Epilogue

Epilogue

Après le vacarme du crash à quelques kilomètres de là, un silence surréaliste s'est abattu sur la campagne environnante.

Les oiseaux ne gazouillent plus, les feuilles des saules pleureurs ne bruissent plus, même les flics –flocs de la rivière ne tintent plus gaiement contre les cailloux.

Tout signe de vie a disparu en un instant.

Un vent tourbillonnant se lève, les nuages sombres se rassemblent, l'air se charge d'électricité, un éclair zèbre le ciel suivi d'un coup de tonnerre.

Quelques gouttes de pluie tombent ça et là.

Une goutte de pluie s'éclate sur une pommette recouverte de particules de terre, laissant une traînée jusqu'à l'oreille, une autre finit sa course à la commissure des lèvres, puis une autre encore lui succède sur l'arête nasale.

Les narines se froncent sous l'impact humide, des lèvres s'entrouvrent, un brin d'herbe mêlé de poussière se glisse entre elles. Cette arrivée impromptue sur la glotte provoque une quinte de toux.

Le visage maculé de résidus divers se soulève, des yeux bleus clignent.

Des poignets prennent appui sur le sol, le corps endolori se relève avec effort.

Derek est accroupi, ses oreilles sifflent, il introduit ses auriculaires dans les pavillons et les secouent fortement avec l'espoir de faire disparaître cet inconfort.

Sans résultats.

Il presse ses narines entre deux doigts et souffle violemment.

Le sifflement s'estompe laissant place à un brouhaha cotonneux ...

La pluie crépite avec plus de vigueur, l'aide à sortir de sa léthargie.

Les souvenirs affluent à son cerveau. Il était là avec Meredith … Où est-elle?

Il se met à hurler.

-Meredith …. Meredith ….

Il se met debout, regarde de tout coté, fait un pas en arrière, perd l'équilibre en buttant contre un corps.

Un grognement douloureux s'en échappe.

Il s'agenouille près d'elle, repousse la chevelure et dégage le visage

-Hé ! Ouvre les yeux …

Elle se tourne difficilement sur le côté

-Ca va?

Elle secoue la tête et porte ses mains à ses oreilles

-Aie aie…

-Souffles en te pinçant le nez, l'acouphènie va passer, c'est dû à la déflagration

L'urne d'Ellis gît à terre, elle s'est fendue en tombant, les cendres se sont répandues sur la pelouse, les fines particules s'envolent au gré du vent. Derek se penche, prend la petite boite de chêne clair et la dépose sur un réceptacle.

Il l'attrape sous les aisselles et la relève.

-Qu'est ce qu'il s'est passé?

-Regarde la-bas,

Elle suit des yeux le mouvement de son bras, elle aperçoit les volutes de fumée noire,

-Il a du se passer quelque chose, le crash d'un avion … peut-être ?

Tout est confus dans leurs esprits, le sifflement auditif est devenu moins intense mais il a laissé la place à un silence ouaté où le moindre bruit résonne lourdement.

Ils avancent de quelques pas, impossible de continuer de ce coté, d'épaisses fumées s'élèvent dans le ciel. Ils rebroussent chemin. Ils essayent de s'orienter, regardent de tout cotés.

Au même instant un grondement sourd s'entend au loin, une explosion retentit suivie d'une boule de feu. Des morceaux de ferraille enchevêtrés s'élèvent de quelques mètres.

Ils s'accrochent l'un à l'autre, quitte à disparaître de ce monde autant que ce soit dans les bras l'un de l'autre.

-Foutons le camp d'ici

Elle est prise d'un étourdissement, et s'appuie contre lui.

-Eh doucement ça tourne …

Il lui enserre la taille, elle s'agrippe à lui

-Fais un effort, reprends –toi, on ne doit pas traîner ici plus longtemps

Ils déambulent dans les allées d'un pas rapide.

Par deux fois ils se trompent de chemin, le rideau de pluie est de plus en plus serré, l'orage se rapproche.

-Et merde ! Où est donc cette putain de sortie ?

Meredith perçoit l'angoisse dans la voix de son compagnon. Elle regarde de tout coté, le cœur battant.

Tout d'un coup son regard se fige, les deux grands cyprès lui rappellent quelque chose.

A quel moment les a-t-elle remarqué ?

En se garant ou tout à l'heure en marchant tranquillement dans les allées

-Là! Les deux cyprès qui s'embrassent

-Hein ? Les deux cyprès qui s'emb…. ? Hé ! Ce n est pas le moment de délirer…-

-Mais oui, je les ai remarqué tout à l heure, on croirait qu'ils s'embrassent

-Ouais… t'es sure ?

-Viens, la voiture est par-là..

Le lourd 4x4 est toujours là où il l'avait garé contre la brande.

Un banc et de grosses jardinières ont été propulsés contre la portière conducteur rendant son ouverture impossible. De l'autre côté, l'espace est très étroit.

Derek ne peut pas passer.

-Laisse, je devrais arriver à me faufiler

Elle prend les clefs des mains de Derek, se contorsionne et se glisse à l'intérieur par le coté passager.

Elle met le contact, le 4x4 tousse, le moteur s'emballe puis s'enraye.

-et merde… ce n'est pas vrai! Il faut que cette foutue voiture démarre…

Un concert virulent de sirènes associé au scintillement des gyrophares attirent l'attention de Derek, les secours ne sont pas loin, mais un cimetière n'est sûrement l'une de leurs priorités.

-Il doit y avoir des centaines de blessés … ils vont avoir besoin de nous au SGH.

Le moteur crachote puis émet son ronronnement habituel.

Elle enclenche la marche arrière, dégage le véhicule puis elle entreprend d'ouvrir largement la portière qui résiste à sa poussée, les gonds ont du être faussés.

Derek tire de son coté, finalement le mécanisme cède, son pied glisse de l'embrayage, le moteur hoquète et cale.

Elle tourne le contact plusieurs fois de suite sans résultats, elle tape de rage sur le volant des larmes de désespoir coulent sur ses joues elle renifle

-Occupes-toi de cette voiture, bon dieu ! Hurle t elle

Elle enjambe le levier de vitesse, se glisse sur le siège passager, Derek obtempère, se cogne aux montants de la portière et se glisse sur le siège.

Il l'attire à lui, entoure son visage de ses mains, pose un doigt sur ses lèvres

-Chut ! Calme-toi …

Elle enfouit son visage dans le creux de son épaule, la douceur de ses mains sur ses joues et le parfum de son corps l'apaisent,

-Mon dieu, mais dans quoi est ce que je t'ai entraîné ?

-On va s'en sortir …. On est tous les deux, c'est ce qui compte, non?

Un sourire s'étire sur ses lèvres, elle pose une main sur sa cuisse, leurs regards s'accrochent, leurs fronts prennent appui l'un contre l'autre, leurs lèvres se cherchent, se frôlent et se soudent.

Ce baiser a un goût de terre, de poussière, de cendre mais aussi d'herbe fraîche.

La vie a repris le dessus.

Ils se séparent, Derek relance le moteur, il s'emballe.

Un soupir de soulagement s'échappe de leurs poitrines, il enclenche une vitesse et démarre.