Voici mon dernier chapitre. Je ne peux que m'excuser du retard avec lequel je le poste (de très longs mois, je sais !). Au moment de terminer ma plus longue fanfiction sur ce site, je voudrais tout particulièrement remercier Nanamy, chibi yuya, Miss Gaspy, boulette de riz et Daffy qui, à un moment ou à un autre, ont posté une (très) longue review ou reviewé patiemment chaque chapitre. Ceci dit, chaque review m'a énormément fait plaisir. Je remercie du fond du coeur ceux qui ont pris la peine de cliquer sur le bouton !!! Un dernier mot d'explication, toutefois. Il n'y aura pas d'épilogue, parce que je considère que ce serait un chapitre inutile. Ceci est donc la fin de Rock'n roll attitude, j'espère que vous apprécierez. Bonne lecture !


Chapitre 18 : Le sommet des dieux

L'immense stade qui allait abriter la finale de l'Ashikama comptait plus de 100.000 places. Une scène avait été construite au milieu de la pelouse, occupant un espace relativement petit comparé à celui de la veille, mais couvrant une superficie plus qu'acceptable. Chaque groupe aurait assez de place pour ses lubies…

Hanabi et Shin n'étaient pas visibles. Les premiers rangs ne cessaient de regarder leurs voisins, espérant secrètement les reconnaître, croyant qu'ils referaient le même type d'entrée que la veille, mais c'était peine perdue… Le stade était bondé. Alors que le concert n'avait pas encore commencé, tous étaient déjà serrés les uns contre les autres. Mais la bonne humeur régnait en maître : des discussions passionnées, des rires et des cris d'excitation jaillissaient de partout. L'Ashikama démarrait à 21 heure, et il restait encore deux grosses heures d'attente pour ces fans…

La nuit tomba. C'était un élément qui faisait partie intégrante de l'Ashikama. La folie nocturne était différente. Le noir dans lequel étaient plongés les fans n'était pas superficiel, il était réel. L'air s'était rafraîchi, apportant un peu de douceur à ceux qui étouffaient déjà. Les étoiles, comme complices de ce qui allait se passer, brillaient de mille feux. La nuit serait froide, mais qu'importait ?

La scène s'alluma à 21 heure précises. D'un coup, toute la foule s'éveilla, se releva, et les premiers vagues commencèrent. Tous voulaient se rapprocher du centre du stade, et la violence des poussées des premiers rangs ne dissuadait personne. Des hurlements parcouraient l'endroit, en véritables ondes de son, dont les choc se répercutaient bien au-delà du stade… Aucune trace d'Hanabi et de Shin. Les écrans géants restaient noirs. Puis, la voix féminine et fruitée d'Hanabi se fit entendre :

- Bonsoir…

Il aurait été inutile d'essayer de parler plus longtemps. La réplique de la fosse fut parfaite, comme si elle avait été répétée. A l'unisson, la foule criait. Shin parla à son tour, alors que ni lui ni sa compagne n'étaient visibles.

- Bonsoir…

Sa voix était chaude, sensuelle et… provoqua un malheur dans le public. Tous étaient prêts à faire n'importe quoi, une véritable hystérie collective menaçait de prendre place…

Puis, les écrans s'allumèrent et fixèrent le centre de la scène. Il y avait un trou en son milieu, un trou béant dont la foule devina aussitôt qu'il servirait d'entrée aux présentateurs. Fière d'avoir compris la ruse, elle laissa éclater sa joie. Comme pour la récompenser, une colonne surgit petit à petit des profondeurs de la scène, portant Hanabi et Shin. Elle ne se contenta pas de les amener à hauteur de l'espace scénique. Elle les porta plus haut, les surélevant et les dressant au beau milieu du stade. Des milliers de bras se tendirent vers eux, accompagnés d'un tumulte qui ne faiblissait pas.

Cette fois-ci, ils avaient visiblement eu l'autorisation de se vêtir de façon plus festive. Hanabi portait une longue robe de soirée bleue, légèrement évasée sur des hauts talons blancs. Une rose de satin, de la même couleur que sa tenue, était cousue à l'échancrure du corsage. Ses bras étaient nus, vaguement couverts par les longs cheveux qu'elle avait dénoués. Shin n'était pas en reste. Il portait un smoking bleu nuit, comme pour s'accorder aux couleurs choisies par sa collègue. Sur sa chemise blanche brillait un nœud papillon bleu, et à la poche de sa poitrine était attachée une rose de satin, réplique exacte de celle que portait Hanabi. De longues mèches de cheveux étaient coiffées en hauteur sur sa tête, tandis que d'autres encadraient agréablement son visage.

- Qu'en dites-vous, Shin ? Le public est-il prêt ?

- Je ne sais pas… nous pouvons vraiment ouvrir cette finale ?

Le public hurlait de rage et de frustration. Surtout que ce petit jeu pouvait encore durer longtemps s'ils ne donnaient pas satisfaction rapidement aux deux présentateurs. Le vacarme monta d'un cran, jusqu'à devenir assourdissant.

Hanabi fit la moue.

- Si les groupes entraient maintenant, ils seraient déçu du calme qui règne dans ce stade…

- Je crois même que nous pouvons retourner dans nos loges, le temps que le public soit plus… expressif.

La colonne qui les soutenait commença à descendre lentement. Horrifiée, la foule redoubla d'ardeur, craignant devoir ajouter une heure d'attente. Le cas s'était déjà produit, et personne ne voulait vivre un épisode du genre. Commençant à taper des pieds, à siffler comme jamais, le public se donna tant de mal pour faire monter ses cris jusqu'au ciel que la colonne cessa sa descente pour remonter de plus belle. Dans un ensemble parfait, les deux présentateurs s'écrièrent :

- Bienvenue à la finale de l'Ashikama !

Ce simple cri déclencha une première hystérie collective. Oh, ce n'était certes pas la dernière de la soirée, mais elle fut tout de même impressionnante… Shin passa à la traditionnelle présentation des partenaires, des organisateurs, des équipes technique, des équipes de promotion et de marketing, etc. Puis, Hanabi reprit la parole :

- Nous voudrions commencer par vous présenter un groupe que vous attendez tous avec impatience. C'est le seul groupe qui jouera ce soir sans être passé par les qualifications… Au cœur d'une véritable légende, groupe soudé par la vie en commun, abritant des génies, invités en guest star pour cette finale, Mesdames et Messieurs, voici…

Ce fut le public qui hurla à la place d'Hanabi :

- Caprised !

- Vous n'allez bientôt plus avoir besoin de moi, plaisanta Hanabi. Shin ne manqua pas de répliquer :

- Mais voyons, vous savez bien que vous êtes indispensable à cette soirée, et à mon équilibre, chère…

- Quel charmeur ! Place à Caprised !

