Disclaimer: bonjour, je m'appelle Jo Rowling. Comment ça, vous ne me croyez pas

Merci à Ambre/Ezilda et Dacian Goddess pour leur efficace beta-readage.

1. J'ai retourné ma robe.

—Bonsoir, Queudver. A qui écris-tu donc en cette fin de journée ?

Le rat sursaute, frétille ; pour un peu, on dirait qu'il va mouiller son pantalon. Depuis le temps que j'en rêve, je vais peut-être enfin pouvoir me débarrasser de lui, avec la bénédiction du Seigneur des Ténèbres. Je lui arrache le parchemin qu'il n'a pas encore eu le temps d'accrocher à la patte du hibou.

« Monsieur Potter,

Le mot de passe du jour pour entrer dans la résidence du Seigneur des Ténèbres est 'Animagus'.

Votre ami. »

Le rat est un traître ! Je me demande bien qui il n'a pas encore trahi, d'ailleurs. Et depuis quand passe-t-il des informations à l'ennemi ? Un interrogatoire s'impose, et sans attendre si j'en juge par la teneur du message. Il a peur, et il a raison, car je n'aurai aucune pitié.

Crucio !

Je vois l'ex-Maraudeur se tordre de douleur sur le sol. Je maintiens le sortilège juste le temps d'amollir sa résistance, c'est-à-dire pas longtemps, c'est un tel lâche.

—Depuis quand passes-tu des informations à Potter ? Que lui as-tu révélé ?

Il est plus courageux qu'il n'en a l'air : un faible défi se lit dans ses yeux.

Crucio !

Pas le temps de tergiverser. Cette fois-ci, je maintiens le sort un peu plus longtemps. Dommage qu'il soit en position fœtale, j'avais bien envie de viser les couilles. Tant pis, je me contente des genoux.

—Alors, tu parles ?

Et il a parlé. Il a donné des indications à Potter sur la cachette d'objets que notre, non, mon Maître considère comme précieux, il l'a prévenu de certaines attaques de Mangemorts. Voilà pourquoi nous n'avons jamais réussi à mettre la main sur Shacklebolt. Il est temps d'en finir.

Avada Kedavra !

Plus de rat. Plus qu'un Maraudeur à avoir. Mais avant de m'en réjouir, je dois prévenir le Seigneur des Ténèbres de la trahison de Queudver et de la probable attaque de ce soir. C'est quoi ce bruit ? Merde, ils sont déjà là ! Apparemment, ne pas savoir le mot de passe ne les a pas retenus bien longtemps. Prudence est mère de sûreté – je vais me désillusionner avant de rejoindre la mêlée ; il y a tout de même d'excellents calibres chez celui qui renaît de ses cendres.


Bilan intermédiaire de la bataille : j'ai plusieurs coupures sur les bras et les jambes, ma robe est foutue, un sortilège m'a créé une tonsure sur le côté du crâne et ma main gauche tremble. Je n'ose imaginer quel serait mon état si j'étais parfaitement visible. C'était cette vieille harpie de McGonagall qui m'avait mis dans cet état-là. Elle ne voyait pas d'où venait l'attaque car elle avait perdu ses lunettes, et ce fut heureux pour moi car au final, ce fut moi qui eut le dessus. Je me suis même offert le luxe de marcher sur son cadavre avant de passer à l'adversaire suivant.

Je jette un œil autour de moi et m'aperçois que je suis tout près du centre des opérations : à trois mètres de moi, Harry Potter fait face au Seigneur des Ténèbres qui piétine dans le sang de Nagini. « Reducto ! » hurle le morveux, et, sous mes yeux ébahis, mon maître se trouve réduit en cendres… sauf que lui ne renaît pas. Ne nous avait-il pas assuré cependant qu'il ne pouvait mourir ? Nous aurait-il menti ? Ou bien Potter serait-il plus intelligent que je ne le croyais ? Toujours est-il que la victoire change de camp, et moi aussi. Sans un remords, j'ai retourné ma proverbiale robe sur le champ de bataille ce jour-là. De toute façon, je n'aime pas tout le monde dans mon ex-camp non plus. Je vais enfin pouvoir régler leur compte aux trois Lestrange ; mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps de lancer un petit Cruciatus à Bellatrix.

