Rosy

Disclaimer : Les héros ne m'appartiennent pas bla bla bla, je ne fais pas d'argent bla bla bla (comme d'habitude quoi)

Note de l'auteur : Un grand merci à Ariel qui a eu la gentillesse de bien vouloir relire cette fic pour qu'elle ne soit pas truffée de fautes ! PS : si il y a encore des fautes, c'est intentionnel car la perfection n'est pas de ce monde !!!!!!!!

Chapitre 1

Il était presque midi et la fillette trottinait dans la foule. Les gens commençaient déjà à se ruer dans les restaurants pour prendre leur déjeuné. Elle n'était pas en retard au point de courir mais elle savait qu'elle ne pouvait pas se permettre de flâner en route, sinon, elle ne serait jamais chez elle avant l'heure et tonton Paulo détestait attendre. En général, elle lui remettait ce qu'elle avait réussit à voler durant la matinée et, lui, passait son après midi sur les trottoirs à essayer de refourguer ce qui était vendable.

Elle était peut-être jeune, elle n'avait pas encore 8 ans, mais elle était suffisamment mature pour savoir que ce qu'elle faisait n'était pas bien. Elle n'avait cependant pas d'autres choix. Depuis la mort de son père, elle habitait chez tonton Paulo et il lui avait clairement dit qu'il n'avait pas assez d'argent pour la nourrir si elle ne travaillait pas. Elle n'était pas sans ignorer que si ce dernier ne la gardait pas avec lui, elle se retrouverait à l'assistance publique et elle avait suffisamment entendu d'histoires pour ne pas avoir envie d'y aller : l'histoire de sa copine Charline, par exemple.

Paulo n'était pas vraiment son oncle : il avait été un très bon ami de son père, mais cela ne l'empêchait pas de prendre bien soin d'elle. Elle mangeait à sa faim, un repas le matin avant d'aller travailler et un le soir pour bien dormir, elle était correctement vêtue, et, chose non négligeable, elle était bien traitée. Bien sûr, il arrivait que Paulo lui tire une claque de temps en temps mais elle savait qu'elle était loin d'être maltraitée. Ca n'était malheureusement pas le cas de son amie Charline, celle-là même qui avait été placée par les services sociaux chez Johnny Belle Gueule, deux rues plus bas. Quand elle parlait avec l'autre fillette, Rosy se rendait compte de sa chance : non seulement tonton Paulo ne la battait pas, mais, en plus, il ne la prostituait pas. Charline lui avait expliqué ce que ça signifiait et elle lui avait dit que ça faisait mal. Rosy préférait donc, et de loin, faire les poches des passants.

Physiquement, la fillette était plutôt petite et menue pour son âge. Tonton Paulo trouvait que ça avait de nombreux avantages : elle pouvait se faufiler partout et, en plus, c'était économique car il lui achetait des vêtements un peu grands et ces derniers duraient longtemps. Ses yeux étaient aussi noirs que ces longs cheveux qu'elle retenait, la plupart du temps, grâce à une natte ou à une queue de cheval. Paulo lui disait souvent qu'elle avait une gueule d'ange et elle était toute disposée à le croire.

C'était son tonton qui lui avait appris tout ce qu'il y avait à savoir sur l'art du pickpocket. Elle s'était révélée être une élève douée. Elle avait depuis quelques temps dépassé son maître mais comme ce dernier avait des problèmes avec la drogue, ça n'était pas trop étonnant, ses mains étant devenues tremblantes. A cause de ça, il ne s'exerçait plus à cet art et c'était elle qui ramenait l'argent à la maison.

