13- Habitué à se lever tôt Georgi émergea de sa courte nuit de sommeil dés cinq heures du matin. Endormie prés de lui Natalia, son petit miracle qui l'avait empêché de sombrer, dormait indifférente à tout ce qui l'entourait.

Silencieusement la porte s'ouvrit pour laisser passer Joy, elle avait entre ses mains un sac noir et des documents. Doucement il quitta le lit et alla vers elle. Son visage était aussi inexpressif que celui de sa compagne. La douleur était présente mais ils avaient appris à vivre avec, acceptant par ci par là de fugitifs instants de bonheur.

Minutieusement ils parcoururent les documents s'assurant que rien ne viendrait mettre en danger, Natalia ou les autres enfants.

A la naissance de Natalia et en pressentiment à une situation de ce genre Joy avait pris soin de mettre en place une couverture aussi bien pour sa fille que pour plusieurs autres personnes ayant besoin de disparaître afin d'échapper à la commission.

Son plan était on ne peut plus simple, profitant des difficultés que rencontrait un centre accueillant les personnes tombées en coma irréversible Joy l'avait racheté. Celui-ci accueillait toute personne tombant dans le coma sur la demande des familles ou tous ceux que les hôpitaux refusaient de garder, les oubliés de la sociétés ceux dont plus personne ne se souciait.

Ces personnes devenaient autant d'identités perdues ou de simples noms sur un registre, ils étaient oubliés de tous ; alors Joy en profitaient pour recréer des identités, elle avait sauvé bien des personnes de la sorte.

Natalia, par exemple, allait prendre l'identité d'une petite fille ayant subi un grave accident dés sa naissance. Officieusement, toute sa famille s'était retrouvée dans le coma et ils venaient tout juste de décéder. Officiellement le couple venait de sortir d'un long coma et vivait au centre le temps que durerait leur rééducation. Le couple avait trois enfants, le plus âgé ayant douze ans.

La porte s'ouvrit bientôt et Helen entra dans la pièce : L'heure du départ avait sonné. Le couple embrassa une dernière fois leur enfant avant de la regarder s'éloigner avec celle et celui qui verraient son premier jour de classe, son premier petit ami, tout ce qui fait la vie d'un enfant.

Plus tard dans la matinée alors que tout le monde était installé autour de la table du petit déjeuner, l'ascenseur s'ouvrit laissant le passage à un jeune homme d'une vingtaine d'année ce dernier ne ressemblait pourtant pas à un jeune oisif, son regard était dur et à la bosse qui déformait son habit il ne faisait aucun doute qu'il était armé.

- « bonjour Monsieur j'ai les informations que vous m'avez demandé. »

- « bien. Quelles sont les nouvelles ?»

- « il y a un type qui offre une forte récompense à qui retrouverait une petite fille de 2 ans répondant au signalement que vous avez donné. À l'aéroport une surveillance qui a été mise en place autour du jet de Winch et aussi pour tous les départs de Paris en direction des USA.

- « je ne peux pas rester ici, je dois être de retour à NY dans les plus brefs délai, avec les événements du WE nul doute que ça va chauffer.»

- « eh Larg' calme toi, on va trouver une solution.»

- « alors cette solution ? »

Avant que quiconque ne puisse prononcer un mot, le portable de Sullivan sonna.

- « Sullivan, j'écoute….. Oui Monsieur le Ministre…oui, je serai ravi de vous rencontrer….mais étant en visite privé à Paris je dois être de retour au NY lundi très tôt en compagnie de Monsieur Winch… je lui transmets votre invitation. »

Dés que Largo comprit qui était au bout de la ligne il fit de grands gestes de dénégation afin de signifier à Sullivan qu'il refusait de le rencontrer. Mais Kerenski et Joy avaient eu la même idée.

- « Monsieur Winch sera ravi d'accepter cette invitation. »

Kerenski avait prononcé cette phrase avec emphase, et Joy appuya cette affirmation d'un discret hochement de tête.

- « Monsieur le ministre sera ravi d'accepter cette rencontre…ce soir 18h….un instant….ce sera parfait, nous nous verrons donc ce soir. »

- « mais j'ai pas envie de le voir ce ministre moi.»

- « mais si mais si. »

- « ah oui et pourquoi ? »

- « le jet décollera à 19h30. Étant donné que nous serons pressés par le temps, le ministre mettra à notre disposition des motards pour nous escorter…

Le regard des trois hommes s'éclaira lorsqu'ils comprirent où les deux agents voulaient en venir.

