer les quartiers du Docteur. Là Rodney avait hésité : la vie à Atlantis s'était rapidement révélée très … communautaire et une règle tacite s'était instaurée pour laisser à chaque membre de l'expédition l'intimité suffisante pour ne pas péter les plombs. Si Carson s'était retiré dans sa chambre c'était peut-être justement pour éviter ce genre d'intrusion.

Sheppard n'avait pas les même scrupules, d'ailleurs Rodney avait déjà pu le vérifier à ses dépends à de nombreuses occasions.

Le Colonel commença par frapper à la porte de Beckett puis à l'appeler, plutôt bruyamment au goût du physicien.

Quand personne ne répondit, John fit un geste en direction du panneau de contrôle. McKay l'arrêta. John haussa les sourcils, surpris.

-Quoi ?

-Je ne sais pas si c'est une bonne idée Colonel. Répondit Rodney sans lâcher son bras.

John se dégagea sans mal.

-McKay croyez-moi, si je ne pensais pas que c'était nécessaire je ne le ferais pas. Moi aussi un jour je me suis enfermé chez moi, j'ai même agressé ceux qui venaient me voir, mais je vous jure que si vous m'aviez tous laissé pourrir dans mon coin, j'aurais encore plus fait la gueule.

Rodney hésita puis hocha la tête. Sheppard savait de quoi il parlait.

-Dites donc, vous dites que vous n'avez pas l'habitude de déranger les gens, mais vous ne vous gênez pas avec moi ! Repris le Canadien, soudain frappé par la phrase de son coéquipier.

John lui lança un sourire satisfait :

-Eh McKay, vous c'est pas pareil !

Puis sans écoute les protestations du scientifique outragé ( comment ça moi ce n'est pas pareil, vous ne pensez pas que lorsque je m'enferme dans le labo c'est que j'ai besoin d'un minimum d'intimité ?), il ouvrit la porte.

Rodney arrêta son monologue et laissa ses yeux s'habituer à la pénombre qui régnait dans la pièce. John avança sa tête à l'intérieur et murmura :

-Doc ?

En clignant bien des yeux, Rodney finit par apercevoir une forme au pied du lit. Oubliant ce qu'il venait de dire sur la préservation de la vie privée, il franchit le seuil sans hésiter et s'accroupit à côté du docteur.

Carson était assis, ses bras entourant ses genoux ramenés près de sa poitrine dans une attitude presque enfantine. Rodney sentit le Colonel s'approcher et s'agenouiller près d'eux. Le physicien posa une main incertaine sur l'épaule de l'Ecossais.

-Carson ?

Le docteur ne répondit pas. McKay le secoua légèrement.

-Carson ? Ca ne va pas ?

Ils entendirent un petit rire désabusé.

-Si, si tout va très bien Rodney. Répondit Beckett d'une voix un peu traînante, agrémentée d'un accent écossais plus fort que jamais.

Quelques choses dans le ton de sa voix inquiéta le Canadien. Il se tourna vers le Colonel qui lui rendit un regard perplexe avant de tenter sa chance lui aussi.

-Hey Doc, qu'est-ce que vous diriez de sortir de cette chambre et de prendre un peu l'air ?

Carson eut un gloussement et releva enfin la tête.

-Et qu'est-ce que vous diriez d'aller prendre l'air sans moi Colonel ?

Les yeux de Rodney s'agrandir sous l'effet de la surprise. L'haleine du docteur sentait … non puait l'alcool !

-Vous êtes saoul ! S'exclama Sheppard en écho aux pensées de son coéquipier.

-Vous avez tout à fait raison bloody hell ! Répondit Carson en riant. Ma mère m'a offert à mon départ une bonne bouteille de Whisky écossais, pour une occasion elle a dit ! Je crois qu'aujourd'hui était une sacrée occasion !

-Carson… commença Rodney.

Il n'en revenait pas. Découvrir Radek se saoulant en cachette ne l'aurait presque pas étonné, mais Carson ! Cependant le docteur ne l'écoutait pas. Ceux qui ont le "vin triste" ont souvent tendance à devenir très éloquent. Apparemment Carson appartenait à cette catégorie.

