Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Hayseed.

20. Les choses telles qu'elles pourraient être.

L'homme quitta la table des professeurs des yeux pour regarder Hermione avec curiosité. « Eh bien, oui, » répondit-il, sans cacher sa surprise. « Oui, c'est bien moi. Comment est-ce que vous le saviez ? »

Elle sourit. « Je m'appelle Hermione Granger, vous voyez… »

« Oh, » dit-il. Ses yeux s'ouvrirent tout grands. « Oh ! Mais vous êtes seulement… »

« Une élève, » finit-elle pour lui, hochant une fois la tête.

Penchant la tête de côté, Edoras Griffiths l'examina d'un peu plus près. « Vous êtes H.G. ? » demanda-t-il, dubitatif. « Je vous avoue que j'ai du mal à vous croire. Je m'attendais à quelqu'un de plus… enfin, pour être franc, quelqu'un de plus vieux. »

« Et probablement un homme, également, » ajouta Hermione, avec un petit rictus. « Mais je peux vous assurer, Monsieur Griffiths – Edoras, que nous correspondons depuis quasiment deux ans. J'ai reçu votre hibou ce matin. J'avoue que je n'ai pas encore couché ma réponse sur le papier. Maintenant que j'y pense, » demanda-t-elle, curieuse, « pourquoi est-ce que vous êtes là ? »

« C'est une bonne question, » lança Dumbledore avec irritation depuis la table des professeurs. « Et une question à laquelle je pense que bon nombre d'entre nous aimerions connaître la réponse. Edoras, est-ce que vous voulez vous joindre à nous pour le dîner ? »

Griffiths sourit et secoua la tête. « J'ai bien peur de ne pas pouvoir rester longtemps, Monsieur le Directeur. Je suis juste venu dire deux mots rapidement à H.G. – à Miss Granger, apparemment. »

« Prenez au moins une tasse de thé, alors, » insista-t-il d'un ton qui suggérait qu'il valait mieux accéder à sa demande.

« Ça serait bienvenu, » concéda Griffiths, avançant jusqu'à la table de Gryffondor pour s'asseoir à côté d'Hermione. Le Directeur haussa un sourcil à ce fait, et approcha immédiatement pour s'asseoir en face d'eux deux.

« Si mes souvenirs sont exacts, Edoras, vous étiez un Serdaigle, » dit-il avec un sourire forcé.

« Ah, c'est vrai, mais mon frère était un Gryffondor, » répondit Edoras sans se démonter. « Alors je me suis retrouvé assis à cette table plutôt souvent pendant toutes ces années. Miss Granger, » continua-t-il, se retournant vers une Hermione toujours assez déroutée, « comment est-ce que vous allez ? »

« Je vais bien, » répondit-elle, perplexe. « Et appelez-moi Hermione, au fait. »

« Hermione, alors, » convint-il, prenant une gorgée de la tasse de thé que le Directeur venait juste de poser devant lui et soupirant de contentement. « D'après ce que j'ai cru comprendre, » poursuivit-il sur le ton de la conversation, « vos derniers travaux ont plutôt bien été reçus. »

Elle approuva tout en buvant son gobelet de jus de citrouille. « En fait oui, » convint-elle. « Pour être honnête, j'ai été assez surprise de l'absence de retour de bâton. »

« Vos démonstrations étaient formidablement rigoureuses, ma chère, » dit Griffiths, prenant une gorgée plus importante. « Et élégantes, aussi, si vous voulez mon avis. »

Souriant, Hermione résista à l'envie de lancer un clin d'œil à Severus, qui siégeait toujours à la Table d'Honneur, apparemment partagé entre la perplexité et la colère. « J'ai bien peur de ne pas pouvoir accepter tout le crédit pour ça, » dit-elle avec diplomatie. « Mon collaborateur est d'une rigueur draconienne, et il n'a pas été avare de critiques pratiquement pour chaque ligne. »

« Oh, oui, » convint-il. « L'autre personne. Est-ce qu'il s'agit également d'un ou une élève ? Je ne sais pas si nous somme prêts à laisser une paire d'adolescents précoces mettre toute notre communauté sens dessus dessous. »

Avec un petit reniflement amusé, Hermione essaya de se figurer Severus sous cet angle, et échoua lamentablement. « Non, » concéda-t-elle. « Non, ce n'est pas un élève. »

« J'aimerais beaucoup le rencontrer, s'il est là, bien sûr, » demanda Griffiths. « J'imagine que je devrais m'adresser à lui également. »

Depuis le début de leur conversation, Dumbledore les regardait attentivement, les paupières légèrement plissées. « Je ne vais pas être surpris, si ? » demanda-t-il à Hermione.

