Note : Deuxième fic et nouveau couple. Cette fois-ci, c'est donc Sanzo et Goku qui sont à l'honneur, mais je vais surtout me concentrer sur les sentiments de Goku… Enfin, pour l'instant je l'ai prévu comme ça, mais bon… Je ne veux pas en dire trop, car ça risquerait de tuer le suspense. Tout ce que je peux dire… Non, en fait rien. Lisez et voyez par vous-mêmes ! Le titre de cette fic est emprunté à un roman de Stephen King mais je trouve qu'il est parfait pour là où je veux en venir… Les phrases en italique sont les pensées des personnages. Mince ! J'ai failli oublier : Les personnages de Saiyuki ne m'appartiennent pas et sont la propriété exclusive de Kazuya Minekura ! Voilà, ça au moins c'est fait… Bonne lecture !

Un immense merci à baka saru, ma béta lectrice officielle !


Chapitre 1

Goku courait hâtivement en montant les escaliers de l'auberge. Cela faisait précisément douze jours qu'ils avaient remporté la bataille finale contre Gyumaô. Sanzo avait retrouvé le sutra de son maître et à présent les quatre jeunes hommes récupéraient de leurs blessures.

La confrontation avait été violente ; Gojyo s'en était sorti avec une jambe cassée et Hakkai fut incapable de se lever durant deux jours, ayant épuisé toute son énergie à soigner les blessures de ses compagnons. Goku s'en était mieux sorti. Au cours du combat, il s'était une nouvelle fois transformé en Seiten Taisen lorsqu'il vit Sanzo être projeté sans ménagement contre un mur et tomber lourdement au sol, inanimé. Le yokai déchaîné s'était ensuite rué sur son ennemi, le terrassant avec une soif de sang insatiable.

Le démon taureau vaincu, la déesse Kanzeon avait dû intervenir pour stopper le grand sage du ciel Son Goku, en proie d'une folie sans nom, en replaçant le diadème en or sur son front. Sanzo ne pouvant assurer ce rôle, puisqu'il était resté à terre, inconscient.

Comme à chaque fois qu'il redevenait lui-même, Goku s'était ensuite évanoui pour se réveiller plusieurs heures après dans le lit douillet d'une petite auberge dans laquelle le groupe était resté depuis. Sanzo qui avait été gravement touché, était resté deux jours dans le coma et le médecin lui avait strictement interdit de bouger pendant deux semaines.

Le jeune homme aux prunelles dorées s'arrêta devant la chambre de Sanzo et s'apprêtait à frapper à la porte quand celle-ci s'ouvrit, dévoilant Hakkaï qui semblait vouloir sortir. Celui-ci tenait dans ses mains les médicaments et les bandages usés du moine. Goku fixa son ami d'un air déçu, sachant au regard concerné de l'ancien humain, qu'il allait avoir droit une fois de plus à la remarque blessante qu'il entendait chaque jour sans relâche depuis le réveil de Sanzo.

-« Je suis désolé Goku, mais Sanzo ne veut voir personne. Repasse plus tard… » Dit Hakkaï d'une voix qui paraissait calme, mais Goku y releva une pointe de nervosité et nota également que son compagnon évitait son regard, comme il en avait pris un peu trop l'habitude récemment selon lui.

-« Toi, il veut bien te voir, alors pourquoi pas moi ? » C'était sa question habituelle et il avait l'impression de revivre cette même discussion encore et encore, comme si le temps avait formé une boucle et qu'il était coincé dans cette exaspérante réalité où les choses paraissaient figées.

-« Je refais ses bandages et lui apporte de quoi se nourrir… » La voix de l'homme aux yeux émeraudes s'était sensiblement accélérée et tremblait presque indistinctement alors qu'il justifiait ses visites dans la chambre du blond.

-« Mais je veux bien le faire, moi ! Tu lui as dit au moins à quel point j'étais inquiet ? » Insista Goku. Ses yeux brillaient intensément comme pour appuyer la véracité de ses propos.