Le public éclata de rire devant la déconfiture de Shin. Tous avaient beau savoir que ce type de plaisanterie était préparé des semaines à l'avance, l'effet restait tout de même saisissant. Et puis surtout, il fallait maintenant crier pour acclamer l'arrivée des membres de Caprised…

Comme toujours, leur entrée en scène fut spectaculaire. Mais leur groupe entier n'était-il pas basé sur cette valeur ? Des fumigènes jetés par les techniciens répandirent leur contenu sur la scène et cachèrent son espace au public. Même les écrans ne donnaient que l'image d'un immense nuage gris parsemé de quelques effets lumineux créés par les spots colorés. Au milieu de cette brume, le son d'une guitare se fit entendre sur quelques notes. Le public hurla en reconnaissant la chanson. Une silhouette se dessina petit à petit au travers de la fumée. Une stature fière, qui ne pouvait appartenir qu'à Saizo. Le compositeur du groupe, sa guitare fermement accrochée, ses mains courant librement sur les cordes, se tenait au centre de la scène, dans une pose qui se retrouverait sans en douter à la une de tous les magazines du lendemain. Vêtu de noir mais portant mille et une couleurs grâce à une sorte d'écharpe de coton enroulée autour de son cou et flottant autour de lui, Saizo personnifia l'ouverture de l'Ashikama. Le sourire noble qui se dessinait sur son visage sincère était la marque même de toute la fierté qu'il éprouvait à être arrivé jusque là avec son groupe, avec ceux qu'il aimait surnommer ses dix guerriers.

Le parterre acclama le nouvel arrivant, déchaînant toute sa puissance vocale devant cette simple apparition. S'il avait deviné que les autres membres de Caprised allaient tout autant soigner leur apparition, peut-être aurait-il mit un léger frein à ses hurlements… Mais, n'était-ce pas le propre des foules en délire que de brailler à tout rompre, comme si chaque cri devait être le dernier ?

Le membre suivant de Caprised à arriver fut Sasuke. L'enfant prodige, sa moue dédaigneuse clairement affichée et sa lueur rebelle bien ancrée dans le regard, profita des restes de fumée pour se glisser sur scène, à moitié accroupi, échappant ainsi aux caméras du fait de sa petite taille, pour apparaître devant Saizo. Enfin, décalé avec le minimum requis pour ne pas le cacher, mais devant lui tout de même. Immédiatement, le son de son violon enchanta le public. Un long duo commença entre le compositeur et le virtuose. C'était un véritable plaisir qu'ils partageaient, d'abord entre eux, puis aux gens présents. Sur les écrans, du côté gauche, Sasuke et son violon en avant-plan, du côté droit, Saizo et sa guitare en arrière-plan. L'image avait quelque chose de séduisant, une force indicible, une beauté tellement simple que les mots manquaient à la foule ravie et émerveillée.

Puis, des coulisses, l'adorable Kosuke lança les secondes voix de la chanson qui était en cours. Un petit quelque chose tout simple, mais qui provoquerait une vigoureuse réaction dans la fosse…

- Oh, oh, ohoooooo !

Le public ne se fit pas prier. En un instant, tout le monde reprit son cri, faisant office de deuxième voix avec un plaisir évident. Conquis, tous répétaient sans se lasser le début de la chanson. Enfin, la petite silhouette aux formes généreuses de Kosuke apparut sur scène. Elle se planta fermement sur le milieu de la scène et s'écria :

- Bonsoir Tokyo !

La réponse impressionna même Saizo. La folie gagnait les premiers rangs. Charmante et sensuelle, Kosuke commença à chanter sans trop attendre. Alors seulement commencèrent à apparaître les membres manquants. Jinpachi, le bassiste, entra en même temps que Kamanosuke, le deuxième guitariste. Les deux hommes étaient tendrement aimés du public, mystère que Yukimura en personne n'avait jamais éclairci. Était-ce leurs manières comiques qui faisaient rire en concert, leur franc parler qui intervenait parfois dans le micro de Kosuke sans qu'elle le veuille, ou leur démarche particulière, aucun moyen de le savoir. Mais le public accueillit fidèlement ceux qu'il aimait encourager. Les nouvelles vagues de bruit provoquées par les spectateurs gonflèrent de joie le cœur de Caprised.

Enfin, la batterie démarra vraiment, mais des coulisses. Réutilisant la colonne montante exploitée par les présentateurs au début du show, les Nyudos, qui géraient l'énorme batterie à deux, aussi étrange que cela puisse paraître, montèrent dans les hauteurs depuis le dessous de la scène. Vêtus de noir comme à leur habitude, ils provoquèrent des battements de mains réguliers dans le stade. Leur rythme s'en trouvait renforcé et soutenu. Un clin d'œil, et c'était aux suivants d'entrer en scène.

En dansant et en s'imposant par de magnifique figures, les trois membres restants de Caprised arrivèrent. Et avec eux se fit au grand jour le concept que le groupe se proposait de mettre en pratique. Rokuro Mochizuki, Rokuro Unno et Juzo dansaient superbement bien. Élégants, raffinés et souples à en mourir, ils furent longuement applaudis. Et l'histoire que Caprised avait décidé de raconter se ferait à travers leurs mimes et leurs chorégraphies, réglées à la seconde près. Leurs pas relevaient plus souvent de l'acrobatie qu'autre chose, mais… c'était un véritable régal pour les yeux. Les chansons étaient orchestrée dans un ordre précis, de façon à donner un sens au spectacle qui se déroulait sous les yeux du stade. Et ce soir, il y avait une surprise pour Yukimura au programme. C'était son histoire qui était dévoilée. Rokuro Mochizuki l'interprétait avec maestria, faisant abstraction de sa propre personnalité. L'autre Rokuro avait écopé du rôle de son frère aîné et Juzo, travesti pour l'occasion, jouait le rôle de son premier amour. Que l'on ne se méprenne pas. Il ne s'agissait pas du tout d'une atteinte à sa vie privée, mais bel et bien d'un hommage rendu au fondateur du groupe. À celui qui continuait d'être le lien le plus fort entre eux tous.


L'ambiance dans les loges, situées dans le sous-sol du stade, était radicalement différente. Tokai était arrivé en premier sur les lieux, et s'était attribué la loge du fond. Caprised, arrivé par la suite, avait naturellement pris la loge à côté. Ensuite, Taishiroh et Universe étaient arrivés ensemble, et avaient pris les deux suivantes. Mais, et c'était bien le problème, Rouge Diva n'avait pas encore donné de signe de vie. C'était du jamais vu ! Un groupe ne se présentait pas à l'Ashikama ! Que dire de cette énormité ? Au moment où les organisateurs commençaient sérieusement à s'affoler, la maison mère des Mibu ne donnant aucune nouvelle et les membres de Taishiroh et d'Universe refusant de s'exprimer à ce sujet, Kyoshiro était apparu. Il n'était pas seul, il était avec Sakuya. Et il expliqua, calmement, que le Roi Rouge était blessé et ne pouvait jouer sa partie. Que par conséquent, lui, Kyoshiro, assurerait seul la partie de Rouge Diva. L'état d'anxiété et d'effroi était tel que cette solution fut acceptée sans discussion, mais tous savaient que le prochain qui oserait contracter à nouveau Rouge Diva ne se présenterait pas de sitôt. Kyoshiro s'installa dans la dernière loge avec Sakuya. Il était en paix. Ce soir, il allait sans doute céder les lauriers du vainqueur à ses amis, à Yuya. Mais ce n'était pas pour lui déplaire…

Pour inciter les artistes à se rencontrer, toutes les loges donnaient sur une grande salle commune. Et, comme ne manquèrent pas de le constater tous les groupes, les loges étaient faites pour à peine trois personnes. Très vite, on se marchait sur les pieds dans les petites pièces. Chez Tokai, par exemple, Yuya mit tout le monde dehors pour pouvoir se changer. La situation était irréelle. Qui eût dit que pour un concert aussi sophistiqué que l'Ashikama, les conditions seraient aussi drastiques ? Le petit problème, ce fut que Kyo refusa net de sortir, arguant qu'il n'y avait rien à voir qu'il n'ait déjà vu, suite à quoi il se ramassa dans la figure tout ce qui passait à portée de main de la chanteuse. Luciole, lui, assura qu'il ne regardait pas. Et se désintéressa de tout le reste de la conversation. Akira et Tigre furent en fait les seuls à sortir, Yukimura insistant pour rester arbitrer la querelle de ses amoureux préférés.