« Probablement pas, » convint-elle. « En fait, Edoras, Severus est assis là-bas, à côté de Harry Potter. »

Battant des paupières, il leva les yeux vers la Table d'Honneur, se concentrant sur un Severus surpris qui affichait un grand sourire. « Formidable, » dit-il. « Peut-être que ça ne le dérangera pas de… »

Hermione fut ravie au moment où se lut sur le visage de Dumbledore la réalisation qu'il ne pouvait pas refuser la requête d'Edoras sans être impoli. « Mais bien sûr, » accepta-t-il aimablement, se levant et adressant à Severus un regard plein de sous-entendus. « Professeur Snape, est-ce que vous voulez bien venir vous joindre à nous pour quelques instants ? »

Le silence relatif se fit à nouveau dans la salle alors que Severus se levait lentement et avançait vers la table. Hermione crut l'entendre soupirer, « Gryffondor, évidemment, » alors qu'il prenait place entre Dumbledore et un Ron Weasley au sourire moqueur. « Que voulez-vous, Albus ? » demanda-t-il brièvement.

« Monsieur Griffiths ici présent voudrait que vous vous joigniez à sa petite conversation codée avec Miss Granger, » répondit Dumbledore. « Personnellement, j'aimerais bien avoir une explication très complète sur ce qui se passe ici. »

Edoras leva les sourcils. « Il n'est pas au courant ? » demanda-t-il à Hermione, visiblement ravi. « Oh, en voilà un tour, Miss… Hermione. Comment est-ce que vous vous êtes débrouillée ? »

« Eh bien, il y a eu d'autres considérations assez pressantes, » dit-elle.

« Ah, oui, toute cette histoire de Seigneur des Ténèbres, » convint Edoras. « Plutôt moche, tout ça. Mais d'après ce que j'ai cru comprendre, votre Harry Potter là-haut s'en est occupé assez gentiment. »

« On peut dire ça comme ça, » répondit-elle avec un l'ombre d'un sourire.

« Eh bien, dans ce cas, Monsieur le Directeur, » dit-il, se tournant vers un Dumbledore de plus en plus dérouté, « permettez-moi de vous éclairer. Miss Gr… Hermione ici présente est peut-être l'esprit le plus brillant que le monde magique ait jamais connu. »

Dumbledore ferma brièvement les yeux et prit une courte inspiration. « Hein ? »

« Ça fait deux ans qu'elle publie des articles dans divers journaux, » lui expliqua Edoras en souriant. « Des travaux assez brillants sur la Théorie Magique des Champs pour commencer, auxquels je suis forcé d'admettre que moi-même je ne comprends pas tout, mais récemment elle, et, apparemment, votre Professeur Snape, » continua-t-il avec un signe de tête en direction de Severus, « sont parvenus à déterminer les origines de l'énergie magique qui se manifeste dans un individu. C'est un travail fascinant, réellement, et il est fort possible que ce soit la découverte la plus importante depuis le début de l'utilisation des baguettes. »

A le voir bouche bée dans une pose qu'on ne lui connaissait pas, il ne faisait aucun doute que Dumbledore était soufflé. « Vous voulez dire que ça n'a rien à voir avec votre… rituel ? Avec Voldemort ? » demanda-t-il à Hermione.

« Quel rituel ? » interrogea Edoras, l'intérêt piqué. « Et qu'est-ce que Vous-Savez-Qui a à voir là-dedans ? »

« Oh, juste un truc que j'ai trouvé dans un vieux livre, » dit-elle avec un battement désinvolte de la main. « Rien d'important, vraiment. » Nerveuse, elle croisa le regard de Severus et lut dans ses yeux son anxiété.

« Vous ne lisez pas la Gazette du Sorcier, n'est-ce pas, Monsieur ? » demanda Ron depuis l'autre côté de la table, avec un sourire espiègle pour Hermione. Elle aurait voulu lui donner une bonne tape.

