Auteur: Katoru87

Rating: M

Couple: moi je sais et pour l'instant c'est suffisant.

Résumé: En rangeant le grenier, Remus retrouve son vieux journal, un vieil ami à lui qui va le replonger dans son passé, à l'époque de son arrivée à Poudlard. Extraits du journal et des souvenirs d'un Maraudeur.

Carpe diem

Vivre la vie au jour le jour

Poudlard (Écosse) 1981, 13 mars:

16h

Les examens approchent ainsi que la fin du lycée. Les Maraudeurs sont plus proches que jamais mais j'ai quand même l'impression qu'un fossé se creuse entre moi et les deux autres. Surtout avec Sirius. Et ça, c'est parce-que je l'aime toujours et que lui, il va bientôt fêter les deux ans de sa relation avec la même fille – je me rends compte maintenant que je ne la cite jamais par son prénom et je pense que ça va continuer comme ça. Deux ans et il n'a pas l'intention de la laisser tomber. Tout comme James, il est bien plus mature que quand je l'ai rencontré. C'est normal mais c'est douloureux parce-que cette maturité l'éloigne de moi en le rapprochant de ses conquêtes. Lucius m'a manqué cette année. Avec lui, lors de nos discussions nocturnes, je n'étais pas obligé de maquiller mes fantasmes en fantasmes hétéros, je pouvais aussi faire semblant d'avoir une copine et je n'avais pas à expliquer mon célibat à mes deux amis. Depuis qu'il est parti, James et Sirius n'arrêtent plus de me demander pourquoi je ne cède pas aux avances de celles qui me bouffent des yeux dans les couloirs. L'excuse de la rupture douloureuse a marché quelque temps mais maintenant elle se voit systématiquement répondre « passe à autre chose, t'as pas l'âge de te faire moine! » Non effectivement, je n'ai pas l'âge, ni la motivation d'ailleurs, mais je n'ose pas chercher un autre amant – et surtout pas de la même manière que l'a fait Lucius, ce jour-là à la bibliothèque. Il a eu de la chance quand même le blondinet, si je n'avais pas été du même bord que lui il aurait été sacrément humilié. Je n'ai pas autant de culot que lui.

Pourquoi c'est si dur de faire son coming-out? Ce sont mes amis et pourtant, j'ai peur de ce qu'ils pourraient me dire, de leur réaction et par extention, j'ai peur de les perdre. Ce sont les meilleurs amis que j'ai jamais eu, je ne veux pas qu'ils me tournent le dos – même si ma vie sexuelle ne regarde que moi, l'homosexualité ne s'accepte pas facilement et ce, quelque soit la position dans laquelle on se trouve par rapport à elle. Ça va en s'arrangeant mais...

Tout ça pour dire que je ne leur ai toujours pas avoué que j'étais gay (je n'aime pas ce mot « avouer ». Ce n'est pas un crime) et que je ne compte pas le faire. En fait, j'ai pris ma décision depuis quelques mois même si je l'ai gardé pour moi.

Je reviens tout juste de la petite préfecture de Pré-au-Lard où j'ai fait une demande de passeport et de visa pour les Etats-Unis. J'ai été admis à la Manhattan School of Music à New-York. J'ai envoyé mon dossier d'inscription pendant les vacances de noël et j'ai reçu une réponse positive hier. Je partirai au mois d'août et à la rentrée prochaine, je serai étudiant en musique en Amérique. Je vivrai dans l'appartement que mes parents avaient acheté là-bas et où ils n'ont mis les pieds qu'une seule fois – mais que mon père n'a jamais revendu. Il était ravi quand je lui ai annoncé ma décision de devenir chef-d'orchestre et d'intégrer une si prestigieuse école.

Je pense que ça me fera du bien de fréquenter d'autres personnes, de sortir du cadre confiné de Poudlard. Padfoot m'a mordu dés que je l'ai rencontré et comme on dit, rien ne chasse mieux une morsure de chien qu'une autre morsure de chien. J'espère rencontrer cet autre clebs à New-York et avoir plus de chance avec lui qu'avec le beau Sirius Black.

