Avertissement pour cette fic : Gin/Shuuhei/Kira, donc yaoi et vaguement plan à trois, D/S, humiliation, étude psychologique un peu longuette, voyeurisme/exhibitionnisme, glauque, cruauté, amoralité, tout ça, et sexe pas explicite du tout mais à voir la liste plus haut ça peut être choquant quand même. Dédié à Howan, qui aime ce threesome.

Ah, et puis je ne sais pas si c'est la dernière de ce recueil, mais je fais au moins une petit pause, peut-être définitive. Merci à tous ceux qui me lisent et qui aiment mes histoires !


Kira n'a jamais estimé qu'il pouvait s'aimer lui-même.

Ou alors peut-être il y a longtemps, quand il était enfant, quand il était encore avec ses parents, qui l'aimaient sans condition, quand il n'avait pas à se dissimuler derrière un masque de politesse et de perfection pour faire en sorte que les gens l'acceptent.

Mais il ne s'en rappelle plus très bien.

Il sait que ce qu'il fait avec le capitaine Ichimaru, ce que son supérieur lui demande de faire, est scandaleux et devrait le remplir de honte, de haine pour lui-même, mais c'est un sentiment auquel il est tellement habitué que ce n'est pas si terrible.

Et puis, le capitaine Ichimaru a une façon de lui donner des ordres, de le rabaisser et de l'humilier, qui fait que même si c'est bien pire que ce qu'il ressent d'habitude, même s'il est plus bas que terre, il y a quelque chose de plus, quelque chose de délicieux.

Ce n'est pas seulement le plaisir charnel. Oh, cela compte, certainement, tout vient de là, et depuis que le capitaine Ichimaru l'a fait entrer dans son lit, il n'y a pas une fois où il n'ait pas réussi à le faire crier d'extase quand il choisissait de lui accorder cela, et Kira ne pouvait plus penser à quoi que ce soit d'autre, plus rien ne comptait au monde.

Mais si cela avait été vraiment seulement seulement ces moments, alors la honte l'aurait submergé à tous les autres instants de sa vie, et... non, il trouve aussi quelque chose dans chacun des sourires du capitaine Ichimaru, dans chacun de ses ordres, dans les reflets dans ses cheveux, et dans le bureau où ils travaillent ensemble...

Tout vient de ces moments où il suppliait et gémissait dans le lit du capitaine Ichimaru, et puis cela s'est infiltré dans le reste de sa vie, et il ne s'en est pas plaint, du tout.

Peut-être cela veut dire que tout est basé sur le sexe, la façon dont les sourires du capitaine Ichimaru le rendent incapable de penser, lui donnent l'impression que quelque chose d'unique est en train de se produire, lui donnent envie de tomber à ses genoux. Ou peut-être au contraire que tout est depuis le début à propos de quelque chose de beaucoup plus important.

C'est à propos de donner. C'est à propos de servir. Oh comme il aime ça, donner tout ce qu'il peut à quelqu'un qui ne l'accueillera pas avec indifférence comme si c'était naturel, mais qui ne se sentira pas non plus gêné comme si cela l'obligeait à donner quelque chose en retour... quelqu'un qui le récompensera et le punira toujours comme il faut, et les récompenses sont si bonnes, et les punitions sont terribles, mais elles sont méritées, donc elles sont douces quand même... quelqu'un qui, quand Kira donne, sait ce qu'il sacrifie et l'apprécie à sa juste valeur...

Il a cherché cela sans le trouver, chez ses professeurs, chez ses amis, et alors ça n'avait vraiment aucun rapport avec le sexe... alors ce n'est probablement pas seulement ça.

C'est à propos de ne pas être soi-même, se dit-il, quand il y réfléchit bien. Oui, quand il est en présence du capitaine Ichimaru, c'est comme s'il choisissait de ne plus être Kira Izuru, mais seulement une extension de la volonté de son capitaine, un jouet entre ses mains, quelque chose d'autre, qui n'a plus ni responsabilité ni honte.

