A/N: Bonsoir à la populace ! Oui, oui, je sais, le rythme de mes publications est horriblement irrégulier, mais voilà, je laisse l'inspiration venir quand elle veut, et il faut dire que les dernières semaines ont été assez...euh, compliquées (quand on passe trois jours à fonctionner avec trois heures de sommeil ou moins tout en traînant sa carcasse jusqu'à la fac pour passer ses partiels, compliqué est une très bonne description). Breeef, je ne vais pas vous ennuyer avec les détails de ma vie pour le moins inintéressante, mais sachez que je ne sais absolument pas quand aura lieu la prochaine publication, vu que le prochain chapitre sera une horrible galère à écrire avec les futures scènes d'action, ce qui n'est autre qu'un cauchemar pour moi.

Alors, concernant ce chapitre, j'en suis assez satisfaite; pas mal de faits et de scènes sont venues s'ajouter alors que je ne les avais absolument pas prévues, donnant finalement un chapitre assez complet, avec une évolution de la relation Hotaru/Yuya. Il n'y a pas de grandes scènes romantiques à proprement parler (et me connaissant, je ne suis pas sûre qu'il y en ait un jour, en fait), mais il est à noter que les nouvelles pensées impures de notre adorable Ho-chan me poussent à faire passer le rating de cette fic en M. C'est plus par principe qu'autre chose, hein. Il n'y a pas non plus de quoi faire rougir une vierge effarouchée.

Sinon, j'étais un peu triste de noter que les reviews du chapitre 15 ont diminuées par rapport au chapitre 14, ce qui m'avait un peu déprimée, vu que j'avais des doutes sur celui-ci et le fait qu'une histoire autre que la relation entre Ho-chan et Yuya était mise en place. Fait d'autant plus troublant lorsque je vois le nombre de vues que cette fic a. ._. Mais bon, ce n'est pas grave, parce que quelques-unes me laissent des reviews qui me vont toujours droit au cœur, et c'est bien assez pour me motiver. :D

Chawn: Ha, je suis contente que Yukimura soit aussi populaire ! Il faut dire que je prends un malin plaisir à l'écrire; j'adore ce genre de personnage, qui me permet en plus de créer toujours des situations très drôles. Oh, je t'assure que remonter dans le classement sera bientôt le dernier des soucis de cette pauvre Yuya ! Et puis bon, avoir Ho-chan toujours collé à soi, je suis pas sûre que ce soit vraiment une mauvaise chose. ;D Le plan "diabolique" de Yukimura est désespérément simple, mais je ne sais pas si on perçoit vraiment clairement son implication (quoique)... Et je te remercie humblement, nouvelle fan. :D

Chibi yuya: Merci beaucoup ! ^_^ Certes, il n'est pas arrivé dans la foulée, mais voilà le chapitre 16~

Shinrei3: Ah, si tu aimes mon humour, tu devrais être servie avec ce chapitre ! Personnellement, je me suis beaucoup amusée en l'écrivant ! x)

Tsume-en-force: En effet, je pense qu'Okuni est un personnage très intéressant, qui est bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. J'avais un peu peur avec le passage entre Muramasa et Okuni, parce que c'est atrocement sérieux. De plus, vu que Muramasa est au courant de tout ce qui se passe, il fallait mettre les lectrices sur la piste sans pour autant trop en dire. Côté liens qui unit les personnages, tu devrais être servie avec ce chapitre-là ! ;D Oui, Yukimura en chef de mafia me paraissait le choix le plus logique, mais sache qu'il ne juge pas Ho-chan (c'est d'ailleurs un des rares qui ne le fait pas). Il est agacé par le fait qu'Ho-chan a abandonné Yuya, alors qu'un partenaire est celui sur lequel on est censé pouvoir compter le plus. Et ses instincts protecteurs ressortent un peu, du coup. ;) Tu es une des rares à avoir approuvé de manière aussi vive et intéressée l'arrivée d'une histoire un peu plus sérieuse, et j'en ai été très touchée lorsque j'ai lu ta review. Ça m'a vraiment fait plaisir. ^_^ Hmm, pour te donner un indice concernant Yuan, c'est dans les premiers chapitres, et c'est extrêmement léger. Mais, mais, ce n'est pas de ma faute, Kyo est tellement facile à vanner ! :'D

Bloody Kyo: Hahaha, juste un peu de souffrance pour Ho-chan, rien de bien grave (quoique je n'aimerais pas vraiment être à sa place) ! Ah, mais les réflexions de Yukimura sont tout un art. C'est un personnage naturellement moqueur et en proie à l'exagération, donc il est plutôt aisé pour moi d'écrire son point de vue (ce seul fait en dit un peu trop sur ma personnalité tordue...)~ Et encore merci pour ton soutien continuel ! o/

Bonne lecture !


HELLISH PARADISE

Chapitre 16

Yuya Shiina dévisageait de manière soupçonneuse Yukimura Sanada. Oh, bien sûr, un tel fait n'avait rien de nouveau. Après tout, elle avait toujours eu tendance à se méfier lorsqu'il était en sa présence, surtout après le fameux incident du placard, qu'elle souhaitait un jour être en mesure d'oublier. C'était fou comme le fait d'avoir failli être réduite à l'état d'une crêpe à cause de l'humour pour le moins déplacé et douteux d'un ancien mafieux pouvait rendre une personne tout à fait saine d'esprit extrêmement suspicieuse lorsque ledit mafieux se trouvait à moins de cinq mètres d'elle.

