Qu'est Grimmauld Place ?
Une série de vignettes qui auront toutes pour décors la demeure des Black (12, Grimmauld Place). Sans être totalement coupées les unes des autres, elles auront tout de même une certaine autonomie. Jamais très longues (pas plus de 10 pages), chaque personnage sera un jour (probablement) mis en vedette et aucune relation ne sera mise au ban ! (oui, il y aura du Remus/Tonks, du Harry/Ginny, du Ron/Hermione et tout ce que je déteste). Aussi loin que ma mémoire me le permet, je suivrai le canon... plus ou moins...

Avec ce projet, je cherche surtout à me détendre, à me changer les idées en m'occupant de personnages que je connais (plus ou moins) bien. Donc, ce ne sera jamais très poussé, aussi bien dans le style, la psychologie ou l'action. Je vous prie de ne pas en attendre davantage.

Et histoire de rendre à César ce qui est à César et à Arthur ce qui est à Alexandre Astier : ce projet a été très largement inspiré par la fabuleuse série Kaamelott.


Titre de l'épisode : "Une pièce dans un puits à souhaits"
Avertissement : G
Spoiler : tome5
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de JKR (et de WB)
Note : sur une idée dérivée de Kaamelott
Note² : les prénoms et noms de la famille Black ont été donnés par Rowling.
personnages présents : Harry Potter, Ron Weasley, Ginny Weasley, Hermione Granger, Fred&George Weasley, Sirius Black, Mrs Weasley.


Grimmauld Place

Une pièce dans un puits à souhaits

Les mains dans les poches, le dos appuyé contre le mur, Sirius fixait pensivement les deux figures grimaçantes qui émergeaient du panneau de bois. Le nez proéminant, les pommettes exagérément saillantes, le menton pointu, les dents aiguës, les yeux caves et le cou tendu : on aurait dit deux diables cherchant à s'extirper de la porte. Sirius avait même toujours, plus ou moins, cru qu'il s'agissait de véritables diables qu'un charme aurait emprisonnés à tout jamais dans le bois. Dans un monde où les noms étaient aussi significatifs, s'appeler Black ne pouvait qu'entraîner une certaine prédisposition à la Magie Noire.
Pour ajouter à l'horreur, les deux visages n'étaient pas immobiles : ils clignaient des paupières, tordaient leurs cous. Seules leurs expressions ne variaient jamais. Pour toute éternité, elles étaient gravées dans le bois. Le premier afficherait pour toujours la même hilarité hystérique, tandis que le second semblerait à jamais sur le point de fondre en larmes. Ces monstrueuses parodies d'expression humaine avaient longtemps effrayé Sirius. Autrefois, jamais il ne se serait aventuré à croiser leurs regards vides. Maintenant, il les contemplait avec flegme. Quand on a côtoyé pendant douze ans des Détraqueurs, aucun visage ne peut plus vous inquiéter. On sait regarder la laideur et la difformité sans ciller.

Phineas referma bruyamment son livre.
« Vas-tu te décider à ouvrir cette porte, gamin ? s'impatienta-t-il. Je commence à en avoir assez de te voir traîner devant mon tableau. Tu me distrais et je n'avance pas dans mon livre.
– Ça fait soixante-dix ans que tu le lis ! » marmonna Sirius.
– Et alors ? Est-ce ma faute si je n'ai été peint qu'avec un seul et même ouvrage ? répliqua l'aïeul, vexé.
Sirius se redressa d'un mouvement souple. Il avança d'un pas, il hésita et, finalement, tendit la main vers la poignée. Elle avait une élégante forme de chien. Sirius fixa les crocs de bronze et se ravisa. Son bras retomba le long de son corps et il recula d'un pas.
« Elle ne te mordra pas, assura le portrait avec patience. S'il y a bien une personne qu'elle ne mordra pas, c'est toi, ajouta-t-il. »
Les visages grimaçants, la poignée aux crocs acérés, tout cela n'était rien. Il était facile de lutter contre des objets. Mais au-delà de la lourde porte bardée de clous rouillés se trouvait une peur toute puissante car aucun objet ne pouvait l'incarner.
Sirius tourna brusquement les talons.
« Gamin, il faut savoir faire face ! On ne peut pas toujours fuir… » lui cria le portrait, mais Sirius dégringolait déjà les escaliers. Il ne s'arrêta que deux étages plus bas. Il s'assit sur une marche, posa les coudes sur ses genoux et serra les doigts autour de son front. Fort. Les larmes ne coulèrent pas, elles ne coulaient plus depuis longtemps. Et cela rendait tout bien plus douloureux.

