Fic basée sur : Gankutsuou – Le comte de Monte-Cristo

Genre : drama, yaoi

Couple : ComteXAlbert

Auteur : Subaru-D

Je m'essaye à autre chose que mon couple de prédilection, en espérant que j'arriverais tant bien que mal à m'en détacher,

ATTENTION SPOILER !!!!

Cette fic prend place à la fin de l'anime : dans l'hypothèse où le comte de Monte-Cristo ne trouve pas la mort à l'issue de sa vengeance, et garde Gankutsuou…

Naturellement, je vous déconseille cette fic si vous n'avez pas vu l'anime.

A TA FACON – CHAPITRE 4

La mer de Marseille, calme, luisait sous le soleil de midi, qui accablait les quais et ses marins de chaleur. Seule une femme, debout face à l'étendue majestueuse, ne paraissait pas affectée par l'astre qui avait tanné sa peau de fille du Sud.

Mercedes ne cessait de fixer la pointe au loin du port, le village des catalans, essayant de deviner cette petite maison où Edmond Dantès et Fernand Mondego l'avaient aimée, où elle avait pu simplement rester des heures à écouter les vagues, la main serrée sur celle d'Edmond, en silence.

C'était la seule chose qui lui restait à présent : le silence. Même la mer lui paraissait étrangère désormais.

« Auquel de tes deux amants songes-tu ? »

Le comte de Monte-Cristo s'était approché d'elle sans bruit, sa haute silhouette la mettant quelques secondes à l'abri de la chaleur des rayons solaires. Son expression était impossible à déterminer, son chapeau cachait ses yeux asymétriques mais sa voix était dénuée d'émotions.

« Cela porte malheur de penser aux morts, monsieur le comte. »

« Le malheur, assurément, vous a été porté, madame. » Rétorqua-t-il sans le moindre humour.

« Je l'accepte. »

Le comte la fixa quelques secondes, puis se mit à rire, la main pudiquement posée sur son visage.

« L'homme est décidément très étrange. Plus il est coupable et moins il en accepte le poids. Fernand s'est suicidé pour ne pas avoir à m'affronter, mais toi…toi à qui je ne peux que reprocher ta crédulité et ta faiblesse, tu voudrais porter toute ma vengeance sur les épaules. »

Le regard de Mercedes se durcit.

« Fernand ne s'est pas suicidé par faiblesse, Edmond. Il a fait pénitence. Je t'interdis d'insulter la mémoire d'un mort. »

« Il a longtemps insulté la mienne. »

« Je lui dois des années de bonheur et ma plus grande fierté. Je ne veux pas l'oublier. »

Monte-Cristo eut un soupir et ôta finalement son chapeau.

« Albert est installé dans un hôtel à deux pas. Garde-le un peu de la méchanceté des hommes, il est une cible idéale, comme un certain marin marseillais vingt ans auparavant. »

« Il t'aime. »

« Si sa mère a su m'oublier, il fera de même. »

« Je ne t'ai pas oublié. » Trancha Mercedes « Jamais. Mais il était plus facile pour toi de le croire…tu voudrais briser le cœur de mon fils, mais cela ne guérira pas le tien. »

« Je ne cherche ni guérison ni pardon, Mercedes. Albert devait mourir, mais je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, non pas par manque de moyen, mais par manque de volonté. Il aurait pansé mes plaies jusqu'au bout s'il avait pu, c'est la seule raison. Trouve-lui une femme et apprend-lui un peu la réalité. Il en a besoin. »

Il se tourna vers elle et s'agenouilla avant de prendre doucement la main fine entre ses longs doigts glacés et la baisa.

« Madame, je vous dis adieu. Souffrez que je me retire. »

« Tu retournes à Monte-Cristo ? »

Le comte ne répondit pas immédiatement commença à s'éloigner, disparaissant dans les ombres des ruelles Marseillaises.

« Je vais d'abord lui dire au revoir. Il a demandé après moi une dernière fois. »


Albert ne cessait de faire les cent pas dans la petite chambre d'hôtel où Bertuccio lui avait demandé de patienter après un long voyage depuis Paris, seul dans un compartiment de la calèche du comte. Il ne s'était pas plaint, mais, en descendant, avait alpagué Monte-Cristo en exigeant de le voir encore une fois.