-« Bien sûr… Cependant, Sanzo est vraiment fatigué et a besoin de se reposer… » Sa patience ayant atteint ses limites, Goku le coupa sèchement.

-« Mais je veux simplement le voir ! Depuis qu'il a repris connaissance, je n'ai pas eu la permission de lui rendre une seule visite… Pourquoi ? Même Gojyo est venu le voir ! »

-« … Et bien … » Hakkaï commença à répondre d'une voix incertaine, comme s'il avait peur de continuer sa phrase. Il inspira un grand coup et la finit en la murmurant tout juste. « … En fait, c'est Sanzo qui m'a demandé de ne pas te laisser entrer. » Les pupilles de Goku se contractèrent d'étonnement et il dévisagea son compagnon espérant ardemment obtenir une quelconque explication. Hakkaï ne sachant pas vraiment quoi lui dire de plus, préféra se taire et referma la porte de Sanzo sans bruit, avant de s'éloigner dans le long couloir. Mais avant qu'il ne disparaisse complètement de la vue du jeune yokai, celui-ci lança son point dans le mur avec force et cria :

-« Tu mens ! C'est impossible ! » Et sur son accusation véhémente, il courut en direction de sa propre chambre, s'engouffra dedans et claqua impétueusement la porte derrière lui. Hakkaï, qui s'était arrêté de marcher suite à l'emportement de son jeune ami, regarda en direction de la chambre de ce dernier, puis ferma doucement les yeux en soupirant profondément. Goku

Après un long moment durant lequel il parut réfléchir intensément de manière soucieuse, Hakkaï descendit les escaliers en colimaçon, rangea avec la plus grande prudence les médecines du bonze dans son sac de voyage et sortit retrouver Gojyo dans la charmante petite cour de l'auberge. C'était une belle après-midi, avec un soleil qui se voulait imposant et éblouissant au milieu d'un ciel azur dénué du moindre nuage.

Le métis était assis sur un banc d'allure rustique, sa jambe plâtrée reposait sur l'herbe fraîche soigneusement entretenue, tandis que l'autre était repliée contre sa poitrine, le pied posé sur les lattes en bois. Gojyo avait renversé sa tête en arrière pour contempler le bleu hypnotisant et apaisant qui s'offrait à lui. Il semblait se délecter de cet instant de paix.

-« Comment va ta jambe ? » Demanda Hakkaï avec un léger sourire tout en s'approchant de son ami.

-« Tu le vois bien, non ? Elle est prête pour un marathon ! » S'amusa le demi-sang en réajustant sa tête afin de rencontrer le regard de son visiteur. « Non, sérieux… elle se plaint de la chaleur étouffante que lui procure son habit rigide… Combien de temps encore je dois garder ce truc ? » Continua-t-il, sur un ton quelque peu exaspéré.

-« Tu sais très bien ce que le médecin t'a dit. Je suis désolé de te le remémorer mais tu en as encore pour deux bonnes semaines… Sans compter les séances de rééducation et… »

-« Ca va, j'ai compris ! Arrête de me torturer s'il te plaît et dis-moi plutôt comment va le moine dépravé. » Hakkaï s'assit à côté de l'homme aux cheveux carmins et lui répondit calmement :

-« Il va de mieux en mieux et pense déjà à partir. »

-« Mais je croyais qu'il ne pouvait pas se lever… » S'étonna Gojyo.

-« C'est le cas. Mais tu sais à quel point il est têtu et impatient… Dès qu'il sera capable de se mettre debout, nous repartirons pour rentrer chez nous. » Annonça l'ancien Humain.

