C'est septembre et donc voici un chapitre de l'héritier. Bon j'espère fin d'année – début 2013 pour le prochain.

Enfin bref…

La dernière fois Harry, Remus et Severus partaient à la rencontre des autres membres de l'ordre pour leur expliquer la situation ou du moins en partie. Reste à savoir si tout se passera sans encombre…

J'espère que la suite vous plaira.

Bonne lecture et à bientôt.

Chapitre 49 : Amis ou ennemis ?

Nous marchions tous les trois côte-à-côté, j'avais l'habitude d'être scruté et d'être épié depuis mon plus jeune âge mais alors que je traversais ainsi les longs couloirs froids de Poudlard en présence de l'ami le plus proche de mes parents, encore vivant, d'un père de substitution pour moi et de mon âme-sœur, je me sentais tout particulièrement aux abois, incroyablement exposé à la vue de tous ces autres élèves qui nous dévisageaient comme si nous étions des bêtes de foire, comme si l'attaque la veille à Pré-au-Lard était uniquement de notre faute et pas celle des Mangemorts. Nous étions tout particulièrement épiés par les élèves de septième année de Serpentard, ces apprentis Mangemorts. Je percevais sans peine l'énervement de Sev qui aurait bien voulu leur ordonner de retourner dans leur foutue salle commune.

Je prenais bien soin de ne rien laisser paraître et finit par demander, assez bas, pour soulager cette atmosphère pesante, tandis que nous n'étions plus qu'à quelques mètres de l'appartement que je partageai avec Drago :

« Remus, tu as également convoqué Drago, j'espère.

- Oui, évidemment.

- Nous devons aller le chercher, c'est bien trop dangereux pour lui d'être seul, dans les couloirs remplis de ces futurs Mangemorts, m'inquiétai-je. »

Je désignai d'un mouvement de menton, Théodore Nott qui passait à proximité.

« Ne te fais pas de souci, pour Drago. Nous n'avons pas besoin d'aller le chercher, j'ai envoyé quelqu'un de toute confiance pour ça. Par contre, il n'y a pas que Drago que j'ai invité parmi les élèves, j'ai aussi convoqué les enfants Weasley et…

- Lupin, si tu prononces le nom de FINNIGAN, je ne suis pas sûr de ma réaction, renifla Severus. Il n'a rien à voir avec toute cette histoire, grogna-t-il la mâchoire crispée.

- Je ne suis pas totalement d'accord avec toi. Il n'a peut-être rien vu de la scène mais il est de mon point de vue entièrement impliqué.

- Ton point de vue ? le questionna Severus figé au milieu du couloir. Tu sais ce que... »

Sa voix s'était élevée d'un cran et pour ne pas alarmer d'éventuelles oreilles indiscrètes, je l'interrompis :

« Professeur, je crois que vous pourriez faire le point plus tard au sujet des élèves qui devront suivre ces cours de rattrapage. »

Le regard froid que me lança aussitôt Severus me fit regretter mon intervention mais le ton cordial sur lequel il me répondit me réconforta quelque peu.

« Oui, vous avez raison, M. Potter. Nous verrons bien qui sera convoqué, au final, d'autant plus que je n'ai apparemment pas mon mot à dire. »

Remus sourit devant la réaction de Severus. A une époque pas si lointaine que cela, Severus serait sans doute parti dans une envolée de robe noire mais même s'il ne pouvait cacher son exaspération, il restait envers et contre tout, en présence de Remus qui visiblement avait fait l'exact opposé de ce qu'il aurait souhaité.

« Allez, Poussin, fais pas la tête, prononçais-je dans la tête demon serpentard vexé.

- Sors de là, répondit-il, visiblement encore plus courroucé.

- Calme-toi. J'ai beau avoir une grande tendresse pour Seam, tu sais bien que je ne l'aime pas et que jamais cela ne changera, pour la simple et unique raison que c'est toi que j'aime.

- Potter, ce n'est pas le moment.

- Je ne crois pas que ce soit les mots que tu devais prononcer après cette tendre déclaration, Poussin. Allez, répète, après moi, JE T'AIME MOI AUSSI, HARRY.

- Potter, tu me donnes mal à la tête, cesse des gamineries et sors de ma tête de suite.

- Non, boudai-je tandis que je m'étais inconsciemment arrêté en plein milieu du couloir au vu et au su de tout le monde. »

Le loup-garou inquiet m'interrogea, à voix basse.

« Qu'est-ce qui se passe, Harry ? Nous sommes attendus par l'Ordre.

- Il est juste incapable de faire deux choses en même temps : marcher et réfléchir !

- Se…

- MONSIEUR POTTER ? m'interrompit mon Serpentard. »

Je devinai sans peine qu'il craignait que je ne m'emporte à voix haute et l'appelle par son prénom, comme si c'était possible que je me laisse ainsi aller de la sorte et parle trop fort de certains détails qui devraient demeurer cachés, en public.

« Pardon, Professeur, m'excusai-je envers Remus, tout en fusillant Severus du regard, j'avais juste la tête ailleurs. »

Je finis ma phrase en murmurant, de sorte que même si des oreilles à rallonge traînaient dans les parages, elles ne pourraient rien comprendre.

« Mais, à charge de revanche, Poussin. »

J'entendis renifler Severus, j'étais persuadé qu'il devait se mordre les lèvres pour ne pas répliquer en public. Après ce petit intermède, nous reprenions dans un silence toujours plus grave notre marche en direction du lieu de rencontre, répétant chacun de son côté, notre plan d'attaque que nous avions mûrement réfléchi.

