Juste une pétite présentation avant d'attaquer : Le Dernier Retour est une réaction à ma fic test, une véritable intrigue, plus de nouveaux personnages, et ne se cantonnant pas à un seul lieu, toujours les dialogues qui me sont chers mais introduits de façon moins artificielle, un panel d'émotion plus étendu qui ne se restreint plus seulement au rire et à la douleur, et d'avantage de descriptions.

Tel est le pari de l'écriture. Quant au scénario, pour sortir des sentiers battus, j'ai choisi d'une part de faire un petit cross-over entre StS et l'univers de Lovecraft, l'un de mes auteurs fétiches. Je dis petit, parce que cette fic reste avant tout une fic sur Saint Seiya, et dans l'esprit de Saint Seiya. Mais on y trouvera également la cosmogonie des Grands Anciens.
Et d'autre part étant également grand fan de Tolkien, je lui rends par la même occasion un modeste petit hommage en lui empruntant des noms de ses propres personnages, en évitant toutefois autant que possible ceux un peu trop connus du Seigneur des Anneaux. Ce qui en outre apporte un relief supplémentaire, ces noms ayant tous une traduction officielle.

Sur ce, bonne lecture à vous tous...

¤


LE DERNIER RETOUR

¤

Acte I, Prologue :

Le cauchemar de Gaïa

¤


¤

NdA : ce prologue n'a pour but que de cristalliser le lien entre les univers de Saint Seiya et de Lovecraft. Il est volontairement écrit dans un style que j'ai souhaité mi-obscur, mi-prophétique, pour annoncer l'ambiance un peu particulière vers laquelle je souhaite faire tendre cette fiction. Il n'est pas nécessaire de le comprendre pour passer à la suite, plus fluide j'ose l'espérer, ni même de connaître les écrits de Lovecraft. Tous les éléments que je lui emprunte, et à priori étrangers aux fans de Saint Seiya seront explicités progressivement, en leur temps.


¤

Pauvre Terre à toutes les intersections. Nous sommes au royaume de la fertilité, soumis aux caprices de ses mortels enfants. Notre Terre est mariée au vide, et les hommes ses héritiers, élèvent et détruisent sa création pour qu'elle renaisse à perpétuité. Et encore et toujours la Terre existe. C'est une sphère de brouillard, un point flou au rebord instable du Néant que les lumières essentielles tentent continuellement d'attirer à elles. Et sous les rayons de la Blanche et de la Noire, la Terre reste grise, incertaine, au gré de l'aléatoire. Et elle reste à la frontière du Néant, sans jamais plonger dans l'inexistence ni s'en éloigner, immuable dans sa position.

Les Dieux dansent. Ils virevoltent sur une cacophonie endiablée en espérant chacun être celui qui sera le premier à s'asseoir sur le monde quand la musique cessera. Les hommes eux, ne cherchent à étendre leur assise que sur leurs propres vies. Car la seule chose qui différencie les hommes des Dieux, c'est la taille de leurs jouets. Ainsi les Dieux jouent avec le monde des hommes. Et ainsi les hommes ne jouent qu'avec les hommes. Et pourtant. Et pourtant la Terre reviendra à ses héritiers. Pas à ceux qui la regardent, pas à ceux qui la font rouler. Pas à ceux qui la convoitent, pas à ceux qui la divisent. Mais aux hommes qui la foulent, mais aux hommes qui tournent avec elle. Mais à ceux qui la tiennent déjà, mais à ceux qui la partagent.

Quand les Dieux fatigués d'essayer de s'arracher le monde manqueront de le laisser basculer dans le gouffre où tout s'éteindra, les hommes se souviendront du chant entendu par les premiers d'entre eux, la voix de la Terre, la

Clamor Sanguinis…

Puisque le sang bat à mes tempes,
Puisque mon cœur bat sous mon sein,
Puisque mon âme à cette trempe,
Puisque le vœu n'est pas malsain,

Je vous renie absurdes craintes !

A moi le beau, le rêve osé,
Pour que je puisse ouvrir la danse
Sans retenue et sans doser,
A moi le vrai, la récompense :

Te conquérir, loyal, sans feintes !

Que le rouge voile mes yeux,
Que mon sang coule avec grand soin,
Moi palpitant ou moi radieux,
Je ne ressens qu'un seul besoin :

Oui, de tout temps ma Terre appelle !

Que je m'absente à l'avenir,
Que je l'étais par le passé,
De l'éculé du devenir,
J'entends ce cri sans m'en lasser :

Oui en tout an la Vie me hèle !

Alors les chevaliers se lèveront, et sous les heures obscures brandiront les deux étendards des hommes, la bannière de la foi et la bannière de la mémoire. Et pour la première fois les Dieux s'inclineront devant eux, car ils les auront regardés, impuissants, redresser la Terre qu'ils avaient laissée s'échapper à la merci du Néant.


¤

Le Dernier Retour est le nom donné au pire cauchemar que Gaïa ait jamais fait. Aux premiers temps du monde, bien avant la naissance des Olympiens, bien avant qu'Ouranos ne cherche à ensevelir les Titans dans les tréfonds du Tartare, quelque chose arriva. Une chose que la Terre primordiale et le Ciel primordial ne comprirent pas. Au contact de Gaïa elle se divisa, et chacune de ses entités prirent un semblant de forme emprunté au monde tel qu'il existait. Les Titans appelèrent ces entités les Grands Anciens, car elles étaient plus vieilles que leurs parents, plus vieilles même qu'Eros, plus vieilles peut-être que Chaos.Les Grands Anciens suintaient le néant. Ils n'étaient que convoitise, des dévoreurs de mondes. Quand ils s'attaquèrent à Gaïa, les Titans furent rapidement dépassés. Et alors que l'aube des temps ne commençait qu'à poindre, le glas ultime fut bien proche de déjà retentir. C'est alors que les Autres arrivèrent. Les Autres, comme Titans et Primordiaux, étaient des principes féconds et créateurs. Ils vinrent eux aussi d'abîmes insoupçonnables et s'abattirent sur les Grands Anciens. Ce fut la première lutte que le monde ait connue, défenseurs contre envahisseurs, fertilité contre négation.