C'est toute sa conscience qui est alors altérée, c'est chaque phrase, chaque rictus de son capitaine qui lui met les nerfs en feu, et la douleur, la peine, la honte, deviennent si excitantes, si doucement cruelles, et il n'y a rien qu'il ne peut pas faire.

C'est un peu comme l'alcool, peut-être, c'est un peu cette même façon de tout oser sans que rien ne soit grave et de se sentir stupidement joyeux, comme lors des soirées avec Abarai-kun et Hisagi-sempai, mais l'alcool laisse toujours de tristes lendemains, et il ne suffit pas de penser à boire pour avoir déjà la tête qui commence à tourner délicieusement. Cette ivresse-là ne s'arrête jamais. Ou alors presque jamais. Et même quand il commence à reprendre le chemin de la réalité, quand il retrouve cette sensation d'être méprisable et de penser à la mort, le capitaine Ichimaru vient à lui, et il l'aide à mourir un peu, à être quelqu'un d'autre, c'est déjà quelque chose et il se sent mieux.

Sous les mains du capitaine Ichimaru, il peut supplier et implorer, et il n'a aucune honte. C'est ce que lui dit son supérieur, d'un ton qui contient juste ce qu'il faut de moquerie, et ce n'est pas vrai, il se sent si mal à l'aise que cela l'écrase. Mais en même temps ce n'est pas complètement faux, il peut y survivre, ce n'est pas lui qui s'humilie ainsi, c'est quelqu'un d'autre - ou alors peut-être que c'est le vrai lui, celui qui peut avouer ses désirs, qui s'offre et qui supplie. Peut-être que c'est aussi le vrai Kira qu'on trouve au fond des bouteilles de sake en train de s'épancher auprès d'Hisagi-sempai et Abarai-kun. Oui, se perdre ainsi dans le monde du capitaine Ichimaru est une dissimulation, mais c'est une révélation, et sans doute devrait-il le remercier de lui donner des ordres et d'accepter de prendre sa perversion sur lui.

Il n'aura pas toujours ce qu'il demande, bien sûr, on n'a pas toujours ce qu'on veut, mais cela arrive, cela arrive parfois, et même le fait de le réaliser, de le penser, de le dire à haute voix, est un début de quelque chose.

Et quand Kira s'applique à lui donner du plaisir et à être flexible et diligent sous ses ordres, bien sûr cela le dégoûte un peu, ce qu'Ichimaru lui demande de faire, bien sûr c'est pervers, mais encore une fois le monde est sens dessus dessous, et son acceptation de faire toutes ces choses sales est un sacrifice cristallisé qui devient beau comme une étoile, et il n'y a alors rien qui puisse le faire se sentir mieux.

Et parfois, quand ils sont tous les deux couchés l'un près de l'autre, épuisés, et Kira avance timidement la main et passe les doigts dans les cheveux de son capitaine, si fins, si doux, et c'est comme s'il était baigné en lui un peu plus longtemps. Ces cheveux d'argent ont la pâle lueur de la lune, qui rend le monde sombre, trouble et dangereux, mais magnifique.

Il sait qu'il n'est plus vraiment lui-même, qu'il n'existe que par cette lumière, mais alors il ne veut plus jamais revoir le monde comme avant.

Mais ce soir, le capitaine Ichimaru n'a pas l'intention de le laisser partir dans ses rêves.

"Je t'ai vu discuter avec Hisagi-kun tout à l'heure. Que voulait-il ?"

"Oh, il m'avait juste invité au bar pour la soirée." et bien sûr il était hors de question que Kira y aille. Mais même s'il avait eu sa soirée de libre, il ne sait pas si cela l'aurait intéressé. Il essaie de se dire que c'est parce qu'il essaie d'être sérieux, mais dans ces moments-là, c'est une chose difficile à penser.

Peut-être n'en a-t-il plus besoin, tout simplement. Bien sûr, la compagnie d'Abarai-kun et Hisagi-sempai est toujours agréable, mais l'alcool ne lui fait plus envie.