Il lui offrit un sourire éblouissant, et ses sourcils se froncèrent d'autant plus. Sur n'importe quelle autre personne, un sourire aussi joyeux était source d'apaisement, mais chez Yukimura Sanada, ce n'était qu'un signe qui criait à son interlocuteur de s'enfuir. Après tout, cet homme dangereux ne trouvait de la joie qu'en provoquant délibérément l'embarras (voire pire) chez les autres au nom de son amusement personnel. Alors, lorsque la jeune femme se trouvait confrontée à cette expression sur le visage de l'homme, elle ne pouvait qu'en tirer de la suspicion, et un sentiment de danger.

De plus, il avait pris soin de la coincer alors qu'elle était seule, et ce seul fait lui indiquait qu'il attendait quelque chose d'elle en particulier. Cela faisait quelques jours depuis leur pseudo conversation à la machine à café (vraiment, cela relevait plus de l'échange de moqueries), et elle avait été plutôt heureuse de vivre sa vie loin de l'homme machiavélique qu'était Yukimura Sanada. Mais voilà, elle était actuellement adossée au mur en face du bureau de Muramasa, attendant patiemment que son partenaire en ressorte.

Apparemment, il lui faisait la morale sur le fait que détruire les biens publics ne faisait pas partie intégrante de leur mission consistant à chasser les criminels. Cette fois-ci, les dégâts avaient été trop importants, et vu qu'elle n'était pas financièrement capable de couvrir les dommages, cette corvée retombait sur l'entreprise. Elle était assez heureuse que son supérieur se contente de sermonner son partenaire et pas elle avec, car elle savait qu'il aurait été aisé de faire retomber le blâme sur ses épaules; après tout, elle était chargée d'éviter ce genre de débordements, et c'était l'exacte raison qu'elle avait été choisie pour être la partenaire du dangereux pyromane. Mais voilà, il semblait que les dirigeants avaient légèrement surestimé sa capacité à contrôler le danger public qu'était Hotaru. Elle était douée pour faire comprendre aux sombres imbéciles qu'étaient la plupart des anciens criminels en quoi consistait le bon sens, mais il fallait bien l'avouer, elle n'était pas non plus en mesure de faire des miracles.

Et faire comprendre à Hotaru que brûler plusieurs bâtiments habités pour faire sortir de leur cachette les criminels qu'ils pourchassaient n'était pas une solution relevait du miracle.

Ils avaient été chanceux que la plupart des personnes n'aient été que légèrement blessées, mais les soins hospitaliers combinés aux coûts de réparation des immeubles plus les dédommagements versés aux victimes afin de leur faire oublier le traumatisme qu'elles avaient sans nul doute vécues représentaient une somme assez coquette. De plus, elle avait dû user une énergie non négligeable pour éteindre une partie des flammes que nourrissait le Gift de son partenaire, pour ensuite capturer les criminels, et enfin prendre le temps d'hurler gentiment sur son partenaire inconscient afin de lui expliquer que ce qu'il avait fait était très, très mal.

Et stupide.

Extrêmement stupide.

Autant dire qu'elle n'avait pas été spécialement enthousiaste à l'idée d'annoncer tout cela à son supérieur, surtout avec la migraine qui commençait à pointer le bout de son nez. C'est pourquoi elle avait été terriblement soulagée lorsque Muramasa, avec son calme habituel, lui avait gentiment ordonné de sortir de son bureau tandis qu'il 'discutait' avec son partenaire. Elle était à peu près sûre que les trois quarts de ce qu'il dirait à Hotaru rentrerait par une oreille et ressortirait de l'autre (si Muramasa avait de la chance), mais peu importait. Elle avait échappé au sermon, et c'était tout ce qui comptait.

Du moins, jusqu'à ce qu'un joyeux Yukimura lui fasse la grâce de sa présence, un sourire pratiquement plaqué sur ses lèvres.

Il semblerait que ses problèmes ne fassent que commencer.

« En quoi puis-je t'aider, Yukimura-san ? »

La phrase était polie, mais les sourcils froncés de la chasseuse de prime combinés à sa position tendue soulignaient qu'elle n'avait nullement envie de connaître la réponse à sa question.

« Quel accueil glacial, Yuya-san ! »

Elle croisa les bras sur sa poitrine, peu désireuse d'entrer dans le jeu de son interlocuteur.

« A t'écouter, j'attends toujours quelque chose des personnes avec qui j'engage une conversation ! »

Elle haussa un sourcil lorsqu'il lui offrit un regard empli d'innocence.

« Et ce n'est pas le cas ? »

Il porta une main à son torse, comme si ces mots venaient de l'affecter physiquement.

« Ah, tu me blesses, Yuya-san ! »

Puis il reprit d'une voix brisée, bien que dramatique.

« Et moi qui venait seulement te proposer une petite soirée afin de t'aider à oublier ta terrible descente dans le classement ! »

Quoi ?