-« Je vois… » Dit simplement le métis en s'allumant une cigarette. Il prit alors un air inquiet. « Il ne veut toujours pas voir Goku ? » A la question subite, le mince sourire d'Hakkaï disparut totalement et celui-ci baissa la tête tristement. Gojyo comprenant la réponse tacite, fronça les sourcils et se mit à grogner. « Putain, mais qu'est-ce qui ne va pas avec ce foutu bonze ! Le saru ne lui a rien fait… et il commence sérieusement à se poser des questions ! »

-« … » Hakkaï ne répondit rien, se contentant de regarder dans le vide d'un air absent.

-« Hakkaï… » Le demi-sang trouvait le silence de son compagnon douteux et n'étant pas complètement stupide, il chercha à savoir ce dont il retournait. « … Je te connais depuis suffisamment de temps pour savoir que tu me caches quelque chose. Je me trompe ? » Le soupçonna Gojyo en reportant son regard dans l'immensité du ciel. Il souffla patiemment la fumée nocive qu'il venait d'inhaler et ajouta sur un ton plus ferme : « Si tu sais quelque chose, je t'en prie dis-le-moi ! Cette situation devient ridicule ! Il s'est passé quelque chose entre eux-deux, c'est ça ? » Hakkaï sembla revenir à lui subitement et après un court instant, il dit à demi-voix :

« Non, je ne pense pas… Moi non plus je ne sais pas vraiment pourquoi il refuse de le voir… »

« Te fous pas de moi ! Tu restes des heures avec lui… Il a forcément dû te dire quelque chose à ce sujet ! » S'énerva le roux.

-« Mais non, je t'assure… » Balbutia Hakkaï qui paraissait pâlir de seconde en seconde.

-« Ah ouais, alors de quoi parlez-vous pendant tout ce temps ? Du beau temps ! » Cette fois, Gojyo était en colère. En colère, car bien que son ami refusait d'en parler, il savait que quelque chose se tramait derrière son dos, et que ce quelque chose n'augurait rien de bon pour l'avenir. Le brun, pour une certaine raison, avait tourné diligemment la tête afin d'empêcher Gojyo de voir son visage, et il se leva soudainement, ne souhaitant plus continuer cette conversation qui semblait le mettre mal à l'aise.

-« Je dois… aller faire des courses… » S'excusa péniblement Hakkaï tout en commençant à marcher au loin. Gojyo ferma les yeux en signe de défaite et laissa partir l'ancien humain, mais pas sans lui avoir jeté une dernière remarque bien placée.

-« Si tu es réellement l'ami de Goku… Essaye au moins de résonner Sanzo et de lui faire comprendre que son comportement envers lui laisse vraiment à désirer ! » Hakkaï s'arrêta une seconde sans se retourner, puis se remit en marche avant de disparaître dans le coin de la rue.

Le demi-sang qui demeurait sur son banc, jeta son mégot au loin d'un geste pressé comme pour évacuer la tension qui était subitement montée en lui. Il rouvrit les yeux sur le ciel et nota la présence inattendue d'un petit nuage qui venait de se frayer un chemin dans l'espace vierge à présent profané. C'est fou comme une petite chose peut détruire la pureté d'une plus grande. Il extirpa une nouvelle cigarette de son paquet. Qui a t-il de si important pour que tu refuses de m'en parler, Hakkaï… Il resta plusieurs heures assis tel quel à fumer, plongé dans ses pensées.

OOoooOO

Goku était toujours dans sa chambre. Allongé sur son lit plus précisément, la tête plongée dans son coussin. Hakkaï ment, il ne peut pas en être autrement. Pourquoi ne voudrais-tu pas me voir, ne Sanzo ? Après ce que je t'ai avoué… après ce que tu m'as dit… après ce que nous avons partagé… Peut-être que tu es timide… Je sais que tu n'es pas très à l'aise avec ces choses- là. Mais je saurais être patient… Tu sais bien que pour toi je ferai n'importe quoi… Un seul mot de toi et…

Il serra le coussin plus fortement contre son visage, comme pour se réconforter. J'ai terriblement besoin de te voir, de te parler, d'entendre ta voix qui me fait frémir, de sentir ton odeur qui me fait perdre tous mes moyens, de toucher ta peau si douce… Nous sommes tous sains et saufs et tu as récupéré la propriété de ton maître… Comment les choses pourraient-elles ne pas aller ?

