Le temps sembla se figer.

Luciaña regardait durement Sirius.

Toute trace de sourire avait disparu sur son fin visage.

- Je ne crois pas avoir saisi ce que tu me demande… dit-elle froidement.

Sirius semblait mal à l'aise. Il tordait nerveusement ses mains l'une contre l'autre. Puis il la regarda avec une lueur de détresse dans les yeux.

Luciaña ne comprenait pas sa demande.

Premièrement comment savait-il que sa mère travaillait au ministère moldu ?

Deuxièmement à quoi pouvait bien lui servir d'être officiellement considéré comme un non sorcier ?

Et enfin troisièmement pourquoi semblait-il si…désemparé ?

- Ecoute, je pense qu'on t'a mal informé, je ne peux rien pour toi, répondit-elle plus durement qu'elle l'aurait voulu.

Sirius ferma quelques instants les yeux, puis il se rapprocha rapidement de la jeune femme. Il pris dans ses mains ses deux épaules pour lui faire directement face. Il avait réussi à bloquer les sentiments qui défilaient quelques instants auparavant sur son visage, et Luciaña avait maintenant l'impression de faire face à un homme de marbre. Il lui faisait presque peur. Qu'était-il prêt à faire pour ce foutu papier ?

- Au contraire. Tu es la seule qui peut m'obtenir ce que je désire. Ne nie pas, je sais que ta mère a le pouvoir d'acquérir ce formulaire. Et j'en ai vraiment besoin.

Lou fouilla dans sa mémoire dans l'espoir de ce rappeler à qui elle avait bien pu révéler le travail qu'effectuer sa mère, mais rien ne lui revenait.

Elle n'appréciait guère le culot dont faisait preuve le gryffondor.

Elle le savait sans grande gène, cependant ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, et subitement il lui demandait quelque chose d'impensable.

Il ne connaissait rien d'elle, ni de sa relation avec sa propre mère, et lui demandait quand même de faire en sorte que sa mère fraude pour lui.

Jamais elle n'oserait demander cela à sa mère. Depuis déjà trop longtemps un fossé s'était creusé entre elles. Elles se parlaient, bien sur, mais toujours de banalités. Le travail de sa mère prenait énormément de place dans sa vie. Dans leurs vies.

Et Lou voyait mal sa mère prendre le risque de perdre cet emploi qu'elle chérissait temps.

Luciaña fixa les mains de Sirius sur ses épaules tout le long que durèrent ses réflexions.

Le jeune homme finit par replonger doucement ses yeux dans ceux de la serdaigle en lui relevant délicatement le menton à l'aide de son index.

Lou se rendit compte que Sirius n'était pas du genre à demander des services à tout bout de champs. En effet, elle le connaissait peu, cependant elle sentait au plus profond d'elle même que la requête de Sirius n'était pas sans sens.

Néanmoins elle ne comprenait pas.

Pourquoi cherchait-il à devenir moldu aux yeux de la population ? Etre magicien ne lui convenait plus ?

Lou fronça quelque peu les sourcils avant d'oser lui demander davantage d'explications :

- Pourquoi est-ce tant indispensable pour toi ?

Le jeune homme soupira doucement. Ses paupières se fermèrent un instant, puis il se ressaisit et regarda Lou sans ciller.

- C'est assez compliqué à vrai dire. Cependant je ne te demanderais jamais une telle chose si ce n'était pas indispensable, sa phrase se perdit dans un murmure.

L'attitude de Sirius désemparait la jeune fille. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état. Il semblait si vulnérable. De plus, la proximité qu'il entretenait avec elle ne l'aidait guère à garder la tête sur les épaules. Néanmoins elle voulait en savoir plus. Elle désirait connaître ce qui semblait autant tracasser Sirius.

- Ce n'est pas une demande qu'on peut faire sur un coup de tête en effet. Mais je ne peux sincèrement rien pour toi. Je comprend pas ce qui t'amène à me demander ça, mais je ne peux pas t'aider même si cela était possible.

Le jeune homme se raidit, retira brutalement ses mains posées sur Lou, puis il s'éloigna d'elle de quelques pas, ses espoirs semblaient fondre comme neige au soleil. Ses yeux n'étaient plus que deux pupilles noires, ne reflétant plus rien que de la résignation.

Lou frissonna. L'absence de ses mains sur ses épaules lui laissait une douce chaleur à la place qu'elles venaient d'occuper, ainsi qu'un goût amer au fond de la gorge. Elle aurait aimé prolonger ce contact.

Sa colère première s'était envolée. Seule la curiosité demeurée.

Mais Sirius ne semblait pas vouloir éclairer ses lanternes.

- Je suis désolé. Je n'aurais pas du t'embêter. Je te retiens pas plus longtemps. Tes amis doivent probablement t'attendre.

Ces simples paroles firent l'effet d'une douche froide à la jeune fille. Il ne voulait pas s'étaler plus sur le sujet. Elle eut la sensation de n'être qu'un pion dans un jeu dont elle ne comprenait pas les règles. C'était comme si Sirius se débarrassait d'elle à la suite d'une aide qu'il n'avait pu obtenir.

Lou se détourna sans un mot. Elle était triste d'être ainsi rejetée. Elle aurait voulu aider Sirius. Mais avant tout, elle aurait souhaité comprendre l'urgence de sa demande.

La désillusion prit une place grandissante au soin de tout son être.

Sirius ne s'était intéressé à elle que par simple intérêt. A ses yeux elle n'était rien d'autre que la fille d'une femme travaillant au ministère moldu.

Elle referma doucement la porte de la salle de classe désaffectée derrière elle, et se dirigea vers sa salle commune d'un pas lent, la tête baissée.

Elle grimpa les étages les uns après les autres d'un pas nonchalant.

Sans même s'en rendre compte, elle atteignit l'entrée des appartements des serdaigle. Elle fit face à l'habituelle porte sans poignet ni serrure qu'était l'entrée de sa salle commune. Elle frappa un coup à l'aide de l'heurtoir en forme d'aigle. Puis elle résolue distraitement la devinette que l'aigle, venant de s'animer, lui posa. Puis elle s'engouffra dans le passage désormais ouvert.

Elle entendit l'appel que lui lança Mike.

Cependant, toujours perdue dans ses pensées et désireuse de solitude, elle se dirigea vers son dortoir sans un regard pour son ami.

Elle ne perçut donc pas l'inquiétude qui se lisait sur le visage de celui ci.

Seule son désir de regagner son lit et de retrouver la douceur bienveillante de sa couette primait. Elle était perdue. Ses illusions envolées, les larmes commençaient doucement à naître au coin de ses yeux.

Elle constata avec soulagement que le dortoir était vide. Elle n'avait pas pris garde mais ses amies devaient être dans la salle commune. Elle s'affala lourdement sur le lit qui lui était destiné.

Une perle d'eau roula le long de sa joue, puis se fut comme un signal pour tout son corps. Elle étouffa un sanglot dans son oreiller, puis des dizaines de larmes vinrent mouiller sa taie.

L'étau qui broyait son estomac ne s'estompa qu'une fois que la fatigue eut pris possession de la jeune fille et cela en l'entraînant dans une nuit bien agitée.