Oh ben ça alors ! C'est quoi ça ? C'est une nouvelle fic. Encore. Cette fois, la Porte est à l'honneur durant un moment. En espérant que vous l'apprécierez aussi, bonne lecture !
Village de Yangton, 17 juillet 18XX.

Les gens étaient en deuil, un de leur habitant vient de décéder le matin même. Une foule de curieux était assemblée devant une petite maison. On entendait les commentaires des uns et des autres, et des pleurs aussi. L'homme a laissé une femme et une jeune fille, qui pleurent à chaudes larmes. Le médecin et le curé étaient présents eux aussi. Le premier rangeait ses outils, pendant que le second donnait les derniers sacrements. Crise cardiaque, en pleine force de l'âge. Le médecin s'en alla, écartant la foule. Le corps fut emmené, pour les préparatifs de l'enterrement, qui aurait lieu dans deux jours.

Petit à petit, ce furent les gens eux-même qui s'en allèrent. Les deux femmes restèrent, en proie au chagrin. La veuve, une femme travailleuse mais angoissée quant à l'avenir, retomba comme une masse sur une chaise.

« Qu'allons-nous devenir sans le père ? Nous allons manquer d'un revenu à présent, nous pourrions même manquer d'argent tout court ! » s'exclama-t-elle avant de pleurer à nouveau.

Manquer d'argent, la voilà sa hantise. Vivre dans la misère, son cauchemar. Sa fille, déjà âgée de vingt-deux ans, s'approcha pour la rassurer :

« Allons maman, ne dis pas ça. Tu sais bien que j'ai un travail, je suis l'employée de Mme Dupiron, la couturière. Nous avons deux donc deux sources d'argent. » dit-elle.

« Mais cela suffira-t-il ? Allons-nous réellement nous en sortir sans mon pauvre mari ? » reprit la mère.

« Nous y arriverons maman, il suffit d'y croire et de le vouloir. » insista la fille.

Mais rien n'était fait pour calmer l'angoisse de sa mère. Seul le retour du défunt pourrait la rassurer. Mais les morts ne reviennent pas à la vie … durant l'enterrement, les villageois assurèrent leur soutient aux malheureuses. Si la fille les accueillait avec reconnaissance, la mère n'y voyait là qu'un moyen d'augmenter ses craintes. Ils ne disaient cela que pour la forme, pensait-elle, mais si jamais elle était dans le besoin ils lui tourneraient le dos.

Après cette dure épreuve la vie reprit son court, sans se soucier de l'état d'âme des gens. C'était ainsi. La fille travaillait avec courage, et rassurait sa mère comme elle le pouvait. Cette dernière aussi avait trouvé un emploi. Bref, elles avaient de quoi s'en sortir. Le temps passait, la douleur s'estompait. Si la jeune fille avait retrouvé sa gaieté de vivre, ce n'était pas le cas de sa mère.

« Si seulement mon mari pouvait revenir … je serais moins angoissée. » passait-elle son temps à dire.

Un souhait qui ne pourrait jamais se réaliser. En apparence tout du moins. Un jour, des alchimistes arrivèrent au village. Leur science et leurs prouesses émerveillèrent les gens du coin. Tout semblait possible avec l'alchimie. Ce qui éveilla vivement l'intérêt d'une certaine personne. Elle alla aussitôt se renseigner auprès des alchimistes pour savoir comment apprendre leur science. Ils lui fournirent de vieux livres, elle les ramena chez elle comme s'il s'agissait d'un trésor.

« Regarde mon enfant, les alchimistes m'ont donné de quoi faire comme eux. Je vais tout apprendre, et je ferais des merveilles avec. » annonça la veuve.

« Si tu le dis, maman. » répondit sa fille, un peu dubitative.


Sa mère se mit à étudier avec ferveur, reprenant par là du poil de la bête. La jeune fille se montra ravie de cette initiative : la veuve semblait moins anxieuse, mais plutôt pleine d'excitation et presque joyeuse. Vint le temps des premières transmutations, hésitantes, pas vraiment réussies. La mère persista cependant, et ses efforts furent naturellement récompensés.

Dans le village, elle devint vite renommée et on l'appelait souvent pour réparer telle ou telle bricole. Voyant l'occasion de s'exercer et de s'améliorer, la veuve ne bronchait jamais.

« Je suis contente que maman aie trouvé une raison de vivre, et d'espérer. Elle se rends utile et ne se sent plus tout angoissée. » pensa la jeune fille en regardant sa mère partir avec un voisin depuis une fenêtre.