Le jeune homme se retourna et laissa ses yeux dériver sur le plafond, où ils se fixèrent. Il respirait profondément, espérant chasser la sensation de mal-être et d'angoisse qu'il ressentait au niveau de son ventre depuis quelques jours et qu'il ne pouvait expliquer. Tu ne peux quand même pas avoir oublié. Moi… je me souviens du moindre détail de cette nuit là… de cet instant d'éternité gravé à jamais sous ma peau et dans ma mémoire… Les paupières de Goku s'abaissaient légèrement alors qu'il se remémorait le soir où sa relation avec Sanzo avait basculé à jamais.

Flash-back :

Ils y étaient finalement arrivés… Après plus de deux ans de voyage en jeep traversant vents et marées, parcourant des contrées aux climats parfois rudes et secs, et après d'incalculables combats contre yokai et autres créatures mystiques et malfaisantes qu'ils avaient tués par millier, ils y étaient finalement arrivés… Le château d'Ottô n'était plus qu'à une demi-journée et ils s'engageraient immanquablement dans la bataille finale le lendemain.

C'était un soir de pleine lune et le ciel sombre scintillait de milliers d'étoiles. Notre groupe aurait voulu s'offrir un somptueux repas dans un grand restaurent, sachant que celui-ci pourrait indéniablement être le dernier. Cependant, les villages à proximité de la forteresse avaient depuis longtemps été désertés et ils durent se contenter des quelques provisions qui leur restaient pour combler leurs estomacs.

Ils s'étaient installés dans une grande maison abandonnée sur les bords du village dans lequel ils avaient pénétré pour passer la nuit. La soirée était bien avancée, et ils s'étaient tous retirés chacun dans une des nombreuses chambres du logement après avoir fait une partie de Mah Jong destinée à les détendre.

Goku était allongé sur le lit de la petite pièce qu'il avait choisie, ses bras étaient venus se croiser derrière sa tête. Il ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui allait se passer dans quelques heures maintenant. Il était excité en imaginant son prochain combat dans lequel il se voyait déjà se donner à fond, mais il était également nerveux à l'idée de ce qu'il pourrait perdre, et cela l'empêchait de dormir.

Comme il faisait chaud en ce début d'été, il avait laissé la fenêtre de sa chambre ouverte, espérant ainsi faire entrer un peu d'air frais. Il savait à l'odeur de tabac qui parvenait jusqu'à sa chambre et flottait dans l'air, qu'il n'était pas le seul que le sommeil boudait. Il avait reconnu l'odeur des Marlboro et savait pertinemment que Sanzo était en train de fumer silencieusement à la fenêtre d'une pièce voisine et qu'il était indubitablement plongé dans des profondes pensées.

Goku avait remarqué que le blond était devenu de plus en plus crispé en approchant de leur destination, et même si ce dernier le niait fermement, il savait qu'il était extrêmement inquiet. Le moment de vérité était arrivé et il était évident que cette fois-ci l'un des deux camps ne s'en sortirait pas vivant. Restait à savoir lequel…

Après de nombreux efforts pour chasser ses pensées qui l'empêchaient de trouver le repos, il sentit finalement ses paupières se faire de plus en plus lourdes jusqu'à ce qu'il les ferme pour de bon avant de sombrer dans un profond sommeil…

OOoooOO

Goku ouvrit doucement les yeux alors qu'il sentait une chaleur réconfortante sur sa joue. Cette agréable sensation disparut aussitôt qu'il finit d'ouvrir les paupières. Il sentit un poids quitter lentement son lit, et entendit des pas discrets trouver leur chemin jusqu'à la fenêtre de la pièce.