Nous arrivâmes très rapidement au lieu de rendez-vous et tandis que nous faisions les allers-retours devant la tapisserie des trolls en tutu, je poussais un soupir avant de faire un dernier sourire à Severus. Fidèle à lui-même, il ne me le rendit pas mais malgré tout, je pus lire dans son regard un éclat tout particulier, que je pris pour une marque d'affection mais comme tout foutu Serpentard qui se respecte, il était bien incapable de s'exprimer clairement ! Pfff…

Que le spectacle commence ! Pensai-je tandis que Severus ouvrait le passage et entrait dans la salle sur demande. Lorsque nous pénétrâmes, je repensais à la première fois où j'étais venu ici, en compagnie de Severus, c'était avant, bien avant, à une autre époque, la première fois où nous avions couché ensemble. J'étais sûr que l'esprit de Sev avait fait le même chemin car il me fixa de son regard perçant.

Au milieu de la salle sur demande trônait une grande table en bois. Tous les autres participants avaient pris place sur de grands fauteuils en bois. Ils étaient tous là, les Weasley, Shackelbolt, Minerva, Tonks… Drago était assis, à côté de Seam. Lorsque je passai à ses côtés, je m'arrêtai à la stupéfaction des autres membres, je lui demandais à voix basse, s'il avait réussi à traverser les couloirs lugubres de Poudlard, sans encombre. Quand Remus m'avait signalé qu'il avait envoyé une personne de confiance, je m'étais interrogé. Il tourna légèrement la tête en direction de l'irlandais :

« Comme tu n'étais pas disponible pour jouer les chaperons, Finnigan a été désigné volontaire par le Professeur Lupin et il a parfaitement su accomplir sa tâche.

- Eh beh, tant mieux, si tout se passe au mieux, en mon absence. »

Ma pause de quelques secondes, auprès de Drago et accessoirement de Seamus ne fut pas apprécié de Severus qui souffla et m'intima du regard de ne pas m'attarder pour des sottises. Je levai simplement les yeux au plafond qui était, comme la salle commune de Poudlard, illuminé par de multitude de bougies et représentait le ciel automnal. Nous nous dirigions sans tergiverser, vers les places qui nous avaient été réservées. Cette salle sur demande qui ne manquait jamais une occasion de se démarquer m'avait laissé une place de choix, que personne d'autre de l'Ordre n'avait osé prendre. Au bout de la massive table sombre, trônait un fauteuil, splendide, digne des plus grands rois. Il était tapissé de velours rouge vif, les accoudoirs étaient dorés à l'or fin et en son centre, le symbole des quatre maisons était brodé. Ce fauteuil, ou plutôt ce trône qui m'était destiné était le pendant du trône de Voldemort et je ne pouvais m'empêcher de penser que l'espion était responsable de cette apparition, il ne manquait plus que l'estrade pour asseoir ma suprématie sur tous les autres sorciers ici présents.

Les deux sièges les plus à proximité de 'mon trône' avaient été laissés vacants. C'étaient de simples chaises recouvertes de cuir, qui ne paraissaient pas des plus confortables. Au début, je me demandais pourquoi ces deux places n'avaient pas été pourvues. Après tout, Minerva McGonagal et Maugrey Fol-Œil, les plus anciens membres de l'ordre encore aptes au combat auraient dû en toute logique, être à mes côtés. En vérité, lorsque je passais juste derrière les chaises, je remarquai que les places avaient été désignées, les noms étaient brodés en fil d'or. J'imaginais bien Remus avoir une idée si délicate, non seulement facilitant l'installation de tout le monde mais surtout me permettant d'être auprès de Severus, sans éveiller outre mesure les soupçons.

Lorsque je m'asseyais enfin, après la traversée de la salle qui m'avait paru interminable, sous les yeux des autres membres de l'Ordre, un marteau de juge apparut juste devant moi. Cette salle était décidément pleine de surprises et bien agaçante. Je m'exécutai et tapai vivement et par trois fois avec le marteau en bois contre son socle. Après m'être légèrement raclé la gorge, je me lançai enfin :

« Bonjour, tout le monde. Merci d'être tous venus. »

Je me sentais parfaitement ridicule, avec ce ton sentencieux que j'avais bien malgré moi, pris. Même s'ils pouvaient tous me répéter le contraire, je ne serais jamais le chef d'une quelconque armée ou rébellion.

« Cette réunion paraissait inévitable, suite aux événements qui se sont déroulés la veille.

- Tu ne crois pas si bien dire, grommela Maugrey Fol-Œil qui s'était levé de sa chaise, d'un bond. Ce qui s'est passé hier n'aurait jamais dû se produire. Tu étais seul, sans surveillance effectuée par des gens compétents et tu t'es permis de ne pas rester jusqu'à notre arrivée. Pour avoir enfin les explications nécessaires, il faut encore que tu donnes ton accord et attendre 24 heures supplémentaires ! »

Tout au long de sa diatribe, les traits du vieil auror s'étaient durcis. Il avait notamment lancé un regard peu amène à l'encontre de Remus, lorsqu'il avait parlé de la compétence de mes gardiens.

La réunion commençait directement, sans temps mort. Je me levai à mon tour, sans plus attendre. Je posai mes poings calmement, sur la surface froide et rugueuse de la table invoquée puis je repris avec une certaine froideur :

« Je sais parfaitement que je vous dois des explications, cette réunion a été organisée dans ce but, n'est-ce pas ? De plus, Remus me l'a assez répété depuis hier, mais merci quand même, Maugrey d'insister, au cas où je n'aurais toujours pas compris. »

J'entendis le rire aigu de Drago. L'œil magique du vieux sorcier sous le coup de ma réplique tournait en tout sens. La plupart des autres sorciers adultes, présents me regardaient avec circonspection, si ce n'était avec de l'affliction. Ils allaient apprendre que durant ces derniers mois, tout avait changé, j'avais changé et aujourd'hui, il était hors de question de s'en laisser compter par Maugrey Fol-Œil, aussi important soit-il dans l'Ordre.