Elle alla préparer le dîner. Sa mère revint un quart d'heure plus tard, ravie de sa dernière transmutation. Comme toujours, elle narra les détails à son enfant, qui l'écoutait toujours avec attention. Un jour cependant, sa mère lui demanda de venir faire quelques achats avec elle. Des courses qui allaient s'avérer étranges. La plupart de leurs achats ne concernaient en rien la vie domestique. Intriguée, la jeune fille demanda la raison de ces étranges emplettes :

« C'est une surprise ! » répondit sa mère avec un air espiègle.

Elles rentrèrent à la maison, et se dirigèrent vers la pièce où la veuve pratiquait l'alchimie.

« Tu va m'aider à disposer des ingrédients. » annonça-t-elle.

« Dis-moi d'abord ce que tu as l'intention de faire. » demanda sa fille.

« Tu verras bien. »

« Maman : que va-tu tenter ? » insista son rejeton.

La mère se sentit mal à l'aise devant son regard inquisiteur. Elle avait l'impression qu'on pouvait lire à travers elle. Elle soupira, puis finit par avouer :

« Je vais ramener ton père à la vie. »

« Quoi ?! Mais c'est impossible ! » s'exclama la jeune femme.

« Avec l'alchimie tout est possible. Tu as vu tout ce que j'arrive à faire ? Je peux réparer des choses, créer des objets. Absolument n'importe lequel, l'essentiel est d'avoir assez de matière. Alors pourquoi ne pourrais-je pas faire revivre ton père ? » répliqua la veuve.

Son enfant ne trouva rien à redire. C'est vrai que sa mère accomplissait de véritables miracles depuis qu'elle pratiquait l'alchimie. Alors pourquoi pas ? Mais elle avait beau dire, elle ressentait de la peur face à ce genre d'expérience. Il s'agissait d'une vie humaine après tout. Pas un objet.

« Rassure-toi : tu n'auras qu'à mélanger les ingrédients. Je m'occuperais de la transmutation en elle-même. » reprit la mère.

Convaincue par cet argument, la jeune femme se décida à l'aider. Elle dosa tous les produits exactement comme sa mère lui indiqua, les disposa et les mélangea. Le tout fut ensuite étalé dans un grand bac. La veuve traça ensuite un gigantesque cercle sur le sol, pendant que sa fille se tenait dans un coin de la pièce.

« Voilà dans quelques minutes, nous ne serons plus seules. » dit la veuve.

Son enfant plissa les yeux, contrariée. Ainsi, c'était la raison. Le pourquoi de son soudain intérêt pour l'alchimie. Elle avait tout planifié. Sa mère ne croyait toujours pas qu'elles pouvaient vivre à elles seules. La fille la vit poser les mains sur le cercle. Un tourbillon d'or s'éleva presque aussitôt.

« Si ça se trouve ça va marcher. » pensa-t-elle.

Néanmoins elle avait un mauvais pressentiment. Non, ça ne pouvait pas fonctionner. Elle eut envie d'arrêter sa mère. Mais avant qu'elle ne puisse faire un geste, le tourbillon prit un éclat rouge sang.

« MAMAN ELOIGNE-TOI DU CERCLE ! » cria la jeune femme.

Elle se précipita pour prendre sa mère par les épaules et l'emmener loin de là. Tout dérapait, c'était évident. La veuve protesta, clamant que c'était normal. Soudain, des éclairs rouges parcoururent son corps, la faisant crier de peur. La lumière augmenta, les aveuglant toutes les deux. La jeune femme entendit sa mère hurler, et elle se sentit agrippée par des dizaines de mains. Elle se sentit partir en avant.

Quand elle put rouvrir les yeux, elle et sa mère se trouvaient devant une porte immense. Avant que la fille ne puisse se rendre compte que sa mère se trouvait près d'elle, la porte s'ouvrit révélant des centaines d'yeux de tailles différentes. Des bras noirs jaillirent, les emprisonnèrent et les tirèrent vers l'obscurité.

« LACHEZ-MOI ! » s'écria la jeune fille.

Peine perdue. La porte l'attira en elle, et se referma avec violence. La jeune fille se retrouva dans un environnement baignée de lumière. Elle ressentit une brûlure au niveau du ventre, qui se répandit dans tout son corps. Cela devint insupportable, elle avait l'impression de brûler vive. Puis ce fut le trou noir.


« Encore un imbécile qui a bravé l'Interdit … je commence à en avoir assez de l'orgueil de ces mortels. Je dois réagir, les punir avant qu'ils ne commettent l'irréparable. Et quelles sont ces personnes qui osent défier la mort ? Je dois réagir … »

Cette voix était venue de nulle part, pourtant elle l'avait très bien entendue. Depuis combien de temps était-elle là, perdue dans le vide ? Elle n'entendait rien, ne voyait rien et ne ressentait rien. Mais elle pensait.

« Où suis-je ? Quelle heure est-il ? Je ne sens plus rien. Qui suis-je ? Je ne sais plus. » se dit-elle.

