Disclaimer : Pour la dernière fois, je n'ai pas inventé grand chose dans cette sombre histoire. D'ailleurs, il n'est nul besoin que je m'étende sur ce sujet, puisque chaque lecteur saura faire la différence entre ce qui vient de JKR et ce qui vient de moi.

NdlA et remerciements : Et voilà, c'est le tout dernier chapitre de Time Turner. Je suis toujours surprise de voir que certains lecteurs soient restés fidèles jusqu'au bout et en réclament encore ! Je vous suis à tous et à toutes extrêmement reconnaissante et j'espère que ce dernier chapitre ne sera pas décevant. Je remercie aussi infiniment Lupinette qui a eu le courage de corriger chaque faute (et croyez-moi, ça en fait un bon paquet) et qui m'a donné tellement de bons conseils que l'histoire ne serait pas ce qu'elle est sans elle. La suite est encore à l'étape de réflexion, simplement parce que je voudrais essayer de mettre les sentiments en premier plan. Mais patience, comme dirait LaFontaine : "rien ne sert de courir; il faut partir à point".

Si vous faites un peu attention, vous trouverez quelques indices de ce à quoi ressemblera la suite de Time Turner !

Bonne lecture !


Chapitre 12 : L'ultime retour

Harry ferma les yeux l'espace d'un instant. Dumbledore avait été on ne peut plus clair, il devait utiliser le retourneur de temps pour tout annuler. Même si cela voulait dire perdre à nouveau Dumbledore. Même si cela voulait dire infliger à nouveau des années et des années de prison et de malheurs à Sirius. Même si cela voulait dire perdre ce qu'il avait vécu avec Ginny.

Cette fois, ce n'était pas comme s'il avait le choix. Dumbledore ne le lui laissait pas. C'était peut-être mieux finalement. Il n'avait aucune question à se poser. Il n'avait qu'une chose à faire, annuler tout ce qu'il avait fait. Il n'y avait absolument rien de compliqué là-dedans. Pourtant, Harry n'arrivait pas à se convaincre que c'était la bonne solution, même si c'était la seule.

– Harry ? appela sa mère.

Harry décolla le poids de son corps du mur contre lequel il s'était appuyé. Sa mère, son père et sa soeur l'attendaient près de la cheminée pour rentrer chez eux. En les voyant, Harry eut un pincement au coeur si douloureux qu'il en était physique. Comment pourrait-il jamais abandonner sa famille ? Comment pourrait-il renvoyer ses parents à une mort certaine ? Comment pourrait-il dire adieu à sa petite soeur ? Dumbledore ne lui avait donné aucune limite de temps. Probablement savait-il à quel point cette décision serait pénible pour Harry. Il ne s'était pas mis en colère. Mais ses paroles avaient été on ne peut plus péremptoires. Harry lança un regard autour de lui et aperçut Sirius qui chuchotait à l'oreille de Jessie. Son coeur se brisa un peu plus à l'idée de séparer son parrain de sa fille.

De retour à Godric's Hollow, Harry passa sa soirée à jouer avec Mackenzie. Il essaya de s'imaginer à nouveau sans elle. Après tout, il avait passé 17 ans sans petite soeur, sans parents pour l'entourer, l'aimer, le protéger. Serait-ce si difficile de retourner à la réalité ? Ne pouvait-il pas considérer ces derniers mois comme un rêve éveillé dont il fallait se réveiller ? Il fallait qu'il voie les choses comme cela, sinon, il ne pourrait jamais retourner en arrière. Il embrassa une dernière fois sa petite soeur qui partit se coucher en tenant la main de sa mère. Son père lisait dans un fauteuil. Harry s'assit à ses côtés.

– Papa ?

– Fiston ?

– Est-ce que tu as déjà eu envie d'avoir un fils différent ? Ce que je veux dire, c'est que votre vie à Maman, Mackenzie et toi aurait été beaucoup plus simple sans moi.

– Harry, je t'interdis de penser quelque chose comme ça. Comment peux-tu croire que ta mère ou moi puissions être déçus ? Nous sommes extrêmement fiers de toi au contraire.

– Est-ce que... est-ce que tu serais toujours fier de moi si j'avais fait ou si je faisais quelque chose d'important sans t'en parler ?