« Nous avons tous pris sur nous, afin que tu puisses te détendre et que tu n'aies pas besoin de dépenser un seul sou pour cette petite fête ! »

Elle l'observa, extrêmement surprise. Une fête pour lui remonter le moral ? Sans qu'elle n'ait besoin d'y contribuer financièrement ?

Cela ressemblait à un piège. Du moins, c'était ce que son côté rationnel lui disait. D'un autre côté, une petite voix lui soufflait au creux de l'oreille 'Pas un seul sou, pas un seul sou, pas un seul sou…'.

De la nourriture gratuite.

De l'alcool gratuit.

Pas une seule pièce à dépenser.

« Vraiment ? »

Elle tenta de garder son ton inintéressé, mais les étoiles qui brillaient dans ses yeux étaient tout ce dont Yukimura avait besoin pour savoir qu'il avait touché son point faible.

« Bien sûr. Et cela se passera chez moi, afin que tu n'aies pas à t'occuper de ranger le bazar que nous avons tous tendance à laisser derrière nous~ »

Elle ne pouvait pas refuser. Laisser passer une telle occasion était tout simplement inacceptable.

Et puis, après tout, elle méritait bien un moment de détente après le capharnaüm qu'avait été la journée qu'elle venait d'affronter. Passer du moment avec la bande d'alcooliques violents qui constituaient son entourage était toujours amusant, et superbement animé.

« Et quand a lieu tout cela ? »

Ce n'est qu'à ce moment qu'elle vit l'étincelle dans le regard de Yukimura. Elle hésita un instant, se demandant si elle pouvait encore revenir sur ses mots et refuser directement, mais l'offre qu'il lui faisait était bien trop tentante pour qu'elle prenne en compte le fait qu'elle venait sans doute de se faire manipuler avec une facilité déconcertante.

« Ce soir. »

Elle hocha la tête, et Yukimura lui offrit de nouveau ce sourire dont lui seul avait le secret.

Et alors qu'il repartit joyeusement sur son bonhomme de chemin en sifflotant, il ne put s'empêcher de penser que convaincre Yuya Shiina était désespérément aisé lorsque son porte-monnaie entrait en compte.

[&-((Y&H))-&]

Lorsqu'Hotaru sortit finalement du bureau de celui-qui-ne-cessait-de-parler-pour-lui-dire-à-que l-point-il-était-inconscient-et-être-aussi-inconsc ient-était-mal-voire-dangereux-et-pourquoi-avait-i l-donc-fait-quelque-chose-d'aussi-inconscient ?, il s'attendait à voir la fille encore furieuse, prête à lui faire comprendre avec ses poings que ses actions lui avaient particulièrement déplus.

Apparemment, elle n'avait guère apprécié qu'il tente de leur faire gagner du temps. Pourtant, cela lui avait semblé tellement logique. Les criminels s'était enfuis, mais la fille et lui n'avaient pas été sûrs dans lequel des trois immeubles ceux-ci s'étaient réfugiés. De plus, elle avait souligné le fait que leurs proies pourraient avoir la mauvaise idée de prendre des otages, et que la situation se compliquerait énormément si c'était le cas. Alors il avait choisi de faire la chose la plus évidente qui soit.

Quoi de mieux que le feu pour faire sortir de leur trous des rats ?

Et puis, au pire, s'ils ne parvenaient pas à s'enfuir, ils mourraient dans le feu. Avec tout le mal qu'ils leur avaient donné, il n'y voyait pas vraiment d'inconvénient. En tout cas, ils ne risquaient pas de prendre d'otages, vu que la plupart n'arriveraient probablement pas à s'en sortir.

Vraiment, son plan était parfait.

Il n'avait pas vraiment compris l'expression choquée de la fille, ni le regard coléreux qu'elle lui avait lancé avant d'utiliser son Gift pour réduire les dégâts qu'il était en train de causer. Au final, les flammes, même visiblement réduites, avaient été assez pour que les trois criminels s'enfuient. Ils auraient pu se fondre dans la foule d'anonymes un brin paniqués s'ils n'avaient pas utilisés leur Gift pour éloigner les gens d'eux et ainsi s'enfuir plus aisément; cela n'avait fait qu'attirer l'attention des deux chasseurs de primes, qui s'étaient empressés de les mettre hors d'état de nuire. Du moins, la fille en plaqua un au sol pendant qu'il mit tranquillement le feu aux deux autres. Enfin, à leurs vêtements. La fille lui avait déjà dit qu'ils étaient censés les ramener vivants, et que si ce n'était pas le cas, il fallait au moins qu'ils soient reconnaissables. Tant qu'il faisait à peu près attention à leur visage, cela devrait aller.

Puis une fois que tout était en règle et que les trois criminels pensaient à tout sauf s'enfuir, elle s'était tournée vers lui.

Et avait commencé à crier, tout en martelant de manière répétitive son torse de son doigt, ponctuant ses propos. Il ne se souvenait plus vraiment de ce qu'elle avait dit. Pourtant, il se rappelait de ses yeux verts étincelants de colère, de ses cheveux blonds désordonnés, certaines mèches s'échappant du ruban qui les maintenait en place, de ses joues rougies par ses émotions. Et alors qu'elle l'attaquait sous une flopée de sons censés former des mots auxquels il était incapable de prêter attention, alors que ses coups répétés commençaient à provoquer une légère douleur, il ne pouvait détacher ses yeux d'elle.