Edoras semblait suffoqué. « Bien sûr que non, » répondit-il, sans cacher son dégoût. « Ce n'est qu'un ramassis de sornettes. »

« C'est seulement qu'Hermione était là la nuit de la défaite de Vous-Savez-Qui, » continua Ron, souriant de plus belle. Severus laissa échapper un grognement d'avertissement, que Ron parvint à ignorer. « Elle a aidé Harry. »

« Vraiment ? » demanda Edoras, se retournant vers Hermione, le choc apparent sur son visage. « Comme c'est admirable. »

« Et apparemment, hors-sujet, » intervint Dumbledore, regardant d'abord Hermione puis Severus avec un intérêt renouvelé. « Quand est-ce que tout ça se passait ? »

« Les nuits, bien sûr, » répondit Severus au dessus de la table. « Nous avons un laboratoire installé au quatrième étage. Il ne vaut pas grand chose comparé à un laboratoire digne de ce nom, mais il a suffi pour ce que nous avions à faire. »

« Et vous, Miss Granger, » continua lentement Dumbledore, choisissant soigneusement ses mots, « j'aurais cru que votre dévotion pour vos études aurait rendu ce genre de passe-temps particulièrement compliqué. »

De façon surprenante, ce fut Severus qui répondit. « Vraiment, Albus, » dit-il avec un petit rire sec, « on vient juste de vous dire qu'elle était brillante et vous pensez qu'elle en était toujours à s'inquiéter pour ses devoirs ? Elle avait probablement terminé le cursus de Poudlard avant même de passer ses BUSEs. » Hermione rit intérieurement de l'air éberlué de Ron quand il vit Severus lui sourire chaleureusement.

« Pardonne-moi si j'en doute encore, Severus, » dit Dumbledore.

Edoras rit brièvement, et, finissant sa tasse, il la reposa de côté. « Je n'avais pas la moindre idée que notre nouveau théoricien de génie était toujours une élève. Quel âge avez-vous, au juste, Hermione ? »

A son crédit, si elle leva les yeux au ciel, elle se reprit rapidement. « J'ai dix-sept ans, » répondit-elle. « Je viens juste de passer mes ASPICs la semaine dernière. »

« Oh, bien, » dit-il. « J'aurais détesté penser que j'avais offert un travail à quelqu'un qui ne pouvait pas l'accepter parce qu'elle n'était pas encore sortie de l'école. Vous avez, bien sûr, eu le temps de réfléchir à mon offre ? »

« Un travail ? » répéta le Directeur, assez incrédule. Hermione le lui pardonna presque – il venait juste de tout découvrir après tout.

« Une offre standard, vraiment, » lui expliqua Edoras. « Nous sommes toujours à la recherche de bons rédacteurs. J'ai bien peur que le salaire ne soit pas très élevé, mais à quoi s'attendre d'autre dans le monde de la recherche ? »

Dumbledore se retourna d'un air soupçonneux pour dévisager Severus qui n'avait pas réagi. « Tu ne sembles pas aussi surpris de ce récent développement que je m'y serais attendu, » commenta-t-il.

« J'avais moi-même reçu un message dans ce sens, » répondit sèchement Severus, les yeux glissant rapidement sur le visage d'Hermione.

« J'adorerais travailler pour vous, Edoras, » répondit hâtivement Hermione, lui adressant son sourire le plus radieux. « En fait, j'avais prévu de vous envoyer un hibou ce soir, après le dîner. Mais je ne vois pas pourquoi vous avez eu besoin de faire le déplacement jusqu'à Poudlard pour répéter cette offre en personne ? » demanda-t-elle, le doute perceptible dans sa voix.

Edoras rayonnait littéralement de joie. « En fait, Hermione, je voulais vous parler d'une chose à propos de laquelle vous m'avez écrit il y a quelques semaines. J'étais tellement excité qu'il fallait que je vous le dise en personne. »

« Il y a quelques semaines ? » interrogea-t-elle, essayant de se souvenir. Tant de choses s'étaient passées récemment qu'Hermione avait bien du mal à se souvenir de quoi que ce soit datant d'avant les huit derniers jours.

« Vous m'aviez envoyé cette note malheureuse dans laquelle vous m'expliquiez les difficultés financières auxquelles vous vous heurtiez dans vos recherches, » expliqua-t-il, voyant sa confusion.

« Oh, oui, » confirma-t-elle. « Maintenant ça me revient. »

Severus lui adressa un regard interrogateur, mais elle l'ignora tandis qu'Edoras poursuivait. « C'est tout à fait excitant, Miss Granger. Dès que j'ai pu, j'ai commencé à poser quelques questions autour de moi en votre nom, vous voyez, et aujourd'hui je viens de recevoir un accord définitif. Un donateur privé et anonyme s'est présenté et se propose de financer intégralement vos recherches ! » s'écria-t-il.