– Tu veux parler du fait que Sirius vous ait enseigné l'art de devenir un animagus à Ron, Hermione et toi ?

Harry resta bouche bée. Il n'avait pas du tout cela en tête et se demandait comment son père pouvait être au courant.

– Tu me crois né de la dernière pluie, ajouta James en souriant. Je te rappelle que j'ai été jeune aussi, et que tu me ressembles étrangement.

– Pourquoi ne pas me l'avoir dit si tu le savais ?

– Parce que c'était à toi de venir me le dire si tu le voulais. Je ne suis pas comme Molly ou comme ta mère, je suis parfaitement conscient qu'il est temps pour toi et pour tes amis de prendre vos propres décisions. Je pense que tu devrais pourtant t'estimer heureux d'avoir Lily pour mère. J'aime beaucoup Molly, mais je plains ses enfants. Elle n'arrive pas à se faire à l'idée que s'ils ont été jugés aptes à faire partie de l'Ordre, ce n'est pas pour rien.

– Mais... imagine que je doive prendre une décision qui jouera un rôle sur ta vie, sur celle de Maman et de Mackenzie... Sur celle de tout le monde en fait. Est-ce que tu m'en voudrais ?

– Peu importe les décisions que tu prendras, elles seront toujours les bonnes. Même si elles se révèlent être des erreurs, elles seront toujours positives. Il ne faut jamais rien regretter dans la vie Harry.

– Ton père a raison, dit Lily en entrant dans la pièce.

Harry prit sa tête dans ses mains. Il se frotta le visage, comme pour se réveiller. Lily passa une main dans les cheveux de son fils et murmura :

– Dumbledore nous a tout dit.

Harry releva vivement la tête. Il resta bouche bée pendant de longues secondes. Il regarda alternativement son père et sa mère, et examina leur expression. Il jugea qu'il n'y avait aucun reproche, aucun doute.

– Tu dois faire ce qu'il t'a demandé de faire.

– Mais, Papa et toi... vous serez...

– Je sais chéri. Mais tu n'as pas le choix.

– Harry, ajouta James, si tu ne laisses pas Tu-Sais-Qui nous tuer, alors il ne te marquera pas comme son égal, et la guerre ne cessera peut-être jamais. Ce n'est qu'un petit sacrifice sur l'échelle de toutes les vies détruites.

– Et puis, comment regretter une vie que nous n'aurons jamais ?

– Mais je ne veux pas vous perdre, dit Harry d'une voix étranglée. Je n'arriverai jamais à vous abandonner et à abandonner Mackenzie.

– Tu ne nous abandonnes pas Harry, répondit James. Ce que tu vois autour de toi : ta maison, ta famille, ce n'est qu'un accident de parcours. Ce n'est pas notre destin.

– Comment pouvez-vous être aussi calmes ?

– Parce que nous devons le rester, répondit James. Tu sais, nous avons vu bon nombre d'amis disparaître, certains laissant leurs enfants orphelins. Nous avons vu tellement de familles détruites, tellement de haine, tellement de violence... Si nous sommes dans l'Ordre du Phénix, c'est pour que tout cela cesse. Pour donner le plus de nous-même dans cette bataille. Le plus douloureux pour nous, ce n'est pas de quitter cette terre, mais de savoir que tu seras seul.

Harry resta perplexe. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait ni ne devait répondre. Comment ses parents pouvaient-ils rester de marbre quand son estomac à lui chavirait ? Comment pouvaient-ils le regarder avec tant d'amour dans les yeux quand il se haïssait avec une telle force ? Sa mère sembla se rendre compte des questions que se posait son fils.

– Nous ne pourrons jamais regretter quelque chose que nous n'avons pas vu Harry, répondit-elle. Souviens-toi que la vie que tu vois n'est pas celle que nous devions avoir. En utilisant le retourneur de temps, tu remettras le monde en équilibre. Et tu pourras mettre fin à la terreur de Tu-Sais-Qui.

– Regarde autour de toi Harry, ajouta son père. Est-ce vraiment la vie que tu souhaites à tes proches ? Est-ce ce que tu souhaites aux sorciers et moldus du monde entier ? Parce qu'à l'allure où vont les choses, ce ne sont pas des années mais des siècles de terreur qui se profilent. Avec toujours plus de meurtres, une haine grandissante, de moins en moins de libertés...