Tout se passa exactement comme l'avait prévu ces derniers, et huit heures plus tard le jet se posait devant le terminal des jets privés à New York, Largo descendit accompagné de Simon, Georgi, Sullivan et Joy. Sur le tarmac Charly attendait au volant de la limousine où tous s'engouffrèrent.

Si en Europe la nuit prenait le pas sur le jour de ce côté de la planète les habitants se levaient à peine, si bien qu'en accédant au groupe le petit groupe croisa quelques irréductibles travailleurs tels que Cardignac et Del Ferril.

Simon les quitta rapidement pour aller rejoindre Del Ferril. Étonné par l'assiduité de son ami vis-à-vis de la conseillère Largo se désintéressa du sujet pour songer à autre chose ou plus précisément à quelqu'un d'autre.

Joy Arden.

Qui était elle ? Cette femme sortie de nulle part entrant et sortant du groupe comme elle l'entendait.

Elle connaissait tout le monde, des membres du conseil, puisqu'elle veille à la sécurité de certains sites sensibles, aux pires mafieux existants.

Elle avait ses entrées partout mais ne semblait avoir aucune existence réelle. Elle était pareille à une ombre ou un fantôme.

- « John qui est réellement cette Joy Arden ? »

- « que voulez vous savoir sur elle ? »

- « tout. On dit d'elle qu'elle était très proche de mon père mais aussi de vous et de Cardignac. »

- « en effet, elle travaillait pour nous et à plus d'un titre, c'est une femme d'une très grande loyauté, Nério lui confiait sa vie sans crainte. »

- « pourquoi n'était elle pas à la tour la nuit où mon père est mort. »

- « nous avions eu vent d'une rumeur selon laquelle Nério avait un fils en Europe et que ce dernier se trouvait en Italie. Inquiet Nério l'a envoyée s'assurer que rien ne pouvait t'arriver…

- « elle connaissait mon existence ! Je pensais qu'à part vous et le père Maurice personne ne savait qui j'étais réellement.»

- « elle le savait. Initialement Joy devait faire partie de votre sécurité mais vous l'avez renvoyée.»

- « et cette enfant dont tout le monde parle, Natalia, qui est elle ? »

- « c'est la fille de Joy et son père…..

- « Nério, c'est Nério n'est ce pas ? »

- « non, c'est ma fille, Natalia est ma fille. »

- « Kerenski ? Qu'est ce que tu fais là ? »

- « je viens m'assurer qu'il n'y a aucun micro dans le penthouse.»

- « alors pourquoi la commission veut faire croire que cette enfant est celle de Nério.»

- « pour t'occuper. Dés que tu entends parler d'une piste concernant ta famille, tu laisses tout tomber pour t'y consacrer. Donc la réponse s'impose d'elle-même. »

- « alors pourquoi tout le monde semble être sûr qu'elle est la fille de mon père ? »

Kerenski ne se mêla plus de la conversation, il concentrait toute son attention à l'inspection de l'appartement de son jeune patron.

Pendant ce temps Sullivan réfléchissait. Un contrat liait Joy au groupe via les filiales européennes de la Winch Airline et Winch Télécom pourtant il serait plus facile si cette dernière avait un bureau à la tour puisque dorénavant travail se ferait à partir de New York et concernerait exclusivement le groupe W.

Mais comment faire pour faire accepter cette idée à Largo ? Ce dernier hésitait quant à l'image à donner à son père : mi ange mi démon. Nério était un pragmatique avant tout, laissant peu de place aux sentiments. Mais surtout que penseraient Largo et les autres en découvrant le véritable visage de Joy.

Largo se sentait confus. Cette femme était une énigme à elle seule, ce qu'il avait vu d'elle et ce qu'il avait entendu différait. Aussi inexpressive que Kerenski elle semblait capable de tendresse tout de même alors qui était elle ?

Pris d'assaut par ces question Largo se précipita en direction de la sortie de son appartement avant de foncer vers le garage de la tour et de prendre la fuite à bord d'un véhicule.

Loin du groupe et ignorant la curiosité qu'elle suscitait chez le jeune milliardaire Joy se tenait debout devant une tombe, une fleur entre les mains.

