Un bout de chemin…

Par Maria Ferrari

———

Les personnages de la série "Les Mystérieuses Cités d'Or" ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

Cette histoire se passe après la fin de la série.

———

—Chapitre 1 – Rencontre—

Le grand condor s'éloigna, emportant à son bord les trois enfants Esteban, Zia et Tao. Ceux qu'il avait emmenés aux Cités d'Or, ou plutôt, ceux qui les avaient amenés aux Cités d'Or. Sans eux, rien n'aurait été possible.

L'oiseau d'or disparut de leur vision, Mendoza s'arracha à cette vision fabuleuse et décida qu'il était temps pour lui de rentrer dans son pays, à Barcelone. Il salua les Indiens, Sancho et Pedro en firent autant. Viracocha, chef du village du nouveau soleil, leur fit un adieu chaleureux, reconnaissant de l'aide précieuse que les Espagnols leur avaient apportée dans la lutte contre les Olmèques.

Ils partirent tous les trois, Pedro mit sur son dos le sac qu'ils avaient caché dans les buissons, ce sac contenait l'or que Mendoza avait discrètement prélevé à l'insu de tous.

« On rentre enfin chez nous ! Ouaaaiiiis ! cria Pedro. Et en plus, on ramène un beau paquet d'or !

— Oui, c'est gégé, c'est gégé, c'est génial ! bégaya Sancho.

— Cela fait plaisir de vous voir heureux », fit Mendoza. C'était vrai. Il avait pris tout cet or principalement pour cette raison, parce que Sancho et Pedro étaient venus pour ça, uniquement pour ça, et qu'ils auraient été très déçus de repartir sans un gramme du métal précieux.

Il devait tout de même avouer qu'il était également ravi de rentrer en Espagne les poches pleines. Sa vision était peut-être différente après avoir vécu ce périple en compagnie des enfants – il avait changé, il en était conscient –, néanmoins, même si l'or n'était plus un but en soi, il gardait une place essentielle dans sa façon d'envisager l'existence car avoir de la fortune permettait de mener belle vie dans son pays natal.

« Il va falloir nous trouver un bateau pour rentrer en Espagne.

— ça va pas être facile, Mendoza. La plupart des navires sont ceux des conquistadors, ils ne doivent pas nous porter dans leur cœur après tout ce qu'on leur a fait… surtout si ça vient aux oreilles de Pizzaro !

— Il n'y a pas que des navires espagnols. Je suis sûr que des gens seraient très heureux d'avoir bénévolement à bord de leur navire un excellent navigateur et deux solides marins.

— Ouais, c'est vrai ça !

— Tu, tu, tu, tu as raison Mendodo, Mendoza.

— Il faut déjà que nous arrivions près d'un port, préparez-vous à marcher pendant un long moment.

— ça, ça nous fait pas peur ! Moi, l'or que j'ai dans le sac me donne des ailes ! » s'exclama Pedro d'un ton enthousiaste.

-

Ils se mirent en chemin, longeant la mer – chemin le plus simple et le plus sain selon Mendoza –, Sancho et Pedro regardèrent, nostalgiques, l'île où ils avaient trouvé l'objet de leur long périple. Il ne restait plus rien de la magnifique Cité d'Or, réduite à néant et engloutie par le tremblement de terre.

« Tout de même, quel dommage qu'elle soit détruite, qu'est-ce qu'elle était belle ! regretta Pedro.

— Oh, ça ça… ça ça… ça oui ! »

Mendoza prêtait une oreille distraite à la conversation de ses deux compagnons, son attention était attirée ailleurs. Une silhouette bien connu se tenait à quelques pas de la rive.

« Gaspard ?

— OH ! Mendoza, te voilà ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Toute la cité s'est écroulée ! » éructa l'interpellé.

La déconvenue du colosse était amusante, Mendoza se retint d'en rire.

« Avez-vous réussi à prendre de l'or ? demanda-t-il, curieux.

— Pas une miette », répondit la voix amère de Gomez de derrière un rocher.

Un fin sourire s'afficha brièvement sur les lèvres de Mendoza. Justement il se demandait où était le compère de Gaspard.

« Sachez, Gomez, que l'essentiel est d'avoir gardé la vie », sermonna-t-il d'un ton hautain. Cela ne lui déplaisait pas de voir ces deux-là repartir les mains vides. Après tout, c'était quand même lui, Sancho, Pedro et les enfants qui avaient remonté la piste jusqu'à la Cité d'Or.

Gomez parut saisir tout ce qui se dissimulait derrière les paroles du navigateur car il se leva brusquement et se tourna pour leur faire face.

« Bel hypocrite ! Vous n'êtes pas différent de moi ! Vous aimez l'or autant, sinon plus ! Peut-être la compagnie des enfants vous a-t-elle changé, mais je suis persuadé que vous n'avez pas oublié de ramasser quelques kilos d'or massif pour vous et vos compagnons, alors ne venez pas me faire des leçons de morale ! » cracha-t-il. Il jeta un coup d'œil à Pedro et à ce qu'il portait sur l'épaule. « Voilà un homme bien chargé… ce sac est rempli d'or, n'est-ce pas ? » ajouta-t-il d'un ton doucereux. Ses soupçons se trouvaient confirmés. Cela ne le rendait pas plus joyeux pour autant : il aimait avoir raison, mais pas dans de telles conditions.