« Harry, voyons, reprit Molly, tu ne voulais pas être grossier envers Maugrey, il se montre seulement impatient. Il s'est inquiété, comme nous tous, comprends-le.

- Je sais, je sais, Molly. »

Malgré moi, je me tournai instinctivement vers Severus, j'aurais tellement préféré le voir sous sa véritable apparence plutôt que sous celle d'Andrew Prince. Toutefois, de le voir me fixer de ses grands yeux sans ciller me réconforta quelque peu et me donna le courage nécessaire pour poursuivre.

« Je ne vais pas présenter mes excuses pour les événements de la veille, sauf peut-être vis-à-vis de Seamus qui fut probablement la personne la plus en danger hier, sans en avoir la moindre conscience. »

Je vis Seamus baisser légèrement la tête et ses joues s'empourprer, lorsque j'avais prononcé son nom. Je m'étais refusé à regarder alors Severus de peur de voir sa réaction et de m'esclaffer. J'aurais aimé continuer mais Maugrey en avait visiblement décidé autrement et me devança :

« Jusqu'à présent, nous avons suivi toutes tes divagations, comme accepter un cousin de Severus Rogue comme membre de l'Ordre et même prendre sous ton aile ce fils de Mangemort, s'énerva Maugrey. »

Il avait désigné d'un coup de tête le Serpentard mais probablement, de crainte de se salir, il n'avait pas osé prononcer à haute voix son nom. Du coin de l'œil, je vis Drago se tasser sur sa chaise. J'aurais bien voulu répliquer mais Maugrey ne m'en laissa pas le temps et poursuivit sur le même ton véhément :

« Tu as essayé de suivre un enseignement quasi normal dans l'enceinte de Poudlard, depuis la rentrée, mais tu en conviendras avec moi et avec les autres membres de l'Ordre qu'au vu des derniers événements, c'est un échec retentissant. Nous n'avons actuellement, absolument aucune idée du nombre de Mangemorts qui pourraient se trouver à Poudlard et crois mon expérience d'auror, vu la chronologie de l'attaque d'hier, il ne fait, à mon sens, aucun doute que quelqu'un a averti Celui-dont-on-doit-pas-prononcer-le-nom. Dans cette pièce même, peut-être y a-t-il encore un espion ? Après tout, cette pourriture de Severus Rogue est bien restée près de dix-sept ans auprès d'Albus, nous ne sommes à l'abri de rien. Je te le dis, tout net, tes enfantillages vont prendre fin ici et maintenant. Tu vas quitter Poudlard dès aujourd'hui et nous allons te mettre à l'abri, le Terrier me paraît être la meilleure solution mais s'il existe une autre cachette possible et bien soit, nous nous en accommoderons. Par contre, tu n'en sortiras plus, jusqu'à nouvel ordre. »

Une fois, son discours terminé, il était légèrement hors d'haleine, il reprit malgré tout place sur sa chaise, me laissant seul, debout devant cette assemblée qui me semblait tout d'un coup beaucoup moins amicale. Je ne devais pas lui laisser l'avantage, je me devais de me ressaisir.

« Il a fallu combien de temps pour rédiger ce merveilleux discours, Maugrey ? Car tout n'est pas venu maintenant, sous le coup de l'inspiration.

- Harry, calme-toi, veux-tu ?, tenta de me couper Remus. »

Le ton du loup-garou comme à l'accoutumée était posé, rassurant et me calma instantanément.

« Rassis-toi, Harry. »

Je m'exécutai de suite et repris place sur le fauteuil rouge.

« Les paroles de Maugrey ont sans doute dépassé ses pensées, mais il ne veut que ton bien, comme toutes les personnes réunies ici.

- C'est vrai, Harry, renchérit Molly Weasley. Depuis la disparition d'Albus, tu as beaucoup changé et tu t'éloignes de nous, sans nous donner la moindre explication. Tu disparais le jour de ton anniversaire, alors que nous avions tout prévu pour ton arrivée. Tu ne donnes des signes de vie que lorsque cela te chante et tu imposes la présence de Drago Malefoy, d'abord dans l'enceinte de Poudlard et maintenant dans les réunions secrètes de l'Ordre. A mon sens, mettre au courant Drago de tous nos agissements ne me paraît pas être le choix le plus judicieux.

- Vous savez tous, pourquoi Drago doit être protégé. Il m'a aidé l'été dernier et de cette aide, sa mère a été assassinée par Voldemort, m'exclamai-je.

- Comment le sais-tu, Harry ?

- JE L'AI VU ! DANS MA TETE ! »

Je frottai machinalement mes mains contre mes tempes pour me faire chasser toutes ces images d'horreur.

« Rappelle-toi, Harry, mon chéri, lors de ta cinquième année, Tu-sais-qui avait abusé de toi en t'envoyant de fausses visions et les conséquences avaient été plus que désastreuses. Tu ne voudrais pas que cela se reproduise.

- Bien sûr, que croyez-vous ? Il m'en a coûté assez et je regretterai toujours cette nuit où j'ai envoyé Sirius au Ministère de la Magie mais là, c'est différent, bien différent. Drago m'avait aidé, je vous le répète et Narcissa Malefoy a choisi d'en faire tout autant et nous a laissé nous échapper, malheureusement, ce ne fut pas son cas. S'il avait tendu un piège, Voldemort aurait fait en sorte qu'elle fuit à son tour, non ?

- Tu ne cesses de répéter que Drago t'a aidé mais à quoi faire ?, me questionna de nouveau l'ancien auror.