- Yuya, ne casse pas tout § Et puis, Kyo doit avoir l'air en bon état pour pouvoir…

- DEHORS !

Son hurlement fit sortir une Tokito indignée de sa loge, qui voulait voir qui osait perturber ainsi la quiétude de sa loge. À peine eut-elle vu Akira qu'un sourire revint orner son visage.

- Tu t'es fait jeter de ta loge ?

Le ton était plus que narquois, il était clairement moqueur. Akira répondit le plus rapidement possible :

- Temporairement.

Tokito éclata de rire.

- Toujours cette manie de la nuance, hein ?!

Un silence tomba entre eux. Tigre Rouge se sentit en trop et s'esquiva rapidement vers la loge de Kyoshiro et de Sakuya, espérant ne pas se faire expulser, mais comprenant qu'il n'avait pas vraiment intérêt à rester… Pour la première fois de sa vie, Tokito se sentit rougir. Akira regardait ses pieds d'un air très absorbé. Ce fut la voix de Yukimura, qui finalement était sorti de la loge, à contrecœur, qui les ramena à la réalité.

- Mais voilà un autre petit couple qui rêve de s'éclipser ! § Ah, l'amour !

La réaction fut immédiate, nette, violente et empressée. À la hauteur de leur caractère.

- Ce n'est pas ce que tu crois !

Surpris, les deux se regardèrent. Comment ça, ils avaient dit la même chose au même moment ? Pas du tout ! Yukimura leur fit un immense clin d'œil. Au moment où il allait ajouter quelque chose, la voix sensuelle d'Okuni le coupa :

- Tu vois bien qu'il ne se sont pas encore avoué quoi que ce soit… laisse-les tranquille, Yukimura.

Les traits enjoués et le ton joyeux, Yukimura se retourna :

- Okuni ! Tu me demandes, toi, de les laisser tranquille ?

La superbe informatrice découvrit une rangée de dent nacrées :

- Yukimura, pour qui me prends-tu ? Je ne suis qu'une faible femme…

Yukimura éclata de rire et but une gorgée de saké. D'où venait cette bouteille qui s'était comme matérialisée dans ses mains ? Mystère profond et impossible à élucider. À moins que… le bar du coin de la pièce n'ait été dévalisé…


Sans trop savoir comment, Akira et Tokito se retrouvèrent à deux, seuls, dans la salle commune. Yukimura était parti avec Okuni, régler quelques détails pour le passage sur scène, puisqu'il faut bien que quelqu'un s'y colle. En laissant en tête-à-tête le guitariste et la chanteuse. La vague attirance qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre ne se serait sans doute jamais exprimée avec tant de violence s'ils ne s'étaient pas retrouvés dans cette situation précise, juste avant l'Ashikama. Mais, comme un volcan qui entre soudainement en éruption, ils furent submergés par des sentiments que ni l'un ni l'autre ne savait canaliser. Surpris de réaliser que l'être qu'ils avaient haï quelques heures plus tôt exerçait un si grand attrait sur eux, ils étaient désorientés. Encore que… haïr n'était pas le mot exact, ou alors c'était de ces haines qui menaient immanquablement à l'amour. Ce fut Akira qui perdit patience le premier :

- Prête à nous défier à l'Ashikama ?

Il n'en fallait pas plus pour provoquer Tokito. Sa réponse fusa :

- À vous massacrer sans pitié, oui !

- Tu n'as pas l'impression de t'avancer un peu vite ? demanda Akira avec un air suffisant qui donna des envies de meurtre à Tokito.

- Dis donc, toi, c'est pas parce que je t'ai sauvé la vie que ça te donne des droits…

Ce fut au tour d'Akira de s'indigner, un sourire sardonique sur les lèvres :

- Sauvé la vie ! Mais… tout de suite les grands mots ! Voyez-vous ça…

Tokito le regarda de haut, comme avant, contrant rapidement :

- Ah, j'oubliais… t'es tellement nul que tu t'en es pas rendu compte… D'ailleurs si tu veux tout savoir, je te signalerais que…

Tokito ne termina pas sa phrase. Elle ne la termina jamais. Akira, réalisant à quel point la joute était stupide et stérile, surtout dans leur cas, se releva et la domina un instant de toute sa taille. L'instinct de Tokito lui hurla de reculer, et elle se retrouva contre le mur de la pièce. Mais Akira était sur elle, et, sans plus hésiter, il prit ses lèvres. Comme si elle n'attendait que ça, Tokito agrippa fermement le cou du guitariste et lui ouvrit sa bouche, se jetant à corps perdu dans l'étreinte. Ayant la sensation de complètement perdre pied mais sûr d'une chose, ne pas vouloir que ça s'arrête, Akira, incapable de lâcher Tokito, embrassa comme jamais il ne l'avait fait dans sa vie les lèvres tendres et rosées par le maquillage.

Entre tous, ce fut le moment que choisirent Okuni et Yukimura pour revenir.

- Tu me dois 2000 yens, Okuni § ! Avant la fin de l'Ashikama !

La belle informatrice fit la moue, pendant qu'Akira et Tokito se séparaient en s'écriant :

- QUOI ?


Une fois les membres de Tokai maquillés et habillés, ils purent profiter du spectacle de l'Ashikama. Caprised terminait sa prestation, et Universe allait entrer en scène. Pourtant, sans doute pour la première fois depuis qu'ils le connaissaient, les membres de Tokai voyaient à quel point Yukimura était ému et touché par le geste de son ancien groupe.

À ce moment-là, les membres d'Universe sortirent de leur loge, pour se diriger vers les coulisses. Leur entrée sur scène n'allait pas tarder. Un petit silence se fit dans la salle commune. La loge des Taishiroh était ouverte, et ses membres ne perdaient rien de ce qui s'y passait. Puis, Shinrei, qui semblait avoir retrouvé sa sérénité perdue, se planta devant Kyo :

- Si notre chef a dérivé et commis des erreurs, nous allons le contrebalancer en prouvant de quoi sont capables des musiciens talentueux issus des Mibu.

Un grand sourire orna le visage de Kyo :

- Mais on n'attend que ça…

Faisant un geste de la tête qui secoua son opulente chevelure grise, Shinrei sourit. Et Saisei forma silencieusement le mot merci sur ses lèvres, à l'adresse de Kyo ou de Tokai, il était difficile de le savoir…


Les derniers accords de Caprised résonnèrent dans le stade, sous les vagues de sympathie du public. Épuisée par sa prestation, mais fière du concert et de sa réussite, Kosuke hurla :

- Merci beaucoup !