Je tombe soudain au sol, plus raide que la justice. Je pense que mon éclair vert a donné ma position à quelqu'un, et le Petrificus Totalus a annihilé les effets de mon sortilège de désillusion ; je suis reconnu. Une volée de sortilèges et d'insultes prend la direction de mon corps, étendu malgré lui sur le sol frais, mais quelqu'un que je ne peux voir les bloque sans effort. Le quelqu'un bouge et entre dans mon champ de vision, il s'agit de Shacklebolt ! Jamais été aussi content d'avoir échoué dans sa capture.

—Severus Snape, vous êtes arrêté pour appartenance illégale à une organisation proscrite connue sous le nom de « Mangemorts », et pour le meurtre d'Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore.

J'ai bien peur que ce dernier petit détail ne cause ma perte au final. Il va vite falloir que je trouve une idée pour me sortir de ce mauvais pas. J'aurai sans doute le temps en attendant mon procès à Azkaban.


Je les ai eus ! Je les ai roulés dans la farine ! Je n'ai eu qu'à prendre à mon compte les agissements de Queudver, et ils m'ont exonéré ! J'ai même réussi à leur faire avaler que Dumbledore avait orchestré sa mort avec moi. Ils sont vraiment séniles, au Magenmagot ! Revenons un peu sur les événements.

Deux jours après ma capture, et un jour et demi après que j'ai imaginé mon plan, j'ai été jugé. Le Ministre de la Magie Scrimgeour dirigeait les soi-disant débats, fièrement assis sur le banc en face de moi, les mains libres et la baguette à la main, tandis que je subissais l'humiliation d'être enchaîné sur la chaise des prisonniers. Au moins, il faisait plus chaud qu'à Azkaban.

—Severus Snape, tonna le Ministre, vous avez été amené devant le Magenmagot pour être jugé pour votre appartenance à une organisation proscrite connue sous le nom de « Mangemorts », et pour le meurtre d'Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore, directeur de l'Ecole de Sorcellerie Poudlard.

—Je ne peux nier avoir été un Mangemort, mais si vous avez pris connaissance du dossier de mon procès de 1981, vous savez très bien que Dumbledore en personne a réfuté l'accusation disant que j'appartenais toujours à cette organisation.

—Vous lui avez menti, et il vous a cru.

—Vous prenez Dumbledore pour un naïf ?

Là, je crois que j'ai marqué le premier coup. Comment justifier la confiance du vieux fou en moi sans le ridiculiser ? Scrimgeour a néanmoins retrouvé bien vite sa belle contenance.

—Eclairez-nous donc sur les raisons qu'avait Dumbledore de vous faire confiance ?

—J'étais son espion auprès des Mangemorts et du Seigneur des Ténèbres. Les informations que je lui passais, puis que j'ai continué à transmettre à Potter étaient cruciales.

Voilà le moment où la trahison de Queudver est devenue utile à ma cause. Puisqu'il est mort, ce pourrait très bien être moi, l'informateur de Potter.

—Suffisamment cruciales pour tuer un vieil homme ?

Là, j'ai ouvertement ricané.

—Vous oubliez que Dumbledore a été un sorcier très puissant, le seul que le Seigneur des Ténèbres ait craint. Mais je n'ai pas eu le choix en la matière. Narcissa Malfoy m'a fait prêter un Serment Inviolable pour protéger son fils Draco. Elle y a ajouté une clause en dernière minute stipulant que je devais accomplir la mission confiée à son fils si ce dernier semblait échouer. Vous savez sans doute déjà que cette mission était de tuer Dumbledore, et vous savez ce qui arrive si l'on brise un Serment Inviolable. J'avais informé Dumbledore du risque que j'avais pris pour conserver ma couverture chez les Mangemorts. Il a jugé que les informations auxquelles j'avais accès étaient plus importantes que sa vie. Il m'a ordonné de vivre, je cite, « quel qu'en soit le coût. »

La salle entra en émoi à ces mots. Insultes et crachats me furent jetés, et les Aurors ont eu toutes les peines du monde à ramener le calme. Finalement, lorsque le silence fut revenu, Potter fut appelé à témoigner. Il a confirmé que, sans les informations reçues après la mort de Dumbledore, jamais il ne serait venu à bout du Seigneur des Ténèbres. Ses paroles exactes furent : « Voldemort aurait sans doute imposé son pouvoir au monde sorcier sans mon informateur anonyme. Nous lui devons tous notre vie. » J'ai eu du mal à garder un visage sérieux.