- Dumbledore m'a laissé une mission à accomplir et sans qu'il soit responsable de quoi que ce soit, il m'a permis de progresser dans l'accomplissement de cette mission. »

Hermione et Ron dévisageaient Drago qui leur faisait face, je me demandais ce qu'ils se murmurèrent quelques secondes. Après tout, Ron m'avait à plusieurs reprises incité à partir à la recherche des horcruxes avec lui et Hermione, dans le rôle des fidèles amis et même si la participation de Drago avait été fortuite, cette situation ne devait pas leur plaire, loin de là.

« Hum, hum… », je me raclai de nouveau la gorge, n'ayant aucune envie de poursuivre sur l'histoire de Drago.

J'avais au moins eu le mérite de capter l'attention de toutes les personnes de l'assemblée.

« Je crois que nous ne devrions pas nous appesantir plus longtemps sur le sujet de Drago, ce n'est absolument pas ce dont je voulais vous parler et je ne crois pas qu'il n'ait, sans vouloir te vexer Drago, aucune espèce d'importance dans toute cette histoire. Il y a quelque chose de beaucoup plus grave, que je dois vous avouer. Je vous ai menti à vous tous… »

Je repris après une pause de quelques secondes.

« Mais je précise que c'était dans votre intérêt.

- Nous voilà, rassurés, Potter.

- Maugrey, calmez-vous et attendez les explications de M. Potter, temporisa le professeur MacGonagal.

- Je… Je… C'est difficile à expliquer. »

Et c'était on ne peut plus exact, autant la veille, quand j'avais tout avoué à Remus, j'étais soulagé et heureux de pouvoir partager notre histoire autant aujourd'hui, ce n'était plus le cas. Même si, dans cette pièce, il n'y avait qu'un seul espion à la solde de Voldemort, à présent, j'avais une étrange impression que je n'arrivais pas à chasser, la sensation que dans une grande majorité, cette assemblée m'était hostile et qu'il n'y avait absolument aucun risque que cela change.

Je voyais certains adultes, Kingsley Shackelbolt, Maugrey Fol-Œil et même Molly Weasley commençaient à s'impatienter.

« Comme vous savez, Albus Dumbledore m'a laissé une quête à accomplir.

- Oui, oui, Potter, on le sait déjà. Tu nous l'as déjà bien assez seriné. Tu as une mission mais tu refuses toute l'aide que nous pourrions t'apporter.

- Il m'a laissé aussi une aide précieuse pour la réaliser.

- Une aide précieuse ? s'enquit Tonks qui, assise à côté de Remus, s'était tue jusqu'à maintenant.

- Un associé ou un complice, cela dépendra de comment vous voulez le voir.

- Un complice ? On croit rêver, s'esclaffa l'auror à l'œil magique, décidément très en verve dans le rôle du chef de l'ordre. Et qui est-ce dans ce cas ? »

J'hésitai avant de reprendre et bien malgré moi, je jetai un rapide coup d'œil en direction de Severus pour me rassurer. Le sort en était jeté.

« Se… Severus Rogue, bafouillai-je maladroitement.

- SEVERUS ROGUE ! répétèrent l'ensemble des participants en chœur qui n'étaient pas au courant de la supercherie. »

Tous me dévisagèrent comme si je venais leur annoncer mon ralliement prochain à Voldemort et en un sens, c'est ce qu'ils devaient croire. La première à réagir fut contre toute attente Hermione qui, à mon avis, sera également la première à comprendre le lien avec Andrew Prince :

« Mais, enfin, Harry, comment est-ce possible ? Tu l'as vu de tes propres yeux jeter le sort d'Avada Kedavra sur le professeur Dumbledore. Tu nous l'as juré sur tout ce qui t'était le plus cher. Tu n'as pu nous mentir sur ça aussi, dit-elle, tandis qu'elle commençait à sangloter.

- Il me l'a déjà dit, l'interrompit Ginny.

- Toi aussi, répondit Molly qui risquait de défaillir à chaque seconde. »

Pourvu qu'elle n'aille pas trop loin, pourvu qu'elle n'aille pas trop loin… me répétais-je en boucle. Elle avait parfaitement joué son rôle d'ex petite-amie compréhensive jusqu'à présent et je n'espérai qu'une chose qu'elle continue ainsi.

« Quand ? Donne-nous tous les détails, petite, ordonna Maugrey.

- Au début du mois d'août, quand il est revenu au Terrier…

- Pourquoi il ne l'a dit qu'à toi ?

- Il voulait éclaircir les choses avec moi, il ne voulait plus que je l'attende car il savait qu'il allait vers les pires ennuis et au cours de la conversation, il a laissé quelques informations filtrées.

- Et après, il t'a, je suppose, fait jurer de ne rien répéter aux autres.

- Exactement.

- Tu n'es encore qu'une enfant, et tu n'as pas jugé utile de te dire que tout ceci concernait les ADULTES et qu'ils devraient donc être averti au plus vite ! s'enflamma Maugrey, son œil magique ne quittant pas Ginny.

- Non ! »

La réponse avait été nette, précise, froide.

« Je tiens plus à Harry qu'à n'importe qui, ici et je ne remettrai jamais sa parole en doute, contrairement à d'autres et s'il me demandait encore, aujourd'hui, de garder son secret et bien je le ferai sans aucune hésitation. »

J'aurais presque pu applaudir, tellement j'étais fier de l'opposition farouche de Ginny face aux membres de l'ordre.

« Eh bien soit ! Tu travailles sur une mission que toi seul semble connaître…

- Ron et moi, nous connaissons la mission laissée par le professeur Dumbledore, répondit Hermione, les yeux fixés sur la table.

- Parfait, vous allez sans doute accepter dans ce cas de nous en dire plus que Potter ou serait-ce pour vous aussi, trop vous demander. »

Je voyais bien que certains membres, en dehors de Maugrey commençaient à s'impatienter, à commencer notamment par Kingsley Shackelbolt qui tapotait des doigts.

