La traduction anglaise est en cours, elle arrive. Désolée du temps de publication mais je manquais justement singulièrement de temps à cause de mon travail...

Chapitre 8 : Les pièces du puzzle

Quelques jours plus tard, Ivanova, déclarée officiellement en convalescence, fut transférée au palais présidentiel sous la surveillance de deux infirmières. Installée dans un fauteuil, elle regardait le parc qui jouxtait la résidence sans vraiment le voir. Elle entendit à peine la porte s'ouvrir et les petits pas de David venir vers elle. L'enfant tenait précautionneusement un plateau sur lequel était posé une tasse de thé et parla doucement :

« Maman m'a demandé de t'amener du thé… »

Ivanova se força à sourire à son filleul et trempa ses lèvres dans la tasse de thé, bien qu'elle n'eût pas soif. La seule présence de David, au regard vert innocent, suffisait à dissiper une partie des noires pensées qu'elle ressassait en permanence. Depuis qu'elle l'avait vu pour la première fois, endormi dans son berceau, ce petit bonhomme avait pris une place à part dans son cœur et elle savait qu'il la garderait toujours, quoi qu'il arrivât.

Elle sentit la petite main de l'enfant sur poser sur son bras. David ne dit rien, se contentant de ce simple contact pour tenter de réconforter sa marraine qu'il sentait, avec son instinct d'enfant, s'enfoncer de plus en plus dans la tristesse.

Susan comprit son geste et elle sourit de façon plus convaincue avant de lui dire :

« Ne t'inquiète pas pour moi, David, j'ai juste besoin de temps pour guérir… »

L'enfant, qui perçut sa franchise, lui sourit largement et tous deux restèrent là, à regarder le paysage changeant sous le vent léger…

A l'hôpital, les instruments qui monitoraient la respiration et le rythme cardiaque de Marcus se mirent à hurler, et le Ranger ouvrit de nouveau des yeux brumeux sur le monde.

Il s'étouffa, et une voix lui signifia de tousser avant qu'une brûlure dans sa gorge vînt enfin lui libérer les voies aériennes supérieures.

Le sens de la vue de Marcus s'éclaircit peu à peu, et il parvint enfin à distinguer plus ou moins clairement le médecin minbari penché sur lui. Il tenta de parler mais aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Le médecin s'assura rapidement que ses cordes vocales n'avaient pas été endommagées par l'intubation et lui dit de rester calme ainsi que de ne pas parler.

Lentement, la confusion qui régnait dans l'esprit de Marcus se disciplina. Les derniers événements vécus, cependant, restaient encore flous, il était incapable de s'en rappeler avec précision. Il se laissa aller et replongea dans le sommeil alors que le médecin achevait son examen clinique…

Au palais présidentiel, un Ranger venait d'arriver avec la nouvelle du réveil de Marcus, et il fut admis immédiatement dans les bureaux du président. Sheridan entendit ce qu'il avait à dire, puis le renvoya à Tuzanor avant de se diriger vers le bureau de son épouse.

« Marcus a repris conscience… », dit-il à peine la porte passée.

Delenn leva la tête du dossier qu'elle était en train de compulser et demanda :

« A-t-il dit quelque chose ? »

Sheridan secoua la tête.

« Non, les médecins disent que l'intubation, sans avoir endommagé ses cordes vocales, les a fait gonfler et que cela l'empêchera de s'exprimer pendant quelques jours. Pour le reste, il devra encore rester à l'hôpital une semaine ou deux, le temps pour ses fractures diverses d'achever de se ressouder… »

Delenn ferma le dossier et demanda :

« As-tu prévenu Susan déjà ? »

Il secoua la tête :

« Non, nous lui dirons ce soir, elle se repose de toute façon… »

Dans sa chambre plongée dans l'obscurité, Susan Ivanova était allongée, les yeux grands ouverts, et des larmes en coulaient sans qu'elle ne pût rien faire pour les retenir. Elle avait senti le réveil de Marcus avec ses pouvoirs télépathiques latents et diverses émotions l'avaient assaillie sans qu'elle puisse les supporter. Elle resta longtemps ainsi, à pleurer silencieusement puis parvint à se reprendre. En bonne russe, elle ne croyait pas vraiment au destin mais que Marcus en réchappât une seconde fois tenait du miracle et elle y voyait une sorte de signe. Cette fois, il faudrait qu'ils aient la discussion qu'ils n'avaient pas eue voici huit ans, et elle ne s'y déroberait plus…

Quelques jours plus tard, Marcus, assis dans son lit d'hôpital, recevait la visite de John Sheridan. Ses cordes vocales lui permettaient enfin de communiquer, et il lui raconta en détail ce qui s'était passé.

« Comment vont Susan et David ? », finit-il par questionner à la fin de son récit.

Sheridan choisit soigneusement ses mots pour lui répondre :

« David va bien, Susan est encore en convalescence mais elle va de mieux en mieux… »

Ce n'était pas tout à fait vrai, moralement s'entendait, mais il ne voulait pas que Marcus s'inquiétât davantage. Un fantôme de sourire passa sur le visage du Ranger et il se contenta de hocher la tête.

Sheridan lui sourit :

« Je l'ai déjà fait à plusieurs reprises quand vous étiez dans le coma, mais je voulais encore vous remercier pour ce que vous avez fait… »

Marcus redressa la tête.