Sinon, aujourd'hui, nous avons dû passer notre visite médicale annuelle – obligatoire dans cet établissement. J'étais plutôt content en sortant de l'infirmerie: j'ai pris dix bon centimètres en moins d'un an et quatre kilos. Bon, je suis toujours le plus petit élève de terminale mais au moins, j'ai dépassé le mètre soixante et je fais un peu moins gringalet qu'avant. C'est toujours ça de pris. James de son côté stagne à un mètre soixante-quinze pour soixante dix kilos et Sirius nous flanque à tous le torticoli du haut de son mètre quatre-vingt cinq – et je ne parle pas de notre ami Fabien qui nous a tous laissé derrière avec ses deux mètres dix. Il m'appelle « ma crevette » ce con!

Je dois y aller, Sirius et James m'attendent.

Poudlard (Écosse) 1981, 30 juin:

20h

C'est notre dernière nuit à Poudlard, tous ensemble. Demain nous prendrons le train pour rentrer à Londres où nos chemins se sépareront. Sirius va partir pour Cambridge et James pour Paris – il suit Lily qui a décidé d'aller étuder à la Sorbonne. Et moi pour New-York.

Nous avons échangé nos nouvelles adresses plus tôt dans la journée. J'espère qu'on ne se perdra pas de vue comme on tendance à le faire les amis séparés pas une trop grande distance. En tout cas, je ferai tout pour qu'ils ne m'oublie pas et réciproquement.

Une page se tourne.

Je suis terrifié par ce qui m'attend. Poudlard est un monde que je connais et où je suis encadré par des adultes qui pensent pour moi. Mais dans quelques semaines, je serai livré à moi-même dans une ville que je ne connais pas, dans un pays à des milliers de kilomètres de chez moi. Je sais que c'est mon choix, je sais pourquoi je l'ai fait – même si mes raisons n'étaient pas forcément les meilleures – mais ça ne signifie pas que je suis sûr de moi. C'est l'avenir que j'ai devant moi et c'est terrifiant.

Qui sait ce qu'il me réserve?

23h59

Je reviens de Pré-au-Lard où nous avons fêté la fin de nos années lycée et le début de notre vie étudiante. J'ai appris que je n'étais pas le seul à avoir peur et ça me rassure.

James et Lily vont vivre ensemble dans un petit appartement situé prés du Moulin Rouge. Ils ont eu du mal à convaincre leurs parents de les aider financièrement mais ils les ont eu à l'usure. James a de l'entraînement en la matière. Lui et la rouquine sont vraiment beau ensemble, comme une évidence, pourtant ce n'était pas gagné. Bravo Prongs!

Si j'ai bien compris, ils ont trouvé des jobs de serveur dans un nouveau restaurant parisien. Si leurs parents ont accepté de payer le loyer et les factures, il leur reste la nourriture, les meubles et le reste à payer de leur poche. Je leur fais confiance ils s'en sortiront.

Sirius, lui, envisage très sérieusement de se fiancer avec sa petite-amie (qui n'était pas là, dieu merci!) et cette nouvelle m'a fait un coup au coeur. On a que dix-huit ans et lui, il pense déjà à se caser. Il est pas bien dans sa tête – quoiqu'on pourrait dire la même chose de James. Me voilà rendu aigri par le célibat. Quelle déchéance!

Plus sérieusement, j'ai eu du mal à ne pas pleurer quand il nous a dit ça. J'ai eu du mal à jouer l'ami content pour son copain alors que j'avais envie de lui mettre une droite avant de l'embrasser.

J'espère que la distance est une correspondance régulière suffiront à me le faire oublier. Des bras chauds et une queue prête à l'emploi ne seraient pas mal non plus remarque.

Car oui, je suis en manque!

En manque de sexe mais aussi d'affection. Je ne veux pas d'un coup d'un soir mais d'un petit copain. C'est trop demandé?

Sirius vient de grogner pour que j'éteigne la lumière. Il fait trop chaud pour qu'on tire les rideaux de nos lits et la lumière de ma lampe l'empêche de pioncer.

Vais-je être assez mesquin pour me venger en lui volant une nuit de sommeil?

Hélas, je ne lui résiste pas.