Rosy vivait depuis maintenant deux ans avec Paulo. Elle n'avait qu'un vague souvenir de son père et plus aucuns de sa mère. D'ailleurs, elle le regrettait et elle en souffrait profondément. Elle aurait tant aimé avoir une maman qui l'aurait serrée contre son cœur en lui disant que tout allait s'arranger, que la vie valait quand même la peine d'être vécue. Mais elle n'avait pas cette chance. Tout ce qu'elle connaissait de ses parents, c'était ce que lui en avait raconté tonton Paulo. Il n'avait jamais connue sa mère mais, d'après une photo qu'il avait vue autrefois, Rosy en était le portrait craché. En ce qui concernait son père, il ne lui avait dit qu'une chose qui devait la marquer à vie : 'Tu sais, ma Rosy, ton père n'était peut-être pas un saint mais il t'aimait.' Elle se rappelait aussi que c'était son papa qui lui avait appris à lire.

La fillette était toujours plongée dans ses pensées quand elle arriva dans son quartier. L'endroit n'avait rien de bucolique ni même d'esthétique. Dans cette rue, les bennes pleines et les carcasses de voitures rouillant le long des trottoirs remplaçaient les arbres. Il fallait aussi faire attention où l'on mettait les pieds car le bitume était jonché de détritus en tout genre. Un simple coup d'œil sur les façades des immeubles permettait d'apprécier le niveau de vie des habitants des lieux. Comme certaines fenêtres cassées étaient réparées avec du scotch, on pouvait aisément en conclure qu'il était inférieur au seuil de pauvreté. Mais Rosy était ici chez elle et, malgré tout, elle s'y plaisait.

Elle était sur le point d'entrer dans le hall de son immeuble quand elle remarqua la voiture garée un peu en contrebas. Comment ne l'avait-elle pas remarquée plus tôt ? C'était loin d'être le genre de véhicule que pouvaient se permettre les habitants du quartier. C'était une grosse auto noire et tellement brillante qu'elle ne pouvait qu'être neuve ou passée au lustrant, luxe que ne se permettraient pas les autochtones. Elle s'approcha un peu de l'engin et remarqua le sigle : quatre cercles entrelacés. Elle ne savait pas quelle marque il représentait mais elle savait que ces voitures se trouvaient à la pelle dans les quartiers huppés où elle travaillait habituellement.

Un mauvais pressentiment l'assaillit soudain. Et si le conducteur était venu pour elle ? Elle était suffisamment intelligente pour savoir que ce genre de pensées ne venaient qu'aux gens qui avaient des choses sur la conscience, qu'elle devait être en train de se faire des films, mais elle décida néanmoins d'être prudente. Elle semblait être assez douée pour prévoir ce qui allait mal tourner et ce fut la raison qui la fit se rendre chez elle en empruntant l'escalier de secours.

Elle ne se trouvait pas encore tout à fait à son étage qu'elle entendait des bruits sourds provenant de son appartement. Elle grimpa sans bruit les dernières marches qui la séparaient encore de son logis et s'approcha de la fenêtre qui donnait dans le salon. Elle mit ses mains devant sa bouche pour étouffer un cri.

Là, chez elle, trois hommes qu'elle ne connaissait pas étaient en train de frapper tonton Paulo. Ce dernier avait déjà l'air mal en point et il était couché sur le côté, dos à la fenêtre, en position fœtale. Ce détail n'avait pas l'air de gêner les trois étrangers qui lui donnaient toujours des coups de pieds. Rosy ne savait que faire. La peur l'avait tétanisée. Elle était en train d'essayer de trouver la force et le courage d'aller chercher des secours chez un voisin quand les types cessèrent de battre Paulo. Deux d'entre eux, Riri et Fifi les surnomma-t-elle inconsciemment, s'éloignèrent un peu pendant que le troisième, Loulou, un chauve, s'accroupit devant l'homme à terre. La fillette observait la scène avec espoir. Le chauve semblait être en train de parler avec son oncle. Peut être allaient-ils s'en aller ? Elle ne distinguait pas ce qui se disait dans la pièce. Elle était en train de tendre l'oreille pour essayer de comprendre quand elle entendit distinctement tonton Paulo crier : 'C'est la gamine qui l'a !' Elle n'eut pas le temps de se demander de quoi il pouvait être question qu'elle remarqua Riri faire de grands gestes dans sa direction. Elle ne savait pas exactement ce que ça signifiait mais, au fond d'elle, elle savait qu'ils l'avaient repérée.