Et les membres de Caprised se rejoignirent tous, abandonnant pose finale et instruments, pour former une ligne qui tournait le dos aux caméras. Se donnant tous la main, ils levèrent les bras au ciel. Le public fut pris aux tripes. La pose était trop émouvante, trop véridique, pour les laisser indifférents. Enfin, ils sortirent d'un pas régulier et tranquille.

Aussitôt, Hanabi et Shin furent de retour. Mais ils ne tentèrent pas de parler ; c'eût été inutile. Laissant les gens décharger leur trop plein d'énergie, ils attendirent en valsant au son d'une musique imaginaire. Puis, quand le public eut retrouvé un semblant de tranquillité, Shin reprit :

- Prêts pour la suite ?

La foule, infatigable, hurla son approbation. Hanabi continua :

- Nous allons entrer dans le vif du sujet, avec…

Shin la regarda, un air faussement interrogateur sur le visage.

- Un groupe reconnu et attendu ?

- Hum… le public connaît-il bien ses classiques ?

- Nous allons le savoir tout de suite… Mais pourquoi ne pas voir un peu qui remportera la palme du plus bruyant ?

Hanabi sourit, comme si elle se rappelait de quelque chose d'important. Puis, criant dans le micro avant de faire un large geste avec la main qui le tenait vers le public :

- Où sont les fans de Chubu ?

La partie ouest du stade hurla sans retenue, faisant connaître sa présence, montrant que la région n'était pas en reste.

- Le Kanto, à vous ! Shin apprécia d'un geste de la main la réponse de la partie sud du stade.

- Le Kansai !

Hanabi fut de nouveau saluée par un tapage inimaginable. Oui, les fans du Kansai étaient bien là, et pas en petit nombre…

- Allez-y, Shikoku !

Ce fut au tour de la partie nord du stade de s'exprimer et d'extérioriser sa joie.

S'ensuivit un long jeu durant lequel les présentateurs criaient, tour à tour et de plus en plus vite, dans un ordre aléatoire, les noms des régions. D'immenses vagues parcouraient le stade, en fonction de l'habileté des présentateurs. Bientôt, le vacarme fut tellement assourdissant qu'Hanabi put s'écrier :

- Je crois qu'Universe sera ravi de vous voir !

Et Shin de conclure :

- Mesdames et Messieurs, place aux représentants du Kansai !

L'hystérie reprit la foule. Universe ! Taihaku prit souplement place derrière ses caisses, Shinrei derrière son claviers, Chinmei à sa guitare et les deux filles, Saisei et Saishi, au micro. Le fait de les voir provoqua un véritable malheur. La pression était telle que certains se demandaient s'ils auraient la force de tenir durant tout le spectacle. Certes, les concerts des groupes étaient courts, mais d'une intensité incroyable ! Tous les membres étaient vêtus d'un ensemble blanc et noir, même le récalcitrant Chinmei, qui avait dû abandonner son traditionnel pantalon à fleurs. Il s'était d'ailleurs consolé avec des rayures noires. Tous portaient les deux couleurs, sauf Saishi, entièrement blanche, et Saisei, entièrement noire. L'élégance raffinée qui se dégageait de l'ensemble séduit immédiatement la foule.

- Bonsoir ! s'écria Saishi, traînant volontairement sur la dernière syllabe.

La réponse dépassa toutes ses espérances. Les présentateurs avaient bien fait leur travail : la salle était chaude. Shinrei improvisa une séquence au synthétiseur, avant de lancer vraiment leur première piste. La popularité d'Universe était telle que le public commença à chanter l'air de la musique, comme si d'un accord tacite, une partie avait été choisie pour chanter la mélodie, une autre chanter la voix de Saishi et une autre la voix de Saisei. Saisei sourit avant de dire :

- Vous pourriez prendre notre place !

Mais la taille de son sourire et son regard brillant ne trompaient personne : elle était ravie. Chantant à tue-tête, elle accompagna superbement Saishi dans un duo entraînant. Les titres s'enchaînèrent, puis Saisei réussit un véritable tour de force, grâce à Shinrei : soudain, toute la scène s'éteignit, laissant seulement un projecteur braquer toute sa puissance sur Shinrei. C'était un moment de répit dans une chanson de feu, l'instant doux où le clavier jouait une musique légère et belle à en pleurer. Mettant un doigt sur ses lèvres, Shinrei parvint à faire taire les hurlement. La voix de Saisei se joignit à son geste : elle demanda au public de se taire. Seuls les membres d'Universe pouvaient prétendre à réaliser pareil exploit ! L'espace déchaîné se tut, adoptant le silence demandé. Du jamais vu ! Des milliers de personnes restaient silencieuses, à écouter le son du clavier d'un homme démesurément beau avec ses cheveux argentés. Puis, d'un coup, la lumière, le son et la folie revinrent. La chanson reprit ses droits, la guitare et la batterie hurlant leurs notes à un public hystérique et fou de joie. Ensemble, les gens qui assistaient au concert firent de la prestation d'Universe une des plus réussies de toute l'histoire de l'Ashikama. Et quand les membres du groupes partirent, il finit par y avoir un rappel, question de changer quelque peu la donne.


Les membres de Tokai furent complètement impressionnés par la prestation d'Universe. Magique, c'était le mot qu'ils avaient à la bouche. Indescriptible. Ils marchaient à pas de géants. À se demander s'ils pourraient les tolérer à leurs côtés… Mais l'Ashikama continuait, et pendant qu'Hanabi et Shin revenaient pour chauffer la salle, Shihodo sortait de sa loge avec Julian. Elle avait traîné près du bar avec Yukimura, puis s'était décidée à partir près des entrées de scène. Non sans une dernière parole, tout en tendant sa basse de façon menaçante vers les autres :

- Hey ! Les petiots, la victoire, elle s'ra nôtre !

Sous les sourires ironiques des autres concurrents, elle s'éloigna en sautillant.

Sous le feu des projecteurs, Hanabi et Shin s'évertuaient à faire oublier Universe à leur public. Durant une courte scène destinée à les détendre, les deux présentateurs finirent par jouer la carte de la colère, sous les traits harmonieux de la jolie Hanabi :

- Vous connaissez le groupe qui va venir dans quelques secondes. Alors, pourquoi vous continuez à réclamer ceux qui viennent de partir ? Si ça continue comme ça, je demande à Shamanic Evil de passer son tour !

Unanimement, la foule hurla sa peur, les syllabes composant le mot Shamanic Evil jaillissant de toutes les gorges. Ravie d'avoir déclenché un si beau tapage, Hanabi laissa Shin constater :

- Ah… c'est mieux.

Continuant leur travail de mise en voix, les deux présentateurs posèrent quelques questions relatives au groupe, puis, quand il apparut que le public mourrait d'impatience de voir arriver Shihodo, Shin cria :

- Maintenant, place ààààààà SHAMANIC EVIL !

