Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de shiv5468. Lien vers l'auteur dans mes favoris.

Titre original : Big Name Death Eater.

Traduction benebu mars 2006.

Note : je serais vous, j'hésiterais à boire en lisant ça. Maintenant, faites comme vous voulez…benebu

Trop fort, le Mangemort…

Severus souffrait. Il était pratiquement certain que, dans une longue vie qui n'avait été que souffrances – grands dieux, il devait avoir beaucoup trop bu s'il était en train de s'apitoyer sur lui-même à ce point – il n'y avait eu qu'une occasion où il avait souffert plus que ça. Et il avait opté pour les braguettes à boutons depuis cet incident ; il n'y avait aucune raison de risquer qu'il se reproduise.

Encore une autre convocation de Voldemort ; encore une soirée à l'écouter radoter sur la domination du monde ; encore une soirée à essayer de se faire discret tout en tentant d'obtenir des informations utiles pour l'Ordre.

Et bien sûr, tout ça avait été suivi de l'inévitable invitation à venir prendre un verre après l'Assemblée au Manoir Malefoy, ce qui impliquait d'avoir des conversations incroyablement polies et ennuyeuses avec le reste du Premier Cercle et leurs femmes extrêmement polies et ennuyeuses, avant de pouvoir se libérer pour finir sa soirée peinard.

Il était devenu Mangemort pour se faire des amis et gagner de l'influence. Un sur deux, c'était pas si mal.

Une fois qu'il eut réussi à s'échapper du Manoir Malefoy, sous prétexte qu'il avait cours le lendemain matin, il était allé retrouver ses camarades dans le petit bistrot moldu miteux proche du Chemin de Traverse où ils allaient toujours. Comme ils étaient des habitués, le proprio ne leur posait pas trop de questions, et leur offrait même quelques trucs à grignoter, tant qu'ils ne faisaient pas trop de bruit, et qu'ils empêchaient Smudger de jouer aux fléchettes.

Ils s'asseyaient ensemble, se plaignaient de leurs patrons pendant que lui se plaignait de Dumbledore, et puis ils chouinaient à propos du Premier Cercle, qui avait droit à tous les avantages – en ignorant commodément à ce moment là qu'il faisait lui-même partie de ce Premier Cercle. Ensuite, ils reprenaient quelques verres et jouaient aux fléchettes (sauf Smudger).

Il les laissait même l'appeler Snappy.

Enfin bref, au moment où il avait quitté le pub, il était rond comme une queue de pelle, et il avait distraitement rangé les fléchettes dans sa poche arrière. C'était une idée stupide, il en eut la preuve quand il glissa dans une flaque d'une substance qu'il valait mieux ne pas identifier et tomba sur le cul.

Il parvint, avec difficulté, à extraire les pointes des fléchettes de son fessier ; heureusement, elles n'étaient pas du tout abîmées, ou il aurait dû les remplacer, ce qui l'aurait vraiment emmerdé. C'étaient des fléchettes moldues, les fléchettes magiques étaient interdites depuis Le Malencontreux Accident De Smudger.

Il les avait tapotées joyeusement avant de les ranger dans une poche de sa cape. Il n'avait pas prêté attention aux piqûres qui le lançaient au départ, mais au fur et à mesure qu'il marchait, et que son taux d'alcool diminuait, elles étaient passées d'inconfortables à putain d'insupportables.

Il avait réussi à Transplaner à Poudlard sans incident, en ne comptant que sur le miracle habituel accordé par le Dieu des Ivrognes – le petit chérubin vert aux joues boudeuses qu'on voit dans le fond de nombreuses peintures à l'huile – à ses disciples, qui leur permettait de rentrer chez eux même si le cerveau était HS. Il était à mi-chemin, quand il trébucha, s'étala par terre, et décida que de se relever demanderait trop d'efforts.

Il tapota le sol amicalement et décida de dormir là.

&&&&&

Hermione s'ennuyait. Elle s'était laissée convaincre de revenir à Poudlard pour enseigner 'pour le Bien de l'Ordre'. Jusqu'à ce jour, sa mission n'avait consisté en rien de plus intéressant que de faire entrer des connaissances dans les têtes de mioches vraiment stupides.

Ils n'avaient certainement jamais été si incroyablement ramollos du cerveau ?