Elle retrouva presque immédiatement l'usage de ces jambes et, sans attendre son reste, elle s'élança dans les escaliers. Mieux valait ne pas rester dans le coin pour savoir ce que voulaient ces types !

Elle était descendue de seulement trois étages qu'elle entendit un bruit au dessus d'elle. Elle n'avait pas besoin de lever la tête pour savoir qu'elle était suivit. Ils devaient vraiment avoir envie de s'entretenir avec elle pour avoir le courage de s'aventurer sur l'escalier de secours. Chez elle, seuls les enfants pas trop lourds s'osaient cet exercice. L'escalier était en effet rongé par la rouille à de nombreux endroits et il était inutile d'être un expert en sécurité pour le qualifier de dangereux.

Rosy arriva finalement sur le trottoir et s'élança au hasard sans prendre le temps de juger de la distance qui la séparait de l'homme, ou des hommes, qui la poursuivait. Arrivée au coin de la rue, elle osa un rapide regard en arrière pour finalement s'apercevoir qu'il n'y avait qu'un type et qu'il était toujours sur ses talons. Elle repartit de plus belle en empruntant une ruelle étroite qu'elle connaissait comme sa poche, pour y jouer souvent avec les autres gamins du quartier. Le passage était encombré de nombreux détritus volumineux et la fillette se faufila sans le moindre mal entre les objets abandonnés. Elle savait que ça jouerait en sa faveur et elle espérait que ça découragerait son poursuivant. Au bruit qu'elle entendit derrière elle, elle sut que ça n'avait pas marché. L'homme devait se frayer un chemin en force, mais il parvenait à passer. Elle ne pouvait qu'espérer gagner de la distance.

Elle l'entraîna encore dans plusieurs autres coins et recoins qu'elle connaissait comme personne mais rien n'y faisait. A chaque fois qu'elle regardait en arrière, elle voyait Riri qui, tantôt gagnait du terrain, tantôt en perdait.

Rosy avait l'impression de courir depuis une éternité. La fatigue commençait à se faire sentir et elle savait que tôt ou tard, elle serait rattrapée. Elle décida de changer de tactique. Si elle ne parvenait pas à le semer dans la rue, peut être parviendrait-elle à le faire dans la foule.

Elle jeta rapidement un coup d'œil autour d'elle pour voir où ses pas l'avaient finalement amenée. Elle avait depuis longtemps quitté son quartier et elle était maintenant non loin d'un grand magasin qu'elle savait être bondé à cette heure de la journée. Une fois que les gens avaient terminés leur repas, ils s'y précipitaient pour y dépenser leur argent durement gagné. Son plan comportait tout de même des risques. Elle avait beaucoup travaillé dans les boutiques de ce centre commercial et elle pensait que les vigils avaient finalement repéré son manège. Elle n'y était pas revenue depuis plus de quinze jours, de peur de se faire prendre. Elle décida tout de même d'y aller. Son instinct lui dictait qu'il était préférable pour elle d'être embarquée par les flics que d'être rattrapée par Riri, Fifi ou Loulou.

Elle ne s'était pas trompée. Comme toujours, on avait l'impression d'être en pleine période de soldes dans cette galerie. Elle se précipita dans la première boutique sur la gauche, et s'arrêta un court instant pour localiser une bonne cachette. Elle savait qu'elle devait faire vite car elle avait très peu d'avance. Elle était dans un magasin de vêtements. Elle repéra un étalage. Plusieurs habits y étaient suspendus et formaient un cercle autour du pied central. Le mur qu'ils formaient était suffisamment compact pour la cacher à la vue des gens. Elle se jeta dessous.

