Daria et les personnages associés sont propriété de MTV. Cette oeuvre de fiction amateur est écrite uniquement à des fins de divertissement. Aucun argent, aucune valeur négociable ni autres biens n'ont été échangés.

Richard Lobinske
Traduction par Mathilde et Mr. Orange

Sauver un dernier été

La lumière du soleil d'été brillait entre les rideaux entrebâillés et dessinait une ligne lumineuse sur une silhouette endormie. Au fur et à mesure que le jour se levait, les rayons progressaient vers une chevelure auburn. Lorsque le soleil montant atteignit ses yeux, Daria Morgendorffer émit un léger gémissement accompagné d'un "Zut" murmuré. Alors qu'elle tendait la main pour attraper ses lunettes, Daria marmonna "S'il est suffisamment tard pour ce petit rayon de soleil, je ferais mieux de me lever avant qu'Hélène de Lawndale ne lance un millier de vaisseaux pour me réveiller". Elle repoussa le drap en rajustant sa chemise de nuit Mark Twain.

Parcourant du regard les murs gris capitonnés de sa chambre, elle s'arrêta sur le trophée Daine Fossey qu'elle avait reçu la veille lors de la remise des diplômes, et s'autorisa un petit sourire de fierté. Après des années à avoir l'impression que peu, voire aucune, des personnes à Lawndale High n'avait jamais remarqué son travail, le sentiment était plaisant. Son sourire se fit narquois lorsqu'elle se rappela le discours qu'elle avait improvisé en avançant vers le podium. A ce moment, elle aurait bien aimé pouvoir jeter un œil sur les photos des réactions de la classe. Son sourire en coin se transforma en grimace lorsqu'un Je me demande ce que Tom en aurait dit lui traversa l'esprit à l'improviste. Le pincement au cœur fut suivi d'un "Et le fumier fait toujours un mal de chien" parfaitement audible. Elle se dirigea alors vers la porte, tout en essayant de se sortir de la tête le souvenir de sa relation récemment terminée.

Douchée, revigorée, et vêtue d'un t-shirt vert et de jeans glissés dans ses bottes préférées, elle commençait à se sentir prête à affronter le monde, ou du moins le besoin qu'avait sa mère de lui trouver une occupation "en contact avec les autres". Presque comme par hasard, un "Bonjour ma chérie" s'éleva dans les escaliers en provenance de sa mère, Hélène. "Tu veux un petit déjeuner?". Un ton plus bas, elle ajouta "Ou est-ce que le déjeuner serait plus approprié?"

Daria descendit les escaliers tout en répondant "L'un ou l'autre me convient, tant qu'il y a du café". Dans la cuisine, elle se versa une tasse, s'empara de gâteaux au sucre, et se dirigea vers la table.

Son père, Jake, leva les yeux de son journal et lança un joyeux "'jour, fifille! Alors, comment tu te sens en ce premier jour de liberté?". Elle s'assit et prit sa section du journal.

"A peu près comme tous les autres, encore que j'aie l'impression que la liberté ne va pas durer bien longtemps" déclara Daria tout en, regardant sa mère du coin de l'oeil.

"Daria, tu sais à quel point je ne veux pas que tu gâches un temps si précieux de ta vie à traîner sans rien faire d'utile" dit Hélène en plissant les yeux. "Si tu ne veux pas te trouver d'activité utile pour l'été, je le ferai à ta place. Je suis sure que Mr O'Neill sera ravi que tu l'aides à nouveau."

"Maman, si tu fais ça, j'aurai besoin d'un avocat" fut la réponse abrupte de Daria. Elle inspira profondément et baissa le regard avant de continuer. "Ecoute, tu sais que j'ai eu pleins d'ennuis pour m'inscrire à la fac, je viens de finir les épreuves de fin d'année, et en plus, j'ai rompu avec Tom, … ". Tandis qu'elle continuait à parler, ses épaules s'abaissèrent un peu plus "... alors est-ce tu pourrais me donner un peu de temps que je remette tout d'aplomb avant d'être obligée de trouver une occupation utile, s'il te plaît?" Elle leva les yeux vers ceux de sa mère quand elle eut fini.