Les Autres aidés par les Titans finirent par l'emporter. Mais la lutte avait été si âpre et les Grands Anciens si chargés d'une telle volonté d'anéantissement que la graine du mal fut implantée dans les cœurs des premières existences. Ainsi naquit l'envie de dominer et suppléer, la graine qui plus tard allait conduire Ouranos à évincer ses propres enfants.

Le souvenir de ces instants a survécu jusqu'à l'ère des Olympiens. Mais la légende du Dernier Retour est profondément enfouie dans la mémoire de la plupart, car les évènements auxquels elle fait allusion sont si noirs et si incertains que beaucoup ont préféré les oublier. De nouvelles prophéties ont vu le jour et les Dieux sont désormais beaucoup plus inquiétés par celle annonçant le règne des hommes qui auront fini par les détrôner.
Cependant certains se souviennent encore du cauchemar de Gaïa même s'ils n'y pensent jamais réellement. Il a été dit que l'un des Autres demeura non loin de la Terre, après que les siens furent partis, assoupi dans un vide ignoré proche de Bételgeuse. Ce fut le seul auquel les Titans donnèrent un nom, car ce fut lui qui enferma finalement les Grands Anciens sous son sceau. Ils l'appelèrent Nodens, le Seigneur du Grand Abîme.
Nodens commença par bannir le plus destructeur de tous, le Chaos Idiot, dans la caverne noire au centre de l'infini informe, que seul peut atteindre l'œil ouvert au sommet de la tour se dressant au milieu des sables oubliés d'Irem. Puis de ses mains il immobilisa le Tout en Un et le Un en Tout, car celui-là connaissait les dédales de l'espace et du temps par lesquels tous les Grands Anciens pouvaient se manifester. Sa puissance déclinant, il se contenta d'emprisonner derrière sa marque les quatre entités restantes. Quelque part dans ce qui allait devenir le royaume de Zeus, au fond du lac d'Hali sur une étoile noire issue des Hyades, il enferma le chevaucheur de vents, Celui qui ne doit pas être nommé. Dans un recoin perdu du fief d'Hadès, au fond d'un puit de l'introuvable plateau de Leng, la multiple incandescence venue de Fomalhaut, le Mangeur de ténèbres. Au plus profond du domaine de Poséidon, dans la citadelle perdue de R'lyeh, le plus insidieux d'entre eux, Celui qui mort attend en rêvant. Et enfin sur la Terre de toutes les convoitises, dans les bois inconnus de N'gaï, la semence des Grands Anciens, le Bouc aux mille chevreaux.
Mais Gaïa rêva de la destruction du monde. Elle vit comment sept éons écoulés, alors que les sceaux de Nodens auraient perdu de leur puissance, quand sept fois la Terre aurait gémi à la douleur de sept guerres saintes, le septième des Grands Anciens encore inconnu verrait le jour parmi les hommes, le messager, le Chaos Rampant…

« Et finalement de l'intérieur de l'Egypte
Vint l'étrange Être Noir ; devant lui se courbaient les fellahs.
Silencieux et maigre, énigmatiquement fier,
Et enveloppé d'étoffes rouges comme les flammes du couchant.
Les foules se pressaient alentour, fanatisées et soumises,
Mais en partant ils ne pouvaient répéter ce qu'ils avaient entendu.
Pourtant parmi les nations se répandait la nouvelle terrifiante
Que des bêtes fauves le suivaient et lui léchaient les mains.

Bientôt au fond de la mer commença une naissance pernicieuse,
Des pays oubliés aux flèches d'or recouvertes d'algues ;
Le sol fut crevassé et des aurores démentielles s'abattirent
En tournoyant sur les citadelles tremblantes des hommes.
Alors écrasant ce qu'il avait eu l'occasion de modeler,
Le Chaos Idiot balaya la poussière de la Terre.
» (1.)

Telle fut la pire crainte que Gaïa ait jamais nourrie. Une crainte que ses enfants ont préféré oublier. Pourtant aujourd'hui quelqu'un s'en souvient. Quelqu'un qui entendit cette légende de la bouche même du Dieu le Plus Puissant, quand il faisait encore partie des élus se tenant à ses cotés. Quelqu'un qui rejoignit les déchus dans un lieu que même le Tartare a délaissé. Quelqu'un qui a tout perdu et qui n'a plus l'envie de regagner pour finir tôt ou tard par tout reperdre. Quelqu'un à qui il ne reste plus que l'envie de s'éteindre, et de savoir que le monde s'éteindra avec lui, emportant les responsables de sa damnation. Quelqu'un qui enfin a senti trembler Elision, et qui a entendu le cri de douleur lancé par Hadès avant que son cosmos ne se disperse. Quelqu'un qui est maintenant libre de briser ses liens et de se redresser dans les ténèbres. Enfin libre maintenant que les temps sont venus. Enfin vient le Dernier Retour. Enfin…

Il ne restera plus rien.


¤

¤ ¤


1. Ce poème est tiré du recueil Fungi from Yuggoth par H.P. Lovecraft, traduit de l'américain par François Truchaud, pour des raisons de stratégie narrative je ne tiens pas à en écrire le titre, quoi qu'il sera sans doute reconnu par ceux qui connaissent Lovecraft…