Un bout de chemin…

Par Maria Ferrari

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Disclaimer : Les personnages de la série "Les Mystérieuses Cités d'Or" ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

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—Chapitre 5—

Gomez était occupé à dérouler les voiles avec d'autres marins. Le vent soufflait dans le bon sens et les poussait vers le Portugal, il fallait en profiter.

La tempête s'était calmée depuis deux jours, le beau temps régnait et l'humeur de tout le monde s'en ressentait. Même Gaspard et Pedro paraissaient mieux s'entendre.

Accroché à un mât, Gomez entendit soudainement un son familier mais encore lointain. Ce bruit était la seule bonne chose qu'il associait à la mer : le cri des mouettes qui signifiait que la terre était proche.

Mendoza lui avait confié la veille qu'ils n'allaient pas tarder à arriver à destination. Il mit la main au-dessus de ses yeux. Le soleil brillait trop fort pour bien distinguer, toutefois, il lui semblait bien apercevoir quelque chose.

« Est-ce bien les côtes du Portugal que je vois là-bas ? » demanda-t-il au marin qui l'aidait à hisser la grande voile. Ce dernier regarda dans la même direction, un sourire détendit son dur faciès.

Les marins avaient beau prétendre aimer la mer, la joie qu'ils ressentaient à apercevoir la terre se lisait sur leurs visages et Gomez était en droit de se poser des questions sur cet amour soi-disant indéfectible.

« Oui, on dirait bien, répondit-il d'un ton neutre que démentait l'excitation qui brillait dans ses yeux.

— Enfin ! » soupira Gomez à mi-voix. Il termina de hisser la grande voile et descendit.

~oOo~

« Nous n'allons pas tarder à accoster. La fin de votre vie de marin. Etes-vous satisfait ?

— Oui.

— Si vous refusez de reprendre la mer, que ferez-vous ? Il me semble que vous n'avez pas ramené d'or. »

Mendoza retournait le couteau dans la plaie. Gomez l'ignora. L'amertume de repartir sans métal précieux s'était peu à peu dissipée. Il ignorait totalement ce qu'il ferait dorénavant, cependant, et bien qu'il n'ait aucune fortune, il se sentait étrangement serein. Il serait toujours temps d'aviser.

« J'ai quelque argent qui me reste de mes précédentes expéditions, cela suffira pour parer au plus pressé. »

Mendoza était déçu. Gomez ne réagissait pas à son attaque. Il s'ennuyait depuis que la tempête s'était calmée et aurait aimé "taquiner" l'ancien commandant. Oui, sa réflexion n'était pas méchante, elle n'avait d'autre but que de taquiner, il aimait bien Gomez dorénavant, il s'était révélé un compagnon de route plutôt sympathique.

Il se demandait s'il était capable de s'en faire un véritable ami, il le souhaitait. Mendoza était un solitaire qui s'était habitué à avoir de la compagnie. Sancho et Pedro allaient partir chacun de leur côté avec leur part d'or. Lui irait ailleurs, il avait pensé pendant une partie de la traversée à se trouver une épouse, mais il avait vite abandonné ce projet en constatant qu'il ne l'enflammait guère.

A présent qu'il discutait avec Gomez, il se disait qu'il aimerait bien poursuivre le bout de chemin qu'ils faisaient ensemble et repensait à certains moments agréables, notamment quand il l'avait regardé dormir pendant quelques instants. Il repensait aussi à la réaction de Gomez lorsqu'il était en train de réparer la barre, il avait eu peur pour lui.

Sa main effleura accidentellement celle de Gomez, un geste anodin qui parut émouvoir l'ancien commandant qui s'écarta aussitôt, gêné. Cela intrigua Mendoza. Avait-il vraiment vu une légère rougeur sur les joues de l'impassible Gomez ? Il ne posa pas de question et s'éloigna.

~oOo~

« Mendodo ! Mendodo ! Mendoza !

— Oui ? répondit l'interpellé. Il venait de descendre de bateau et se trouvait sur le quai.

— Il il il… commença Sancho.

— Il est temps de partager… l'or, finit Pedro à mi-voix, jetant des coups d'œil discrets de tous côtés. Il avait peur d'être entendu par les autres et de susciter la convoitise.

— Choisissons un endroit isolé. »

Mendoza regarda autour de lui en quête d'un lieu discret pour effectuer le partage. Ses yeux tombèrent sur Gaspard et Gomez qui discutaient à une vingtaine de mètres d'eux. Il s'attarda à les contempler. Sancho et Pedro se tournèrent l'un vers l'autre, étonnés.