« Quoi ? Maintenant ? s'écria Molly Weasley d'une voix haut perchée. »
Sirius releva la tête. La porte de la pièce immédiatement sur sa droite était entrebâillée et, dans l'embrasure, il entrevit Molly assise devant un feu vert.
« Oui, maintenant ! » hurla une femme essoufflée.
Mais où était Octavius, demanda Molly, visiblement irritée par la désertion de ce dernier. Pour une fois qu'on avait besoin de lui, il ne trouvait rien de mieux de disparaître ! Il s'avéra qu'Ocatvius était actuellement quelque part en Amazonie (l'endroit précis restait encore à déterminer). Molly avala de travers sa salive. Mais Octavius était nul en transplanage ! Jamais, il n'arriverait à temps et en un morceau ! Certes, il pouvait être un peu fais-pas-ci-fais-comme-ça, mais ce n'était pas une raison et surtout pas le moment de l'envoyer en Amazonie ! Hormones ou pas hormones. Et ce n'était pas non plus le moment de pleurer, s'impatienta Molly. Pendant quelques secondes, Sirius n'entendit plus que les pleurs étouffés de l'interlocutrice de Molly, puis cette dernière reprit d'une voix plus posée :
« Mélinda, calme-toi ! Je préviens mes enfants et j'arrive. Tout se passera bien, je te le promets. Donc, tu sèches tes larmes, serre les cuisses et, quoiqu'il arrive, ne pousse pas tant que je ne suis pas là. »
Sirius, quelque peu troublé par ces dernières recommandations, s'approcha à pas de loup de la porte. Il se retrouva nez à nez avec une Molly échevelée qui surgissait de la pièce comme un diable s'échappe de sa boîte.
« Sirius ! Tu tombes bien ! » s'exclama-t-elle avec soulagement. Sans lui laisser le temps de parler, elle le saisit fermement par le bras et l'entraîna dans ses pas.
« Ma belle sœur va accoucher. Elle est en plein travail et toute seule, » expliquait-elle alors qu'ils dévalaient à une allure dangereuse les escaliers. Sirius faisait de son mieux pour garder son équilibre et ne pas tomber sur la sorcière.
« Mais elle n'a rien trouvé de mieux, reprit Molly, que d'envoyer son médicomage de mari en Tanzanie.
– Amazonie, rectifia machinalement Sirius, tandis qu'il enjambait trois marches d'un coup.
– C'est du pareil au même, contra la sorcière. » Elle prit un peu sèchement le dernier virage avant d'entrer dans le hall. « C'est loin et lui n'a jamais su transplaner correctement. La dernière fois, il a fallu quinze heures pour retrouver tous les morceaux. Je dois donc aller la voir. C'est son premier et elle s'en fait toute une montagne. »
Molly batailla avec le portemanteau mais parvint à détacher sa cape. Elle s'en drapa rapidement, noua une écharpe mauve autour de son absence de cou et s'empara d'un parapluie qui traînait dans un coin.
« Tout le monde est occupé, rappela-t-elle en déposant un tout petit chapeau vert sur sa masse de cheveux roux. Il n'y a personne. A part toi. » Sirius signifia par un grognement son impatience. Molly considéra un instant Sirius et, comme si cela lui coûtait un effort monstrueux, elle articula du bout des lèvres : « Je te charge donc de t'occuper des enfants. »
Sirius écarquilla les yeux. « Moi, mais….
– GINNY. RON. FRED. GEORGE. HERMIONE. HARRY ! appela Molly, faisant perdre par la même occasion quelques décibels d'audition à Sirius. Ça n'a rien de moldu, je t'assure ! Ils ont tout le troisième étage à nettoyer, tu ne les entendras pas. »
Un bruit tonitruant se propagea dans toute la cage d'escaliers, tandis que six adolescents dévalaient sans vergogne les augustes marches de la demeure familiale des Black. Les portraits de famille tirés violemment de leur somnolence sursautèrent dans leurs cadres et protestèrent véhément, mais personne ne songea à les plaindre, ni même à les écouter.
Les six adolescents se rassemblèrent autour de la matriarche et Sirius s'étonna presque de ne pas les trouver au garde-à-vous.
« Mes chéris, je dois sortir, leur annonça-t-elle d'une voix aimante. Je vous laisse sous la surveillance et protection de Sirius. »
Molly embrassa affectueusement toute sa marmaille, fit quelques dernières recommandations, lança un regard sévère à Sirius et disparut en claquant la porte de la demeure des Black.
Un étrange silence tomba sur les derniers occupants qui s'observaient, sans trop savoir que dire ou que faire.
« Si vous avez besoin de moi, je m'occupe de Buck. » déclara finalement Sirius. Il gravit quelques marches puis s'arrêta et se tourna vers les jeunes sorciers nouvellement placés sous sa surveillance. « Faites tout ce que vous voulez et, si jamais il vous prend l'envie de cramer la baraque, ne vous gênez surtout pas pour moi. » ajouta-t-il. Au loin, on entendait le portrait de Mrs Black hurler tout le mal qu'elle pensait de son fils aîné et des sorciers qui arpentaient les couloirs de sa maison.