Avec un cri de gamine manquant totalement de dignité et qu'on aurait plus naturellement associé à Parvati Patil et consorts, Hermione jeta ses bras autour du cou d'un Edoras stupéfait et le serra rapidement dans ses bras. Immédiatement, le silence se fit une fois de plus dans la salle alors que tous les regards pivotaient vers la table de Gryffondor. Severus eut un reniflement amusé, et Ron rit franchement alors qu'elle relâchait Edoras et rougissait profondément en réalisant ce qu'elle venait juste de faire. « Génial ! » dit-elle, essayant de retrouver sa dignité.

« Oui, et vous pourrez reprendre vos travaux immédiatement, » dit Edoras. « Nous sommes tous extrêmement curieux de voir ce que vous allez découvrir. »

« Oh, Severus ! » s'exclama Hermione, oubliant ce qui les entourait. « Nous allons pourvoir commencer à adapter l'une de ces caméras que les moldus insèrent dans le flux sanguin. Comment est-ce qu'elles s'appellent, déjà… ? »

« Je n'en ai pas la moindre idée, » répondit-il. « Mais je crois que ça implique des injections de produits radioactifs. Ça devrait te plaire. Ça demande beaucoup de piqûres d'aiguilles. »

Fronçant le nez dans sa direction, elle leva les yeux au ciel. « J'aurai peut-être besoin de quelques échantillons de moelle osseuse. J'ai entendu dire que c'était une procédure atrocement douloureuse, » menaça-t-elle.

« Tout ce que je demande, c'est que nous obtenions un microscope électronique, » répondit-il avec le sourire. « Libre à toi de palper et prélever à cœur-joie, Hermione. »

Toussotant pour attirer leur attention, Dumbledore fixa Severus d'un regard plein de curiosité. « Nous ? » interrogea-t-il.

Severus jeta un regard à la ronde dans la Grande Salle, remplie à ras bord d'élèves comme de professeurs qui écoutaient avidement. « Est-ce que vous voulez poursuivre cette conversation en privé, Albus ? » proposa-t-il calmement.

Levant les sourcils, Dumbledore croisa les bras d'un air de suffisance sur le dessus de la table. « Je ne vois pas pourquoi, » répondit-il.

Hermione ne fut que partiellement surprise quand Severus commença à parler. « Albus, » dit-il. « Je n'ai jamais fait mystère du fait que je n'aimais pas mon travail. Il est fastidieux et répétitif, mais à votre insistance, j'ai continué, en me disant que quelque part, c'était pour mon propre bien, et que d'une façon minuscule, j'apportais mon infime contribution dans la vie de mes élèves. » Il s'autorisa un petit ricanement à ces mots. « Mais les événements récents… eh bien, disons simplement que j'ai été forcé de reconsidérer ma place ici. Bon sang, Albus ! » s'écria-t-il, laissant finalement éclater sa frustration. « Ces quelques derniers jours, vous êtes quasiment venu me border dans mon lit, me traitant comme votre fils rebelle qui n'en fera jamais d'autres ! »

La salle était si silencieuse qu'on aurait entendu une mouche voler à l'autre extrémité. Hermione vit que les yeux ronds de Harry ne quittaient pas le visage de Severus, son expression montrant une quantité surprenante de compassion.

« Je vois, » dit doucement Dumbledore, brisant le silence.

« Je ne peux plus continuer comme ça, Albus, » affirma-t-il avec lassitude. « Je ne vais pas vous laisser me traiter comme ça plus longtemps. Je démissionne. Avec effet immédiat. »

Et sans un regard en arrière, il se leva et sortit de la pièce. Immédiatement après sa sortie, une véritable cacophonie s'éleva quand tout le monde se remit à bavarder en même temps. D'un mouvement souple, Dumbledore se leva et emboîta le pas de Severus.

Dans un geste d'excuses, Hermione se retourna vers un Edoras à l'air assez stupéfait. « Je suis désolée, » dit-elle. « Vous êtes arrivé à un moment assez compliqué. »

« C'est ce que je vois, » répondit-il, se caressant la barbe avec agitation.

« Est-ce que nous pouvons vous voir demain pour ce qui concerne nos recherches ? » demanda-t-elle, se levant à son tour. « A vos bureaux, bien sûr. »

« Je croyais que le Poudlard Express ne partait pas avant demain matin, » s'étonna Edoras.

