Chapitre 8 :

Elisabeth regardait le scientifique dormir, recroquevillé sur un lit étroit de l'infirmerie. Il s'était finalement assoupi, émotionnellement épuisé, les joues encore brillantes de larmes. Il serrait son drap contre lui, comme s'il avait eu besoin de tenir quelque chose dans ses bras pour s'endormir. Ce qui était d'ailleurs sûrement le cas.

Elle avait été voir le Dr Beckett aussitôt Zhaan et son compagnon partis et l'iris soigneusement refermé. Celui-ci lui avait raconté comment le Dr Kavanaugh avait fait une crise de nerfs peu après son réveil à l'infirmerie, et ce qu'il avait compris des bribes de paroles incohérentes que le scientifique laissait échapper. Elisabeth comprenait beaucoup mieux maintenant. Et elle ne pouvait détacher son regard de l'homme étendu là, comme si ce regard était la seule chose qui permettait de le garder calme. Elle était responsable de lui, comme de toutes les autres personnes présentes sur Atlantis. Mais elle l'avait abandonné. Deux fois. Elle n'aurait pas cru pouvoir se sentir plus mal qu'après avoir ordonné à Ronnon de le torturer, pourtant cette deuxième fois était presque pire, parce qu'elle n'avait pas agi dans le feu de l'action. Elle avait laisser la situation s'envenimer. Depuis quand est-ce que Kavanaugh voulait mourir ? En avait-il seulement conscience ? Que se serait-il passé si ce wraith n'avait pas passé la porte ? Comment était-il possible qu'un membre de son expédition ait souffert à ce point de la solitude ? Autant de questions auxquelles elle allait devoir répondre. Plus tard. Pour le moment, elle était occupée.

Un mouvement imperceptible : Kavanaugh était réveillé. Elisabeth s'assit sur le lit et posa sa main sur l'épaule du scientifique qui lui tournait le dos. Elle sentit qu'il se tendait brutalement, mais elle ne lâcha pas prise, murmurant des paroles apaisantes à son oreille. Il se détendit mais recommença à pleurer doucement, en silence. Elisabeth était émue, mais elle devait se montrer forte, agir comme la responsable de cette expédition, au moins pour cette fois. Elle passa un bras par-dessus le corps de l'homme allongé et le saisissant par les épaules, elle le retourna doucement face à elle. Puis elle s'allongea à son tour sur le lit, et prit doucement le scientifique dans ses bras. Elle continua à le bercer en lui murmurant des paroles apaisantes.

Il fallut une bonne demi-heure pour que Kavanaugh se calme et se détende dans ses bras. Il avait finalement arrêté de pleurer. Elisabeth crut qu'il s'était rendormi. Elle se dégageait lentement de son étreinte, quand il prit la parole, dans un murmure.

- Merci.

- Ca va aller maintenant.

- Oui. Je suis désolé.

Le Dr Weir sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Il s'excusait, comme il l'avait fait à mots couverts quelques semaines auparavant, dans cette même infirmerie.

- Je suis contente que vous soyez en vie.

Elle avait chuchoté ces mots. Il releva vivement la tête et chercha son regard, comme pour s'assurer que les paroles étaient sincères. Leurs regards se croisèrent. Ils s'observèrent en silence quelques instants, puis Kavanaugh lui sourit. Elle ne l'avait jamais vu sourire comme ça depuis qu'elle le connaissait, mais elle se jura intérieurement que ce n'était pas la dernière fois qu'elle le voyait ainsi.

Lorsqu'elle quitta l'infirmerie quelques minutes plus tard, elle croisa le Dr Beckett qui lui souhaita une bonne nuit, avec un de ces chaleureux sourires dont il avait le secret. Elle lui sourit en retour, épuisée mais heureuse que tout soit enfin terminé.