Défoulement, Chapitre 2 :

Le lendemain matin, Elisabeth Weir observait avec circonspection un e-mail envoyé par le docteur Kavanaugh. Il demandait à la voir, ce qui en soi n'avait rien d'exceptionnel, mais sur un ton poli et respectueux qu'elle ne lui connaissait vraiment pas. Elisabeth lut et relut le mail plusieurs fois, à la recherche du ton sarcastique qu'elle pouvait sans peine imaginer dans la bouche du scientifique. Elle avait été informée par le général Landry lui-même du contenu des différents courriers envoyés par Kavanaugh à la suite de son interrogatoire. Bien sûr, il s'était montré odieux, même si pour une fois Elisabeth devait reconnaître qu'il n'avait pas complètement tort. Elle s'en voulait d'avoir laissé son antipathie pour lui la guider dans ses choix. Elle aurait voulu s'excuser auprès de lui, mais tout le monde lui avait déconseillé de le faire. Surtout Sheppard, Elisabeth sourit à cette pensée, qui lui avait formellement interdit de parler à ce déchet d'humanité en son absence. Elle avait fini par se résoudre à laisser tomber, tout en sachant au fond d'elle-même que ce qui avait failli se produire la hanterait encore pendant de nombreuses nuits sans sommeil. Et voilà que Kavanaugh demandait à la voir. Elle ne pouvait bien sûr pas refuser, elle lui devait au moins ça, mais elle savait que ce serait pénible d'avoir à l'affronter encore une fois, surtout pour s'entendre dire « qu'il avait raison ». Elle songea avec un soupir que c'était peut-être là sa punition bien méritée. Sans perdre plus de temps, elle le contacta par radio.

Il arriva quelques minutes plus tard, et Elisabeth fut stupéfiée par son apparition. Il avait tellement changé en quelques jours qu'elle aurait presque pu passer à côté de lui sans le reconnaître. Il s'était habillé en civil, avec un jean et une chemise bleue par-dessus, qui mettaient en valeur sa silhouette longiligne, et il avait détaché ses longs cheveux noirs. Mais le plus surprenant était encore son visage, ouvert et serein comme elle ne l'avait jamais vu.

Dr Weir. Je peux ?

Encore sous le choc, Elisabeth se contenta de hocher la tête. Pour un peu, elle aurait dit que sa voix s'était modifiée en même temps que son apparence, mais peut-être était-ce seulement le ton qui s'était adouci et avait perdu cette agressivité qu'elle lui avait toujours connu. Il s'installa sur une chaise et lui fit face.

Je vais bientôt repartir à bord du Dédale. J'ai pensé que nous devrions parler un peu avant.

Je vous écoute, Docteur.

Elisabeth l'observait gravement. Cette apparition inattendue ne lui faisait pas oublier la raison de sa présence ici. Kavanaugh sembla hésiter, puis il soupira et s'avança sur son siège, comme s'il avait craint d'être entendu par un autre qu'elle.

Je sais que je vous dois des excuses pour avoir dit que vous n'étiez pas à la hauteur à votre poste… et d'autres choses aussi. Alors voilà : je m'excuse d'avoir dit ça, et de ne pas avoir été plus coopératif quand vous m'avez interrogé.

Il la regardait toujours droit dans les yeux, et paraissait curieusement soulagé. Pour la première fois, Elisabeth songea à l'épreuve que cette entrevue devait représenter pour lui aussi, et elle trouva beaucoup plus facile qu'elle ne l'avait imaginé de lui parler face à face.

Je regrette ce qui s'est passé, moi aussi. J'ai mal réagi à la pression des événements, je le reconnais. Jamais je n'aurais dû autoriser Ronon à… vous interroger. Je suis désolée.

Un silence pesant s'installa dans la pièce. Kavanaugh semblait attendre quelque chose d'autre, mais sans oser le demander. Elisabeth fit rapidement le tour de ce qu'elle lui avait dit lors de leurs entretiens, mais rien de particulier ne lui vint à l'esprit. Elle se décida tout de même à rompre le silence.

J'ai bien sûr fait cesser immédiatement le décryptage de vos mails. Aucun n'a été décrypté. Votre système était très efficace.

Seulement parce que le docteur McKay n'a pas eu le temps de les regarder, sinon ils n'auraient pas résisté longtemps.

A nouveau, le silence. Elisabeth avait l'impression d'être une directrice face à un écolier récalcitrant, impression renforcée par le bureau entre eux.

Docteur, il y a quelque chose d'autre que vous voudriez me dire ?

Je… non rien. Merci pour votre temps.

Kavanaugh se leva pour quitter la pièce, mais, arrivé à la porte, il se retourna à demi, évitant de croiser le regard de Weir.

Jamais je n'aurais trahi Atlantis, ou la Terre, vous savez.

Son ton avait quelque chose de suppliant. Mue par son instinct, Elisabeth lui donna la seule réponse qui lui vint à l'esprit.

Je le sais.

Elle-même ne savait pas si c'était un mensonge. Kavanaugh aquiesça en silence et quitta le bureau. Elisabeth se leva pour le regarder descendre rapidement l'escalier sans un regard derrière lui. Songeusement, elle se demanda ce qui avait bien pu le changer ainsi, et l'espace d'un très bref instant, elle regretta presque son départ de la cité.