« Oh, je crois qu'il vaudrait peut-être mieux que Severus et moi partions ce soir, » répondit-elle vaguement. « Donc, demain ? »

« D'accord, » convint-il.

« Bonne soirée, dans ce cas, Edoras, » lui dit Hermione avec un sourire distant. « Ça a été un véritable plaisir de vous rencontrer. »

« Pareillement, Hermione. » Il la suivit du regard alors qu'elle sortait de la Grande Salle.

&&&&&

Il trouva ses quartiers mystérieusement déverrouillés, l'armure marquant leur entrée s'écartant aussi docilement que toujours. Sans se poser de questions, Severus emballa rapidement et efficacement ses possessions, se faisant la remarque avec une bonne dose d'autodérision qu'en fait il avait relativement peu de choses à prendre.

Les meubles et toutes leurs fanfreluches appartenaient à Poudlard, bien sûr. D'ailleurs, Severus n'avait pas de réel attachement à aucun d'eux. Sa garde-robe était maigre et il n'avait en l'occurrence que très peu de souvenirs personnels. La plupart de ses ingrédients de potions appartenaient même à Poudlard, achetés qu'ils avaient été sur son compte de professeur. Quelques uns des meilleurs chaudrons (y compris un petit d'argent que son père lui avait offert à la fin de ses études à Poudlard), et une poignée des ingrédients les plus rares venaient de son stock personnel, mais sinon, Severus laissa son bureau dans un état très semblable à celui dans lequel il l'avait trouvé lors de sa première année en tant qu'enseignant, prenant un plaisir puéril à élever les barrières de protection les plus sophistiquées qu'il put imaginer sur le cagibi de ses archives d'examens.

En tout et pour tout, Severus avait à peine plus qu'un coffre de possessions pour marquer sa vie entière. Il se demandait que faire des piles assez importantes de livres répandues sur le dessus de son coffre déjà plein quand il entendit quelqu'un qui s'éclaircissait la gorge à la porte.

Dumbledore semblait fatigué et comme éteint. Son habituelle puissante aura de calme était complètement désagrégée, et il avait l'air inquiet en baissant le regard vers Severus. « Je peux demander qu'on t'apporte un autre coffre, si tu veux, » proposa-t-il doucement.

« Non, merci, » répondit Severus d'un ton pincé. Il n'avait pas l'intention de ne jamais plus accepter quoi que ce soit venant de Dumbledore s'il pouvait faire autrement.

« Severus, » poursuivit Dumbledore de cette même voix basse. « Je t'ai blessé, n'est-ce pas ? »

Il rit amèrement. « On pourrait dire ça. »

« Je n'avais pas la moindre idée… » il se tut.

« De toute évidence, » convint Severus. « Mais vous ne vouliez pas l'envisager, Albus. Vous avez préféré tirer vos propres conclusions. Sur tout. »

« J'ai seulement pensé… »

« Albus, est-ce que vous m'avez jamais fait confiance ? » l'interrompit-il, donnant un féroce coup de baguette dans les airs pour rétrécir les livres en une pile plus facile à ranger.

« Severus… » protesta-t-il, peiné. « Bien sûr. »

« Non, Albus, je ne crois pas que ça ait été le cas. Ne vous méprenez pas, » dit-il, attrapant à deux mains ses livres miniaturisés pour les laisser tomber dans son coffre. « Je suis parfaitement conscient du fait que j'ai violé un nombre significatif de vos règles récemment, et que je ne méritais certainement pas cette confiance, mais, » continua-t-il d'un ton mélancolique, « mais ça aurait été bien de penser que j'y avais droit malgré tout. »

Le malaise de Dumbledore augmenta, et il se trémoussa dans l'encadrement de la porte, mal à l'aise. « Severus, je suis le directeur de cette école, et je ne peux pas laisser certaines actions demeurer impunies. »

« Bien sûr que non, » convint-il sans grande conviction. « Mais même avant ça, Albus, vous avez très clairement laissé entendre que vous n'aviez pas confiance en mon jugement. Drago Malefoy a délibérément et en toute connaissance de cause envoyé Potter à sa mort il y a presque une semaine. Je le sais comme je respire, Albus. Et je crois qu'à un certain degré, vous aussi vous le savez. Pourtant, il est confortablement assis à la table du dîner, en train à n'en pas douter de rire de toute cette affaire avec ses amis. » Severus se réjouit en entendant claquer le couvercle de son coffre, avant de le verrouiller.