Il se tourna alors sur sa droite, là où était assise à l'instant la personne qui venait de troubler son sommeil, puis leva légèrement la tête pour distinguer la silhouette fine dissimulée dans la pénombre de la chambre. Il ne s'alarma pas de la présence inattendue, ayant reconnu l'odeur et l'aura puissante que dégageait l'homme qui était venu lui rendre visite très tard dans la nuit. Avait-il rêvé ou Sanzo venait de lui caresser la joue ?

-« Hum, Sanzo… ? » Goku était encore à moitié endormi et se frottait les yeux afin d'enlever le voile de fatigue opaque qui les recouvrait. Le moine lui tournait le dos et ne disait rien, se contentant de coincer une cigarette entre ses lèvres et de l'allumer promptement avant de la prendre entre son index et son majeur.

C'est alors que Goku remarqua que quelque chose ne tournait pas rond. La cigarette blanche qui se distinguait tout à fait malgré l'obscurité du lieu, tremblait furieusement entre les doigts longs et fins du moine, et elle semblait prête à s'en échapper à tout moment. Puis Goku écarquilla les yeux en réalisant que ce n'était pas la cigarette qui tremblait de manière incontrôlée, mais la main de Sanzo.

Le visage du jeune homme à présent complètement réveillé se déformait légèrement d'inquiétude alors que le yokai se rendait compte peu à peu que non seulement la main, mais le corps tout entier de l'homme était sujet à de violents spasmes nerveux.

-« Sanzo ? » Un peu paniqué, Goku se leva pour approcher prudemment du blond qui fumait en silence. Il s'arrêta à un mètre de lui. Ne sachant pas pour quelle raison Sanzo était dans un tel état et n'osant pas le toucher, il se contenta de l'interpeller une nouvelle fois. « Ca ne va pas, Sanzo ? »

Le bonze ne daignait toujours pas sortir de sa torpeur. Il avait inhalé avec une telle rapidité la fumée de sa cigarette, qu'il l'avait déjà terminé et jeta machinalement le mégot par la fenêtre. Il prit son paquet de Marlboro pour en extirper une autre, mais Goku qui ne tolérait plus l'étrange comportement de l'homme l'en empêcha en lui agrippant les épaules et en l'obligeant à lui faire face.

Ce qu'il vit lui serra le cœur d'une manière si intense que sa respiration en fut coupée. Les traits du visage de Sanzo étaient marqués par la peur, sa peau était encore plus blafarde qu'à l'ordinaire, mais surtout ses yeux violets d'habitude si fiers et provocants étaient totalement dénués de vie.

Maintenant, Goku était vraiment effrayé et il se mit à secouer fortement le moine pour le faire réagir. « Eh, Sanzo… Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Ce n'est pas toi ! » A ces mots, une faible lueur perça les yeux améthystes et Sanzo plongea son regard dans celui de Goku.

-« Goku… » La voix du bonze était faible, si faible quelle arracha un pincement au cœur du jeune yokai qui ne put en supporter d'avantage. Sans réfléchir, il entoura de ses bras mates et musclés le corps encore agité de convulsions du blond et l'amenant à lui pour l'étreindre fortement.

Cette action soudaine ramena Sanzo à lui, et il reprit tout à coup le contrôle de lui-même. Un peu dépassé et ne comprenant pas vraiment pourquoi il se retrouvait ainsi dans les bras de Goku, il évacua son inconfort comme il savait si bien le faire, c'est à dire en râlant :

-« Qu'est-ce que tu fais, baka saru ? » Le prêtre se dégagea brutalement de l'emprise du plus jeune et le fixa droit dans les yeux, les siens ayant repris subitement leur humeur agacée.

-« Tu semblais perdu et tu… » Voyant que son aîné avait retrouvé ses esprits, Goku tenta d'expliquer son geste, mais Sanzo l'interrompit.