—Dites-nous donc quelles informations exactement vous avez passées à monsieur Potter, Snape, me demanda à brûle-pourpoint une sorcière assise deux rangs derrière le Ministre.

J'ai récité tout ce que Pettigrow avait confessé. Chaque fois, Potter hochait la tête en signe d'assentiment. Petit à petit, l'expression de son visage changeait, elle passait de la haine et du mépris à l'ébahissement (la tête de carpe ne lui allait d'ailleurs pas du tout), puis à l'admiration. Là, c'était trop. Etre admiré par Potter ! Vous savez ce qu'il a dit à la fin, cet abruti ? « Je vous plains sincèrement d'avoir dû endurer tout cela pour m'aider. Je vous suis reconnaissant pour les sacrifices faits pour le bien commun. » J'ai même eu droit à quelques larmes de sympathie versées par quelques sorcières émotionnelles venues assister au spectacle. Ils me dégoûtent tous, à dégouliner de sentimentalité, pire qu'un nappage au caramel qui coulerait sur le menton d'un gamin.

Le jugement final fut donc que :

1/Narcissa Malfoy m'avait trompé. Sous prétexte de me demander de protéger son fils Draco, elle m'avait fait prêter un Serment Inviolable de mener à bien sa tâche s'il échouait.

2/Si je ne respectais pas les termes du Serment Inviolable, je mourrais, et l'Ordre perdrait son seul espion proche du Seigneur des Ténèbres. Dumbledore avait insisté sur le fait que cela était impensable (on pourrait croire que mon nez soit aussi long à cause de mes mensonges, mais je vous assure n'avoir aucun lien de parenté avec Pinocchio).

3/ La mort de Dumbledore, sur ses ordres, avait été le moyen de s'assurer que je continue à abreuver Harry Potter d'informations qui lui avaient permis de vaincre Lord Voldemort.

Conclusion : je fus pardonné. Si Dumbledore m'avait ordonné de le tuer, comme ils s'en étaient tous convaincus, ce n'était plus un meurtre mais un suicide assisté. Je fus presque acquitté, presque car je n'échappais pas à une amende conséquente pour mon appartenance aux Mangemorts, et que je devais payer dans les douze mois sous peine de revoir la station balnéaire sorcière en Mer du Nord. Toutes mes économies allaient y passer, mais j'étais libre, je me poserai plus tard le problème de ma survie économique.


Le problème en question s'est posé très vite en fait, puisque les amendes qui m'avaient été infligées se sont rapidement révélées supérieures à mes économies. Il est vrai que quelques mois sans salaire, suite à ma démission de mon poste d'enseignant, m'avaient un peu appauvri. Pour le coup, j'ai eu de la chance. Si j'avais été marié, j'aurais surveillé ma femme de près, car on appelle cela une chance de cocu. On m'a offert du travail avant même que je n'envoie un seul CV, que je ne savais comment faire par ailleurs. Le recrutement chez les Mangemorts était beaucoup plus simple ; le Seigneur des Ténèbres vous faisait faire un essai  en général, vous deviez jeter un Avada Kedavra à un quelconque Moldu, et si vous réussissiez, vous étiez retenu. Quant à Poudlard, j'ai été embauché, pourrait-on dire, par relation.

Tout cela pour dire qu'un beau et pluvieux matin d'août, les jumeaux Weasley sont venus frapper à ma porte pour me proposer un emploi de chef de laboratoire recherche et développement dans leur entreprise WWW (Weasley's Wizard Wheezes), afin de les aider à faire face aux demandes en tout genre de leur clientèle. Vu que je travaillerai seul dans ce laboratoire, je ne vois pas pourquoi je n'en serais pas le chef. J'ai tout de même exigé que le contrat de travail soit magique, et j'y ai fait figurer quelques exigences, comme l'interdiction de m'insulter, ou de me jeter des sorts, ou pire, de m'utiliser comme cobaye pour mes propres créations, à toute heure de la journée ou de la nuit. La preuve qu'ils avaient besoin de moi est qu'ils signèrent tout sans sourciller. Je soupçonne aussi qu'ils se soient laissé influencer par la sentimentalité ambiante. J'ai dû jeter des sorts anti-cafard et anti-journalistes autour de ma propriété, on voulait m'interroger sur «Que ressent-on lorsqu'on doit tuer son meilleur ami ? » Il faut croire qu'ils n'avaient rien écouté. Jamais je n'ai dit que Dumbledore était mon meilleur ami.