Londres 1981, 15 août:

14h

Je suis assis dans mon avion à attendre qu'il décolle. Je ne peux plus faire marche arrière maintenant et je n'en ai pas envie. Les clés de l'appartement de New-York sont dans ma poche.

Ma nouvelle vie m'attend par delà l'océan. J'ai peur.

Mon père viendra me voir dans une semaine pour s'assurer que je suis bien installé. Il me reste quelques semaines pour explorer la ville, me familiariser avec elle et tenter de rencontrer des gens. Je n'aime pas trop me mêler à des inconnus mais je ne tiens pas particulièrement à rester enfermé chez moi. Je veux découvrir ma nouvelle ville, mon nouveau chez moi. Et surtout, je veux oublier.

J'ai eu James au téléphone avant de partir pour l'aéroport. Il est en plein déménagement mais il m'a souhaité bonne chance et demandé de l'appeler en arrivant à bon port. Il n'aime pas les avions. J'ai des enveloppes pour le courrier international dans mon sac à dos. Il aura droit au récit détaillé de mes premières aventures aux States.

J'ai tenté d'appeler chez Sirius mais personne n'a répondu. Je lui ai écrit une lettre dans le taxi, pour lui souhaiter bonne chance et lui dire que je l'aime – comme un ami s'entend. Je n'ai pas eu le courage, même par écrit, de lui dire ce que je ressentais vraiment. Ça aurait changé quoi de toute façon?

J'ai posté ma lettre en arrivant à l'aéroport. Je serai à l'autre bout du monde quand il la recevra.

L'avion bouge. C'est parti pour le décollage.

New-York 1981, 9 octobre:

22h

Plus le temps passe, plus je me dis que c'était ridicule d'avoir peur de venir ici – même si c'était impossible de ne pas avoir d'appréhension face à ce qui m'attendait. Cette ville est très déroutante mais pourtant j'en suis tombé amoureux à peine sortie de l'aéroport J.F.Kennedy. Il faut s'habituer. J'ai rencontré des gens adorables et je me suis fait de nouveaux amis – même si je n'oublie pas ceux que j'ai laissé derrière moi. Et puis, j'ai un nouvel amant. John est étudiant en médecine et il a vingt ans. Je l'ai rencontré peu de temps aprés mon arrivée en ville, dans le bar où je travaille pour me faire de l'argent de poche. Il m'a fait une cours assidûe pendant des semaines avant que je ne craque, ce que je ne regrette pas d'avoir fait. Hier soir, on était tous les deux installés sous une couverture, sur le canapé défoncé de son grenier à se partager une tasse de chocolat quand nos bouches et nos mains sont allées plus loin que d'habitude. Il m'a fait trembler comme je ne l'avais plus fait depuis des mois. Il s'est glissé en moi et je crois que j'ai hurlé tellement c'était bon. Je n'avais plus fait l'amour depuis le départ de Lucius et dans ses bras, je me suis rendu compte que ça me manquait vraiment.

Comme il y une maladie qui court en ce moment chez les gays – une maladie mortelle que les médecins appellent sida – on a utilisé un préservatif. Je ne savais même pas que ça existait mais John étant un futur médecin, il m'a expliqué ce que c'était et à quoi ça servait. Il préfère nous protéger et je suis content qu'il le fasse (j'ai vu certaines personnes malades de cette saloperie et je vais tout faire pour l'éviter!). Au début c'est un peu bizarre, c'est presque comme la peau, mais ça s'oublie vite et l'avantage, c'est que je n'ai pas eu besoin de me laver aprés.

Une invention utile.

Mes études se passent très bien, c'est vraiment passionnant même si je rentre chaque soir du 120 Claremond Avenue en ayant l'impression que mes bras ont doublé de volume. Je me suis acheté des althères pour me muscler un peu. Ce matin, devant ma glace, j'ai vu apparaître un début de plaque de chocolat sur mon ventre du coup, j'ai eu le moral toute la journée. Je reste petit et mince mais on ne voit plus mes os à travers la peau. Selon John, j'ai un corps parfait – le petit flatteur.

Me voilà narcissique. J'ai passé trop de temps avec James!