L'entrée en scène de Shihodo fut simple mais impressionnante. Vêtue de la même manière que lors du concert de la veille, Shihodo entra à la vue de tous et des écrans géants en marchant droit devant elle, à la manière d'un mannequin avançant dans un défilé de mode. Elle était suivie de près par Julian et ses musiciens, qui marchaient comme elle. À chaque personne qui entrait sur scène, des flammes jaillissaient de chaque coin de la scène pour s'élever vers le ciel. Sous la nuit qui les entourait, ces langues de feu attisaient l'adrénaline de chaque spectateur. Pour surprenante qu'elle soit, leur entrée ne manqua cependant pas de déclencher les traditionnels braillements du public. Les yeux de Shihodo flamboyaient quand elle commença à chanter. Les écrans géants en jouaient et faisaient sans cesse des gros plans sur ses deux iris.

- Êtes-vous prêts à nous accompagner jusqu'au bout ?

La question de Shihodo n'eut pas de réponse claire, tant les réponses qui fusaient étaient différentes. En tout cas, elle tendaient toutes vers un accord commun. Et puis, peu importait. S'accompagnant de sa basse, charmant par le micro pendu devant elle, Shihodo l'emmenait, son public, vers un monde cousu d'émotions et de ténèbres. Et comme pour narguer son public qui s'était abreuvé de bière ou d'autres boissons alcoolisées mais de valeur douteuse, le groupe faisait circuler un whisky de qualité. Il coulait à flots entre Shihodo, Julian et le reste des musiciens.

Les lumières étaient particulièrement bien adaptées à sa musique. En même temps que les accords de la basse, les projecteurs s'éteignaient ou se rallumaient, faisant un véritable jeu de couleurs et d'intensité. Arriva le moment le plus fort de sa prestation. Faisant virevolter les bandelettes qui composaient son costume, Shihodo s'approcha du micro comme s'il avait été un homme à séduire, et chuchota sur sa musique, sur un thème bien obscur. Sauf que toute la fosse chuchotait avec elle. Pendant ce temps, une fumée cachait les membres du groupe à la vue du public. Seule émergeait Shihodo, envoûtante, telle une sorcière des temps anciens occupée à ensorceler une foule. Enfin, la fumée se dissipa et la chanson continua.

Nouvelles acclamations, nouveaux beuglements, nouveaux gémissements inarticulés. La passion qui unissait tous les fans du groupes n'allait pas vers le shamanisme, mais vers l'image que les gens s'en faisaient. Grâce à Shihodo, le stade devint une âme immense et implorante, tendue vers l'or qui sortait de sa bouche.

Enfin, il y eut un dernier accord de basse et le groupe disparut à la vue du public. Tout s'était éteint. Purement et simplement, le groupe s'était comme volatilisé. Et le stade eut beau vociférer, Shamanic Evil ne revint pas. Mais Hanabi et Shin ne se montraient pas non plus. Qui aurait deviné que la scène était déjà en train d'être préparée pour Taishiroh, dans le secret permis par le noir ?


Les membres d'Universe occupaient joyeusement la salle commune, heureux d'être passés sur scène, ravis de savoir que pas un journaliste ne les approcherait avant la fin des résultats. L'alcool coulait déjà et même Shinrei accepta une coupe de champagne, pour fêter leur prestation. Une victoire jugée trop hâtivement ? Non. Le groupe ne se leurrait pas. La victoire était à portée de main, certainement, mais il restait Taishiroh et Tokai. Deux groupes qui promettaient d'être à la hauteur de leur réputation. Et puis, les modalités d'entrée et de sortie de scène étaient toujours impressionnantes ; de plus, chaque groupe ignorait ce que ferait l'autre. Au final, le but était-il d'impressionner le public ou de produire un spectacle d'une qualité sonore irréprochable ? Sans doute un peu des deux. Alors qu'ils pensaient que tous les membres de Tokai resteraient dans leur loge pour ne pas être déconcentrés par ceux qui étaient déjà passés, les membres d'Universe furent surpris par la présence de Kyo au milieu d'eux. Silencieux comme à son habitude, une bouteille de saké à la main, il semblait tenir à être là, parmi eux. Et Shihodo fut ravie, à son retour de scène, de trouver le petit démon avec les Mibu. D'ailleurs, Saisei la soupçonnait plutôt d'être ravie d'avoir trouvé un compagnon tenant bien l'alcool et prêt à boire avec elle…


Hanabi et Shin profitèrent du fait que la foule cherchait désespérément Shamanic Evil pour réapparaître. Soulagée de voir à nouveau quelque chose, la foule ne se rendit pas compte que les deux présentateurs attiraient l'attention à l'opposé de l'endroit où Taishiroh, et plus précisément Tokito, se préparait pour son entrée. Show habituel, blagues en tout genre, parodies, même une mélodie improvisée par Hanabi, puis... le noir. Total. Seul restait le bruit, assourdissant. Et quand l'ensemble se fut calmé, on entendit les voix des deux présentateurs chuchoter, dans un murmure osant à peine annoncer la légende :

- Le début d'un rêve... Taishiroh.

La manœuvre eut bien plus de succès que s'ils avaient hurlé et présenté normalement le groupe. Comme si la fatigue des fans commençait à être tangible, les lumières réapparurent dans les minutes qui suivirent. Trois hommes se dressaient sur scène. Pas n'importe lesquels : ceux pour qui de nombreux fans en transe auraient donné leur vie. La légende passait par le délire. Plus féroce que jamais, la fosse fit entendre sa joie. Le stade parvenait à une sorte de point culminant. Mais où restait Tokito ?

Les trois hommes ne semblaient pas s'en soucier. Ils jouaient une mélodie inconnue du public, mais parfaitement adaptée à la situation : lancinante mais entraînante, elle donnait l'envie de crier encore plus fort. Même si l'on savait que cela ne changerait rien. Chacun ressentait une excitation au creux du ventre, tendu dans l'attente de ce qui risquait d'être le meilleur concert de la soirée. Les lumières semblaient prises de folie. Elles changeaient sans cesse de couleur, de point fixe, de direction. La pression montait petit à petit. Comme si les membres de Taishiroh avaient conscience qu'ils étaient face à un tout qui était sur le point de déborder.

Ce fut Yuan, le premier, qui donna un indice. Armé de son sourire le plus ravageur, il jeta un coup d'œil vers les spots, vers le sommet de la scène. Il n'en fallait pas plus au public pour qu'il commence à guetter quelque chose vers le haut. Vers le haut ? Tokito n'allait quand même pas...

Soudain, dominant tous les autres projecteurs à portée et luminosité limitée, une énorme poursuite apparut et se fixa sur Tokito. Nonchalamment debout sur les rangées de projecteurs, elle surplombait tout le stade, entourée d'un immense halo de lumière jaune. Par où tenait-elle ? Elle était trop éloignée du public pour qu'il puisse le remarquer. Comme si elle se jouait de toutes les lois de l'apesanteur, elle avança le long de la longue perche. Elle ne souriait pas. Elle ne jetait même pas un regard aux fans agglutinés dans le stade. Sûre de son fait, elle avançait. Les yeux grand ouvert, elle fit un pas dans le vide. Sous les hurlements de l'Ashikama, elle descendit le long d'un escalier invisible. Elle flottait dans les airs. C'était une déesse. Au niveau de la scène, Hishigi, Fubuki et Yuan redoublaient d'ardeur pour ne pas se faire oublier. Il leur fallut se rendre à l'évidence : Tokito monopolisait toute l'attention et tous les hurlements.

