Avec la diffusion du film Armageddon, ce soir sur M6, je me suis souvenue que j'avais écrit une fic dessus il y a quelque temps. Puisqu'elle dormait dans mes tiroirs, elle sera aussi bien ici, n'est-ce pas ?

Plus près des étoiles

Disclaimer : ceci est une fic. Le personnage de Willie Sharp ne m'appartient pas, il est tiré du film Armageddon. Les autres personnages, ainsi que l'histoire, sont issus de mon imagination. J'écris pour mon plaisir et je ne fais pas d'argent avec.

Fic centrée sur le colonel Willie Sharp (joué par William Fichtner, ah ! je n'ai jamais vu des yeux aussi beaux !).


Chapitre 1

Willie Sharp, depuis son enfance, rêvait d'être astronaute. D'où lui venait cette ambition, lui qui était issu d'une famille d'agriculteurs, tous l'ignoraient, et même lui. Jamais il ne songea aux désirs de s'élever et de s'évader que révélait son ambition. Willie ne se concentrait que sur le but à atteindre, et pas sur son explication psychologique. La première fois qu'il formula ce rêve à haute voix, il était entouré des adolescents de sa classe, dans une petite ville de l'Amérique profonde, en Iowa ; un gigantesque éclat de rire lui répondit : ses camarades le raillèrent impitoyablement. Willie garda de cet instant un souvenir traumatisant et, désormais, cacha soigneusement son rêve à tous, même et surtout à sa famille. Un fils de fermier doit avoir les pieds sur terre, et non la tête dans les étoiles.

Willie était incontestablement doué pour les sciences, mais il manquait souvent l'école car son père l'obligeait à participer aux travaux agricoles, pour lesquels il n'avait aucun goût. La famille Sharp n'accordait aucun intérêt aux études, que d'ailleurs elle n'avait pas les moyens de financer. Willie comprit vite que jamais il ne pourrait aller à l'université, ni dans une prestigieuse école d'aéronautique. Au demeurant, son avenir semblait tout tracé : en tant que fils aîné, il reprendrait la ferme paternelle, épouserait une fille du même milieu et aurait à son tour un fils pour lui succéder.

Willie se révolta contre son destin, ce qui surprit son entourage qui, au fond, n'avait jamais compris ce garçon trop renfermé et parfois violent dans ses emportements. Il s'enfuit du domicile familial, à dix-sept ans, et s'engagea dans l'armée de l'air, à la grande fureur de son père. Pendant les seize ans qui suivirent, Willie fut un pilote comme tant d'autres, ballotté au gré des affectations. Les conditions spartiates, le manque d'intimité et la compagnie de jeunes gens aussi ambitieux et violents que lui, ne firent qu'accentuer sa méfiance des autres et son repli orgueilleux sur lui-même. Il ne songeait qu'à devenir le meilleur pilote, avec rage, avec obstination, avec une passion aveugle un peu effrayante. Il négligeait tout le reste, y compris les relations sociales, et ne se fit que très peu d'amis au sein de l'armée.

Après quelques années de cette vie desséchante, il s'inscrivit à des cours du soir pour suivre des études scientifiques, pour lesquelles il sacrifiait au moins une ou deux heures détude sur ses nuits. Les autres pilotes admettaient son incroyable détermination, mais entre eux, ils critiquaient cette ambition effrénée. Ils prenaient néanmoins bien soin de n'être pas entendus, car Willie était sujet à des réactions violentes incontrôlables. Toujours accroché à son rêve, il resta un solitaire, enfermé dans son monde. Au fond, il était peu sympathique aux autres.