– Ton père et moi vous aimons ta soeur et toi plus que tout au monde. Mais quand Mackenzie est née, la première chose à laquelle nous avons pensée n'a pas été « quelle merveille, nous apportons une nouvelle vie dans ce monde », mais « comment va-t-on élever un enfant dans un monde aussi terrifiant, que deviendra-t-elle ? ».

– Je suis désolé, murmura Harry.

– Ne le sois pas, répondit James. Ta réaction face à la mort de Dumbledore était tout à fait compréhensible. J'aurais sans doute fait la même chose. Après tout ce que tu as subi, il était normal que tu perdes pieds.

– J'ai été égoïste, répondit Harry. Je n'aurais pas dû utiliser ce retourneur uniquement pour me consoler. Pourtant, Dumbledore m'a toujours appris à ne pas faire les choses uniquement pour moi, mais je n'ai pas réfléchi, et j'ai causé tant de mal...

– Personne ne pense que c'était un geste égoïste, rétorqua Lily. C'était un geste désespéré, et donc forcément inconscient. Bien d'autres l'ont fait avant toi.

Harry sentit des larmes monter aux bords de ses yeux. Pourtant, il ne voulait pas pleurer. Il comprenait maintenant pourquoi il était de la plus haute importance qu'il retourne réparer ses erreurs. Il rendrait la vie à Drago et à tant d'autres innocents. Il reprendrait son rôle qui le conduirait à la perte de Voldemort. Ou peut-être à la sienne, mais au moins aura-t-il fait ce qu'il avait à faire.

Il serra son père dans ses bras, avec une telle force qu'il aurait presque pu lui briser les côtes. Il s'efforça d'être dans un état de conscience de chaque chose. De l'odeur de son père, de la sensation de son menton légèrement piquant, de sa taille. Puis il se pencha vers sa mère et la serra dans ses bras de la même façon. Elle portait un parfum très doux, aussi doux que ses longs cheveux roux. Lorsqu'il se détacha d'elle, il prit soin de regarder les détails de son visage. Il avait réellement les yeux de Lily. De leur forme à leur couleur, tout était identique. Il regarda ensuite son père tout en s'éloignant. Il se rendait compte que ses parents retenaient leurs larmes pour rendre la tâche moins difficile à leur fils. Harry ravala un sanglot. Il pivota sur lui-même et transplana au Terrier.

°°°

Harry ne savait pas ce qui faisait trembler ses jambes avec tant de fébrilité. Probablement un mélange d'extrême tristesse, de peur, et d'excitation. Il était assez tard, et les Weasley étaient presque tous couchés. Harry avait transplané dans un coin du jardin infesté de gnomes. Il regarda discrètement par la fenêtre. Arthur Weasley était assis au bout de la table du salon et discutait avec sa femme et Bill. Harry enfila sa cape d'invisibilité qui l'accompagnait constamment. Il se faufila le plus discrètement possible par une porte située à l'arrière de la maison. Silencieusement, il grimpa jusqu'à la chambre de Ginny. Il entendit les voix de la jeune fille et d'Hermione. Comment allait-il s'y prendre pour parler à Hermione sans que Ginny s'en rende compte ?

Harry se colla contre la paroi du couloir étroit. Il pouvait entendre de quoi parlaient les deux amies.

– Je ne te comprends pas, disait Ginny.

– Je ne te demande pas de comprendre, répliqua Hermione.

– Tu ne peux pas me demander de ne pas donner mon avis. C'est mon frère !

– Oui, et j'en suis désolée. Mais tu aurais préféré que je continue à faire semblant ?

– Ce n'est pas ce que je dis. J'aimerais seulement comprendre. Ron est encore en train de pleurer, je le sais. Alors j'aimerais comprendre pourquoi soudainement tu ne veux plus sortir avec lui.

– Je te l'ai dit, je ne ressens plus la même chose qu'au début.