« Non…

- Non, quoi ?

- Nous laissons à Harry le droit de décider de ce qu'il veut ou ne veut pas dire, s'opposa Hermione. C'est lui le premier concerné après tout. »

A n'en pas douter, j'avais réellement choisi les meilleurs amis possibles, et après la réaction de Ginny et d'Hermione, ma fierté ne faisait que croître.

« Merci Ginny, merci Hermione. Vous avez raison, c'est à moi de décider ce qui doit être révélé aujourd'hui, je suis celui qui doit mener le plus difficile combat et je ne ferai rien pour compromettre la tâche qui m'incombe. Severus Rogue a pris contact la veille de mon départ pour le Terrier et m'a tout dévoilé du plan d'Albus Dumbledore.

- Je comprends mieux… marmonna un Ron qui semblait découvrir le grand secret de la vie.

- Et tu as accepté de le suivre, comme ça ?

- Bien sûr que non ! Je ne suis pas aussi stupide que ce que j'en ai l'air. Il m'a en quelque sorte enlevé… Au début et après m'avoir apporté une aide primordiale, je me suis dit que je pouvais effectivement lui faire confiance.

- Dans la résolution de ta 'fameuse grande quête', ironisa Maugrey.

- Mais il est quand même assez lâche pour te laisser ici, face à nous le jour où nous apprenons qu'il est resté à tes côtés des semaines durant.

- Mais il est là… »

A ces paroles, je vis Severus serrer sa baguette entre ses doigts fins et pâles.

« Qu… quoi ? Comment est-ce possible ? Finite Incantatem, hurla le vieil auror qui espérait sans doute faire apparaître celui qu'il considérait comme l'un de ses pires ennemis. »

Malheureusement, pour Maugrey ainsi que les autres sorciers qui se tenaient sur le qui-vive, rien ne se produisit.

« Tu as pourtant bien dit qu'il était dans cette pièce.

- Effectivement.

- POLYNECTAR ! Je ne vois que ça.

- Non, ce n'était pas suffisant… »

La voix d'Andrew Prince froide et déterminée venait de retentir pour la première fois, depuis le début de la réunion et tout le monde tourna la tête dans sa direction, les nerfs à vif. Ils avaient tous, parfaitement conscience qu'une étape dans la guerre contre Voldemort venait de se produire. Maugrey, Tonks et Shackelbolt pointèrent, tous les trois, leur baguette magique contre Severus qui s'était levé à présent.

« L'effet du polynectar n'est que de quelques heures au maximum et je n'avais aucune envie de passer pour l'alcoolique notoire, tout comme vous lors du Tournoi des Trois sorciers. »

J'entendis grommeler Maugrey qui n'appréciait apparemment pas la plaisanterie.

« Pourquoi vous cacher tout ce temps et accepter aujourd'hui de nous divulguer votre secret ? interrogea Tonks.

- Les événements d'hier. Lorsque je suis venu chercher Harry, en juillet dernier, ce n'était pas pour rien.

- Pff, je l'espère bien, ricana Maugrey.

- Laissez parler, Severus, le repris-je furieux que quelqu'un puisse interrompre mon Prince.

- J'avais des informations fiables qui me laissaient croire à la présence d'un espion parmi vous.

- Un espion, vous dites ? On croit rêver, c'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité ! - Je suis au contraire, le plus à même de parler d'espion, n'est-il pas ?

- Qui est-ce alors ?

- Je ne le sais toujours pas.

- Vous avez échoué à identifier l'espion. Quelle triste désillusion pour vous, Severus !

- Mais, je pense que cela ne sera plus très long avant qu'il ne fasse l'erreur fatale qui nous permettra de l'attraper, j'en suis persuadé. Et je suppose que vous ne souhaitez que ça, asséna un Severus sûr de lui.

- Evidemment, si toutefois cet espion existe.

- Il existe, croyez-moi.

- Bon, soit, je veux bien vous concéder l'existence d'un autre espion. Dans ce cas, vous aviez peur que Potter ne se fasse enlever et donc vous avez agi en premier. Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous êtes revenus ici.

- Pour essayer de résoudre la mission confiée par Albus et puis je n'avais guère le choix, le Seigneur des Ténèbres m'avait demandé de m'intégrer à nouveau, dans l'Ordre et par tous les moyens possibles car un espion qui ne peut plus espionner est mort à ses yeux.

- En dehors de 'VOTRE GRANDE MISSION', tu es donc de nouveau devenu un espion double voire triple, pour Tu-sais-qui et vous arrivez en nous demandant de te faire confiance. Par Gryffondor, tout ceci est ridicule !

- Maugrey, voyons, ne jurer pas, le réprimanda le professeur MacGonagal qui l'houspillait comme s'il était encore l'un des jeunes pensionnaires du château magique. »

L'auror ne prêta aucune attention à la directrice de Poudlard et poursuivit :

« Je suppose que notre nouvel ennemi caché est au courant pour la supercherie te concernant…

- Je pourrai le jurer même si je n'ai pas de preuves matérielles.

- Mais jamais, il ne s'est manifesté à toi.

- Il devait me surveiller, la paranoïa du Seigneur des Ténèbres est sans limite. Lors de l'attaque à Pré-au-Lard d'hier, je suis intervenu et j'ai ainsi dévoilé mon rôle aux Mangemorts présents et notamment, à une vieille connaissance, Rodolphus Lestrange, l'oncle de Drago et le premier des Mangemorts.

- Et c'est tout ? Tu-sais-qui est au courant donc tu n'as plus à te cacher.