Ce rappel stoppa Hélène en plein élan, et elle se retourna pour s'asseoir à côté de Daria. "Oh, Daria" dit-elle "Je suis désolée, je sais que tu es encore sous le coup de ta rupture avec Tom, mais tu dois apprendre à aller de l'avant, même quand tu n'en a pas envie." A nouveau, elle baissa la voix et, marmonnant à moitié, ajouta tristement "C'est ce que nous devons tous faire." Le front de Daria se plissa à cette réponse, ou peut-être était-ce à cause de la sonnerie presque prévisible du téléphone portable d'Hélène.

Après le "Bonjour, Eric", Daria se contenta d'ignorer le reste de la conversation alors que sa mère se levait et se dirigeait vers la porte d'entrée. Daria grignota son petit déjeuner et sirota son café, tout en profitant du rituel du journal du matin avec son père. Quelques minutes plus tard, Hélène revint à pas rapides, et en parlant tout aussi vite. "Réunion de dernière minute, de toutes façons il faut que j'y aille aujourd'hui, je ne devrais pas renter après sept heures. Daria, est-ce que tu pourrais préparer les lasagnes pour ce soir s'il te plait?" Sur ce, la porte se ferma et la maison retomba dans un silence troublé par un occasionnel bruissement de journal.

Jake jeta un coup d'oeil par dessus son journal "Tu ferais mieux de trouver quelque chose rapidement, elle est encore sur le sentier de la guerre après ton discours d'hier, quelque chose à propos de ton incapacité à voir le bon côté de quoi que ce soit". L'expression attentionnée de son visage se fit rageur lorsqu'il cria "Comme si je ne savais pas ce que c'est que de s'entendre dire "Encaisse les coups et continue", mon vieux et le caporal Ellenbogen me le disaient tout le temps." Tandis que son père continuait à râler, Daria se leva et se dirigea vers le lave-vaisselle, finissant son café avant de déposer la tasse dans la machine.

"D'accord, P'pa, je crois que j'ai compris. Je vais chez Jane." lança Daria par dessus son épaule en se dirigeant vers la porte d'entrée et en sortant.

Même si elle n'avait pas beaucoup de chemin à faire, Daria se réjouit d'avoir choisi un t-shirt plutôt que son habituelle veste. Le soleil du début d'après-midi et l'air immobile étaient étouffants, et Daria avait l'air un peu flapie quand Jane Lane ouvrit la porte en annonçant "Le château Lane est heureux de vous accueillir."

"Tu est bien gaie pour un début d'après-midi," dit Daria en entrant.

"Je te ferai savoir que je suis debout et réveillée depuis des heures aujourd'hui " répondit Jane d'un air espiègle. "J'ai appris que la Galerie de Gary a si bien marché ces derniers temps qu'il a ouvert une galerie annexe pour les œuvres originales. Alors je me suis levée ce matin et je suis allée lui parler, et il m'a demandé d'exposer mon travail en dépôt-vente."

Les yeux de Daria s'agrandirent légèrement d'excitation en apprenant l'opportunité offerte à son amie. "C'est génial. Maintenant tu n'as plus à t'inquiéter autant de ce que tu vas faire cet été, contrairement à moi." Les paroles de Daria avaient commencé par traduire son agitation, puis retombèrent en évoquant un autre été de travaux forcés.

"Je dois donc comprendre que l'unité parentale double X s'est déjà laissée emporter par la frénésie des activités estivales?" dit Jane en ouvrant la voie vers sa chambre à l'étage.

"C'est rien de le dire, elle m'a même menacé de me renvoyer au Camp des Chaudes Larmes si je ne trouve pas quelque chose vite fait." grommela Daria en se laissant tomber sur le lit, la tête pendant en dehors.

Prenant sur la table un tube de pâte à cookie à moitié entamé, et pointant la télécommande vers la télé, Jane s'assit sur le lit et proclama "OK, on va avoir besoin de carburant pour les neurones."

Alors qu'elle offrait la pâte à Daria, la télé annonça "Des lacs conçus par le génie génétique à partir de crottes de mouche pour convenir à leurs besoins. Des insectes terraformateurs, bientôt sur Triste Monde Tragique."

Des heures plus tard, Daria était assise sur le lit de Jane, les bars croisés, et l'air quasi désespéré. "Pourquoi tu n'essayes pas de faire comme moi?" s'enquit Jane. "Trouves toi quelques trucs sérieux à écrire, et dis à ta mère que c'est formateur pour ta future carrière. Peut-être même que tu pourrais en envoyer certains et te faire un peu de pognon au passage" ajouta-t'elle.