Il savait qu'il aimait lorsque son attention était portée sur lui. Il savait qu'elle était importante, qu'il désirait la protéger. Il savait aussi qu'elle était capable de le déchiffrer, et qu'elle le comprenait. Bien sûr, ce n'était pas toujours le cas, mais elle essayait ardemment, et c'était bien la première à être aussi déterminée à tenter de le comprendre.

Il baissa légèrement les yeux, et tandis qu'il observait ses lèvres continuer à former une avalanche de mots sans importance, il se sentit pris d'une envie. Quelque chose qu'il ne lui avait jamais effleuré l'esprit, quelque chose qu'il n'avait jamais considéré digne d'intérêt. Il humidifia ses lèvres de sa langue en un geste lent, se demandant si écraser ses lèvres contre les siennes serait aussi satisfaisant qu'il l'imaginait. De nouveau, cette chaleur dans sa poitrine, mais bien plus intense, plus ardente qu'auparavant.

Il détacha son regard de sa bouche, prenant simplement en considération son visage entier.

Elle était belle.

C'était une simple admission, un fait auquel il n'avait jamais prêté attention auparavant. Et alors qu'il continuait d'observer ses traits, alors qu'il prenait en compte ses joues rougies, ses lèvres attirantes et ses grands yeux verts brillants, il ne put s'empêcher de l'imaginer sous lui, rougissant de plaisir tandis que ses doigts parcouraient sa peau, ses longs cheveux blonds éparpillés autour d'elle, ses yeux verts mi-clos. Il pouvait aisément entendre les gémissements qui s'écouleraient de ses lèvres dans une telle situation, et il réprima un frisson.

Il brûlait de l'intérieur.

Il n'eut jamais le temps de décortiquer cette nouvelle facette que la fille éveillait en lui, car ce fut l'instant où sa tirade coléreuse finit, et où elle décida de ramener tout ce beau monde à l'immeuble familier des chasseurs de prime, avant de l'abandonner chez celui-contre-qui-il-aimerait-toujours-se-battre-ma is-il-n'avait-toujours-pas-le-droit-parce-que-c'ét ait-encore-son-supérieur.

Il s'approcha tranquillement d'elle, et il remarqua qu'elle était détendue, et non pas crispée comme il l'avait supposé en sortant. Elle était simplement adossée contre le mur, l'attendant patiemment. Il était vaguement surpris par ce fait; elle n'avait jamais montré une quelconque patience lorsqu'il s'agissait d'attendre. Elle leva les yeux vers lui lorsqu'il arriva. Elle le dévisageait simplement, nul signe de mécontentement sur ses traits fins. Elle ne faisait que le regarder, mais il eut l'étrange impression qu'elle savait la moindre pensée présente dans sa tête, comme si elle connaissait tous les secrets qui se cachaient dans les sombres recoins de son esprit. Il aurait dû se sentir intimidé, ou même vaguement contrarié à cette idée, mais il ne trouva que cette étrange chaleur, à laquelle il était maintenant habitué.

Elle le connaissait. Elle savait de quoi il était capable.

Et pourtant, elle l'acceptait.

Elle voulait qu'il fasse partie intégrante de sa vie; elle avait besoin de lui.

Elle ne le craignait pas, ne l'avait jamais dévisagé avec haine, ne l'avait jamais considéré comme un être différent, dangereux pour elle.

Elle pencha légèrement la tête, le questionnant silencieusement. Il ne répondit pas, se contentant de glisser ses bras autour de son corps en une étreinte familière. Elle ne se crispa face à son geste, mais il pouvait sentir sa surprise. Il posa sa joue contre ses cheveux, tandis qu'il sentit son souffle chaud contre son cou.

« Le sermon de Muramasa-san était si traumatisant que cela ? »

L'amusement dans sa voix était palpable, et il se contenta de resserrer son étreinte.

Il appréciait cette position, aimait la liberté qu'elle lui laissait en l'autorisant à la toucher comme il le faisait. Il était vrai qu'il n'avait jamais apprécié le contact physique; il avait toujours perçu cela comme une faiblesse, comme un moyen d'être blessé. Mais avec elle, c'était différent. Elle ne le trahirait pas, n'avait aucunement l'intention de lui faire du mal. La toucher devenait une habitude, un moyen de s'assurer qu'elle était réelle, qu'une personne l'acceptant aussi aisément existait réellement.

« …J'aime ton odeur. »

Les mots avaient franchis ses lèvres sans qu'il n'y prête vraiment attention. Il y avait quelque chose de doux dans son odeur, quelque chose de réconfortant, quelque chose qui lui rappelait étrangement qu'il n'était pas seul.

Il ne pouvait pas voir son visage, mais il savait qu'elle était en train de lever les yeux au ciel.

« Je ne sais même pas pourquoi je tente de parler avec toi, Hotaru. »

Son exaspération était mêlée à de l'amusement.