Elle était certaine qu'elle ne l'avait jamais été ; et elle était absolument convaincue qu'elle n'avait pas passé son adolescence à bûcher pour se retrouver dans un merdier pareil.

En revenant travailler ici, elle s'était rapidement mangé en pleine face la dure réalité, façon deuxième effet Kiss Cool. Dumbledore, c'était évident, la considérait comme corvéable à merci, tout en la payant moitié moins que le salaire déjà maigre qu'il accordait au reste du personnel. Minerva était convaincue qu'Hermione était sa nouvelle meilleure amie, et passait la moitié de son temps à essayer de la persuader qu'elle était faite pour une carrière d'enseignante, et l'autre à lui raconter que Dumbledore était la huitième merveille du monde. Bibine avait clairement un problème de boisson – et si ça continuait, Hermione ne tarderait pas à en avoir un elle aussi.

La seule personne pour laquelle elle gardait de l'estime était le Professeur Snape. Il était la seule voix raisonnable dans ce qui commençait de plus en plus à ressembler à un poste avancé de Sainte-Mangouste.

Six mois d'enseignement lui avaient suffi pour la persuader que les enfants étaient stupides et ignorants, et que ses collègues étaient stupides et ignorants, et pour ajouter l'insulte à la blessure, à eux, elle ne pouvait pas leur retirer de points.

Si Harry ne tuait pas Voldemort dans les semaines à venir, elle allait le faire elle-même.

Ou rejoindre ses rangs, du moment qu'il la laissait tuer Dumbledore.

Elle se répéta avec fermeté qu'elle ne faisait que plaisanter à propos de cette dernière option et jeta un œil à la pendule. Minuit. L'heure de faire une ronde pour trouver des élèves qui faisaient des bêtises. Les déductions massives de points étaient quasiment le seul plaisir qui lui restait. Que les cieux protègent quiconque trouvé à se promener après le couvre-feu ce soir. Elle décida de commencer sa ronde par le terrain de Quidditch – on pouvait être sûr d'y trouver des élèves en train de se peloter, particulièrement ceux qui étaient trop paresseux pour grimper jusqu'à la Tour d'Astronomie.

Quand elle remarqua la silhouette sombre étendue au milieu du terrain, elle se dit que ce devait être l'un des septième année qui revenait d'une beuverie à Pré-Au-Lard. Elle commençait à faire la liste des points de règlement qu'il avait enfreints – c'étaient toujours des garçons, les filles avaient le bon sens de les envoyer chercher de l'alcool au village en échange de vagues promesses de faveurs sexuelles – et elle était arrivée à un total de points à déduire satisfaisant quand elle réalisa de qui il s'agissait.

Elle savait que Voldemort convoquait souvent le Professeur Snape, et elle avait entendu des rumeurs sur la cruauté des traitements que lui réservait son Maître. Poppy refusait de parler de ses blessures, invoquant le secret médical, ce qui ne faisait que d'ajouter à l'air de danger et de mystère qui l'entourait.

Elle espérait seulement qu'elle serait de taille à s'occuper du Professeur blessé et exsangue.

Severus avait décidé que le sol était son ami. Il ne voulait pas qu'on les sépare. Il avait atteint ce stade de l'ébriété caractérisé par une période d'apitoiement, et le sol était un auditeur plein de compassion. Il était en train d'énumérer une longue liste d'injustices, et il était arrivé à ses quatorze ans et à une brillante description des épreuves qu'il avait dû surmonter en tant qu'élève de Poudlard, quand ses sens aiguisés détectèrent la présence de quelqu'un.

« Salut, » dit-il, en levant les yeux vers le visage inquiet d'Hermione.

Hermione fut choquée de voir dans quel état il était. Il était couvert de boue, du sang coulait d'une blessure qu'elle ne pouvait pas voir, et il ne semblait même plus capable de parler. Quelles épreuves avait-il eu à surmonter pour le bien de l'Ordre ?

« Ne vous en faites pas, » dit-elle doucement, en lui tapotant le dos. « Je vais prévenir Poppy et on va s'occuper de vous. »

Severus lui agrippa la cheville, paniqué, et refusa de la lâcher. La dernière chose dont il avait besoin était que Poppy le voie dans cet état. Elle en parlerait à Dumbledore, et ce serait la fin de ses soirées entre potes, il se retrouverait coincé au Manoir Malefoy jusqu'à la fin des soirées rasantes.

