MARCIANO

Chapitre 1

Cela faisait maintenant 1 mois que Marc était sans travail. Le peu d'argent qu'il lui restait était l'héritage de ses parents décédés, et ses dernières frusques, les leurs. Du travail ? Oui, il en cherchait, certes avec mollesse, mais il en cherchait, déambulant entre l'ANPE et la communauté de communes, montrant toujours le même CV à une secrétaire systématiquement exténuée qui ne le regardait même pas. Alors qu'il marchait sans but dans les rues de St Etienne, vêtu de son précieux ciré jaune, il farfouilla dans la poche de celui ci, vérifiant la présence de cet unique CV, sous transparent.

Il soupira en se regardant dans une vitrine : il n'était que le pale reflet des mannequins de la boutique, sans visages dont les regards morts le traversaient. La calvitie le rongeait depuis qu'il avait perdu ses parents, et une blancheur morbide envahissait peu à peu sa peau. En temps normal, il était plutôt bien bâti, mais ces temps ci, il mangeait peu, et ses coudes saillaient au devant de sa peau.

D'habitude, Marc se retenait de sonner chez son ex pour mendier-et il s'agissait bien de ça- de la nourriture, mais finalement, son estomac triompha de sa volonté, et Marc céda.

« C'est moi. » dit-il à l'interphone.

-Qui ça ? »

Merde. Elle ne se souvenait même plus de lui. La partie s'annonçait difficile.

« C'est Marc, tu te rappelles de moi ? »Il se rongeait les ongles.

-Ah, le clochard !

-Hein ! »

Marc coupa court à la discussion. Ca et le petit rire sardonique à peine retenu qui s'était ensuit, il ne l'avait pas supporté. Il partit en courant tournant ruelle après ruelle sans savoir vraiment où il allait.

Une fois seul dans une rue déserte, il libéra sa colère et frappa de toutes ses forces dans un mur de crépi, où on pouvait lire « zob la justice » .La douleur, la colère, cette boule grandissant dans sa gorge au fur et à mesure qu'il se souvenait de sa descente inexorable jusqu'à cet état, assis, au sens propre de terme, au pied du mur ; il voulait pleurer.

Alors, les barrages de ses fleuves lacrymaux en crue lâchèrent, et il pleura, pleura, pleura encore, ne pouvant pas s'empêcher de penser à la cruauté de sa condition.

La seule personne qui l'avait vraiment aimée était une petite fille, qu'il avait vue, 5 ans auparavant. Marc songea qu'il en avait déjà 39.

Il baissa la tête et regarda ses mains. L'humidité du sol commençait à tremper son pantalon. Cette petite fille, il l'avait juste regardée, en attendant à la gare. En fait, se dit-il, c'est elle qui l'avait regardée, quand le train passa, à travers la vitre. Jamais il n'avait vu un regard aussi expressif… Tant d'amour, de vie, d'espoir, contenus dans ces yeux d'un bleu vitreux. Et le train passa.

Soudain, Marc entendit des pas à sa droite.

Il se retourna, et eut juste le temps de voir arriver une botte ferrée à toute vitesse dans son visage. Il tomba à terre, se laissant aller à la douleur.

« Alors, le clochard, tu croyais te faire de la thune sur le dos des pauvres gens ? Mais ça va pas se passer comme ça, on est des justiciers, nous, hein les mecs ? »

Encore sous le choc, Marc peina à se retourner pour apercevoir les « mecs » ; il s'agissait de trois jeunes abrutis perclus jusqu'aux oreilles de piercings et autres tatouages, visiblement résolus, à se qu'en disaient l'état de leurs pupilles, à mettre fin à ses jours au profit de la cocaïne. Celui qui semblait être le leader le prit à la gorge, le souleva de terre, puis sortit un couteau à cran d'arrêt. Soudain, Marc pâlit à l'approche de la mort ; il se débattit comme un fou furieux, indifférent à la douleur que lui causait sa nuque. Les trois autres le retinrent, en sautillant sur place, comme surexcités à l'idée de tuer.

Certains même bavaient. Puis, à l'apogée de cette danse infernale, le couteau déchira son ventre. Marc lâcha un dernier souffle, dernier témoin de son existence sur cette terre.

R.I.E.N.