Elle posa ses mains sur son torse, avant de gentiment se défaire de son étreinte. Il fut tenté de la stopper, de la retenir, de l'empêcher de s'éloigner de lui. Cependant, alors qu'il vit le sourire tranquille qui étirait ses lèvres et ses grands yeux verts pétillant d'amusement, il se contenta de saisir sa main et d'entrelacer leurs doigts.

Pour l'instant, c'était suffisant.

[&-((Y&H))-&]

Yuya Shiina était actuellement détendue. C'était un fait ô combien rare, et elle savoura l'état d'esprit dans lequel elle se trouvait avec joie. Elle réalisait à quel point elle avait été stressée ces derniers temps entre les missions, le drame qu'elle avait évité in extremis il y avait de cela quelques semaines avec Hotaru et Shinrei, le vagabondage de son partenaire pendant une semaine, et la mise à sac de trois immeubles, courtoisie de son même partenaire; sa vie avait été sens dessus dessous. Mais voilà qu'elle était maintenant tranquillement assise, une bouteille de saké à la main, observant l'agitation autour d'elle d'un œil amusé.

Kyo était à ses côtés, sirotant le même alcool tranquillement, sans qu'aucune pique blessante ne vienne franchir ses lèvres. Yukimura discutait joyeusement avec Sasuke – ou plutôt, il gloussait comme une personne dérangée en décoiffant Sasuke tandis que celui-ci tentait de l'éloigner en frappant sa main dès qu'il s'approchait (ce qui ne l'empêchait guère de revenir à la charge). Bontenmaru, Tigre Rouge, Akira, Saizo (il s'était laissé entraîner après que Bonten ait placé une pique concernant Yukimura) et Hotaru (de manière surprenante) participaient à un concours de bibine dans un élan de fierté masculine et d'esprit de compétition acéré. Akari n'était pas présente, ayant expliqué qu'elle avait des rapports à fournir concernant les blessés qui étaient venus la visiter dernièrement; vu son amour pour la paperasse, elle avait délaissé son devoir bien trop souvent et se retrouvait donc à travailler tardivement pour rattraper son retard.

Yuya ferma les yeux, se laissant aller à écouter les exclamations plus ou moins cohérentes venant de la bande d'alcooliques.

« Sur qui paries-tu, planche à pain ? »

La voix grave de Kyo salua ses oreilles, et elle ne releva même pas son insulte. C'était une soirée tranquille, et elle n'avait pas spécialement envie de gâcher son énergie. Le fait qu'elle en soit à sa troisième bouteille pouvait également expliquer son apathie actuelle.

« Tu sais bien que je ne paris pas. Trop de chance de perdre de l'argent. »

Elle n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour sentir son amusement.

« Tu n'as même pas confiance en ton partenaire… ? »

Un rire léger s'échappa de ses lèvres.

« En Hotaru ? Pour un concours de bibine ? Certainement pas. »

Elle était tellement bien, elle n'allait sûrement pas tarder à ne faire plus qu'un avec le canapé.

« Avec un alcoolique comme Bonten, ils vont tous se battre pour aller aux toilettes tandis qu'il continuera à joyeusement vider les bouteilles. Je ne comprends même pas qu'Akira se soit lancé dans une partie perdue d'avance. »

Elle ajouta, comme une arrière-pensée :

« Cette fameuse fierté masculine finira par le perdre… »

C'était officiel. Le canapé et elle ne se sépareraient plus. Si elle avait su que Yukimura possédait un mobilier aussi confortable, peut-être n'aurait-elle pas refusé si souvent ses invitations. Se soumettre à ses plans délirants paraissait presque une broutille, lorsqu'elle était si bien installée que cela.

« De la même manière que ton partenaire risque de perdre son bras gauche à cause d'elle. »

Elle sortit quelques secondes de sa torpeur bienfaitrice pour lui répondre.

« Gnné ? »

Yuya Shiina et sa répartie à toute épreuve.

« Tu devrais peut-être ouvrir les yeux pour profiter du spectacle. »

Aurait-elle été un peu plus attentive à son interlocuteur, peut-être aurait-elle réalisé le sadisme mêlé à la satisfaction dans le ton de son interlocuteur.

« Hmm, pas envie.

-Comme tu veux. »

Silence.

« Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un accepte un bras de fer avec Bonten.

-Il faut vraiment manquer de bon sens ou être particulièrement idiot pour faire une telle chose. »

Après tout, tout le monde savait que Bonten ne maîtrisait pas son Gift.

« Tu reconnais donc la stupidité de ton partenaire ?

-Bien sûr, j'ai toujours dit— »

Elle s'interrompit brusquement, avant d'ouvrir les yeux et de se tourner vers Kyo.

« Ne me dis pas que cet imbécile— »

Le sourire moqueur de Kyo ne fit que se renforcer devant sa réaction, et alors qu'elle s'apprêtait à se tourner vers le fameux bras de fer pour surveiller la situation—

Un craquement sinistre résonna dans la pièce.

Le silence s'installa quelques secondes avant que—

« Bonten-san, tu n'y as pas été de main morte ! Regarde, son bras est cassé !

-En même temps, quelle idée de faire un bras de fer avec cette brute…

-Ah, autant pour moi ! Je n'ai pas senti ma force !

-Ca a vraiment fait un sale bruit ! Hey, tu vas bien ?