« Non, » marmonna t'il. « Aidez-moi seulement à retourner dans mes quartiers, j'ai ce qu'il me faut là-bas. Je ne veux pas inquiéter Poppy. »

Elle ne comprit pas tout ce qu'il disait – peut-être à cause d'une blessure à la mâchoire – mais il était clair qu'il ne voulait pas aller à l'infirmerie. Elle ne savait pas si c'était parce qu'il préférait opérer seul, ou s'il courait un risque en étant vu là-bas, mais elle décida qu'elle ne pouvait pas être trop prudente. Elle le ramènerait à ses quartiers, et le soignerait là-bas. Si elle n'était toujours pas tranquille après avoir pris soin de ses blessures, alors elle pourrait toujours appeler Poppy. Ça semblait être un compromis raisonnable.

« Ne vous en faites pas, » lui dit-elle. « Je vais prendre soin de vous. » Ayant dit ça, elle le lévita et prit la direction de ses quartiers, le corps de Snape flottant doucement devant elle.

Severus fut stupéfait de voir le sol l'abandonner – il était comme les autres, finalement – et se rendit rapidement compte que le mouvement lui donnait la nausée. Il était tellement concentré sur l'idée de ne pas vomir son dîner – dix pintes et deux paquets de chips, et quelques canapés gracieusement fournis par les Malefoy – qu'il ne remarqua que distraitement qu'ils entraient dans Poudlard, ou qu'ils se dirigeaient vers ses cachots.

Hermione serrait les dents quand ils arrivèrent à destination ; le sort était difficile à maintenir sur une telle durée, particulièrement parce qu'elle avait tenu à éviter que la tête de Snape ne cogne contre les murs. Elle accueillit la vue de sa porte d'entrée avec un soupir de soulagement, et le fit pivoter doucement jusqu'à ce qu'il se retrouve appuyé contre.

Snape reconnut sa porte. La porte était son amie bien plus que le sol frivole de tout à l'heure ne le serait jamais, et il s'appuya dessus, caressant sa surface grêlée avec affection. Il avait réglé les barrières de protection pour qu'elles le reconnaissent sans avoir besoin de mot de passe, parce qu'il savait bien qu'après une soirée avec ses amis, il était incapable de se souvenir de son propre nom, et encore moins d'un mot de passe, et que d'être retrouvé en train de dormir contre sa propre porte manquait de dignité. Il ne rajeunissait pas non plus, et ce genre de plaisanterie était assez moyenne pour ses articulations.

Hermione le suivit à l'intérieur, elle avait des réticences à le laisser seul avant de savoir si tout allait bien. Il tituba dans le salon, se cogna dans le canapé, étouffa un juron, et disparut dans sa chambre à coucher. Elle le suivit avec précaution ; il était peu probable qu'il accueille favorablement cette intrusion dans sa vie privée, quelles qu'aient été les bonnes intentions qui l'avaient motivée.

Il fit une embardée vers le lit, s'écroula dessus, sur le ventre, se tortilla un peu, étendit une main pour se saisir d'une fiole bleue, la but, et se mit à ronfler.

Hermione le regarda, médusée, jusqu'à ce que son sens pratique ne vienne à la rescousse. Il ne pouvait pas dormir avec ses bottes aux pieds, et il ne devrait pas dormir cette fiole à la main. Elle lui retira ses bottes avec précaution, sans le déranger, puis entreprit de le débarrasser de la fiole. Elle dut écarter ses doigts un par un, et elle fut émue en pensant combien le contenu de cette petite bouteille devait être important à ses yeux. Il devait vraiment souffrir terriblement, se dit-elle.

Un élan soudain la fit se pencher pour presser un baiser sur le front de cet homme si courageux, et ce fut à ce moment qu'elle sentit les relents de bière.

Il était ivre.

Elle renifla la bouteille. Ce n'était pas un anti-douleur, ou une potion obscure pour lutter contre les conséquences du Doloris, oh, non : c'était un remède contre la gueule de bois.

Hermione regarda Severus froidement. Bien sûr, il était possible qu'il ait été forcé pour son image d'espion à prendre part à une beuverie, mais il y avait une autre possibilité, plus affligeante.

Elle aurait le fin mot de l'histoire, et découvrirait si ce salaud prenait du bon temps alors qu'elle était coincée ici.