– C'est ridicule. Excuse-moi Hermione, mais ça n'a pas de sens. Après toutes ces années où vous avez joué au chat et à la souris, toutes ces années où vous rêviez l'un de l'autre, voilà que tu ne veux plus de lui. Comprends que ça puisse paraître étrange.

– Je suis désolée de lui faire du mal, mais ce serait pire que je continue dans le mensonge.

– Je te connais depuis des années Hermione, et même si je dois avouer ne pas avoir toujours compris tes décisions, là je dois dire que je ne te suis pas du tout. C'est peut-être parce qu'il s'agit de mon frère, mais je ne... à moins que...

– A moins que quoi ?

– A moins qu'il y ait un autre garçon ?

– Je... hésita Hermione. Ginny, tu... Non ! Bien sûr que non !

– Merlin, je n'arrive pas à y croire. Tu as des vues sur quelqu'un d'autre !

– Écoute, ça n'a aucune importance.

– Bien sûr que si ! Mais je ne vois pas quel garçon peut t'attirer... On ne voit presque personne. Est-ce que ce serait Dean ? Seamus ? Je sais, c'est Harry, ricana Ginny.

Il y eut alors un silence. Harry se rapprocha de la porte et y colla son oreille.

– Harry ? répéta Ginny d'une voix beaucoup moins narquoise.

– Bien sûr que non. C'est ton petit ami de toute façon.

– Tu as brisé le coeur de mon frère pour le petit ami de ta meilleure amie ?

– Non, tu... tu dis n'importe quoi. Je... écoute, je t'assure que ce n'est pas ce que tu crois.

– J'ai du mal à y croire en effet. Je ne te croyais pas capable d'une telle chose.

– Ginny, même si j'étais amoureuse de Harry, jamais je n'essaierai quoi que ce soit, je tiens trop à notre amitié.

– Tu as pourtant laissé tomber Ron !

– Je ne voulais pas jouer la comédie avec lui. Je l'adore, mais je ne partage pas les sentiments qu'il a pour moi, c'est aussi simple. Je ne voulais pas lui faire miroiter un avenir qui ne se réaliserait jamais.

Il y eut un silence, après quoi Ginny dit d'une petite voix :

– Laisse-moi seule un moment.

– Ginny...

– Laisse-moi !

Harry se dégagea de la porte juste au moment où Hermione l'ouvrait. Elle avait les joues rouges et les yeux embués. Il l'attrapa par le poignet et la jeune fille sursauta, mais fidèle à elle-même, elle comprit immédiatement que Harry se cachait sous sa cape. Elle lui fit signe de l'accompagner au grenier.

Hermione se faufila à l'étage et murmura à Harry :

– Fais doucement, il ne faut pas réveiller la goule.

Harry fit signe qu'il avait compris. Il suivit Hermione et tous deux allèrent s'asseoir dans un coin poussiéreux du grenier des Weasley. La pièce sentait le renfermé, l'humidité. Les quelques meubles entassés étaient tous dans un état pitoyable. Il y avait un peu partout des cartons de jouets et de vêtements avec écrit le nom de l'un des enfants.

– Tu nous écoutais ? demanda Hermione en chuchotant.

– Non, répondit Harry à voix basse.

– Tu n'as rien entendu de ce dont nous discutions ?

– Non, mentit Harry.

Hermione parut soulagée. Elle fit comprendre par un haussement de sourcils que Harry devait enchaîner sur l'explication de sa présence au Terrier.

– Tu as bien le retourneur de temps que t'as donné Drago ?

– Oui, bien sûr.

– Il faut que nous l'utilisions. Maintenant.

– Tu t'es enfin décidé !

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Je me demandais quand tu allais enfin prendre la décision de l'utiliser.

– Je sais que j'ai mis du temps. Mais ce n'est pas facile d'abandonner tout ça.

– Je comprends. C'est pour ça que je ne voulais pas te brusquer. Mais je suis d'avis qu'il vaudrait mieux se dépêcher maintenant.

– Moi aussi. Tu l'as sur toi ?

Hermione sortit le petit retourneur de temps si précieux de sous sa chemise. Il était attaché à une chaîne en or.

– Tu as réfléchis à la marche à suivre ? demanda-t-elle à Harry.

– Pas vraiment, mais je sais qu'il vaut mieux que j'y aille maintenant plutôt que d'attendre d'avoir un plan précis.