Mais il n'était pas sûr que le comte accéderait à sa demande.

A chaque bruit de pas proche de son palier, il se mettait à fixer le bois de la porte avec insistance, priant intérieurement qu'elle s'ouvre.

Ce qu'elle fit, sur Bertuccio.

Mais la déception d'Albert fut de courte durée en devinant la silhouette derrière l'intendant, qui s'écarta pour laisser passer son maître tendant les bras pour prendre son manteau, sa canne et son chapeau.

« Laisse-nous. »

Le comte considéra quelques secondes Albert, partagé entre plusieurs émotions et attitudes, puis finit par aller se poster devant la petite fenêtre où perçait un rayon de soleil.

« Hé bien ? » Finit-il par demander.

« C'est tout ce que vous avez à me dire ? »

« Albert, à l'évidence, c'est VOUS qui aviez quelque chose à me dire. Pour ma part, je n'ai rien à ajouter, alors je vous écoute. Pour avoir exigé une entrevue de façon si cavalière, ce devait être absolument vital. » Poursuivit le comte avec un sourire froid en reportant son regard sur le jeune Mondego.

« Je ne me laisserais pas abandonner. » Fit vivement Albert, le regard fixe et décidé « Je ferais tout pour que ça n'arrive pas. »

Un silence suivit sa déclaration, bientôt brisé par un rire méprisant. Monte-Cristo s'adossa à la fenêtre, le regard écrasant de dédain :

« Vous êtes fin orateur, monsieur. Vraiment. Vous êtes très fort en parole…mais bien moins en acte. C'est l'apanage de ceux que la vie a trop gâtés. »

Son sourire devint plus cruel, comme un rictus.

« Vous ne supporteriez pas une seconde la moindre épreuve. Vous me dites que vous ferez tout ? Votre volonté s'émousserait sous les coups des autres, tout ce que vous pouvez avancer pour me prouver votre attachement sont vos belles paroles, qui ont pour moi la valeur de pacotilles que vous considérez comme de l'or. Que croyez-vous ? Que vous parviendrez toujours à tout par des mots ? Vous êtes naïf et pathétique. Le courage ne tardera pas à vous manquer. »

« Vous voulez me tester ? »

Albert paraissait calme, ne s'emportant plus comme il le faisait si aisément lorsque le monde autour de lui échappait à son contrôle. Il se maîtrisait, le changement était encore subtil, mais indéniable. Monte-Cristo se tourna tout à fait, et le jaugea des pieds à la tête.

« Pour que vous pleuriez comme un nouveau-né ou que vous m'insultiez comme un vulgaire ? Sans façon, monsieur Herrera…car c'est peut-être par ce nom que je dois vous appeler désormais ? »

« Et vous ? Dois-je vous appeler plutôt Dantès ? » Contre-attaqua le vicomte déchu sans même frémir, continuant à regarder le comte dans les yeux.

« Ce nom est issu d'une époque révolue, monsieur. Et vous ne devez qu'à cette révolution d'être là aujourd'hui…Ne vous donnez pas cet air d'importance quand on sait que c'est la trahison qui vous a permit d'aller pavaner sur Luna. »

« Je vous le demande à nouveau, testez moi. Vos mots acides ne me font plus mal. Si vous les pensiez, vous ne seriez pas revenu. »

« Vous prenez ma pitié pour de l'attachement. »

Albert eut un sourire amer, surprenant dans ce visage poupin et d'habitude souriant, habité de sentiments passionnels, qu'ils fussent bons ou mauvais.

« Vous êtes incapable de pitié, monsieur le comte. Si vous aviez eu pitié, vous auriez gardé ma mère de votre vengeance, vous auriez protégé Haydée plutôt que de la jeter en pâture à mon père… »

« J'ai cédé à votre père lorsqu'il la menaçait, monsieur. »

« Pas par pitié. Par humanité. »

Le comte eut un imperceptible sourire, qu'il masqua. Albert était…intéressant. Il l'avait toujours été, dans sa façon de penser, dans sa vision du monde, dans son rapport aux autres, dans son évolution. Contrairement aux autres fils de riche, il n'avait pas eu la cervelle pourrie par l'oisiveté.

Néanmoins…

Il restait le fils de Mercedes.

Pire, la preuve de sa trahison. Et si le comte de Monte-Cristo avait été sensible à l'affection montrée par le jeune homme, jamais Edmond Dantès ne pourrait souffrir de voir son visage plus longtemps.