-« Moi, perdu ? Pour qui tu me prends, baka ! » La remarque de Goku avait irrité considérablement le moine, dont l'orgueil démesuré n'était plus à prouver. De son côté, le yokai n'y comprenait plus rien. Il y avait à peine une minute, Sanzo paraissait troublé au plus haut point et à présent, il était redevenu l'homme rigide et apathique qu'il avait toujours connu. « Pourquoi tu me regardes avec cette tête d'idiot ? »

-« Je ne sais pas… A toi de me dire ce que tu fais dans ma chambre au beau milieu de la nuit… » Même si Sanzo était redevenu Sanzo, Goku savait que l'homme ne se serait pas introduit dans sa chambre à l'improviste sans une bonne raison et il ne pouvait oublier la tête déconfite du blond un instant plus tôt.

-« … » Sanzo resta muet durant un moment et scruta la pièce avec attention. Ses yeux s'agrandirent alors qu'il prenait conscience qu'il était rentré dans la chambre du yokai sans même s'en rendre compte. Il baissa enfin les yeux et porta une main à son visage avant de marmonner : « Juste… un stupide cauchemar… »

Comme il passait sa paume sur sa peau pâle, il réalisa que son visage était en sueur et que ses membres tremblaient encore légèrement. Le rêve qu'il avait fait un peu plus tôt avait semblé si réel qu'il l'avait vraiment affecté, aussi bien mentalement que physiquement.

Revenu à la réalité, il se trouvait à présent complètement idiot et ne pouvait s'empêcher de pester contre lui-même. « Ridicule… » Il émit un rire railleur qui lui était destiné, puis reposa ses yeux violets dans les dorés. « Oublie ça et recouche-toi maintenant ! » Ordonna-t-il.

Cependant, Goku était borné et ne comptait pas le laisser partir comme ça. Surtout, la peur que venait de lui faire Sanzo, lui avait fait prendre entièrement conscience de l'immense danger qu'ils s'apprêtaient à affronter. Et peut-être qu'il n'aurait plus l'occasion de discuter avec le blond, alors il voulut l'empêcher de sortir.

-« Tu as peur pour demain, c'est ça ? » Le yokai comprit de suite que sa question avait été pertinente lorsqu'il entendit la réponse immédiate et pratiquement crachée avec fureur par Sanzo dont le corps recommençait à trembler violemment.

-« Arrête de dire des conneries ! Je n'ai peur de rien ! » Sur ces mots, il se tourna pour marcher d'un pas pressé en direction de la porte alors que son esprit lui renvoyait en boucle les images effrayantes et douloureuses de son rêve. Mais alors qu'il tendit la main pour agripper la poignée, il s'immobilisa subitement à la nouvelle question du plus jeune.

-« Tu m'en voudras… si je meurs demain ? » La voix de Goku était basse et hésitante. Sanzo tourna doucement sa tête afin que son regard croise une fois de plus celui du yokai. Ce dernier fut étonné de l'émotion quasi-étrangère que les yeux améthystes renvoyaient. Il pouvait lire dans ceux-ci de l'incompréhension, de la colère, de l'angoisse, de la peine, et d'autres choses qu'il n'arrivait pas vraiment à déchiffrer.

-« … » Sanzo, dont la gorge s'était soudainement asséchée, restait silencieux tandis que son esprit hurlait Pars, pars maintenant ! Mais son corps ne l'écoutait pas et ses pieds demeuraient collés au sol. Il continuait à dévisager Goku qui s'était assis sur son lit et qui avait détourné le regard de celui du blond pour s'intéresser à ses poings qui reposaient sur ses genoux et qu'il serrait fortement. Ce dernier ressentit sur le moment un irrésistible besoin de se confier… avant qu'il soit trop tard, sans doute, et se mit à balbutier doucement :

-« Je sais que tu ne souhaites certainement pas entendre ça, surtout maintenant, mais… Je n'aurais peut-être plus l'occasion de te le dire… alors…alors…. » Goku s'empourpra de façon si intense que même l'obscurité dans laquelle ils baignaient n'arrivait pas à dissimuler sa gêne soudaine.