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Quand Severus se réveilla le lendemain matin, il fut très fier de lui. Il avait réussi à rentrer à la maison, et jusqu'à son lit, et il s'était même souvenu de prendre la potion anti-gueule de bois, ce qui lui évitait d'avoir à subir le plus gros des symptômes. Malgré tout, il était fortement tenté de rester au lit pour le reste de la journée, mais il savait qu'Albus attendrait de le voir.

Ses premiers mouvements prudents lui rappelèrent qu'il était tombé sur ses fléchettes. Il passa un doigt sur la zone en question en faisant la grimace. Il aurait besoin de s'occuper de ça avant de faire son rapport. Se tortiller sur son siège ne ferait que de prêter à confusion sur la nature des blessures qu'il avait subies, ou donner l'impression qu'il cherchait à être évasif. Ni l'une ni l'autre n'étaient des options souhaitables.

Il se déshabilla, et passa dans la salle de bains, essayant de juger de l'étendue des dégâts en regardant par dessus son épaule. Apparemment, ça avait l'air assez étendu, même s'il ne pouvait pas prétendre avoir un très bon angle d'observation. Il décida de prendre une douche et de voir ce qu'il en était. Avec un peu de chance, certaines de ces zébrures étaient de la boue et non du sang.

Il se sentit beaucoup mieux après s'être lavé, la couleur de l'eau avait suggéré qu'en effet la plupart de ses griffes étaient finalement des traces de boue. Il se rendit compte que d'essayer d'évaluer la situation en se regardant par dessus son épaule était idiot : ce qu'il lui fallait, c'était un miroir. Il y avait de la buée sur celui de la salle de bains, et il n'y voyait rien. Il aurait pu le désembuer d'un sortilège, mais il avait laissé sa baguette dans sa chambre. Il se traîna jusqu'à la chambre pour aller la chercher, réalisa que tant qu'à faire il aurait aussi vite fait d'utiliser le miroir qui était là, et retira sa serviette pour pouvoir se regarder.

Hermione se réveilla, et se demanda pendant une seconde pourquoi son lit était si inconfortable, pourquoi elle avait mal au cou, et qui avait changé la déco de sa chambre pendant la nuit.

Oh. C'est vrai. Elle était sur le canapé de Snape, déterminée à trouver ce qu'il avait bien pu faire la nuit précédente, ce qui expliquait pourquoi sa nuque était raide comme la justice. Elle se leva, et s'étira avec prudence, dénouant lentement ses muscles.

Bon, Snape maintenant.

La porte de la chambre était toujours ouverte, et elle n'entendait pas de bruit. Elle en déduit qu'il devait toujours dormir. Elle réalisa son erreur très rapidement. Snape était nu. Snape était très nu. Snape était extrêmement nu. Snape avait un très joli cul, qu'apparemment il était en train d'admirer dans le miroir. Ce qui était curieux. C'est vrai, ce fessier valait le coup d'œil, mais il n'y avait que les gens du genre de Lockhart pour passer du temps à admirer leurs propres fesses dans un miroir.

Elle était si occupée à se demander pourquoi il se regardait les fesses, et si occupée à les admirer elle-même, que la seule chose qui lui vint à l'esprit quand il commença à se retourner vers elle fut la déception d'être privée de pareil spectacle, suivi de la réalisation que… dieu du ciel, elle était énorme ! … Alors que la réaction la plus sensée aurait été de retourner dans le salon et d'être prise d'une très forte quinte de toux.

Il lui fallut plusieurs secondes pour que le fait que lui aussi pouvait la voir parvienne au cerveau, et encore quelques secondes supplémentaires pour qu'elle lève les yeux vers son visage. Elle fut soulagée de voir qu'il n'était pas en colère, puis confuse. Est-ce qu'il n'aurait pas dû attraper sa serviette pour se couvrir ? Est-ce qu'il n'aurait pas dû pâlir ou rougir ou quelque chose comme ça, au lieu d'avancer vers elle avec ce drôle de regard ?

Hermione fit ce que n'importe quelle fille dotée de deux sous de jugeote aurait fait, et déguerpit.