"L'idée a du mérite, mais maman ne marchera jamais, elle dira que j'aurai l'air de glander à la maison tout l'été" soupira Daria. "La seule façon pour que ça marche, ça serait que ça ressemble à un vrai boulot" Daria s'arrêta, fronçant des sourcils et réfléchissant, puis, les yeux s'illuminant, dit "Un peu comme un écrivain freelance. Hmm, ça pourrait fonctionner après tout."

Jane se tourna et pointa son pinceau sur Daria. "Je parie que si tu mets au point un planning de livraisons régulières, elle pourrait se laisser faire."

"Fais gaffe, ce truc est chargé." dit Daria en esquivant une gouttelette de peinture échappée du pinceau, puis elle ajouta, après quelques instants de réflexion "Jouer sur son côté avocate, lui présenter l'affaire comme un contrat, l'impliquer dans l'histoire tout en me laissant libre d'écrire. Je crois qu'on tient le bon bout." Daria laissa un petit sourire se dessiner sur ses lèvres en finissant.

"Génial!" s'exclama Jane. "Maintenant qu'on a résolu ton problème, peut-être que tu peux m'aider à remplir les formulaires pour l'aide financière. Tu ne crois quand même pas que je vais faire suffisamment de ventes chez Gary pour payer mes études à BFAC, n'est-ce pas?"

Daria répondit "D'accord, mais il va falloir un peu plus de carburant" en se dirigeant vers la cuisine, la pâte à cookie ayant pris le premier plan dans ses pensées.


Sur la table, Daria fit glisser une feuille de papier vers sa mère. "Voilà comme ça se présente. Je vais écrire au moins une histoire complète ou un poème toutes les deux semaines, et déposer une demande de publication. L'enveloppe sera remplie en ta présence, et c'est toi qui l'apporteras au bureau de poste pour éviter tout subterfuge de ma part. Tu signeras tous les manuscrits que je te remettrai. La première livraison en retard donnera lieu à un avertissement écrit, les retards suivants étant pénalisés par la privation d'argent de poche pendant deux semaines." Hélène parcourait le contrat d'un œil expérimenté alors que Daria continuait. "Ceci me permet de m'entraîner en tant qu'écrivain freelance, d'acquérir une expérience pratique vis à vis des dates limites et des méthodes de soumission. Avec un peu de chance je pourrai avoir une ou deux histoire publiées, et me faire un peu d'argent au passage." Daria pouvait lire l'acceptation grandissante sur le visage de sa mère, et asséna le coup de grâce "De plus, des oeuvres publiées font toujours bonne figure sur les formulaires d'entrée en troisième cycle."

Hélène reposa le contrat avec un sourire de plaisir et de fierté. "Tout ceci me semble acceptable. Affaire conclue. Mais dis toi bien que je ne suis pas une patronne facile." dit-elle en signant le contrat. "Troisième cycle? On dirait qu'il va falloir qu'on continue à alimenter ton compte étudiant." continua Hélène, fière que sa fille pense déjà aussi loin dans l'avenir.

Alors qu'Hélène faisait son dernier commentaire, Daria pensait Juste une petite revanche pour tout ce tu dépenses pour Quinn en ce moment. Elle tendit la main pour récupérer le contrat et le signer elle aussi. "Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'aimerai me mettre au travail" dit Daria en se levant de la table. Elle ajouta alors " 'espère que tu comprendras que j'apprendrai mieux à gérer mon temps si je fixe mes propres horaires."

"J'apprécie que tu fasses preuve d'initiative sur ce projet, bien sûr que tu peux établir ton propre planning, ma chérie." dit Hélène, tout en réalisant ce que cela signifiait. Daria continua de monter les escaliers tandis qu'Hélène se demandait doucement "Mais comment elle arrive à faire ça?"

Daria se posa sur sa chaise avec un sentiment de satisfaction et de liberté. Quelques clics de souris assurés lancèrent le traitement de texte et ouvrirent un nouveau fichier. Elle prit le bloc-notes à coté du clavier, et en parcourut les pages jusqu'à ce que l'une d'elles lui soutire son sourire si particulier, "Ca devrait faire l'affaire." dit-elle avant de se mettre à pianoter.

Le rayon laser à haute énergie se glissa entre les rideaux entrebâillés et traversa le lit en direction de la silhouette endormie. Alors que le rayon s'approchait de la chevelure auburn, Melody Powers roula hors du lit, lâchant un retentissant "m!" en tendant la main vers son pistolet.