A peine dans sa cachette, elle se tourna en direction de l'entrée de la boutique, juste à temps pour discerner son poursuivant entrer à son tour dans le commerce. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était reprendre son souffle et espérer qu'il ne l'avait pas vue. Il avait seulement parcouru l'échoppe du regard qu'il saisit son téléphone portable et composa rapidement un numéro. Une fois son coup de fil passé, il resta immobile près de l'entrée. Elle était sûrement en sécurité pour le moment.

Elle était toujours en train de surveiller Riri quand un couple passa devant elle et obtura son champ de vision. Elle ne prit pas garde à eux et se décala légèrement pour pouvoir observer ce que faisait le type. Elle s'aperçut alors qu'il avait disparu. Elle se retourna dans sa cachette, sans faire bouger les vêtements, pour essayer de le repérer. Elle ne parvenait pas à le distinguer dans la foule. Mais où était-il ? Elle sentait qu'elle était à nouveau en train de paniquer. C'était l'adrénaline qui lui avait permit d'arriver jusque là et, manifestement, son taux était revenu à la normale car elle était à nouveau pétrifiée.

Elle était en train d'essayer de calmer sa respiration qui était en train de s'emballer. Elle décida que le mieux serait peut être de se concentrer sur autre chose que sur ses 'petits' problèmes. Le couple qui l'avait gênée peu de temps auparavant était toujours à côté de l'étalage lui servant de cachette. Il ferait très bien l'affaire. Elle ne voyait que leurs jambes mais elle devinait qu'elle avait en face d'elle un homme et une femme. Elle essaya de se concentrer sur leurs paroles. Elle comprit rapidement que la femme commençait à être exaspérée par l'homme.

- C'est quand même la vingtième boutique de fringue que nous faisons depuis ce matin !

- Allons, Joy, tu exagères un peu ! Et en plus, je viens de trouver pile ce que nous cherchons !

- Tu veux rire ? Tu vas prendre cette horreur à Simon ? Si tu nous as traînés dans toute la ville pour choisir ce truc, on aurait gagné du temps à acheter dans le premier magasin ! Je suis sûre que Simon ne nous en aurait pas voulu. Surtout que c'est un cadeau qu'il ne portera pas.

- Et c'est justement pour ça que nous avons fait toutes ces boutiques : pour lui trouver LE cadeau qui lui conviendra et qu'il portera !

Rosy avait réussit à retrouver une respiration normale. Elle décida donc d'arrêter de prêter attention à leur conversation. Si la situation avait été différente, elle aurait peut-être trouvé ironique de voir à quel point les priorités pouvaient variées d'une personne à l'autre. Eux, ils essayaient de trouver le cadeau idéal pour un certain Simon et elle, elle essayait d'échapper aux neveux de Donald !

Elle était à nouveau en train de regarder à droite et à gauche quand elle remarqua le sac à main de la femme. Cette dernière devait le tenir par la poignée car il était suspendu à quelques centimètres du sol. Rosy remarqua que la dame n'était pas prudente, le sac n'étant pas fermé. En tant normal, elle se serait servie mais ce qu'il contenait l'aurait certainement arrêté. Il y avait une arme dedans ! Certes, les rues de New York pouvaient être dangereuses mais le centre commercial se trouvait dans un des beaux quartiers et le plus gros risque que couraient les gens étaient qu'on loupa leur manucure ! Il y avait une autre explication. Le couple se préparait à commettre un braquage ! C'était assez peu probable d'après la conversation qu'ils venaient d'avoir et en plus, elle aimait le ton de leur voix. Elle arrivait plutôt bien à discerner si les gens étaient bons ou mauvais à la première impression qu'ils lui donnaient. Ces gens devaient être sympathiques.

Le couple s'éloigna lentement vers une des caisses avec le vêtement qu'ils venaient de choisir. D'où elle se trouvait, il sembla à la fillette qu'ils venaient d'opter pour une chemise. Elle pensa que la femme avait raison : elle était parfaitement horrible !