« Je suis inquiète. » déclara Hermione.
Ron leva les yeux vers la jeune sorcière. Le coude sur l'accoudoir, le menton dans la paume de la main, elle regardait fixement les flammes se tordre dans la cheminée. Ses cheveux renvoyaient des couleurs chaudes et ses joues étaient roses. Le livre oublié sur ses genoux chuta sur le sol, elle ne s'en aperçut même pas. Les sourcils froncés, les lèvres pincées, elle était tellement absorbée par ses pensées qu'elle n'avait même pas dû remarquer qu'elle avait exprimé à haute voix ses craintes.
Ron sentit une colonie de papillons prendre son envol au creux de son estomac. Il se dépêcha de reporter son attention sur le plateau de jeu posé sur le tapis entre lui et Harry. Son ami marmonna quelques mots, repoussa les lunettes sur son nez, puis se gratta machinalement le front.
« Qu'est-ce qui t'inquiète ? » demanda d'un air dégagé Ron. Harry tendit les doigts vers son fou, hésita…
« Mec, si tu bouges ce fou, je te fous une branlée au prochain coup, le prévint Ron, bon joueur.
– T'aimerais, sourit Harry.
– Que tu crois. Mais bouge ton fou et tu commets un régicide.
– Je suis anti-monarchique.
– Et tu te dis Anglais ? Ron secoua la tête, d'un air désolé.
– Comme si les sorciers en avaient quelque chose à faire de la royauté moldue.
– Va dire ça à Ginny, elle est fan du prince William.
– C'est mon futur mari, acquiesça la jeune fille sans relever le nez de la lettre qu'elle écrivait.
– Elles disent toutes ça, se moqua Ron. » Harry déplaça un pion. Grossière erreur ! Ron avança son cavalier.
– Non, Luna l'a lu dans les feuilles de thé.
– Luna est timbrée, statua calmement Ron. »
Ginny fit la moue, mais ne répliqua rien.
Les six jeunes sorciers avaient décidé de passer outre la corvée de nettoyage puisque Sirius, leur figure d'autorité actuelle, les avaient autorisé à faire ce qu'ils voulaient. Les jumeaux avaient disparu dans une des nombreuses pièces de la demeure. L'expression machiavélique qu'ils avaient affichée annonçait une nouvelle mauvaise idée, comme il en passait quarante sept par jour dans le double cerveau des jumeaux. Hermione, comme à son habitude, s'était plongée dans un livre, un roman d'un très grand auteur britannique dont Ron n'avait jamais entendu parler. Ginny, très VIW (Very Important Witch), avait un courrier de ministre à traiter. Harry et Ron, eux, avaient plutôt des devoirs en souffrance. Mais comme ils ne parvenaient pas à déterminer ce qui de l'essai de potion ou de celui d'enchantement était le plus urgent, ils avaient décidé de trancher la citrouille en deux et opter pour une partie d'échecs.