- Oui, voilà et surtout, Harry ne tenait pas à vous mentir davantage. »

Je souris lorsque j'entendis Severus qui admettait à mi-mot, devant les autres membres de l'ordre que mon avis lui importait.

« Par contre, il y a une chose que je ne comprends pas, tu as changé d'apparence et tu t'es moqué de moi, lorsque je parlais de polynectar. Comment avez-vous fait dans ce cas ? »

Severus tourna la tête dans ma direction. Il ne laissait rien paraître et ne permettait pas de rentrer dans son esprit mais je devinais qu'ils craignaient la réaction des autres. Déjà Remus avait été choqué lorsque nous avions parlé de potion d'apparence et il était sans doute l'une des personnes ici présentes, les plus ouvertes au dialogue. Nous en avions discuté plutôt dans la matinée et nous avions pris la décision de dire la vérité à ce propos. Ce n'était pas comme pour l'existence des horcruxes qui ne devaient être dévoilée qu'avec parcimonie. Je retenais légèrement ma respiration lorsqu'il prononça froidement :

« Potion d'apparence.

- Oh, mon dieu, jura Hermione avant de coller ses deux mains devant la bouche.

- Qu'est-ce que c'est ? lui demanda Ron.

- Une potion interdite, tout comme il existe les trois sorts impardonnables, certaines potions ont été inscrites sur une liste noire du ministère de la magie et toute personne prise en flagrant délit lors de la réalisation risque de se retrouver à Azkaban… mais… mais Professeur Rogue, cela signifie-t-il que vous allez rester ainsi, jusqu'à la fin de votre vie ?

- Non, Melle Granger, j'ai confectionné avec l'aide d'Harry un antidote.

- Parce que vous avez mêlé, Harry à toute cette histoire, vous n'êtes qu'un odieux personnage.

- Molly, l'interrompis-je. Croyez-vous qu'il avait le choix ? Je l'ai vu après des séances de torture, Voldemort ne lui a laissé aucun autre moyen, sinon, il n'aurait jamais pris ce truc qui le rend toujours un peu plus malade.

- Comme si nous allions le plaindre, il est responsable de tout ce qui lui arrive, argumenta un Maugrey qui paraissait de plus en plus furieux. Et, après, tu attends quoi. Qu'on le traite comme le héros qu'il n'est visiblement pas.

- Ne t'inquiète pas, je ne te demande rien Maugrey, ni à aucun autre. Je ne m'échinerai pas à essayer de vous convaincre de ma bonne foi. Harry a cru bien faire, il pensait que vous seriez les dignes représentants du clan des gentils, il s'est visiblement une nouvelle fois fourvoyé. Que comptez-vous faire ? Parce qu'apparemment, vous n'avez aucune envie de m'introniser dans l'ordre.

- Comprenez-nous, Severus, vous êtes depuis tant et tant d'années un agent double qu'aucune personne ici n'est capable de dire combien de temps vous resterez dans notre camp.

- IL NE NOUS A JAMAIS TRAHIS, m'écriais-je.

- Ce n'est pourtant pas ce que tu nous disais en juin dernier, Potter.

- De… demandez au portrait du professeur Dumbledore, bredouillais-je, le ton plus suppliant que ce que je ne voulais.

- Et même, cela changerait quoi ? Albus peut bien être persuadé que Severus n'a fait qu'exécuter ses ordres mais ce n'est pas suffisant. Je ne suis pas prêt de le croire sur parole, même si Remus et toi me le demandez. Qui est d'accord avec moi ? »

Un silence pesant s'abattit sur la petite assemblée. Tous se regardaient, en chien de faïence.

« Moi, je réitère ce que j'ai dit tout à l'heure, j'ai plus confiance en Harry qu'en n'importe qui ici. S'il me le demande, oui, je veux bien que le professeur Rogue ou Prince, enfin peu importe, entre dans l'ordre et bien soit, il en sera ainsi.

- Mais, tu n'es ici qu'en invitée, tu n'es même pas majeure et je ne pense pas qu'on puisse prendre tes désirs de petite fille en considération, lui rétorqua Maugrey.

- Doucement, voyons, s'interposa Arthur. Elle n'a rien fait de mal à ma connaissance et puis… et puis, elle n'a peut-être pas tort. »

La dernière partie de la phrase avait été presque murmurée mais je fus très reconnaissant de ce qu'essayait de faire Arthur et lui souris légèrement lorsqu'il tourna le visage dans ma direction.

« Seriez-vous prêt à prendre ce risque, laisser un ancien Mangemort, si tenté qu'il ait arrêté cette activité, dans ces lieux, auprès de vos enfants ?

- Il a raison, Arthur, s'exclama Molly. Nous ne savons pas ses intentions. Rappelle-toi l'attaque de juin dernier. Il a attaqué nos propres enfants. Il… Il aurait pu tuer Ron ou n'importe qui et, si dans un ou deux mois, il refait de même, je ne veux pas être responsable d'une telle ignominie !

- Bon, je vois que Molly se range à mes côtés. Remus, je ne te demanderai rien. Du fait de cette réunion, il est clair que tu soutiens le fils de tes anciens amis ! Et vous, Minerva, Nymphadora ?

- J'ai confiance en Harry et Remus et… Et, je veux y croire.

- Hum, hum, en tant que directrice de Poudlard, je ne peux prendre le moindre risque. Il en a assez coûté à Albus et je ne veux pas reproduire les mêmes erreurs.

- En ce qui me concerne, je suis le seul représentant du Ministère de la Magie, je devrai déjà le ramener pour qu'il soit enfermé à Azkaban, trancha Shackelbolt.

- Bon, merci, je crois que tout le monde a donné son avis.

- Non, nous ne l'avons pas fait, s'écria Hermione. Je suis majeure, contrairement à Ginny et je ne comprends pas que mon choix ne compte pas, tout comme celui de Ron, Seam et même Drago.