Hermione hocha la tête et se glissa sous la cape d'invisibilité de Harry.

– Fais-moi transplaner Harry, en face de la Tête de Sanglier.

– Non, répondit Harry. Nous devons nous rendre à Poudlard, près des toilettes de Mimi Geignarde.

– Pourquoi ?

– Parce qu'il faut que j'empêche la lettre que j'ai écrite à mes parents de leur parvenir. Il faut qu'ils accordent leur confiance à ce traître de Pettigrow.

Hermione lança un regard grave à Harry. Elle serra la main du jeune homme dans la sienne, et se laissa emporter.

°°°

Harry se souvenait exactement de l'heure à laquelle il avait atterri dans les toilettes de Mimi Geignarde à l'époque où sa mère était encore enceinte de lui. Il se souvenait de la lettre qu'il avait rédigée à l'attention de son père, rapidement, sur un vieux morceau de parchemin. Il se souvenait presque mot pour mot de ce qu'il y avait inscrit. Il l'avait mis en garde contre Pettigrow. Il avait sauvé la vie de ses parents grâce à ces quelques mots écrits à la va-vite. Pourtant, il lui fallait maintenant trouver un moyen de garder ces mots pour lui.

Harry et Hermione étaient dans un couloir qui menait aux toilettes de Mimi. Le retourneur avait correctement fonctionné à en croire les uniformes des élèves qui passaient à leurs côtés sans leur prêter attention.

– Attendons que je sorte des toilettes, murmura Harry à Hermione.

La jeune fille fit un signe de tête. Ils attendirent quelques minutes et enfin, Harry vit son double sortir des toilettes, vêtu d'un pyjama et d'une robe de chambre. Il ne put retenir un sourire.

– Qu'est-ce que tu fais dans cet accoutrement ? chuchota Hermione.

– Je venais de l'infirmerie, et je n'avais pas pris le temps de m'habiller. En redescendant de la volière, je suis passé dans le dortoir des garçons de Gryffondor pour voler des vêtements. Si tu savais le temps que j'ai attendu avant que quelqu'un passe le portrait de la grosse dame...

Malgré une certaine tension, Harry et Hermione pouffèrent de rire tout en suivant silencieusement le double de Harry qui demandait plume et parchemin à une élève pour le moins étonnée. Ils grimpèrent à la volière, se tapirent dans un coin et observèrent le double de Harry qui attachait le morceau de parchemin à la patte d'un hibou et lui demandait de porter la missive à James et Lily Potter. Puis, le double sortit de la volière, et Harry entraîna Hermione jusqu'à la fenêtre. Il visa le hibou qui s'éloignait de plus en plus du château avec sa baguette, puis prononça la formule :

Petrificus Totalus.

Le hibou s'arrêta tout net et commença à tomber. Hermione sortit sa baguette à la vitesse de l'éclair et sans prendre le temps de viser, elle lança :

Wingardium Leviosa .

Le hibou s'éleva dans les airs et Hermione parvint à le ramener à elle. Elle prit le petit hibou effrayé dans ses bras et le caressa doucement.

– Tu exagères Harry, dit-elle l'air déconcerté. Tu aurais pu le tuer.

– Désolé, je n'ai pas réfléchi.

– Tu ferais mieux de réfléchir pourtant, regarde où ça nous mène.

Harry ne fit aucune réflexion, sachant parfaitement qu'Hermione avait raison. Il n'en ressentait pas moins un peu de colère.

– Prends la lettre et partons, dit-il d'une voix sèche.

– Harry, je ne voulais pas... commença Hermione sur un ton d'excuse.

– Laisse tomber, coupa Harry. Retournons aux toilettes.

Hermione prit la lettre, la glissa dans sa poche, et laissa le hibou. Elle suivit Harry et tous deux sortirent de la volière.

– Pourquoi ne pas avoir transplané dans la volière pour aller à la Tête de Sanglier ? demanda Hermione.

– Nous n'avons pas besoin d'y retourner. Mon erreur passée était de me laisser envoyer cette lettre. Maintenant, tout devrait être réparé.