-Elle ne serait pas fière de moi aujourd'hui. Quand j'ai eut mon di..diplôme de médecine, elle m'a embrassé sur les deux joues et à invité tous nos voisins pour fêter ça. Elle… elle disait que j'étais son orgueil parce que je sauvais des vies tous les jours.

Rodney remarqua qu'en parlant Carson fixait intensément sa main, ou du moins c'est ce qu'il avait cru, mais il se rendit compte que ce que l'Ecossais contemplait était une photo, et le Canadien aurait parié que c'était une photo de sa mère.

-J'aimerais n'avoir jamais travailler sur le rétrovirus, continuait Beckett d'une voix laborieuse. N'avoir jamais rencontrer les .. les wraiths.

Il butta sur le mot et se répéter plusieurs fois comme s'il ne savait plus vraiment où il voulait en venir.

-Jamais venu sur Atlantis, jamais .. jamais ..

Il bégaya, répétant le mot comme un mantra. Rodney jeta un regard désemparé au Colonel. Il n'était vraiment pas bon pour ce genre de chose, même en faisant des efforts ! Sheppard fixait Beckett et ses yeux s'assombrissait au fur et a mesure du monologue du docteur. Puis soudain il l'attrapa par les épaules et le secoua. Gentiment mais assez fort pour le sortir de son hébétude.

-Carson, regardez-moi ! Commanda-t-il

Et le ton de sa voix rappela à Rodney celui qu'il avait employé pour le convaincre de quitter Doranda. L'Ecossais leva les yeux, lentement, et John vrilla son regard dans le sien, comme s'il cherchait à atteindre le vrai Carson derrière les buées de l'alcool.

-Si vous n'aviez pas été là, je serais mort. Depuis longtemps, martela-t-il en détachant chaques syllabes. Et je ne suis pas le seul.

Carson le regarda stupidement avant de reprendre sa lamentation.

-Non, non, il y aurait eut quelqu'un d'autre. Rodney a raison, j'ai tout foutu en l'air, maintenant les wraiths vont venir…

Rodney serra les dents. Stupide crise de panique. Quand apprendra-t-il à la fermer ?

Les yeux de Sheppard quittèrent un instant ceux du docteur pour jeter un regard noir au Canadien.

-Rodney est parfois stupide Carson !

Le principal intéressé ne chercha même pas à démentir, pour une fois.

-Si ce n'avait pas été vous, votre remplaçant n'aurait pas eut vos capacités en génétique, Rodney n'aurait pas le gène et mois je me serais transformer en …

Il ne finit pas sa phrase, l'épisode de sa mutation était encore trop douloureux dans sa mémoire.

-Carson, vous avez merdé, ça arrive a tout le monde, particulièrement ici. Mais merde ce n'est pas une raison pour se saouler et pleurnicher sur une photo de votre mère.

La voix de Sheppard était passée du murmure à un ton remplit de colère. Il essayait de faire réagir le docteur. Une méthode bien militaire. Ravale tes larmes et soit un homme. Ca rappelait des souvenirs… et ce n'était pas forcément la meilleure façon de procéder.

-Colonel ?

Sheppard leva les yeux.

-Que diriez-vous d'aller prendre l'air ? Suggéra Rodney.

John resta immobile, puis prit une longue inspiration un peu tremblotante. Il hocha la tête et, jetant un dernier regard à Carson qui avait l'air de commencer à dessaouler, il sortit.

Rodney se demanda ce qui avait pu le mettre dans cet état. Sheppard était plutôt cool d'habitude, même s'il portait en lui une part d'ombre, toujours sous-jacente, toujours en tension.

En même temps la journée n'avait pas été très agréable : la peur de perdre Teyla, l'adrénaline en fuyant la planète wraith, la déception du projet raté, l'effrayante idée qu'un wraith savait désormais qu'Atlantis était toujours debout…

Rodney se rappela qu'à peine deux ans auparavant Sheppard était un major à la carrière bloquée. Avec le recul, Rodney reconnut que Sheppard s'en était plutôt bien sortit. Mais supporter une responsabilité de ce genre implique de pouvoir se reposer sur des gens en qui on fait totalement confiance. Carson était un élément stable, sûre, toujours là pour sauver les vies. Si même le docteur se mettait à craquer…

Rodney quitta la position accroupie qui le menaçait de crampes pour s'asseoir à côté du docteur, le dos contre le lit.