« Alors Hermione, tu n'as pas répondu : qu'est-ce qui t'inquiète ? demanda Harry qui surveillait avec appréhension la reine de Ron, sans se douter que le danger allait venir de la tour blanche.
– Sirius, déclara Hermione avec une sobriété glaçante.
Ginny releva la tête. Harry se tourna vers leur amie et donna par mégarde un coup de coude dans le plateau de jeu. Les pièces tremblèrent mais ne tombèrent pas. Assez rapidement, elles retrouvèrent toutes leurs places sur l'échiquier.
– Pourquoi ? demanda Ginny d'une voix angoissée. Tu penses que l'on peut le trouver ? Mais s'il ne sort pas…
Hermione ramassa son livre.
– Je m'inquiète bien plus du fait qu'il ne sorte pas… C'est comme… Elle se tut et fronça les sourcils. Elle attrapa sa baguette et lança un petit sort dans l'âtre pour raviver les flammes.
– C'est comme… ? fit Ron.
– C'est comme si la maison déteignait sur lui, dit-elle finalement.
– Je te rappelle que cette baraque s'appelle Grimmauld Place ! Comment veux-tu qu'on ne chope pas le bourdon enfermé dans un endroit qui porte un nom pareil ! » Il jeta un regard aux alentours. « Et on ne peut pas dire qu'elle ait usurpé son nom, ajouta-t-il avec un ton plus craintif que nécessaire.
Hermione secoua la tête.
« C'est plus que du bourdon, Ron, soupira-t-elle.
– Ce serait plutôt du Bourbon, remarqua à voix basse Ginny. »
Un silence gêné tomba sur les quatre adolescents. Ron considéra les photos exposées sur le manteau de cheminée.
« Faut dire qu'avec une famille comme celle-là, on en arrive assez vite à souhaiter de ne pas avoir de famille. »
Ron croisa les regards outragés de Ginny et de Hermione. Il les dévisagea, perplexe. Pourquoi est-ce que… ? D'un mouvement de menton, Hermione désigna Harry qui n'avait probablement jamais été autant concentré sur une partie d'échecs. Eh bien quoi ?... Le regard de Hermione se fit plus appuyé…
Oh ! Bordel !
« Harry, mec, je suis désolé, je n'aurais jamais dû… s'empressa de dire Ron. » Mais quel nul ! comment pouvait-il dire ça en face de Harry qui…
« Te casse pas, le coupa Harry. » D'une pichenette, il fit tomber son roi. « Mat ! »
Il y eut une dégringolade dans les escaliers et les jumeaux débarquèrent comme des cognards dans le salon. Leur intrusion musclée dans le salon offrit, pour le plus grand soulagement de Ron, une diversion efficace. Le niveau de tension au centimètre cube avait un instant frôlé la zone rouge.
« Il faut trop que vous veniez voir ça ! déclara Fred, avec une fièvre qui inquiéta immédiatement Ron.
– Venez ! s'écria George sur le même ton. Le jour où l'on ne verrait pas les jumeaux sur la même longueur d'onde, Ron saurait que l'enfer gèle.
Ginny considéra ses deux frères avec une infinie patience. « Que se passe-t-il encore ? soupira-t-elle.
– Tu verras, tu verras, charmante petite sœur, chantonna Fred.
– Notre vision du monde est sur le point de basculer, ajouta George. La tienne surtout, insista-t-il en tendant le doigt vers Ginny.
Fred saisit Harry par le bras droit, George par le gauche et tous deux le soulevèrent quasiment du sol.
« Mais en fait, c'est surtout la tienne qui va être toute bouleversée, dirent-ils d'une même voix.
Sans laisser le loisir à Harry de se débattre, les jumeaux lui firent gravir les escaliers. Hermione, Ginny et Ron leur emboîtèrent le pas.

« On était dans la salle de la tapisserie, commença George.
– On cherchait des petites histoires sordides pour faire chanter quelques illustres familles et se récolter un max de gallions, expliqua Fred. » Ron n'était pas certain que cela fût une boutade et il se demanda s'il devait s'inquiéter du flagrant manque d'éthique de ses frères.
« Et on a découvert ça ! » reprit George.
Deux index jumeaux pointèrent en même temps un nom perdu dans l'immense toile généalogique que dessinaient les fils d'or. Harry se pencha vers la tapisserie poussiéreuse. Il plissa les yeux, cherchant à déchiffrer ce qui était inscrit.
« Charlus… commença-t-il. Il s'interrompit et se redressa vivement, en proie à une profonde émotion. Il dévisagea deux jumeaux qui souriaient de toutes leurs dents.
– Potter ! acheva Fred, au comble de l'excitation.
– Charlus Potter, répéta George, qui a épousé de manière très légitime Dorea Black et avec laquelle il a eu un fils. »
D'un même mouvement, Ron, Ginny et Hermione se penchèrent vers la tapisserie.
« Ce fils, vous pensez qu'il s'agit du père de Harry ? » s'enquit Ginny.
Fred haussa les épaules. « Chais pas ! Y a pas le nom du fils, mais…
– … les dates peuvent coller, acheva George.
– Dingue ! fit Ron. Ça signifie qu'on est un peu cousin tous les deux, remarqua-t-il, étrangement remué par l'idée.
– Eh bien, il en a fallu du temps pour que ça tilte là-haut, se moqua George.
– Ainsi que celui de Draco Malfoy, rappela Fred.
Ron porta de manière théâtrale la main au flanc.
– S'il te plait cesse de remuer le couteau dans la plaie, grimaça-t-il.
Ron, comme tout enfant qui avait grandi dans le monde sorcier, savait parfaitement que tous les sorciers de Grande Bretagne partageaient quelques chromosomes les uns avec les autres. Mais c'était autre chose de constater de visu que le nom de jeune fille se sa mère et celui de son père figuraient dans l'arbre généalogique d'une famille dont on ne murmurait le nom qu'à voix basse, de prendre conscience qu'on était plus ou moins cousin avec la moitié de ses camarades de classe (même ceux qu'on appréciait le moins). Fallait pas s'étonner, si à la fin on se retrouvait avec des Vincent Crabbe et autres Gregory Goyle.
Totalement silencieux, Harry contemplait la tapisserie. Son regard remonta jusqu'au tout premier sorcier né et mort il y a tellement longtemps que Ron ne s'était jamais embarrassé de faire le calcul.
Harry hocha la tête puis lança un regard en coin à Ron. « Pas besoin de cette tapisserie pour savoir que t'es mon frère. »
Ron se sentit devenir effroyablement rouge.
« Ohoh ! siffla George. J'hume le besoin d'amicolation. »
– Mêlée générale pour que les deux frangins puissent se faire un calinou en toute quiétude, s'exclama Fred.
Et sans laisser aux concernés le loisir de répliquer quoique ce soit, les jumeaux rassemblèrent tout le monde dans une double accolade fraternelle.
« Mais j'y pense ! s'écria George. Si Harry est le frère de Ron, alors il est le nôtre par extension et dans ce cas Ginny ne peut pas l'épouser.
– GEORGE ! hurla Ginny, mortifiée.
– Maman va être tellement déçue, soupira Fred.
– FRED !
– T'inquiète p'tite sœur ! On va t'arranger le coup avec William. »