Il fallait mettre un terme à cette mascarade au plus vite. Monte-Cristo eut un soupir exaspéré et alla s'asseoir sur la chaise proche du lit, croisant les bras sur les genoux, tout en fixant Albert :

« Déshabillez-vous. »

Albert se tint coi quelques secondes, puis murmura, choqué :

« Pardon ? »

« Vous vouliez un test. Vous dites m'aimer, vous me présentez cette passion on ne peut plus déplacée de façon décomplexée, nous sommes seuls, nous sommes dans une chambre, donc, vous ne verrez pas d'objection à ce que je vous traite comme un amant. Il m'est naturellement difficile de le faire si vous gardez vos vêtements. »

La voix du comte était teintée d'ironie, et ne résonnait ni de tendresse, ni de chaleur ou même de désir. Albert se rembrunit :

« Vous n'en avez pas envie. C'est seulement pour me forcer à reculer. »

« Vous comprenez vite. » Trancha le comte « Mais je pense avoir droit à voir de près un garçon qui affirme être prêt à tout pour moi. »

« Non. Je le ferais avec joie si cette idée vous séduisait, et je vois bien qu'il n'en est rien. » Rétorqua Albert en fixant les pupilles vairons avec détermination « Je ne veux pas d'un rapport physique sale et humiliant. »

Les deux hommes s'affrontèrent quelques secondes du regard, puis le comte se leva calmement de son siège et traversa la pièce sans même regarder Albert.

« Au revoir monsieur Herrera. Dieu vous garde, si tant est que vous y croyez encore un peu…ou que le diable vous emporte, ça ne me concerne plus. »


Le vaisseau « Pharaon » s'était détaché de ses attaches et s'élevait au-dessus du sol dans un grondement majestueux. Par les hublots, on devinait encore le port de Marseille au loin, nappe jade et or enlacé par la mer, fendue des traînées sombres des voiliers de la côte. Si le spectacle était absolument splendide, il ne semblait guère émouvoir les passagers. Haydée contemplait en silence son protecteur, dont l'expression était devenue si dure qu'elle craignit que Gankutsuou n'ait repris le dessus.

« Reverrons nous un jour Marseille, monsieur le comte ? » Demanda-t-elle, malgré tout. Elle n'avait pas vu Albert remonter dans le vaisseau…curieusement, il était un des rares avec qui elle n'avait pas peur ou de méfiance. Lorsqu'elle l'avait rencontré, elle avait peiné à croire qu'un tel être puisse être le fils de Mondego. Elle avait de l'affection pour lui, et admirait une dévotion au comte dont elle avait été incapable.

« Je n'en ai pas envie. J'y ai enterré mes amours déçus et ceux qui m'ont trahis. Je n'ai plus rien à y faire. »

« Mais…monsieur le comte, vous y avez laissé aussi… »

« CELA SUFFIT !!!!! »

Elle se tut, effrayée par cette soudaine explosion de violence et le comte se calma aussitôt.

« Cela suffit, Haydée. Je ne veux plus que nous en parlions, plus jamais. Tout ce qui s'est passé avant que nous ne posions sur Monte-Cristo n'est jamais arrivé. Ce sont des souvenirs. Tu as compris ? »

La jeune extra-terrestre jeta un nouveau regard aux quais de Marseille tandis que le grondement du pharaon prévenait de son décollage. Le soleil les éclairait de manière presque douloureuse pour les yeux, et les marins semblaient paralysés, comme figé dans le temps.

C'est alors qu'elle le vit, proche des portes de sécurité.

Et si elle ne distinguait pas l'expression d'Albert Mondego, elle la devinait sans mal. Son visage était levé, ses bras raides le long de son corps.

« Tu as compris, Haydée ? »

Elle reporta son attention sur le comte et hocha la tête avec douceur :

« J'ai compris. Plus jamais. »

Le grondement s'intensifia et le pharaon se détacha de son amarre, s'enfonçant dans le ciel de Marseille, tache argentée engloutie par les rares nuages.

En contrebas, un jeune homme le fixait avec obstination. Il se mordait la lèvre jusqu'au sang mais ne pleurait pas…

Puis il fit volte-face et prit la direction du port.

A SUIVRE…