"Est-ce que tu penses qu'il t'aime bien ?" et la voix de Gin est tellement chargée d'ambiguités que Kira y voit tout de suite bien plus que ce que les mots évoquent. Hisagi-sempai a de l'amitié pour lui, très certainement, mais pas... mais rien de plus. "Et toi, qu'est-ce que tu penses de lui ?"

L'idée effleure Kira que le capitaine Ichimaru pourrait être jaloux, mais elle lui semble tellement grotesque... "Je suis à vous." dit-il, roulant de côté pour se rapprocher un peu de Gin.

"Je sais." répond le capitaine Ichimaru en lui caressant doucement la tête. "Cela ne répond pas à la question. Est-ce que tu le trouves attirant ?"

"Il est beau, mais..." Kira aimerait retourner quelques années en arrière pour pouvoir dire qu'il ne s'intéresse pas aux hommes et qu'il est incapable de répondre à la question. Même si... enfin, il ne se sent pas attiré par les hommes en général, et il se serait jeté aux pieds du capitaine Ichimaru tout aussi bien s'il avait été une femme ou un dieu. "Mais il n'y a que vous, vraiment !"

Le capitaine Ichimaru étouffe un rire. "Je t'ai déjà dit que je savais, Izuru. Je ne pose pas ces questions par jalousie. En fait, je suis tellement sûr que tu m'appartiens que je ne serais pas jaloux si je le trouvais dans ton lit." Kira rougit. Il est bizarrement réconfortant que le capitaine Ichimaru ait une telle idée de l'étendue de sa dévotion, mais l'image mentale n'est pas pour lui plaire. Quand Gin ajoute d'un ton pensif : "En fait, ce serait plutôt excitant..." il commence même à se sentir mal à l'aise.

"Capitaine, ce n'est pas amusant !"

"Vraiment ?" demande Gin, et Kira en est d'autant plus sûr ; cette voix est peut-être amusée, mais il y entend le frémissement, la petite musique qui dit que c'est très sérieux. "Je trouve que si. J'aime bien cette idée."

Kira avale sa salive, et bien sûr les mots du capitaine Ichimaru transforment le monde, et cela doit amusant s'il le pense, de la même façon qu'il peut rendre n'importe quelle horreur délicieuse s'il le décide, mais pour l'instant, cela lui semble seulement inquiétant. "Il n'y a que vous." répète-t-il, sans comprendre lui-même si c'est pour essayer de résister ou au contraire pour céder déjà.

"Alors ?" les doigts de Gin courent dans son dos, doucement, alors que son capitaine confirme les menaces qui l'entouraient déjà, qui le frappent d'un premier coup, "pourrais-tu jouer un peu avec lui pour moi ?"

"C'est..." Kira n'a pas envie de finir sa phrase. Oui, c'est horrible, c'est répugnant, et la honte rien que d'imaginer ça le consume, mais en même temps il sent le capitaine Ichimaru qui goute sa honte en même temps qu'il lui embrasse le cou, qui s'en délecte et le désire d'autant plus, et c'est bon, tellement bon qu'il a l'impression que ce dégout de lui-même l'excite aussi, il est habitué à ce cycle étrange, à cette transformation du monstrueux en merveilleux, mais... "Il ne voudra pas." conclut-il, fuyant ses propres interdits si fragiles pour se raccrocher à ceux des autres.

"Pourquoi ne voudrait-il pas ? Tu te sous-estimes, Izuru. Tu es adorable, tu sais ?" Gin embrasse ses lèvres, caresse son corps, et comment est-il possible de ne pas le croire dans ces conditions ? "He, tu crois vraiment ne pas être capable de séduire un homme ? Est-ce que tu ne me voulais pas ? Est-ce que tu ne m'as pas eu ?"

"C'est vous qui..." Il voudrait dire que c'est Gin qui a voulu ça, qui a pris l'initiative, même s'il n'en est pas tout à fait sûr, après tout même s'il y avait certainement quelque chose dans les brefs contacts de ses mains qui le faisaient trembler, c'est finalement Kira qui s'est jeté à ses pieds en lui demandant de lui faire ce qu'il voulait, n'importe quoi.