Sanzo avait toujours eu des doutes au sujet des sentiments de Goku à son égard, et il retint son souffle comme s'il redoutait d'entendre, ce qu'il était maintenant certain, allait venir. Mais bouge-toi, pars ! Mais son corps ne bougeait toujours pas. « Ce que j'essaye de dire, c'est que… c'est que… » Goku prit une grande inspiration et souffla presque indistinctement le reste de sa phrase tout en fermant très fort les paupières. « … Je t'aime. »

Un long, très long silence passa et Goku dut relever la tête pour s'assurer que Sanzo était toujours là. Et il l'était, la tête plongeant sur le planché usé et ses mèches blondes recouvrant la moitié de son visage. Goku, un peu honteux de son aveu réussit à prendre son courage à deux mains et l'appela faiblement. « Sanzo ? » A cet instant, le blond secoua franchement la tête comme s'il se battait avec lui-même. Puis il laissa échapper un rire méprisant tout en balançant à la figure du plus jeune :

-« Ferme-la, Saru. Tu ne sais pas ce que tu dis ! »

-« Je sais parfaitement ce que je dis ! Et ce que je dis… c'est que je t'aime ! » Goku protesta en se levant et cette fois, il cria son amour. Sanzo releva alors les yeux et lui lança un regard des plus noirs. Puis, il se rapprocha du jeune yokai à grands pas pour se tenir à quelques centimètres à peine de lui, les poings et les dents fermement serrés comme pour résister à l'immense envie de le cogner.

-« Et moi je te dis de la fermer ! » La réplique sonna comme une menace dans les oreilles de Goku. Mais peu importait, il avait fait sa déclaration et c'était tout ce qui comptait.

-« Pourquoi réagis-tu comme ça ? Je ne fais que te dire ce que je ressens pour toi et… je ne te demande rien… » Il essayait maintenant de calmer le blond.

-« Tu ne me demandes rien ! Hypocrite ! » Hurla Sanzo à présent hors de lui. Son action suivante précéda sa pensée. Il poussa Goku sur le lit, le plaqua à l'aide de son corps et l'embrassa violemment. Sa colère avait pris le dessus et il ne savait plus ce qu'il faisait. « C'est ça que tu veux ! C'est ça ! » Il continuait de crier tout en arrachant le tee-shirt de Goku pour ravager de ses mains crispées le torse brun qui frissonnait en dessous de lui. « Ca t'excites, n'est- ce pas ! »

Ce furent les derniers mots de fureur, puisque sa rage se dissipa instantanément lorsqu'il releva les yeux pour observer le visage de Goku. Les yeux du jeune brun étaient plus ronds qu'ils n'avaient jamais été et avaient du mal à retenir le liquide transparent qui se formait à l'intérieur. Ses lèvres étaient déshydratées et légèrement bleutées. Il ne tremblait pas d'excitation, mais de peur et d'appréhension.

Une nouvelle fois, les images traumatisantes de son rêve vinrent le hanter et Sanzo ferma alors les paupières comme pour ne pas voir ce qu'il venait de faire. Il jeta son poing dans le mur aussi fort qu'il le put, s'écorchant la peau au passage. « ET MERDE ! » Il voulut se lever pour quitter définitivement la pièce, mais Goku l'agrippa par la taille et le serra très fort contre lui, sa tête reposant sur la poitrine du blond.

-« S'il te plaît, ne pars pas… Pas maintenant… » Sanglota-t-il. « Tu as raison, je… je suis un hypocrite ! Je veux être dans tes bras, mais… pas comme ça… » Tout en marmonnant avec difficulté, Goku glissa une main tremblante dans les cheveux d'or, releva la tête et sans attendre plus longtemps rapprocha leurs deux visages pour déposer un baiser désespéré d'une tendresse infinie sur les lèvres de son aîné qui se trouva incapable de le repousser.