-Yukimura-sama, ne jouez pas ainsi avec son bras ! Il est blessé ! »

Elle se pinça l'arête du nez. Une soirée calme où elle était détendue. Bien sûr, cela avait été trop beau pour être vrai. Il fallait que ces imbéciles gâchent tout. Elle compta mentalement jusqu'à dix dans l'espoir de se calmer.

Un cri de surprise—

« Ah, Yukimura-sama ! Laissez-moi vous aider—

-Me brûler alors que je ne chercher qu'à venir en aide à ce pauvre Hotaru ! Quelle cruauté !

-Je ne suis pas sûr que frapper de manière continuelle sur son bras cassé puisse être d'une aide quelconque. »

Inspirer. Expirer. Se concentrer sur sa respiration. Tout allait bien.

« Yukimura-sama ! Votre pantalon, il faut éteindre—

-Je ne suis peut-être pas le plus intelligent, mais lancer ce verre d'alcool ne me semble pas être—

-Oh, tu reconnais enfin ton idiotie, Tigre Rouge ? »

Elle vivait dans un monde merveilleux, extrêmement paisible, où tous ceux qu'elle était censée considérer comme des amis n'étaient pas de sombres idiots aux tendances violentes, où tout le monde savait ce qu'était le bon sens, et s'en servait avec joie.

« Je t'emmerde, Akira !

-Tu me blesses, vraiment.

-Hahahaha, il l'a fait !

-Yukimura-sama, je suis désolé ! Je ne voulais pas, je pensais que du liquide suffirait à—

-Ne t'inquiète pas Saizo, je vais très bien~

-Tu veux dire, à part le fait que ton pantalon est en train de brûler ?

-Ce n'est pas en soulignant l'évidence que tu vas prouver ton intelligence… »

Elle n'était pas assise sur un canapé dans la même pièce qu'une bande d'imbéciles, dont un était son partenaire avec un bras cassé à cause de sa propre stupidité, et un ancien maffieux dont le pantalon était en feu tandis qu'il gloussait joyeusement.

Du tout.

Elle sentit une main se poser sur la sienne, et elle ouvrit les yeux par pur réflexe. Devant elle était agenouillé Hotaru —quand était-il arrivé là ?—, son visage impassible ne trahissant aucune émotion. Puis son regard glissa sur son bras gauche, et elle réprima une grimace, avant de penser de manière absente qu'avoir son bras à un angle aussi étrange sans que cela ne le gêne devenait une fort vilaine habitude.

« J'ai mal. »

Elle haussa un sourcil.

« …Ton bras est visiblement cassé. Si tu n'avais pas mal, ce serait un brin effrayant. »

Il ne bougea pas d'un pouce. Elle retint un soupir.

« Qu'est-ce que tu veux que j'y change ? Que je te fasse un bisou magique ? »

Il pencha légèrement la tête sur le côté, et elle se dit que cette manière qu'il avait de communiquer sans que le moindre mot ne vienne franchir ses lèvres était relativement impressionnante. Elle ne songea pas au fait qu'elle comprenait parfaitement ce qu'il ne disait pas, ce qui était un fait bien plus terrifiant en soi.

« Enfin Hotaru, tu ne peux pas ne pas savoir ce qu'est un bisou magique, tout de mê— »

Elle s'interrompit brusquement. Mon Dieu, elle était tellement stupide ! Hotaru avait été orphelin très tôt, et elle doutait fortement que son père s'était amusé à lui faire des bisous magiques après avoir joyeusement fait assassiner sa mère ! Elle se maudit intérieurement pour son manque de considération, soudainement honteuse d'avoir fait une aussi grosse gaffe. Une telle bêtise était digne de Tigre Rouge, il n'y avait pas à dire ! Stupide, stupide, stupide, stupide—

Ses yeux s'adoucirent tandis qu'elle continuait à s'insulter intérieurement pour son manque de tact.

La jeune femme, peu consciente du fait que tous s'étaient tournés pour suivre la scène entre Yuya et son partenaire (il fallait dire que la chasseuse de prime était quasiment la seule personne à qui il daignait adresser la parole; ils n'avaient pu s'empêcher de l'observer avec curiosité lorsqu'il avait parlé), saisit délicatement son bras blessé, ses lèvres venant effleurer sa peau en un geste innocent et pourtant étrangement sensuel. Tous la regardèrent pendant quelques secondes avec une surprise non dissimulée (elle crut d'ailleurs entendre quelque chose craquer, comme le son d'une bouteille se brisant sous la pression de doigts trop crispés sur celle-ci, mais elle n'y prêta guère attention), et leurs yeux s'empressèrent de se tourner vers Hotaru, guettant sa réaction avec avidité.

Malheureusement, leurs quelques secondes d'inattention leur firent rater le frisson qui le parcourut, et ils ne pouvaient voir son expression de leur position actuelle.

Kyo ne fit pas cette erreur.

Il vit le tressaillement de l'autre homme, et observa avec furie ses yeux vides de sentiment s'animer avec une intensité qu'il n'avait fait qu'entrapercevoir jusque-là, son regard ambré s'illuminant d'une férocité digne d'un prédateur guettant sa proie, avant que sa langue ne vienne humidifier ses lèvres d'un geste lent.