Harry ne savait pas s'il était heureux ou malheureux. Il se contenta de suivre ce qu'il avait à faire. Il marcha silencieusement jusqu'aux toilettes de Mimi Geignarde, Hermione derrière lui, puis tous deux s'enfermèrent et Harry régla le retourneur pour qu'il les ramène une semaine après la mort de Dumbledore. Il fit tourner le petit sablier, et sentit son corps collé à celui d'Hermione s'élever.

°°°

Tout semblait avoir fonctionné parfaitement. Tout était rentré dans l'ordre. Hermione et Ron ne formaient plus un couple, Harry était à nouveau « le garçon qui avait survécu », et cela faisait une semaine que Dumbledore avait été tué de la main de Rogue. Assis seul en face de la tombe blanche de son ancien directeur, Harry essayait de voir le côté positif des choses. Mais il était difficile de se réjouir en sachant qu'il ne lui restait plus aucune famille. Plus de Dumbledore. Plus de Sirius. Plus rien. Seul, à nouveau.

Le parc était désert. Il avait raté l'enterrement de Dumbledore, mais il ne voulait pas revenir alors que les élèves seraient encore au château. Il fit glisser le bout de ses doigts sur la tombe lisse. Il se souvenait de la décision qu'il avait prise la nuit où Dumbledore l'avait quitté. Il y avait tout de suite pensé. Il voulait se séparer de Ginny pour la protéger. Pour se concentrer sur la recherche et la destruction des Horcruxes. Il se souvenait parfaitement qu'il comptait annoncer la nouvelle à Ginny après l'enterrement de Dumbledore. Le regard de Harry se détacha de la blancheur étincelante de la pierre tombale pour aller chercher les scintillements du lac. Les légères ondulations de l'eau le calmaient. Il savait qu'il avait fait le bon choix. Mais il aurait donné n'importe quoi pour que sa mémoire efface tout ce qu'il avait vécu ces derniers mois. Il savait qu'il n'aurait jamais la force d'effacer ses parents, Mackenzie, Jessie et Sidney de sa mémoire. Il ne pourrait jamais oublier la nuit qu'il avait passée avec Ginny. Pourtant, tous ces souvenirs étaient déjà aussi douloureux que des aiguilles chauffées à blanc lui perçant la poitrine.

Le vent commença à se lever, sifflant à ses oreilles. Harry croisa les jambes, les encercla de ses bras et posa son menton sur ses genoux. Ses yeux parcoururent l'étendue du lac sombre. Il s'efforça de vider sa tête de toutes ses pensées noires, de toute son amertume, tous ses regrets. Car il ne fallait rien regretter, il le savait.

°°°

Hermione voyait la silhouette de son ami de là où elle était. Cela faisait près de deux heures que Harry était seul, assis auprès de la tombe de Dumbledore. Hermione en avait profité pour visiter le château désert. Elle avait accumulé tant de mauvais souvenirs dans ces couloirs de pierre. Elle avait été si seule. Pourtant, Harry lui avait tellement parlé de ses bons souvenirs à lui qu'elle avait presque l'impression d'y avoir vécu de meilleurs moments que ceux qu'elle avait réellement vécus.

Le vent soufflait fort à présent. Hermione sentait ses cheveux voler en tous sens autour de son visage. A mesure qu'elle avançait, bras croisés contre la poitrine, elle essayait de s'imaginer ce qu'elle allait vivre à présent. Elle n'était pas mécontente d'avoir changé le cours des choses. Surtout après la discussion qu'elle avait eue avec Ginny. « Tu as brisé le coeur de mon frère pour le petit ami de ta meilleure amie ? », avait dit Ginny. Hermione ne savait plus quoi penser. Tous ces mois qu'elle avait vécus auprès de Harry étaient-ils responsables de ce qu'elle ressentait pour le jeune homme ? Mais que ressentait-elle ? Était-elle envers Harry ce que Drago avait été envers elle ? Reconnaissante ? Après tout, cela avait du sens. Harry était venu la sauver de l'enfer dans lequel elle avait vécu si longtemps. Il lui avait montré ce à quoi ressemblait le bonheur avec les membres de l'Ordre du Phénix. Elle avait vécu une histoire d'amour avec Ron, grâce à Harry. Elle n'avait pas aimé Ron comme lui l'avait aimée, tout simplement parce qu'elle ne le connaissait pas comme lui la connaissait. Elle avait néanmoins ressenti une véritable affection pour lui. Ron l'avait effrayée, mais elle avait vécu de beaux moments avec lui, si bien qu'il avait été difficile de rompre. Mais ses sentiments envers Harry n'avaient cessé de la perturber.