Severus, quant à lui, était tout aussi confus. Il était tranquillement en train de faire le point sur ses blessures quand il s'était rendu compte qu'il n'était pas seul. Il avait un public, et un public admiratif d'ailleurs. Et même si de savoir ce qu'elle pouvait bien être en train de faire dans ses quartiers l'intéressait, il se disait qu'il avait des choses plus intéressantes à lui demander. Par exemple : mais pourquoi diable est-ce qu'elle s'était sauvée ?

De toute évidence, elle était intéressée par ce qu'il avait à offrir, elle avait seulement besoin d'un peu d'encouragements. Tout en s'habillant, il commença à réfléchir au genre d'encouragements qu'il pouvait proposer. Il était arrivé à des méthodes de persuasion particulièrement élaborées, dans ce train de pensée intéressant, quand soudain il s'interrompit.

Il avait de vagues souvenirs de la nuit précédente, et plus les choses lui revenaient, plus il se rendait compte qu'il était mal barré. Il n'avait pas exactement dit à Albus qu'il revenait de ces Réunions mal en point, mais il n'avait certainement pas corrigé l'impression qu'elles pouvaient être pénibles. Et si Hermione parlait à Dumbledore, tout risquait de se barrer en couille, et il ne pourrait plus passer une soirée de temps en temps avec ses potes.

Prenant à peine le temps de boutonner sa chemise, encore moins d'enfiler son gilet et sa veste, il partit à la recherche d'Hermione.

Hermione avait battu en retraite vers sa chambre. Une fois arrivée là, elle avait jeté un œil à ses vêtements chiffonnés et ses cheveux en bataille et avait tressailli. Snape allait vouloir savoir ce qu'elle faisait dans ses quartiers ce matin, et il n'était pas renommé pour sa patience. Elle pouvait donc s'attendre à recevoir sa visite dans très peu de temps, et il était vital qu'elle ait l'air à son avantage. Pour se mettre en confiance, bien sûr, et s'assurer qu'elle ait l'air soignée et impeccable et aussi adulte que possible. Ce qui signifiait mettre sa jolie robe marron, celle au décolleté un peu plongeant, et donner un coup à ses cheveux, et peut-être ces belles chaussures…

Elle parvint à se coiffer, faire sa toilette en quelques sortilèges, et enfiler sa robe en moins de dix minute, en remerciant avec ferveur le sort qui avait fait d'elle une sorcière.

Elle prit une pose dramatique sur le canapé, et attrapa un livre qu'elle pourrait être en train de lire avec une indifférence ostensible quand il arriverait.

Snape mit quatre minutes et demie de plus que ce qu'elle avait calculé à arriver, mais son entrée fut tout aussi spectaculaire qu'elle aurait pu l'espérer. La porte s'ouvrit à la volée, et il entra en trombe dans la pièce. Elle était un peu déçue qu'il n'ait pas pris le temps de finir de s'habiller, parce qu'il n'avait pas de robes à faire virevolter de façon séduisante, mais en échange elle avait l'occasion de le voir négligé et sexy.

Après avoir fait une entrée si théâtrale, il donna l'impression de ne pas vraiment savoir par où commencer, ce qui n'était pas vraiment surprenant. Il n'y avait pas vraiment de manière simple de demander à une personne pourquoi diable elle était dans votre chambre à coucher. Enfin, pas si le but était de les inciter à y revenir en tout cas, et Severus n'était pas habitué, ça se voyait, à mener une conversation qui était plus complexe qu'une demande d'explications et une remarque cinglante sur la réponse qu'on lui avait faite.

« Je… euh… J'ai bien peur de ne pas avoir un souvenir très clair de ce qui s'est passé hier soir ; j'imagine que vous m'avez aidé à revenir jusqu'à mes quartiers. » Voilà, se dit-il, c'était vague et sans hostilité, et ça devrait lui permettre de récupérer un maximum d'informations sans pour autant qu'il n'en ait trop dit de son côté.

« Oui, je vous ai trouvé à moitié inconscient sur le terrain de Quidditch ; et vous avez obstinément refusé d'être vu par Madame Pomfresh, alors je vous ai ramené à vos quartiers. » Le ton d'Hermione était un peu pincé, mais c'était parce qu'elle parlait à un homme qui avait beaucoup à expliquer. Et pas du tout, elle était catégorique, parce qu'il n'avait pas demandé pourquoi elle s'était sauvée, ou même ce qu'elle faisait dans sa chambre au départ, mais qu'il avait débuté la conversation en lui demandant ce qui s'était passé la veille au soir.