Quand la jeune fille posa le pied sur le sol, elle défit le harnais qui l'avait suspendue d'un geste discret que seuls quelques fans proches de la scène remarquèrent. Tout le reste du stade était époustouflé. Seule Tokito de Taishiroh était capable de leur servir une cascade en direct, avec tant de maîtrise et de classe. Son nom était dans toutes les bouches. Jamais elle n'avait été plus admirée. Tournant le dos à ses musiciens, Tokito regarda son public, tournant sur sa droite, puis sur sa gauche. Puis, un sourire se dessina lentement sur ses traits. Enfin, elle leva les deux mains et fit un geste vers le haut. Si Akira avait été dans le public, il se serait étranglé de rage. Elle ne perdait pas cette détestable habitude de vouloir le meilleur, de ne chanter que quand elle était acclamée à l'égal d'une reine. Mais il fallait reconnaître qu'elle savait y faire. Oubliant sa fatigue, le stade se plia à toutes ses volontés, rejetant ses limites.

Quand elle fut satisfaite, Tokito hurla :

- Ça c'est un stade ! Pour vous, voici Hokutoshichisei !

Calquant leur attitude sur la sienne, les trois autres membres enchaînèrent aussitôt et le concert commença véritablement avec, comme figure de proue, une Tokito aussi déchaînée qu'une lionne.

Il n'y eut que Yuan pour lui voler la vedette. Ce fut au moment de son solo. Là, le public détourna brièvement son attention de Tokito pour se concentrer sur lui. Il fit la démonstration directe de son talent et de son savoir-faire, au plus grand plaisir, il faut l'avouer, de l'Ashikama.

Pourtant, alors qu'elle entamait son avant-dernière chanson, Tokito pensa soudainement à Akira. Elle était au cœur de son élément, au milieu du stade, au milieu des hurlements, au milieu de la musique. Elle vivait sa passion pour le chant au jour le jour. Mais depuis quelques heures, elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Déjà, penser à un homme en plein milieu d'un concert la désarçonnait. Elle, le garçon manqué, serait attirée au-delà du raisonnable par un... par Akira ? Était-elle en train de changer ? Comme toujours, elle réagit impulsivement. Elle termina un couplet et profita de la transition pour crier au public :

- Merci d'être là pour nous !

Fubuki faillit en lâcher son instrument. Depuis quand Tokito remerciait-elle son public ? Une bouffée de fierté l'envahit. Ainsi, la gamine devenait femme... S'il avait deviné que la moitié des mots de Tokito s'adressaient à Akira, il aurait été encore plus surpris. Et des trois membres de Taishiroh, ce fut Hishigi qui lui montra son soutien. Lui, le plus discret, le plus renfermé du groupe, il s'approcha de la chanteuse et joua quelques notes face à elle, entrant dans un jeu de complicité et de connivence. Son sourire atteignit directement Tokito. Et ce fut avec une nouvelle fougue qu'elle continua sa chanson. Oui, la victoire était à portée de main...

Le groupe disparut en coulisses sitôt son concert terminé. Shin et Hanabi ne se firent pas attendre, cette fois. Les deux présentateurs revinrent sur le devant de la scène pour terminer dans les règles ce qu'ils n'avaient pas dit avant Taishiroh :

- C'étaient les représentants du Kansai, merci à eux !

- C'était tout simplement énorme, j'espère que vous en avez profité, souffla la belle Hanabi.

Aux milliers de voix qui répondirent par l'affirmative, ils eurent confirmation de l'excellence de la prestation de Taishiroh. Shin continua :

- Il ne reste plus que deux groupes... voyons lequel passera le premier...

Hanabi le regarda, incertaine.

- Faut-il les prévenir, ou non ?

Tremblant, le public suivait avidement l'échange entre les deux présentateurs. Qu'allaient-il encore inventer ? C'était pourtant la traduction d'un problème de dernière minute auquel avaient dû faire face les deux présentateurs. En effet, après des négociations ardues, il avait été décidé d'un commun accord entre les producteurs de l'Ashikama et la maison mère des Mibu que Kyoshiro Mibu se produirait sur scène avec Sakuya Shiina. Les Mibu en sortaient les poches vides mais la tête haute. Celui qui avait été surnommé le Roi Rouge ne se produirait sans doute plus. Mais ça, seul un nombre très limité de membres de la famille Mibu le savait. Shin fit son sourire le plus charmeur à Hanabi.

- Nous n'allons pas leur cacher ça, tout de même !

Nouveau sourire de la belle. Elle se pencha en avant et dit sur le ton de la confidence :

- L'Ashikama est passée à deux doigts d'un drame, ce soir.

- Un véritable drame, surjoua Shin, déclenchant quelques rires.

- Commençons par la mauvaise nouvelle : pour des raisons de santé, Rouge Diva ne se produira pas ce soir.

Les fans venus depuis Shikoku, facilement localisables à leurs sifflements de dépit, ne purent que maudire la présentatrice. Shin eut la présence d'esprit de ne pas laisser une mauvaise humeur se répandre dans le stade. Certes, beaucoup étaient déçus, mais Rouge Diva n'était pas exactement le groupe le plus attendu. Et puis, ils allaient récupérer l'affaire, non mais !

- C'est que, du coup... il y a un invité surprise...

Il n'en fallut pas plus pour motiver à nouveau le stade. Tout le monde voulait savoir qui, et chacun lança un nom dans l'air, ce qui donna un brouhaha indescriptible et incompréhensible. Hanabi fit la moue et fit un léger bruit de déni avec sa bouche. Shin fit claquer sa langue puis s'écria :

- Je vous présente Kyoshiro Mibu, ce soir accompagné de Sakuya Shiina !

Le bruit était relancé, à la même puissance qu'auparavant. Shin n'avait pas plus présenté la jeune femme. Ce serait au public de tirer ses propres conclusions. Tous hurlaient. À quoi jouait donc le musicien ? Et cette Sakuya Shiina, était-elle la sœur de... de la chanteuse de Tokai ? Une curiosité sans bornes agitait le public. Un désir de connaître le fin mot de l'histoire. Une envie de voir briller sur scène l'étoile reconnue qu'était Kyoshiro.


Akira fut impressionné au-delà des mots par la prestation de Taishiroh. Il devait lui reconnaître un charisme supérieur. Et ça l'énervait profondément. Mais d'un autre côté, il ressentait une fierté qu'il n'assumait pas. Cette femme-là serait sienne, c'était certain...

Yuya, elle, sentait les vieux relents du stress l'envahir à nouveau. Tokai passait en dernier... après tous ces monstres. Elle s'était dit qu'elle ne craquerait pas, qu'elle n'aurait pas peur. Elle connaissait maintenant la vérité après laquelle elle avait couru pendant des années. Nozomu... il pouvait reposer en paix. Elle était libre d'aimer Kyo. Son cœur était sur le point d'exploser tant elle se sentait heureuse. Pourtant, elle tremblait presque d'impatience, de peur. Et si sa voix la lâchait ? Si elle n'était pas la hauteur ? Si soudainement elle ratait quelque chose ? Pourtant, si elle avait réfléchi, Yuya se serait rendue compte que même à cet instant, son incroyable combativité ne l'avait pas quittée. Oh oui, elle serait au sommet, ce soir.

Le reste de Tokai, d'Universe et de Shamanic Evil fut favorablement impressionné par Taishiroh.

- Ils ont sorti le grand jeu, sourit Yukimura.