« Drago Malefoy est un enfant, Severus. Il n'est pas entièrement responsable de ses actions, et il est tout à fait possible qu'il finisse par s'en repentir. Est-ce que tu voudrais que je me l'aliène en de pareilles circonstances ? » demanda-t-il d'un ton lourd de sous-entendus.

Avec un soupir, Severus rétrécit son coffre d'un mouvement de baguette, et le rangea dans sa poche. « Je ne vais pas me disputer avec vous sur ce point, Albus. Et puis, je ne suis plus sous votre autorité maintenant. Vous pouvez faire ce que bon vous semble avec Malefoy. Je n'ai plus le moindre contrôle sur lui, si j'en ai jamais eu. » Il fit mine de passer devant Dumbledore pour quitter la pièce.

« Severus… » essaya-t-il une dernière fois, l'appelant dans le couloir des cachots.

« Quoi ? » se retournant, Severus observa Dumbledore avec calme.

« Je ne saurais dire à quel point je suis désolé pour tout ça, » dit-il pitoyablement. « Pour tout. »

Severus continua à le fixer pendant un long moment. « Bien, » finit-il par dire, se retournant pour commencer à monter les escaliers, et laissant Dumbledore derrière lui.

&&&&&

« Quoi ? » demanda Hermione avec irritation en entendant les coups à sa porte.

« Miss Granger, » appela McGonagall, passant la tête à la porte. « Mais qu'est-ce que vous faites ? »

Baissant les yeux vers les vêtements qu'elle tenait entre ses mains, Hermione secoua légèrement la tête. « Ça se voit, non ? Je fais mes bagages, » répondit-elle. « J'ai toute intention de partir d'ici ce soir. »

Sourcils froncés, McGonagall entra pour de bon dans la pièce, dégageant presque des ondes de désapprobation. « Absurde, » commenta-t-elle. « Le train part demain matin à neuf heures. Vous pouvez certainement attendre une nuit de plus. »

« Je pourrais, » convint-elle pour tout assentiment, alors qu'elle flanquait ses derniers vêtements dans son coffre. « Mais je ne vais pas le faire. »

« Vous vous conduisez de façon ridicule, petite, » la réprimanda-t-elle.

« Probablement, » répondit-elle d'un ton suffisant. Elle s'occupa ensuite des livres, suivis de ses quelques fournitures scolaires restantes. Tranquillement, elle jeta des sortilèges pour rendre ses flacons d'encre incassables.

« Qu'est-ce que vous pensez que vous allez prouver ? »

Haussant les épaules, Hermione commença à essayer de faire entrer quelques rouleaux de parchemin vierges dans son coffre déjà plein. « Je n'essaie pas de prouver quoi que ce soit, Professeur. Il se trouve simplement que je n'ai plus envie d'être ici. »

« Miss Granger, » reprit McGonagall d'un ton plus ou moins égal, « tout ce que nous avons fait, nous l'avons fait dans le but de vous protéger. »

« De quoi ? » demanda-t-elle distraitement, baissant doucement le couvercle et donnant une tape sur le dessus du coffre afin de pouvoir réussir à le fermer. « Oh, c'est vrai, » continua-t-elle, pleine de sarcasme. « Vous aviez l'impression que Severus – je veux dire, le Professeur Snape – m'avait utilisée pour ses vils desseins et m'avait manipulée de façons que je ne pouvais même pas concevoir. Parce qu'il n'était pas possible qu'il soit suffisamment humain pour tenir à moi. Après tout, je ne suis qu'une exaspérante Miss Je-Sais-Tout d'élève. »

McGonagall poussa un profond soupir. « Hermione… »

« Est-ce que vous avez jamais pris le temps d'imaginer, Professeur, que peut-être je l'aimais ? » demanda-t-elle. « Ou est-ce que c'était trop tiré par les cheveux, pour une raison que j'ignore ? »

« Personne ne voulait vous faire de mal, mon enfant, » lui assura-t-elle.

Elle rétrécit son coffre fermé, et le rangea dans une poche de ses robes. « Curieusement, » dit-elle à son professeur, « ça n'aide pas autant que vous semblez le croire. Au revoir, Professeur McGonagall. »

Plissant les yeux, McGonagall continua à l'étudier plusieurs minutes durant, mais Hermione ne céda rien, attendant clairement que son professeur quitte la pièce la première. Avec un soupir sonore, McGonagall sortit en trombe, vexée. Ses robes virevoltèrent dans un mouvement qui rappela incongrûment Severus à Hermione.