- Melle Granger, vous n'en demeurez pas moins une élève dans cet établissement et rien de plus, lui répliqua MacGonagal. Et, vous n'êtes pas assez mature pour juger de cette situation. Reprenez Maugrey, s'il vous plaît.

- Tout le monde a donné son vote et si je reprends. Trois d'entre vous, Remus, Nymphadora et Arthur sont pour l'intégration de Severus Rogue dans notre ordre et ceci sans restriction et quatre, Minerva, Molly, Kingsley et moi-même, non. Vous comprenez donc, Severus, que nous ne pouvons vous accorder ce droit. »

La sentence fut prononcée froidement et seul du dédain transparaissait dans la voix de l'ancien auror mais rien ne m'avait vraiment préparé à ce qu'il rajouta :

« Reste à savoir, à présent, si nous vous livrons au Ministère de la Magie.

- NON, criais-je. Vous… vous ne pouvez pas. Il nous… non, il m'a aidé au-delà de ce qui est imaginable. Vous êtes mes amis, faites-moi confiance. »

Des sanglots commençaient à faire écho dans ma voix.

« Harry, mon chéri, tu ne comprends pas. Nous te faisons confiance, évidemment, mais nous ne pouvons avoir confiance en cet homme, répondit Molly qui désigna Severus de la main. Il n'a jamais eu le moindre respect pour quiconque et rien ne le fera jamais changer.

- Non, vous vous trompez, vous ne le connaissez pas comme moi.

- Suffit, éructa Maugrey qui apparemment en avait assez de parlementer avec moi. Que faisons-nous alors ?

- On le maintient en résidence surveillée… »

Remus venait de parler pour la première fois, depuis bien longtemps.

« Qu… Quoi ? Remus, pourquoi ? »

Je me sentais trahi, écœuré.

« Le vote en a décidé ainsi. Je crois toujours en l'innocence de Severus mais jusqu'à ce qu'il y ait une preuve matérielle de son ralliement définitif, il vaut mieux qu'il soit tenu à l'écart de nos affaires. Qu'en pensez-vous ?

- Je suis d'accord, répondit aussitôt Tonks, suivi quasiment instantanément par les autres membres de l'ordre.

- Severus, êtes-vous aussi d'accord ? demanda froidement Maugrey.

- Je ne crois pas avoir trop le choix.

- Eh bien, qu'il en soit ainsi.

- NON ! NON ! Je suis contre, protestai-je avec le peu de force qu'il me restait.

- Tu préfères donc que nous le livrions au Ministère de la Magie, m'asséna un Maugrey de plus en plus retors. »

J'étais abattu, vaincu, je n'avais même plus la force de répondre, je baissai simplement la tête pour cacher mes larmes au reste de l'assemblée. J'avais l'impression que ma tête allait exploser. Hermione, Ginny ainsi que les autres élèves essayaient de s'opposer à leur tour mais tout ceci me paraissait vain et sans espoir.

Maugrey avait continué à parler sans discontinuer. Lorsque je réagis enfin et que je relevai la tête, une cellule de prison était apparue, dans le fond de la pièce. Par Gryffondor, qu'est-ce que je pouvais détester cette pièce en cet instant !

« … Vous resterez ici jusqu'à nouvel ordre. La salle sur demande pourvoira à vos besoins. Je vous demanderai simplement de ne rien changer, sinon nous pourrions le prendre comme un non-respect de cet arrangement et je ne sais quelles pourraient en être les conséquences. Nous verrons bien s'il se passe quelque chose qui nous fait changer d'avis.

- Je resterai ici alors, répondit toujours aussi calmement Severus.

- Eh, bien soit qu'il en soit ainsi. Severus, rentre donc dans tes nouveaux appartements. »

Severus se leva alors et sans me dire le moindre mot, il rejoignit sa cellule comme un vulgaire coupable. Il était à peine entré que déjà, Maugrey jetait un sort sur le verrou de la porte qui fit un 'clic' sonore, des plus désagréables à mes oreilles.

« Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter ?, demanda Maugrey dont l'œil magique ne cessait de tourner frénétiquement. »

Devant le manque des réactions du reste de l'audience, il leva la séance et tandis que les autres commençaient à quitter la pièce, Maugrey m'interpella :

« Potter, si tu as une vague idée de l'endroit où il a mis l'antidote à sa potion d'apparence, tu n'as qu'à lui en apporter une fiole. Je ne crois pas que cela lui soit encore utile de se faire passer pour son cousin. »

J'hochai simplement la tête, n'ayant plus la force de lui répondre. Je traînais des pieds et alors que la plupart des autres quittaient la pièce, Remus vint me parler doucement :

« Reste, un peu ici, Harry avec Severus. Je vais appeler Dobby pour qu'il aille te chercher l'antidote et qu'il le ramène ici et pendant ce temps, parle-lui. Je suis sûr que cela te fera le plus grand bien. »

Je n'osai le remercier, j'avais tellement l'impression qu'il nous avait lâchement abandonnés, au pire moment. Une nouvelle fois, je restai coi et me contentai d'un mouvement de tête. Il me passa sa main dans mes cheveux ébouriffés, pour me réconforter mais je préférai tourner la tête. Il parut déstabilisé quelques secondes et ses yeux brillaient de déception. Cela n'avait pas échappé à Tonks qui s'était rapprochée de nous deux, en silence. Elle passa son bras sous celui de Remus, lui chuchota quelque chose que je ne pus comprendre avant de s'adresser à moi :

« Tout va s'arranger, Harry. Aie confiance. »

Elle me fit un clin d'œil qui se voulait complice. Le fait qu'elle reste de si bonne humeur face à Remus et moi me fit un léger baume au cœur. Très vite, tout le monde avait disparu et il ne restait plus que nous deux, Severus et moi. J'essayais de supprimer la cage qui nous séparait mais la salle sur demande ne m'obéit pas. Je grommelai et frappai le sol de rage, soulevant un nuage de poussière.