« Oh. » Il inspectait le manteau de la cheminée avec beaucoup d'intérêt. « J'imagine que je devrais vous remercier pour votre aide. »

« Je suis persuadée que vous auriez tôt ou tard retrouvé le chemin de vos quartiers. Après avoir cuvé, » répondit-elle un peu sèchement.

Il se retourna et la regarda. Il n'avait pas l'air honteux ou coupable, comme elle s'y serait attendue, mais plutôt exaspéré. « Est-ce que vous aimez travailler ici ? »

« Vous êtes en train de me menacer ? » demanda t'elle, indignée.

« Ne soyez pas bête, » la coupa t'il. « Je parlais sérieusement. »

« Pas beaucoup, » soupira t'elle. « Vraiment pas beaucoup. Je déteste les enfants, je déteste la plupart de mes collègues, je déteste le temps qu'il fait ici, et je déteste la façon dont Albus m'exploite sous couvert du bien de l'Ordre. »

Severus s'assit dans le fauteuil qui était près de la cheminée sans y avoir été invité, et annonça, « Je déteste ça aussi. »

Leurs regards se croisèrent pendant un moment de communion dans ce sentiment.

Hermione étudia les implications de sa demi-confession ; il n'en admettrait jamais plus qu'il n'était strictement nécessaire, mais si elle était capable de rassembler elle-même les morceaux, c'était une autre affaire. La réponse semblait claire. Elle fut impressionnée, et jalouse, qu'il ait été capable de leur jeter de la poudre aux yeux pendant si longtemps. Le pauvre Severus ne souffrait pas des terribles séquelles du Doloris, mais d'un bon vieux mal aux cheveux des familles couplé à un manque d'alcool. « Alors vous vous prenez une soirée tranquille de temps en temps tout en disant à Albus que c'est pour l'Ordre, » demanda t'elle d'un ton plus conciliant, tout en se demandant s'il existait un moyen qu'elle utilise les mêmes tactiques à son propre compte.

Il eut l'ombre d'un sourire, il avait entendu la note d'envie dans sa voix. « Quelque chose de ce genre ; je suis vraiment allé à une Réunion hier soir. Mais disons simplement que je suis rentré par le chemin des écoliers. Vous pouvez imaginer quelle aurait été la réaction d'Albus si je lui avais dit, 'oh, au fait, ma semaine a été merdique, alors je vais juste aller m'en jeter quelques uns derrière la cravate avec mes potes après avoir risqué ma peau avec votre espionnage et tout ça.' »

« Il aurait refusé. » Enfin, juste après s'être remis du choc de la découverte que Snape avait des amis, toujours. « Il a fait des pieds et des mains pour m'empêcher de voir mes parents pendant les vacances. Il n'a pas arrêté de faire des allusions plus ou moins voilées à de prétendues attaques de Mangemorts. En fait, il n'arrivait pas à trouver quelqu'un pour remplacer Minerva afin qu'ils puissent partir en vacances en Espagne pour deux semaines. Je lui ai cloué le bec en lui faisant remarquer que si le risque d'attaque sur mes parents était si important, il fallait que je sois là pour les protéger, à moins qu'il ne soit prêt à les faire protéger par des Aurors vingt quatre heures sur vingt quatre. Le Salaud. »

Severus acquiesça. « Il m'a fait le même coup l'an dernier, sauf que c'était pour pouvoir aller faire des 'recherches' en Italie, pour l'Ordre. La seule recherche qu'il avait l'intention de faire était de découvrir si Minerva préférait être au dessus. »

Il bloquèrent tous les deux sur cette image, essayant très fort de ne pas y penser.

« Alors voilà, » continua Severus, « je n'ai pas de problèmes de conscience à laisser croire à Albus que mon rôle d'espion est plus dur physiquement qu'il ne l'est effectivement. »

« Et Albus ne pose pas trop de questions sur ce qui se passe au cours de ces réunions, parce qu'il est un peu chochotte, et il ne veut pas entendre parler de choses désagréables, surtout s'il se sent responsable de ces choses. »

« Ce n'est pas de ma faute si Albus est un idiot ; je veux dire, combien de temps pensez-vous qu'un Seigneur Maléfique resterait en place s'il soumettait régulièrement ses troupes au Doloris ? Pas très longtemps, je peux vous le dire. Surtout si les troupes en questions sont des Serpentards : on a signé pour conquérir le monde et disposer d'un pouvoir illimité, pas pour souffrir physiquement. Si Vous-Savez-Qui était aussi con que ça, nous n'en serions plus à attendre que Potter fasse son devoir ; Malefoy l'aurait poignardé dans le dos depuis un bon bout de temps. » Severus eut un air un peu rêveur en disant ça, même s'il doutait que d'avoir Malefoy comme nouveau Seigneur Maléfique serait une énorme amélioration sur Vous-Savez-Qui.