"En es-tu sûr ? Et même alors, j'aurais aussi bien pu te laisser insatisfait, si je l'avais voulu... Il y a quelque chose dans tes jolies petites lèvres entrouvertes, dans tes cheveux qui tombent sur tes yeux baissés, dans la façon dont tu frissonnes, qui te rend désirable, Izuru." De telles paroles pourraient être paradisiaques, si Kira réussissait à oublier ce qui va suivre, qui en est la conclusion logique. "Je suis sûr que tu peux faire cela pour moi."

Le capitaine Ichimaru lui griffe les cuisses à le faire saigner, et comme Kira ne voit pas le vrai monde dans ces moments-là, cela ne lui procure que du plaisir qui remonte jusqu'à son ventre, il se cambre, il voudrait s'oublier définitivement, il voudrait que le capitaine Ichimaru arrête de lui parler d'Hisagi-sempai... mais ce dernier voeu ne sera pas exaucé, il le sait.

"Si tu y mets de la sincérité, tu peux le faire."

"Comment pourrais-je être sincère ?" demande Kira. Il n'a pas de désir pour Hisagi-sempai, et plus important, il ne veut pas lui faire ça.

"Ton envie de me plaire n'est-elle pas sincère ?" et si, bien sûr, elle l'est, il appartient au capitaine Ichimaru, et lui donner du plaisir est ce qu'il y a de plus doux dans ce monde qu'ils ont construit... mais c'est un monde qui est seulement pour eux deux. Cela ne peut pas prendre la place du monde extérieur. Hisagi-sempai est une vraie personne, et s'il le blesse ce sera réel...

"Vous ne pouvez pas me demander cela..." dit-il sans réussir à sembler convaincu. Il n'y a rien que le capitaine Ichimaru ne puisse pas faire, il devrait l'avoir compris.

"Bien sûr que si, Izuru..." et en cet instant, Gin est autour de lui, en lui, il n'y a plus que lui, il essaie de se rappeler qu'il y a autre chose, que le monde n'existe pas que pour eux deux, il essaie de se raccrocher à la réalité... depuis quand cette vision si étrange et si douce est-elle devenue le monde entier, à perte de vue ?

Il a des amis qui ne doivent pas savoir, qui ne doivent pas rentrer dans ce monde, qui ne doivent pas connaître le vrai lui, il se l'est toujours dit - mais toutes ces certitudes sont ébranlées par la présence du capitaine Ichimaru, qui ne le touche même plus, qui attend sa réponse, penché sur lui, qui attend de le dévorer...

Il se détestera lui-même, se dit-il, il ne veut pas ça... mais il s'est toujours détesté et si le capitaine Ichimaru peut effacer ça, encore une fois, si ce qu'il lui fait ressentir peut devenir l'univers entier... depuis quand les horreurs qu'il lui demande de faire sont-elles devenues si précieuses ?

Il sent qu'il lâche prise, il sent qu'il perd les quelques principes qu'il lui restait, il sent qu'il se coupe de la réalité, ça lui fait mal.

"Je le ferai." dit-il, et une promesse de sa part est sacrée, plus encore que le sont les ordres du capitaine Ichimaru, il ne peut plus revenir en arrière maintenant...

Et le capitaine Ichimaru a un grognement de satisfaction, et la réalité devient si lointaine que s'être sali ne fait même plus mal, ou alors juste un peu, juste une peine diffuse qui cogne dans sa gorge et que les douceurs d'un autre monde que lui accorde le capitaine Ichimaru lui font oublier un instant, et il peut croire que tout est naturel parce que le capitaine Ichimaru lui a demandé de le faire, et que c'est entièrement lui qui en a la responsabilité, que Kira Izuru n'existe plus, n'est-ce pas, n'est-ce pas ?