Il s'éloigna peu après et finit sa phrase d'une voix faible et confuse. « … comme ça. » Sanzo qui était plus qu'épuisé de la torture psychique à laquelle il était sujet et qui allait finir par le rendre fou, se laissa complètement aller et captura subitement les lèvres encore sèches de Goku afin de les humidifier. Et cette fois-ci, le baiser était dépourvu d'agressivité.

Sanzo profita du fait que Goku commençait à répondre timidement pour approfondir le baiser en insérant sa langue dans la bouche du plus jeune. Et doucement, il se rallongea sur lui, l'emprisonnant de ses longs membres. Ils restèrent un moment sans bouger puis Sanzo finit par lui murmurer dans l'oreille :

-« Si tu meurs demain, je ne t'en voudrai pas… Je ne te le pardonnerai pas ! »

-« Alors je ne mourrai pas… » Affirma simplement le jeune yokai dans un souffle. Il se mit alors à caresser avec légèreté et incertitude le dos du moine, qui le laissa faire. Sanzo allait l'embrasser de nouveau quand Goku le stoppa dans son élan en déposant deux doigts sur ses lèvres et chuchota en bégayant quelque peu alors que le rouge qui colorait ses joues se faisait de plus en plus sombre : « Sanzo… Je… J'ai envie de toi… »

Ses yeux s'écarquillèrent d'un coup, complètement surpris et honteux que sa propre bouche ait dévoilé à son insu, sa pensée profonde. Il ne comptait en effet pas dire cela et commença à paniquer, étant sûr que le blond allait le repousser brutalement. Il fut stupéfait de la réaction de Sanzo qui était déjà en train de déboutonner son jean tout en dévorant pratiquement le cou du jeune homme. Entre deux mordillements, et dans un souffle brûlant, ce dernier affirma :

-« …Moi aussi… »

Leurs deux corps se chargèrent d'assurer le reste du dialogue et Goku ne se doutait alors pas que ces deux petits mots étaient les derniers que Sanzo avait prononcé à son intention. En effet, quand le jeune yokai se réveilla le jour suivant, le blond avait disparu. Goku s'assit alors sur son lit et sourit en tirant sur son corps nu les draps qui avaient été malmenés durant la nuit et qui étaient à présent extrêmement froissés.

Sur le moment, il pensa que Sanzo s'était simplement levé plus tôt pour se concentrer et se préparer au conflit qui les attendait. De même qu'il ne se soucia pas du fait que Sanzo ne le considéra en aucune manière pendant tout leur trajet jusqu'au château d'Ottô, étant tout à fait conscient que le moine avait d'autres soucis en tête sur l'instant et qu'ils pourraient s'occuper de leurs sentiments une fois la mission terminée.

Seulement, lorsque la mission divine fut achevée, et même après que Sanzo ait repris connaissance, il n'avait pas eu la chance de discuter avec lui, ni même de l'approcher…

Fin flash-back

Goku se leva pour ouvrir la fenêtre de sa chambre et se laisser bercer par les doux rayons du soleil. Comme ta chaleur me manque… Ce n'est pas grave. J'attendrai que tu te sentes mieux… J'ai attendu si longtemps, alors quelques jours de plus… Il s'accouda alors sur le rebord de la fenêtre et contempla le paysage inondé de lumière qui se présentait à lui.

Il se rendit soudainement compte que la légère angoisse qui remuait son ventre depuis quelques jours était toujours présente. Il tenta de la chasser en inspirant profondément et en se disant que la vie ne pouvait pas être plus belle. Après tout, il était avec Sanzo maintenant… Après ce qui s'était passé entre-eux… Comment ne pouvait-il pas l'être ?

A suivre…