Bref...

Aujourd'hui, j'ai eu la chance d'assister à un petit récital donné par un petit prodige du chant. Ce gosse a huit ans mais il m'a bluffé. Non seulement sa voix est magnifique, cristalline comme l'est la voix d'un enfant et douce comme une berceuse mais il la maîtrise avec une perfection inhabituelle pour un garçon de son âge. J'en avais les larmes aux yeux. Les professeurs sont dithyrambiques à son sujet. Il ira loin. Dommage que je n'ai pas bien compris son nom, Quelque-chose Snape. Il faudra que je demande.

On sonne à ma porte. Je suis sûr que c'est John.

New-York 1982, 20 février:

19h

J'ai rompu avec John. Je ne supportais plus sa possessivité, il suffisait que je regarde un autre homme pour qu'il me fasse une scène. Je n'étais pas capable de l'aimer alors j'ai laissé tomber.

Et alors que je suis seul dans mon appartement avec mon verre de vodka, c'est à un regard brun chocolat que je pense. Bon dieu, est-ce que j'oublierai jamais ce béguin d'adolescence? J'ai cru y arriver un temps, mais ces fantasmes sont revenus en force ces dernières semaines.

Sirius...

Little Whining 1984, 5 août:

6h

Je suis rentré en Angleterre depuis trois jours pour assister à un événement que j'attendais depuis des mois: James et Lily se sont mariés. Ils m'ont envoyé l'invitation il y a plus d'un an et sont même venus me voir à Manhattan, la semaine dernière à peine, pour me faire part de vive-voix de leur bonheur d'être bientôt casés. Ils m'en ont appris de belles ce jour-là, notamment que Sirius avait rompu ses fiançailles avec la fille avec qui il sortait depuis Poudlard et était toujours célibataire.

Cette nouvelle m'a fait égoïstement plaisir sur le coup, mais maintenant que la fête est finie, que tous les invités sont rentrés chez eux ou à leur hôtel pour essayer de digérer et de se reposer, je ne sais plus du tout quoi penser, ni ce que je dois faire. Les choses étaient encore simples il y a quelques heures. Sirius était hétéro et donc inaccessible pour moi, mais...

Etant l'un des témoins, je suis allé rejoindre James dans sa chambre d'hôtel très tôt ce matin. C'est Sirius qui m'a ouvert sa porte. Je ne l'avais plus vu depuis trois ans et j'ai failli pleurer en le voyant toujours aussi beau. Il m'a serré dans ses bras, vite imité par James. Les Maraudeurs étaient de nouveau réuni. Le souvenir de Peter dans nos poches, nous avons longtemps parlé du bon vieux temps et de ce que nous avions fait ces dernières années. Je leur ai dit que j'avais reçu mon diplôme et que je travaillais actuellement comme chef-d'orchestre remplaçant au conservatoire de Manhattan. Sirius m'a appris qu'il travaillait pour la banque Gringotts – il était simple guichettier avant que son patron ne le remarque. En quelques mois, il a gravis les premiers échelons. Je le connais, il arrivera bien en haut de l'échelle.

James et Lily sont revenus en Angleterre aprés avoir passé deux ans à Paris. Lily est encore étudiante – elle travaille à mi-temps pour un cabinet d'avocats – et James fait parti d'un orchestre de jazz de plus en plus renommé. Bref, on a tous nos petits bonhommes de chemin.

On a terminé de se préparer, puis ça a été le départ pour l'église, les « oui » fatidiques ont été prononcé et les bagues ont été passé aux doigts. Mes deux amis sont désormais enchaînés l'un à l'autre et ils en sont plus que ravis.

Ensuite, nous sommes partis pour le domaine campagnard où devait avoir lieu la fête. Tout se passait bien, j'avais retrouvé de nombreux amis de lycée quand James m'a demandé d'aller chercher Sirius. Il devait bientôt prononcer son discours de garçon d'honneur.

J'y suis allé et je l'ai trouvé, mon Sirius Black, dans un couloir étroit en train d'embrasser passionnément une silhouette que j'avais du mal à voir dans la pénombre. J'ai toussé pour signaler ma présence et ils sont sursauté, se décollant en vitesse l'un de l'autre.