- « bonjour Nério, il y a longtemps que je ne suis plus venue, plus d'un an. Si tu voyais Natalia elle a grandi. Elle a deux ans et demi maintenant. Le groupe est toujours à sa place et ton fils fait des merveilles. Tu avais raison certaines choses lui sont hermétiques mais n'aie crainte je suis là et John aussi et puis….qu'importe je suis venue car je rentre définitivement à New York. Plus rien ne me retient nulle part, ni famille ni amis ni enfants. Je pense que cette fois-ci c'est pour de bon, il n'y a plus de retour en arrière possible…

Plongée dans son monologue Joy semblait bien loin lorsque soudain quelqu'un marcha sur une branche sèche brisant la quiétude de l'endroit. Prestement Joy dégaina son arme. Celle-ci rencontra à son bout Largo Winch.

- « Monsieur Winch. »

Joy avait parlé froidement.

- « Mlle Arden. J'ai cru comprendre que vous faisiez partie du groupe W. »

- « c'est vrai, je m'occupe de la sécurité de deux de vos filiales ainsi que de la sécurité de certains sites sensibles. »

- « vous resterez donc parmi nous. »

Sans attendre de réponses Largo s'éloigna de Joy et s'approcha de la tombe de son père, discrète Joy s'éloigna mais tout en gardant un œil sur Largo, elle avait compris qu'il était sorti encore une fois sans ses gardes du corps.

Et ce fut ensemble qu'ils regagnèrent la tour. Sullivan fut heureux de ne pas avoir à chercher de raisons pour faire rester Joy, Kerenski lui aussi était heureux, Joy serait assez proche pour qu'il puisse veiller sur elle, il n'avait pas oublié l'état dans lequel il avait retrouvé Joy après sa disparition. Deux mois durant lesquels il avait failli devenir fou : la commission avait commandité son enlèvement dans une ultime tentative de la convaincre d'intégrer leur rang.

Blessée, inconsciente, il n'avait retrouvé sa trace que grâce à l'aide des courtiers. Rattachés à Joy, ils représentaient les familles de ceux que Joy protégeait, mais ils représentaient aussi une potentielle armée privée.

Il connaissait Joy mais tout comme lui elle ne s'étendait pas sur ce qu'elle était. Un soir où elle avait baissé sa garde, elle lui avait remis une adresse email au cas où aucune des parades habituelles n'aurait fonctionné.

De l'autre côté de l'atlantique, chacun faisait le bilan de ce sanglant week-end, Charles Arden se demandait quelle était cette organisation qui jugeait Joy plus dangereuse que lui et qui voulait la tuer à tout prix. A la lumière de cette découverte le kidnapping dont elle fut l'objet il y avait de cela plus d'un an prenait un autre relief. Mais surtout quel était le rôle de Joy dans tout cela et sa place au sein du groupe W ?

Dans une autre pièce du château, Edouard Arden reprenait mentalement les avantages à intégrer cette commission. Pouvoir, argent, influence, il voulait tout cela pour prouver à son père mais aussi à sa mère qu'il pouvait réussir mais plus que tout pour lui-même. Il en avait assez de vivre à l'ombre de sa fantomatique jumelle.

Le couple Arden avait beau le nier il ne pouvait réprimer son admiration face à au prodige qu'elle représentait. Elle parvenait à s'adapter à toutes les conditions, durant la prise d'otage elle avait tué autant que l'équipe de nettoyage, avant cela elle avait parfaitement défendu ses positions retournant le boycott du conseil du groupe Chevalier à son avantage puisqu'elle emporta avec elle le contrat du groupe W et les locaux les obligeant à un investissement en immobilisation mais aussi à une campagne auprès de leur client afin de les rassurer.

Autant de bonnes raisons de vouloir la mise hors course de sa sœur. Et avec ces nouveaux alliés nuls doutes qu'ils allaient l'aider à parvenir à ce but.

A New York, une ombre attendait son moment pour agir.

- « bientôt j'aurai ma revanche et le groupe W sera notre à nouveau. »

Assise la pénombre cachant son visage, elle écoutait le rapport des espions surveillant le groupe W, mais l'information la plus importante demeurait sans doute les prémices de la liaison d'Ovronnaz et de Del Ferril ainsi que la présence de l'agent Ashley dans leur rang.

- « Lord A, ne vous inquiétez pas cela prendra le temps que cela me prendra mais je viendrai à bout du groupe W et de son leader. »

- « nous savons être patients quand il le faut, et le groupe W n'est pas une proie facile alors ne commettez pas l'erreur de les sous-estimer. »

- « n'ayez crainte, je connais mes adversaires. »

FIN DU PREMIER LIVRE.