à la dernière phrase de Gomez, Pedro eut un mouvement de recul, il y avait de quoi, car, en entendant son commandant, les yeux de Gaspard s'étaient éclairés d'une lueur malsaine et il regardait intensément ce que portait Pedro. Il commençait à se diriger vers lui, les mains avides. Mendoza posa la main sur la garde de son épée, prêt à défendre son bien. Il n'eut pas à la sortir, Gomez rappela son subordonné à l'ordre d'un ton acide.

« Laisse, Gaspard, laisse-leur leur fichu or !

— Mais…

— Laisse ! » ordonna Gomez brutalement. Il leur tourna le dos et se rassit. Mendoza ne voyait plus que le rocher derrière lequel il était dissimulé.

Il n'avait jamais aimé Gomez… et ce gros lourdaud de Gaspard encore moins. Toutefois, les paroles du commandant l'avaient troublé, il avait touché juste. Mendoza se connaissait, Gomez ne lui avait rien appris : il était juste qu'il se moquait du fait qu'ils n'avaient pu ramener une seule pépite alors que lui avait réussi à en sauver quelques kilos. Méritait-il vraiment cet or plus qu'eux ?

« Pedro ! Donne-moi le sac !

— Hein ! Pourquoi Mendoza ?

— Donne-le-moi, ne discute pas. »

Pedro s'exécuta de mauvaise grâce, il avait un mauvais pressentiment qui se trouva vite confirmé : Mendoza prit le sac, l'ouvrit, préleva un lourd morceau d'or et le lança vers Gaspard. Celui-ci se jeta littéralement dessus et l'embrassa comme une femme aimée. Dès qu'il fut sûr que cette énorme pépite était dorénavant à lui et que personne d'autre n'en revendiquerait la possession, il recommença à lorgner sur le sac de toile qui en contenait apparemment beaucoup d'autres. Mendoza prit un autre morceau, referma le sac et le redonna à Pedro. Ce dernier le serra en jetant un regard méfiant à Gaspard, un regard qui signifiait "n'y pense même pas".

Le navigateur marcha jusqu'au rocher avec sa pépite dans les mains. Il la jeta aux pieds de Gomez.

« Qu'est-ce que ça signifie ? demanda Gomez d'un ton aigre.

— Je vous la donne.

— Vous me la donnez ? Pour qui me prenez-vous donc ? Je ne mendie pas et je n'ai nul besoin de votre pitié, Mendoza. Reprenez ça !

— Si vous n'en voulez pas, moi j'en veux bien, proposa Gaspard.

— Mon pauvre Gaspard, tu n'as donc aucune fierté ? Prend-la donc cette pépite si tu y tiens tellement ! » cracha Gomez, méprisant, en prenant la pierre et en la jetant aux pieds de son compagnon de route. Celui-ci hésita un instant, un peu honteux, mais l'avidité l'emporta sur sa dignité et il la ramassa.

« Dis Mendoza, pourquoi tu leur donnes notre or ? Surtout s'ils en veulent pas !

— ça ça ça ça c'est vrai !

— Bande d'égoïste ! Vous avez plein d'or dans votre sac ! Vous pouvez bien le partager !

— Tais-toi Gaspard ! Tais-toi ! » cria Gomez. La déception, la jalousie, le manque d'honneur de Gaspard, toute cette situation le vexait profondément et le mettait hors de lui. Cela faisait longtemps que Mendoza le connaissait et c'était la première fois qu'il le voyait se départir de son calme.

« Pedro, Sancho, je distribue cet or si je le désire, je vous rappelle que c'est moi qui l'ai ramassé ! » rappela-t-il sévèrement. Ses deux compagnons se renfrognèrent. « Je n'en donnerai pas d'autre : Gaspard en a déjà eu deux morceaux et Gomez n'en veut pas. »

Mendoza commença à s'éloigner. Après quelques pas, il se retourna.

« Nous allons chercher un bateau pour rentrer en Espagne, est-ce que cela vous tente ?

— Je vous ai déjà dit ce que je pensais de votre pitié.

— Il ne s'agit pas de pitié, je vous propose mon aide et vous demande la vôtre en échange. On ne sait pas sur qui ou quoi on peut tomber en chemin, à cinq, nous serons moins vulnérables qu'à trois. »

Gomez siffla entre ses dents, dédaigneux.

« De toute façon, que comptez-vous faire ? Vous n'allez tout de même pas rester là ? Les Indiens ne portent pas les Espagnols dans leur cœur et vous avez déserté l'armée. Que ce soit d'un côté ou de l'autre, vous n'avez vraiment plus votre place ici. Gaspard, est-ce que ça te tente ?

— Moi, je rentrerais bien en Espagne, ça, je ne dirais pas non, j'en ai soupé de ce pays.

— Gomez, vous n'allez tout de même pas rester seul ici ? »

Quelques instants s'écoulèrent avant que le commandant se lève à contrecœur et marche vers Mendoza.

« Pourquoi faites-vous ça ? La compagnie de ces enfants vous aurait changé au point de devenir une âme généreuse ?

— N'exagérons rien et restons sur l'idée de simple entraide, d'accord ? »

Gomez resta silencieux, toisant Mendoz d'un œil intrigué, puis donna son accord.

« Très bien. »