Harry était seul devant la tapisserie de la très noble et très ancienne famille Black. Les autres étaient descendus en cuisine pour prendre un copieux goûter, mais lui ne parvenait à détacher ses yeux de la tapisserie. Fasciné, il se laissait envahir par la profonde et tourbillonnante idée que cet arbre généalogique pouvait être également le sien. Ce n'était peut-être pas exactement la famille qu'il avait rêvée, mais c'était une famille. C'était sa famille. Et pour lui, c'était merveilleux.
« Il n'y a pas de quoi être fier, déclara calmement Sirius. »
Harry sursauta et recula précipitamment. Il avait la désagréable impression d'avoir été pris en faute.
« Je sais bien, marmonna-t-il, en regardant fixement le bout de ses chaussures. C'est juste que… » Il n'acheva pas sa phrase.
Plus qu'à quiconque, Harry aurait voulu expliquer à Sirius ce que cette découverte signifiait pour lui, raconter l'émotion qui lui serrait la gorge et lui faisait mal au ventre. Il aurait voulu lui dire les listes de Noël qui tenait en une ligne, les pièces lancées dans les puits à souhaits, les heures passées devant le miroir de Riséd et la jalousie violente qui l'étreignait parfois quand il était en compagnie des Weasley. Harry considéra l'endroit où autrefois avait été inscrit dans l'arbre généalogique le nom de Sirius et qui désormais n'était plus qu'un trou. Quand on avait une famille comme celle-là, avait dit Ron, mieux valait ne pas avoir de famille. C'était faux. Harry ravala donc ses mots, car plus qu'à quiconque, il savait qu'il ne pouvait parler de ça.
Il trouva le courage de lever les yeux vers Sirius qui le fixait avec intensité. Pendant un instant, les deux sorciers se dévisagèrent sans dire un mot.
« Officiellement, ma famille ce sont les Dursley, commença Harry, la voix un peu trouble. » Du menton, il désigna la tapisserie. « C'est peut-être aussi les Black. » Il ignora le mouvement de rejet de Sirius. « Mais ma vraie famille, celle qui compte, c'est Hermione, Ron, les Weasley… Toi, ajouta-t-il un peu plus bas. La famille, c'est aussi celle que l'on choisit. »
Il leva vers Sirius un sourire timide et croisa un regard abasourdi. Gêné, Harry détourna le regard et concentra toute son attention sur ce qui lui faisait immédiatement face : la tapisserie. Il avait bien conscience qu'il venait de débiter un affreux cliché rose bonbon, mais il y avait du vrai dans les clichés. En tout cas dans celui-là.
« Tiens ! Tu as vu que celui-là a été père à trei… »
Il ne put terminer sa phrase : deux bras solides l'enserrèrent avec une force qui lui coupa le souffle.
Un instant, Harry resta sans rien faire, incapable de réagir, puis il rendit son étreinte à Sirius, tentant d'ignorer les sanglots qui agitaient le corps de l'adulte.

« Généralement, on n'étouffe pas les membres de sa famille, rit Harry, un peu embarrassé.
– Va dire ça à Tante Charis. »


Fin de l'épisode