C'est facile, trop facile. D'une certaine façon, il aurait souhaité que ce soit plus difficile, voire impossible. Si Hisagi-sempai pouvait l'avoir regardé avec horreur, pouvait lui avoir expliqué gentiment qu'il n'avait pas la moindre intention d'aller dans ce sens, même en faisant de son mieux, même en faisant tout ce qu'il pouvait... alors le capitaine Ichimaru se serait moqué de lui, et l'aurait certainement puni, mais même cela aurait été pire que le dégoût qu'il éprouve alors qu'Hisagi-sempai le laisse l'embrasser, et sourit, et a l'air heureux...

Ce n'est pas son ami qui le dégoûte, c'est lui-même, il est en train de mentir, il est en train de le tromper de la façon la plus odieuse...

Kira sait que le capitaine Ichimaru le regarde, il sait qu'il n'a pas manqué d'espionner chacun des moments où ils se parlaient depuis, les commentant ensuite avec des ricanements et des remarques obscènes. Il sait qu'il aime certainement ce qu'il voit, et c'est la seule chose qui lui permet de continuer, de ne pas s'écarter en murmurant des excuses, de ne pas avoir envie de vomir, de ne pas fuir au bout du monde.

Il sait que son capitaine aime certainement ce qu'il voit quand ils se déshabillent, et cette idée rend la chose supportable même si elle ne suffit pas à la rendre douce, mais en même temps s'il n'était pas capable de faire pour lui des choses qui ne sont pas bonnes du tout cela ne compterait pas, et les louanges qu'il espère recueillir ensuite auraient moins de valeur, moins de douceur, n'est-ce pas ?

Il se sent horrible envers Hisagi-sempai, horrible, et pourtant il continue à jouer la comédie, agissant de manière calme et mesurée, calculant chaque geste, justement parce qu'à l'intérieur de sa tête il est en train de perdre toute cohérence et que s'il agissait selon ses instincts il ne sait pas ce qu'il ferait de stupide.

Il sait que son capitaine aime certainement ce qu'il voit alors qu'il finit de déshabiller son ami, et il essaie de se raccrocher à cela comme si c'était l'unique réalité, il essaie de ne pas penser aux sentiments d'Hisagi-sempai, et il se sent si obéissant, si dévoué, mais en même temps cela ne lui suffit pas, il se sent sale, bien plus sale que quand il suppliait le capitaine Ichimaru de lui faire subir les pires horreurs.

Et Hisagi-sempai le prend dans ses bras, et ce n'est pas si mal, pas si terrible que ça, il est doux et gentil, et c'est vrai qu'il est beau, mais cela ne rend pas les choses meilleures, au contraire, il se sent toujours aussi coupable envers lui, il se sent coupable envers le capitaine Ichimaru de ne pas détester le corps d'Hisagi-sempai contre le sien. Il sait qu'il ne devrait pas. Ils ressentent tous les deux un plaisir si doux, et il sait qu'il est toujours dans ce monde où rien n'est ce qu'il semble parce que cela n'a jamais été aussi horrible, quand il n'a même plus la certitude d'avoir l'approbation de son capitaine.

Puis le plaisir finit de les consumer, et ils sont couchés dans les bras l'un de l'autre, Hisagi-sempai lui murmure des choses heureuses et gentilles, et Kira voudrait ne plus jamais avoir à lui parler parce qu'il ne veut plus ni lui dire la vérité ni lui mentir encore.

Jamais il ne s'était demandé ce qui allait se passer après, et cela vaut sans doute mieux, parce que cela n'aurait pu que lui faire peur sans l'aider du tout.

Rien n'aurait pu l'aider alors que le capitaine Ichimaru surgit dans la pièce, désinvolte et dangereux. Kira le connaît bien, il croit que son sourire légèrement plus large, plus tordu que d'habitude veut dire qu'il est prêt à lui sauter dessus, mais Hisagi-sempai ne peut probablement se rendre compte de rien... Il regarde Gin avec un air horriblement gêné, se préparant à s'excuser, mais le capitaine ne le regarde même pas.

"C'était tout à fait appréciable, Izuru." Kira sent un frisson parcourir tout son corps.

