Titre: Sous la peau

Pairing : HPSS

Rating : M à venir, mais pas avant quelques chapitres... Attention c'est un slash, lisez à vos risques et périls.

Disclaimer : le monde sorcier n'appartient qu'à JKR et elle seule en tire profit (la veinarde...)


Chapitre 1

Bon gré, mal gré, Poudlard avait rouvert ses portes.

Harry leva le nez de son bol de porridge et jeta un coup d'œil à la table des professeurs. De Flitwick à Chourave en passant par Hagrid, ils étaient tous là. Slughorn était revenu au poste de professeur de Potions. Ils déjeunaient paisiblement, en regardant parfois les tables bourdonnantes des conversations des élèves. Le compteur des points pour la Coupe des Maisons indiquait que Gryffondor était en tête. Tout était comme avant.

Sauf que Minerva McGonagall siégeait dans le fauteuil de Dumbledore.

Le cœur de Harry se serra. Dix-huit mois déjà qu'Albus Dumbledore était mort, il devait s'y résigner. Pourtant, tous les matins, dans la Grande Salle, il ressentait encore une douleur lui étreindre la poitrine.

Ses yeux errèrent jusqu'à la table des Serpentards. Dans les rangs clairsemés des septième année, on pouvait constater les pertes subies. Zabini, Nott, Bullstrode, Crabbe, tous les quatre avaient péri dans la deuxième guerre de Voldemort, comme le Ministère l'appelait désormais. Leur nouveau directeur de Maison, le professeur Vector, était fier de pouvoir dire qu'ils s'étaient engagés contre le Seigneur des Ténèbres et non avec lui.

Le regard de Harry tomba sur Draco. Celui-ci arborait l'air soucieux qui lui était habituel depuis son retour à Poudlard. Il avait de bonnes raisons à cela, reconnaissait Harry. Draco tourna la tête et leurs yeux se croisèrent. Draco eut un petit sourire qui n'atteignit pas ses yeux las et leva la main dans un salut bref. Harry s'obligea à lui retourner son salut. Le visage de Draco s'éclaira un peu.

Harry retourna son attention sur son bol. Mais Hermione avait assisté à leur court échange.

- Tu pourrais être plus encourageant, Harry.

- Quoi encore ? Je l'ai salué !

- Tu as soulevé ta main de moins de trois centimètres ! Tu pourrais te montrer plus amical, ça ne t'écorcherait pas.

- Oh si ! Pire qu'un Sectumsempra !

Ron retint un rire, ce qui produisit un curieux son dans sa bouche pleine de bacon. Après avoir laborieusement dégluti, il parvint à articuler :

- Fiche-lui la paix, Hermione. Personne ne peut nous obliger à apprécier cette sale fouine ! Même si elle a rentré les griffes !

- Ron ! Tu es méprisant et injuste ! Draco mérite notre compassion. Tu ne réalises pas tout ce qu'il a perdu. Il est seul. Il a échappé de peu à Azkaban.

- Dommage.

- Tu es très décevant, Ron, je t'assure.

Hermione se rembrunissait. Depuis la disparition de Voldemort, elle prenait très à cœur le sort des Serpentards et s'insurgeait contre les critiques des autres. Elle utilisait son poste de Préfète-en-chef pour favoriser tant qu'elle pouvait l'entente entre les Maisons. Dumbledore serait fier d'elle…

Il fallait absolument que Harry cesse de penser à Dumbledore.

Harry secoua la tête en se levant. Les cours allaient reprendre mais il n'avait que peu de temps. Il quitta la Grande Salle à pas pressés, suivis par les yeux attentifs des plus jeunes élèves. Il était Celui-qui-a-vaincu-Voldemort. La curiosité et les chuchotements le suivraient le suivraient partout quelques temps. Si les élèves de Poudlard manifestaient leur admiration de manière ingénue, les adultes lui montraient une admiration embarrassante. Il ne pouvait pas mettre un pas hors de Poudlard sans être entouré et congratulé. Les représentants du Ministère lui laissaient clairement entendre que tout lui était possible, que tout lui était permis.

Heureusement que ses amis étaient là pour lui garder la tête sur les épaules…

A la sortie de la Grande Salle, il fut rejoint par McGonagall. Il lui tint la porte et elle le remercia d'un signe de tête.

- Vous retournez le voir ?

- Oui madame.

Ils firent ensemble quelques pas dans le couloir.

- Accepte-t-il de vous parler ? s'enquit-elle. En ma compagnie il est quasiment muet.

- Il n'est pas très bavard avec moi non plus. Mais il supporte ma présence. Il ne m'a pas insulté plus de deux fois hier !

- Il fait mieux que vous supporter, sourit McGonagall avec un air approbateur. Votre présence et votre attitude conciliante lui sont d'une aide inestimable. Je vous en sais gré, Harry.