- Ouais... fut la réplique de Kyo. Venant de sa bouche, c'était plus qu'un compliment.

Ce fut bientôt à Kyoshiro et à Sakuya de quitter cette festivité ambiante qui régnait dans les loges pour monter sur scène. Sakuya n'était plus qu'une boule de nerfs. Nerveuse stressée, elle ne cessait de se remettre en question. Elle n'avait qu'un seul talent, et certainement pas le chant. Pourquoi Kyoshiro tenait-il à son idée ? Elle ne pouvait pas lui refuser cette unique faveur, mais... elle n'était pas sûre d'être capable de chanter. Et si elle chantait faux ? Et si tout l'Ashikama la huait ? Après tout, c'était Rouge Diva qui était attendu ! Et si son nom était piétiné ? Et si elle causait du tort à la réputation de Nozomu et de Yuya ? Et si... La main de Yuya se posa sur son épaule. Sans le savoir, les deux femmes étaient rapprochées par leur stress, exceptionnel pour l'une, terrifiant pour l'autre. Elle regarda Sakuya dans les yeux et murmura :

- Bonne chance, toi qui aurait dû être ma sœur...

Sakuya releva la tête. L'espoir revint en elle. Elle hocha nerveusement la tête et suivit Kyoshiro. Au moment où ils atteignaient la porte, Kyo jeta :

- Tu as intérêt à te surpasser.

Kyoshiro sourit et se retourna. Il savait qu'il ne partirait pas sans les encouragement de l'homme aux yeux flamboyants.

- Promis !


Comme à leur habitude, les présentateurs disparurent de scène. Kyoshiro monta simplement sur scène, tenant la main de Sakuya. Armé d'une simple guitare, il fit face aux milliers de gens qui attendaient Rouge Diva. Non, qui attendaient d'être impressionnés. Sakuya crut qu'elle allait s'évanouir. Et pour cause, elle se prit les pieds dans sa robe et trébucha. Elle se voyait déjà atteindre le sol. Elle serait incapable de se relever. Elle allait... Kyoshiro la rattrapa en la faisant basculer dans ses bras. C'était le seul moyen de lui éviter de s'étaler tout en faisant comme si le geste était prévu. Les gens n'y virent que du feu. En fait, ils avaient sous les yeux un spectacle de choix : une des plus grosses pointures du monde musical affichait son couple ! Le geste fut applaudi par tous. Il fallut en fait attendre plusieurs minutes pour que le stade se calme. L'Ashikama hurlait, ravie : après la folie, l'émotion prenait aux tripes chaque spectateur. Personne ne s'y attendait, mais ce moment plus calme était le bienvenu. Enfin, plus calme... c'était vraiment une question de point de vue, parce que la foule semblait déborder d'énergie, malgré tout.

Son visage pressé contre le vêtement de Kyoshiro pour éviter les caméras, Sakuya rougissait comme une collégienne. Elle ne s'était pas du tout imaginé le concert comme ça ! Elle n'osait imaginer les milliers de visages qui braquaient leur regard sur elle. Elle devait se reprendre. Kyoshiro se pencha vers elle et lui murmura :

- Tu es prête ?

Alors, Sakuya reprit confiance. Kyoshiro comptait sur elle, elle ne pouvait pas le décevoir. Elle était à ses côtés, ça lui suffisait. Elle hocha la tête tout contre lui et Kyoshiro franchit les derniers pas qui les séparaient de deux hauts tabourets. Il la posa délicatement sur le sol, et après un sourire angélique à l'Ashikama – Sakuya ne sut jamais comment elle y était parvenue – la jeune femme s'installa sur le premier tabouret. Kyoshiro se cala sur le second, avant de s'expliquer devant tous :

- Je voudrais vous présenter quelques morceaux de ma composition...

C'était de la pure folie. Il y avait une chance sur trois pour que le public s'énerve et les désapprouve. Mais, à ce point du spectacle, les gens ressentaient durement le contrecoup des sauts et des bousculades des concerts précédents. Plus enclins à une partie calme, ils décidèrent d'écouter Kyoshiro. Celui-ci n'avait qu'une guitare classique.

- Voici notre partie acoustique.

Il regarda Sakuya, marqua trois temps avec deux doigts et commença à jouer. L'introduction de cette première chanson était assez longue, pour permettre à Sakuya de se concentrer. Au moment convenu, la voix de la jeune femme s'éleva dans l'air. Kyoshiro n'avait pas fait de miracle : il avait simplement remis à jour quelques titres datant de ses débuts. Ces débuts où Kyo était son plus proche ami, où Sakuya suivait leurs progrès avec enthousiasme et émerveillement. Et comme il l'avait supposé, ces souvenirs étaient trop profondément ancrés en elle pour qu'elle ait oublié les mélodies en question. Quelle ironie ! Les mélodies avortées de l'époque, du moment où ils découvraient les possibilités de la composition, ces premiers balbutiements de leur style, servaient de support pour l'Ashikama ! Si la voix de Sakuya était peu assurée au début, elle se raffermit de mesure en mesure. Sa voix n'avait rien d'exceptionnel ; toutefois, elle était suffisamment jolie pour séduire un public friand de chansons bien rodées. À sa grande surprise, Sakuya fut applaudie dès la fin de son premier refrain. Alors, Kyoshiro sut qu'il avait remporté son pari. Le public était conquis. Ceux qui n'étaient pas émus par l'amour qu'ils incarnaient sur scène l'étaient pas sa musique, au moins. Mais au final, ça lui donnait l'admiration de tout le public. Et ce fut sous une foule tout aussi enthousiaste qu'à la fin de leur court concert, Kyoshiro et Sakuya sortirent de scène.


Après l'accalmie, ce fut la tempête. Le retour des deux présentateurs se fit sous des hurlements équivoques. Tous les gens savaient qu'il n'y avait plus qu'une seule option, plus qu'un seul groupe, et sans doute le plus attendu de la soirée : Tokai. Avant même qu'Hanabi ou Shin ne prenne la parole, tout l'Ashikama scandait en rythme : To-kai-To-kai !

- Vous les attendez, n'est-ce pas ?

Le public donna sa réponse en un unique cri, accompagné d'un geste équivoque. Hanabi ne chercha pas à prolonger leur intervention. Sans plus attendre, elle s'écria :

- Pour clore cette festivité, je vous propose de découvrir les représentants du Kanto !

- Place à Tokai !

Ils étaient maintenant à la limite. Cette mince et fragile frontière qui ferait qu'il y aurait ou non une émeute. Une bande de fan parvint même à forcer la sécurité pour monter sur scène. Enfin, tenter de monter sur la scène. Le temps qu'ils escaladent la hauteur les séparant de l'endroit où allait se produire Tokai, la sécurité avait été renforcée et ils furent sortis du stade. Sortis des loges mais pas encore sur scène, les membres de Tokai prenaient contact avec la réalité de l'Ashikama. Ils ne s'étaient pas attendus, malgré les retransmissions dans les loges, à une atmosphère aussi électrique, aussi grisante. Inconsciemment, Yuya chantonnait leur premier titre. Ils entendaient le bruit bestial de la foule : des milliers de fans déchaînés hurlaient en cœur. Une joie féroce faisait trembler les membres de Tokai de la tête aux pieds. Tigre éclata d'un rire nerveux. Leur prestation allait être énorme, mythique. Ils devinaient plus qu'ils ne voyaient les spectateurs occupés à danser, à se toucher, à brandir leurs poings, à jouer des coudes pour s'approcher le plus possible du centre. L'odeur de la bière était omniprésente.

