Fic basée sur : Gankutsuou – Le comte de Monte-Cristo

Genre : drama, yaoi

Couple : ComteXAlbert

Auteur : Subaru-D

Je m'essaye à autre chose que mon couple de prédilection, en espérant que j'arriverais tant bien que mal à m'en détacher,

ATTENTION SPOILER !!!!

Cette fic prend place à la fin de l'anime : dans l'hypothèse où le comte de Monte-Cristo ne trouve pas la mort à l'issue de sa vengeance, et garde Gankutsuou…

Naturellement, je vous déconseille cette fic si vous n'avez pas vu l'anime.

A TA FACON – CHAPITRE 1

« Disparais. »

C'était à peine un murmure, mais déjà très audible pour ceux qui contemplaient la scène.

Edmond Dantès – du moins ce qui subsistait de lui sous le masque du comte de Monte-Cristo – avait posément ramassé l'arme de Mondego, dont le canon était rougi de sang, et le pointa sur Albert, mué, figé.

Bertuccio lâcha le jeune homme, qui chancela, mais resta – malgré tout – debout, mes yeux rivés sur le cadavre de son père.

« Disparais, Albert. » Répéta Monte-Cristo, en le fixant. « Ta mort ne m'est plus utile. »

Cette fois, le vicomte déchu parut s'effondrer, mais se maintint encore…et détacha enfin son regard de ce corps qui semblait l'hypnotiser pour le poser sur Edmond.

Dantès pensait y voir de la rage, de la haine…cette haine si particulière, qui raidissait les traits, durcissait le visage, même celui d'un enfant comme Albert…ce poison qu'on appelait rancœur.

Mais il avait tendance à oublier que le jeune vicomte était très différent de lui : ses yeux semblaient brûler, mais sans qu'une once de colère vint les troubler : ni haine, ni vengeance dans ces prunelles trop larges, trop écarquillées.

Albert ne pleurait pas, mais c'était tout comme.

« Monsieur le comte… »

Dans ce murmure, Edmond perçut à quel point il avait trop bien réussi avec ce garçon, trop bien assis cette domination mentale et morale sur cet esprit ouvert et confiant. Là où il avait cru avoir affaire à un chiot docile, il s'apercevait surtout que ce dernier, une fois accroché, ne voulait plus le relâcher.

Il connaissait bien cet entêtement, qu'il avait jadis trouvé charmant et sensuel : c'était celui de Mercedes. Albert, à l'instar de sa mère, était doux et affectueux dans ses mots et ses intentions, mais féroce dans ses convictions et ses décisions.

Le jeune homme fit un pas dans sa direction et Dantès pressa légèrement sur la gâchette.

« Disparais. » Répéta-t-il, en soutenant malgré tout ces yeux trop semblables à ceux de Mercedes. « C'est terminé. Retourne à Marseille. » Fit-il froidement. Il n'avait pas reculé devant les supplications de celle qu'il avait aimé, il ne le ferait pas devant ce petit bâtard catalan.

« Je n'ai rien à y faire. Ce n'est pas ma ville. »

Le comte attendit quelque secondes encore et comprit qu'Albert ne céderait pas, eut-il vidé son chargeur sur lui.

« Allons-y. » Décida-t-il enfin en baissant le bras. « Bertuccio, mon manteau. »

« Tout de suite, Monsieur le Comte. » S'empressa l'homme de main en couvrant les épaules de son maître, qui se détournait déjà d'Albert, lequel s'avança encore.

« Pas plus loin. » L'arrêta Monte-Cristo. « Vous vous obstinez, Albert, mais je vous ai déjà prévenu : vous combattez des moulins, comme vos cousins espagnols. » Le prévint-il, reprenant ce doucereux protocole dont il avait usé pour s'insinuer dans la haute société parisienne. « J'aurais bientôt vendu les lieux. Je n'ai plus rien à faire ici, moi non plus. »

« Rentrerez-vous sur Marseille ? » Demanda Albert, qui s'obstinait à ignorer les attaques destinées à le faire reculer.

Dantès jeta un regard par-dessus son épaule et se sentit soudain coupable : il avait voulu Albert sous sa coupe, puis il avait projeté de le tuer…

Mais à aucun moment il n'avait songé que le fils de Mercedes pourrait réparer la faute de sa mère en tombant amoureux de lui.