Six mois plus tôt, avant qu'elle ne commence à travailler à Poudlard, elle aurait été horrifiée de tant de duplicité. Maintenant qu'elle avait enduré plus de vingt réunions des professeurs, et vu comment ils mentaient et trichaient tous pour éviter d'hériter de la moindre corvée extra-scolaire, elle était impressionnée. « Alors, vous ne dites rien, et il s'imagine que vous avez fait face à des situations incroyablement dangereuses, mais que vous vous montrez extrêmement pudique sur toute la situation. C'est tout simplement génial. »

« Ce n'est pas un mensonge, ce que je fais est dangereux, réellement dangereux. Je me rends à une réunion de Mangemorts dans le but de les espionner. Si jamais ils soupçonnaient ce que je suis en train de faire, je ne crois pas que leur réaction serait du genre oh, pas de problème, on ne t'en veut pas, retourne donc faire ton rapport à Dumbledore. Ce serait un petit tour avec Monsieur Doloris, un Avada Kedavra, et retour à Poudlard en plusieurs morceaux. Avec de la chance. J'ai peut-être exagéré les difficultés pratiques auxquelles j'avais à faire face, mais ça ne rend pas ma tâche plus facile pour autant. »

Hermione acquiesça. C'était un argument valide.

« Sans parler du fait que je dois écouter Lucius Malefoy déblatérer sur l'état du Ministère et l'influence pernicieuse qu'ont les sang-de-bourbe – sans vouloir vous offenser – et sur le bien fondé de la cause, juste au cas où il dirait quelque chose d'important. Et même ça, c'est toujours mieux que la conversation superficielle de Narcissa. Elle ne parle que de chaussures, de décoration d'intérieur, et de ses tentatives d'identifier la dernière maîtresse en date de Lucius. Après tout ça, pas étonnant que j'ai besoin de boire un coup ! »

« Un véritable enfer, » affirma Hermione.

Elle n'était pas à cent pour cent compatissante, mais Severus était si absorbé par l'énumération des injustices de sa vie qu'il la prit au mot. Il examinait ses mains, et passa quelques secondes à triturer un de ses ongles. « Je… Je me demandais ce que vous aviez l'intention de dire à Dumbledore ? »

Hermione considéra sa question. Son histoire était si bizarre qu'elle le croyait, beaucoup plus que s'il s'était lancé dans un récit de remords accablant face aux actions qu'il avait dû accomplir à cause de sa position d'espion, remords qui l'aurait poussé à boire afin de pouvoir oublier ces images obsédantes. Il s'ennuyait et il avait sauté sur l'occasion de s'amuser un peu. Pendant une seconde elle envisagea de lui demander si elle pourrait l'accompagner la prochaine fois, mais le bon sens la retint, sans compter qu'elle pensait que c'était à lui de l'inviter à sortir.

« Ne vous en faites pas. Si je n'ai pas cafté à propos de Harry et Ron, je ne vais pas commencer avec vous. S'il me pose des questions, je lui répondrai que je vous ai trouvé à moitié conscient au milieu du terrain de Quidditch, et que je vous ai aidé à regagner votre chambre. Cette formulation a l'avantage d'être Vraie, sans présenter l'inconvénient d'être La Vérité. »

Elle fut récompensée par le tout premier sourire qu'elle ait jamais vu éclairer le visage de Severus, qui lui causa des papillons dans l'estomac. Elle eut l'impression d'être privée de son dû quand il sortit sans avoir abordé le fait qu'elle avait reluqué son postérieur.

Vraiment, cet homme était contrariant au possible.