Soudain, elle ressentit des picotements. Tiens ? Elle ne ressentait plus rien normalement. Pourtant là, il se passait quelque chose. Elle sut pas combien de temps cela prit, une heure, peut-être des années, ou des siècles. Mais elle se sentait plus lourde.

« Ces images … d'où viennent-elles ? Sont-ce des souvenirs ? Mes souvenirs ? Mais je ne reconnais pas tous ces gens … »

Vint le moment où elle put ouvrir les yeux. Même s'il n'y avait rien à voir. Elle baissa la tête vers elle. Un corps, elle avait de nouveau un corps. D'où la sensation de lourdeur. Ce corps était habillé : une jupe bleue foncée avec un haut jaune, et une veste. Quelque chose de noir flotta devant ses yeux. Des cheveux ?

« Il est temps pour toi de sortir, et d'accomplir ta mission. » fit une voix.

C'était la même qu'elle avait entendu un peu plus tôt. Ou alors longtemps avant ? Elle n'en savait vraiment rien.

« Quelle mission ? » demanda-t-elle.

Le son de sa voix la surprit. Parler était de nouveau dans ses capacités …

« Je veux que tu punisse les mortels qui osent braver l'Interdit Absolu. Je t'ai redonné un corps, et les instruments pour mener à bien ta tâche. Tu devras également me ramener ceux qui m'échappent depuis trop longtemps, et les choses résultant de leurs fautes. »

Tout à coup, la création de la Porte fut aspirée en arrière. Elle vit la sortie arriver à toute vitesse et s'ouvrir. La seconde d'après, elle se retrouvait sur le sol de Central. Elle se redressa. Il faisait nuit. Elle se releva et commença à marcher, observant avec curiosité tout ce qu'elle voyait. Elle ne connaissait pratiquement rien de ce qui l'entourait. Tout à coup, la création de la Porte s'arrêta devant une vitre. Elle examina son reflet.

Son visage était fin, avec un ovale parfait. Ses lèvres étaient bien roses , ses pomettes légèrement plus claires, et ses cils ombraient un peu ses joues. Ses yeux étaient d'un violet soutenu, qui ressortaient avec ses longs cheveux noirs comme la nuit. Elle avait l'air jeune, vingt ans, peut-être plus. Sa jupe s'arrêtait au-dessus des genoux, et elle portait des chaussures noires à talons assez épais.

" Comment je m'appelle ?" demanda-t-elle à haute voix.

" Violine." fit une voix dans sa tête.

La voix de la Porte. Ainsi Violine pouvait communiquer avec la Porte. Elle s'en fut sans s'en étonner davantage. Après tout, c'était la Porte qui l'avait créée. La jeune fille marcha dans les rues, sans savoir où elle allait. Toute la nuit, Violine parcourut les rues de Central, sans ressentir le sommeil. Le matin se leva, calmement, sur la grande place. Quelques heures plus tard, les gens sortaient dans les rues. Violine les observa avec un intérêt des plus évident. Elle les regarda entrer dans les magasins et en ressortir. La jeune fille décida d'en faire autant.

Naturellement, elle ignorait ce qu'il fallait y faire. Elle se contenta donc d'examiner la marchandise, des vêtements. Une vendeuse s'approcha d'elle.

" Puis-je vous aider ?" questionna-t-elle.

" C'est quoi ?" répondit Violine en montrant la veste dont elle tenait la manche.

" Euh mais ... c'est une veste." répondit la vendeuse étonnée.

" Oh."

Violine s'éloigna, et sortit. Tout à coup elle arriva devant une grande enseigne d'habits pour enfants. Ses yeux s'écarquillèrent, et une image afflua. Elle se voyait, ou plutôt elle voyait une main pousser la porte de ce magasin.

" Je connais ce magasin, j'y suis déjà allée." dit-elle.

Violine ne se rendit absolument pas compte que cette phrase était illogique. Elle savait qu'elle connaissait cette boutique, elle pensait y être venue souvent. Violine y entra tout naturellement.

" Bonjour Sophie." lança-t-elle à une femme.

La vendeuse, accoudée au comptoir de la caisse, lui lança un bonjour étonné.

" Tu la connais ?" interrogea une collègue.

" Pas du tout, c'est la première fois que je la vois." répondit Sophie.

" Elle a dû voir ton nom sur le badge alors."

" Depuis la porte ? M'étonnerais. Et quand bien même ce n'est pas une raison pour m'appeler par mon prénom."

Violine tourna et vira un moment dans le magasin, et sortit tranquillement. Elle poursuivit sa balade, sans s'inquiéter de rien. Ses pas la menèrent vers un bâtiment qui paraissait abandonné. Elle perçut des coups de feu, et des voix humaines aussi. Violine contempla un instant l'endroit, puis y entra.