La « silhouette » que Sirius embrassait était celle de Hugh, le jeune cousin de Lily, âgé de dix-huit ans. Sirius, dont je suis amoureux depuis que j'ai quinze ans, que je croyais résolument hétéro embrassait un garçon. Et ce garçon n'était pas moi. Je lui ai dit que James le cherchait et je suis retourné à ma table. C'est con à dire mais mon coeur faisait « clac-clac » dans ma poitrine, comme un mécanisme de montre fissuré.

Je ne sais pas ce qu'il a de pire: le savoir hétéro ou le savoir homo mais avec un autre.

Je l'ai évité tout le reste de la soirée et je me suis tiré comme un voleur quand les nouveaux mariés sont allés profiter de leur nuit de noces.

J'ai envie de rentrer chez moi – mais mon chez moi à New-York. Cette ville me manque. Tous les amis que j'y ai, mon petit appartement me manquent. Là-bas, j'arrivais à ne plus penser à lui à défaut de l'oublier. Mais maintenant je vais devoir tout recommencer avec en tête cette image de son corps pressé contre celui d'un autre.

Je veux rentrer chez moi.

New-York 1984, 7 août:

8h

Je suis de retour chez moi, mais j'aimerais être encore en Angleterre. Un jour j'arrêterai d'être aussi contradictoire.

J'allais monter dans mon avion pour rentrer quand Sirius a surgi devant moi. Ses cheveux flottaient dans son dos et tombaient sur son visage. Le « clac-clac » a repris dans ma poitrine.

Il m'a posé un tas de questions mais au final, deux ressortaient du lot: « On est toujours ami? » et « Pourquoi tu as réagi comme ça? ». Cinq ans de sentiments à sens unique sont passés devant mes yeux. Je me suis revu en train de gémir sous le corps de Lucius mais le nom de mon ami sur le bout des lèvres, je me suis revu rêvant dans mon appartement new-yorkais, les yeux perdus dans un verre de cognac et tant d'autres moments dont il était le centre que je n'ai pas réfléchi, je me suis agrippé à son pull pour l'obliger à se baisser et je l'ai embrassé. Ensuite je lui ai avoué ce que je ressentais pour lui depuis si longtemps et je me suis sauvé – encore – avant de voir sa réaction. J'ai agi sous le coup de la colère et de la frustration mais j'ai pu goûter au moins une fois à ses lèvres – et je suis définitivement perdu.

Je regrette de ne pas avoir attendu un peu mais ce qui est fait est fait.

Ce que je suis con!

New-York 1984, 30 août:

23h

Je suis sur un petit nuage et je n'ai surtout pas envie d'en descendre.

Ce matin, alors que je prenais ma douche en baillant comme pas possible, Sirius est venu sonner à ma porte pour m'annoncer qu'il avait emménagé en ville, pas loin de chez moi. Il va travailler au siège-social de la banque Gringotts en tant que directeur de projet. C'est un véritable bond en avant et une chance incroyable qu'on vient de lui donner. Mais ce n'est pas cette bonne nouvelle qui ne me concerne pas vraiment qui m'a enchanté, non, c'était la réaction de Sirius quand j'ai ouvert ma porte, torse nu et encore humide: il m'a soulevé dans ses bras pour me rouler le patin du siècle et n'a plus voulu me lâcher pendant une demi-heure.

Il s'est laissé tomber sur mon canapé, un bras autour de ma taille pour m'empêcher de me lever. Assis sur ses genoux, je me suis laissé aller à respirer son odeur, le nez dans le creux de son cou. Il sentait la cigarette et la cannelle, l'eau de cologne de luxe et le cuir. Il s'est penché vers mon oreille et m'a tout raconté, tout avoué et je l'ai écouté d'un bout à l'autre.