-Quand je me sens en danger, commença-t-il, j'ai une mauvaise tendance à la crise de nerf, vous l'avez sûrement remarquer… Sheppard me l'a dit, Elisabeth me l'a dit, et je crois même que j'ai faillit faire perdre son calme à Cadwell l'autre fois avec l'histoire de Phoebus…

Carson ne répondit rien.

-Tout cela pour vous dire.. Rodney avala sa salive.

Dur de s'excuser quand on est un génie. Aller un peu de courage, ce n'était plus la première fois. En fait ça avait commencé avec Samantha Carter. La première fois qu'il avait compris que peut-être, à certaine occasion, il y avait des occasions où il se trompait.

-… que je suis désolé.

Ca y est, c'était dit, et soudain ces mots lui semblaient dérisoires.

Carson réagit en se tournant brusquement vers son collègue, l'air un peu ahuri.

-Quand Elisabeth m'a fait une scène après cette histoire de .. système solaire, la seul chose que j'arrivais à penser était " J'ai fait pire que Carter !" Idiot n'est-ce pas ? Je suppose que c'était ma façon à moi de ne plus y penser. Mais aussi stupide que ça paraisse, c'était sûrement moins idiot que de se saouler !

Carson eut un petit rire, pas celui " je suis complètement bourré et je trouve tout drôle" mais plutôt " je suis un idiot mais ça fait du bien".

-Le pire, s'exclama-t-il entre deux gloussements, c'est que j'ai toujours détesté le goût de ce bloody whisky !

Rodney sourit à la pensée d'un Carson buvant cul sec son verre, comme un médicament. Il le laissa rire tout son saoule. Chacun son tour après tout. Quand Beckett commença à se calmer, Rodney se leva :

-Un petit tour pour prendre l'air ? Demanda-t-il en tendant une main secourable. Beckett la saisit et se leva. Il lui fallut quelques secondes pour trouver son équilibre.

-Ok, allons-y lad, ou je vais devenir dépressif dans cette chambre. Affirma-t-il en tentant un pas en avant.

Rodney haussa les sourcils, sans lâcher le docteur, pas si stable que ça.

-Ce n'était pas de la dépression là ?

Carson gloussa

-Non ça c'était juste un peu d'introspection Rodney.

Dans le couloir ils retrouvèrent Sheppard qui faisait les cent pas. En les voyant, il s'arrêta net, indécis.

-Colonel, l'interpella Carson avec un grand sourire encore u peu imbibé d'alcool, j'ai cru voir que vous aviez les nerfs à fleur de peau, je peux vous prescrire des calmants si vous en ressentez le besoin.

Rodney ricana légèrement devant l'air outré du Colonel. Il vit quasiment son cerveau travailler. Son expression s'éclaira petit à petit pour laisser la place à un sourire.

-Dois-je comprendre que je vais pouvoir m'affaler égoïstement devant un dvd avec une biè… une barre énergétique sans plus m'occuper du reste du monde et de leur sentiment de culpabilité ?

-En fait, je crois que ça veut dire que vous allez devoir laisser assez de place devant votre dvd pour deux scientifique assortis d'un fort sentiment de culpabilité, répondit Carson.

-Et pour moi se sera une barre chocolat banane, ajouta Rodney.

-Et une céréale fruit rouge pour moi, renchérit Carson.

-Tss ttss, qu'est-ce qui vous fait croire que…

Rodney ne sut jamais ce qu'il ne devait pas croire car l'alarme de la porte se mit à hurler et la voix d'Elisabeth fusa dans la cité.

-Colonel Sheppard, Docteur Beckett, Docteur McKay, nous avons besoin de vous dans la salle de contrôle immédiatement.

Rodney soupira. Sheppard avait déjà tourné les talons pour répondre à la demande de leur leader, suivit de près par Carson.

Le physicien se demanda quelle serait la réaction d'Elisabeth si elle sentait l'horrible odeur d'alcool que dégageait l'haleine du bon docteur. Puis, remettant ses idées de barre banane chocolat et de dvd à plus tard, il suivit ses deux amis.

Fin


J'espère que ça vous a plu, désolé pour le temps que j'ai mis à mettre cette fin mais je suis un peu "overbookée" et puis aller ce morceau là était plus long que les autres…