Cette opinion ne varia pas beaucoup dans les semaines qui suivirent. Il ne lui parla jamais de ses fesses, ne mentionna pas la moindre invitation à venir prendre un verre de vin dans ses quartiers afin qu'il puisse 'la remercier convenablement pour son aide', ou même 'discuter des arrangements pour le Bal d'Halloween'. De temps en temps, elle le voyait en train de la regarder avec un peu de concupiscence, et de son côté elle se surprit plus d'une fois à le suivre du regard dans les longs couloirs, en imaginant que ces robes virevoltantes soient un peu plus moulantes. Ou encore absentes.

Elle supposa qu'il devait être un peu difficile d'aborder le sujet d'un… d'un rendez-vous après la façon dont elle s'était enfuie de ses quartiers. Peut-être qu'il pensait qu'elle n'était pas intéressée ? Après tout, quelqu'un qui n'avait rien contre le fait de poursuivre une relation intime avec une autre personne ne tournait pas les talons pour s'enfuir quand ladite personne avançait vers elle avec une drôle de lueur dans le regard. Plus ample spéculation l'avait amenée à la conclusion que si Severus avait eu un problème avec sa présence, il l'aurait fait savoir. En le criant bien fort. Ce qui signifiait que la seule conclusion logique que l'on pouvait en tirer était que lui non plus ne serait pas contre une relation avec elle, mais que sa sortie précipitée le dissuadait de faire le premier pas.

Après s'être réveillée pour le quatrième matin d'affilée au milieu d'un rêve intéressant impliquant Severus, elle décida que la seule solution pour les sortir de cette impasse était qu'elle fasse le premier pas et lui explique que sa fuite avait été due à son embarras et non à sa révulsion.

Elle fit donc un mouvement. Le petit-déjeuner n'était peut-être pas le meilleur moment pour inviter quelqu'un à sortir, mais c'était le moment idéal pour inviter quelqu'un et prétendre que ce n'était pas une invitation au cas où il répondrait non.

« Je me demandais si vous seriez libre ce soir pour discuter… » Elle ne parvint pas à trouver le moindre sujet dont elle aurait pu vouloir discuter avec lui. A part 'déshabille-toi', suivi d'une instruction par-ci par-là.

Heureusement, il l'interrompit avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase. « Je regrette, mais j'ai d'autres obligations pour ce soir, » dit-il en tapotant son avant-bras gauche significativement.

« Oh. Euh. » balbutia t'elle.

« Mais pourquoi pas à un autre moment ? » proposa t'il tranquillement.

Elle ressentit une pointe de soulagement, qui s'évanouit quand elle se souvint d'où il allait le soir même. « Travail ou détente ? » demanda t'elle, en espérant que ce serait suffisamment vague pour ne pas mettre la puce à l'oreille de Dumbledore qui était assis à sa droite.

« Un peu des deux, je pense. »

« Alors… Alors soyez prudent, » dit-elle, en dissimulant son inquiétude pour lui de la même façon qu'elle utilisait sur les garçons – en étant directive. « Et pour l'amour du ciel essayez de réussir à revenir jusqu'à vos quartiers sans vous écrouler face contre terre sur le terrain de Quidditch. »

Elle sentit Dumbledore tressaillir à ses côtés, et elle continua en parlant un peu plus fort. « Et la prochaine fois, je ne veux rien entendre, je vous amène directement chez Madame Pomfresh, que vous le veuillez ou non. Je ne suis pas Médisorcière, et vous n'avez pas à attendre de moi que je prenne soin de blessures pareilles. »

« Non, Hermione, » répondit-il d'un air contrit, en jetant un regard de côté au Directeur pour voir comment il prenait ces commentaires. En quittant la table, il entendit Albus qui commençait à poser des questions, et Hermione qui répondait d'un ton pincé qu'elle ne voulait pas en parler, parce que c'était trop douloureux, tout en s'essuyant délicatement la bouche avec sa serviette.

Peut-être que tout ce temps qu'elle avait passé à faire les quatre cent coups avec les garçons l'avait rendue plus retorse qu'il ne s'y serait attendu, et, bien sûr, personne ne s'attendait à ce qu'une Gryffondor soit autre chose que scrupuleusement honnête.

Mmmmm. Ça lui donna une idée.


Oui, il y a une suite, mais je n'ai pas la moindre idée du moment où je la posterai : elle n'est pas prête du tout. Mais je me disais que ça ne pouvait pas faire de mal de rire un peu. benebu