Il rougit de plaisir. Il entretenait des relations privilégiées avec McGonagall depuis qu'elle avait pris les rênes de l'Ordre du Phénix ; elle avait recherché les Horcruxes avec lui. Même si le dernier geste était venu de lui, il n'aurait jamais annihilé Voldemort sans le professeur McGonagall, comme il ne cessait de le dire en interview.

- Cependant, continua-t-elle, je me suis laissée dire que vous étiez encore très froid avec monsieur Malefoy.

Peut-être devrait-il cesser de la remercier en interview, après tout…

Il émit un bruit de gorge circonspect. Mais sa directrice insista :

- Je n'ai nul besoin de vous rappeler la situation délicate de Draco. La plupart des gens ne voient en lui que le fils du Mangemort. Celui qui a failli prendre la Marque Noire.

- Ils n'ont pas tort, grommela Harry.

- Draco n'a pas mérité de devenir un paria pour des actes qu'il a failli commettre, mais dont il s'est abstenu. Vous savez que votre comportement envers lui pourrait vaincre bien des préjugés. Soyez amical. Je vous le demande.

Harry serra les mâchoires. C'était une manie ! A croire que tous plaidaient la cause du petit salaud. Celui-ci avait au moins la chance d'être entouré d'une kyrielle d'avocats…

- C'est entendu, soupira Harry à contre-cœur.

McGonagall lui sourit de nouveau. Elle aussi avait tendance à le contempler avec orgueil depuis la fin de la guerre. A la différence des autres, Harry ferait tout pour conserver son estime. Même si cela signifiait être gentil avec la fouine.

Il prit congé et se hâta vers les cachots.

Il croisa le Baron Sanglant, qui lui lança un regard inexpressif avant de disparaître dans le mur le plus proche. Le spectre tolérait à sa façon la présence du Gryffondor sur le domaine des Serpentards. Harry frappa à la porte, qui tourna seule sur ses gonds à son contact. Plus que tout autre indice, cela lui montrait qu'il était attendu et même espéré.

- Vous êtes en retard, Potter.

- Bonjour à vous, monsieur. Vous aviez peur que je ne vienne pas ?

Snape eut un rictus dédaigneux, que Harry avait appris à apprécier et à guetter sur son visage. Il lui disait que l'homme était toujours lui-même malgré tout.

- Vous vous bercez d'illusions, rétorqua Snape. Je pensais uniquement à vos cours. Vous ne voulez certainement pas faire attendre le loup-garou qui vous sert de professeur de Défense ?

Harry lui fit un large sourire, qui sembla le surprendre. Le fait que Snape se souvienne de son emploi du temps lui faisait chaud au cœur ; mais il garda son émotion pour lui.

Snape avait réussi à quitter son lit ce matin. Drapé sévèrement dans sa robe noire, il était assis avec raideur face à la cheminée. Harry fut content.

- Vous avez l'air mieux, monsieur. Avez-vous bien dormi ?

- Ne vous ai-je pas dit que votre imitation de madame Pomfresh m'exaspérait ?

Sachant que c'était là la seule réponse qu'il recevrait, Harry se mit à scruter son ancien professeur, pour tâcher de se faire lui-même une opinion.

Snape avait toujours eu une peau blafarde, il ne fallait donc pas espérer le voir arborer soudainement un teint de pêche. Mais il paraissait moins gris. Le visage avait conservé ses traits accusés et la cicatrice récente qui barrait la joue ne faisait rien pour le rendre plus séduisant. Mais Harry ne voyait plus sa laideur depuis longtemps, il s'était accoutumé à ce visage et aurait été désappointé s'il avait changé. Il était bien davantage concerné par les marques de fatigue, l'absence de combativité dans les yeux…

Les yeux en question le vrillèrent.

- Eh bien, Potter ? Satisfait de votre examen ?

- Tout à fait, répliqua Harry en s'installant nonchalamment dans le siège face à Snape. Vous avez l'air mieux de jour en jour, monsieur.

Harry avait compris que seule la franchise la plus abrupte trouvait grâce aux yeux de Snape. Celui-ci abhorrait l'hypocrisie et les faux-fuyants, caractéristique amusante pour un ancien espion, et Harry avait récemment décidé de ne plus avoir recours aux mensonges avec lui. Du haut de ses dix-huit ans, le jeune homme prenait plaisir à désarçonner le glacial Severus Snape par son honnêteté absolue.

Une réussite, cette fois encore. Snape sembla chercher ses mots pendant deux bonnes secondes avant de grommeler une remarque sur les douteuses capacités médicales du Survivant.