Malgré sa solitude orgueilleuse, Willie ne passait pas inaperçu. La vigueur de sa taille élevée, sa physionomie énergique suffisaient à le rendre peu banal. Ses traits durs le faisaient immanquablement remarquer ; son orgueil et sa volonté inflexible se lisaient sur son visage. Il souriait rarement mais, lorsque cela se produisait, ce sourire donnait un charme inattendu à sa physionomie. Ses yeux bleu acier, doués d'une rare intensité d'expression, étaient souvent durs et glaçants, mais personne ne pouvait oublier son regard. Willie Sharp détenait un charme étrange, dont de nombreuses femmes furent les victimes. Il était en effet connu pour ses conquêtes féminines, éphémères et changeantes. Il ne s'attachait jamais et restait indifférent aux souffrances que son égoïsme pouvait provoquer. Les années qui passaient n'entamaient ni sa solitude, ni son caractère difficile. Toujours concentré sur ses rêves d'espace, il restait un paysan dans ses attitudes et dans son peu d'ouverture d'esprit. Il ne cherchait pas à acquérir une aisance sociale, qui lui faisait pourtant si cruellement défaut, et il dédaignait ouvertement le monde dans lequel il vivait.

A deux reprises, sa candidature à la NASA fut rejetée. Il en souffrit profondément mais garda ses sentiments pour lui. Sa famille le raillait sans indulgence. Son père, qui n'avait pu s'habituer à le voir soldat plutôt que fermier, lui demandait sans cesse comment progressait sa carrière, avec une lueur d'ironie dans les yeux. Son frère cadet avait, comme prévu, repris la ferme et épousé une fille du coin. Il était devenu ce que tout le monde attendait de lui, et il en était fier. Willie n'était pas heureux des séjours qu'il effectuait dans sa famille, lors des permissions. Il s'était élevé au grade de capitaine, mais végétait dans une situation qui ne lui convenait pas. Il se dit que le pilotage d'essai, la spécialisation dans les vols expérimentaux seraient la meilleure façon d'approcher l'aéronautique de pointe.

Il obtint sa nomination à la base de Fort Andrews, en Alabama. Il fallait déjà un savoir-faire confirmé pour piloter les jets certifiés, mais il fallait un tout autre niveau de maîtrise pour les eesayer et leur délivrer le certificat. Comme chaque pilote, Willie avait pleinement conscience que le cockpit dans lequel il prenait place pouvait être le dernier. Cela ne le décourageait pas de poursuivre son but. Lorsqu'il se laissait aller à ses rêves, rarement, il ne se voyait qu'astronaute. Parfois, il songeait à fonder un foyer, qui serait le sien, dans lequel il serait heureux. Inconsciemment, il redoutait d'être un solitaire toute sa vie et il avait envie d'une compagne, qui partagerait sa vie, le comprendrait comme personne n'avait su avant elle ; une femme qui l'aimerait comme il était. Mais ses multiples aventures lui avaient montré, croyait-il, qu'il était fou d'espérer la femme de ses rêves. Elles n'étaient que des créatures inférieures, facilement corrompues, sur lesquelles il ne fallait pas compter. Willie garda son cœur libre, et songeait qu'il méprisait trop les femmes pour les aimer.

Jeune garçon, il avait admiré l'astronaute Richard Spandau, héros des explorations spatiales. En postulant à la NASA, il avait appris que Spandau était devenu directeur des vols, et qu'il recrutait les futurs astronautes et les nommait ensuite aux missions. Pour les recrues de la NASA, il était le patron redouté, plus encore que le vrai directeur du centre spatial, qu'elles ne voyaient jamais. A l'époque du lancement de la mission Helios III, qui avait failli se terminer en désastre, Willie avait découvert, comme tout le pays, que Richard Spandau avait une fille ingénieur, et qu'elle était la première femme à accéder à la salle de contrôle des vols habités. Il avait jeté un coup d'œil indifférent au jeune visage apparu en encart au journal télévisé, tandis qu'un de ses camarades disait froidement :

- « En voilà une qui a dû être sérieusement pistonnée ! »

Deux jours plus tard, alors qu'il rentrait de patrouille, Willie fut appelé à grands cris par un des pilotes. Il apprit que Helios III subissait une avarie majeure et que personne ne donnait cher de la vie des quatre astronautes à bord. La navette semblait en perdition.

- « Tu penses, avec une femme en salle de contrôle ! » plaisantèrent quelques pilotes.

Mais tous suivirent avec attention les péripéties de la mission. Beaucoup d'entre eux, intérieurement, rêvaient d'intégrer la NASA, mais pas pour mourir dans l'espace. La mission Helios III ne contribua pas peu à refroidir quelques enthousiasmes, mais pas celui de Willie. Il apprit avec soulagement le retour des quatre astronautes, sains et saufs, et continua d'envier ceux qui partaient là-haut.