En d'autres circonstances, cela aurait pu être commode, voire plaisant : le comte, pour les avoir fréquentées, détestait la frivolité et la duplicité de ces femmes de salon, face auxquelles la désarmante candeur d'Albert méritait davantage d'attentions.

Mais à présent que son œuvre était achevée, s'encombrer de cet enfant était inconsidéré.

C'aurait été s'enchaîner au passé.

Et s'enchaîner à Mercedes, encore.

« J'y ai trop de souvenirs, dont vous faites partie. »

Ce dernier coup fit enfin tomber Albert à genoux, et le comte cessa de le regarder pour s'éloigner, sortant de son onirique et désormais vain jardin artificiel.


Une fine pluie tombait dans le jardin de Boulogne. Bien que cette pluie fut un peu plue drue au fil des minutes, le ciel restait incomparablement gris et lumineux, comme auréolé d'une couronne de nuage, sans que rien annonçât un orage.

Le comte contemplait le mélancolique spectacle de sa demeure, assis dans un haut fauteuil qui bouchait la lumière de la seule fenêtre de la pièce.

Haydée, assise dans une des rares taches claires que laissait ainsi filtrer le comte, accordait patiemment sa lyre.

« Je vous sens désoeuvré. » Murmura—t-elle enfin à l'adresse de son protecteur, qui lui adressa un pauvre sourire, les derniers qui lui restaient.

« J'espérais que Gankutsuou ne m'aurait pas épargné. »

« Autre chose vous attriste…Est-ce…cette femme ? »

L'expression de Dantès s'assombrit.

« Je n'ai pas plus de choses à lui dire qu'à lui donner. Nous sommes désormais si étrangers l'un pour l'autre que je ne me vois pas même lui faire un baisemain. »

Il y eut un silence, mais Haydée cessa de s'intéresser à son instrument quelques secondes, comme dans l'attente d'autre chose. Edmond poussa un soupir :

« Tu es une fille pour moi, Haydée. Je t'ai dit de ne pas insister. »

« Oui, vous êtes comme un père pour moi…Mais vous ne traitez pas tous les enfants de cette manière, comte. »

Il eut un rire sans joie, et passa sa main gantée sur son front, renversant légèrement la tête en arrière.

« Me reprocherais-tu une incorrection avec ce présomptueux vicomte ? »

« Vous avez toujours été correct…par vos gestes. »

« C'est donc mes pensées que tu incrimines. »

La princesse de Janina hocha la tête.

« Est-ce par ce qu'il vous rappelle trop sa mère ? »

« Tu es physionomiste en diable, Haydée….Oui, il ressemble à sa mère, par ses traits, son regard, ses mots, crois-moi… »

« Il va venir chercher ici, monsieur le comte. » Reprit la jeune extra-terrestre en reprenant ses gestes méticuleux sur sa lyre, et en détournant le regard.

« Et il trouvera porte close. »

« Monsieur le comte…vous n'êtes pas si cruel… »

Monte-Cristo ne cessait de fixer son jardin mort, ses pupilles asymétriques s'étrécissant à la complainte de sa protégée.

« Haydée…J'ai passé 14 ans de ma vie, de ma jeunesse, à me lamenter sur une porte close…Non pas pour qu'on l'ouvre, mais simplement pour qu'on me dise pourquoi on l'avait refermé sur moi. Albert Mondego a ceci de mieux que moi qu'il connaît la raison. »

« Il est persuadé de vous faire fléchir. »

« Comme toi, semble-t-il. »

Lorsqu'il posa son regard sur Haydée, celui-ci n'avait plus rien de doux ou de paternel.

« Sors. »

Voyant les premières lueurs menaçantes poindre sur le front de Dantès, la jeune fille prit son instrument et recula. Il songea avec amertume qu'Albert, lui, n'avait pas battu en retraite.

« SORS ! »

Il y avait longtemps qu'il n'avait plus ressenti une telle colère…la dernière fois…

Cela avait été à cause du garçon, bien sûr.