Il m'a dit avoir compris qu'il était homosexuel au collège, en me reluquant d'un peu trop prés sous les douches, mais il n'était pas prêt à l'accepter, sa famille est du genre conservatrice et pour l'admettre, il devait dépasser la barrière de son éducation, ce qu'il ne se sentait pas le courage de faire. Il est donc sorti avec toutes les filles que je lui ai connu. Il pensait avoir vraiment oublié son attirance pour les hommes dans les bras d'Ellen – la fille qu'il a failli épouser et que je cite pour la première fois – mais trois mois avant le mariage, James lui a montré une photo de moi et John devant la Statue de la Liberté, image que je leur avais envoyé avec ma précédente lettre et sur laquelle je pose en jean moulant et débardeur, exposant au photographe ma peau rendu dorée par l'été new-yorkais. En me voyant « si séduisant », tout ce qu'il avait cherché à enterrer est remonté à la surface et il a bien été obligé de faire face. Il a rompu ses fiançailles et a commencé à sortir dans les bars et boîtes de nuit à la recherche de compagnie.

Il m'a avoué que tous les garçons avec qui il était sorti me ressemblait un peu. Le jour du mariage de nos chers amis, quand on s'est retrouvé pour la première fois depuis trois ans, il m'a dit avoir été obligé de s'éclipser dans les toilettes pour se soulager et là-bas, il a croisé Hugh.

Bref, j'ai attendu cinq ans, mais maintenant, j'ai un Sirius Black tout à moi. Je ne sais pas qu'elles sont ses sentiments à mon égard mais je suis prêt à attendre encore cinq ans pour qu'il me dise qu'il m'aime. Je le tiens, je ne le lâche plus.

Et demain soir, on va au cinéma.

Comme ça nous ferait trop bizarre de passer d'une relation amicale à une relation amoureuse, nous avons choisi d'y aller lentement, de prendre notre temps et franchement je préfère ça. C'est en prenant son temps qu'on peut construire des bases solides et moi, j'ai bien l'intention de bâtir ma vie entière dans ses bras.

New-York 1984, 24/25 décembre:

?h

Je ne vois pas le réveil de là où je suis et je me contrefous totalement de l'heure.

Sirius dort dans la chambre, aussi nu que je l'étais en me réveillant. Maintenant, je porte la chemise de Sirius mais je ne l'ai même pas fermé.

Que de sous-entendu pour dire que Sirius et moi avons passé le cap.

C'était la plus belle nuit de toute ma vie. À la fin de notre repas en tête à tête, il m'a porté jusqu'à sa chambre et m'a allongé sur le lit où il m'a rejoint aussitôt.

Il m'a fait l'amour comme un affamé, il m'a pris pendant des heures. Il m'a tout donné ce soir et j'ai fait pareil. Pour parler fleur-bleue, nous n'avons plus fait qu'un pendant les merveilleuses heures où je l'ai senti bouger en moi, où j'ai pu respirer son odeur jusqu'à m'en griser, le poids de son corps sur le mien, sa langue dans ma bouche, ses bras entourant mes cuisses.

Je croyais ne pas pouvoir être plus amoureux. Je pensais que ça ne pouvait pas être plus parfait. Je me suis trompé.

Ce soir, avant de me déshabillier, il m'a dit « je t'aime ».

Moi aussi Sirius.

Je t'aime.

15h

Je pensais que ça ne pouvait pas être plus parfait. Je me suis encore une fois trompé parce-que Sirius m'a offert une clé de son appartement.

Si c'est un rêve je tuerai celui qui viendra me réveiller.

Si ça n'en ai pas un, je voudrais pouvoir vivre mille ans, ou l'équivalent de mille vies.

New-York 1985, 24 décembre:

14h

Je viens de finir de vider le dernier carton. Sirius et moi vivons officiellement ensemble désormais. Nous n'avons même pas eu à discuter tellement ça semblait évident. Je l'aime comme un dingue.

À part ça, Lily est enceinte. Elle nous a appelé ce matin pour nous annoncer la nouvelle. La naissance est prévue pour le mois de juillet. Sirius sera son parrain, nous rentrerons donc en Angleterre pour assister au baptème du petit Maraudeur. J'espère qu'il n'aura pas les cheveux de James. Cet espèce de pétard permanent a un côté séduisant mais impossible à coiffer.

Note ajoutée plus tard: Bon ben c'est raté, il a les cheveux de James mais les yeux de Lily, ça compense.