Rosy était en train de plaindre ce Simon quand une main surgie de nulle part la saisit par le col de sa chemise et la tira hors de sa cachette. Elle poussa un petit cri qui fut étouffé par les vêtements entre lesquels elle se trouvait. Elle se retint de hurler quand elle sentit qu'on la soulevait du sol. Riri l'avait remise sur ses pieds, tout en maintenant fermement son vêtement. Il se baissa légèrement et approcha son visage de celui de la fillette.

- Attention morveuse, n'attire pas l'attention ou je te le ferais regretter.

Il eût tout juste le temps de finir sa phrase qu'il sentit les dents de la petite fille se refermer sur son nez. Par réflexe, il la lâcha puis, de sa main, essaya de la repousser pour lui faire lâcher prise. Il ne rencontra que le vide. Aussitôt que Rosy sentit l'étreinte de Riri se relâcher, elle se sauva en courant. Elle allait ressortir du magasin quand Fifi et Loulou firent leur apparition. Ils lui bloquaient le chemin. Dans son élan, la fillette allait presque leur rentrer dedans mais, en un éclair, elle dérapa sur le côté et fila en direction des caisses. Elle avait faillit perdre l'équilibre mais elle s'était rattrapée avec les mains.

Pendant le très court instant où elle avait pensé que les trois hommes allaient finalement la rattraper, elle avait repensé au pistolet dans le sac de la dame. Peut-être la femme pourrait-elle la protéger ? Elle était tout juste en train de le penser qu'elle rentra dans cette dernière. Elle n'avait pas prémédité cette brusque rencontre mais, poussée par la terreur et la fatigue aidant, elle ne réussit pas à s'arrêter avant la collision. Elle ne parvenait plus à réfléchir et les mots qui sortirent de sa bouche ne furent que le résultat de son instinct de conservation.

- Maman ! S'écria-t-elle suffisamment fort pour que bon nombre de clients l'entendirent et se retournèrent dans sa direction. J'ai cru que je m'étais perdue. Je t'attendais aux caisses à l'autre sortie du magasin !

Rosy aurait sourit en voyant la tête que faisait la jeune femme et elle aurait éclater de rire devant celle que faisait l'homme mais sa vision globale de la situation ne le lui permit pas. Ce fut le moment que choisirent Fifi et Loulou pour venir à leur rencontre. Riri était un peu en retrait, se tenant le nez avec un grand mouchoir blanc. Fifi prit la parole.

- Excusez moi, madame, mais je vois que cette petite est en train de vous importuner.

Il tendait le bras vers Rosy pour la saisir mais ce que cette dernière avait espéré était en train de se produire. La femme avait décidé de la protéger. Elle l'avait attrapée par l'épaule et l'attirait tout contre elle.

- Ne dites pas de sottises monsieur, comment est-ce que ma fille pourrait me déranger ?

Elle avait appuyé fortement sur le mot ma 'fille' et avait prononcé l'ensemble de la phrase fortement comme pour prendre à témoin les clients alentours. Ceci eût pour effet de calmer les ardeurs des neveux de Donald. Voyant que leur petit groupe était maintenant le centre d'attention du magasin, ils décidèrent d'un commun accord de battre en retraite. Ils n'avaient pas trop envie que les vigils s'intéressent à eux.

Sitôt qu'ils furent partis, Rosy entendit quelques remarques que faisaient les gens qui les entouraient. Certaines étaient compatissantes : « C'était sûrement des pervers. Cette petite a eu de la chance » et d'autres beaucoup moins : « C'est pas croyable, une telle femme ne devrait pas avoir d'enfants. Quand on voit l'époque dans laquelle nous vivons, c'est une honte de laisser ses enfants seuls, il aurait pu arriver n'importe quoi à cette fillette ! »

La femme écarta la fillette d'elle mais ne la lâchait toujours pas. Rosy leva le regard sur sa sauveuse. Cette dernière ne semblait pas tenir compte des commentaires. En fait, elle posait sur la petite fille un regard noir et cette dernière ne pouvait pas déterminer si elle était en colère ou pas. Une pensée lui vint à l'esprit : la femme qui se trouvait en face d'elle était très belle. Elle était sûre que sa maman lui ressemblait. L'homme prit la parole sur un ton amusé.