Elle était idiote, elle le savait. Elle n'était pas amoureuse de Harry. Si cela avait été le cas, elle aurait pu s'imaginer vivre avec lui ce qu'elle avait vécu avec Ron. Or, elle ne s'était jamais surprise à s'imaginer dans les bras de Harry. Mais alors, pourquoi ressentait-elle un besoin aussi intense de suivre Harry partout ? Pourquoi lui manquait-il à ce point lorsqu'elle était au Terrier ?

Harry sursauta en entendant Hermione s'approcher de lui. Il tourna la tête vers elle, et celle-ci lui répondit par un vague sourire. Elle posa une main sur son épaule et dit d'une voix qu'elle espéra douce :

– Il va falloir qu'on s'en aille, tu sais.

Harry posa sa main sur celle d'Hermione. La jeune fille ne frissonna pas, mais ressentit une douce chaleur à ce contact. Comme s'il était rassurant. Comme si cela voulait dire que Harry ne l'oubliait pas, même s'il avait tant perdu.

– Je sais, répondit Harry. C'est juste... difficile, tu sais ?

– Je sais. Mais tu retrouveras d'autres personnes pour qui tu comptes. Et tu as fait ce qu'il fallait faire.

– Je ne sais pas.

– Tu as une quête à poursuivre maintenant. Une bataille à mener. Tu dois vivre ta vie plutôt que de vouloir l'idéaliser.

Harry resta silencieux pendant un moment. Puis il murmura :

– Nous devons avancer maintenant.

°°°

Harry se releva. Ses jambes étaient endolories. Il attrapa la chaîne autour de son cou, puis la passa par-dessus sa tête. Il prit le petit objet circulaire dans la paume de sa main et le regarda. Comment un si petit objet pouvait-il causer tant de douleurs ? Il passa un doigt sur le cadran, caressant légèrement les chiffres qui indiquaient la date et l'heure. C'était aujourd'hui que la vie reprenait son cours. Comme si ces derniers mois n'avaient duré que l'espace d'un souffle. Harry respirait à nouveau. Il était celui qu'il avait toujours été. Il sentait son destin courir dans ses veines. De la main gauche, il effleura sa cicatrice en forme d'éclair. Il était Harry Potter. Il était celui qui devait donner sa vie à la lutte contre Voldemort. Il referma ses doigts sur le retourneur de temps, tendit le bras en arrière, et lança l'objet de toutes ses forces vers les profondeurs du lac. Le retourneur et la chaîne volèrent dans les airs à la façon d'une étoile filante, puis plongèrent dans les eaux sombres. La tranquillité du lac se brisa l'espace de quelques secondes. Mais tout revint à la normal. Comme la vie de Harry.

Le jeune homme resta quelques instants devant le lac scintillant. Il regarda Hermione qui l'observait d'un air malicieux.

– Prête ? lui demanda-t-il.

– Prête, répondit-t-elle.

Harry et Hermione se mirent en route. Le soleil de juillet atteignit la montagne, et le parc fut plongé dans une douce lumière orangée. La vie était belle après tout. Il suffisait de la prendre comme elle était.

FIN


Puisque tout a une fin, vous voilà arrivé à celle de The Time Turner. J'espère sincèrement que la fin ne vous a pas déçu, voire que vous l'avez même appréciée. Si vous avez des idées, des demandes ou quoi que ce soit qui puisse m'aider pour la suite, je suis prête à étudier toutes les suggestions que vous pouvez m'envoyer par review ! L'air de rien, beaucoup de vos reviews m'ont aidé à y voir plus clair, à faire certains choix... Et puis même si vous n'avez rien de constructif à me dire, je serai quand même contente de voir que vous êtes passé sur cette histoire, alors envoyez-moi juste un p'tit mot !

Encore mille mercis à tous !

A très bientôt,

Chasca