Je crois qu'il est impossible d'être aussi heureux. La semaine prochaine je commencerai à travailler avec un grand orchestre national de musique classique. Je me doute que j'aurai du travail, étant encore débutant dans le métier mais je m'accrocherai et je réussirai à sortir du lot. Dans quelques années, peut-être que Sirius et moi reviendrons en Grande-Bretagne mais pour l'instant, nous sommes heureux à Manhattan.

Je clos donc ici ce journal qui m'aura bien aidé pendant ces années. À partir de maintenant, je vais être trop occupé à vivre ma vie pour avoir le temps de la raconter.

o0O0o

Remus referma son journal en souriant doucement. Tant de choses s'étaient passées depuis ce merveilleux hiver 1985. Harry était venu au monde, les rendant tous absolument gagas – comment ne pas l'être devant la bouille d'un bébé aussi trognon? Puis il y avait eu cette soirée d'Halloween 1987 où James et Lily étaient morts. Les deux hommes auraient voulu prendre soin de Harry, mais à l'époque aucun des deux n'avait le temps de s'occuper d'un bébé: Sirius devait travailler d'arrache-pieds pour se faire une réputation et une place solide au sein de la banque Gringotts et Remus était en tournée en Europe avec l'orchestre qu'il dirigeait à l'époque. Ce trop plein de travail les avait empêché d'accueillir le petit orphelin mais cela leur avait aussi assez occupé l'esprit pour qu'ils ne pensent pas trop qu'ils avaient perdu deux de leurs meilleurs amis.

Ils avaient donc dû laisser l'enfant partir dans sa famille et s'ils s'en étaient mordu les doigts plus tard, quand il l'avait retrouvé à Poudlard, cette école où ils avaient tant de bons souvenirs et de moins bon. Ils avaient tout fait pour faire oublier sa triste enfance à ce garçon malheureux qui avait réappris à sourire.

Au début des années quatre-vingt dix, les parents de Sirius étaient décédés, lui laissant une petite fortune en héritage. En 1995, le père de Remus était parti à son tour. Le jeune homme avait alors vendu l'entreprise familiale et placé l'argent dans l'immobilier sur les conseils de son amant – s'assurant ainsi une excellente retraite pour leur vieux jours.

Il y avait eu quelques tempêtes dans leur couple, des jalousies et de petites cachotteries mais ils avaient réussi à tout surmonter. Ils ne s'étaient jamais séparé. En tout cas, pas définitivement.

Remus s'endormit dans son fauteuil.

Quelques heures plus tard, une ombre noire ouvrit la lourde porte d'entrée de Grimmaurd Place. Sirius avait réussi à régler ses affaires plus vite que prévu et s'était empressé de rentrer chez lui.

Il sourit en trouvant son amant endormi prés de la cheminée, un carnet en cuir bordeau à ses côtés. Un jour, en fouillant au grenier, il avait trouvé et lu le journal de son amant, plongeant au coeur des pensées et des sentiments de l'homme de sa vie. Ce qu'il avait lu l'avait bouleversé mais tout cela, c'était du passé.

Avec un sourire tendre, il souleva Remus et le porta dans leur chambre. Plus de vingt ans aprés, son amant était toujours aussi beau et aussi svelte. Son ange.

Ils avaient encore de nombreuses années devant eux et Sirius comptait profiter de chaque instant passés ensemble.

Aprés tout, sa devise n'était-elle pas Carpe diem?

FIN

Et voilà, cette histoire est finie à son tour. J'espère qu'elle vous a plu.

De mon côté, mon oeil va beaucoup mieux et si je ne peux toujours pas mettre de lentilles, je peux à nouveau rester devant mon écran d'ordinateur aussi longtemps que je veux. J'en ai profité pour mettre au propre le one-shot que j'ai écrit en Irlande mais j'hésite un peu à le publier - je l'aime bien mais je me demande s'il n'est pas un peu trop guimauve.

Je vais également me remettre à écrire la suite de "Another veela story..." et j'ai tout un tas d'idées qui devrait voir le jour d'ici peu. Mon pauvre cerveau bouillonne!

Bisous et merci à tous. Je vous adore.