Le juge de Villefort s'apprêtait alors à lui loger une balle dans le crâne, pour avoir voulu l'empêcher de faire subir le même sort au comte.

Une fureur sans nom avait alors failli compromettre Dantès…si le juge ne lui avait pas tiré dessus, il l'aurait probablement tué. Albert s'en était sorti avec une bosse et un étourdissement passager, mais Monte-Cristo avait du faire extraire une balle de sa poitrine.

Et Albert, qui jusque-là était un précieux rouage, s'était peu à peu transformé en grain de sable, l'obligeant à hâter sa vengeance, pour ne pas voir le mécanisme entier se gripper.

« Que faut-il que je fasse pour me défaire de toi ? » Soupira-t-il, calmé.

Albert n'était qu'un gamin, Edmond lui avait affirmé que son ardeur finirait par s'éteindre…Mais si lui-même commençait à en douter…

« Monsieur le comte, Albert Mondego demande à vous voir. »

Bertuccio n'avait pas même ouvert la porte, anticipant la réponse de son maître, qui ne fut pourtant pas celle attendue.

« Fais-le patienter dans le petit salon, j'arrive. »

Dantès se redressa, l'expression déterminée. Il allait faire comprendre au fils de Mercedes que la douceur n'était plus de ce monde.


Albert ne se sentait pas nerveux…Après avoir affronté Gankutsuou de près, aucune des menaces et des colères du comte ne pourraient l'effrayer. Il contempla quelques instants le morceau de ciel gros qui se détachait entre les tentures du salon et se prit à regretter le dôme lumineux du palais des champs-elysées, synonyme de souvenirs plus heureux…comme ce sauvetage au fond de l'eau, qui lui avait valu un fameux coup de froid, encadré par les sermons de Franz sur l'inconséquence de son duel avec Morrel et les calmes attentions du comte.

Il ne pouvait pas croire que ce ne fut pas sincère, pas un peu…Dans sa poche, sa main se serra sur la montre brisée.

Je pouvais enregistrer toutes vos confidences…grâce à ceci…

Deux jours après le duel qui avait coûté la vie à Franz, Albert était retourné sur la piste d'atterrissage pour essayer d'y retrouver ce cadeau du comte…Il avait intrigué plus d'un employé, à quatre pattes, ramassant les morceaux de verre épars.

« Le Comte de Monte-Cristo ! »

A l'annonce, le jeune Mondego se leva machinalement et eut une pensée peu réconfortante au sujet de ce protocole inutile, voire infâmant, étant données les circonstances ?

Le comte traversa calmement la pièce et alla se poster devant la seule fenêtre, sans adresser à son visiteur un seul regard. Un silence succéda à son entrée, qui se prolongea, dura…

Pourquoi ne dites-vous rien ?

Il semblait à Albert revoir la scène sur la piste d'atterrissage, où le comte lui avait jeté la vérité, comme on le fait d'une injure, en plein visage.

« Monsieur le comte…j'ai décidé de ne pas me rendre à Marseille, où ma mère demeure désormais. »

Aucune réaction. Albert poursuivit, la gorge sèche :

« Lors…de notre voyage près de la rivière du ciel…je vous avais prié de m'emmener avec vous, car plus rien ne me retenait à Paris. »

Il fit quelques pas en direction de la silhouette, qui ne cessait de l'ignorer.

« Aujourd'hui, qui voit cette situation bien réelle, et où je ne suis pas sous l'effet d'une pensée impulsive, je vous renouvelle cette prière. »

« Enfant stupide. »

Monte-Cristo s'était enfin retourné, un sourire narquois aux lèvres, les mains croisées derrière le dos.

« S'il est au monde une chose dont je veuille m'embarrasser moins que toi, ce serait ta mère ! »

« Ma mère ne vous a pas trahi ! Elle vous croyait mort ! »

« Je le suis. Sa trahison se tient pourtant devant moi, Albert Mondego… Assurée que ma vie était détruite, Mercedes a refait la sienne. »

« Vous n'auriez pas fait de même à sa place ? »

« Et à la mienne, qu'aurais-tu fait ? »

Ce fut au tour de Dantès de s'avancer, alors que son front brillait, et que les deux yeux du roi de la caverne fixaient Albert, accusateurs.