« J'ai fait ce que je devais faire, je ne pouvais laisser qui que ce soit faire du mal à David… »

Sheridan hocha la tête pensivement.

« A vrai dire, je m'attendais à quelque chose comme ça un jour ou l'autre, c'est pour cela que nous avons surprotégé David depuis sa naissance, mais ce n'était pas la solution. Il a été confronté violemment à la haine xénophobe et il va falloir qu'il grandisse avec ça… »

Marcus plongea son regard gris dans celui du président.

« Il y arrivera, c'est un enfant solide, comme je vous l'ai dit il s'est dressé face à nos assaillants sans ciller, il a du caractère et il sait ce qu'il vaut… »

Sheridan perçut l'affection que Marcus portait à David mais aussi le subtil changement survenu. Marcus semblait apaisé, beaucoup plus serein, comme s'il avait retrouvé une raison d'exister. Pourtant, tout n'était pas encore réglé, et tous deux le savaient pertinemment.

« Quand serai-je transféré à Tuzanor ? », demanda encore Marcus.

En effet, c'était l'usage pour les Rangers que d'achever leur convalescence, lorsque c'était possible, au centre de santé du complexe d'entraînement de Tuzanor, mais Sheridan dit :

« Les médecins ne vous ont pas encore déclaré transportable, vous avez été gravement blessé et vous resterez ici pour l'instant jusqu'à ce qu'ils se soient assurés qu'il n'y a pas d'autres dommages… »

Marcus inclina simplement la tête. Il savait parfaitement qu'une fois de plus son organisme avait été sévèrement blessé et ignorait ce que huit ans en cryogénie avaient pu faire au niveau de sa résistance physique.

Sheridan acheva :

« Mais les maîtres Rangers ont demandé la permission de vous visiter, ils viendront après-demain… »

Cela ramena un sourire plus franc sur le visage du Ranger. Le président se leva alors et déclara :

« Je dois retourner à mes occupations, malheureusement, mais n'hésitez pas à nous appeler si vous avez besoin de quelque chose… »

Marcus hocha la tête et répondit :

« Merci de votre sollicitude, monsieur le Président… »

Quand Sheridan retourna au palais présidentiel, il trouva Susan assise dans le salon des appartements privés, un livre à la main.

« Comment va-t-il, John ? », le questionna-t-elle.

Sheridan sourit :

« Il va de mieux en mieux, il a pu me parler et les médecins sont confiants… »

Susan hocha seulement la tête, et demanda :

« Et moi, quand est-ce que je pourrai retourner à mes occupations ? »

Sheridan haussa un sourcil.

« Pourquoi ? Vous n'êtes pas bien ici, avec nous ? De toute façon, les médecins ne vous ont pas encore déclarée apte au service, vous avez eu un traumatisme crânien grave, je vous le rappelle, entre autres choses… »

Susan soupira :

« Je sais, John, mais mon vaisseau m'attend et… »

Il ne la laissa pas achever.

« Et il est hors de question que Delenn et moi vous laissions repartir alors que vous n'êtes pas en état de reprendre vos fonctions. Si je dois appeler le central terrien moi-même, je le ferai… »

Susan ne répondit rien. Elle savait qu'ils s'inquiétaient sincèrement pour elle et que John était capable de mettre sa menace à exécution.

« Très bien, je cède sous la pression… », lui déclara-t-elle.

Sheridan eut un sourire.

« Pensez seulement à vous reposer… », dit-il gentiment avant de gagner son bureau.

Susan hocha la tête et, une fois le président retourné dans son bureau, elle posa le livre qu'elle lisait. L'inaction lui pesait vraiment à présent, même si elle était consciente de ce qu'elle devait à John et Delenn. Mais de savoir à présent Marcus tiré d'affaire la confortait dans sa résolution d'aller lui parler avant qu'elle ne soit déclarée bonne pour le service. Cependant, malgré cela, une partie d'elle-même refusait cette discussion, voulant fuir tout ce qu'elle représentait, toutes ces choses restées non dites, cette relation interrompue sans avoir vraiment commencé.

Un bruit derrière elle la tira de ses pensées. David venait de rentrer du monastère où il étudiait la langue et la culture de la caste de sa mère et il profitait du temps dont il disposait avant que son précepteur ne le prenne en charge pour venir voir comment se portait sa marraine. Il vint vers elle et l'embrassa alors qu'elle lui demandait :

« Alors, comment ça s'est passé ? »

L'enfant tira sur ses robes traditionnelles minbaries et s'assit près d'elle.

« Tu savais, toi, qu'il y avait onze mots différents pour dire « paysage » en minbari de la caste religieuse ? »

Il ajouta à cette question un sourire amusé, qui détendit Susan. Elle n'avait jamais réussi à capter toute l'essence du langage minbari de la caste religieuse, en ayant seulement appris les bases pour se faire comprendre des équipages des White Stars qu'elle avait commandées autrefois. Mais David, lui, apprenait dès son enfance toutes ces subtilités de cette langue et les innombrables traditions de la caste de sa mère et sa vive intelligence y trouvait son compte.

Susan lui répondit :

« Tu sais très bien que je ne connais que quelques mots, petit malin… »

Mais elle n'eut pas le temps d'en dire plus, car Vultan, le précepteur minbari de David, venait d'entrer. Il la salua respectueusement et emmena le petit garçon avec lui. Susan resta seule, méditative…

A suivre…