Après quelques instants, elle considéra qu'elle pouvait tranquillement descendre à son tour, et prit les escaliers quittant le dortoir. Elle ne vit pas Harry et Ron qui l'attendaient au pied de l'escalier avant de manquer de leur rentrer dedans.

« Alors comme ça tu t'en vas, » constata Ron sans préambule.

« Je m'en vais, » convint-elle, d'un ton dénué d'expression.

« Ça aurait été sympa de faire le voyage de retour en train tous ensemble, » poursuivit-il, « mais j'imagine que je peux comprendre. »

« C'est maintenant qu'on se dit au-revoir, » dit Harry en la regardant d'un air infiniment triste.

Soupirant, Hermione lui donna un petit coup dans l'épaule. « Ce n'est pas comme si je ne devais plus jamais vous revoir, Harry, » dit-elle, exaspérée. « En fait, je suis relativement sûre qu'on mangera un morceau ensemble ou quelque chose de ce genre la semaine prochaine. Enfin, à moins que vous n'ayez l'intention de disparaître de la surface de la terre ? »

« Oh, non, » lui assura-t-il, parvenant à afficher un petit sourire, « on va se faire un sang d'encre au sujet de nos résultats d'ASPICs. Ron et moi, on n'a pas de boulots comme c'est apparemment ton cas. Notre entrée à l'Académie des Aurors dépend entièrement de nos notes finales. Il faudra que tu nous consoles, tu sais. »

« Et Neville aussi, probablement, » dit Ron. « Il a posé sa candidature également. Ginny en est toute excitée. Apparemment, avoir un Auror pour petit-ami est une perspective enthousiasmante. Peut-être que tout espoir n'est pas encore perdu pour notre Harry. »

Avec un grand sourire, Harry attrapa Ron par la nuque. « Espèce de grande andouille, » s'écria-t-il.

Regardant alternativement ses deux amis, Hermione retenait soudain ses larmes. « Ça va me manquer, » confessa-t-elle.

« Quoi ? » demanda Harry, quittant leurs chamailleries pour la regarder.

« Ça, » répondit-elle, les désignant d'un geste de la main. « Vous deux, moi, juste… vous savez… »

Ron lui fit un grand sourire. « Hé, t'en fais pas, Hermione. On fera en sorte de débarquer complètement à l'improviste à votre porte à toi et à Sevychou chéri de temps en temps, juste pour nous insulter les uns les autres et nous moquer de la petite taille de Harry. »

« Qu'est-ce que vous venez de dire, Weasley ? » demanda avec incrédulité une voix profonde depuis le portrait d'entrée.

Le trio se retourna vers un Severus stupéfait qui se tenait juste à côté de l'entrée de la Salle Commune. Rougissant immédiatement jusqu'aux oreilles, Ron en resta bouche bée. Le sourire de Harry se transforma en grimace moqueuse, et Hermione ne put contenir sa soudaine hilarité. « Je t'avais bien dit de ne pas l'appeler comme ça, » dit-elle, de toute évidence amusée.

« Je ne crois pas que je le referai jamais, » marmonna Ron, provoquant un franc éclat de rire chez Severus. Les deux garçons sursautèrent à ce son.

Choisissant de les ignorer, Severus la regarda avec un sourcil levé. « Tu es prête ? » demanda-t-il.

« Presque, » répondit-elle. Se retournant vers Harry et Ron, elle se rendit compte que les larmes lui venaient à nouveau, et essaya sans beaucoup de succès de les retenir. « Bon, à plus tard tous les deux, alors, » dit-elle, son air de nonchalance affichée assez contredit par un reniflement.

« Ouais, » dit Ron, les yeux plutôt brillants lui aussi tout à coup. « Et il faudra que tu vienne manger au Terrier un de ces soirs, tu sais. » Il la serra contre lui assez maladroitement d'un seul bras, puis resta à côté d'elle, comme s'il n'avait pas envie de la laisser partir.

« J'enverrai Hedwige avec un message dès qu'on sera rentrés, lui dit Harry, passant les bras autour de sa taille pour appuyer sa tête contre son épaule dans un geste familier.

« Allez, maintenant. Du balai, et va botter les fesses de ces machins quantiques du sang, ma grande ! » lança Ron, lui donnant une petite poussée dans le dos.