Dix-huit mois plus tard, la candidature de Willie Sharp fut agréée par la NASA, sous réserve des résultats des tests médicaux et psychologiques. Willie posa quelques jours de congé pour se rendre à Houston passer ces tests, mais son officier supérieur faillit le décourager avant même son départ.

- « J'espère que vous ne vous faites pas trop d'illusions, capitaine. Pour la NASA, le profil compte presque autant que les compétences, et vous n'êtes pas très représentatif.

- Que voulez-vous dire ? s'enquit sèchement Willie.

- Je veux dire que vous venez d'une base aérienne pas très cotée, que vous êtes déjà âgé pour un pilote, et que vous n'avez pas de famille pour vous stabiliser. Les recruteurs en tiennent compte. »

Willie garda son calme apparent, mais il eut effectivement l'intuition que jamais il ne passerait la dernière barrière. « Alors, pourquoi me font-ils espérer ? songea-t-il avec rage. Ils mériteraient que je leur dise ma façon de penser ! » Après avoir hésité, Willie téléphona à Richard Spandau, dont le numéro figurait sur la lettre de convocation de la NASA. Il tomba sur une voix féminine, ce qui le désarçonna quelque peu.

- « Je voudrais parler à Richard Spandau, dit-il en affermissant sa voix.

- Il est absent. »

Ce laconisme, cette froideur, impressionnèrent défavorablement Willie, qui résista à l'envie subite de raccrocher sur-le-champ. Il se sentait déjà rejeté et cet accueil n'était pas fait pour l'encourager. Il s'efforça de ne pas s'émouvoir et resta courtois.

- « A quelle heure pourrai-je le joindre ?

- Pas avant neuf heures, je le crains. Il rentre tard. Voulez-vous laisser un message ? »

Willie pensa soudain : « C'est sa fille, l'ingénieur. » Mais la voix ne s'était pas présentée, elle agissait comme une secrétaire, avec un ton très impersonnel. Willie hésitait. La jeune femme, au bout du fil, le sentit et ne s'impatienta pas. Au contraire, elle sembla comprendre qu'elle ne se montrait guère encourageante, et elle ajouta, plus aimablement :

- « On préférez-vous que mon père vous rappelle ?

- C'est un peu particulier... C'était pour un renseignement, balbutia Willie, mal à l'aise.

- Peut-être puis-je vous aider ? »

Willie n'avait pas l'intention de confier ses inquiétudes à une inconnue, mais il avait un impérieux besoin d'être rassuré. Les mots lui échappèrent, presque malgré lui.

- « Je suis le capitaine Willie Sharp et j'ai reçu une convocation aux tests, mais... On vient de m'apprendre que le fait d'être célibataire était un problème. »

Il sentit qu'elle souriait, au téléphone, et sa voix en effet avait un ton amusé.

- « Ne craignez rien, capitaine. La période totalitaire est terminée. Seules les compétences comptent, à présent, et vous ne serez pas pénalisé en raison de votre statut familial. Les tests médicaux et psychologiques sont devenus, enfin, de vrais tests. N'hésitez pas à les passer, il n'y aura pas de piège et rien n'est joué d'avance. Mais mon père vous le confirmera lui-même. Je lui dirai de vous rappeler. »

Willie se sentit soulagé d'un grand poids, et il la remercia avec chaleur. Elle souriait encore en le saluant, et raccrocha. « Quand elle se dégèle, elle est charmante », se dit Willie, et il fut content de lui avoir parlé.

Les tests et les formalités administratives prirent du temps et Willie redouta jusqu'au bout de voir la porte se fermer. A Houston, il avait croisé des astronautes aux noms déjà célèbres, et il brûlait d'impatience de devenir leur collègue. Enfin, Richard Spandau lui téléphona pour lui signifier son admission. Willie sentit un grand bonheur l'envahir. Son rêve se rapprochait. Il ne se doutait pas qu'il n'était qu'à l'orée de grandes difficultés.

TBC...