Kyo savait que quelque chose s'était passé entre eux après sa fuite d'une semaine, et que ce quelque chose avait rendu l'ancien criminel plus enclin à montrer son affection pour la jeune femme, maintenant à tout moment un contact physique avec elle avec une détermination qui en étonnerait plus d'un. Cependant, il savait aussi que, même si la planche à pain avait accepté ce nouvel aspect de l'autre homme avec une certaine indifférence, elle n'avait jamais établi d'elle-même un contact physique avec lui.

Ce fait venait d'abruptement changer, et il n'était vraiment pas sûr que ce soit une bonne chose. Il avait l'étrange impression qu'elle venait de libérer quelque chose chez l'autre homme, et il était quasiment certain que l'innocente et naïve Yuya n'était pas encore prête à subir les conséquences de son action empathique et spontanée.

Yuya offrit un sourire brillant à Hotaru, ignorant tout des observations silencieuses de Kyo, heureuse d'avoir réparé son erreur précédente avec son geste.

Ce fut dans un silence pesant (tous était encore trop choqué pour réagir ou parvenir à aligner le moindre mot) qu'elle leur annonça qu'elle emmenait Hotaru à l'infirmerie de la compagnie puisqu'Akari s'y trouvait encore. Elle remercia Yukimura de son accueil, trébucha sur une des bouteilles (malgré ce qu'elle voulait faire croire, Yuya Shiina avait quelques grammes d'alcool de trop dans le sang) avant d'être aisément rattrapée par Hotaru, aussi naturellement qu'il pouvait le faire avec un bras endommagé.

La porte claqua derrière eux.

Ce ne fut que quelques minutes plus tard que, de manière surprenante, Bonten fut le premier à réaliser qu'il avait encore le don de la parole et était en mesure d'en faire usage.

« Qu'est-ce que c'était que ça ? »

Et à cette grande question pleine d'éloquence, personne ne trouva réponse.

[&-((Y&H))-&]

Akari s'ennuyait à mourir. Elle était assise à son bureau, ses jambes croisées tandis qu'elle tentait de maintenir une position vaguement féminine. A vrai dire, il était plus exacte de dire qu'elle était affalée sur son bureau, son stylo laissant des traces sur le papier ressemblant vaguement à des mots, bien loin de l'écriture soignée et féminine qu'elle se plaisait d'habitude à maintenir. Ses yeux étaient mi-clos, et une expression boudeuse venait déformer son visage normalement souriant. Il fallait dire que son esprit était bien loin des diverses fractures et blessures qu'elle avait soigné sur tel ou tel chasseur de prime, mais plutôt sur la joyeuse soirée qu'elle était en train de manquer au nom de quelque chose d'aussi peu important que de la vulgaire paperasse. Mais voilà, Muramasa lui avait fait comprendre avec son sourire plein de patience que, non, se plonger dans la débauche avec ses petits camarades n'était pas une excuse valable pour s'enfuir loin des rapports qu'il attendait depuis plusieurs mois, et qui n'avaient toujours pas trouvé le chemin de son bureau.

Ah, tous les secrets qu'elle aurait pu découvrir tandis que ses chers petits chasseurs de prime se plongeaient joyeusement dans l'alcool, toute la joie qu'elle aurait pu ressentir tandis qu'elle se collait à Kyo, tout l'amusement qu'elle aurait pu tirer du fait que Yukimura flirtait joyeusement avec elle avec son sourire charmeur ! Vraiment, l'injustice de ce monde l'impressionnerait toujours ! Elle qui passait tout ce temps à soigner ces chasseurs de prime ingrats, elle qui se retrouvait confinée dans l'infirmerie avec pour seule volonté de sauver ses très chers confrères (moyennant quelques secrets), elle qui était l'image même de la bonté et de la générosité était enfermée dans cette petite pièce blanche pendant une nuit qu'elle aurait pu passer à baigner dans la présence de beaux hommes (du moins, deux en particulier) ! Vraiment, ne faisait-elle pas assez de bonnes actions en usant son énergie à guérir ceux qui venaient franchir le seuil de son infirmerie (elle ignora savamment le fait qu'elle refusait de soigner ceux dont le secret n'était guère intéressant) ?

Avec un peu de chance, elle aurait même pu en apprendre un peu plus sur la savoureuse liaison que la petite Yuya semblait entretenir avec son partenaire ! La jeune femme n'était pas particulièrement bavarde lorsqu'elle buvait, mais si on lui posait les bonnes questions, on pouvait apprendre de petits détails que jamais elle n'aurait divulgués en temps normal. La voir embarrassée les jours suivants lorsque ces mêmes petits détails revenaient miraculeusement dans la conversation était un petit bonus qui ne manquait jamais de rendre sa journée terriblement amusante. Il fallait dire que les réactions explosives de Yuya étaient toujours quelque chose de drôle à voir –Yukimura ne la contredirait certainement pas sur ce point-là; il en tirait le même plaisir qu'elle, et elle supposait que c'était sa manière à lui de montrer son affection pour la jeune femme, bien qu'elle ne soit pas sûre que celle-ci sache vraiment apprécier l'humour de l'ancien mafieux.