« Non, Harry, il ne faut pas.

- C'est toi qui m'empêches de te libérer ! Pourquoi ?

- Je n'ai pas confiance. Maugrey doit avoir ajouté un sort magique pour vérifier mes actes et me livrer à Azkaban à la moindre incartade.

- Mais… Mais… Et si l'espion se décide à t'attaquer ?

- Aucune chance. Tu restes son unique cible. Ca ne servirait à rien de m'attaquer alors que je ne suis visiblement plus une gêne pour lui. Toi par contre, il faut que tu fasses encore plus attention. Ne reste jamais seul et si possible, fais aussi en sorte que lorsque tu parles à quelqu'un, vous soyez toujours au moins trois, à deux exceptions, Drago et Remus.

- REMUS ! Pff ! C'est de sa faute si tu es dans cette cellule.

- Imbécile ! Il m'a sauvé la vie, aujourd'hui et je ne l'en remercierai jamais assez.

- MAIS…, voulus-je protester mais il ne m'en laissa pas le temps.

- Que crois-tu qu'il se serait passé s'il n'avait pas fait cette proposition ? Tu penses que Maugrey aurait pu abonder dans ton sens ?

- Je… Je… bredouillai-je, perdu.

- Il a fait en sorte de m'isoler et ainsi de me mettre à l'abri et de détourner les autres de leur idée d'Azkaban. Dès que tu sors d'ici, je veux que tu lui présentes tes excuses, petit imbécile. »

Son reproche n'en était pas vraiment un et le ton de sa voix douce et basse me réconforta. Je tendis à travers les barreaux ma main droite qu'il prit dans la sienne. Nous restions ainsi, dans un silence monacal, à se faire face. Je savais qu'il ne me pardonnerait pas si je pleurais alors je me retenais coûte que coûte. Après encore quelques minutes, un plop sonore résonna et le petit elfe apparut dans un nuage de poussière.

« Maître Harry, Maître Severus… »

Il avait le souffle court et était totalement affolé. Nul doute que Remus lui avait rapidement expliqué la situation.

« Calme-toi, Dobby. Tout va bientôt s'arranger. Tu as amené la fiole comme Remus te l'a demandé.

- Oui, maître Harry. »

L'elfe fit une légère révérence et me tendit la fiole, avec déférence. Reconnaissant aussitôt le liquide que j'abhorrai, je remercierai chaleureusement Dobby et lui demandai de partir sitôt que je pris la fiole dans ma main. Je fis, quelques instants, tourner la potion puis Severus dit :

« Donne-la-moi. »

Je me sentais aussi mal que le jour où il avait absorbé pour la première fois de la potion d'apparence. Je lui libérai sa main le temps qu'il ouvre le petit récipient en verre. Puis, tandis qu'il portait à sa bouche le breuvage magique, je lui prenais sa main laissée libre et je ne la lâchais plus. Je le sentis se raidir au fur et à mesure qu'il se transformait mais il résista et ne se laissa pas aller à la douleur. Ses yeux me fixèrent sans ciller. J'eus un pincement au cœur lorsque le phénomène se stabilisa et qu'il redevint lui-même. J'aurais presque pu remercier Maugrey en cet instant. Mon sourire devait être trop visible car sur le même ton de doux reproche, il me susurra :

« Idiot, va. Que je redevienne cette horreur de Rogue, c'est ce qui t'importe le plus au fond. »

Je baissai les yeux au sol, légèrement honteux.

« Peut-être, mais comme ça, je sais que tu n'es qu'à moi ! Et puis, tu sais que c'est mesquin de me reprocher ça. »

Nous restâmes ainsi, encore à se caresser les mains et à se fixer à travers ces maudits barreaux :

« Il va falloir que tu y ailles à présent. N'éveille pas plus les soupçons qu'ils ne le sont déjà.

- Je… Je ne veux pas partir, marmonnai-je, bougon.

- Mais il le faut, mon ange. »

Je sentais mes yeux s'embrouiller de larmes et je secouai la tête pour chasser mes larmes.

« Je suis tellement désolé, Sev, tout est de ma faute, je n'aurai jamais dû aller à Pré-au-Lard… Je n'aurai jamais dû te faire participer à cette foutue réunion…

- Mais, non, Harry, ne t'en veux pas. Tu n'es pas responsable de leur choix. »

Il passa sa main sur mon visage et essuya une larme qui coulait.

« J'aurai dû lutter, t'enlever et te sauver comme tu l'as fait pour moi l'été dernier. »

Je vis Severus sourire légèrement.

« Harry, mon prince charmant…

- Ce n'est pas drôle, Sev…

- Tu sais, Harry, je m'étais déjà préparé à une situation de ce type. Tout le monde n'est pas comme toi prêt à pardonner aussi facilement mais ne t'inquiète pas. Tout va bientôt s'arranger, je te le promets. »

Il prit mon menton entre ses doigts et hissa mon visage de sorte que nos bouches s'unissent entre les barreaux. Le baiser fut doux et tendre, nous profitions encore l'un de l'autre le peu de temps qui nous était alloué. Notre baiser prit fin à mon grand regret.

« Vas-y, à présent, Harry. »

J'hochai la tête et alors que je quittai ces lieux maudits, je retrouvai un regain d'énergie. Ce n'était pas le moment de me laisser aller. Severus avait besoin de moi plus que jamais et c'était la seule chose qui m'importait à présent et je me fis une promesse.

Je te sortirai de là, Sev, je te le promets.

A suivre…