- Que dit madame Pomfresh ? s'enquit Harry. Et ne me dites pas que cela ne me concerne pas : je le sais parfaitement. Mais je veux savoir.

Le regard noir se planta de nouveau dans le sien avec intensité. Harry s'efforça de relever le défi, priant ses yeux de ne pas ciller et son visage de rester serein. Il réussit. Snape concéda :

- Elle trouve que mon état s'améliore. Elle a diminué nettement les doses de potion anti-douleur.

- C'est génial !

Peu avant la découverte du dernier horcruxe, Voldemort avait pris conscience que Snape le trahissait. Il avait alors expérimenté sur lui toute la gamme de sortilèges de magie noire. Harry et Minerva avaient interrompu le supplice au moment où Voldemort s'apprêtait à le brûler vif ; une fin appropriée pour un sorcier, selon ses dires.

A Sainte-Mangouste, les médicomages avaient dû placer Snape en coma délibéré pour soigner ses blessures, sur et sous la peau. Ils l'avaient finalement autorisé à regagner le refuge de Poudlard. Lentement, Snape recouvrait ses forces.

- Avez-vous fini les livres que je vous ai apportés ? demanda Harry avec entrain. Vous en voulez d'autres ?

- C'est aimable à vous, mais Draco m'a approvisionné justement hier soir.

- Draco.

Harry s'efforça de ne pas rougir et de dissimuler sa contrariété. Mais il échoua lamentablement. Snape leva un sourcil persifleur.

- Vous n'arrivez pas à enterrer le passé, n'est-ce pas Potter ?

- Venant de vous, cette remarque est amusante ! Et ne vous lancez pas dans un sermon sur le soutien dont a besoin le pauvre choupinet. Je suis fatigué de l'entendre !

- Je ne vous dirai rien de ce genre, répliqua Snape dont les lèvres se tordirent dans une ombre de sourire. Draco n'a nul besoin de vous. Mais je m'étonne que l'euphorie de la victoire ne vous incite pas à plus de clémence envers un garçon qui n'a jamais été votre ennemi.

- Jamais été… ? Vous étiez à Poudlard ces dernières années, monsieur ?

- Je veux dire que Draco n'a jamais rejoint le camp de Voldemort.

- Quand il a failli assassiner Dumbledore pour prouver sa loyauté, c'était rudement bien imité !

- Vous avez pardonné à l'homme qui l'a tué de sang-froid. Et vous n'arrivez pas à pardonner à celui qui l'a seulement menacé ?

Les mots recouvrirent Harry comme une vague glacée. Il regarda Snape, la gorge sèche. Ils n'avaient jamais parlé de ce qui s'était passé ce soir-là. La mort de Dumbledore, leur duel avorté, les insultes de Harry et la souffrance que Snape n'avait pas réussi à dissimuler…

Les yeux noirs semblèrent s'assombrir encore et Harry comprit que Snape aussi revivait les événements. Le garçon résista à l'impulsion de poser sa main sur celle de Snape.

- Dumbledore vous a demandé de le faire, articula Harry avec précaution.

McGonagall avait plongé dans les souvenirs de son collègue entreposés dans une pensine et lui avait administré du Veritaserum pour faire bonne mesure. Ce fut un grand soulagement de savoir qu'il était resté digne de confiance. Harry avait eu besoin d'un peu plus de temps pour accepter la vérité. Mais la vue de Snape torturé l'avait profondément remué. Il lui avait rendu fréquemment visite à Sainte-Mangouste. Ils avaient abordé beaucoup de sujets mais pas encore de ce qui comptait vraiment.

- J'ai obéi à Albus, concéda Snape, et vous trouvez que cela m'exonère de mes fautes ?

- Vous avez fait pour l'Ordre tout le sale boulot, tenta de le réconforter Harry ; celui que personne ne voulait faire. Malgré tout ce qui s'est passé, vous pouvez en être fier. Nous n'aurions pas gagné sans…

- Fier ?

Snape se mit à rire avec dérision, un son qui faisait mal.

- Oui, fier ! s'écria Harry avec impétuosité. J'ai demandé à Scrimgeour de vous remettre un Ordre de Merlin.

Une tempête sembla soudain ravager le visage de Snape.

- Cela vous donnera bonne conscience, Potter ? Accomplir votre bonne action du jour vous fera oublier que vous avez forcé votre mentor à boire le poison qui a provoqué son agonie ?

Harry sursauta. L'horreur se peignit sur ses traits.

- Vous n'aviez jamais envisagé les faits sous cet angle, je gage ? ricana douloureusement Snape. Vous portez une responsabilité égale à la mienne dans sa mort !

Snape prit son visage dans ses mains et ses épaules se voûtèrent.

- Allez vous-en.

Harry, muet de saisissement, se leva et obéit.

(à suivre)