Les oiseaux fous

Arc : Mad Birds
Scribouilleuse : Shakes Kinder Pinguy
Couple : Jack/Ianto
Censure : T
Spoilers : Épisodes 2, 4, 13
Date : Dimanche 08 Juillet 2007
Disclaimer : J'ai strictement rien à voir avec l'équipe officielle de Torchwood, si c'était le cas je me rongerais pas les ongles comme ça à propos de la saison 2 :D

Note : Ce one-shot est en fait un prologue, mais qui peut se tenir tout seul. Si j'écris/quand j'écrirai le reste, ce sera posté à la suite. :)
Il existe des préquelles, trouvables sur mon archive LJ (cf. mon profil pour le lien). Néanmoins, elles ne sont pas nécessaires à la compréhension de l'histoire. : )
Mad Birds est le nom de l'arc entier (càd, les prequelles, Les oiseaux fous, et une potentielle séquelle)
Et oui, mon titre est pertinent, cette fois, explicable et tout et tout XD

¤

Le vol d'un oiseau fou ne changera pas la couleur du ciel.

(Gilbert Langevin)

¤

Tout s'éclaircit lorsqu'un jour Owen ramena de l'hôpital une Carys proche de l'hystérie, ressuscitée après un accident de voiture, et lui diagnostiqua une immortalité latente. Toshiko confirma que la jeune fille avait épuisé la majorité de son surplus de vie lors de sa résurrection mais que le reste lui permettrait de vivre au moins une soixantaine d'années de plus que la moyenne humaine.

« C'est à cause de moi, reconnut Jack, plus neutre qu'ils l'avaient jamais vu.

– Tu lui a transféré de l'énergie vitale », se rappela Gwen, une main sur l'épaule de leur invitée, une autre sur son ventre.

Elle attendait alors son deuxième enfant. Rhys s'était résigné à être homme au foyer.

« À l'alien qui la possédait, corrigea Jack. Mais je suppose qu'une part a dû se fixer en elle. Il s'agissait de son corps, après tout.

– En gros, tu es une sorte de réserve naturelle d'immortalité ? fit Owen d'un air intéressé.

– Tu veux à ce point que je t'embrasse ?

– Café ? » proposa Ianto à Carys toujours secouée.

Elle accepta avec gratitude, des larmes séchées sur les joues. Jack essaya de croiser son regard mais Ianto l'ignora.

« Est-ce que cela signifie qu'il y a une limite à ton immortalité ? s'interrogea Toshiko. Qu'à force de mourir et du temps qui passe, tu finiras par épuiser tes ressources ?

– Je ne sais pas.

– En tout cas, tu as encore un sacré surplus », dit-elle.

Elle débrancha le bracelet autour du poignet de Jack.

« Je n'arrive toujours pas à mesurer le temps qu'il te reste. »

-

Lorsque la décision fut prise de ne pas effacer la mémoire de Carys cette fois (en partie pour étudier un peu mieux le phénomène, en partie parce qu'elle avait besoin de savoir d'où lui sortait cette longévité) et que le Hub ait été déserté par la majorité de ses occupants, Jack retrouva Ianto dans la cuisine en train d'essuyer les tasses. Ils gardèrent le silence quelques instants, puis Jack murmura :

« Je suis désolé.

– Quand ? » demanda simplement Ianto, concentré sur sa tâche, comme si rien ne pouvait être plus important qu'éliminer toute trace d'humidité.

Mais la jointure de ses doigts, blanche, le trahissait.

« Lisa, répondit Jack. Tu mourais lorsque je t'ai sorti du fossé.

– Je me disais aussi que votre méthode de bouche à bouche n'avait rien de conventionnelle.

– Eh, tu me connais, je n'ai jamais été du genre conventionnel ! » fit Jack avec un rire faux.

Ianto posa la dernière tasse, d'un calme presque inquiétant, puis leva les yeux vers lui.

« Et ? »

Jack grimaça.