« Mendodo Mendodo Mendoza, que que que se passe-t-il ? »

Les yeux de Mendoza s'agrandirent. Gomez faisait un geste d'adieu à Gaspard et s'éloignait. S'il prenait le temps de partager l'or, il allait le perdre de vue ! Réussirait-il à le retrouver ? Rien n'était moins sûr.

« Partagez l'or entre vous deux, décida-t-il soudainement.

— Tu es sûr, Mendoza ? demanda Pedro, éberlué.

— Oui ! » lui lança le capitaine en partant d'un pas raide et décidé.

~oOo~

Gomez ne marchait pas très vite devant lui. Il attendit d'être hors de vue de Sancho, Pedro, Gaspard et tous les autres pour le rattraper.

Comment Gomez, cet homme qu'il méprisait il y a quelques mois, avait pu prendre une telle importance dans sa vie au point d'en abandonner la richesse ? Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ce qui était sûr, c'est qu'il avait eu mal à l'estomac quand il l'avait vu s'éloigner, sentant qu'il pourrait ne plus jamais le revoir s'il ne le suivait pas immédiatement.

Il l'avait donc suivi.

Il sentait qu'il le suivrait encore longtemps… si Gomez acceptait. Son accord, d'ailleurs, ne faisait aucun doute pour Mendoza. Il accéléra le pas et rejoignit le commandant.

« Puis-je me permettre de vous demander où vous allez ? »

Gomez le regarda, étonné.

« Vous me suivez ? demanda-t-il, suspicieux.

— Possible », répondit laconiquement Mendoza.

Un "Pourquoi ?" brûla les lèvres de Gomez mais il le retint. Mendoza avait toujours eu un côté mystérieux auquel il tenait, il se ferait donc un plaisir de laisser cette question sans réponse, il était par conséquent inutile de la poser.

Il regarda discrètement son compagnon de route imposé et remarqua qu'il n'était pas très chargé. Il fronça les sourcils.

« Vous n'avez pas encore partagé l'or ? demanda-t-il, poussé par la curiosité.

— Sancho et Pedro doivent être en train de le faire.

— Et vous ne les surveillez pas ? Ils sont assez cupides et ne sont pas d'une honnêteté exemplaire. à votre place, j'aurais peur qu'ils rechignent sur ma part, ou pire, qu'ils partent avec tout l'or sans m'en laisser une miette.

— C'est exactement ce que je leur ai dit de faire.

— Pardon ? souffla Gomez, les yeux écarquillés.

— Je leur ai dit de partager l'or entre eux. »

Gomez s'arrêta net à cette déclaration, Mendoza stoppa sa marche lui aussi.

« Vous avez fait ça ? »

Mendoza hocha la tête, confirmant ses propos.

« Vous ?

— Oui. »

Gomez observa le sourire énigmatique de Mendoza. Il avait l'air particulièrement content de lui et nullement ému d'avoir laissé échapper sa fortune. Le commandant éclata de rire.

« Qu'est-ce qui vous amuse tant ? demanda le capitaine.

— Vous vous êtes rompu l'échine pour avoir cet or, et vous l'abandonnez ? C'est… c'est…

— Qu'est-ce que ça a de si extraordinaire ?

— L'or était l'unique but de votre voyage !

— Il en était de même pour vous, pourtant, quand je vous en ai offert, vous l'avez refusé et l'avez laissé à Gaspard.

— Ce n'est pas la même chose. Ce ne sont pas les mêmes circonstances. Vous me faisiez la charité !

— Oui, et je l'ai faite aussi pour Gaspard qui a accepté. Quant à Pedro et Sancho, je leur en ai donné à eux aussi. Tous ceux à qui j'ai proposé de l'or l'ont accepté… sauf vous. Peut-être sommes-nous tout simplement différents des autres.

— Différents ? »

Mendoza constata que ce mot paraissait avoir une consonance particulière dans la bouche de Gomez, comme si celui-ci lui accordait une autre dimension. Peut-être avait-il compris. Peut-être pensait-il exactement à la même chose que Mendoza.

Peut-être lui avouerait-il un jour le fond exact de sa pensée. Peut-être Gomez le partagerait-il.

« Oui, différents », insista Mendoza.

Ils s'étaient compris. Il n'y avait plus besoin de parler. Ils s'éloignèrent tous les deux, côte à côte.

—Fin—