- Je crois que je vais avoir besoin d'une petite explication Joy !

- Pas maintenant Largo ! Lui répondit-elle sèchement sans même le regarder.

Le regard amusé de l'homme disparut aussitôt mais il ne semblait pas en vouloir à la femme. Rosy sentit qu'elle était toujours dans le pétrin. Certes, elle n'avait pas peur de ces gens, mais elle savait qu'elle allait avoir des ennuis d'une manière ou d'une autre, peut être même allaient-ils la mener aux services sociaux ! Elle essaya la tactique de la dernière chance. Les rares fois où elle s'était fait prendre, elle l'avait appliquée et elle s'en était toujours sortie. Elle fit la tête que Paulo qualifiait de 'petit ange se repentant', parvint par un jeu de respiration à rendre ses yeux humides et présenta enfin ses excuses :

- Je suis sincèrement désolée, madame, mais comme je courais, je n'ai pas fait très attention et je vous ai prise pour ma maman. Je m'excuse de vous avoir bousculée. Il faut que je retourne vite avec ma maman sinon elle va s'inquiéter et je n'aime pas quand maman est inquiète à cause de moi. En plus, j'ai…

La femme ne la laissa pas terminer.

- Qui étaient ces types ?

Rosy n'en revenait pas : c'était la première fois que la technique du petit ange repentant échouait ! Devenait-elle trop grande ou n'arrivait-elle pas à atteindre la fibre maternelle de cette femme ?

- Je ne sais pas, je crois que c'était des vigiles. Ils doivent croire que j'ai volé quelque chose mais c'est pas vrai. Vous pouvez me fouiller si vous voulez !

La caissière attira l'attention de Largo. C'était à leur tour de payer et au milieu de cette agitation, ils avaient oublié où ils se trouvaient. Il alla rapidement régler ses achats et ils sortirent tous les trois du magasin, Joy entraînant Rosy avec eux. Ils étaient maintenant dans la galerie marchande et la jeune femme ne semblait pas décidée à lâcher la fillette.

- Merci, madame, mais je vais y aller.

- Comment t'appelles-tu ?

Décidément, cette dame ne semblait pas prêter la moindre attention à ce qu'elle disait !

- Rose. Mais mes amis m'appellent Rosy.

- Ok, Rose, et maintenant tu vas nous expliquer à quoi rimait cette petite scène dans la boutique.

Le ton de la jeune femme était sans appel. Rosy n'osait pas lui mentir. Elle ignorait comment elle le savait, mais elle était sûre que si elle mentait, la femme s'en apercevrait immédiatement. De plus, il y avait quelque chose chez cette dernière qui donnait à Rosy l'envie de lui faire confiance.

- Je ne sais pas, ils étaient chez Tonton Paulo et quand je suis arrivée, ils m'ont couru après. Je crois qu'ils sont très méchants et je crois qu'ils ont fait du mal à mon tonton. J'ai eu tellement peur !

Elle avait baissé les yeux pendant qu'elle racontait et elle ne put donc pas voir le regard qu'échangèrent les deux adultes. Ce fut l'homme qui prit la parole.

- N'ait plus peur, Rosy, ils sont partis. Tu vas nous dire où habite ton oncle et nous allons voir ce qui lui est arrivé. En attendant, tu vas nous attendre dans un endroit où tu n'auras rien à craindre.

La petite fille leva des yeux tellement pleins de remerciements que le cœur de Largo se serra. Le milliardaire savait repérer en un seul coup d'œil à quel genre de gangsters il avait affaire et ceux qu'ils venaient de voir ne lui inspirait rien de bon. Il espéra qu'ils n'auraient pas de mauvaises nouvelles à rapporter à la petite fille.