« Lorsque tu as été pris dans l'explosion de la voiture piégée. »

Ianto hocha la tête, comme si ç'aurait dû être une évidence, et à y réfléchir, Jack admit que ce devait être le cas. Personne n'aurait pu se sortir d'une telle explosion avec si peu de séquelles sans un « coup de main » extérieur.

« Au moins, je saurais quoi répondre la prochaine fois que Gwen me demandera comment je fais pour rester si jeune.

– Ianto…

– Combien de temps, Jack ? Combien d'années s'afficheront, si je demande à Toshiko de mesurer ma longévité ? »

Jack ne répondit pas, la question sonnait rhétorique. Ianto avait sûrement déjà effectué le calcul de tête à l'aide des quelques chiffres qu'ils possédaient, un jeu d'enfant pour lui. De la peur commençait à se glisser dans le regard bleu, les mains de Ianto s'agrippaient à la table et l'expression de son visage trahissait la vulnérabilité qu'il s'efforçait de cacher d'habitude, à lui-même et au reste du monde. Ianto détestait perdre contrôle, et c'était ce qui avait rendu leurs ébats si excitants autrefois, avant qu'il ne finisse par refuser de continuer leur relation. Jack devait se démener pour lui faire oublier sa contenance, il avait pris un plaisir fou à inventer caresses et jeux sexuels, à le faire céder, pour l'entendre demander, exiger, et goûter sur ses lèvres soupirs et gémissements involontaires, incontrôlables.

Du désir fiévreux dans les yeux de Ianto, oh oui, mais pas de peur ; il détestait le voir paniquer, montrer de la fragilité. Jack le prenait comme un échec personnel spectaculaire. Encore une fois, il n'avait pas réussi à le protéger. Il ressentait la même chose pour tous les membres de son équipe, mais c'était encore plus vrai avec Ianto qui ne perdait son calme que dans les cas extrêmes.

« Plus de sept cents ans, Jack », souffla-t-il, la voix rauque.

Sept cents ans ; même pas le cinquième du temps qui se profilait devant Jack, mais lui avait eu le temps de s'y faire. Et un tel chiffre effrayait. Jack lui-même se trouvait encore à des siècles de les avoir.

« Combien de fois vais-je devoir me tuer avant de réduire assez le…

– Arrête ! »

En deux pas, il serrait Ianto contre lui, un corps familier, tendu sous ses doigts. Le plaisir inattendu et doux-amer de ce contact le secoua. Cela faisait tellement longtemps… Ils ne se touchaient plus beaucoup, plus depuis que Ianto lui avait dit « non » pour de vrai ; pourtant ses bras trouvèrent leur place sans hésitation, l'un autour de son cou, l'autre autour de sa taille.

Une capture instinctive, cette position, de la stratégie inconsciente pour bloquer toute résistance. Et s'il cherche à s'enfuir, rien de plus facile que de l'étrangler ou lui briser la nuque, remarqua une petite voix en lui, cette petite voix qu'il avait cessé d'écouter après ses retrouvailles avec le Docteur, mais qui avait toujours quelque chose à dire.

« Ne fais pas ça. Ça ne résout rien.

Sept cents ans, répéta Ianto comme on appuie sur un bleu, le visage caché dans l'épaule de Jack.

– Je m'occuperai de toi, dit Jack comme il l'avait promis à Toshiko une fois.

Mais pour Ianto son ton était plus autoritaire que tendre, parce qu'il avait besoin de solidité, de fermeté pour remonter, et Jack avait besoin d'un Ianto fort pour que son monde tourne aussi rond possible.

« Tu ne seras pas seul. »

Toi non plus, susurra la petite voix, perfide et si véridique.

Les doigts de Ianto s'accrochèrent à sa chemise. Jack ne savait pas si c'était un acte de foi ou simplement un réflexe, alors il répéta :

« Tu ne seras pas seul. »

Mais il n'était plus certain de s'adresser à Ianto.

(fin)

… potentiellement à suivre :p

J'ai encore changé de ton en cours de route. ¬¬
Un jour, je saurais avoir un texte uniforme. Un jour !
(Dieu ce que c'était dramatique et prophétique sur la fin XD)