Mais pour en revenir à Yuya et son mystérieux partenaire (elle n'avait rien pu tirer de lui lors des rares occasions qu'elle l'avait revu, fait ô combien rare pour elle), il y avait définitivement quelque chose d'intéressant entre eux. Les contacts physiques prolongés et sa manière de la suivre comme un chien suivrait son maître était des indices plus que suffisants. Yuya montrait également une tolérance plus élevée face à son comportement excentrique, et les communications silencieuses entre les deux partenaires étaient tout à fait impressionnantes. Leurs gestes étaient aisément synchronisés, et un simple regard échangé entre eux équivalait presque à une conversation entière. On pouvait mettre cela sur le compte de l'appartement qu'ils partageaient, et du fait qu'ils étaient tout le temps ensemble, mais Akari n'était pas satisfaite par des raisons aussi peu croustillantes.

Oh, bien sûr, elle était loin d'ignorer le don que la jeune femme possédait (mais dont elle ne semblait guère consciente), acceptant avec aisance les personnes qu'elle rencontrait, sans jamais les juger (et pourtant, Dieu savait qu'elle avait plus d'une raison d'haïr les anciens criminels). C'était presque terrifiant, cette manière qu'elle avait de les observer sans détour de ses grands yeux verts.

Leur passé à tous était plus ou moins tumultueux, et Akari savait pertinemment que chaque membre de leur bande s'était confié au moins une fois à elle. Même Akira, méfiant par nature et ne jugeant que Kyo digne de son intérêt lorsqu'il était arrivé s'était ouvert à elle avec une facilité déconcertante. Peut-être qu'il fut un temps où ils gravitaient tous autour de Kyo, connaissant sa force et les ravages qu'il avait fait avant sa reconversion, mais c'était la compassion qu'émettait Yuya qui les avait rapproché. Kyo s'adoucissait en sa présence, Yukimura riait plus librement avec elle, Sasuke lui réservait un sourire timide, Akira discutait poliment avec elle, Bonten ne pouvait s'empêcher de caresser sa tête affectueusement, Tigre Rouge réfléchissait quelques secondes de plus avant d'agir, Saizo s'inclinait respectueusement devant elle, et même Shinrei, pourtant tellement centré sur son travail, prenait toujours le temps de prendre de ses nouvelles lorsqu'il la savait dans l'immeuble de la compagnie.

D'ailleurs, elle ne pouvait pas vraiment blâmer les tendances surprotectrices de ces collègues lorsque cela concernait Yuya. Elle se plaisait quelquefois à songer que si elle n'avait pas été élevée comme une fille, si elle s'était perçue autrement que comme une femme (malgré ce que son anatomie laissait croire), elle n'aurait pas réfléchi à deux fois avant de séduire Yuya, une des rares personnes capable de l'accepter sans rien demander en retour. Oui, dans une autre vie, le sourire éblouissant de Yuya Shiina aurait sans doute fait battre son cœur et elle lui aurait offert sans concession—

Elle fut tirée de ses pensées pleines de lyrisme par la porte s'ouvrant brusquement. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir l'objet de sa réflexion dans l'embrasure de la porte, son adorable visage dépeignant son embarras !

« Je suis désolée de t'interrompre dans ta paperasse, Akari-san— »

Elle la prit prestement dans ses bras, bien trop heureuse qu'enfin, une excuse se présente pour lui éviter de continuer à s'ennuyer sur l'horrible paperasse accumulée sur son bureau.

« Tu ne pouvais pas mieux tomber, Yuya ! »

Elle vit son partenaire derrière elle, et son sourire devint amusé lorsqu'elle réalisa qu'il fronçait légèrement les sourcils. Elle relâcha la jeune femme, et le vit se détendre inconsciemment.

Comme c'était intéressant.

« Comme tu peux le voir, Hotaru a le bras gauche cassé. »

Oh. Elle n'avait guère remarqué ce détail.

« Je suis vraiment désolée de te demander cela alors que tu n'es même pas censée être en service, mais—

-Ne t'inquiète pas ! Tu sais bien que venir en aide aux autres est mon passe-temps… »

La jeune femme lui lança un regard dubitatif, doutant clairement de sa générosité (après tout, les guérisons d'Akari relevaient plus de l'échange marchand que de pur altruisme de sa part), mais elle ne la contredit pas.

« Je suppose que tu veux que je sorte— »

Une nouvelle fois, Yuya fut interrompue. Cependant, cela n'avait rien à voir avec l'enthousiasme d'Akari, ou une quelconque action de son partenaire. Non, les lumières venaient brusquement de s'éteindre.

Il y eut quelques secondes de silence, leurs yeux tentant de s'ajuster à la perte soudaine de luminosité.

« Une panne… ? »

La voix hésitante de la guérisseuse brisa le silence, et elle aperçut le léger déni qu'effectua Yuya d'un mouvement de la tête.

« Non, je ne crois pas. Il y a au moins deux générateurs de secours, Akari-san. »

La réponse de la chasseuse de prime lui fit comprendre l'anormalité flagrante de la situation.

« Vu que les autres immeubles ne semblent pas bénéficier du même traitement, nous sommes probablement sous attaque. »

A ces simples mots, prononcés d'un ton presque badin, Akari réalisa que la paperasse allait être le dernier de ses soucis cette nuit.