"Comment..." Hisagi semble ne savoir ce qu'il doit comprendre, dans le calme apparent des deux autres hommes, et le capitaine Ichimaru lui précise : "Oh oui, tu n'étais pas au courant, bien sûr, que cette petite scène était arrangée entre Izuru et moi."

Hisagi-sempai fixe Kira, quête une approbation ou une dénégation, et Kira sent qu'il a plus confiance en lui qu'en son capitaine, qu'il le croira s'il lui ment, et cela ne fait que rendre toute la chose encore plus sordide.

Gin s'en rend très bien compte aussi et ordonne "Vas-y, Izuru, dis-lui la vérité, puisqu'il te fait plus confiance qu'à un capitaine de division." et Kira obéit, raconte comment il n'aurait jamais approché Hisagi-sempai sans ordre, regarde son visage se décomposer.

Il lui dit qu'il n'aurait jamais pris de plaisir si ce n'est pour les regards du capitaine Ichimaru, peut-être un peu trop fort, peut-être avec un peu trop de conviction par rapport au reste de sa tirade dite d'une voix morne, parce qu'il a besoin de s'en persuader.

"Je croyais que..." commence Hisagi-sempai, et puis il jette un regard au capitaine Ichimaru et se tait, ne voulant pas lui offrir en spectacle l'expression de son chagrin. "Tu es horrible." siffle-t-il à Kira.

Ce n'est que le coup final, tout était déjà joué, et pourtant cette vérité transperce Kira comme une flèche de glace. "Je sais." dit-il, inclinant la tête. "Je suis le seul à savoir à quel point." murmure-t-il à moitié pour lui-même.

"Je m'en moque !" La voix d'Hisagi-sempai est basse, mais sonne comme un cri de désespoir, l'air sent le mensonge autour de lui. "Je ne l'ai jamais vraiment voulu, de toute façon. Tu ne mérites pas qu'on se soucie de toi, je le sais maintenant." Kira laisse ses insultes le blesser avec un vague sourire, très pâle pourtant, il a envie de pleurer, il a envie de mourir, il a envie que quelqu'un le frappe, il a envie que le capitaine Ichimaru le prenne maintenant, l'emmène loin de tout cela, vienne le sauver de la fange où il l'a lui-même jeté.

Mais pour l'instant il parle à Hisagi-sempai : "En attendant, si il te venait à nouveau l'envie de profiter de mon horrible petit vice-capitaine, qui ne mérite pas qu'on se soucie de lui, n'est-ce pas, tu peux toujours me le demander. On ne sait jamais, je sais qu'il est très doué et le corps a parfois ce genre de besoins... Tu ne t'es toujours pas rhabillé, Hisagi-kun, donc il est difficile de cacher ce genre de choses, n'est-ce pas ?"

Hisagi-sempai a un regard de haine ; mais il se tait et commence à remettre son kimono.

"Ou alors," continue le capitaine Ichimaru, "peut-être que tu préfèrerais échanger les rôles et me regarder avec Izuru-chan ? Je suis sûr que tu aurais des choses à apprendre..."

"J'en ai déjà trop appris aujourd'hui." répond Hisagi-sempai, sa voix toujours chargée de haine et de dégoût. Il regarde Kira : "Je ne dirai rien à personne, parce que ce sont des affaires privées, et parce que je n'ai pas joué un rôle bien glorieux moi non plus, mais je n'en pense pas moins."

Cela fait mal dans l'estomac, mais alors que le capitaine Ichimaru lui pose la main sur l'épaule, il se rappelle à quel point c'est bon, de lui sacrifier tout ce qu'il peut, tout ce à quoi il tient, de faire des choses qu'il déteste pour lui, à quel point cela doit être bon car c'est tout ce qui lui reste.

"J'aime te voir ainsi," lui murmure Gin à l'oreille, "J'aime comme tu es complice de ton propre déshonneur, j'aime comme tu m'obéis tout en sachant que tu devrais ne pas le faire, j'aime comme tu détruis tes propres espoirs. Viens dans mes bras, Izuru, et oublie un peu. Je te promets que tu ne regretteras rien."

Kira obéit, comme toujours.