Puis, sur ordre d'un technicien, d'énormes pans de tissu noirs tombèrent depuis les structures de métal soutenant les projecteurs. La scène disparut, cachée par cette matière opaque. Une immense clameur s'éleva dans le stade. Le sol en vibrait. Les techniciens criaient que tout était prêt. Le maquillage de chaque membre avait été retouché, les vêtements réarrangés. Pourquoi faire patienter encore ce public surexcité ?

Sur un dernier geste d'un technicien, ils montèrent sur scène. Toujours à l'abri derrière cet espèce de rideau tombant depuis les projecteurs, le groupe prit place sur scène. Au moment où Yuya le dépassait, les épaules tremblant légèrement, Kyo murmura :

- Nous serons au sommet...

Elle se retourna, le regarda un instant, puis franchit la distance qui les séparait, se jeta dans ses bras et l'embrassa. Kyo sourit et garda ses lèvres un instant, avant de la laisser repartir à sa place. Finalement, ce fut Yukimura qui cria sans raison. Alors que tout le groupe se tournait vers lui, il eut un sourire indéfinissable et leva ses mains fines en geste d'incompréhension :

- Défoulez-vous aussi, ça vous fera du bien.

Même Luciole eut un sourire.

Alors, Kyo et Akira commencèrent, d'un même geste, quelques notes sur leurs guitares. Yuya, pour sa part, n'aurait jamais cru commencer un concert cachée derrière un immense rideau noir. Mais le résultat fut immédiat. De l'autre côté du tissu, les applaudissements ne tarissaient pas. Le rugissement de la foule allait croissant. Puis diminuait, pour repartir de plus belle. C'était comme si une énergie d'une puissance inouïe venait de chaque spectateur vers la scène, déferlant sur Tokai. Et ce serait à eux de canaliser ce déchaînement...

Au moment où Yuya commença à chanter, le rideau noir tomba, faisant enfin apparaître aux yeux de la foule émerveillée les membres de Tokai. C'est alors qu'une petite subtilité technique se révéla aux yeux de tous. Derrière le rideau noir avait été disposé un second rideau d'une autre matière, transparent, celui-là. Seulement, s'il laissait complètement voir le groupe lors d'un éclairage normal, il suffisait que les poursuites les plus puissantes diffusent des images dessus pour que les membres de Tokai disparaissent à la vue du public, au profit de ladite image. S'ensuivit donc un jeu où Tokai disparaissait et apparaissait sans cesse. Les images choisies évoquaient le firmament, un ciel étoilé ou étaient directement liées à leur dernier album. Yuya chantait, oubliant tout ce qui l'entourait. Et quand elle chanta Suzaku, elle ne se rendit compte qu'à la troisième fois que le projecteur l'entourait de lumière blanche, diffuse et effilée, calquant même des images d'ailes autour d'elle. N'importe qui dans le public l'aurait aussitôt dit : la chanteuse de Tokai n'était pas, ne pouvait pas être une simple mortelle. Elle était nécessairement plus. Un ange ? Une déesse ? Une fée ? Elle faisait face à une véritable marée humaine avec le sourire. Elle leur offrait tout son talent. Mais, contrairement à Tokito, elle n'éclipsa pas les autres membres du groupe, loin de là. Kyo lui-même attirait tout autant l'attention qu'elle. Il se laissait aller, comme il ne l'avait jamais fait encore. Tout ce qu'il voulait exprimer passait par sa guitare. En transe, sa gestuelle évoquait une personne en plein délire. Elle avait beau savoir qu'il était superbe, Yuya le trouvait encore plus magnifique comme ça. Ce que possédait Tokai et qui avait peut-être fait défaut à Taishiroh, c'était une véritable complicité entre les membres du groupe. Akira et Yukimura faisaient régulièrement des déplacements vers Tigre Rouge ou vers Luciole pour jouer quelques accords près d'eux, pour partager un moment de folie ensemble. Et le public n'était pas exclu, loin de là. Toutes les âmes qui semblaient n'aspirer qu'à toucher et rencontrer Tokai furent entendues par Yuya : elle s'efforça d'inclure ses fans à sa prestation, leur confiant des parties de la musique, s'arrêtant net pour les laisser chanter à sa place, leur offrant sourires et encouragements.

Le second rideau tomba enfin. Et les projecteurs furent pris de folie. Des rayons bleus, jaunes, rouges, verts et oranges s'entrecroisaient au hasard, passant sur Tokai sans relâche. Les cris atteignaient un niveau assourdissant. Les membres de Tokai étaient comme transfigurés. La lumière rejaillissait sur eux, les rendant encore plus brillants. Et soudainement, alors qu'il ne lui restait plus qu'une chanson, Yuya se rendit compte qu'elle n'avait jamais été plus heureuse. Tout comme elle, chaque membre de Tokai ne ressentait qu'une pure exaltation. C'était divin. La batterie résonnait dans tout le stade, marquant le rythme à suivre, adopté par tous les fans. Le synthétiseur n'était pas en reste. La mélodie qu'il chantait atteignait chaque fan en plein cœur. Leur folie touchait son paroxysme. Au final, le mélange de sons produit par Tokai enchantait chacun. Nozomu... Alors qu'ils atteignaient le point culminant d'une mélodie, Yuya se lança dans une improvisation. Tout en dansant, adoptant un déhanché qui lui vaudrait l'amour entier de nombreux jeunes adolescents, elle se lança dans une envolée, comme elle aimait le faire. La batterie souligna son chant, le synthétiseur l'accompagna. Les guitares prirent la contre-voix. Les filles se battaient pour attirer l'attention de Kyo ou de Yukimura. Ils basculaient dans l'improvisation. Ils avaient tout minutieusement préparé, mais il leur semblait que ce serait un manque flagrant de respect envers ce public qui leur offrait tant d'amour, que de leur donner quelque chose de répété. Non, ils se devaient de leur donner le meilleur d'eux-mêmes. Quoi de mieux que l'improvisation, qui venait directement de leur cœur, de leurs tripes ? Tout était parfaitement nouveau.

Euphorique, le public suivait. La voix de Yuya leur ouvrait les portes du paradis. Ils danseraient avec elle sur le parvis des dieux. Quand l'improvisation prit fin, tous les membres de Tokai s'étaient rassemblés autour de Tigre et de Luciole. Une parfaite harmonie régnait entre eux. Comme en symbiose, ils se regardèrent tous. Kyo était derrière Yuya. Avant même d'avoir le temps de se rendre compte de ce qu'il faisait, il se pencha sur elle et chercha ses lèvres. Elle s'était tue, tout comme leurs instruments. Alors que l'Ashikama hurlait sans fin, il l'embrassa, aussi tranquille sur la scène que s'ils étaient au lit.

Ils étaient au sommet de leur art. Au sommet de leur existence. Au sommet de leur bonheur.

Ce fut cette photo qui se retrouva sur la première page des journaux le lendemain, sous le titre des vainqueurs de l'Ashikama.

Fin