« Qu'aurais-tu fait, toi qui marchait toujours dans la lumière, si on t'avait soudain jeté entre quatre murs, dans le silence et l'ignorance ? »

« J'aurais souffert, sans doute…comme aujourd'hui. »

Dantès se tut un instant, alors que le garçon reprenait :

« Lors de notre rencontre sur Luna, j'avais un titre, j'avais de l'argent, une fiancée, de précieux ami - un plus encore que les autres – une famille – que je croyais heureuse : vous avez fait écrouler toute cette arche au-dessus de ma tête. Pourquoi m'avoir laissé en vie, sinon pour mieux vous comprendre ? »

Bien qu'il sût le garçon en face de lui d'un rare optimisme, jamais Monte-Cristo ne s'était attendu à pareil raisonnement : il n'avait pas tu Albert simplement par ce qu'il répugnait au meurtre gratuit.

En es-tu sûr, mon ami ?

Il tressaillit. Jamais Gankutsuou ne s'était véritablement mêlé de ses pensées, quoi qu'il les connaisse sans doute par cœur : la chute d'Albert, cependant, semblait avoir particulièrement retenu son attention.

« Ta mort n'est pas plus valable que ta vie à l'heure qu'il est, voilà tout. » Reprit-il malgré tout, alors que la marque sur son front se dissipait.

Albert crut y voir une faille.

« Vous mentez ! Vous cherchez quelqu'un pour vous comprendre ! »

« Pourquoi aurais-je besoin de toi, alors ! J'ai Bertuccio, J'ai Baptistin, et Haydée pour moi ! »

« Haydée, que vous avez avoué utiliser, comme moi ? Baptistin, sur qui vous avez tiré pour m'atteindre ? Bertuccio, que vous avez enjoint au meurtre alors que cette idée le répugnait ? La vérité… »

Albert serrait les poings.

« La vérité, Edmond Dantès, c'est que votre prison vous a trop fait aimer la solitude ! »

La gifle fit rasseoir Albert sur le sofa dont il s'était éloigné, sa tête heurtant rudement les décorations en boiserie à son sommet, alors que son flanc encore blessé lui envoyait une pointe de douleur jusque dans les côtes.

Jamais Monte-Cristo n'avait frappé qui que ce soit du fait d'une dispute…la violence brute, aveu de faiblesse, était quelque chose d'inadmissible pour lui.

Ce morveux était décidément déclencheur de troubles et de gestes malheureux.

« Toujours ce don pour dire un mot de trop…en temps normal, je trouve ces mots ridicules, mais aujourd'hui, ils sont insultants, Albert Mondego…Voyons, à mon tour, ce que quatre murs peuvent t'apporter, à toi si bon, si juste…Bertuccio !!!! »


Encore étourdi et soutenu par Bertuccio, Albert devina qu'on remontait le couloir de la résidence d'Auteuil. La voix pâteuse, il demanda si on allait le jeter dehors. Pour toute réponse, l'homme de main laissa tomber :

« C'eut été préférable, petit. »

Ils marchèrent encore quelques minutes, ne cessant de bifurquer…Les fenêtres étaient toutes absentes de cette partie de la demeure, et il sembla au vicomte qu'ils s'enfonçaient dans des grottes. Il reprit tous ses moyens lorsque Bertuccio s'immobilisa enfin devant une lourde porte de bois, et se redressa tout à fait, massant sa joue encore cuisante. Il reconnut alors où on l'avait amené.

Dans cette pièce, le comte lui avait dévoilé une partie de sa vrai nature, lui avait montré ce que Gankutsuou rongeait en lui…Dans cette pièce, aussi, avait eu lieu un meurtre, le plus odieux, celui d'un nouveau-né.

Victoria Danglars s'était évanouie à sa vue, et il sembla à Albert qu'il allait faire de même.

« Que…venons-nous faire ici ? »

« Le comte m'a confié que tu allais rester quelques temps. »

« Quelques…temps ? »

« Oui. »

Bertuccio ouvrit alors à la porte et poussa alors Albert à l'intérieur.

« Il n'a pas précisé COMBIEN de temps. »

Et il referma la lourde porte, laissant le jeune homme dans l'obscurité.

A SUIVRE…