Riant à travers ses quelques larmes, Hermione avança jusqu'à Severus, qui restait là, assez peu à sa place près de l'entrée de la Tour. « Si tu dis un seul mot sur les Gryffondors débordants de sentimentalité, je jure que je te lance un sort, » menaça-t-elle.

Il glissa sans façons un bras autour de sa taille, et lui adressa un sourire taquin. « …m'avait même pas traversé l'esprit, » affirma-t-il, tout innocence.

Elle était à peu près sûre d'avoir entendu soit Harry soit Ron ricaner alors qu'elle et Severus repassaient à travers le portrait.

&&&&&

« Pourquoi est-ce que tu es monté jusqu'à la Tour de Gryffondor ? » lui demanda-t-elle, curieuse, une fois qu'ils furent de l'autre côté de la Grosse Dame.

Severus haussa les épaules. « Pourquoi pas ? Bien que je t'avoue que j'ai eu pas mal de difficultés à convaincre ton portrait de me laisser entrer. »

Gloussant un peu, Hermione hocha la tête. « Oui, la Grosse Dame a tendance à jouer les commères. Je suis sûre qu'elle a été l'une des premières au courant de… enfin, de tout, j'imagine. »

« Ça expliquerait certainement les regards désapprobateurs qu'elle n'a pas arrêté de me lancer, » répondit-il.

Ils continuèrent leur chemin dans les couloirs quasiment en silence. Le bras d'Hermione cognait contre le sien de temps à autre. Severus ne s'était pas rendu compte de combien sa simple présence lui avait manqué, vraiment, jusqu'au moment où il l'avait vue à nouveau. Le simple fait qu'elle marche à ses côtés lui donnait de la confiance pour leur prochaine folle aventure.

« Je crois connaître une entreprise commerciale qui accepterait de m'embaucher pour préparer ses potions, » annonça-t-il pensivement dans le silence. « Nous ne serons pas riches, tu sais. »

« Je m'en fiche, Severus, » lui répondit-elle en souriant. « Tant qu'il y a un 'nous', je suppose que nous parviendrons à nous en sortir. »

Se fichant de qui pouvait les voir, Severus s'arrêta de marcher et attrapa un de ses bras dans sa main. « Je t'aime, » marmonna-t-il, l'attirant à lui pour un rapide baiser. Sa réaction apparemment ravie le fit sourire assez sottement.

« Bien, » dit-elle, lui rendant son baiser. « Je détesterais penser que j'étais embarquée toute seule dans cette histoire. » Ils reprirent leur chemin.

Moins de quinze secondes plus tard, Flitwick les croisa dans le couloir, marchant en sens inverse. Apparemment agité, il accéléra le pas et les dépassa sans un mot.

Soudain, Hermione tira le bras de Severus, accélérant elle aussi. « Dépêche, Severus, » dit-elle. « Je ne tiens pas à rester ici plus longtemps que je n'y suis forcée. »

« Mais et ta blessure ? » demanda-t-il, inquiet. « Je croyais que tu ne devais pas… »

« Oh, » l'interrompit-elle avec un geste de la main et une expression effrontée. « Madame Pomfresh l'a refermée à l'aide de la magie cette après-midi. Elle a dit qu'elle n'allait pas me laisser risquer la gangrène en la laissant se soigner naturellement. »

« La gangrène ? » répéta-t-il, tout de suite soucieux.

Elle leva les yeux au ciel. « Apparemment, je suis une patiente épouvantable. Dépêche-toi, nous sommes presque à l'entrée. »

Avant que Severus n'ait le temps de cligner des paupières, les grandes portes apparaissaient dans son champ de vision. Il avait passé la plus grande partie de sa vie entre ces murs, et maintenant il les quittait pour toujours. S'il avait été plus du genre sentimental, il aurait pu avoir la larme à l'œil en y pensant.

Mais alors il baissa les yeux vers Hermione, et elle lui serra doucement la main, le regardant d'un air chaleureux, aimant. Finalement, Severus ouvrit simplement la porte, la laissa passer la première, et referma soigneusement derrière eux. « Je me dis qu'on devrait s'éloigner à cheval dans le soleil couchant ou quelque chose comme ça, » admit-il. « Quoique tristement, il nous manque et le cheval, et le coucher de soleil. »

« Est-ce que tu es tout à fait sûr de ne pas lire ces romans que tu confisques aux filles ? » demanda-t-elle, taquine.

Elle se tut gentiment quand il l'embrassa.

Bien sûr, cette scène aussi devait probablement être dans ces horribles romans…

FIN.